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Mémoires de Richard Trigaux:
Saint Dizier, les années 1950

En fait cette partie couvre depuis ma naissance (7 Septembre 1953) jusqu'à Juillet 1964, date où nous sommes partis en Algérie. Historiquement, les véritables changements sociaux sont intervenus vers 1966 ou 1968, et seules des prémisses étaient visibles en 1964, de sorte que cela fait quand même une unité historique avec les années 1950. Le monde a bien plus changé entre 1965 et 1970 que entre 1945 et 1965.

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Date de première publication: Novembre 2025

Date de derniére modification: néant

Ces textes sont un travail en cours, une entreprise de plusieurs années, aussi ils peuvent contenir des parties manquantes et des liens vers des cibles pas encore créées, je vous demande de la patience 🙂

 

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Mes parents

(Permalien) Écrit en Septembre 2016.

Mon père est né à Erloy (prononcer erloi), un petit village de Thiérache: Voir la maison de mes grands parents à 49°54'47,90"N 3°40'49,40"E. A l'époque, cette maison allait jusqu'au bord de la route, qui était aussi plus étroite à ce moment, et encore en terre. C'est un obus qui a «raccourci» la maison, en 1940 ou en 1944. La malheureuse habitante de la partie touchée n'avait pas pu faire autrement que de continuer à habiter sa maison à moitié démolie, jusqu'à ce que se sa famille lui trouve une place en hospice. A l'époque où nous y allions, seuls restaient des monticules de briques et de poutres, couverts d’orties, et tout l'espace entre la propriété de mes grand parents et la route était en friche, tandis que l'espace entre la maison et la grange au nord était un jardin. La route a été élargie plus tard, entre 1968 et 1999. Aujourd'hui l'ensemble a été arrangé façon résidence secondaire, par un de mes oncles qui a hérité seul de la maison. Il en a été décidé ainsi en raison de l'aide qu'il a offert à ma Grand-mère dans les derniers moments de sa vie. Les autres oncles et tantes n'ont pas contesté cet héritage, le considérant comme mérité.

Mes grand-parents, Henri Trigaux, fils du «Père Rustique», et Marthe Chauderlier, se sont mariés à La Flamangrie, juste avant la frontière avec la Belgique. C’étaient des gens simples de la campagne, pas futés, pas spécialement bons, mais pas spécialement méchants non plus. Je me rappelle que nous les aimions bien, et nous les appelions «Pépère d’Erloy» et «Mémère d'Erloy», des noms qui encore aujourd'hui nous rappellent de délicieux souvenirs d'enfance.

Comme la plupart des gens de la campagne à l'époque, mon père a grandit avec le cul des vaches comme seul horizon, et l'école communale comme seule instruction. Ce sont les tribulations de la guerre qui l'en ont sorti, avec un apprentissage de la radio et de l'électricité. Une des rares histoires de cette époque qu'il m'ait raconté, est qu'il avait fait griller une radio des occupants, en oubliant de brancher le fil neutre. Ce qui lui a bien sûr valu de se retrouver en prison, à Reims. Là, les choses ont failli très mal se passer: la prison a été bombardée, pour aider les prisonniers de guerre à s'échapper. Une bombe est tombée dans la cellule à côté de la sienne, et a traversé tous les étages, heureusement sans exploser. Puis ce fut le silence, personne ne venant à l'aide des prisonniers encore enfermés. Mon père et son compagnon de cellule se sont alors servis de la tine des toilettes pour défoncer la porte. Il y a peu de références Internet sur cet événement, la seule chose que j'aie trouvé est qu'il s'agirait de la maison d'arrêt du Boulevard Robespierre à Reims, bombardée le 30 mai 1944. A ne pas confondre avec le bombardement de la prison d'Amiens, beaucoup plus connu.

 

Ma mère Geneviève Gandoin est née à Reims, Boulevard Albert 1er. 49°16'01,05"N, 4°00'37,90"E. C'était un solide pavillon de pierres, aligné avec des dizaines d'autres, encore en très bon état aujourd'hui (2016). Je ne me rappelle que d'une seule visite, et peu de détails, seulement de la baignoire en granite gris tacheté de noir.

C'est là que ma mère a connu l'exode à six ans, la marche forcée le ventre vide dans la peur des avions nazis qui mitraillaient les civils, les piles de cadavres, le retour en wagons à bestiaux vers une maison vide où tout avait été pillé. Puis la guerre, la misère, la faim, les délations, la peur, le froid, les bombardements, exactement comme les réfugiés syriens aujourd'hui. J'ai rapporté son récit de l'exode sur mon site shedrupling.org: «Devoir de mémoire», mais il faut y rajouter d'autres faits terribles: un gros éclat de bombe encore brûlant atterrissant à un mètre d'elle, ou une autre fois, coincée devant son école, la porte fermée à clé, alors que toutes les sirènes hurlaient. Ou encore quand une bombe a fait sauter les canalisations d'eau, noyant une centaine d'enfants dans la cave de leur école, dont plusieurs qu'elle connaissait. Imagine t-on l'effet de telles choses sur une enfant de dix ans?

En 1945, à 11 ans, elle a fait partie du comité d'accueil des rescapés des camps de concentration, à la gare de Reims. Inutile de dire que même encore aujourd'hui elle est allergique aux pyjamas à rayures. Mais bien sûr ce qui l'a surtout choquée (à onze ans) a été l'extrême maigreur de ces malheureux. Certains mourraient en arrivant, juste heureux d’avoir «revu la France». Elle m'en a tellement parlé que c'est comme si j'y avais été moi-même, et son récit rend tous les négationnismes bien minables.

Les années 1945 et 1946 n'étaient pas mieux: le danger, le désordre et la misère ne se sont éloignés que progressivement, et le rationnement n'a cessé qu'en 1949. (1953 en Angleterre, l’année de ma naissance!!) En effet, il fallait reconstruire le pays et l'économie, dans un monde post-Hiroshima qui ne serait plus jamais comme avant. Ma Mère se rappelle avoir entendu annoncer la «bombe atomique» à la radio, sans savoir ce que c'était, mais avec la sensation que quelque chose d'irrémédiable avait été commis, qui rendrait à jamais le monde plus mauvais. Il y a des choses comme ça, que l'on sait même si on ne les a jamais entendues.

 

Mon grand-père maternel Henri Gandoin était devenu anti-militariste après avoir été soldat esclave dans la guerre en Silésie (ou en Crimée, j'ai entendu les deux versions), en 1918 ou 1920. Inutile de dire qu'il na pas apprécié de replonger dans cette ambiance. Il s'est tout de même engagé dans la protection civile, et est devenu chef d'îlot. C'est pendant qu'il s'assurait que tout le monde était bien à l'abri qu'une tranchée de protection s'est éboulée sur lui. Il s'en est sorti avec une blessure à la jambe, qui s'est ulcérée et n'a jamais guéri. Bien sûr, il régnait d'une main de fer sur sa maisonnée de huit gosses, mais ma mère en parle tout de même comme d'un homme admirable, que je regrette de ne pas avoir connu, juste aperçu une fois. Il avait la moustache sévère que l’on voit souvent sur les images d’avant la guerre.

Ma mère n'a jamais vraiment aimé sa mère, ma grand-mère donc, née Marie-Louise Vignon, à cause de son autoritarisme arbitraire. Nous ne l'aimions pas non plus, car elle me chouchoutait tout en détestant mes deux autres frères (et être chouchouté dans ces conditions ne rend pas reconnaissant). Ma mère ne lui a jamais pardonné de l'avoir sortie de l'école, malgré son désir brûlant de connaissances. Et ceci pour qu'elle puisse «aider à la maison», puisque c'était «la place des filles». De plus elle avait divorcé de mon Grand-père, pour se mettre avec un autre homme moche et peu sympathique, «Loulou», qui passait devant nous sans nous voir. C'est la raison pour laquelle je n'ai jamais pu fréquenter mon vrai grand-père maternel.

Mais la vraie raison de ce divorce est que, pendant la guerre, mon Grand-père avait refusé un emploi de contremaître bien payé chez Panhard, afin de ne pas travailler pour l’occupant. Un choix courageux, mais que ma Grand-mère lui a reproché. C’est ainsi que la guerre révèle la valeur de certains, et la bassesse des autres.

 

J'ai également connu «Nini», mon arrière grand-mère, grand-mère maternelle de ma mère. Une figure bien vivante typique de Reims, probablement émancipée avec la Belle Epoque, et qui carburait au champagne (une des principales industries de Reims: un de mes oncles a travaillé dans les caves Pommery).

 

Mon père était plus discret sur la période de la guerre. Il a lui aussi connu l'Exode, comme dix millions d'autres français, qui de la Thiérache l'a mené jusqu'à Fougères, aux portes de Bretagne, soit près de 500kms à pied. L’Exode a été une panique majeure, qui a jeté la plupart des Français du nord sur les routes, face à l’avancée ultra-rapide des troupes nazies, et à l’effondrement incompréhensible de la société française. Mais mon père m’a expliqué une autre raison: ils pensaient que les Uhlans (soldats allemands) allaient les exterminer, comme ils avaient fait en 1914. On pourrait probablement trouver d’autres rumeurs de cet ordre, que plus aucun gouvernement ni média n’était là pour démentir.

Un autre point à comprendre sur l’Exode était que très peu de gens avaient une voiture à l’époque. Par contre ils savaient encore marcher: c’est donc à pied que les gens ont fuit, ne prenant que le strict nécessaire dans des baluchons, au mieux des poussettes. Une telle panique arrivant aujourd’hui aboutirait au blocage complet des routes, en un gigantesque embouteillage.

Mes parents s’en sont bien sortis, mais tous n’ont pas eu cette chance: les pilotes nazis s’amusaient à mitrailler les files de réfugiés, comme ma mère l’a vu plusieurs fois. C’est pour cela que le régime de pétain a eu à gérer tant d’orphelins, comme expliqué dans le film «Jeux Interdits».

 

Des combats ont eu lieu à Erloy même, et la maison mitoyenne de celle de Pépère et Mémère a reçu un obus, je ne sais pas si c'est en 1940 ou en 1944.

C'est dans les tribulations de l'après-guerre que mon père s'est engagé dans l'Armée de l'Air, avec une formation d'électricien. Il est donc entré dans les transmissions, avec le grade de sergent quand il a rencontré ma mère, dans un bal. «Vous dansez mademoiselle?» fut son invite simple, une phrase que nous avons souvent évoquée depuis, avec humour. Pour ma mère, ce mariage était une occasion inespérée de sortir du cadre étroit de sa famille. Mais son père, anti-militariste, ne voulait pas entendre parler d'un gendre militaire! Alors ils lui ont menti, disant qu'il était médecin militaire.

 

Ma mère a toutefois vite compris que mon père était égoïste, sexiste et méprisant, et qu'elle ne serait jamais heureuse avec lui. Mais elle était déjà enceinte de moi, aussi elle ne pouvait plus refuser ce mariage. Un terrible piège s'était refermé sur elle. Comme sur tant d'autres jeunes mariés, victimes de faux semblants ou aveuglés par leur désir. J'en sais quelque chose, pour avoir eu exactement le même problème trente ans plus tard. Plus mes deux frères, eux aussi bernés par de mauvaises femmes. Les mauvais partenaires créent probablement plus de souffrance que toutes les guerres.

Mon père a été muté sur la Base Aérienne 113 à Saint Dizier, comme sergent dans les transmissions. La base avait été totalement dévastée pendant la guerre, puis reprise par les Américains, qui y avaient construit des préfabriqués allongés, que j'ai vu. Puis ils avaient rendu la base à l'Armée de l'Air française, qui avait continué à l'arranger. Il me semble que aujourd’hui ces préfabriqués y sont toujours (Pour le peu que l’on en voit sur Internet), allongés et bas. Je les aimais, probablement les militaires y tiennent aussi, comme une sorte de style de la base.

On nous a attribué un logement à temps pour ma naissance, au Vertbois militaire, cité qui était alors en construction rapide pour loger tout le personnel de la base et leurs familles, plus les ouvriers des nouvelles usines de mécanique (SIMA, tracteurs agricoles).

 

 

Ma généalogie

(Permalien) Écrit en Novembre 2016.

Je ne porte pas un intérêt fondamental à ce genre de choses, aussi je n'ai eu des informations que par hasard, ou en vérifiant l'indexation de mes sites Internet.

Le nom de famille de mon grand-père maternel, et donc de ma mère, Gandoin, est peu connu, et d'origine belge, m'a t-elle dit, peut-être une déformation de Gandois, de la ville de Gand en Belgique.

Le nom de mon grand-père paternel, Trigaux, dont j'ai hérité, est un nom wallon de Belgique, où l'on trouve des docteurs et universitaires de ce nom, et même plusieurs rues Trigaux. D'après ma mère, ce nom signifierait «trois gars». Des Trigaux ont également émigré aux Etats Unis dans les années 1930 (je les ai vus sur des listes de migrants d'époque). De là ils ont prospéré, produisant un quasi-homonyme: R Trigaux (Roger Trigaux), journaliste à St Petersbourg en Floride.

Un autre Roger Trigaux, un de mes cousins, a été un des membres fondateurs du groupe de rock Univers Zero, avant de former son propre groupe «Present», rock fortement teinté de zeuhl et de diverses influences classiques ou folk, entre Ashra Temple et Amon Düül.

Enfin un de mes deux frères, Pascal Trigaux, s'est fait connaître comme illustrateur publicitaire et auteur de bandes dessinées, notamment dans la défunte revue «antirouille», plus une très belle illustration des contes de Perrault.

Mais je n'ai pas trouvé d'autres Richard Trigaux, sauf un que j'ai vu passer une fois mais que je n'ai pas retrouvé: il y aurait eu un Richard Trigaux peintre à la cour de Louis XIV. Au moins nous avons un point commun, lol

 

Ma grand-mère maternelle, Marthe Chauderlier, était de Thiérache. Un détail curieux est que mon grand-père Henri Trigaux n'a jamais été Français, mais Belge. Ce qui fait de moi à strictement parler un immigré de seconde génération. Toutefois il n'était pas Arabe, aussi on ne m'a jamais reproché cette ascendance (ou presque jamais... il y a aussi des racistes anti-Belges!!!). Mais il a quand même été victime de racisme! En effet, sa demande de naturalisation, à laquelle il avait droit pour s'être marié à une Française, n'a jamais été envoyée par la mairie d'Erloy. C'est en déménageant la mairie qu'ils ont retrouvé le dossier, enterré dans un tiroir. Comme quoi même être «seulement» Belge ne protège pas des idiots.

 

Quand j'étais enfant, on entendait encore quelques mots des anciens dialectes de Champagne. Ainsi, un de mes camarades d’école aimait les «godins», des vers de terre Picards très rigolos. Mon Grand-père paternel en avait aussi quelques-uns, je me rappelle du «rotond» (orthographe incertaine), je suppose qu'il appelait ainsi du gravier arrondi, dont il se servait dans son travail de cantonnier. Le Reverso Dictionary donne «rotond» comme adjectif français, pour dire arrondi. Il disait aussi souvent «ma'che» (marche) comme nous on dit «allez». De mon grand-père maternel Henri Gandoin je tiens, via ma mère, l’inénarrable «papinette à gogueneaux» (balai à chiottes). Et si, ces mots figurent dans les dictionnaires comme le Universalis, et l’orthographe est correcte (ou l'alternative goguenots). Je subodore même ce fat de Vaugelas d’avoir ramené sa science dans l’affaire, bien qu’il ne se fut probablement jamais servi d’une papinette lui-même.

 

 

Mes plus anciens souvenirs, 1956

(Permalien) Écrit en Septembre 2016.

Le bâtiment où je suis né, en Septembre 1953, était une petite barre de 3 étages, de couleur jaune avec un toit plat, le «D1», probablement construite juste après la guerre, ou même avant: 48°38'32,81"N, 4°58'07,82"E. Les nombreuses cheminées avaient une curieuse forme de ressorts à boudin. Il n'y avait pas de chauffage central, mais des poêles à charbon, et le sol était de carreaux de brique rouge, comme à la campagne. Heureusement les voisins du dessous, officiers, avaient de l'argent pour se chauffer, et leur chaleur montait chez nous. Un style de construction aussi anti-écologique et inconfortable explique que ce bâtiment ait été détruit depuis, malgré le chauffage central installé vers 1960 (un chantier qui m'avait fasciné, notamment le travail et la soudure des tuyaux en fer).

 

Ma naissance a bien failli ne jamais avoir lieu: à l'époque la mode chez les médecins était qu'il fallait «laisser faire la nature», et ce n'est qu'après 24 heures de souffrances qu'ils se sont décidés à donner de la quinine à ma mère (depuis elle s'est présentée à tous les autres accouchements avec un tube dans la poche). Quand je suis sorti, j'avais la tête cyanosée, avec trois tours de cordon autour du cou. J'ignore combien de temps je suis resté comme ça, et je m'estime heureux de ne pas avoir gardé de graves séquelles au cerveau, et même d'être simplement en vie. Un coup de doigt malencontreux est peut-être à l'origine des problèmes que j'ai eu à l'oeil droit. En tous cas je doute fort qu'une telle épreuve ait pu favoriser mon intelligence, ni aucune autre faculté dont la postérité voudra m'affubler. Peut-être ais-je fait une NDE qui aurait pu favoriser mon libre arbitre, mais je n'ai aucun souvenir de cet épisode, et d'une manière générale aucun souvenir de vie antérieure.

 

Comme tout le monde, mes souvenirs les plus anciens remontent vers trois ans. Ils sont banaux, et ne valent d'être rapportés que par leur valeur de témoignage sur un monde aujourd'hui disparu.

 

A l'époque, 1956 donc, à Saint Dizier le VertBois militaire était en pleine frénésie de construction, suite à l'extension de la base aérienne militaire, la BA113, et des industries comme la SIMA (matériel agricole). Je me rappelle que nous avions un jardin, mon père m'y avait emmené une fois. Mais il a été exproprié pour construire le Groupe Scolaire Jean Moulin, juste à temps pour nous accueillir: 48°38'38,10"N, 4°58'14,52"E.

 

Avoir une voiture à l'époque était encore un privilège. Ainsi mon père avait un vélo, sur lequel il nous prenait parfois. J'avais peur de voir le vélo pencher.

L’armée assurait également un service de ramassage, de gros bus vert foncé aux formes arrondies.

Nous prenions également le train, et je me souviens d'un voyage vers Reims, pour voir ma Grand-mère. Bien sûr avec les années, ce souvenir s'est résumé à quelques scènes simples, mais il est resté très vivace et détaillé, au point de reconnaître certains passages sur Google Earth: les bruits, les édifices de bord de voie, le trou des toilettes qui montrait les rails, et surtout la locomotive à vapeur, monstre effrayant pour un jeune enfant. Que cet épisode soit resté si vivace est peut-être en rapport avec ma passion des trains (je ne peux toutefois pas dire lequel a engendré l'autre). Ce qui est intéressant, est que, malgré mes trois ans, mes souvenirs montrent que je savais exactement à quoi servait le train, la locomotive, les voies, le voyage, etc. Ce qui montre bien qu'à trois ans notre conception du monde est déjà précise et complexe: la conscience, l’intelligence et surtout la mémoire s'éveillent bien avant trois ans. Même si on oublie ensuite les événements.

J'ai deux souvenirs dont la précision est effarante:

Une fois, vers 1960 et quelques, je remarquais, dans l'embiellage d'une locomotive, une pièce oscillante en forme de boucle allongée. 54 ans plus tard, en 2014, j'identifie cette pièce comme la coulisse de distribution, quand j'étudie le système d'embiellage Walshaerts pour construire mes petites locomotives à vapeur dans Inworldz.

Un autre fois, en 1964, j'avais onze ans, quand nous volions en Caravelle à destination de Béchar. Les pilotes nous ont invités, les trois gamins, dans le cockpit (à l'époque il n'y avait pas encore toutes ces imbécillités de détournements et de terrorisme, aussi à bord les choses se passaient de manière beaucoup plus familiale). Le pilote m'a fait tourner un bouton, expliquant qu'il ferait tourner l'avion. Ce que j'ai effectivement pu constater, par les vitres du cockpit. Bien des années après, avec Internet, j'ai pu reconnaître ce bouton sur des plans, comme réellement le bouton de cap du pilote automatique, et l'endroit où cela s'est passé comme un checkpoint de navigation au large d'Oran, où l'avion devait changer de direction. C'est ainsi que j'ai piloté la Caravelle de De Gaulle à 11 ans, lol!

Toutefois la conscience du monde à trois ans est beaucoup plus limitée dans son étendue. Lors du voyage en train, je savais qu'il y avait d’autres villes ailleurs, séparées par de la campagne. Mais je n'avais aucun repère géographique, nord ou sud, ni de carte avec la disposition des villes. Je réalise à ce propos que les gens qui n'ont pas appris la géographie à l'école restent dans cette ignorance, ce manque d'appropriation du monde autour d'eux!! Heureusement le VertBois avait à l'époque une disposition «Feng Shui» non intentionnelle, mais qui donnait une sensation de «nord» correspondant au vrai nord.

Un autre exemple d'incompréhension du monde est assez terrifiant. Ce jour-là, mes parents avaient acheté des chaussures à un de mes frères. Malchance, elles étaient roses, et en plus, ils se sont servis d'un chausse-pied pour les enfiler à mon frère, qui protestait et pleurait. Ne comprenant pas ce que je voyais, je pensais qu'ils se servaient d'une lame pour tailler les pieds de mon frère! Et leur donner la forme caractéristique d'une semelle avec un talon. Bien sûr une telle opération aurait eu des résultats sanglants, mais à trois ans on ignore comment est fait l'intérieur du corps, d'où l'erreur. Donc je n’avais pas peur de la blessure, mais je refusais vivement qu’on me taille les pieds comme ça! Et je me suis mis à pleurer, d'une de ces séances de pleurs incompréhensibles qui exaspèrent tant les adultes. Mais le plus grave est que je n'avais pas trouvé anormal que les adultes traitent mon frère de cette façon!! Ainsi les jeunes enfants intègrent très vite la soumission aux adultes, et ne se rendent pas compte quand leur comportement est anormal. Ceci est souvent observé dans les affaires de maltraitance. Voici donc l'explication.

Le choix que fait la mémoire des souvenirs à garder ou à rejeter est parfois extrêmement curieux. Ainsi je me rappelle précisément, pour chaque mot grossier, quand je les ai entendus la première fois (C'était le plus souvent par mon père, qui avait un langage assez explétif). C'est un des rares exemples que je vois d'une influence spirituelle qui aurait pu me toucher personnellement, et attirer spécialement mon attention sur ces mots. En effet, pour un jeune enfant, rien n'indique que ces mots sont particuliers, puisque «grossier» est une convention. De fait, ne pas prononcer ces mots a été la première règle de «morale» que j'ai violée sciemment, car je trouvais idiot de décréter qu'il ne fallait pas dire certains mots. Mais l'affaire n'est pas si simple, et je suis passé par plusieurs périodes avec ou sans gros mots. Aujourd’hui je fais l’effort de les éviter, mais c’est difficile quand c'est devenu une habitude de langage. D'où l'intérêt de les refuser le plus tôt possible, afin de garder notre liberté justement.

Un autre exemple qui montre une possible influence spirituelle est le souvenir précis de la façon dont j'ai appris le gros mot «viande». Pourtant personne à l'époque ne m'avait dit que c'en était un! Ni même aujourd'hui, d'ailleurs, j'ai du le trouver tout seul. L'histoire vaut bien le temps que vous passerez à la lire: comme nous n'avions pas de voiture, et qu'il n'y avait pas encore de magasins dans cette cité nouvelle, nous dépendions de commerçants ambulants en camionnette. Et c'étaient les femmes qui devaient y aller, car les pères étaient au boulot (une division du travail qui n'a pas encore vraiment disparu). Une situation qui n'allait pas sans problèmes: quand on entendait le klaxon, il fallait vite y aller, sous peine de ne pas avoir à manger. Ce qui impliquait souvent de laisser les jeunes enfants sans surveillance. Il y a eu plusieurs accidents graves, des gosses hurlant et pissant le sang, suite au bris de bouteilles de lait en verre, plus une fillette brûlée vive dans sa robe en nylon (une matière entièrement nouvelle à l'époque, dont on ignorait encore les dangers. Les brûlures de nylon forment un réseau de cicatrices linéaires entre des zones saines. On voyait parfois ça à l’époque, mais plus aujourd’hui)

 

Un de ces commerçants était «le familistère», et je me rappelle précisément du «tube» Citroen, celui en «tôle ondulée», marqué «familistère» sur le côté, et la porte arrière aménagée en comptoir. Ce n'est que bien plus tard que j'ai appris la signification politique de ce nom: les familistères étaient des coopératives ouvrières apparentées aux phalanstères de Guise, créés par l'industriel Godin (les poêles), dans la veine du Socialisme et du Fouriérisme du 19eme siècle. Toutefois en 1956 les familistères ambulants n'étaient plus que des commerçants comme les autres, et la marque a été peu après rachetée par les supermarchés Radar: avec la démocratisation des voitures, les commerçants ambulants n'étaient plus nécessaires. Puis Radar, de regroupement en regroupement, a fini chez Carrefour, qui a donc hérité de la marque Socialiste. Mais 10 heures du matin est resté dans ma mémoire comme l'heure des klaxons, une heure joyeuse où il fallait vite aller faire les courses.

Là où on en vient aux gros mots est qu'un jour, alors que j'accompagnais ma mère derrière une de ces camionnettes, le commerçant m'a tendu, planté sur une fourchette, une chose d'aspect désagréable, pour que je la goûte. Inquiet, je demandais ce que c'était: «de la viande», me répondit-il d'un ton sans réplique, le regard sévère. J'ai clairement ressenti qu'il y avait quelque chose de mal avec la viande. Mais j'ai surtout su que, comme j'étais enfant, il «fallait» faire avec cette chose. Ce qui est remarquable ici, est que ce fait ait focalisé l'attention de la mémoire, alors que j'ignorais totalement ce qu'était la viande, et le prix atroce à payer pour en avoir. Si ça avait été du navet ou un bonbon, la mémoire ne l'aurait pas enregistré (à l'époque il était courant d'offrir des bonbons aux enfants, et cela m'est sûrement arrivé de nombreuses fois, sans que la mémoire ne l'enregistre).

J'ignore si j'ai préparé cette incarnation dans quelque monde spirituel. Mais si c'est le cas, alors il paraît logique que j'aie été averti du problème de la viande. Mais surtout j'aurais été averti du risque grave de la refuser: à l'époque on m'aurait probablement placé en psychiatrie. Ainsi, si il y a des influences spirituelles, de type «souvenir de vie antérieure» ou de type «notre programme dans cette vie», alors elles se manifesteraient bien entre trois et six ans, comme la tradition l'affirme, pour disparaître ensuite. Bon, je n'ai guère d'autres indices de ce genre, peut-être n'ai-je eu qu'un simple épisode de super-conscience m'avertissant d'un danger caché, comme plusieurs autres que j'ai eu depuis. En tous cas, je ne prend pas la responsabilité d'avoir mangé de la viande depuis, ni même d'avoir intériorisé cette «nécessité»: je ne l'ai fait que suite à ces pressions sociales, dont je me suis défait dès que j'ai pu reprendre le contrôle de mon esprit et de ma vie. Et en tous cas j'ai éduqué mes enfants sans viande. En 1988 c'était possible, quoique encore réprimé.

 

Le choix des souvenirs retenus a sans doute à voir avec leur intérêt. La vie d'un jeune enfant n'a rien de passionnant, avec ses routines triviales, dans le petit monde clos d'un appartement familial, aussi ouvert et intéressant qu'une prison. Ce qui explique probablement que notre mémoire ne la retienne pas, mais qu'elle retienne tout événement un tant soit peu saillant. Ainsi une fois mon père avait acheté un tapis, et mes deux frères et moi avions eu une partie fantastique dans le tapis roulé, qui faisait un tunnel. C'est ainsi que je me rappelle de détails comme le sol en béton rougeâtre. D'autres éléments saillants m'ont permis de retenir des faits plus quotidiens, comme ma mère qui mettait une pommade sur ses tétons, car mon second frère, qui tétait encore, la blessait. (et non, je n'ai pas été «choqué» de voir ses seins. Ses gougouttes, disions-nous).

Je me rappelle aussi la fois où mon père, dans un de ses accès de souci éducatif, me tenait assis sur le pot, me suppliant de faire caca. Bien sûr ça ne marchait pas, car on ne fait pas ça sur commande! Mais j'étais vexé, et, dès qu'il a eu le dos tourné, j'ai mis le pot sur le poêle à charbon. C'est ainsi que je me rappelle du poêle noir, et que j'ai découvert, étonné et vaguement effrayé, que le plastique fondait. Heureusement mon père avait pris la chose avec humour, et je me rappelle de son visage hilare me faisant coucou à travers le trou dans le pot. D'après ma mère, elle était à ce moment occupée à langer mon premier frère: je ne pouvais donc pas avoir plus de deux ans et demi à ce moment. Ce serait donc mon plus ancien souvenir, bien avant la limite habituelle de trois ans. Et il montre déjà une vision complète du monde et beaucoup de connaissances oubliées et ré-apprises par la suite. Par exemple je savais que toucher le poêle faisant mal, et c'était bien dans ce but que j'y avais mis le pot.

 

Tout ceci explique pourquoi je me rappelle si précisément du voyage en train, qui pour moi était une fantastique rupture par rapport à la routine tétée-popot. Ainsi il est clair qu'il faut s'occuper beaucoup plus des bébés, bien avant trois ans, et leur offrir beaucoup plus d'expériences.

Un des derniers souvenirs de cette époque a été l'arrivée de notre voiture. Mon père avait monté en grade, et il pouvait maintenant en acheter une. C'était une Simca Aronde, avec les formes courtaudes et arrondies de l'époque, couleur vert très foncé presque noire, et des pneus à flancs blancs (que ma mère maudissait, car c'est elle qui «devait» les tenir propres). Ce qui la rendait unique était la présence de trois enjoliveurs circulaires, rouge et argent, sur les deux ailes avant. Ces enjoliveurs sont rares, la seule image que j'aie trouvé est à sur la page wikipédia en anglais. Cette voiture allait considérablement changer notre vie, puisque grâce à elle nous pourrions aller faire les courses en ville, des sorties à la campagne, et aussi partir en vacances plusieurs fois par an, chez mes grand parents à Erloy, et «à la mer» lors des vacances d'été.

 

Puis, notre famille s'agrandissant, nous avons déménagé, toujours vers 1956, dans un autre bâtiment voisin. Je me souviens de plusieurs détails insignifiants du déménagement, comme le tuyau courbe de la machine à laver, et la rue Léon Blum qui faisait une courbe similaire (à l'époque). Là aussi du haut de mes trois ans je connaissais la signification du déménagement, et de tous les détails associés. Mais avant de continuer, j'aimerais évoquer une autre série de souvenirs peu reluisants:

 

 

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Les séquelles de la seconde guerre mondiale

(Permalien) Écrit en Septembre 2016.

En 1956 et même jusqu'en 1960, des traces de la guerre étaient encore visibles. Bien sûr les bâtiments publics abîmés avaient été démolis depuis longtemps, mais les propriétaires privés n'avaient pas forcément les moyens de le faire, voire ils étaient morts et personne ne s'occupait de leurs ruines. Un des pires effets de la guerre est le chaos général de la société: reconstruction et rétablissement des circuits économiques peuvent prendre des années. Ainsi en France les restrictions alimentaires ont perduré jusqu'en 1949, et jusqu'au début des années 1960 on voyaient encore des ruines ou des constructions provisoires.

Mon souvenir le plus terrible se situe à Reims, Rue de Courcelles, dans une courée où habitait ma grand-mère et son Loulou de nouveau mari qui nous avait piqué notre vrai grand-père. Il y avait encore là, vers 1956, une maison en ruine, tas de pierres noircies et de poutres carbonisées. (Cette maison était dans cet enclos à 49°15'33.16"N, 4°1'6.99"E. La courée est immédiatement à l'est, l'entrée se trouvait Rue de Courcelles). Bien entendu on m'expliqua que c'était «la guerre», et je compris que quelque chose de monstrueux s'était passé juste quelques années avant ma naissance. Je me demandais si les habitants étaient dans leur maison quand ça s'est produit, car ils auraient été écrasés et brûlés. Dans ma tête de gosse de deux ans et demi se fit jour l'idée que la guerre est une chose noire, horrible et anormale.

Plus tard, lors de nos voyages en voiture, nous avons vu d'autres indices, comme un grand bâtiment de briques dont une section entière manquait, montrant des portes de communication condamnées.

Un autre souvenir est un pont à Vitry le François, 48°44'24"N, 4°35'31"E. Je donne un emplacement approximatif, car il y a en faits deux ponts, un sur la Marne et un sur le canal. Aujourd'hui tout est net et aucune trace ne reste, mais plusieurs années après 1956, il y avait encore un pont suspendu en béton blanc, probablement construit avant guerre. Mais le tablier avait été démoli et remplacé par une voie provisoire unique, en grosses poutres de bois, qui faisaient un bruit caractéristique quand nous roulions dessus. Pour cette raison nous l'appelions le «pont tonnerre» et applaudissions à chaque fois! Bien sûr nous ne savions pas ce que signifiait ce pont.

Des dizaines d'années après, on voyait encore de vieilles usines avec les vitres peintes en bleu. Ce n'est que récemment que j'ai su pourquoi: c'était une mesure pour protéger les villes des bombardements (en empêchant les lumières de servir de repère, la nuit).

Nous avions aussi visité le Fort de la Pompelle, près de Reims. A l'époque, il était encore tel qu'abandonné en 1918, soit un vague monticule crayeux bouleversé par quatre ans de canonnage, où seuls les sommets de quelques voûtes émergeaient de-ci de-là. J'étais horrifiés à la vision des soldats enterrés vivants sous les obus, sorte d'étrange malédiction noire. Une sensation que l'on n'a probablement plus, aujourd'hui que le fort a été restauré et les galeries dégagées, glorifiant la guerre en évitant d'évoquer les abominables souffrances qu'elle implique. Un détail curieux est que j'imaginais ces soldats en tenue bleu passé, sans savoir que c'était effectivement la couleur à l'époque.

Il y avait aussi «les américains», qui se déplaçaient par convois de camions militaires, les fameux Dodges du Débarquement, que l'on voit dans les films, et que j'ai donc vu de mes propres yeux. Ces convois étaient compacts et difficiles à doubler, mais ils allaient assez vite pour que ce ne soit pas nécessaire. Ils se distinguaient par un bruit sifflant unique pour l'époque, dû à la présence d'un turbo. Ceci, et quelques autres détails, leur donnait une aura un peu «magique», et je me rappelle que les gens parlaient des «Américains» un peu comme d'une race supérieure, et surtout beaucoup de gratitude. Et de fait, sans leur aide, on serait restés sous la coupe nazie. Une gratitude inquiète toutefois, comme avec un grand-frère imprévisible, qui tend à tirer les couvertures à lui sans penser aux autres. De fait, la présence d'une armée étrangère sur le sol français n'allait pas sans protestations, et finalement De Gaulle leur a demandé de partir. (Bon, je pense que c'était surtout la gauche communiste qui protestait, à l'époque elle était encore beaucoup inféodée à l'URSS, et on ne se méfiait pas encore tant de cette dernière: elle était encore «les Alliés» et pas encore «la guerre froide»).

Je me rappelle aussi clairement des pièces de un franc en aluminium gris terne, frappées de la honteuse francisque de pétain. J'avais même demandé à ma mère ce que signifiait cette francisque, mais elle ne m'avait pas donné de détails: à l'époque on ne parlait pas de politique aux enfants. Ces pièces sont restées en circulation des années après la guerre, et même après l'introduction du nouveau franc en 1960 elles sont restées encore un peu comme pièces de un et deux centimes. C'est que la création de nouvelles pièces coûte cher, et les symboles n'étaient pas la priorité dans un pays où tout était à reconstruire.

 

Cette proximité avec la guerre me mettait mal à l'aise: si c'était arrivé juste avant ma naissance, alors ça pourrait recommencer n'importe quand. Des choses comme les spectacles de torture dans les arènes romaines sont loin, on peut penser que le monde a évolué depuis, et que ça ne peut plus arriver. Mais la guerre et le nazisme étaient bien trop près pour se rassurer de cette façon.

Toutefois le fait que mon père soit militaire incitait aussi à une certaine attraction pour les militaires, et je me rappelle que j'aimais la musique rythmée des défilés. IL faut dire que c'était la seule musique que nous entendions en 1956, avant d'avoir une radio! A l'époque les défilés militaires étaient encore courants. Aujourd'hui ils seraient incongrus.

Ceci est clairement un exemple de névrose d'opinion, qui prouve bien que j'étais un enfant comme les autres, sans facultés spéciales. Il le fallait de toutes façons, car toute différence m'aurait attiré une répression impitoyable. Ce qui n'a pas pu être complètement évité, comme nous allons le voir.

 

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Saint Dizier, 1956 à 1964

(Permalien) Écrit en Septembre 2016.

Pendant tout ce temps, nous avons habité dans une plus grande barre blanche, que nous appelions le «bâtiment 1». Il était à 48°38'32"N, 4°58'03,20"E, mais est aujourd'hui détruit. Ce qui est aujourd'hui la rue Edgar Pisani était à l’époque une déviation surélevée, à laquelle nous n'avions pas accès. Une déviation plus large a depuis été construite au sud de Saint Dizier, ce qui a permis de transformer la nôtre en rue, pour désenclaver le Vert-bois par rapport au centre ville. Notre bâtiment a aussi été détruit, avec plusieurs autres, pour rendre la cité plus humaine. A l'époque, y avait des petits arbres, des pelouses et un bac à sable pour les enfants, au nord de notre bâtiment.

Il serait fastidieux de raconter ces huit années en détails, aussi je m'en tiendrai aux points d'intérêt.

Notre nouveau logement était plus spacieux, clair et agréable, et je ne me souviens pas d'y avoir eu froid. Encore que nous manquions de vraies couvertures, nous utilisions des vestes, et plus tard les sacs de couchage du camping. Il y avait «la canadienne» brune avec des poches et un col de simili-fourrure, façon trappeur, et «la flanelle» grise et douce.

S'y est ajouté la radio, bien entendu à l'époque un poste à lampes. Mais elle diffusait de la musique, et des informations. Aujourd'hui, on est si habitué à la radio que on ne se rend pas compte de ce qu'elle représente. Mais à l'époque, c'était un plus grand changement que aujourd'hui l'arrivée de l'Internet: Nous entendions le monde! Bon, jamais «la radio» n'a été «notre radio», elle a tout de suite été la radio du pouvoir. Internet a pu appartenir à tous pendant une dizaine d'années, jusqu'environ en 2010 où l'indexation de mes sites a glissé derrière celle des médias.

 

Je ne me rappelle guère à quoi je consacrais mon temps. On me dira que je jouais, mais pour moi c’était des activités sérieuses et créatives. Aussi je fus bien ennuyé quand on me dit qu'il me faudrait aller à l'école. Cela contrariait mes activités, ma façon d'organiser ma vie. Bon, il a bien fallu que j'y aille, d'abord à l'école maternelle. Je ne me souviens pas trop de ce que j'y faisais, sauf que finalement j'aimais bien. Une fois une fête où on s'était déguisés en... train. Probablement mes relations avec les autres élèves étaient bonnes, en tous cas j'ai peu de souvenirs. Le seul mauvais souvenir est un jour que nous jouions dans le sable, et que je décrivais ce que je construisais, un de mes camarades a commencé à me contredire, disant que je faisais autre chose. C'était la toute première fois que je voyais un sociopathe, et j'ai été plus surpris que fâché. Mais j'en garde un souvenir précis.

C'est cette expérience, et les suivantes, qui me permet aujourd'hui d'affirmer scientifiquement que les sociopathies apparaissent très jeune. En effet, le fait que j'ai été enfant me permet de comprendre ce que ressentent les enfants, tandis que les «études scientifiques» par des gens qui n'ont jamais été enfant, resteront toujours entachées d'hypothèses aussi gratuites que ridicules et bêtes, ou d'interprétations idéologiques totalement arbitraires, souvent malveillantes. Par exemple un enfant qui s'efface devant un camarade brutal ne le fait pas par admiration fachiste de la domination-soumission, il le fait simplement pour s'éviter de recevoir des coups. Probablement a t-il déjà intériorisé cette situation pathologique, et il ne se rend pas compte qu'elle est anormale, comme pour l'histoire ci-dessus de mes parents «taillant» les pieds de mon frère. Il accepte qu'il faut obéir aux brutes malades, exactement comme il faut obéir aux parents ou aux instituteurs! Ou bien il n'ose pas parler aux adultes, et surtout pas à ces «scientifiques» bizarres qui lui posent des questions étranges, sans jamais écouter ce qu'il a à dire. Les rares fois où j'ai pu parler de ces problèmes, les regards se tournaient ailleurs. Au mieux on me disait que je devais «me faire respecter», mais comment faire face à plusieurs? Sans compter que c'est moi qui aurait été puni, de nombreuses affaires le prouvent.

 

 

L'école primaire Jean Moulin (1960 1964)

(Permalien) Écrit en Septembre 2016.

Cette école était située 48°38'38,10"N, 4°58'14,52"E. Les coordonnées pointent précisément à une salle annexe qui servait de cinéma, où se situe un souvenir curieux.

Le bâtiment principal est la barre quelques mètres plus à l'est, avec les quatre cages d'escalier. Ces bâtiments existent toujours en 2016, mais il ne servent plus d'école: ils ont été convertis en une sorte de centre de formation pour adultes. Ainsi vous ne trouverez pas «Ecole Jean Moulin» sur Internet. Ce nom de «Jean Moulin» était bien dans l'esprit d'époque, de la dénonciation de toutes les horreurs du nazisme et de la célébration des héros. On nous avait même montré des films à l'école, avec une image très atténuée du fameux four d'Auschwitz, qui m'avait tout de même donné des rêves terrifiants pour plusieurs nuits. (Contrairement à ce que prétendent certains crétins négationnistes, cette image existait donc déjà en 1964).

 

Les quatre années passées à l'école Jean Moulin apportent des bons et des mauvais souvenirs. Des bons, car j'aimais bien apprendre. Des mauvais, car certains instituteurs avaient l'art de transformer les activités les plus intéressantes en pensums déplaisants, voire en affaires de honte et de culpabilisation. Il y en avait un particulièrement doué pour ça, que je n'aimais pas, et lui me détestait franchement. Il y en avait un autre qui était intéressant, et j'ai compris longtemps après, d'après certains indices, qu'il était formé à la pédagogie Freinet. Mais probablement à l'époque si il en avait fait état il aurait été licencié.

Apprendre des matières abstraites n'est pas facile pour un enfant, habitué au concret et aux images. Si en plus on en fait une question de honte et de culpabilité, l'échec scolaire est garanti. C'est la raison pour laquelle les pédagogies modernes sont basées sur les sens (images, couleurs, sons, objets, mécanique...), au lieu d'abstractions. Et surtout sur l'acceptation sociale et la confiance en soi de l'enfant, au lieu de la honte ou la culpabilité, ou plus généralement du modèle sadomasochiste de soumission au maître socialement supérieur représentant du système.

 

 

L'école, le harcèlement et les discriminations

(Permalien) Écrit en Septembre 2016.

Le souvenir le plus marquant toutefois, est celui des discriminations: les garçons et les filles étaient dans des cours et des classes séparées. Bien sûr nous pensions que cet état des choses était «normal», comme beaucoup d'autres imbécillités imposées par les adultes. Mais ce n'était pas du tout innocent: il y avait souvent des réflexions méprisantes sur «les filles», voire des «accusations d'être une fille», cultivant la «honte d'être une fille». Les instituteurs eux-mêmes laissaient clairement entendre que c'était «un problème» d'avoir des relations avec les filles (en rappelant que, à l'époque et à notre âge, le sexe était quelque chose de totalement inconnu: si nous allions avec des filles, en dehors de l'école, c'était uniquement pour être copain, ou pour jouer ensemble). Il est clair que ces réflexions créaient du sexisme, et que c'en était même la seule et unique cause. Cette idée que les femmes seraient des êtres bizarres aux réactions incompréhensibles, a été à l'origine de certaines difficultés que j'ai pu avoir pour aborder les femmes plus tard. J'imagine que la réciproque est vraie pour beaucoup de femmes, ressentant les hommes comme des êtres inquiétants seulement préoccupés de leur faire des choses. D'où les «réactions incompréhensibles».

Ces discriminations finissaient même par déteindre sur nos jeux en-dehors de l'école, puisque même en-dehors de l’école garçons et filles finissaient par ne plus se fréquenter, chacun rejetant l'autre dans un monde étrange et inconnu, alors que seulement deux ans plus tôt nous jouions ensemble dans le même bac à sable. Ainsi nous intériorisions le sexisme. De là viennent aussi, très sûrement, les différences soi-disant naturelles entre les sexes: garçons intéressés par la mécanique et la bagarre, et les filles par la cuisine et la couture... Quoi d'étonnant avec les jouets qu'on nous offrait: panoplies guerrières pour les garçon, dînettes (cuisines jouets) et «baigneurs» (poupées de bébés) pour les filles... et surtout les réflexions et moqueries qui fusillaient tous les «déviants».

Ainsi le sexisme n'est-il pas naturel, il est intentionnellement créé de toutes pièces par des adultes malades. Et que cela se produit encore aujourd'hui, par exemple au super-marché, avec le rayon des jouets «de filles» tout en rose, et le rayon «des garçons» plein de monstres et machins affreux. Ou les pubs à la télé, avec la femme qui s'occupe du ménage et l'homme de la voiture.

L'état «vierge» sans sexisme existe pourtant bien, avant l’école, et je me souviens même, avant cela, m'être demandé pourquoi certaines personnes n'avaient «pas de biquette», alors comment faisaient-elles pour faire pipi. Elles devaient bien le faire, pourtant, et l'observation confirma ma théorie: je me souviens d'une de mes cousines qui faisait encore dans ses couches, son petit sourire espiègle accompagnant le bruit caractéristique. C'est ainsi que j'ai fait mon premier raisonnement scientifique à quatre ans, lol

 

Ce n'est pas le plus grave. Les moqueries et agressions physiques, presque inconnues au cours préparatoire, sont devenues une composante majeure de l'école primaire. La première année (sept ans), ça passait encore, quoiqu'il fallait déjà éviter «les grands», souvent brutaux ou arrogants. Mais dès huit ans, j'ai été la cible régulière de moqueries, notamment par un groupe dont cela semblait être la seule activité. Ce n'était qu'un petit groupe, mais ils le faisaient à chaque récré, et pendant toute la récré. J'ai aussi subi des agressions physiques. La première fois c'était un gamin isolé qui m'avait fait un croche-pied, résultant en une lèvre fendue. La seconde fois le «motif» était ouvertement fachiste: plusieurs types m'ont coincé dans un coin et frappé à l’oeil, parce que je portais un obturateur. Ces deux agressions auraient pu avoir des conséquences plus graves. J'en ai vu d'autres, visant d'autres enfants. Ces moqueries, et le risque permanent de bousculade ou de coups, faisaient qu'il était impossible d'avoir une vie normale dans la cour de récréation. Personnellement, je restais près des instituteurs, où les fachistes n'osaient pas m'agresser. Mais pas trop près quand même, car alors c'est eux qui pensaient que j'avais un problème. Ça aussi il fallait s'en méfier. Je savais déjà que les adultes aussi pouvaient avoir des réactions bizarres ou dangereuses.

L'agression la plus grave à laquelle j'ai assisté s'est passée devant l'école: il y avait à l'époque des déblais de chantier, couverts de buissons, avec un chemin y pénétrant. Des gamins avaient apparemment allumé un feu là dedans, mon souvenir montre de la fumée et des flocons gris tourbillonnants (fort probablement ils n'avaient allumé que quelques papiers, dont les cendres voletaient. Mais à l'époque je n'avais pas reconnu ce détail). Et les voyous poussaient un autre enfant vers le feu, qui se débattait et se retenait. Un geste qui aurait pu avoir des conséquences graves, si ses vêtements avaient pris feu (le nylon!). Ma sensation à l'époque avait été d'une extrême étrangeté grise, encore plus que de peur: nous vivions dans un monde où des choses très graves pouvaient se passer, que tout le monde apparemment trouvait normales et laissait faire en toute connaissance de cause: si ces voyous avaient réussi à brûler leur copain, ils n’auraient pas été punis! Par son intensité, ce serait presque un souvenir de guerre, si ce n'était sa brièveté.

 

Ainsi, les sociopathies, encore rares à six ans, touchent-elles dès huit ou neuf ans la même proportion de personnes que chez les adultes, et peut-être même plus. C'est une observation intéressante, que les spécialistes ne devraient pas feindre d’ignorer: il se passe quelque chose à cet âge, qui favorise ou provoque leur apparition (chapitre V-13).

Parce que bien sûr personne n'a jamais imaginé que les sociopathies apparaissent soudainement le jour des 18 ans.

 

Ce qui est remarquable, c'est que je n'ai jamais vu une seule de ces agressions punies. Même pas une remarque éducative, rien. Seul le gamin du croche-pied a eu de mes nouvelles... par «la base», car son père était aussi militaire. Que ce soit la «justice militaire» qui s'occupe des affaires de cour de récré m'a toujours paru surréaliste. Mais c'est la seule justice que j'aie jamais vue de toute mon enfance. Et encore, sa mère a voulu se venger contre moi, me disant que «je ne devais pas jouer ici». J'ignore ce qu'est devenu ce gamin, mais il ne faut pas s'étonner de voir des truands si les parents les encouragent délibérément dans cette voie. Authentique, il s’appelait Desboeux, et une autre bande les... Connards! Ces derniers pratiquaient un entrisme systématique dans tous les jeux du quartier, pour les faire dégénérer en bagarres.

Pire, les instituteurs montraient eux-mêmes le mauvais exemple. Ainsi je me rappelle précisément, la première année, que deux de mes camarades avaient été «renvoyés à la maternelle». J'ignore ce qui s'est passé, quelle erreur administrative ou problème éducatif. Mais la moindre des choses aurait été de faire ça discrètement... au lieu de cela, les instituteurs avaient fait l'annonce présent tout le monde, sous le préau, en encourageant à huer les deux gamins. Comment s'étonner ensuite si moqueries et harcèlement moral «apparaissent».

Après une pause à Béchar, on verra plus loin que ces harcèlements scolaires m'ont poursuivi jusqu'en Math Sup, à Pau en 1973. J'avais 20 ans. Plus tard, ce fut d'autres formes, parfois très graves, comme un harcèlement judiciaire. J'ai aussi eu des problèmes dans les milieux «militants» dont on attendrait mieux, et même dans les milieux spiritualistes (ou les sociopathes se posent volontiers en gourous, contactés, etc. piégeant les débutants sous des apparences angéliques ou de haute sagesse).

Par contre, contrairement à certaines théories qui essaient de noyer le poisson, je n'ai eu que relativement peu de problèmes dans le «milieu du travail». Peut-être parce que les sociopathes ne peuvent pas s’y adapter, ni fournir de résultats suffisants.

 

 

Erloy, le village de nos vacances

(Permalien) Écrit en Septembre 2016.

Nous allions souvent à Erloy, un petit village de Thiérache, chez mes grands parents paternels: 49°54'47,90"N 3°40'49,40"E. Ma mère a souvent regretté de ne jamais aller chez sa propre mère, mais nous les gamins préférions de loin la grande maison à la campagne à la courée grise de Reims, dans le vieux quartier moche de la Rue de Courcelles.

La Thiérache est un pays humide et verdoyant, ondulé de petites collines, plein de vaches noires et blanches (à l'époque), des orties, des géraniums, des ardoises grises et des briques rougeâtres aux bords arrondis (pas des briques industrielles donc).

La maison était très rustique: un seul poêle-cuisinière en émail jaune pâle et métal chromé, des lits massifs en bois sombre ciré, l'électricité dans les tubes en carton goudronné d'avant guerre, une horloge à carillon sonnant les heures, et un cabanon en planches dehors, pour les toilettes. Elle était pourtant peinte de couleurs gaies, propre et bien tenue. Elle ferait le délice des amateurs de campagne aujourd'hui! Si vous visitez des lieux comme Oradour sur Glane, vous pourrez peut-être encore voir «comment c'était avant». Mais l'hiver c'était froid et humide, et prendre une douche était une expédition: chauffer l'eau dans une lessiveuse, dans une pièce servant de débarras, avec l'eau sale qui coulait dehors dans un fossé malodorant. Sans parler du vidage de la tine des toilettes...

L'approche du village se faisais par plusieurs localités dont les noms sonnent encore la merveille de la petite enfance: Vervins, Étréaupont, Autreppes, Saint Algis. On y accédait par une route qui traverse le lit d'inondation de l'Oise. Je ne l'ai jamais vu inondé, mais on voit toujours aujourd'hui plusieurs ponts destinés à permettre à l'eau de passer sous la route, quand cela se produit.

Les bruits étaient bien sûr les vaches, les coqs, les cloches nostalgiques de l'église, et le joyeux pimpom caractéristiques des michelines qui passaient au sud de la vallée. Aujourd'hui la voie ferrée a été sabotée.

Les odeurs étaient bien sûr très «campagnardes»: fumier et purin omniprésents. Toutefois il n'y avait pas que ça, et je me rappelle avoir senti la pluie, ou la nuit, qui amenaient des senteurs plus discrètes mais très identifiables. Des choses que l'on ne sent plus dans la ville moderne, avec notre odorat anesthésié par tous les gaz d'échappement. Les principaux parfums étaient les géraniums, les prunes ou le parfum acidulé caractéristique des groseilles. La maison et la grange avaient aussi leurs odeurs d'avant le plastique: humidité, paille, nourriture des lapins, vieux bois, vieux grenier, tandis que la pièces des douches sentait la confiture et les tartes. Il y avait effectivement là un «garde manger» (étagères couvertes de moustiquaire contre les mouches, car il n'y avait pas encore de frigo) où il y avait souvent des tartes aux pommes.

Au début que nous y allions, on entendait encore les carrioles à cheval passer sur la route, avec le clipitipiclop des sabots et les clochettes. Nous avons même fait une fois le voyage en carriole jusqu'à un pré, près de la voie ferrée. Je veux dire pour aller y travailler, pas en excursion. Puis, pratiquement d'une année sur l'autre, les chevaux ont tous été remplacés par des tracteurs. Des Massey-Fergusson rouge-orange.

 

Erloy nous changeait radicalement de l'appartement: il y avait une cour, un jardin, et surtout la grange, endroit mystérieux plein de recoins et l'atelier de Pépère, avec les outils et la meule. Autrement dit, c'était le paradis pour trois enfants vivants et actifs. Mon père m’a incité à jardiner et bêcher mon petit carré. J'en ai gardé le goût du jardinage.

Plus tard, comme nous grandissions, il nous fallait plus de place. Nous explorions alors le village, qui disposait d'un merveilleux réseau de chemins pédestres entre les prés. Je ne suis pas sûr que cela existe toujours aujourd'hui. Ce serait pourtant bien, d'avoir des réseaux de chemins pour se promener dans la campagne, sans trouver partout des clôtures, des propriétés privés, des troupeaux (parfois dangereux), ou d'avoir sans arrêt à se garer des voitures sur des routes non prévues pour les piétons.

 

Vers la fin, toutefois, comme nous devenions pré-adolescents, nos centres d'intérêt s'élargissaient, et la vieille maison finissait par nous paraître ennuyeuse. Je me souviens d'avoir voulu faire des maquettes... mais pas moyen de trouver un simple tube de colle scotch! Sans parler de balsa ou d'autres éléments spéciaux. Une fois j'avais fait mon premier système solaire miniature, avec des boules d'argile peintes à l'aquarelle. J'avais rangé chaque planète et ses satellites dans un petit bocal séparé. Mais quand nous sommes revenus aux vacances suivantes, Mémère avait tout mélangé dans un seul bocal, ruinant ainsi l'ensemble. Peut-être croyait-elle que c'étaient des billes.

 

Le plus horrible souvenir est que ma grand-mère saignait des lapins: leur malheureux corps étaient alors écartelés en X, tête en bas, en travers de la porte obscure de la grange, le sang coulant dans une assiette au sol. Mais nous avions intériorisé ces choses comme «normales», car il «fallait» manger de la viande. Aujourd'hui en 2016 je suppose que personne de normal ne supporterait une telle scène d'horreur.

 

Nous avons continué à aller à Erloy jusqu'en 1967, la fin de notre séjour en Algérie. Mais Pépère est mort en 1966, et je compris alors qu'une page de notre vie, notre enfance, était tournée, et qu'elle ne reviendrait jamais plus.

Pépère semblait prédestiné à mourir. Je sais, nous le sommes tous, mais par accident. Mais lui parlait souvent «d'aller dans le trou», comme si c'était son projet. A ce qu'on m'a dit, sur la fin il fut infect avec les infirmières de l'hôpital, car elles le houspillaient pour «qu'il vive», comme si cela pouvait empêcher l'inévitable. Alors un jour ses enfants ont ramené Pépère à la maison, où il a pu s'éteindre paisiblement, en famille. Nous avons appris la nouvelle alors que nous étions encore à l'escale à l'aéroport de Marignane: j'ai raté son au-revoir final de seulement quelques heures.

Mon père, qui tenait tant à ses «conventions sociales» masochistes, m'a harcelé plusieurs heures pour que j'aille voir le corps de Pépère sur son lit de mort. J'ai refusé, car je voulais garder une belle image de lui, pas d'un cadavre. Et j’ai bien fait, car, à ce qu'on m'a dit, c'était pas joli à voir. Ce culte des cadavres m'a toujours paru malsain, répugnant et choquant. Je savais pourtant bien que ce qu'il y avait là dans ce lit n'était plus lui, mais quelque chose d'horrible qui ne devrait pas exister. Aussi ma tristesse allait à Pépère, ou au bonheur qu'il nous avait apporté dans son humble maison. Mais pas au cadavre.

Notre dernier séjour à Erloy a été en 1967, à notre retour définitif d'Algérie. Mais nous avions grandi, et l'esprit n'y était plus. En plus, il y avait d'autres membres de la famille, qui rendaient notre présence difficile. Enfin, Mémère a rejoint Pépère quelques mois plus tard. Nous n'avions alors plus aucune raison d'y aller.

 

Je ne suis revenu voir cette maison qu'une seule fois, en 1999, lors de l'éclipse. Il n'y avait personne. Bien sûr je reconnaissais beaucoup de choses de mon enfance... mais la magie n'y était plus du tout. Le seul bâtiment moderne, la mairie, s'était couverte de lichens gris. C’est fou comme le style futuriste vieillit mal. D'autres maisons que je connaissais avaient simplement disparu, il est incroyable de voir à quelle vitesse une maison naturelle se dissout sans laisser de traces apparentes: 49°54'57.1"N 3°50'06.9"E

Et si, il y avait bien une solide maison de briques ici, où vivait un dénommé Paul, qui venait souvent nous voir, annonçant sa venue d’un rire enjoué et d’une toux tonitruante. Après sa mort, nous allions à sa maison recueillir du salpêtre, j’ai donc connu cette maison tant qu’elle existait encore.

 

Aujourd'hui, Erloy reste un de ces innombrables villages de l'ennui.

 

 

Les sorties, la nature

Rajouté en Février 2025.

Une autre possibilité offerte par notre voiture était des sorties dans la nature environnante. Peut-être plus qu’à Erloy, j’ai découvert la beauté de la forêt au printemps, peuplée de chants d’oiseaux. Mon souvenir m’en rapporte nettement plus que aujourd’hui, et plus variés.

Nous roulions parfois au hasard dans la vallée de la Marne. Une fois nous avions trouvé une carrière avec une grande falaise blanche et des grottes, mais je n’ai jamais retrouvé l’endroit.

Un de nos lieux favoris était le lac du Der. Wikipédia dit que le lac a été crée «dans les années 1960», mais l’endroit où nous allions, 48°35'02.9"N 4°49'32.1"E existait bien avant: la digue était de pierres de taille, soit une technique du début du 20eme siècle. Les images actuelles montrent qu’un chemisage de béton a été ajouté depuis, ce qui peut donner l’impression que les digues sont plus récente. Probablement wikipédia réfère a des agrandissements dans les années 60 ou 70, plus à l’ouest que la partie où nous nous rendions. «La brèche» 48°34'02.0"N 4°48'15.4"E pourrait être le lieu où l’ancien Der que nous avons connu a été ouvert au nouveau. Ces remarques pour montrer que les informations de wikipédia peuvent être fausses ou déformées, même sur des sujets bénins, sans enjeu politique.

Un autre lieu familier était «la Houpette» 48°38'29.2"N 5°03'16"E, un dépôt de granulats de chantier, qui nous servait de bac à sable. Un petit peu plus au nord, environ à 48°38'31.9";N 5°03'16.3"E se trouvait un curieux creux, de quelques mètres mais bien conique, qui m’avait intrigué. A l’époque nous pensions que c’était probablement un cratère de la guerre, mais je pense plutôt aujourd’hui que c’était une petite doline. En effet, non loin de là, à Ancerville, sur le même genre de terrain, on trouve la «grotte des Sarrasins» 48°37'43.4"N 5°02'06.8"E.

 

 

Les vacances «à la mer»

(Permalien) Écrit en Février 2025

Jusque dans les années 1950-60, les personnes modestes n’avaient pas de moyens de transport effectifs. Leur expérience du monde était donc très restreinte, et tout écart semblait extraordinaire, comme dans les aventures de Monsieur Pickwick. Ce fut notre cas jusqu’à ce que nous ayons acheté une voiture. Nous avons alors entrepris notre premier voyage «à la mer», lieu exotique et extraordinaire pour nos yeux de HLM. Imaginez la première fois qu’un petit bout de mer apparaît depuis la voiture, le concert d’exclamations de trois gosses extasiés. Heureusement que personne ne nous voyait, mais plus tard quand nous devions arriver à Béchar on a refait le coup en public, en apercevant la première Algérienne voilée. On a entendu rigoler, ha ha ha!

Notre premier séjour a été à Brignogan, et nous avons planté notre tente toute neuve ici 48°40'26.4"N 4°19'35.9"W. Aujourd’hui ce camping sauvage au ras des maisons serait impensable, mais à l’époque personne ne nous a rien dit. En toute rigueur je ne me rappelle plus comment nous faisions pour aller aux toilettes, je n’ose imaginer dans les rochers.

Mis à part ces contingences, ce séjour a multiplié notre univers par 100: crapahutages dans les rochers couverts de vie (Quand je suis repassé dans le coin après l’Amoco Cadiz, il ne restait plus rien), nage, châteaux de sable, et malheureusement pêche, que notre père voulait nous apprendre. Les environs étaient parsemés de maisons, de gros rochers de granite, et même un menhir, 48°40'13,17"N 4°20'6,75"O Habitués au briques et aux tuiles de la Champagne, nous découvrions la Bretagne de granite et d'ardoises.

Pour une raison que j’ignore, nous ne sommes jamais retournés à Brignogan, qui est resté un souvenir d’enfance ému. Nous avons essayé de nombreux endroits sur la côte sud de la Bretagne, à Noirmoutiers avec le Passage du Gois, où nous avons même eu droit à la vue spectaculaire d’une voiture s’engageant à toute vitesse à marée haute! Devinez, elle n’est pas allée loin.

La plage de Bidard a eu également notre visite, à l’époque un lieu sauvage sans aucune construction: la liberté avec un grand L! Mais il est impossible de reconnaître le lieu exact aujourd’hui, il a été détruit, probablement pour faire le golf d’Ibaritz.

Nous avons finalement trouvé notre paradis près de Agay, 43°25'12.4"N 6°51'29.0"E, où nous sommes retournés plusieurs fois. Nous avions tout ce qu’il fallait sur place: le camping, une plage, des rochers, et même des tubas. Les roches étaient grouillantes de vie: oursins, anémones, poissons, poulpes… Pour des gamins habitués aux HLMs, c’étaient des sorties inoubliables, et nous avons continué à fréquenter Agay même pendant notre séjour en Algérie.

La chanson qui a marqué ces séjours à la plage a été celle de Brigitte Bardot «la Madrague», qui traduit exactement ce que nous ressentions, et a très bien capturé l’état d’esprit de l’époque. Mais aujourd’hui, avec la pollution et le pillage systématique, coquillages et crustacés n’y sont plus.

 

Notre plus long séjour à la mer a toutefois été à Hendaye. En théorie, ce n’étaient pas des vacances, puisque nous avons tenu une épicerie dans un camping. Mais c’était quand même «comme si» nous étions en vacances! Mais c’était une autre époque, nous étions adolescents, et la musique de cette période a été Santana III.

 

 

Mes lectures

(Permalien) Écrit en Octobre 2016.

Mes lectures pendant cette période ont fort probablement beaucoup déterminé mon niveau intellectuel et mes futures préoccupations.

Bon, les toutes premières lectures ont été Sylvain et Sylvette, les premiers par Maurice Cuvillier (je me souviens de ce nom). Nous aimions bien ces histoires simples dans la nature, avec une touche de morale tout en restant agréables à lire. Le dimanche nous allions acheter les derniers albums au marché en plein air du Vert Bois à Saint Dizier. Nous lisions aussi Bibi Fricotin, les Pieds Nickelés, le Club des Cinq, et une bande dessinée aujourd'hui oubliée: Bicot (Originalement Perry et Winnie aux Etats Unis. Le nom français était sans aucune connotation connue lors de sa traduction en 1924). J'aimais bien ces histoires d'enfants qui faisaient un «club» de copains pour avoir des aventures bénignes dans les terrains vagues du quartier. Sylvain et Sylvette, depuis leur monde simple et campagnard, parlaient également beaucoup aux enfants, bien plus que par exemple Tintin et ses histoires d’adultes. Sylvain et Sylvette, Bibi Fricotin, Bicot ou le Club des cinq de Enid Blyton ont beaucoup contribué à mon idéal de groupe ou de communauté, bien avant les années hippies ou 1968. Aujourd'hui les dessins de ces histoires datent, et ils gagneraient à être modernisés. Mais pas punkisés, comme par exemple avec le nouveau Spirou de Tome et Janry, qui trahissent l'esprit de Franquin. Ce n'est plus notre monde, mais le monde bizarro-mazo des médias. Gardons donc la fraîcheur de l'idéal.

Il y avait aussi Tintin, bien sûr. Plus aventureux, plus pour les grands que sylvain et Sylvette, une référence en bande dessinée et une contribution certaine à la culture francophone. Mais pourtant moins d'influence sur nos désirs et idéaux. Plus tard, j’ai su que les gauchistes détestent Tintin, comme ils détestent beaucoup de choses selon leurs codes binaires incompréhensibles. Bon, Tintin n’a pas toujours été correct, si on lit la version originale de «l’étoile mystérieuse» parue en 1942 avec un anti-sémitisme explicite. Mais Hergé a su accepter la critique, et même faire plus tard des trucs anti-racistes, comme dans «Les bijoux de la Castafiore» (encore qu'il n'ait plus jamais touché aux Juifs). Il est intéressant d’assister ainsi à l’évolution positive d’une personne. Même si l'évolution spirituelle de Hergé a été relativement modeste, trèèès peu d'auteur ont fait mieux.

Pour les cowboys, il y avait Chick Bill, le shériff Dog Bull, son acolyte Kid Ordinn et son copain indien Petit Caniche. Ils annonçaient Buddy Longway et Yakari 30 ans à l'avance. Bien sûr il y en avait d'autres, mais avec seulement des bagarres, c'était pas intéressant. Chick Bill au moins offrait un canevas intéressant, où les bagarres s'inséraient logiquement.

 

Il nous arrivait de lire des choses comme Mickey et Donald, quand cela nous tombait sous la main. Mais ce monde sans vie ni vibration ne nous faisait aucun effet, et il n'a suscité nul désir ni émulation. Ces histoires n'étaient clairement pas notre monde, pas nos rêves, pas nos camarades d'école, alors que Bicot ou Bibi Fricotin auraient pu être nos copains de quartier. De fait nous n'avons jamais rien acheté de Disney. Je n'aimais de toutes façons pas Donald l'irascible et son sourire triste (Même quand ils sourient, les héros de Disney gardent toujours les commissures des lèvres tournées tristement vers le bas: du merveilleux, oui, mais seulement en rêve, demain vous retournez au boulot). Ces livres m'apparaissaient même bizarres, avec des détails comme les neveux de Donald dormant toujours sur le dos, avec les bras par-dessus les couvertures. Je me disais bien que ce devait être inconfortable, mais j'étais à mille lieues d'imaginer l'incroyable explication sadomasochiste d'une telle pratique: surveiller si les enfants se masturbent! Une activité pourtant à des années-lumière des préoccupations de gamins de dix ans en 1963.

La surveillance de la masturbation est une activité à laquelle j'ai été confronté plus tard, par des camarades à qui pourtant personne n'avait rien demandé. Dans les livres supposés chastes de Disney (car pour les jeunes enfants) ce n’est pas la seule référence explicite à une sexualité morbide, en particulier les rapports compliqués de Mickey et Donald avec les femmes (bien entendu toutes présentées comme frivoles et inconstantes), et surtout la tonnante absence de la mère des neveux, absence que beaucoup de sociologues dénoncent comme un dangereux modèle anti-éducatif. Et puis oh, et je n'ai jamais cherché à savoir ce que mes propres gamins faisaient dans leur lit. Faut pas aller trop loin, quand même.

Vous verrez aussi un peu plus loin comment la propagande subversive de la CIA est aussi apparue dans cette littérature. Il existe un test simple, qui vous fera toucher du doigt l’influence massive de ces lectures bizarres-réac: le nombre incroyable de gens qui croient que l’on ne voit jamais la Lune le jour, croyance qu’ils ont reçue par les livres de Disney, les seuls capables d’écrire des trucs aussi idiots. La névrose d’opinion est si forte qu’elle ne les laisse même pas voir le démenti que Sélène nous offre pourtant toutes les deux semaines, juste au-dessus de leurs têtes. Même quand la vérité est écrite en gros dans le ciel, la plupart ne la voient pas! C’est ainsi que lire Mickey-Mouse est devenu synonyme de lire des imbécilités, un cas unique dans toute la bédé. On trouvera de nombreux autres préjugés politiques ou stéréotypes sexuels inculqués aux très jeunes enfants par Disney, et qui conditionnent encore leur vie quarante ou soixante ans plus tard. Ils ont même désacralisé les maîtres Jedi de Star Wars, en faisant d’eux des êtres psychologiques ordinaires.

 

Il y avait aussi Selection du Reader's digest, qui fut pendant plusieurs années une de mes sources d'information sur le monde, et ma première ouverture à la politique. J'appréciais en particulier qu'ils dénoncent les dictatures. Puis un jour je finis par remarquer qu'ils ne dénonçaient que les dictatures communistes, alors que tout le monde savait très bien qu'il y en avait d'autres (dont une à notre porte: personne ne pouvait prétendre ignorer que franco n’avait pas été élu). Bien sûr j'ai entendu depuis que Sélection avait un contrat avec la CIA pour faire cette sale besogne. Information fort probablement aussi suspecte que la revue elle-même. Mais wikipédia France (2016) cite les liens avec un ancien directeur de la CIA, Paul Henze, et un livre de Noam Chomsky et Edward Herman dénonçant ces magouilles: «La Fabrication du consentement. De la propagande médiatique en démocratie». Heureusement, à dix ans on ne sent pas l'odeur putride de ces trucs, mais j'avais tout de même compris que certains adultes étaient de dangereux pervers.

Précisons qu'à l'époque des mots comme «communisme» n'avaient aucun sens pour notre âge. Ma prise de position sur Sélection reposait donc sur leur manque d'objectivité, pas sur leur orientation. De toutes façons à l'époque nous mangions des entremets «Francorusse» (une marque courante à cette date) et l'amitié entre les peuples m'attirait bien plus que tous ces mensonges et propagandes haineuses. Que les Russes soient sous dictature, soit. Mais cela ne m’empêchait nullement de les aimer.

(Ajouté en 2023: je réalise que cette propagande anti-communisme a fort probablement contribué à ma période gauchiste plus tard, dans un monde où les faucons américains de la guerre froide apparaissaient comme les fauteurs de trouble. Il m'a donc fallu cette période gauchiste pour comprendre que les Soviétiques étaient en fait bien pires)

A part ça, quand ils ne tapaient pas sur les Russes, Sélection fournissait des tas d'articles intéressants sur toutes sortes de sujets, comme les premiers «cerveaux électroniques» (ordinateurs), une chose qui à l'époque paraissait aussi bizarre et impossible que les ovnis. C'est aussi par Sélection que j'ai appris l'existence des NDE, mais bien plus tard en 1976.

 

Mais la revue avec laquelle j'ai le plus appris a sans conteste été «Tout L'univers» (Toulune comme nous disions), une merveilleuse revue hebdomadaire avec des articles sur tous les sujets: histoire, monde, géographie, et surtout science. C'est avec cette revue que j'ai commencé à vraiment connaître le monde, les pays, l'univers, et surtout les sciences et les techniques. Ainsi à onze ans je connaissais le principe de la fusion nucléaire, la structure des atomes, le cycle de vie des étoiles, le fonctionnement d'une fusée et de la plupart des machines, etc. Je connaissais aussi les civilisations antiques avant de les apprendre au lycée, et la plupart des pays du monde. Chaque semaine il fallait acheter Toulune, et je le dévorais. Ma mère m'encourageait fortement à lire Tout l'Univers, et si il y a bien quelque chose qui a pu développer mon intelligence et ma compréhension du monde, c'est clairement cette revue. C'est une chose importante qui manque aujourd'hui, et qu'il faudrait refaire (on peut toujours acheter l'ensemble, modernisé, chez Hachette, mais la plupart des articles datent): une revue grand public, qui présente des connaissances exactes, non biaisées, sans crado-punkisme, et d'une manière accessible à tous. (Aujourd'hui on a wikipédia, mais il est bien trop orienté et pédant) (en plus on nous dit que les enfants ne doivent pas aller sur Internet...) (il serait également très utile qu'une telle revue démonte les théories conspirationnistes, mais sans tomber dans le rationalisme).

 

Bien sûr nous lisions pas mal, mais un livre qui m'a particulièrement touché est «le livre de la jungle» de Rudyard Kipling. Pendant l’année 1963-64, mon père était déjà en Algérie, et ma mère se sentait plus libre de s’occuper de nous. Elle nous lisait un passage de ce livre chaque soir. Nous étions tous les trois passionnés par ces aventures. Si ce livre a souvent inspiré des gens comme les scouts ou les protecteurs des animaux, je m'en rappelle surtout comme une de mes premières émotions sensuelles: la beauté de vivre nu dans la nature, une vie ample et libre, sans lois mesquines ni tout ce fatras anti-vibration du «monde moderne». Bon, disons le, ce n'est pas la cruelle «loi de la jungle» qui m'attirait, et plus tard j'ai fini par m'opposer à ce genre de «lois» qui justifie la souffrance des uns par l'intérêt des autres.

Mais avoir une émotion sensuelle à 10 ans n'est pas forcément facile à gérer (en rappelant que «sensuel» n'est pas «sexe», aux gens dont le cerveau est trop petit pour plus d'un neurone fonctionner à la fois. En 1963 personne ne parlait de sexe aux enfants, et nous ignorions jusqu'à l'existence de cette chose). Je me rappelle que certaines musiques éveillaient aussi cette émotion (comme la ligne de basse dans «hot Sand» de Shocking Blue, mais cela date de 1969, j’ai du entendre quelque chose de ce style plus tôt) Certains beaux rêves étaient aussi clairement de cet ordre. Mais c'étaient des choses dont je ne pouvais pas parler, faute de vocabulaire. Aurais-je essayé, qu'on m'aurait probablement traité de fou. Aujourd'hui encore des mots comme «sensuel» ou «vibration» sont toujours très fortement dénigrés, et quand ça arrive presque tout le monde se met à parler fort pour vite vite le dissiper. Je considère pourtant que ce domaine est une des bases de la spiritualité, encore plus que la morale: une fois notre cerveau détruit c'est tout ce qui restera à notre conscience. En effet, l'après-vie est fort probablement basé sur les vibrations.

 

Ajouté en novembre 2020

On peut se faire une idée des années 1950, avec les revues d'époque, dont plusieurs existent encore aujourd'hui, comme Paris Match, resté décalé plusieurs décennies dans le temps, donc dans les années 1950, ou le pire de tous, Jour de France, qui n'en est sorti qu'en 1989, et s'est volatilisé sous le choc. Des dizaines de pages pour parler de rien, d'inconnus, de chaussures ou de voitures, et surtout pas de choses significatives. Avec à l'époque uniquement des photos en noir et blanc, légèrement bleutées (au lieu de sépia) afin de donner une impression de froideur. C'était si ennuyeux à lire que personne ne les ouvrait, même après deux heures d'attente chez un dentiste («Jour de France» y était distribué gratuitement par Marcel Dassault, afin de brosser son égo et celui de ses riches copains). Par contre j'y dévorais «La Vie du Rail», un sujet qui est, lui, intemporel. A l'époque c'était en noir et blanc et à vapeur, mais les articles de ce temps pourraient être republiés aujourd'hui tel quels, entre un sur le TGV et un sur le Planetrans.

 

 

Les films

(Permalien) Écrit en Novembre 2018.

 

Dans les années 1950 et 1960, le cinéma était encore une nouveauté. C'est à dire que nous n'avions qu'un choix extrêmement réduit de films. A l'école, c'étaient uniquement des «films en gris» (en noir et blanc), et presque uniquement Charlot, Laurel et Hardy, ou Buster Keaton (que je détestais tous, car ils sont affreux et habillés tout en noir). C'est suite à ça que je suis allergique au noir et blanc, et à ce genre de films grimaçants en particulier. Pas rigolo du tout, au contraire une vibration sale d'une époque révolue.

Le seul que j'ai cherché à revoir, par curiosité, était un genre Buster Keaton, avec une espèce de missile magique qui faisait voler un train par dessus un ravin. Je ne l'ai pas retrouvé.

Un autre commençait bien, la vie dans un espèce d'internat dans un grand parc, avec des profs et des enfants. C'était plutôt agréable, jusqu'au moment où un meurtre était commis... ça n'était alors plus du tout intéressant.

«Si tous les gars du Monde» m'avait plu, car il montrait des gens qui cherchaient à se détacher de l'idiotie ambiante, contre le racisme et contre les divisions politiques. Mais on nous le montrait tout le temps, et à la sixième fois on finissait par être aussi malades que les types dans le bateau. (Je l’ai cherché sur Youtube, mais il y est interdit par son copyright, ce qui est assez maladroit pour un tel film)

Un autre film curieux vu à l'école a été un long dessin animé en couleurs, dans une sorte de jungle avec des insectes dotés de psychismes humains. Je me souviens de scènes étranges et inquiétantes, mais je n'ai jamais retrouvé le titre de ce film. Contrairement aux autres, ce film avait été passé dans une salle spéciale, plus grande, de l'école Jean Moulin, 48°38'37.9"N 4°58'13.8"E, aujourd’hui détruite.

La rare (ou seule) fois où nous sommes allés au cinéma en ville a été pour voir Bambi, celui de 1942 bien sûr. Avec tous les messages de ce film... Un des passages que j'avais aimé est celui des nains travaillant sous terre pour créer le printemps. Mais cela semble avoir été supprimé des versions plus récentes.

Bon, il y avait tout de même d'autres films à l'époque, mais clairement hérétiques. Si j'avais vu «forbidden planet» et sa musique fantastique, j'aurais décollé de la Terre pour ne plus en revenir! Je pense que j'aurais été très sensible à cette musique, et les rares épisodes vibrants à la radio m'émouvaient énormément, évoquant d'autres mondes bien plus intéressants. C’est ce qui manquait le plus à l’époque, et la raison pour laquelle je n’aimerais pas du tout y revenir: des vibrations, de la sensualité, du lyrisme, du cosmique!

 

 

Ma première bande dessinée

(Permalien) Écrit en Avril 2017.

Eh oui, à Saint Dizier je dessinais énormément! Mon père ramenait de la base des rouleaux de papier pour machines à écrire, et je dessinais, dessinais, dessinais, toutes ces choses que je voyais en imagination: quand on n'a que dix ans on n'a pas d'autre moyen d'influencer le monde autour de nous.

C'est à cette époque que j'ai fait ma première bande dessinée «Pattoum la fourmi travailleuse». Malheureusement tout a été jeté lors des déménagements, mais je me souviens d'un épisode où Pattoum travaille à creuser le tunnel sous la Manche. Plus précisément l'équipe fait des relevés au sonar pour déterminer la profondeur où creuser le tunnel. Le tout avait une teinte morale bien de l'époque, encore que aujourd'hui cela me fait plutôt penser à l'ambiance Star Treck.

C'est ainsi que je commençais à actualiser mes nombreux rêves... faute de pouvoir les réaliser concrètement.

 

 

Les problèmes d'yeux

(Permalien) Écrit en Octobre 2016.

J'ai commencé à comprendre que j'avais «quelque chose» aux yeux quand des camarades d'école ont commencé à m’agresser: «Tu louches!» comme si je faisais quelque chose de mal. (En passant, qu’ils connaissaient ce mot et pas moi, indique que des adultes les avaient montés contre moi). Cela m'avait mis mal à l'aise, qu'on me reproche quelque chose dont j'ignorais la signification même, alors comment pourrais-je en être responsable. C'est probablement ce que devaient ressentir les victimes des goulags, qui devaient répondre d'accusations absurdes ou incompréhensibles.

En fait, le tableau n'était pas joli joli: myopie des deux yeux, strabisme et amblyopie de l'oeil droit. Et pour traiter cela, il fallait aller à Nancy pour des visites, et des stages de rééducation. Plus bien sûr la condamnation à porter des lunettes toute ma vie.

Le tout premier traitement a été le port d'un obturateur. Au début c'était une catastrophe: je n'y voyais presque rien de l'oeil droit. J'ignore si ce traitement a amélioré la situation, probablement oui, car j'étais moins gêné à la fin.

J'ai recherché sur wikipédia si ce traitement brutal est toujours utilisé. Apparemment oui, et il ne semble pas qu'on ait trouvé mieux. Mais bien entendu la page française et la page anglaise divergent (louchent oserais-je dire), en particulier la page française a clairement été écrite en 1950: il faut «forcer» l'oeil «paresseux» à travailler. Plus grave, la page française explique sans rougir que l'obturateur «provoque» des moqueries... A mon avis quelques bonnes torgnoles aux apprentis sociopathes seraient bien plus efficaces, et des amendes à wikipédia pour publier de telles imbécilités.

La page anglaise est plus récente, et fait le point sur les recherches en cours: il semble que à la base les deux yeux visent chacun un point différent. Normalement le point visé doit être au centre de chaque oeil, ce qui est du ressort du contrôle musculaire. Mais si ça n'est pas le cas, alors les deux images sont décalées. Le cerveau ne peut alors pas intégrer deux images trop différentes (vision double) et il en supprime une, en inhibant les aires visuelles correspondantes (amblyopie). Il est toutefois difficile de savoir ce qui foire en premier dans ce système complexe rebouclé sur lui-même. De là le peu de progrès médical pour une affection qui touche pourtant plusieurs pour cent de la population.

 

L'effet de l'amblyopie défie toute description: si on regarde une scène avec l'oeil amblyope, l'effet est similaire à celui d'un début d'évanouissement. Si on essaie de lire, les lettres sont nettes, mais sans forme définie, changeant tout le temps. C'est comme si on regardait à travers de l'eau bouillonnante, sauf qu'on ne voit pas cette eau. L'interprétation dans ma théorie de l'autogénération logique de la conscience explique ce que l'on voit: les neurones sont inactifs, ou seulement par intermittence. On s'attendrait alors à voir des petits morceaux d'images séparés par du noir, comme pour un puzzle incomplet. Toutefois ce n'est pas le cas: la zone entre les morceaux d'images ne produit simplement pas d'expérience de conscience définie, ni de noir ni autrement. D'où l'indétermination. De plus, les neurones inactifs ne sont pas forcément des «pixels»: ils peuvent être ceux qui identifient les formes. Ainsi un groupe de neurones donné verra tantôt une courbe, tantôt un trait, etc. La sensation qui en résulte est que l'on ne peut pas fixer un détail, comme la forme d'une lettre, qui semble changer continuellement au hasard. On garde pourtant la sensation d'un trait net, mais si on tente de le fixer, sa forme nous échappe. Ainsi on ne peut pas reconnaître une lettre.

 

Un traitement réellement efficace commencerait avant cinq ans, ce qui implique un dépistage actif, dès un an, car à cet âge on ne se rend pas du tout compte du problème. Personnellement, je n’avais toujours rien remarqué d’anormal à six ans. Des recherches récentes confirment que, sauf exception (aveugles de naissance), cette plasticité disparaît effectivement vers sept ans. Pour moi il était donc déjà trop tard. Et pour tous les autres suivant le même traitement.

Ainsi, une large part du traitement que j'ai subi a consisté en plusieurs stages de deux semaines à Nancy, où on me faisait faire des séances de «coordinateur»: un appareil avec deux oculaires dans lequel on voyait une sorte de petit tourbillon sur fond gris bleuté, genre écran de télé. Il fallait «amener» ce tourbillon au centre. Le problème est que je voyais ce tourbillon se balader partout, sans que ma volonté n'ait aucune prise dessus... j'ai bien essayé de le dire, mais on me répondait qu'il fallait «me concentrer»... sans m'expliquer ce que cela signifiait. Dans ces conditions, j'ai passé tout ce temps à simplement attendre la fin des sessions, et je crains fort que ce traitement ait été au total complètement inexistant. Plus tard, j'ai pu gagner le contrôle volontaire d'un des muscles du système, mais cela ne suffit pas pour rétablir une vision normale: dès qu'on relâche l'effort, la vision double revient.

Qui plus est, ces stages, plusieurs sur une seule année, ont eu un impact négatif sur mon niveau scolaire. Il aurait été beaucoup plus intéressant pour tout le monde, et infiniment moins cher pour la Sécu, d'avoir un de ces appareils à la maison, et de m'en servir moins intensément, mais tous les jours pendant plusieurs années. Je me rappelle que, suivant cette idée, mon père avait improvisé un système avec des tubes, mais il était bien trop tard.

Probablement aujourd'hui les casques de réalité virtuelle remplaceraient avantageusement ces traitements, en permettant aux yeux de travailler sans avoir à fournir d'effort ni d'y passer du temps, tout en jouant, ou à d'autres activités. Cela pourrait efficace même sur des bébés, ce qui permettrait à la fois le diagnostic et le traitement. Par exemple, une intelligence artificielle mesure la position des yeux par rapport à l'objet montré, ce qui lui permet de détecter l'écart à l'origine du strabisme. D'où la possibilité d'un diagnostic même sur des nouveau-nés non-coopératifs. Pour la partie traitement, l'IA pourrait alors manipuler les images de manière à provoquer les bons réflexes. Par exemple en alternant la scène pour chaque oeil.

Wikipédia France ne mentionne aucun appareil du genre que j'ai connu. Wikipédia USA mentionne plusieurs traitements anciens (le «rotational trainer» pourrait être celui qu'on m'a fait utiliser). Il mentionne aussi le manque de preuves scientifiques de l'efficacité de ces traitements. Ce qui semble correspondre à mon expérience (si on m'avait demandé, cela aurait évité des «études scientifiques» coûteuses). De toutes façons il faudrait le faire avant cinq ans, voire un an, et pour cela trouver des méthodes qui ne reposent pas sur des concepts totalement inaccessibles à des enfants de cet âge. Même à dix ans en 1961 «se concentrer» était incompréhensible: Yoga, méditation et spiritualité étaient encore inconnus. Même aujourd'hui dans les années 2010 on voit des personnages de bédé «se concentrer» en faisant des grimaces et suant à grosses gouttes, ce qui est totalement irréaliste.

 

Pour un enfant de sept à dix ans, quitter sa famille n'est pas non plus très agréable. Mais cela devient franchement déprimant quand on se retrouve dans un vieux bâtiment lugubre coincé au 19eme siècle par une faille spatio-temporelle, avec le réfectoire dans les caves et des chiottes pétainistes brun foncé. Et en plus en proie aux moqueries constantes de mes camarades, et soumis aux caprices «d'éducateurs» sadiques ou laxistes. Qui plus est, bien que nous passions nos journées «en classe», nous ne faisions que très peu de travail scolaire, et aucune leçon. (Je ne donne pas le nom de ce centre, parce qu’il existe toujours et qu’il a pu améliorer son état d’esprit. Au moins j'espère qu'ils ont amélioré leurs méthodes et rendu leurs toilettes présentables)

Le principal problème a bien sûr été les moqueries et autres sociopathies, qui en arrivaient à monopoliser toute notre vie sociale, forçant chacun à se replier dans un coin, ou dans sa vie intérieure (en imagination). Il était par exemple impossible de jouer avec d'autres enfants dans la cour, ou même de simplement discuter, sans que cela ne dégénère automatiquement en brimades. Et bien sûr sans jamais une seule intervention éducative pour faire cesser cette situation.

Le problème le plus flagrant a été le premier soir, au dortoir: je me changeais pour me mettre en pyjama, comme nous avions l'habitude de faire entre frères à la maison. Mes camarades se mettaient alors à ricaner en me regardant. J'ai mis plusieurs jours à réaliser ce qui les excitait: pendant quelques secondes j'étais nu, et cela était trop à gérer pour leurs deux petits neurones. Pour finir, quand une «éducatrice» a vu la scène, c'est moi qui me suis fait vertement réprimander! Ainsi, si je n'ai pas goûté directement à la pédophilie, on peut quand même considérer que j'ai été victime d'une agression sexuelle, qui a fait de mon corps un objet de honte. J'en ai subi d'autres, au sport, où au contraire il «fallait» se déshabiller présent les autres. Allez comprendre!

Ces gens avaient en fait un sérieux problème sexuel: pour aller aux toilettes, il fallait demander leur autorisation! Les réactions étaient toujours bizarres et imprévisibles: le plus souvent un non furieux, comme si on avait commis une faute. Sinon, c'était un regard condescendant appuyé et une question bizarre «c'est pour la petite ou la grosse commission?», en émettant des mauvaises vibrations, comme d'une chose honteuse. La première fois, je me suis bien demandé ce qu'était cette «commission», et j'ai du extrapoler. Heureusement juste, car je ne sais pas ce qu'ils auraient fait. Cette constante attention à des choses aussi triviales, ce pouvoir sur nos corps, cette constante réduction de nos vies au seul pipi caca, avaient quelque chose de très humiliant. De fait, l’humiliation d’avoir à demander, les refus sadiques, plus l'horreur des chiottes pétainistes, ont fait que j’ai eu plusieurs «débordements». J’essayais bien d’aller dans les toilettes des dortoirs, plus normales, mais le plus souvent j’étais intercepté et refoulé.

Ce paragraphe ajouté en 2025: Exactement le même prétexte d'excrétion sur soi, après avoir été interdit de toilettes, a été utilisé comme storyline sadomasochiste dans le «judge rotenberg center», pour torturer sévèrement des enfants à l'électricité. Sans aller jusqu'à la torture physique, «mon» centre a bel et bien essayé de m'envoyer en psychiatrie, pour «traiter» les «problèmes» que eux seuls créaient. Ce genre de pratiques sadomasochistes sont basées sur l’idée du 19eme siècle que les enfants doivent «se contrôler». La variante «moderne» utilisée à rotenberg est basée sur la pseudoscience appelée «béhaviorisme»: la punition force le «comportement» de se retenir. Bien sûr ni l’un ni l’autre ne fonctionnent: les enfants ont toujours besoin de déféquer…

Ce paragraphe ajouté en 2025: Le scandale du camp de concentration de trump «aligator alcatraz» m’a fait remonter un autre souvenir: a nous aussi on nous faisait prendre des douches brûlantes. Habituellement les «éducatrices» ramassaient cinq ou six enfants, et les amenaient dans un local de douche décrépit, avec des tuyaux rouillés, où il fallait se laver avec de l’eau insupportablement chaude. J’ignore si c’était une pratique sadique, ou si ces gens croyaient vraiment que l’eau brûlante pouvait remplacer le savon.

 

On comprend donc pourquoi la soumission masochiste au système soit encore si répandue aujourd'hui: la seule façon de rendre cet esclavage supportable est de l'aimer.

 

Bien entendu, c'est moi que l'on a accusé de tous ces problèmes, selon le principe bien connu que c'est la femme qui est responsable du viol. Mais jamais on ne m'a demandé ce qui n'allait pas. Au contraire on m'a fait rencontrer un psychologue, qui me demanda de dessiner ma maison. Bien entendu on ne m'avait rien expliqué, ni qui était cet homme, ni surtout ce que je risquais. Mais j'étais heureux avec lui: enfin une quelqu’un avec qui on pouvait parler normalement, sans sadisme ni supériorité!

Une fois seulement: l'entretient terminé je n'ai plus revu cette personne. Et bien sûr on ne m'a rien dit, et je n'ai su que des années après, en demandant à ma mère: cette homme m'aurait considéré comme une sorte de petit génie, dû à mes connaissances techniques et ma vie intérieure (toutes choses que je considère comme normales, c'est ceux qui n'en ont pas qui sont mentalement arriérés). Sa conclusion toutefois était étrange: il accusait ma mère d'être à l'origine de «mes problèmes». C'était bien de l'époque, toujours de la faute des femmes.

C'est ainsi que je me suis retrouvé, toujours sans aucune explication, dans une pièce sombre encombrée de gros appareils noirs: il me fallait m'allonger, et regarder au plafond une grande roue violette avec une spirale qui tournait lentement. J'ai compris bien plus tard que cette chose était sensée me «relaxer», pour «résoudre mes problèmes». Mais à l'époque, je me demandais bien ce que tout cela signifiait! Mais au moins personne ne se moquait ni ne me houspillait pendant ces séances, aussi je me laissais aller à mes rêveries favorites. Cela a t-il diminué les moqueries de mes camarades? Pas du tout. Cela a t-il nettoyé les chiottes pétainistes? Non plus. Cela m'a t-il préparé à la spiritualité? Peut-être. Mais la moindre des choses, quand on oblige des gens à faire des exercices de cet ordre, est d'expliquer ce qu'ils sont et à quoi ils servent. Rappelons que la spiritualité repose sur notre propre prise en charge de nous-mêmes par nous-mêmes: forcer les gens dans des exercices est toujours inefficace, souvent dangereux. Les gens deviennent hostiles, ou pire ils comprennent de travers. Si on faisait regarder une spirale violette à des gosses dans un centre bouddhiste, on se ferait traiter de secte (oui oui des choses de ce genre sont arrivées) (Si, si, en France, bien sûr. Où d’autre des accusations aussi idiotes pourraient-elles être proférées)

 

Je garde un mauvais souvenir des infirmières, qui me paraissaient toutes cinglées et méchantes. Il y en avait une que j'appelais méthylène, car son amusement sadique favori était de badigeonner la gorge des enfants avec du bleu de méthylène amer. J'ai eu un jour la preuve formelle de leur perversité: deux ou trois qui discutaient m'ont fait regarder dans un coordinateur, à travers une feuille de plastique, me demandant si le petit tourbillon avait changé de sens. Pensant à un test médical, je répondais scrupuleusement ce que je voyais: «oui». «Menteur» fut la réponse immédiate et cinglante. Puis elles sont reparties dans leur discussion, sans plus s'occuper de moi. Une autre fois j'ai été puni pour avoir simplement dit bonjour à mon médecin!

C'est ainsi que j'ai compris que beaucoup d'adultes ne sont pas si adultes qu'ils le prétendent. Depuis, j'ai fait aussi l'expérience d'être adulte (j'ai tout essayé dans ma vie, même ça), j'ai pu voir que les mêmes essayent quand même de maintenir la distance d'âge social, en se posant en supérieur, ou en nous infantilisant d'une façon ou d'une autre. Sans parler de ce qui arrive quand ils sont en position de pouvoir (assistantes sociales, magistrats, etc.) Et ces problèmes sont bien trop répandus et majoritaires pour être le fait des seuls sociopathes: c'est tout un système pervers d'affirmation narcissique en rabaissant les autres.

 

Une des expériences les plus bizarres toutefois a été dans une sorte de grenier sombre et gris, où une des personnes en charge des dortoirs m'a amené une fois ou deux. Je ne me rappelle plus pour quel motif, et quand on est gosse on est tellement habitué à être trimballé comme un objet, qu'on finit par ne plus rien chercher à comprendre. Mais dans ce grenier il y avait un bruit. Pas très fort, mais tout de même clairement audible: crritch crritch crritch, crritch crritch crritch, crritch crritch crritch. Quand on est gosse, on ressent bien plus intensément certaines vibrations, en particulier du mystère et de la peur. Surtout dans un lieu isolé et sombre. Effrayé, j'ai donc demandé ce qu'était ce bruit. La réponse m'a surpris: «il n'y a pas de bruit». Sur le coup j'ai cru que cette personne n'était qu'une barjot ou menteuse de plus, cherchant à me brimer, et je me suis tu, pour éviter pire. Je savais déjà qu'une majorité d'adultes étaient zinzins, et la suite n'a que confirmé: pas de bruit, pas d'ovnis, pas de chambres à gaz, pas de changement climatique, pas de covid19… Le tout par des gens qui me traiteraient «d’irréaliste»!!

Mais il y a une autre explication, non exclusive. J'ai pu voir depuis à de nombreuses reprises que des gens n'entendent pas certains bruits pourtant clairement audibles, voire des paroles prononcées à haute voix. Une fois, une nana a reculé brusquement, en voiture, alors que je venais juste de lui dire que ma portière n'était pas fermée. Résultat: portière arrachée. Heureusement j’ai l’habitude des gens qui ne m’entendent pas, aussi j’avais retiré mon bras plutôt que d’essayer de fermer la portière, sinon mon bras aurait été arraché avec. Quant au bruit du grenier, j'ai eu un jour l'explication: c'étaient tout simplement des insectes mangeurs de bois, qui vivent à l'intérieur des planches. Rien d’effrayant! J'ai même un jour tenu un bout de bois de cinquante centimètres de long, d'où émanait clairement ce bruit! Ainsi ce n'était pas moi qui avait des hallus, mais bien cette personne qui vivait retranchée dans son monde imaginaire. Mais si j'avais insisté, c'est moi qu'on aurait envoyé au psychiatre. Ce n'en était pas loin, comme on l'a vu.

 

Bon, ce centre a fini par ne plus vouloir de moi, et les derniers stages se sont passés chez des particuliers. Bien sûr, une fois débarrassé de tous ces cinglés, je n'y ai plus eu «mes problèmes». Mais peut-être que tous ces gens avaient une raison bien plus fondamentale de me refuser: lors du dernier stage nous n'avons pas trouvé d'hôte du tout, et c'est mon père qui a du m'amener tous les jours à Nancy. Apparemment un gosse de dix ans à jour des connaissances scientifiques de son époque met ces gens mal à l'aise. Et c'était bien de la faute de ma mère, puisqu'elle nous achetait Tout l'Univers, ha ha ha!

 

Un autre point que tout le monde ignorait volontairement est que, avec un strabisme, on ne peut pas attraper un ballon. On m'a pourtant fait faire des sports où il fallait en attraper, et chaque fois je me recevais de copieuses insultes. Je ne leur avait pourtant jamais demandé de faire ces trucs ennuyeux.

 

Cette affaire de Nancy s'est terminée vers onze ans, avec une opération. Cette opération a réussi à réduire le strabisme (qui reste visible, quoique plus léger), mais depuis je vois double (quand j'y pense). La situation n'a plus jamais évolué, ni en bien ni en mal, car à dix ans les circuits nerveux sont totalement figés.

Il a fallu attendre que j’aie 65 ans pour que quelqu’un me pose la question de savoir lequel de mes yeux est l’oeil directeur! Et encore pas n’importe qui: un tulkou! Je me demande ce qu’ont pensé les milliers d’autres.

A signaler aussi que je garde une vision périphérique normale, y compris du côté droit: l'amblyopie concerne le centre de l'oeil. Je peux toujours me fier à la vision périphérique de mon oeil droit pour conduire, et il m'arrive même, quand je cherche un objet, de le repérer d'abord avec l'oeil droit. Il se montre même parfois meilleur, en vision périphérique.

Le seul point curieux est que tout à fait à l'extrême de mon champ de vision, en haut à droite, il y a une zone où se forment parfois des images totalement irréelles. Probablement là où le doigt de l'infirmière a blessé la rétine, à la naissance. Dans certaines circonstances inquiétantes, il m'est même arrivé de voir des personnages, et même des scènes animées, qui bien sûr disparaissent dès que j'essaie de regarder en face. Ce phénomène est peut-être à l'origine de certains mythes, comme les fantômes, des visions, dans des circonstances effrayantes. Heureusement, quand j'ai posé la question à ma mère, elle m'a répondu que ces images étaient des illusions, et la suite a montré que c'était exact. C'est donc uniquement une curiosité sans signification.

 

Un autre détail curieux est que l'on m'a souvent affirmé autoritairement que je voyais «plat», que je n'avais aucune vision du relief. Je me suis donc longtemps demandé ce que les gens «normaux» voyaient de plus que moi. Puis j'ai fini par comprendre que cette affirmation était un préjugé: j'ai une vision du relief tout à fait normale (juste moins précise pour les distances, comme avec le ballon). Si vous avez une bonne vision bilatérale, vous pouvez vous en rendre compte par une expérience fort simple: cachez un oeil. La vision du relief est toujours là! Moins précise, mais suffisante. Comment fonctionne t-elle, alors? En grande partie avec les ombres et la perspective, et c'est ce qui permet de donner la sensation de relief sur un simple dessin, ou de percevoir le volume d'un monde virtuel sur un écran unique. Un peu aussi avec l'accommodation, et les auteurs de films le savent bien, qui l'utilisent pour attirer l'attention sur les différent plans d'une scène. Mais surtout, un léger mouvement de tête, même inconscient, suffit à rétablir les deux points de vue théoriquement nécessaires à la vision du relief. Essayez, simplement tourner la tête pour examiner une scène suffit. En fait, notre vision du relief est si puissante que même en combinant strabisme et amblyopie je ne suis jamais arrivé à «voir plat».

 

 

La drogue

(Permalien) Écrit en Novembre 2016.

A l'époque, tabac et alcool étaient les seules drogues connues ou existantes dans le grand public. On n'aurait rien pu trouver d'autre, et on en ignorait même l'existence. Par contre tabac et alcool étaient si omniprésents et intériorisés qu'on en voyait partout, et leurs conséquences étaient considérées comme «normales»: accidents de la route et crimes «passionnels», étaient traités comme des fatalités: «ce n'est pas de sa faute, il était saoul». Aujourd'hui, c'est plutôt considéré comme une circonstance aggravante.

Ma mère ne fumait pas. Elle buvait un verre occasionnellement, mais jamais au point d’être saoule.

A l'époque mon père fumait régulièrement. Il buvait aussi son verre de vin à chaque repas, quoique à l'époque je ne l'ai jamais vu saoul non plus. Curieusement je n'ai aucun souvenir de la gêne due à la fumée de tabac dans notre maison: apparemment notre odorat se protège des pollutions permanentes en s'auto-anesthésiant, comme on peut aussi l'observer avec l'intense odeur des villes, que l'on oublie rapidement. C'est fort probablement comme ça que les partisans du tabac arrivent à supporter leur propre odeur infecte, ou celle du goudron dans leur bouche. Il m'est arrivé d'embrasser une femme qui venait de fumer... c'était comme si je passais après une goudronneuse. Je n'ai jamais refait ça. Cette auto-anesthésie explique probablement que je n’ai aucun souvenir d’odeurs à Saint Dizier, alors que j’en ai de nombreux à Erloy: géraniums, grenier, groseilles, prunes, nourriture à lapins, pluie, etc.

 

Par contre j'ai un souvenir très... vif: mon père nous brûlait avec ses cigarettes. Mettez-vous à la place d'un gosse, tout entier à ce qu'il fait... et soudain l'intolérable douleur du feu. Avec, bien sûr, hurlements et pleurs. Mais aucune sanction, même pas de ressentiment, envers ce que nous pensions être un «accident». J'ai retrouvé depuis sur mon corps quatre ou cinq cicatrices de ces événements, clairement d'époque, car elles se sont distendues par la croissance.

A l'époque, personne n'aurait imaginé que mon père aurait pu le faire exprès. Mais j'ai compris par la suite qu'il avait un certain degré de sociopathie, et je l'ai vu plusieurs fois faire des choses dans le seul but d'être désagréable. Mais il était aussi très froussard, et une brûlure «accidentelle» aurait pu être un moyen de se livrer à un jeu sadique sans prendre de risque. J'espère que aujourd'hui tout «accident» de ce genre est sévèrement puni comme mauvais traitement à enfant, avant même de chercher à prouver si il est volontaire. Le simple fait de fumer présent un gosse est déjà un mauvais traitement, de toutes façons.

 

Ajouté en 2025: En fait il y a une odeur bien précise qui a dominé tout mon temps à Saint Dizier: celle des uniformes militaires, que mon père portait en rentrant de la base. Plus précisément celui bleu nuit des tenues d’hiver de l’Armée de l’Air. Elle était aussi présente sur les uniformes des gendarmes jusque dans les années 1980 (Pauvres Pandores, si ils avaient su qu’on pouvait les pister à l’odeur). Je pense que cette odeur provient du tissus d’aspect feutré, soit qu’il ait eu une odeur par lui-même, soit qu’il fut particulièrement capable de s’imbiber de l’odeur omniprésente du tabac.

Quelques odeurs curieuses que j’étais seul à remarquer étaient par exemple celle du fer. Probablement, comme avec le cuivre, se forme t-il des composés volatils odorants au contact de la peau. Pour l’odeur des tubes électroniques chauds, cela pourrait provenir des restes organiques à leur surface. Mais pour l’aluminium chaud, je n’ai pas d’explication. L’odeur de pluie a aussi été expliquées en termes d’émanations aromatiques, mais pas celle annonçant la neige. Le plus curieux toutefois a été la forte mauvaise odeur de l’eau distillée pulvérisée dans un aérographe.

 

 

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La guerre d'Algérie, vue depuis la France

(Permalien) Écrit en Octobre 2016.

Je n'ai pris que tardivement conscience que nous étions en guerre avec l'Algérie. En toute rigueur, je ne me rappelle ni quand ni comment je l'ai su. Mais à onze ans (1964), quand nous y sommes allés, je savais que cette guerre s'était terminé juste avant. Et je savais aussi que la France était en tort, pour avoir appris à l'école Jean Moulin que la France avait eu raison de chasser les envahisseurs en 1944.

Oui, le truc classique d’apprendre le bien aux enfants, tout en faisant le mal. Tout ce que l’on y gagne est une génération qui ne fait pas confiance au système, la génération de Mai 1968 et des communautés.

 

La raison pour laquelle ma mémoire n'a pas enregistré un fait de cette importance tient probablement à ce que, à l'époque, les jeunes enfants étaient tenus à l'écart de la politique. Le seul accès que nous avions était «les informations» à la radio, et d'une manière générale nous les enfants n'y comprenions rien, ou ne les écoutions carrément pas. «Les infos» étaient une de ces choses angoissantes réservées aux adultes, comme les drogues (tabac et alcool à l'époque), ou Papa et Maman quand ils étaient seuls dans leur chambre, en nous faisait clairement comprendre qu'on avait pas intérêt à y aller à ce moment.

 

Ainsi je n'ai aucune anecdote personnelle à raconter sur cette guerre. C'est plus tard, par ma mère, que j'ai su que à plusieurs reprises la base aérienne de Saint Dizier avait été mise en alerte, et tout le personnel consigné pendant plusieurs jours, y compris mon père, dans la grande angoisse des femmes. Ces choses ont culminé avec la tentative de coup d'état sociopathique de salan et son terrible OAS, où pratiquement toutes les troupes ont été mises en alerte. Je me souviens avoir entendu ces noms à la radio, ou de les avoir vu écrits sur les murs, sans savoir ce qu'ils signifiaient. En faits, nous ne sommes pas passés loin d'un retour au fachisme ces jours-là. Et les seuls à nous en avoir protégés ont été l’armée, qui a refusé de suivre salan, malgré l'humiliation du retrait d'Algérie. Et De Gaulle, qui, a cette occasion, a du risquer sa personne, en allant parler à des officiers et militaires potentiellement hostiles, dont certains avaient juste tenté de l'assassiner (attentat du Petit Clamar). En plus il était facile à repérer: sa tête dépassait toutes les autres, dans une mer de képis.

J'ai aussi su plus tard par ma mère qu'un de mes oncles a été le seul survivant d'une embuscade, plusieurs vertèbres brisées par l'explosion d'une mine sous le camion qu'il conduisait, ses trente copains hachés à la mitrailleuse. Tous des «malgré nous», des soldats esclaves enrôlés de force... envoyés sciemment en zone dangereuse pour que des sommités puissent passer en sécurité une heure plus tard. Profitez de cette petite fenêtre ouverte sur le vrai monde... vous ne trouverez pas ce genre de trucs sur wikipédia. (en toute rigueur, cet épisode est assez connu, je l'ai vu mentionner plusieurs fois, mais pas la raison cachée)

 

Toutefois je connaissais l'Algérie par Tout L'univers, et les choses se sont naturellement mises en place dans ma tête dès que j'ai été plus informé des événements en cours: l'Algérie n'était clairement pas la France. Ce n'est toutefois que à l'âge adulte que j'ai appris toutes les tortures et atrocités commises par les deux côtés (les sources de droite signalant les atrocités algériennes, et les sources de gauche les atrocités françaises. «Gauche» signifiant qu'ils méritent des claques sur la joue gauche, et «droite» sur la joue droite. Attachez-les deux par deux pour le traitement, ça ira plus vite).

Ce qui me gêne aujourd'hui est le silence complice sur ces atrocités, crimes de guerre et génocide (déporter des villages dans des zones désertes sans ressources équivaut à un génocide). Ainsi, en France comme en Algérie, nos enfants côtoient dans la rue des assassins, des tortionnaires et des violeurs impunis. Ce lâche consensus de n'en dénoncer aucun, et le blocage de toute publication et enquête pendant cinquante ans, équivalent à une complicité, par tous les lâches qui savent et qui se sont tus pendant tout ce temps.

D'où l'intérêt de sites comme wikileaks pour dénoncer tous ces salauds. Malheureusement wikileaks s'est trèèès vite fait piéger par l'attrait du pouvoir, utilisant leurs informations pour peser dans les campagnes électorales (Dénigrement contre Hilary Clinton, Etats Unis 2016. Une imbécilité dont on connaît le coût), souvent dans le plus total mépris de l'anonymat des victimes. Ainsi le simple citoyen lambda, expulsé, spolié, violé, mutilé, torturé, déporté, pédophilé, n'a toujours aujourd'hui que ses yeux pour pleurer.

Et de là aussi mon affirmation comme quoi la guerre n'a jamais eu une seule motivation politique: c'est un pur amusement sadique, des sortes de «vacances» que les sociopathes s'accordent de temps en temps pour échapper à la pression de la société normale. Si cela n'était pas vrai, alors personne ne les couvrirait une fois la paix revenue: tous les coupables seraient mis en prison ou en hôpital psychiatrique. Si quelqu'un pense que j'ai tort, qu'il publie les listes.

 

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Les Noëls

(Permalien) Écrit en Octobre 2016.

En un contraste ahurissant avec le sous-chapitre précédent, je me rappelle fort bien des Noëls «à la base» comme des moments merveilleux. En effet, les enfants de militaires étaient invités à un repas au mess des sous-officiers. Je me rappelle de cet endroit, tout en longueur, avec des sortes de séparations entre les tables, un peu comme une voiture restaurant dans un train. (Il s'agissait probablement de préfabriqués réalisés rapidement par les Américains, juste après la guerre, qui avait laissé la base totalement dévastée. Il semble qu’ils y sont toujours, mais c’est difficile à vérifier vu que Google Earth et autres floutent les images de l'endroit.) S'y associent des souvenirs précis, l'odeur des bougies, le goût des bûches de noël, la chaleur agréable et la lumière dorée du lieu. A la maison c'étaient les merveilleuses couleurs des guirlandes et le parfum du sapin (A l'époque de vrais sapins, à l'odeur inoubliable). Les musiques que l'on entendait à l'époque (et qui pour moi sont restées associées à tous ces goûts et parfums merveilleux) étaient l'inévitable «Papa Noël» de Tino Rossi, et des choses comme Louis Armstrong «What a wonderful world»

 

Il fallait vraiment une sacrée dose de «magie de noël» pour arriver à un tel résultat en pleine guerre, avec les pères chargés de préparer avions et hélicoptères pour le combat! Ce qui permettait un tel tour de passe-passe était que les enfants n'étaient pas informés de ce qui se passait, qu'on ne leur parlait pas de ces choses, ou qu'ils n'écoutaient pas ces «informations» rébarbatives et anxiogènes.

 

Notre mère ne nous a jamais fait croire au père noël. Elle disait que c'était une histoire. La fête était toute aussi merveilleuse comme ça. Je me rappelle l'humiliation des gamins, à l'école, quand on leur révélait que le père noël n'existe pas, ou qu'ils recevaient des quolibets pour leur croyance. Certains pleuraient, et beaucoup arrivaient à l'école totalement non-préparés à cette révélation. Peut-être que leurs parents y croyaient eux aussi!

Pour cette raison, je n'ai jamais raconté de telles sornettes à mes propres enfants. Ce qui ne nous a jamais empêché de faire la fête, faire un arbre de noël, et même une mini-crèche sur notre autel Bouddhiste. La magie de Noël passe aussi bien sans mensonge ni hypocrisie.

Bien au contraire un gamin à qui l'on ment risque soit d'intérioriser le droit de mentir, soit de perdre confiance en ses parents ou en la société.

 

Ajouté le 1er Janvier 2022: j’apprends (d’après wikipédia) que le «Petit Papa Noël» de Tino Rossi, écrit en 1946, tombait «juste à pic» pour la politique de laïcité décidée par le ministre Marcel-Edmond Naegelen «pas de chants religieux dans les écoles publiques». Egalement, le narratif du Père Noël est fort probablement arrivé avec les troupes américaines à la même époque, dérivé de Santa Claus et de ses rennes, probablement aussi pour «laïciser» cette fête. Ainsi, en 1960, le Père Noël n’était pas du tout une tradition: les parents qui racontaient ces sornettes à leurs enfants avaient été instruits à le faire par des politiciens de haut niveau! Ce qui est extraordinaire est que même ainsi, ils y croyaient, et qu’ils se comportaient comme si la fête de Noël avait toujours été comme ça. Probablement plus qu’en politique, on voit ici à l’oeuvre l’incroyable force de la soumission à l’ordre établi, soumission sadomaso à l’état pur, même sans contrainte ni enjeu! Le pire est que 70 ans plus tard on voit exactement le même processus pervers recommencer avec Haloween, ancienne fête celtique de communion avec l’au-delà, transformée en culte de l'horreur.

Cette politique de laïcisation des fêtes Chrétiennes n’est qu’une répétition des politiques de Christianisation des fêtes «païennes»: les fêtes des solstices devenant Saint Jean et Noël, Yule (Haloween) devenant la Toussaint, etc. En fait la Laïcité (traduire: le capitalisme matérialiste) a refait exactement le même plan que l’Eglise: la fête de la bonne nouvelle de la naissance du messager Jesus transformée en fête de la jouissance égocentrique et de la consommation irresponsable, la fête de la communion avec l’au-delà transformée en culte macabre banalisant les représentations sataniques dans le coeur des jeunes enfants, etc.

Retour de karma, ou comment on ne construit pas sa spiritualité sur la ruine de celle des autres. L’Église Catholique doit bien connaître cette leçon maintenant.

 

 

La religion

(Permalien) Écrit en Octobre 2016.

J'en ai d'abord entendu parler par les copains de l'école primaire, qui parlaient de Dieu ou de Jésus. Je devais donc avoir sept ou huit ans. Curieux, j'ai demandé à ma mère ce que cela signifiait. Sa réponse a eu une importance déterminante, encore que probablement pas ce qu'elle attendait: des gens qui «croient» en Dieu. Pour moi scientifique de naissance, «croire» c'était «se tromper». On disait bien «croire au Père Noël»!! J'ai donc immédiatement rejeté toute religion, comme une autre sorte de Père Noël pour les adultes. De toutes façons, cette histoire de Dieu qui voit tout mais qu'on ne voit jamais n'était pas très convaincante, et mes camarades de classe qui «croyaient en Dieu» me faisaient irrésistiblement penser à ceux qui croyaient encore au Père Noël (et qui étaient cibles de moqueries pour leur croyance)

(Curieusement, ce que j'ai trouvé grâce à l'Epistémologie Générale, chapitre V-6, confirme en fait cette étonnante propriété de «Dieu»: la Transcendance serait en fait la nature profonde de la conscience, ses «lois de la physique» en quelque sorte. Ainsi «Il» sait forcément tout ce que nous pensons, sans aucun besoin de télépathie, et quel que soit le lieu. Mais aussi, on peut en recevoir des informations objectives, identiques pour tous, sur le sens de la vie, le bonheur, etc. Les Catholiques ne sont donc pas si loin de la réalité, juste dommage que les bigots aient fait de Lui une sorte de père fouettard sadomaso nous punissant pour des motifs absurdes).

Toutefois, au contraire des histoires de Père Noël, c'était ceux qui «croyaient» qui ostracisaient les autres. Y compris les adultes, car à l'époque il était encore «mal vu» de ne pas aller au catéchisme, faire la communion, etc. Et plus nous grandissions, plus ces désordres empiraient (contrairement au Père Noël, dont on ne nous rebattait plus les oreilles passé sept-huit ans). Il est intéressant de noter que c’étaient les religieux qui agressaient les athées et les laïcs, tout à fait à l’encontre du message d’amour de Jésus. Ce qui fait toucher du doigt à quel point la religion des années 1950-60 avait dégénéré en système d’oppression (et encore je n’ai vu que la fin). Cette attitude intégriste explique fort bien le rejet de la religion qui croissait à l’époque, tant chez le peuple que par les gouvernements. A cet égard j’étais pile de l’époque. (Aujourd'hui 2022, les choses sont inversées: ce sont les bigots athée intégristes qui persécutent les religions. Vous suivez? Non? Bon, si vous ne voulez pas gaffer, juste appliquez la règle de base: ne jamais persécuter personne)

La tension maximum a été à ce centre à Nancy, où je devais faire des stages de rééducation pour mes yeux. Là, pas de discussion: on allait à la messe, point. Quelle que soit notre religion ou absence de. Pour ces gens tout le monde était Catholique, et il ne leur venait même pas à l'idée qu'on ne le soit pas. D'être ainsi forcé à aller à la messe a beaucoup contribué à mon dégoût de toute la chose religieuse, et il m'a fallu des dizaines d'années pour accepter les grandes religions officielles et pouvoir assister à une messe (oecuménique, car je ne suis jamais devenu formellement Catholique), et prendre l'hostie, en 2016 (c'était la messe oeucuménique pour honorer le Père Hamel, assassiné par un fou). D'être forcé d'assister à un office religieux quand on est contre produit un traumatisme comparable à celui d'un abus sexuel, avec des conséquences très similaires, même si l'attaque vise une part différente de notre personne. Ce qui s’explique facilement, car tous les deux brisent également notre élan dans la vie.

Toutefois je ne pouvais pas rester insensible à la beauté de leur chapelle, ni surtout au message de Jésus, à son appel à s'aimer les uns les autres, vivre pacifiquement, etc. Je me rappelle en particulier, à Nancy, avoir vu un camarade lisant une superbe bande dessinée relatant la vie de Jésus. J'ai demandé si je pouvais la lire, et il m'a répondu: «non, parce que tu ne crois pas». Quel idiot, car il aurait peut-être pu me convaincre, avec son bouquin. Au contraire, j'ai compris que la religion, telle qu'elle était à l'époque, était une vaste hypocrisie, totalement à l'opposé du message fondateur. Je reconnaissais toutefois qu'elle était bâtie sur un fond valable: l'exemple de Jésus, qui me semblait un idéal logique, crédible et nécessaire. Ce qui d'emblée me distinguait des athées politiques (anarchistes ou marxistes) ou des athées intégristes haineux comme Charlie Hebdo et autres chasseurs de niqab. Doute Cartésien, donc, mais pas mécréance.

J'adoptais donc, vers neuf ans, une attitude que je pensais être originale, mais qui n'était autre que le Pari de Pascal: ne pas contrevenir à la loi divine, au cas où Dieu existerait vraiment. Toutefois le Pari de Pascal, tel qu'expliqué par exemple sur wikipédia, semble plutôt opportuniste: se protéger, si jamais Dieu existait, mais sans vraiment adhérer à Sa loi divine. Pas sûr que Dieu marche dans un telle combine! Il demande que l'on s'engage, pas seulement que l’on protège nos fesses. En plus, si Il sait ce que nous pensons, il est totalement inutile d’essayer de jouer au plus fin avec Lui. L'attitude que j'adoptais était donc plus engagée: adhérer sincèrement à la loi divine, et faire l'effort de l'appliquer dans la vie, puisque de toutes façons c'est LA manière normale de vivre, que cette loi vienne de Dieu ou pas. Ainsi, Dieu comprendrait que j'aie gardé une place pour Lui dans mon coeur, même si je n'avais pas fait confiance en ses «croyants» masochistes, hypocrites ou discriminateurs.

Attitude que je devais conserver jusque environ 1976, quand je découvrais les NDE, la première preuve scientifique comme quoi la conscience survit bien après la mort, justifiant ainsi tout le domaine spirituel. Ce n'était alors plus un pari, mais une connaissance.

 

 

La spiritualité

(Nous avons vu ci-dessus mes impressions sur Dieu et Jésus. Bien sûr cela fait déjà partie de la spiritualité, mais ce sous-chapitre parle de choses bien plus personnelles)

 

(Permalien) Écrit en Novembre 2016.

Bien entendu un jeune enfant ordinaire n'a pas de véritable activités spirituelles, faute de capacité d'introspection. Toutefois il ne faudrait pas en conclure qu'il est forcément totalement idiot dans ce domaine. Ainsi, si mes premières activités spirituelles conscientes ont commencé vers 1969 (16 ans), j'ai eu bien plus tôt des expériences de cet ordre. Sans pouvoir en parler, faute de toute référence commune avec qui que ce soit. Aujourd'hui je ne comprend toujours pas pourquoi tant de gens restent stupides comme des souches mortes, alors que j'avais déjà des bourgeons visibles à huit ans. Comme le disait Einstein, la bêtise humaine est le plus insondable mystère du cosmos. Et le seul pour lequel même ce grand génie n'a su apporter aucune réponse. Alors moi...

 

On a vu un peu plus haut à propos des gros mots, que je me rappelle pour chacun la première fois que je les ai entendus. Ceci est déjà curieux, car «grossier» est une convention, et rien n'indique à un jeune enfant qu'un mot est grossier, tant qu'on ne lui a pas dit. Mais on a aussi vu que entendant pour la première fois le gros mot «viande», j'avais eu la prémonition qu'il était dangereux de la refuser. Une prémonition qui m'a effectivement évité bien des ennuis, tant que je n'étais pas libre de me nourrir normalement.

 

Ma première «prise de position» spirituelle a été le refus de la mort. Une position très subversive, dans ces années 50 où tout semblait centré sur le culte de la mort. Que nous ayons à cesser un jour d'être conscient m'est apparu comme l'injustice suprême, l'horreur absolue. Et, dans le monde désespérant des années 50, on ne connaissait pas les NDE, ni rien de cet ordre: la science n'offrait aucune solution, même pas de consolation, et il m'a fallut vivre plus de vingt ans avec ce monstre tapis dans ma conscience, prêt à m'empoisonner de tristesse à chaque fois qu'on y faisait allusion. Bon, même avec les NDE, il reste la peur physique de la mort et de la douleur, mais ce n'est rien du tout à côté de l'angoisse métaphysique d'avoir à s'endormir pour toujours.

Comme on l'a vu, j'avais aussi rejeté la religion comme «croyance». Aussi je ne pouvais pas me bercer d'illusions comme quoi le Petit Jésus viendrait me chercher si j'étais sage et que je travaillais bien à l'école (le genre de «spiritualité» qu'on nous servait à l'époque). Etre matérialiste n'est pas une voie agréable, c'est une voie de souffrance et de ténèbres, qui ne mène nulle part. Ou pire, vers la révolte et la violence. En effet notre mort est un prix infini, qui justifie alors toute exaction pour tenter de l'éviter: révolte, violence, extrémisme politique, vivisection, viande, rejet de la société, etc.

 

Une autre expérience bien plus indicible (pour l'époque) était une sensation d'extrême étrangeté en constatant que mon corps était fait de matière ordinaire, sans propriétés particulières. J'aurais pu m'émerveiller de sa complexité (Que je connaissais dès 8-10 ans, grâce à Tout L'univers), mais c'est bien de l'étrangeté que je ressentais. Aggravée d'une certaine horreur: c'est à cause de cette incongruité que je pouvais à tout moment être malade, blessé, infirme, torturé, mort.

 

J'ai eu d'autres expériences sur la sensualité du corps, que je ne peux pas répéter en détails. J'aimais la vision d'un beau corps masculin torse nu, de race blanche (mais pas pâle, légèrement doré), et ressentais le désir de vivre dans un tel corps. C'est pour cela que j'aimais aussi les images de Jésus, qui était souvent représenté de cette façon. Plus qu'il avait l'air sympa, en tout cas pas coincé et gris comme la plupart des gens à l'époque. Mowgli devait me faire le même effet, plus tard, d'où là aussi une forte impression.

Je ne sais pas si ces sensations étaient spontanées, ou si j'avais déjà eu l'expérience de vivre dans un corps spirituel. En effet je n'ai strictement aucun souvenir d'avant trois ans environ, et encore moins de vies antérieures. Ces indices sont tout ce que j'ai. Mais ces beaux corps sont exactement ceux qu'on nous propose de méditer dans les Tantras, et on en trouve des représentations fort anciennes, comme dans les grottes d'Ajanta.

 

 

Le sport

(Permalien) Écrit en Octobre 2016.

Quoi de plus ennuyeux que le sport, fatiguant et inutile. On gesticule sans rien créer!

Certains penseront que je n'aimais pas le sport à cause de ma faible force physique, qui me plaçait obligatoirement dans les derniers. Bien entendu c'est le contraire: si je n'étais pas costaud, c'est parce que, même avant l'école, je m'investissais dans des activités créatives ou artistiques (dessin, maquettes, bricolage, train...) au lieu des jeux de bagarre des autres enfants de mon âge. Mais d'être noté sur notre corps a quelque chose d'humiliant. C'est comme si les filles étaient notées sur la taille de leurs seins...

Certains penseront que je n'aimais pas le sport par paresse. Faux: j'ai toujours aimé jardiner, randonner, etc. J'ai même fait du judo, à Béchar, à une époque où je vivais avec des gens normaux. Mais trop pousser le corps produit des sensations très désagréables: essoufflement, mal aux dents (à cause de l'aspiration forcée d'air froid), extrême lourdeur et douleur dans tous le corps (l'acide lactique). Je persiste à croire que ceux qui «aiment» le sport ne sentent pas leur corps, parce que l'esprit de compétition narcissique supprime leurs sensations, un peu comme des abeilles enfumées ne réalisent pas qu'on leur prend leur miel. Cette suppression est parfaitement possible, et un fait d'observation courant, en temps de guerre. Cela m'est aussi arrivé. Malheureusement, en temps normal, je ressent douloureusement la fatigue, et ça a été une de mes principales limitations dans ma vie.

 

Une autre chose qui m'a régulièrement gêné est le rapport ambigu entre le sport et l'homosexualité. Bien sûr un enfant de dix ans dans les années 1960 n'avait même pas idée qu'une telle chose puisse exister. Toutefois elle était bien là, rampante, innomée mais sous-entendue, suggérée. Je mentionne que j'avais déjà été victime d'une humiliation sexuelle, vers sept ou huit ans, dans ce centre où je faisais des séjours pour mes yeux. Ce qui avait résulté en une certaine gêne d'être nu présent d'autres personnes (preuve que cette gêne, appelée «pudeur» comme si elle était une qualité, n'apparaît pas spontanément, mais qu'elle résulte bien de la «répression par la société»). Mais à l'école, au contraire, on nous obligeait parfois à la nudité. Allez comprendre. Ainsi lors des séances de piscine, il fallait se mettre deux par deux dans les cabines. Entre garçons uniquement, puisque les filles étaient dans des classes séparées. Si on voulait favoriser l'homosexualité, il n'y avait pas de meilleure méthode. Bon, entre gens intelligents, on ne regarde pas, ou on se tourne, si on est gêné. Mais une fois un de mes camarades m'a demandé de regarder sa saucisse, en insistant bien qu'elle avait je ne sais plus quoi de fantastique. En plus, d'après l'image que j'ai dans mon souvenir, il me semble bien qu'il était en érection. Apparemment, pour celui-là, l'incitation à l'homosexualité avait abouti au résultat prévu. A dix ans!

Ce n'était pas la seule occasion où il fallait faire abstraction d'une pudeur qu'on nous inculquait pourtant lourdement. Ainsi pendant les visites médicales il fallait tous se mettre en slip dans la classe, une tenue qui nous aurait pourtant valu de sévères punitions dans toute autre circonstance. Puis il fallait passer chacun notre tour nous faire tripoter les couilles par une infirmière. Bon, je sais, c'était pour vérifier qu'elles étaient bien descendues. Oui, d'accord, mais pourquoi vérifier à nouveau tous les ans? Au cas où elles remonteraient? Je me souviens une fois que l'infirmière avait de longs ongles tranchants. J'avais beau dire aie, elle continua à me les malaxer sans prêter aucune attention. Puisque les enfants ne sont que des meubles… Ou bien se pointer avec de longs ongles tranchants sachant qu’elle allait tripoter plein de couilles, elle devait être sadique ou misandre.

«Détail»: elle ne se désinfectait pas les mains entre deux paires. C’est ainsi que se transmettent les flores bactériennes génératrices de mauvaises odeurs, comme j’ai pu le constater plus tard. Probablement chez les peuples anciens, où de tels contacts étaient rares ou interdits, les gens n'avaient pas tant de mauvaises odeurs corporelles.

 

Bon, j'ai eu d'autres occasion de m'entraîner à l’effort physique, et une fois adulte je construisais mon mur et je portais mon sac de ciment (50kilogs). Mais je suis resté peu endurant, ayant besoin de plusieurs jours pour récupérer une journée de maçon ou une sortie de montagne. Ce manque d'endurance pointe plus vers une faiblesse physiologique que vers un simple manque de force musculaire. Un problème qui m'a souvent gêné dans ma vie, voir plus loin à propos des scouts de Saint Dizier.

Mais un médecin ne peut guère répondre à ce genre de questions, qui nécessiterait un bilan physiologique et génétique fort coûteux. De fait je n'ai jamais reçu de réponse claire, et le seul conseil efficace a été de prendre des vitamines (chacun devant tester quelle marque lui convient le mieux, un processus qui peut prendre des années). Et encore cela ne marche que si je prend de l'azinc en permanence, c'est à dire trois à cinq fois plus que recommandé. Par contre la corrélation est assez claire.

Je pourrais avoir tout simplement hérité de quelque mauvais gène. Mais une autre explication est possible: il pourrait y avoir une période sensible de la croissance des muscles, du squelette, voire du métabolisme général. Vers trois ans? cinq ans? Pas plus tard, en tous cas, car alors les enfants de télévision seraient tous des gringalets. Notre corps pourrait avoir besoin de s'agiter vers cet âge, pour recevoir un signal de renforcement des muscles, du squelette, du métabolisme. Mais à cet âge, j'étais déjà plus calme et plus créatif, pas intéressé à courir après rien. Ceci pourrait aussi être la seule explication de pourquoi les filles sont moins fortes que les garçons: à cet âge elles sont déjà confinées à des jeux de poupées. De toutes façons, même si j'ai pu augmenter la force de mes muscles plus tard, cela n'a pas amélioré mes os: porter des sacs de ciment est probablement ce qui m'a valu des problèmes de vertèbres.

Ajouté en 2023: Il y aurait bien un problème de gènes. En effet, les symptômes ci-dessus correspondent à ceux d'une maladie: la fatigue chronique. Ce n'est que très récemment que cette condition est reconnue comme une maladie (avant on traitait les gens de paresseux, et on les punissait. Mais bien au contraire, je suis très actif, et cette condition a impacté ma propre vie en tout premier). Elle serait causée par une déficience d'un gène: les mitochondries respirent mal, d'où une disponibilité réduite de l'énergie. Et tous les symptômes associés: difficultés à se concentrer, somnolences et besoin accru de sommeil, une semaine pour récupérer la fatigue, malaises pendant ou après l'effort, etc. Je dois avoir hérité d'une version relativement discrète de la maladie, mais suffisamment gênante pour être la cause de toutes les difficultés que j'ai rencontrées dans la vie: faiblesse physique, études ratées, difficultés à me concentrer (qui affecte aussi ma pratique spirituelle), effort pénible et malaises, et bien sûr faiblesse physique et dernier en sport.

 

Heureusement, mon expérience du sport n'a pas toujours été si désagréable: à Béchar j'ai eu des opportunités plus intéressantes.

 

 

Le monde de rêve

(Permalien) Écrit en Mars 2017

Pour un gamin actif et déjà impliqué dans beaucoup de choses, passer du temps sans rien avoir à faire dans une cour en goudron nue, seul au milieu d'une foule qui ne communique pas, c'est ennuyeux. C'est ce que j'ai du supporter presque chaque récré pendant quatre ans.

Mais un jour, je me suis aperçu de quelque chose dont personne ne parlait:

Je pouvais contrôler les images mentales qui me passaient par la tête.

C'est même très facile, en fait. La seule chose que je ne comprenais pas, c'est pourquoi personne n'en parlait. Des fois je me suis demandé si j'étais en train de devenir fou. Puis j'ai fini par comprendre que ce que je faisais est parfaitement normal, mais comme pour beaucoup de choses, «la société n'en parle pas» et donc «ça n'existe pas».

En réalité, probablement beaucoup le font, mais sans oser en parler, puisque officiellement «ça n'existe pas». Ou bien ils voient de telles images, mais sans les contrôler. Et surtout sans réaliser le fantastique avantage d'avoir en permanence notre propre cinéma dans la tête, sous notre contrôle total, gratuitement, et sans aucun manipulateur pour nous imposer son «contenu». Même aujourd'hui (2017) je dirais encore que c'est mieux que Internet et les mondes virtuels. En effet, il suffit d’une seconde pour visualiser une scène complexe, qui prendrait des semaines de travail ingrat pour réaliser en peinture ou en virtuel. A t-on vraiment besoin d'une haute initiation tantrique par le Dalaï Lama pour commencer à maîtriser notre imagination?

 

Comment ça marche? Vous ne savez pas? Expliquez-moi plutôt comment vous faites pour ne pas y arriver. C'est si simple. Bon, j'essaie de l'expliquer, mais j'ai peur que ce soit une question de blocage plutôt que de technique. Vous avez déjà vu la Tour Eiffel? (ou tout autre objet célèbre). Rien que de lire cette phrase, une image mentale de la Tour Eiffel, appelée souvenir, est apparue dans votre tête. Bon maintenant, je vous dis que quelqu'un l'a peinte en rose. Vu la Tour Eiffel peinte en rose? Elle est marrante comme ça, hein? N'empêche que cette image mentale de la Tour Eiffel peinte en rose n'est plus un souvenir, mais une nouvelle image mentale, que vous avez créée de toutes pièces, spontanément, instantanément, sans effort, dans toute sa complexité et ses détails. Alors que même avec Paint Shop Pro il aurait fallu une journée de travail pour simplement trafiquer les couleurs. Vous pouvez essayer avec d'autres couleurs, d'autres monuments, etc. C'est pas plus compliqué que ça de créer des images mentales. Certains appellent ça de la rêverie... mais ce n'est pas du rêve, car à la différence du rêve nocturne, c'est entièrement sous contrôle.

Ajouté en 2023: en fait, aujourd'hui, les psychologues appellent ça «imagerie mentale dirigée», et ils le proposent pour guérir les névroses, comme je l'ai fait moi-même dès 1975.

Neurologiquement, ça s'explique très bien: lors du rappel des souvenirs, l'activité des neurones provoque une image mentale, un son, etc. Alors les mêmes neurones peuvent aussi bien créer une image inventée de toute pièce, sans davantage d’effort. Ça peut même être si réaliste que parfois on ressent physiquement les émotions. Et c'est entièrement naturel. Ce n'est pas une maladie mentale. Et, contrairement aux drogues, c'est entièrement sous contrôle, entièrement gratuit, parfaitement légal, et sans aucun danger.

(Vous pouvez même faire très simplement des «hallus» qui valent bien celles du film de Blueberry «l'expérience secrète»: (épileptiques s'abstenir, danger) mettez vous face au soleil, ou une forte lampe, yeux fermés. Une lumière rouge filtre à travers vos paupières. Maintenant, mettez la main devant vos yeux, toujours fermés. Par contraste, le fond rouge devient un bleu profond. Maintenant passez rapidement la main devant vos yeux: l'alternance rapide de rouge et de bleu produit des motifs très jolis, kaléidoscopiques, lumineux et colorés comme des vitraux.)

 

Bien entendu, j'ai utilisé cette faculté à chaque fois que j'en ai eu l'occasion dans ma vie, chaque fois que je m'ennuyais faute d'activité concrète ou de contact avec les autres... c'est à dire souvent. Cela a eu une forte influence sur ma vie:

-Cette fantastique imagination a produit toutes les histoires intéressantes que j'ai inventées. Je me suis même fait une spécialité de la «création de mondes», des systèmes solaires entiers, avec leurs peuples, leurs civilisations, leurs philosophies, et toutes les circonstances particulières qui ont fait que ces gens vivent comme ils vivent.

-C'est le Dharsham Illam des elfes, dans mes histoires des Elfes du Dauriath. Toutefois chez les elfes, c'est partagé!

-Cela a également beaucoup aidé à la vision d'un monde meilleur, à tous les niveaux: techniques, vie sociale, beauté, vibrations, etc. Il est en effet bien plus facile de visualiser des bonnes vibrations que de les exprimer physiquement. Aujourd'hui (2017) on peut combiner les deux, avec les mondes virtuels, quoiqu'au prix d'un énorme travail. Mais en 1964 personne n'aurait imaginé des choses comme les mondes virtuels.

- Cela m'a enfin aidé à «tenir» à de nombreuses reprises, quand j'étais plongé dans un environnement totalement dégénéré, entouré de crétins aux tronches bouffies de moquerie. C’est à dire pendant la majeure partie de ma scolarité. (Désolé les gars, si jamais vous me lisez, vous ne vous imaginiez tout de même pas que je serais reconnaissant?)

 

 

Bien entendu, cette faculté ne va pas sans quelques dangers, auxquels des personnes particulièrement vulnérables peuvent succomber:

-Se réfugier dans le monde de rêve, et se désinvestir du monde physique, de la société.

-Penser que notre rêve est une sorte de perception extrasensorielle. De nombreuses sectes jouent sur cela: «souvenirs de vie antérieures», «contact» avec des «anges» ou des «extraterrestres», «channeling», «thérapies», etc. En particulier, les personnes réelles ne se conforment pratiquement jamais à nos fantasmes sexuels sur elles: désillusion garantie.

-Développer des désirs qui ne sont plus en adéquation avec le monde réel: fantasmes sexuels impossibles (chapitre V-5), théories conspirationnistes (chapitre VI-10), terrorisme, etc. C'est dans cette direction que nous poussent cinéma et jeux vidéos, toujours bien plus prompts à nous montrer horreur et violence que beauté et gentillesse.

- Surtout, risque de créer des sentiments aussi violents qu'inappropriés (colère, tristesse, etc.) à partir de scènes totalement imaginaires ou inventées. On d'interprétations imaginaires de scènes réelles. Ou d'imputations d'intention sur des gens qui ne pensent tout simplement pas à nous.

 

 

Les scouts

(Permalien) Écrit en Décembre 2016

Ma mère nous a toujours encouragés vers ce genre de choses. J'ai donc essayé les scouts de Saint Dizier. (probablement à l'époque mes frères étaient-ils encore trop jeunes)

Leur local était dans un préfabriqué en bois, tout en longueur (probablement une école construite à la hâte juste après la guerre). J'avais été fasciné par leur construction d'un kayac. A l'époque, ces bateaux étaient encore en bois, et d'une construction complexe, pour la légèreté, avec de nombreuses nervures et longerons, comme un avion. Je rêvais d'en avoir un, et d'écumer les rivières du Grand Nord. Mais je savais que cela resterait un rêve: à l'époque un kayak en bois valait le prix d'une voiture, et il n'y avait nulle part pour s'en servir.

 

Je n'ai fait qu'une seule sortie scoute, près de Joinville. Je ne suis pas sûr de l'endroit exact, plusieurs correspondent à mon souvenir, ou bien les villages se sont étendus depuis. Le plus probable est Curel, au Nord de Joinville. Je garde un souvenir mitigé de cet événement. Le camping, le sac à dos, le repas dans une «popote» tirée du sac (oeuf durs avec mayonnaise, je me souviens de cette odeur qui reste associée au camping), dormir dans un bâtiment campagnard en briques chaulées de blanc, sentant le bois centenaire... La sortie consistait en une matinée de travail, où nous devions élargir le fossé d'une route. Apparemment cette sortie était organisée avec la mairie. J'appréciais de me rendre utile à des trucs d'adultes, alors que nous les enfants étions bien trop souvent cantonnés à des «jeux» sans consistance ni intérêt. Ou à du «sport» inutile et rébarbatif.

L'après-midi était un grand jeu. Pas un jeu libre, bien entendu, mais une course. Je ne me rendais pas compte à l'époque, mais la course, ou les simulations de combat comme le foute, ne sont pas n'importe quel «jeu», mais un choix très spécial et très restreint, favorisant la compétition contre «les autres». Ainsi j'étais passionné par la construction des «chars» (ou plutôt des sortes de traîneaux), mais la course elle-même m'a paru sans intérêt, voir ennuyeuse. Pire, à un moment je me suis senti trop corseté par toute cette organisation quasi-militaire, et je me suis «échappé» pour explorer un peu la nature environnante. Ce qui, à mon retour, m'a valu des réprimandes, d'abord par le chef d'équipe (un gamin de mon âge), qui m'a menacé rien moins que de m'attacher. Puis par une villageoise qui, loin de s'offusquer d'un tel traitement, renchérit au contraire qu'il «faut obéir». Et, quand on est enfant, on ne sait pas toujours où est la limite du pouvoir des adultes sur nous: je prenais ces menaces au sérieux.

C'est ainsi qu'à l'époque on ne s'éloignait que trèèès progressivement de l'état d'esprit de l'époque de pétain.

 

Toutefois ce qui m'a décidé à ne pas poursuivre est qu'il m'a fallu près d'une semaine pour récupérer la fatigue de cette folle journée à piocher et à courir. Ce qui renvoie à ma faiblesse physique de base, qui m'a si souvent gêné dans ma vie. Voir la partie sur le sport.

 

 

L'intolérance au lait

(Permalien) Écrit en Décembre 2016

C'est la mode aujourd'hui de s'affirmer intolérant au gluten, même si toutes les analyses scientifiques ramènent cette intolérance à de la pure auto-suggestion. Par contre, l'intolérance au lait, plus précisément au lactose, est bien documentée scientifiquement, son gène et son enzyme exprimée sont bien connus, et elle touche une majorité de gens de plus de cinq ans. Mais celle-là, on n'en parle pas, car elle remet en cause la religion de la viande sacrée et des saints produits laitiers. Ainsi on continue à trouver du lait et du lactose dans tout un tas de produits, parfois inattendus, et même dans des produits bios. Ainsi j'ai noté des malaises digestifs (nausée, inappétence, fatigue) avec certains gâteaux, chocolats, etc. avant de réaliser qu'ils contiennent du lactose, à doses non précisées. D'où les expressions fortes que j'emploie, telles que «sadomasochisme», pour de telles pratiques qui entraînent des souffrances totalement inutiles, comme si c'était précisément leur but.

Alors imagine t-on en 1960, et même jusque vers 1973, quiconque se serait dit intolérant au lait se serait retrouvé à l'asile. Ainsi, partout, à la maison, en internat, en colonies de vacances, il y avait le sacro-saint bol de lait au petit déjeuner (au chocolat ou au café, pour faire passer le goût écoeurant du lait pur. Mais même ces ingrédients ont une connotation idéologique: le chocolat est «infantile», et le café «adulte», et nous «devions» donc aimer l'un ou l'autre selon notre âge. Ainsi nous n'avions jamais le choix).

Comme tout enfant, je mangeais ce que l'on me donnait, tandis que notre sens du goût s'adapte aux aliments habituels. Ainsi, on finit par trouver n'importe quoi «bon», comme observé chez les peuples qui mangent du poisson pourri ou des vers. L'intolérance s'est alors manifestée d'une façon détournée: de violentes nausées en voyant le lait. Pendant des années j'ai souffert de cela sans comprendre, et sans pouvoir en parler: on me disait que c'était psychologique, et j'ai vite compris qu'il valait mieux que je me taise sous peine de graves ennuis.

Plus grave, le dégoût du lait s'est étendu à d'autres aliments d'aspect similaire, mais inoffensifs: certains tofus, lait de soja, bouillies, certaines protéines, etc. Heureusement rien ne se passe sur le plan digestif, mais ce dégoût a parfois pu créer des situations gênantes. Probablement je ne pourrais pas manger chez des nomades éleveurs.

 

L'intolérance au lactose n'a pourtant rien du tout de psychologique. Elle se produit quand une enzyme digestive présente chez l'enfant disparaît après le sevrage. En effet nous ne sommes plus sensés manger du lait à ce moment. Certains peuples éleveurs nomades ont pu s'adapter à un régime lacté en conservant l'enzyme, ou en faisant fermenter le lait d'une façon ou d'une autre (fromage, yaourt). C'est un cas d'adaptation génétique selon la race.

Les religions du lait et de la viande sont des survivances d'une croyance animiste préhistorique, qui prétendait que l'on assimilerait les qualités d'une victime en la mangeant. Ainsi, à en croire les mangeurs de viande, manger du boeuf rendrait «fort», tandis que le lait serait une sorte d'élixir qui ferait magiquement grandir les enfants. Ces croyances ont été rationalisées par des discours pseudoscientifiques partiaux, sous l'influence du lobby des doliculteurs (producteurs subventionnés de souffrance animale et de lisier, qui arrondissent leurs fins de mois en vendant les sous-produits: la viande et le lait). Ce que la véritable science diététique a à en dire est que viande ou lait ne sont nullement indispensables, puisque que les nutriments qu'ils apportent peuvent être facilement obtenus de manière non-violente. Et sans intolérance. On apprend même ça au lycée, classe de science naturelle. Mais qui s'en rappelle, lol

 

Bien entendu, dès que j'ai pu être autonome (1973), j'ai stoppé ce bol de lait nauséabond, pour des petits déjeuners plus sains: pain complet, mueslis (sans blé concassé, dont le son irrite l'intestin, ça aussi je l'ai vérifié). Toutefois jusqu'en 2016 je n'ai jamais pu vraiment arrêter le fromage, malgré plusieurs tentatives de mettre autre chose sur mon pain. Idéalement, il faudrait des pâtés végétaux, riches en protéines, légumes et autres nutriments variés. Mais cela demande du temps à préparer, ou est vendu bien trop cher dans les magasins bios. Les rares qui se maintiennent (Tartex) sont bien trop gras et bien trop riches en amidon, et leur prix les réserve aux classes sociales supérieures. (Ajouté en 2025: on commence à trouver des produits intéressants, mais encore rares) Alors bien sûr ce commerce ne «prend pas», et les magasins bios n'aident pas, eux qui ont évacué tous ensemble la science, la diététique, le social et la non-violence. (2022: On a fini par arriver à du bio à prix normal, pour les denrées de base. Mais on trouve encore bien trop de poudres de perlimpinpin et de produits de luxe dans les magasins bios)

Par contre le beurre a une alternative végétale très intéressante: Oméga 3 de la marque Saint Hubert, qui imite très bien le beurre (Jusqu'à rancir de la même façon), mais de vibration plus fine. De plus il apporte tous les acides gras essentiels du système nerveux, avec moins de calories.

Ajouté en Novembre 2018: J'ai pu finalement arrêter totalement le fromage, avec de la vitamine B12 et de l'oméga, précisément. Ces ressources coupent la faim de fromage, sans avoir à faire d'effort ni ressentir de frustration. Mon médecin traitant a voulu vérifier les effets de ce régime: mes analyses sanguines sont parfaitement normales. Il a même du diminuer la dose de B12, lol

 

 

La science, la technique

(Permalien) Écrit en Novembre 2018.

On pourrait penser que c'est ma lecture de Tout l'Univers et de Science&vie qui m'a ouvert aux sciences. Je ne pense pas: j'étais simplement fasciné par ces lectures, que n’engloutissais et assimilais avec une facilité surprenante. A côté de ça Mickey Donald me paraissait aussi indigent et ennuyeux qu’un match de tennis.

De plus on a vu à plusieurs reprises que j'avais un esprit scientifique de naissance. Exemple: je me suis un jour demandé pourquoi on a chaud dans un pullover, alors qu'il n'y a pas de flamme ni de source de chaleur. J'ai mis ma comprenette de dix ans en route, et ai conclut que la chaleur était une sorte de fluide, que le pullover retient.

De plus mes dessins et bricolages m'ouvraient aux choses techniques. Mon père m'aidait aussi en cela, en m'expliquant des choses, et en ramenant «des appareils» de la base. En principe des rebuts, mais intéressants: des pièces d'avion, montrant d'exquis mécanismes ou des circuits électriques. Je m'amusait par exemple à suivre les traces de fraisage pour comprendre comment ces pièces avaient été taillées. Aujourd'hui encore la simple odeur du flux de soudure éveille le désir d'électronique!

Tout me préparait donc à des études scientifiques, et à une carrière scientifique. Mais à l'époque c'était encore loin. Je rêvait juste de devenir ingénieur ou scientifique: ceux qui savent faire les choses.

Je me rappelle une fois à l'école, quand l'instituteur avait demandé ce que nous aimerions faire, avoir bruyamment répondu «science»!

 

 

L’éducation par mes parents.

Ajouté en Février 2025.

Il y a des choses dont on ne réalise pas toujours l’importance, tant elles semblent données. D’où ce retard à écrire cette sous-partie. Mais l’éducation que j’ai reçue de mes parents se distingue souvent des autres.

Dans la France laïque des années 1950-60, on n’était plus forcément Catholique, mais on honorait encore des principes moraux de cet ordre, y compris dans les leçons de morale à l’école: probité, honnêteté, et autres bases indispensables de vie en société. Je pense que ces leçons ont beaucoup contribué à faire de moi la personne fiable et positive que je suis aujourd’hui. Et ce avec la société de l’époque, et non pas contre. Aujourd’hui, j’ai du rejeter plusieurs illusion dans ces règles simplistes, mais l’essentiel y est toujours. J’explique tout cela dans la partie sur l'éthique de «Epistémologie Générale».

J’ai donc retransmis ces bases à mes propres enfants. Toutefois dans les années 1990, c’est la société athée qui est devenue anti-morale: Aujourd’hui, des «éducateurs» haineux, pédoclastes, marxistes ou crado-punk, expliquent aux enfants qu’il ne faut pas faire de morale, ou qu’il leur faut changer de sexe. Il n’est donc pas étonnant qu’il y ait des problèmes. Ce qui est extraordinaire est qu’en fait il y en ait moins: la société évolue, malgré tous les ennemis de l’Humanité tirant en arrière et freinant des quatre fers.

 

Mes parents étaient issus de milieux modestes: paysans, ouvriers. Des milieux où l’on ne reçoit que ce que l’on gagne de son travail, ou que l’on fait de ses mains. Les paresseux et les empotés n’y ont pas de place.

C’est ainsi que dès cette période à Saint Dizier, et plus tard au Boniort, mon père m’a enseigné les bases du travail manuel. A dix ans, je savais bêcher, planter un clou, et scier une planche droit. Ma mère m’a appris les bases de cuisine et de couture: à dix ans je savais cuire un œuf, recoudre un bouton, ou faire un pansement pour une petite plaie.

Il faut dire que mon père était un bon bricoleur, nous lui devions presque tous nos meubles, de facture professionnelle. Plus tard au Boniort il a dirigé l’aménagement d’une cuisine et d’une salle de bain. Ma mère a fait une bonne partie de nos vêtements, et elle tenait aussi sa place dans les travaux de maçonnerie orchestrés par mon père. Elle a également tenu méticuleusement nos comptes et notre paperasse, et les siennes jusqu’à 89 ans.

 

Je pense que cette maîtrise du monde physique a beaucoup à voir dans ma réussite, y compris dans le domaine spirituel. Et que j’ai essentiellement mes parents à remercier pour ça. Ainsi que mes enseignants. Par exemple à l'UIT j'ai appris à souder et les machine-outil.

 

Tout cela me semble naturel. Pourtant, j’ai souvent été confronté à des empotés complets, en particulier dans les milieux prétendant construire une meilleure société, gauchistes, écolos ou spiritualistes. Le plus grave est que ces gens, loin d’avoir la modestie d’apprendre, en veulent à ceux qui savent, ou bien ils contestent la nécessité de travailler correctement. J’ai vu des choses parfois incroyables, comme ces crétins qui ont fait des frittes avec de l’huile d’olive vierge, ou un incompétant autoritaire qui me traitait d’ingénieur Allemand, des militants écolos incapables de monter une tente correctement, et même une malfaçon grave: une dalle en hourdis avec du vieux ciment éventé et de la chaux!

On comprend donc que, plus que jamais, si on veut une meilleure société, il faut être meilleur soi-même, et pour commencer avoir une éthique correcte. Mais il faut aussi être compétent pour y tenir une place ou un rôle, même si «seulement» un rôle technique. Faute de quoi les prétentions à une meilleure société ne sont que de la bigoterie, où l’on exige des autres ce que l’on est incapable de faire soi-même.

 

 

Virgo Jet (M87)

(Permalien) Écrit en Novembre 2018.

Un de mes souvenir qui m’avait le plus intrigué a été une image de la galaxie M87, surnommée à l'époque «Virgo Jet», à cause d'un jet lumineux qui émane de son coeur. A l'époque (1963), les astronomes avaient tout juste réalisé que M87 était une galaxie, formée de trillons d'étoiles. Mais alors comment des étoiles pouvaient t-elles créer une langue de feu de milliers d'années-lumière de long? Quel objet monstrueux se cachait-il dans son coeur? Ce simple point blanc restait irrésolu sur toutes les images, et toutes mes demandes d'explications me revenaient avec «il n'y a pas de problème». Manifestement cette observation fantastique n'éveillait aucun écho chez tous ces zombies, repliés sur leur nombril au point d'arriver à l'occlusion d'avec le monde, un trou noir psychologique dont rien ne sort jamais. Je me doutais bien que à un moment les étoiles devenaient si rapprochées qu'elles devaient se tamponner et se rassembler en «quelque chose» de très gros, mais on me répondait toujours que «les étoiles ne se tamponnent jamais». J'ai donc vite renoncé à poser des questions, et j'ai vécu plusieurs dizaines d'années seul avec ce fantastique mystère.

J'ai suivi les progrès de l'astronomie: d'abord les quasars, encore plus monstrueux, puis, petit à petit, l'idée d'un trou noir avec ses jets d'accrétion. Aujourd'hui on sait qu'il se niche un trou noir au centre de cette galaxie, et il pourrait être le second à être effectivement photographié, répondant enfin à ma brûlante curiosité d'enfant. Mais qui dans les années 1960 aurait pu imaginer un tel monstre pliant l'espace lui-même?

Ajouté en Mai 2019: C'est fait! Après 57 ans d’attente, je vois enfin cette chose. Cette image sommaire, floue, n'aura pas suscité tant d'émoi, tant elle semble abstraite. Puis un jour j'ai médité dessus, et ai ressenti ce qu'elle représente vraiment: un tragique départ pour un infini irréversible, l'ouverture d'un tunnel sans fin, un piège où même le temps et la réalité physique cessent d'exister. Quelqu'un pris là dedans accélérera indéfiniment vers nulle part. L’impression est d’une sorte de magie étrange et fatale, très différente de l'effroyable brutalité de l'objet. Une sensation assez bien rendue par la musique de Solar Fields: «Staring into the nothingness»: «Fixer le néant du regard», c'est exactement ce que les scientifiques du Event Horizon Telescope ont fait.

Ajouté en Mai 2022: En fait, le concept de trou noir était déjà connu en 1960, au moins théoriquement. L'astronome Harlow Shapley avait déjà noté dès 1918 une concentration anormale d'étoiles au centre de notre propre galaxie. La source radio Sagittarius* était connue en 1960. Pourquoi alors personne n'avait-il fait le lien avec les trous noirs? Il semble que ce soit essentiellement le déni de la réalité, ce même déni qui est aujourd'hui en train de ruiner notre planète avec le changement climatique, ou de ruiner notre civilisation avec le déni des NDE.

Qu'ont donc les trous noirs d'aussi subversif ou hérétique? Probablement le côté «fin du monde»: l'existence même de l'espace et du temps y est menacée. Une chose insupportable pour les matérialistes, pour qui la matière est Dieu: elle ne doit donc pas mourir! Ce déni existe toujours aujourd'hui, non plus des trous noirs eux-mêmes, mais de l’annihilation qu'ils produisent. En effet, beaucoup de scientifiques très compétents tentent encore de sauver la matière absorbée en affirmant que «l'information ne peut pas disparaître». Que si elle le peut, faites par exemple une sculpture en sel. Puis dissolvez ce sel dans de l'eau, et arrangez-vous pour tirer un seul gros cristal de ce même sel: l'information sur la sculpture y a disparu deux fois, une fois dans le désordre de l'eau, et une seconde fois dans l'ordre quantique rigoureux du cristal. Pour refaire la sculpture, il faudra bien apporter de l'information. Ou retourner dans le temps. Le retour de Poincaré ne marche tout simplement pas en physique, à cause des interactions quantiques indéterministes. Même en admettant que nous disposions d'un miroir temporel d'une précision infinie, capable de renverser parfaitement la trajectoire de chaque particule jusqu'à sa position d'origine, il est tout simplement impossible que les interactions quantiques se reproduisent exactement comme elles l’avaient fait.

 

Si l'on médite sur les images de trous noirs, on s'attend à une sensation de violence. En fait, l'effet est très différent: une sorte d'horreur de l'annihilation. La gueule béante de l'horizon est comme un tunnel, où l'on est aspiré vers nulle part. Comme un magicien qui serait capable de nous faire disparaître dans sa malle. La musique «staring into nothingness» de Solar Fields produit exactement ce sentiment: le trou noir est une faille existentielle de l'univers physique lui-même, pointant à notre essentielle vulnérabilité dans ce monde. Même l'espace et le temps sont impermanents...

 

 

La nature avant et après les destructions

(Permalien) Écrit en 2016.

La description la plus précise que l'on pourrait faire des années 1950 est «avant le plastique». Le plastique, et les peintures modernes sur la même base, permettent des couleurs vives que l'on ne trouve pas dans la nature (sauf les fleurs bien entendu). Ainsi tout objet en plastique attire t-il l'attention de l'oeil, et jure t-il avec les paysages naturels.

Avant le plastique (et plus généralement avant la chimie), les gens devaient se débrouiller pour tout faire avec des matières naturelles: bois, pierre, tissus, métal, etc. Seules les fleurs se remarquaient, mais en bien. Les matières modernes sont ce qui donnent si facilement cet aspect clinquant à toute installation humaine récente, par rapport à des installations plus sauvages ou anciennes.

Également, les matériaux anciens prenaient de la patine, des lichens, etc. qui s'harmonisent avec eux. Plastique et peinture ont des formes nettes et colorées: poussière ou lichen apparaissent alors obligatoirement comme de la saleté. C'est particulièrement visible en Bretagne, où les maisons traditionnelles sont de granite arrondi et d'ardoise gris clair, tous deux couverts de lichens qui leur donnent une nuance jaunâtre chaleureuse, s'insérant bien dans les paysages aux roches de la même couleur. Mais les lotissements «bretons» modernes ont complètement cassé cela, avec des ardoises noires et des murs blancs, dont la froideur insoutenable est encore accentuée par les lignes purement carrées. Et le moindre lichen apparaît alors comme une souillure intolérable, qu'il faut immédiatement gratter.

Ainsi le monde d'avant les matériaux modernes, pouvait certes être sale, mais il restait en harmonie avec la nature, une part de celle-ci. Ainsi la maison de mes grand parents à Erloy ne comportait pas encore de matériaux modernes. Même les installations électriques étaient faites de ces tubes en fer blanc qui étaient la norme avant la guerre (et reconnaissables à l'odeur du carton goudronné qui servait d'isolant). Les murs étaient de briques pré-industrielles aux arrêtes arrondies, les joints de mortier, et les toits d'ardoises gris-bleu, tous matériaux que la patine et les ans enrichissent.

Sur les matériaux artificiels au contraire la patine apparaît comme une souillure, qu'il faut sans arrêt nettoyer, gratter, arracher.

Ainsi le bitume des routes, les lignes électriques, les peintures et les plastiques, ont-ils profondément changé l'aspect du monde, et même sa vibration. Aujourd'hui, dans les pays «développés», on ne peut aller nulle part sans voir des lignes électriques, des routes, des gamelles en plastique, des maisons boîte à chaussure peintes en blanc uni, simplettes comme dans un mauvais monde virtuel.

Ajouté en 2022: Même les discriminations contre les Rohingyas s’accompagnent de la destruction de leurs paysages, bien visible sur Google Earth: maisons de paille aux toits pointus, dans des bouquets d’arbres semés dans les rizières, y formaient un paysage idyllique, petit à petit détruit et remplacé par des lotissements de carrés blancs en béton, sans plus aucun arbre. Détruire un si beau paysage est encore plus grave que d'assassiner ses habitants.

 

Les changements de bruits sont encore plus radicaux: avant la modernité, les seuls sons artificiels étaient les cloches des églises, ou les clochettes des attelages. Même les instruments de musique étaient de matériaux naturels, au mieux de métal. Mais depuis, le monde moderne est devenu une cacophonie, et l'on ne peut aller nulle part sans entendre des voitures, des avions, des tondeuses à gazon, des sonos, des télévisions, du rap, des musiques cancoignantes de supermarché... Ainsi à Erloy j'ai assisté au remplacement, quasiment d'une année sur l'autre, des clochettes des attelages par les tracteurs.

Un souvenir précis vous le fera toucher du doigt. Vu mes connaissances scientifique quand cela s'est passé, ce devait être entre 1962 et 1964. J'entendais un bruit (que personne d'autre n'entendait, comme d'habitude, mais là n'est pas la question). Une sorte de chuintement, le soir, qui semblait venir du soleil couchant, depuis le balcon de notre bâtiment 1. Je savais déjà que le soleil est un effroyable chaudron nucléaire, et donc qu'il devait faire un tintamarre gigantesque. Mais je savais aussi que ce bruit ne pouvait absolument pas nous parvenir, à cause du vide de l'espace. Puis j'ai fini par comprendre: ce bruit ne venait pas du soleil, mais tout simplement des voitures dans le centre ville, qui était dans la même direction. Le point intéressant ici est que ce bruit m'ait surpris, que je ne l'aie jamais remarqué avant, alors que nous vivions ici depuis 1956. Ainsi ce bruit est-il bien apparu à cette époque, de par le nombre croissant de voitures. C'est aussi à ce moment que les bébés ont commencé à respirer du plomb tétraéthyle, menant au renouveau du fachisme dans les années 2000.

Ma mère me rapporte un souvenir du même ordre: quand, en 1940 la cathédrale de Reims a sonné le glas (pour signaler l'entrée des sociopathes en France), le son lui avait paru résonner étrangement. Et oui, le monde avant les voitures était silencieux! (ou en tous cas bien moins bruyant). Alors que aujourd'hui nos villes sont une cacophonie continuelle! Que nous ne remarquons pas, car nous avons intériorisé ce vacarme permanent, qui s'insinue sournoisement jusque dans nos chambres: voitures, sirènes, télévisions, VMC, etc. Et si aujourd’hui le gros bourdon de Reims sonnait pour prévenir du changement climatique, personne ne le remarquerait. Même dans la nature, il est difficile de se protéger des voitures ou des avions. Le plus grave est que les gens intériorisent ce bruit de fond: on trouve sur youtube des «enregistrements de chants d'oiseaux» avec... des bruits de voiture! Aussi incroyable que cela paraisse, les gens semblent effectivement auto-censurer ces bruits parasites, au point de ne pas les remarquer même dans un enregistrement où pourtant ils sautent aux oreilles. Pas un enregistrement sur 20 n'était utilisable pour mes activités virtuelles!

Le silence, c'est à dire la capacité à penser à ce que nous voulons, est une des choses les plus précieuses que la modernité nous ait volée.

On comprend donc pourquoi aujourd'hui je préconise des choses comme le moteur 5 temps, les casques audio, ou de remplir les pneus de mousse: il ne s'agit pas que de sauver le climat, il s'agit d'une chose encore bien plus importante: de sauver le sens même de notre existence dans ce monde, en préservant notre liberté fondamentale de PENSER et de RESSENTIR autre chose que des moteurs ou des musiques discordantes.

 

Mais un autre changement tout aussi grave est aussi intervenu: les insecticides et pesticides ont fortement diminué le nombre d'insectes et d'oiseaux. Sans compter la folie meurtrière de tout raser et tailler, prés, haies, bas-côtés, j’ai même vu tailler les arbres dans la nature! Dans les années 1950 et 60, en se promenant dans la nature on voyait beaucoup plus d'oiseaux, de papillons, de fleurs, de bourdons, de moucherons, de grenouilles, etc. Aujourd'hui, ils n'ont pas disparu. Pas encore. Mais il y a beaucoup moins de vie, bien moins variée, et on peut traverser des forêts entières sans entendre un seul oiseau ni un seul bourdonnement. Comparer le souvenir d'époque et le présent rend la différence fort visible.

 

Vous me direz, il n’est pas sûr de comparer le présent avec des souvenirs d’il y a 60 ans. Mais ce contraste est flagrant quand on arrive dans un pays pas encore détruit, comme quand je suis allé au Bhoutan en 1994. La première chose que j'ai vue en arrivant à l'aéroport de Paro a été... des libellules. Et pas une, plusieurs, et des grosses. Impensable dans un aéroport comme Roissy. La visite des campagnes du Bhoutan montrait encore un monde où presque tout est fait de bois et d'autres matériaux naturels.

 

Bon, ceci n'est pas un procès des techniques modernes, qui offrent aussi des opportunités fantastiques: voyages, Internet, musique synthétiques, mondes virtuels, maisons et constructions de haute vibration... Le mondes des années 50 était aussi un monde gris, triste comme leur musique, froid, sale, et surtout incroyablement limité: on n'y voyait pas plus loin que le prochain mur ou les titres des journaux. On y trouvait bien plus souvent d'horribles baraques en bois noirâtres que des villas boîte à chaussure, en plus peuplées d'arriérés grossiers accueillant les inconnus le fusil à la main. N'idéalisons donc pas, mais sachons ce qui a été perdu, avant de faire des projets.

 

 

Intérieurs et vie quotidienne dans la première moitié du 20eme siècle

(Permalien) Écrit en Septembre 2020.

Bien sûr je n'ai pas connu directement cette époque, mais dans les années 1950, et même plus tard, on en trouvait de nombreux restes. Le plus typique a été à Erloy, où j'avais visité (avec mes parents) une amie de Mémère.

L'intérieur de Pépère et Mémère était assez simple. Le sol était entièrement de carreaux de brique carrés, d’un rouge cassé. Quand je l'ai connu, leurs enfants avaient déjà repeint la salle de séjour avec de bonnes peintures, en jaune cassé et bordeaux cassés (mélangés d'un peu de brun). Pas de couleurs trop vives à l'époque! Sauf une fois Pépère avait repeint un plafond de triangles de couleurs vives. Un petit chef-d'oeuvre naïf, dont il était très fier, mais que ses enfants considéraient comme une lubie. Ils l'ont recouvert de blanc après sa mort, ce que j'ai trouvé très regrettable.

Leur chambre était également simple, les murs ocre clair, le plafond en poutres, meublée d'un grand lit, une grosse horloge à carillon, une armoire et un tapis. Les plafonds comme les meubles étaient de gros bois brun foncé bien équarri avec des moulures et des volutes, une certaine recherche par rapport aux solives brutes. La chambre du fond, où nous dormions, était meublée de lits plus simples, sans sculptures, mais toujours en bois massif ciré de brun foncé. Sûr qu'on ne déménageait pas souvent, en ce temps, et un tel lit pouvait facile durer des siècles. Les meubles modernes, simples, légers et démontables, sont tout de même plus pratiques.

J'ai longtemps eu un rêve répétitif à propos de ces lits: l'espace entre le lit et le sol ne faisait que quelques centimètres. Mais en regardant en-dessous, on voyait un espace grand comme un hangar souterrain, obscur, avec au fond des flammes de butane entièrement bleues. Je n'ai jamais su la signification de ce rêve, ni même si il y en avait une.

L'autre appartement que j'ai visité à l'époque à Erloy était entièrement différent, dans une maison près de l'église. En fait je n'ai vu que la pièce commune, de couleur dominante bleu pâle, avec de nombreux rideaux et tentures ornées de dentelles et imprimés à fleurs, dont un délimitait une alcôve (peut-être leur lit, je ne me rappelle plus, c'était il y a 60 ans lol). Contrairement à la maison de Pépère, dominée par un homme, seules des femmes vivaient ici, d'où le style très différent. Cette dominance de bleu existe encore aujourd'hui sur les marchés de campagne, où l'on trouve encore des robes imprimées à fleurs bleues «pour vieilles». Mais à la campagne en 1950, tout le monde était vieux et s'habillait comme ça.

A cette époque, la plupart des hommes s'habillaient en gris ou gris-brun, ou le bleu de chauffe pour les ouvriers et agriculteurs. Les femmes avaient plus de couleurs, mais souvent cassées. On savait pourtant déjà faire de belles teintures à l'époque. Le choix de couleurs sales ou tristes était donc bien par sadomasochisme.

 

Une pièce que l'on ne trouve plus souvent dans les maisons d'aujourd'hui est la buanderie. C'était une grande pièce, suffisamment importante, une des cinq dans la maison d'Erloy. Elle servait à un peu tout. Une des fonctions était se laver, et laver le linge. A ces fins on pouvait chauffer des lessiveuses. Ce dernier ustensile, tronconique en tôle zinguée, servait à la lessive, et pour ce faire il y avait au milieu le «champignon», un tuyau vertical se terminant par une tête plate. On faisait bouillir le linge là-dedans, et l'ébullition produisait un jet rythmé sortant de la tête du champignon et arrosant le linge. Ce mouvement d'eau assurait le lavage. Tout cela fonctionnait, mais était peu pratique et assez dangereux, aussi on comprend la vitesse à laquelle les machines à laver se sont répandues.

La buanderie servait aussi à ranger un tas de choses d'usage courant (les débarras étaient plutôt dans les granges). Un des plus grands meubles de la buanderie était le garde-manger, aujourd'hui totalement remplacé par le frigo. En fait, faute de froid, on ne conservait pas les aliments périssables comme aujourd'hui: il fallait les manger le jour même, au mieux le lendemain. Et pour cela, commencer par ne pas en produire trop! Le garde-manger toutefois permettait de garder certains mets plus longtemps, comme les tartes, et cette pièce sentait toujours la tarte aux pommes! Le garde-manger était fait d'un cadre en bois, avec les panneaux et la porte en toile moustiquaire. Cela protégeait les aliments des mouches: imaginez une mouche qui va dans la tine des toilettes, puis sur la tarte... Même avec les standards d'hygiène plus faibles de l'époque, les gens avaient bien remarqué que la pourriture et les maladies démarraient depuis ces contacts. Sans parler des asticots, qui n'étaient pas plus bienvenus qu'aujourd'hui.

Un autre meuble plus petit était la huche à pain. C'était un tube vertical, en bois ou en osier, avec l'intérieur en tissus, où les pains étaient stockés verticalement. Sa fonction était d'éviter que le pain se dessèche. Les pains avaient déjà forme de baguette, mais plus grosses, et la huche permettait de ne s'approvisionner que une fois par semaine, campagne oblige. Dans certaines campagnes la huche était à l'entrée du chemin de la ferme, et le boulanger y déposait le pain du jour. Aujourd'hui, avec le pain complet, le dessèchement est moins un problème, mais l'approvisionnement moins régulier oblige toujours à le garder plusieurs jours. Pour cela j'utilise des sacs plastiques, et le congélateur.

Dans les années 1950-60, dans le HLM à Saint Dizier, nous avions encore un «séchoir», une pièce non-chauffée où nous séchions le linge, mais aussi stockions des ustensiles et la nourriture, en particulier les restes. Ce n’est que à Béchar en 1964 que nous avons eu notre premier frigo, pour protéger nos aliments de la chaleur du Sahara. Par la suite, nous avions pris l’habitude, et nous avons toujours eu un frigo. La buanderie a perdu ses fonctions de stockage de nourriture ou de lavage, devenant un «débaras», quand il y en avait un.

 

Il est très rare aujourd'hui de voir des reconstitutions d'époque dans les films, qui montrent soit des maisons de riches, soit des baraques de matériaux bruts sans recherche. Le seul exemple qui me vient à l'esprit est le film «Indigènes» (un film très réaliste qui rappelle aussi d'autres souvenirs «oubliés»), qui a fait l'effort d'utiliser style et matériaux d'époque, en particulier la chambre, et la reconstitution du village Alsacien.

 

Bien sûr à l'époque, les styles et idées étaient différents d'aujourd'hui. Par exemple on ne trouve plus de meubles massifs ni de sombres boiseries sculptées, et des objets comme les horloges sont bien plus petits. Le chauffage a rendu les fenêtres plus larges et les vêtements plus légers, les peintures et le plastique ont apportés des couleurs agréables, et l'éclairage électrique illumine joyeusement tout ça.

 

L'électricité n'est apparue que progressivement lors de la première moitié du 20eme siècle, essentiellement pour l'éclairage. Les installations étaient ajoutées à l'existant, sous forme de tuyaux visibles (l'encastrement n'étant pratiqué que sur les maisons neuves). Ces tuyaux étaient fins (environ 15mm) et faits de fer blanc mince, avec des coudes et des tés en tôle emboutie, le tout fixé par des étriers et des vis. Un isolement interne en carton goudronné produisait une odeur caractéristique quand on travaillait ces tubes, que l'on pouvait aussi cintrer à la façon des tuyaux de poêle, très facilement avec un petit outil manuel. Je ne serais pas surpris que ces tubes reviennent, car ils sont bien plus écologiques et durables que le PVC inflammable et toxique, et ils fournissent en plus un blindage et une terre.

Pour les fils, ils étaient isolés avec une couche de gutta-percha, d'odeur caoutchoutée, entouré d'une guipure vaguement teintée, pour reconnaître les fils. Les raccords se faisaient à l'aide d'épissures. Ces dernières sont aujourd'hui interdites, car sujettes à échauffement. Mais je me souviens en avoir vu en 1963, dans une exposition du lycée professionnel à Saint Dizier. Les fils en aluminium n'ont existé que pendant la guerre, et ils ont été abandonnés pour manque de fiabilité des contacts.

En 1950, les lampes au tungstène étaient encore une relative nouveauté. La révolution électrique s'était faite avec des filaments à l'osmium ou au tantale, donnant une lumière plus chaude. Plus jaune ai-je entendu dire pour le tantale. Ce dernier nécessitait des filaments plus longs, donc des bulbes plus gros, où le filament faisant de longs zig-zags. Cet éclairage jaune reste attaché avec les musiques de l'époque, ancêtres du jazz, ou avec l'idée d'un club bourgeois bien chauffé aux lambris vernis, peuplé de Clark Gables moustachus en costume noir, où l'on joue du piano ou de l'orgue Hammond.

Le tungstène ne s'est imposé qu'après de longues recherches qui ont permis de tréfiler ce métal incroyablement tenace, en utilisant je ne sais plus quels traitements peu intuitifs. Les ingénieurs se sont montrés plus tenaces que le métal, finalement.

Les débuts de l'éclairage électrique sont inséparables de ceux des tubes électroniques, avec des marques comme Sylvania, Tungsram (Tungstène), Osram (Osmium), fabriquant aussi bien des tubes que des lampes. A l'époque les tubes étaient encore volumineux, avec des «épaules», une «tête», un culot en bakélite, et parfois un téton pour l'anode. Les tubes miniatures cylindriques de 19mm de diamètre ne se sont répandus que dans les années 1960, descendants des tubes militaires développés pour la guerre, notamment dans les radios portables américaines. J'ai longtemps gardé un «Mémento Tungsram» des années 1930, hérité de mon père, non pas pour le rétro, mais pour le nombre incroyable de formules pratiques qu'il contenait. Ce qui contraste fortement avec les manuels aujourd'hui, souvent limités à des concepts abstraits.

 

Les peintures étaient également en mutation, avec l'apparition de peintures pratiques, belles, durables et de bonne qualité. Les premières étaient de marque Ripolin, d'où l'expression «ripoliner», peindre de couleurs vives, voire criardes, des intérieurs anciennement aux couleurs pastel, ocres ou passées. Par exemple les bars avait souvent leurs murs jaunis de nicotine. Avant les peintures modernes, on trouvait du «blanc Fillion», à base de gélatine, une saleté qui laissait une poudre blanche sur les doigts, au toucher. Beaucoup d’intérieurs étaient peint comme cela, agrémentés de teintures qui donnaient quand même des couleurs pastel assez jolies: orange, vert, violet. On en trouvait encore quand j'étais en Algérie en 1964, et même à Mont de Marsan en 1970. Leur seul avantage était qu'elles étaient «lavables»: un simple coup d'éponge les faisait partir! Mais les peintures nettes modernes sont apparues depuis, durables et vraiment lavables. La mode des couleurs horribles, mélangées de noir ou de gris, n'est apparue qu'avec la vague punk des années 1980. En 1950 ces choses vous auraient envoyé à l'asile.

Bien que jules Verne les détestât (Les 500 Millions de la Begum), les papiers peints étaient un ingrédient indispensable de bien des intérieurs, avec souvent une dominante bleue comme dans le logement dont je parle plus haut à Erloy. Ils étaient surtout bien plus ornementés que ceux que l'on trouve aujourd'hui, mais de façon très stéréotypée: complexes motifs floraux ou scènes champêtres répétitives sur un fond uni clair, en ligne claire colorée avec des à-plat de couleurs pastel à peine cassées, sans dégradés. Si le choix des motifs était culturel, le style était imposé par la méthode d'impression, sans trames, mais avec une dizaine d'encres chacune d'une couleur différente, les claires pour les à-plat, et les foncées pour les traits. S'y ajoutaient divers accessoires comme les bordures, bandes de papier d'environ 4cms de large, ornées de frises ou de grecques. Elles servaient à terminer le haut des tapisseries de manière égale, car on laissait environ 20cms avant le plafond, peint de la même couleur que ce dernier. Surtout c'était du vrai papier, pas de PVC ni de plastiques émetteurs de perturbateurs endocriniens. Par contre ça ne tenait pas l'humidité, mais les gens le savaient et ils n'en mettaient pas dans les lieux humides. J'ai une fois retapissé une chambre de cette façon. C'est du travail, mais ce n'est pas si difficile que ça que d'aligner ces vastes pans de papier en les raccordant correctement.

 

Les toilettes ont longtemps été un problème, et pas plus qu'aujourd'hui les gens n'aimaient leur odeur. Les toilettes en faïence à siphon ne sont apparues qu'au 19eme siècle, et elles ne se sont démocratisées qu'au 20eme. Tous les autres trucs puaient, de la Rome antique au Paris de Hugo, et entrer dans un immeuble collectif nous exposait systématiquement à «l'odeur méphitique des plombs» (Théophile Gautier, «Le Capitaine Fracasse»). Même en 1978 dans un vieil immeuble à Toulouse! On comprend donc que, partout où les lieux le permettaient, les toilettes étaient à l'extérieur, ou au moins dans la cour. D'où la présence quasi obligatoire du cabanon de planches à l'extérieur de chaque maison campagnarde, ou des cabines multiples dans les cours des écoles. En ville, elles étaient dans l'escalier, où elles accueillaient le visiteur de leur fumet, mais au moins on ne les sentait pas dans les appartements. Aujourd'hui ces dispositions sont vues comme arriérées ou barbares, mais à l'époque c'était le summum de l'hygiène. Même Versailles, si décrié car «sans toilettes», aurait pué comme une porcherie si il y en avait eu. Les gens utilisaient simplement des pots de chambre.

Mais sortir la nuit, ou l'hiver, était une épreuve. Comment les gens faisaient-ils alors? Ils utilisaient un «pot de chambre». J'ignore comment étaient ceux de Versailles, probablement en faïence bien décorée, avec des valets pour les vider chaque matin et même plusieurs fois par jour. Mais en 1950 toutes les maisons de campagne avaient encore plusieurs de ces pots cylindriques (à large bord arrondi, pour s'y asseoir confortablement), et tôle émaillée de couleur pastel, souvent ornés de motifs à fleurs ou de personnages stylisés, avec un couvercle de même, et une anse en tige de fer galvanisé avec une poignée en bois. Cet objet n'a disparu qu'avec l'installation de toilettes en faïence reliées au tout à l'égout. Il permettait de faire ses besoins la nuit, ou par mauvais temps, sans s'exposer dehors. Et bien sûr une des premières activités du matin était de le vider et de le rincer, sinon les odeurs devenaient vite insoutenables, comme je l'ai vu au Faitg, où des visiteurs refusaient de vider le leur, au nom de la liberté!!

 

Les tuyaux en polyéthylène et en PVC ne se sont répandus que à partir des années 1970. Les tuyaux de cuivre ne sont utilisés que depuis de 20eme siècle. Pourquoi le cuivre, matériau cher? A cause de la malléabilité: il est facile de couder un tuyau en cuivre. Avant ils étaient en fer, en fonte ou en plomb, toxique. Avant… il n’y en avait pas. Le PVC a également remplacé les gouttières en zinc, et leurs «culottes», raccordement de tuyaux descendants. Ces choses étaient tellement durables que l’on en voit encore beaucoup dans les vieux quartiers.

Mais le matériau roi des écoulements pluviaux et égouts était sans conteste la céramique. Ainsi à Erloy il y avait quantité de tuyaux en brique, que mon grand-père appelait des drains. Ils étaient fournis en longueurs d’environ 50cms, avec un bout plus gros pour le suivant s’y emboîter, et même des coudes et des raccords en T. Il y en avait des petits, quelques centimètres de diamètre, utilisés pour les fontaines et l’eau potable. L’intérieur était verni, pour l’étanchéité. C’était un système mignon et vraiment génial, durable et écolo, facile à fabriquer localement, et devenant partie du sol après usage, au contraire du PVC qui devient une ordure. Je verrais bien aujourd’hui une imprimante 3D à l’argile pour refaire ces trucs, ha ha!

 

Une chose qui conditionnait beaucoup l'ameublement et l'habillement était le froid. A l'époque, les maisons étaient froides, sombres et humides, par manque d'un chauffage vraiment efficace, qui ne s'est imposé que dans les années 1950 et 1960. Les odeurs de vieille maison étaient inévitables. On trouve un exemple bien conservé tel que d'époque, la maison de Buffon près de Montbard.

Toutes les maisons construites avant le 20ème siècle comprenaient des cheminées avec un âtre, pour un feu ouvert. Une caractéristique des maisons du vieux Paris de Haussmann était ces vastes cheminées sur les toits, avec une potiche par appartement. Toutefois, c'est un mode de chauffage peu efficace, consommant énormément de bois, et laissant de nombreux points froids. En effet, il fallait que de l'air extérieur rentre, pour le tirage, produisant automatiquement des points très froids près de la porte ou des fenêtres. Sans parler de la bise hivernale descendant par le conduit! Aussi dans les années 1950 tous les anciens logements urbains avaient bouché les âtres, ne laissant qu'un petit trou pour un tuyau de poêle, et on ne construisait plus d'âtres.

L'histoire de ces poêles est liée à celle du socialisme du 19eme siècle: une des premières marques était Godin (qui existe toujours), qui logeait ses ouvriers dans les phalanstères de Guise (qui existent toujours).

Le poêle a charbon a apporté le premier chauffage vraiment efficace, encore qu'il fallait théoriquement un poêle par pièce. Nous en avions au moins deux à Saint Dizier dans les années 1950, en j'en ai encore vu dans les HLM à la cité Empalot à Toulouse en... 1978! Ils imposaient la présence d'un soupirail, que l'on trouve partout dans les vieilles maisons en ville, ouverture à ras du sol qui servait à déverser le charbon dans la cave. C'était poussiéreux, et il fallait aller chercher le charbon à la cave (il y avait un seau et une pelle à charbon pour ça), sans parler des nombreux accidents avec ces trucs: intoxications au monoxyde de carbone, feux de cheminée, voire carrément explosions de poêles à mazout! Oui, j'ai connu deux maisons entièrement brûlées comme ça, et mon appart de Toulouse n'en a pas été loin.

A Erloy, Pépère et Mémère n'avaient qu'une cuisinière à bois, dans la pièce commune. Elle servait au chauffage, mais aussi à la cuisine. A cette fin, elle avait un vaste dessus plat, avec des orifices bouchés par des rondelles de diamètre variable, s'encastrant les unes dans les autres. On pouvait installer une casserole en enlevant plus ou moins de rondelles, selon son diamètre. Plus un four, et un compartiment pour chauffer des briques pour réchauffer les lits, c'était un meuble assez sophistiqué, émaillé de jaune cassé avec des motifs à fleurs et orné de parties métalliques polies.

 

Et les chambres, alors?

Et bien les chambres n'étaient le plus souvent pas chauffées.

Les gens y palliaient avec d'épais matelas et d'énormes édredons. Ces derniers étaient gonflés de plumes, et il fallait les remuer souvent, pour éviter qu'ils ne se tassent. En effet, il fallait qu'ils soient épais, sinon la plume serait retombée de chaque côté du dormeur, laissant le dessus exposé au froid. Seule la plume d’oie convenait, car elle gonfle, ou mieux la plume d’eider. Pour cette raison également, les lits avaient des bords relevés, pour éviter que l'édredon ne s'affaisse hors du lit. Nous avons même vu une fois en Bretagne des «lits clos», une boîte entourant complètement les dormeurs, un meuble massif de bois brun foncé, avec une sorte de fenêtre ouvragée comme un confessionnal, pour l'aération.

L'édredon permettait déjà d'avoir chaud même dans une chambre glaciale. Mais il y avait encore des inconvénients et des précautions.

En effet, si tout le corps est isolé du froid intense, la seul déperdition de chaleur se fait alors... par la tête. D'où des coutumes comme le bonnet de nuit. Qui n'a plus de sens aujourd'hui dans notre monde moderne bien chauffé. Mais les duvets de camping ont encore la capuche, pour le même motif.

La chemise de nuit, plus les pantoufles ou le tapis, permettaient de sortir du lit la nuit, pour le pot de chambre, sans avoir l'air glacé à même la peau. Je pense que les pyjamas sont une invention plus récente, 1870 d'après wikipédia. Je soupçonne un brin de puritanisme dans l'histoire, car en fait c'est assez inconfortable, la chemise s'entortillant autour de nous en dormant. Mais le fait est qu'avant le chauffage moderne, sortir du lit nu par une nuit glaciale était une épreuve. Seul le chauffage moderne a créé la liberté de dormir nu, comme tout le monde le fait aujourd'hui. Aujourd'hui les couettes sont bien moins exigeantes, et moins encombrantes, tout en permettant de supporter une température un peu fraîche (plus saine pour dormir) sans avoir besoin d'être remuées tous les matins comme les édredons. Et elles sont... végan!

Une fois bien au chaud dans le lit, se lever n'était pas tant un problème, grâce à une légère hyperthermie du corps. Le moment le plus critique était en fait d'entrer dans le lit glacial, le soir. Il y avait des bouillottes, voire des briques, je m'en rappelle à Erloy, la cuisinière avait un compartiment exprès pour chauffer des briques. Il y a eu des accidents avec des briques trop chaudes: asphyxies voire incendies. D'où la préférence pour les bouillottes, dès que des matériaux modernes les ont permises. Aujourd'hui encore, quand le chauffage des HLM suit les caprices de l'administration au lieu des règles de la météo, j'utilise des grandes bouteilles plastiques. Une ou deux suffisent à préparer le lit, voire à le tenir chaud pour la nuit.

Ainsi la chambre froide de l’hiver avait-elle une odeur spéciale: maison humide, lingerie, vieux bois, plume. Les chambres modernes ont bien moins d'odeurs, et totalement différentes.

Mais l'instrument le plus bizarre que j'aie vu reste le «moine», dans les années 1970 dans une vieille maison en Ariège. Cela s'appelait comme ça, parce que ça va dans le lit, mais qu'on ne peut pas faire l'amour avec. Imaginez quatre lattes de bois courbées, comme un traîneau avec deux patins dessus et deux dessous. L'espace entre les deux reçoit alors un petit brasero métallique clos! Cette chose étrange, fruit du génie pratique de nos ancêtres, s'enfonce dans le lit, et, à l'aide d'un mouvement de va et vient, peut le chauffer en entier. Vous ne me croirez probablement pas qu'un tel truc ait pu exister, mais en voici une photo. Encore que cette photo montre une bassine d'eau chaude au lieu d'un brasero. Peu réaliste, car la dite bassine se renverserait immédiatement si on tentait de bouger la chose dans un lit. Notez au contraire la tôle de fer sur le haut, protégeant les draps du haut des flammes et de la chaleur.

Wikipédia montre un autre ustensile sur le même principe: la «bassinoire», un petit brasero monté au bout d'un long manche (Mon souvenir montre plutôt un récipient d'eau chaude à la place du brasero, avec un tout petit couvercle pour que l'eau n'en sorte pas). D'où l'expression «bassiner le lit», pour le chauffer en entier en le balayant avec cet objet. Puis «nous bassiner» avec un truc ennuyeux, allusion au mouvement répétitif. Aujourd'hui, moines et bassinoires ont été remplacés par des bouillottes, permises par des matériaux plus modernes, caoutchouc, puis plastique. Personnellement, j'utilise une bouteille d'eau minérale remplie d'eau chaude du robinet. Simple, facile à fabriquer comme à utiliser.

 

Parce que, bon, il y a une chose qui n’a pas changée: le chauffage coûte cher. En particulier, dans les années 2000, même dans les pays riches peu de chômeurs ou de retraités peuvent chauffer leur logement à des températures vraiment confortables.

 

Tout cela faisait pas mal de rituels et de préparatifs pour aller manger et dormir, d'où une organisation assez rigide de la vie familiale: tout le monde devait manger et aller se coucher au même moment. Et le rôle irremplaçable de la soirée autour du feu, le seul endroit agréable dans une maison obscure et glaciale. Comme les soirées d’hiver sont longues, on y apportait tricot, bricolage, contes, etc.

Aujourd'hui c'est différent, évidemment, chacun au chaud dans sa chambre ou devant son écran, allant chercher une tofinelle au frigo, épluchant une boîte de conserve ou réchauffant une pizza d'un coup de micro-ondes. Et se parlant seulement par virtuel interposé... J'imagine un frère et une soeur qui se détestent, mais qui, sans le savoir, vivent une idylle entre leurs personnages virtuels, hi hi hi hi!

Une autre conséquence du manque de chauffage était sur la santé. Vivre et dormir dans des maisons froides et humides favorisait divers maux chez nos ancêtres: rhumatismes, lumbagos, etc. De la viennent ces étranges prédictions sur les «douleurs» qui accompagnent encore certains bulletins météo. Par contre je ne suis jamais arrivé à avoir ces «allergies» dont ils nous menacent aussi. En effet, si j'aime les fleurs, elles ne vont pas me faire de mal! De fait je n’ai jamais eu de problème avec le pollen.

 

 

Le monde gris des années 50

(Permalien) Écrit en Novembre 2016.

Le monde des années 1950 était un monde froid, gris et triste. Pas ouvertement triste, comme si par exemple on avait perdu un être aimé: subtilement triste de quelque chose qu'on aura jamais, mais sans savoir quoi. C'est bien ce que je ressentais à l'époque, de quelque chose d'essentiel qui manquait à notre bonheur, sans avoir seulement idée de quoi.

 

Dans les années 50, il n'y avait pas d'ordinateurs, pas d'internet, pas de mondes virtuels. Et partant, pas d'Elfes, pas de mondes merveilleux (Il y avait bien les films de Disney, mais ils affirmaient clairement être des «rêves», ne débouchant sur aucun projet, ni même aucun espoir). Pas de musique du peuple, pas de Nouvel Age, pas de Hippies. Pas d'extraterrestres, pas de planètes (les seules que l'on connaissait n'étaient que des points dans les télescopes), même pas d'ovnis (pas encore en France). Pas de quasars, pas de pulsars, pas de trous noirs (On réalisait tout juste l'existence des galaxies, du Big Bang et de la Relativité). Pas non plus d'écologie, ni de communautés dans des vallons fleuris. Pas de Lamas, pas de gourous mystérieux, même pas de musiques du monde.

Bien sûr nous n'avions même pas idée de toutes ces choses, aussi nous ne pouvions pas les désirer consciemment. Mais nous ressentions en fait la même chose que si nous en étions privés après les avoir connues! Imaginez un monde où garçons et filles seraient séparés à la naissance, et ne se rencontreraient jamais par la suite, ignorant même l'existence les uns des autres. Bien sûr ils n'auraient pas de causes visibles de tristesse, et ils pourraient vaquer heureux à leurs occupations. Mais ils seraient tout de même tristes de quelque chose de manquant, sans savoir quoi, ni même pouvoir l'imaginer. Ajoutez-y des rues grises, des gens tous vêtus de gris et aux mines renfrognées, des «éducateurs» arrogants et mauvais, la radio qui passe de la musique cafardeuse toute la journée: c'était ça les années 1950. Et encore, c'était une période optimiste, de reconstruction, de nouveauté: je n'ose pas imaginer les années 1940. Peut-être y était-on moins malheureux, de au moins savoir pourquoi on l'était.

 

Je me souviens d'un rêve qui m'avait marqué à l'époque: j'avais perdu ma famille, et je marchais seul dans une rue, dans un crépuscule sombre, en pantoufles, sous la pluie, marchant sur du crottin de cheval aplati (on en voyait encore à l'époque, mais les voitures roulaient dessus, le réduisant à une simple moquette de paille sale), sans nulle part ou aller ni personne pour s'occuper de moi. Bien sûr j'étais triste, mais c'était plus fondamental que de simplement perdre ma famille: il n'y avait pas de rechange. Dans un monde normal, si un enfant perd ses parents, on lui offre rapidement un autre foyer. Dans le monde des années 50, la famille était le seul endroit heureux, et si on la perdait on était condamné. Si vous ne me croyez pas, regardez le film «jeux interdits», la façon horrible dont étaient traités les orphelins. Bon, ce film se passait sous pétain. Mais en 1950, cette ambiance noire n'était pas encore vraiment dissipée, et on voyait encore les terribles tabliers Vichy bleus ou roses... et tout ce qui allait avec. J’ai même encore rencontré des victimes des orphelinats… en 1976! On y incarcérait donc encore des enfants en 1960. Certains se rassureront en pensant que ces orphelinats ne sont pas des «camps de la mort». Mais ils sont toujours des «camps de décervelage», où les enfants sont laissés délibérément sans amour ni éducation, dans le but d'en faire des idiots et des inadaptés. Juste pour tous ces pseudo-démocrates et pseudo-humanistes se donner bonne conscience en évitant la douleur physique...

 

Par contraste, je me souviens avoir été fasciné par des nuanciers de laines (les livres de couture de ma mère), ou par les magasins de peinture, tous deux offrant de magnifiques arc-en-ciels de toutes les couleurs possibles. Même les couleurs atténuées de certaines laines devenaient vivantes, alignées en harmonies colorées ou en contrastes. Ainsi je ressentais intensément leurs vibrations, et passait du temps à en jouir. Mais c'était une chose dont il était totalement impossible de parler avec qui que ce soit.

 

Le monde des années 50 était aussi un cauchemar d’écologistes. Il était courant de voir par exemple des fumées d’usine: depuis notre logement à Saint Dizier on voyait quotidiennement plusieurs fumées noires épaisses, sortant de petites usines. C’était considéré comme «normal», alors qu’aujourd’hui ce serait un scandale.

Idem pour les trains à vapeur, qui, selon les saisons, produisaient d’abondantes vapeurs blanches, ou des fumées noires. J’en ai revu un à Lavaur dans les années 2000, qui a inondé la ville d’un panache noir qu’on imagine très salissant. Et c'était effectivement très salissant!!

De même ces années étaient le siège d’étranges croyances: que les fumées se «dissipaient», c’est à dire cessaient d’exister. Idem pour un objet enterré ou jeté à l’eau: il était «disparu», ou «perdu», cessant d’exister. Ce qui était bien commode pour se débarrasser de tout poison chimique ou déchet nucléaire...

Je me souviens aussi de mon père m’expliquant le fonctionnement d’une mine. Quand je lui demandais ce qui se passe quand il n’y a plus de charbon, il me répondit «il y en a toujours». Etant enfant, cela m’avait intrigué. J’avais beau penser qu’il y avait des choses que je ne comprenais pas encore, l’affaire me paraissait illogique. Bon, depuis, j'ai vu la plupart des mines de charbon et d’uranium épuisées et fermées. Je peux donc affirmer que ce genre de raisonnement tient de l’auto-aveuglement, voire de la psychiatrie. Mais dans les années 50, il était considéré comme «normal», et c'est d'affirmer que les mines s’épuiseraient un jour qui nous aurait fait enfermer. Ce n'était pas qu'un système de bizutage: jusque dans les années 1970 et 1980, toutes les projections économiques ont été basées sur un charbon inépuisable. Puis quand ce jouet s'est cassé, il a été remplacé par le nucléaire inépuisable, le pétrole inépuisable, etc. Le comble aujourd'hui est que quand on propose des énergies écologiques vraiment inépuisables, les mêmes disent qu'elles n'existent pas! Cette attitude indique donc bien que ces gens connaissent la réalité, mais qu'ils en prennent le contre-pied pour se singulariser. Et quand tout le monde se singularise ensemble de la même façon, c'est comme ça qu'apparaissent les... normes sociales.

 

Si vous voulez vous rendre compte de ce qu'étaient les années 1950, songez à tout ce qui était interdit: l'athéisme, toutes les religions sauf le Catholicisme, les guitares, les cheveux longs (Vous pourriez penser que ce préjugé a été inventé contre les Hippies. Mais il existant avant, s'appliquant aussi aux femmes!!), ne pas porter de chapeau, l'homosexualité, la contraception (Oui, c’était même interdit par la loi!!), la science, la politique, le divorce, les vêtements de couleur, être victime d'un pédophile, etc. D'autres choses n'existaient carrément pas: l'écologie, les vibrations, la spiritualité, le bio, les ovnis, les elfes, la Relativité, les ordinateurs, Internet, les mondes virtuels, les pulsars, les trous noirs, les exoplanètes, SETI, etc. On est donc vraiment très près de la comparaison ci-dessus, de garçons et filles séparés dès la naissance. Et ressentant douloureusement l'absence, sans avoir le droit d'en parler.

 

Une caractéristique plus subtile de cette époque, est que les choses étaient présentées comme statiques, éternelles. Ainsi les histoires de Père Noël n'existaient que depuis quelques années, comme emprunt culturel aux Américains, ou imposées par le gouvernement en 1946 pour «laïciser» la fête de Jésus. Mais on en parlait comme si ça avait toujours été comme ça!! Je ne me souviens à aucun moment avoir entendu que c'était une nouveauté. La même manipulation psychologique s'est reproduite depuis avec Halloween, mais cette fois avec des débats et des oppositions à cette «fête» qui normalise l'horreur et les visions du mal.

Aujourd'hui, c'est le contraire: une mode chasse l'autre. C'est finalement un moyen plus efficace que la censure, pour neutraliser les vraies nouveautés, en les présentant comme des modes, puis en introduisant des fausses modes opposées. Cela avait été le cas de la mode punk, qu'on nous avait présentée comme le nouvel idéal de la jeunesse, alors qu'elle est toujours restée très minoritaire. Mais cela a efficacement censuré le Nouvel Age, la véritable musique populaire à l'époque.

 

 

Mes premières expériences de la beauté

(Permalien) Écrit en Février 2025

Les années 1950 et la beauté étaient en quelque sorte antithétiques. Il n’y a qu’à voir les centre-ville gris et lugubres datant de cette époque. En fait, les gens parlaient bien de beauté, mais les «goûts» reflétaient l’époque: gris, mutés, froids…

Il y avait toutefois déjà de belles choses. Je me souviens par exemple que la salle d’attente du docteur Thomas à Nancy avait des sortes de vitraux aux fenêtres. Pas de grandes pièces d’art, mais la lumière à travers le verre coloré faisait de très jolis effets, une vibration rafraîchissante et régénératrice. Ce fut une des rares expériences esthétiques de l’époque, et elle semblait si étrangère à ce monde que je n’y prêtait pas tant d’attention à l’époque. Toutefois le souvenir est resté, attestant de son importance, alors que je ne garde aucun souvenir de milliers de choses dites artistiques à l’époque.

 

La beauté, en particulier des couleurs pures et des corps bien formés, est pourtant un des ingrédients de base d’une vie meilleure et de la spiritualité. Ce n’est pas pour rien que les Tantras nous parlent de corps merveilleux, voire de choses comme le «corps d’arc-en-ciel».

 

 

Les musiques des années 50 et 60

(Permalien) Écrit en Novembre 2016.

 

On peut dire que les musiques que l'on entend à une époque donnée définissent l'ambiance de cette et époque. Voire l'ambiance que cette époque impose. D'où ce sous-chapitre, qui reviendra en gros pour chaque chapitre.

 

Avant 1956, nous n'avions pas de radio, et les seules musiques que nous entendions étaient les défilés militaires, ou parfois les fêtes. La musique était donc une rareté, qui nous arrivait dessus sans aucun contrôle. Autant dire que nous vivions encore dans un monde sans vibration, tel que l'ont connu les paysans du Moyen Age.

Entre 1956 et 1964, nous n'avions guère le choix: la radio était notre seule source de culture comme d'information. Et, sans surprise, les différentes stations étaient déjà toutes pareilles, avec déjà toutes le même speaker (La même voix. Et c'est toujours comme ça en 2017... Jusqu'où pousse t-on le conformisme social?). Bon, s'y ajoutaient les fêtes, tandis que les supermarchés, qui apparaissaient tout juste, mettaient déjà en place leurs instruments de formatage idéologique, dont leurs musiques si spéciales.

Bon, en gros on entendait:

-Les marchandes de poisson. J'appelle ainsi des chanteuses à la voix gouailleuse et vulgaire, qui étaient parait-il la musique «populaire» des années 1930. (Il n'y avait là rien de réellement populaire: c'étaient des normes sociales imposées, sans aucun choix). On en entendait encore dans les années 50. Le meilleur dans ce style que je me rappelle est l'inoubliable «Petit papa Noël» de Tino Rossi, ou bien Edith Piaf, «Mylord», deux chanteurs qui ont eu leur succès pendant la guerre, voire avant. Mais ils sont restés les seuls modèles jusqu’au début des années 1960!

-L'accordéon. Je n'ai rien spécifiquement contre cet instrument, mais quand pendant un siècle c'est le SEUL instrument autorisé pour danser, on devient très vite allergique. S'y associent en plus tous les stéréotypes crades de l'époque, bérets crapaud, oncles idiots et réactionnaires, guinches vulgaires, vêtements dont le moindre pli est imposé sous peine de punition, etc. Et à la radio: beudeut beudeut beudeut, beudeut beudeut beudeut pendant toute la journée. Même encore aujourd'hui en 2019, dès qu'une fête se veut campagnarde ou «pour les vieux», on nous impose encore l'accordéon. Les accordéons seraient-ils des machines à voyager dans le temps? J'en doute. Mais je vois bien la charge d'idéologie passéiste et réac attachée à ce malheureux instrument.

-Les violons tristes. Là aussi je n'ai rien contre ce fantastique instrument, et je m'agenouille humblement devant quiconque sait en jouer. Mais à l'époque, le violon ne servait qu'à exprimer la tristesse. Du violon triste, si il fallait résumer l'ambiance des années 50 en trois mots, ce seraient ceux là. Leurs musiques exprimaient parfaitement la tristesse insidieuse et omniprésente d'un monde moche, gris, sans but, sans idéal, sans autre joie que la saoulerie. Mais pour moi qui découvrait l'existence de la mort, s'y ajoutait une cause bien définie: à chaque fois que la radio passait ses violons tristes, c'est à la mort que cela me faisait penser, à la tristesse de ne plus jamais être conscient, et à l'horreur de ce qu'elle fait de notre corps. Comment oublier? J'y pensais souvent, mais on n'avait pas le droit d'en parler. A quoi bon, de toutes façons, personne ne cherchait à nous consoler, on nous disait que c'était «normal», comme si ces gens détestaient tant la vie qu'ils étaient heureux de disparaître un jour. Le monde des années 50 était une rue triste, sans but, entourée de maisons grises de tontons réactionnaires, avec au bout, à une distance imprécise, le cimetière. Lieu qui avait une place centrale au village à l'époque, alors qu'aujourd'hui on cherche plutôt à l'oublier.

- Les pouapouaks. Bon, traduisons tout de suite: le jazz américain. Suite à la Libération, il y avait une admiration naïve de tout ce qui venait des Etats Unis. Malheureusement le jazz de l'époque n'est pas ce qu'ils ont produit de mieux: dissonances, sons affreux, voix cancoigneuses, etc. Ce qui m'avais le plus choqué à l'époque a été la trompette bouchée: ce son lamentable éveillait dans mon esprit d’enfant l'image d'un espèce de Gollum avec de grosses oreilles rondes pleines de poils verts. Ça vous fais rire, mais imaginez un gamin de huit ans pour qui ce genre de trucs est la norme sociale, sans moyen d'y échapper ni de trouver mieux. Bon, rassurez-vous, c'était quand même bien moins laid que le rap. Précisons: le fait que ces chanteurs aient été noirs ne justifie pas qu'ils aient tous eu des voix affreuses. On a eu depuis de nombreux chanteurs noirs qui avaient des voix fantastiques, par exemple l'inévitable Bob Marley, ou le très africain Oryema et son inoubliable «Land of Anaka». A l’époque, Count Basie avait déjà une voix douce et agréable. On comprend même les paroles! Mais à l'époque, semble t-il les voix étaient sélectionnées pour donner une idée négative des noirs. Bon, pour Louis Armstrong, je comprend, et aujourd'hui j'adore son «wonderful world», probablement le mieux que l'on ait fait dans le style, et un de mes meilleurs souvenirs rétrospectifs, aussi très représentatif de ce que l'on entendait à l'époque dans les fêtes ou dans les événements officiels. Aujourd'hui il me rappelle encore l'odeur des bûches de noël... mais reçu sans explication à huit ans, il avait une voix effrayante de croquemitaine!

-Les musiques de slip. Dans mon for intérieur, j'appelais ainsi les musiques de supermarché, qui apparaissaient à l'époque. Le souvenir associé est celui d'ennuyeuses séances d'achat de vêtements, où il fallait se mettre en slip (dans les cabines) et se faire enguirlander parce que les vêtements n'allaient pas. Malgré un net glissement vers des voix cancouagneuses et dissonantes, les musiques de supermarché n'ont guère évolué depuis l'époque: pas de vibration, pas de sentiments autre qu'une purée collante, entre béatitude factice et tristesse insidieuse. Plus un décalage flagrant entre la beauté affichée des produits, et ce que l'on fait vraiment avec, les slips par exemple. Aujourd’hui je pense que le but de ces musiques inutiles est de produire une sorte d’anesthésie sentimentale, en saturant notre système avec des stimulations contradictoires, ce qui rend indolore d’avoir à payer pour acheter. (Un jour dans un supermarché j'ai répondu à une enquête de satisfaction, pour voir: il n'y avait aucune question sur les musiques. Abordant le sujet, on m'a répondu que les musiques étaient décidées par une régie nationale, et que les magasins n'avaient pas voix au chapitre. Ce qui tend à confirmer que ces musiques font partie d'un plan de manipulation psychologique).

 

Une différence fondamentale est que, à l'époque, on n'avait aucun choix des musiques à écouter: la radio les choisissait pour nous, et même les suffisamment fortunés pour acheter des disques n'avaient qu'un choix très restreint dans les magasins, dans les mêmes styles. Alors que aujourd'hui, simplement aller sur Internet permet d'écouter à peu près n'importe quelle musique dans le monde, et même dans le temps. Ainsi on peut découvrir musiques et films d'Afrique, de Chine, des Elfes, de l'espace (space ambient), et même explorer... les années 50, lol, que je n'ai jamais aussi bien connues que maintenant.

 

Surtout, les synthétiseurs électroniques ont depuis introduit une rupture fantastique: leurs sons dématérialisés permettent de rendre les vibrations cosmiques les plus élevées. Alors qu'avec les instruments classiques, comme le violon ou l'orchestre symphonique, on entend du métal, du bois et du vent, tous matériaux de la nature. C'est pourquoi ils sont imbattables pour rendre les vibrations de la nature (Debussy, Prélude à l'après-midi d'un faune), qu'elle soit immédiate (musique folk) ou magique (musique elfique). Au début des années 60, les sons synthétiques (encore très primaires) étaient utilisés pour la science fiction ou l'horreur, où ils donnaient une sensation d'étrangeté. Ce n’est que dans les années 1970 que les artistes ont vraiment commencé à explorer leur potentiel élévateur de conscience.

 

Vers 1960 ont commencé toutefois à apparaître quelques nouveautés. Tandis que les années 1950 concluaient en beauté avec des choses comme «Take five» du Dave Brubeck quartet, la radio commençait à passer des choses plus diverses, et surtout en couleurs, comme les futures «vedettes du showbiz» des années 1970. Parmi les meilleurs souvenirs de ces années de transition, on trouve l'émouvant «Chariots» de Petula Clark (une ode aux migrants, que l'on ferait bien de ressortir aujourd'hui. J’aime à penser que les paroles prévues par l’auteur étaient «La Terre n’aura plus de frontières») ou bien «Pata pata» de Miriam Makeba, ou encore «The Girl from Ipanema» version Gilberto et Stan Getz (La version Franck Sinatra est en noir et blanc larmoyant style 1950, puisqu'il chantait toujours comme ça). Ce style a progressivement changé, vers la «musique pop», comme le générique de l'émission «salut les copains» (rythme au saxophone). La principale rupture en fait était de présenter des artistes jeunes, au lieu des momies empaillées des chanteurs d'avant guerre. S'y sont ajoutés de nouveaux instruments, comme le saxophone et la guitare, qui à l'époque a fait un «scandale». Si vous comprenez comment un instrument de musique peut être «scandaleux», alors vous comprendrez l'essence des années 50.

 

(Bon, ces imbécilités peuvent aller très loin: Cromwell avait interdit les harpes, sous peine de mort! J’imagine aujourd’hui ce crétin pourrissant vivant dans son enfer de purin et de sanie, tout en entendant les harpes du paradis, et regrettant amèrement tout le bonheur qu’il avait détruit.)

 

Enfin il faut savoir que ma mère a toujours aimé l'Afrique. Bien entendu nous n'avions à l'époque qu'une vision caricaturale de l'Afrique et des Noirs, genre «y'a bon Banania». Mais ma mère avait achetée une petite statue de plâtre qu'elle aimait beaucoup, que nous appelions «la négresse» (un mot sans connotations racistes pour nous à cette époque). Elle représentait une femme Africaine en pagne, assise, arrangeant une sorte de turban, peinte en noir luisant complet, avec seulement le pagne et le turban jaune vif. Pendant longtemps j'imaginais l'Afrique Noire de cette façon, un monde de bambous mystérieux et de vêtements de couleurs vives avec des motifs de feuilles noires, accompagné par des musiques comme take five ou Pata Pata. La connaissant mieux aujourd'hui, je pense que je n'étais pas si loin de l'âme Africaine.

 

 

Les musiques d'avant les années 50: le classique, le Romantisme

Écrit en Decembre 2020

On a vu au sous-chapitre précédent que, dans les années 1950, la musique «populaire» (comprenez: norme sociale imposée par les médias) était souvent vulgaire et laide. Et apparemment, plus on allait vers les années 1940, voire 1930, plus c'était pire. Avant, il n'y avait pas d'enregistrements.

Quant au classique, la «grande musique» comme on disait à l'époque, le peu que l'on nous laissait entendre était une bouillie grise, toujours rébarbative, souvent triste. Assister à un concert était un haut moment de sélection sociale masochiste, à supporter deux heures d'ennui massif tout en respectant des normes tatillonnes sur notre position, nos vêtements, nos cheveux, etc. (Heureusement aujourd’hui le concert classique est plus relax, et surtout plus varié, avec de nombreux petits auteurs méconnus du début du 20eme siècle)

Pourtant, tout au long de ma vie, je n'ai cessé de découvrir des merveilles dans le classique, qu'on nous tenait donc cachées, ou que l'on maltraitait pour en retirer la vibration. On trouve même des musiques en couleur, quoique atténuées vers le brun, comme dans les tableaux classiques (avant l’impressionnisme).

En fait, le classique était à son époque la pointe de l’évolution de l’art, tout comme le Nouvel Age l’a été dans les années 1980. Toutefois, à la différence de ce dernier, le classique était autorisé à la cour des grands, alors que le Nouvel Age a été sauvagement scotomisé dans un ghetto de copieurs de cassettes.

En fait, le classique n’est pas du tout un ensemble homogène: Il y a des périodes, et des pays. Je ne vais pas en faire l'historique complet, ni une présentation exhaustive, mais en gros la Seconde Guerre Mondiale a mis fin à une de ses périodes les plus belles, fécondes et créatives: le Romantisme. Période qui elle-même a déroulé une évolution complexe sur plus d’un siècle. Et aujourd’hui on crée toujours du classique d’excellente facture, même si cette fois les médias le censurent. Bon, ils ne pouvaient pas censurer la musique du Seigneur des Anneaux, lol! Je pense pourtant que Wagner lui-même ne renierait pas cette musique, qui lui doit beaucoup de toutes façons.

L'exemple le plus typique est le Prélude à l'Après-midi d'un faune, de Claude Debussy, composé entre 1892 et 1894. Soit seulement 60 ans avant ma naissance, juste la génération d'avant. Dès les premières notes de la flûte, on entre dans un monde magique de nature inviolée... l'arrivée de la harpe ajoute les rayons de soleil dorés sous les bois, et les violons le ciel, confirmant cette intense vibration, souvent rendue sur les illustrations par des images impressionnistes de nature colorée.

Il en existe de nombreux autres exemples, du Groupe des Cinq russe à Wagner, et bien d'autres des années 1900-1940, restés sous les boisseaux de la censure. Un des derniers de cette époque a été Khachaturian, qui a écrit Gayaneh en 1942. Ainsi même en pleine guerre, les soviétiques comprenaient le rôle primordial de la musique dans l’unité et l’esprit d’un pays. De Gayaneh vient la bien connue Danse des Sabres, que l’on entendait souvent dans les années 1950. Mais cette oeuvre, et sans doute ses autres, contient de nombreux autres passages vibrant intensément. Pour le peu que j'en ai entendu, il existerait de nombreuses oeuvres des années 1900-1940 qui mériteraient d'être mieux connues. Ce style est à l'origine des musiques de nombreux films des années 1950 à 1960, entres autres le style «péplum» (films se plaçant dans l'Antiquité, genre Ben Hur ou Les Dix Commandements). Même les débuts de la science fiction ont été affectés, comme 2001 Odyssée de l'Espace, qui utilise des musiques de cette époque.

Ainsi les véritables artistes se fichent-ils pas mal des périodes et des conventions, utilisant les instruments et les styles qui leur chantent. Le Classique n’a donc pas disparu, et on en crée encore d’excellente facture aujourd'hui. Par exemple j'écoute souvent la version classique de Jean Michel Jarre, Equinoxe 4, aussi évocatrice que la version originale au synthé. Mais les présentations académiques du classique commencent toujours par le plus rébarbatif, lol

 

Mon goût pour la musique a été allumé par les cours de musique au lycée, et mes premiers disques ont été Bach, la Symphonie Fantastique, Une nuit sur le mont Chauve, le Groupe des Cinq, etc. Toutefois peu après je découvrais des choses comme Pink Floyd, beaucoup plus coloré, et je cessais d'acheter du classique. Mais écouter toujours le même style devient vite fastidieux, aussi, aujourd'hui quand je met Youtube en musique de fond, il m'arrive d'explorer les patrimoines de notre passé, y compris le Romantisme.

 

Une chose que beaucoup de gens ne comprennent pas, sont les couinements rébarbatifs des chanteuses d'opéra. La raison invoquée est que ces gens doivent chanter très fort, crier, quoi. Toutefois il semble qu'il y ait une sélection des voix sans timbre, ce qui retire toute vibration. L'introduction des microphones a permis de retrouver les timbres naturels, mais il reste encore la «répression vibratoire» des belles voix aux timbres chaleureux. Cela fait donc deux problèmes à résoudre pour les opéras chantés sur scène, sans micros.

Bon, les gens y arrivent très bien, à partir du moment où ils ne font pas «de l'opéra». Pensons à l’intense présence de Tarja Turunen dans le groupe «Nightwish», ou à la fantastique voix elfique dans «Sol» de «Static Movement». Une comédie musicale genre «Hair», bien que techniquement un opéra, montre des voix chaleureuse et bien affirmées, servant un idéal social positif. Et apparemment sans micros, si l’on en croit le film d’époque. On imagine que des troupes de théâtre itinérantes du genre de celles de Molières avaient aussi des voix chaleureuses, jouant dans des petites salles au contact immédiat du public. C’est cette tradition sociale et politique que «Hair» a continué, et il est dommage qu’on n’en entende pas d’autres aujourd’hui.

 

 

Le rejet de la société

Écrit avant 2020 (date exacte perdue, plus probablement 2018)

Je ne suis pas «spécial», et j'imagine que chez la plupart des enfants, comme chez moi, toutes ces laideurs et ces brimades finissent par construire une défiance des adultes. Diffuse, car avant l'adolescence on est si dépendant que l'on n'ose pas envisager ouvertement le conflit, qui reste en arrière-plan, comme un ressentiment, que ce soit contre les auteurs de brimades gratuites, ou contre les «éducateurs» qui tentent par chantage ou par peur de nous pousser dans telle ou telle direction idéologique. Ce n'est pas un soupçon gratuit: beaucoup des adultes que j'ai connus m'auraient allègrement fait chanter «Maréchal nous voilà», seulement quelques années plus tôt.

Une notion toutefois qui nous échappe totalement est que ces sociopathies ne sont le fait que d'une minorité de malades. Mais le silence de la majorité, en particulier face aux brimades, normalise ces choses, et leur donne une dimension universelle, que les enfants ressentnt alors comme la «norme sociale»!

C'est ce manque de confiance en les adultes qui produit la révolte contre la société, si fréquente chez les adolescents et les jeunes adultes. Il n'y a donc là nulle fatalité, ni de «maladie de l'adolescence» ni de «jeunesse contestataire» ni «d'incompréhension entre les générations». Ces théories ne sont que des mensonges hypocrites, des inventions destinées à cacher la révolte des âmes encore jeunes, avant qu'elles ne soient totalement éteintes par la soumission à une société anormale. Une illustration frappante de ce propos est le tableau «haleurs de la Volga» de Ilya Repine, qui dépeint la résignation des vieux à la souffrance et à la laideur. Et au milieu, la révolte du seul jeune, quand il voit comment il va devenir. J'étais ce jeune!!

Mais même sans révolte, il n'en reste pas moins que la société est perçue comme supérieure à l'individu, une force qu'il vaut donc mieux ne pas défier. Et si d'aventure une personne dans un tel état d'esprit constate un fait qui contredit l'idéologie dominante, alors elle pensera que c'est elle qui se trompe, ou que ce fait est un mensonge!

 

Dans mon cas, lors de mes débuts d’adulte, cette révolte a suivi mon orientation spirituelle bienveillante, mais athée, vers l'extrême gauche et l'anarchisme, jusqu'à ce que je réalise que ces gens sont en fait aussi mauvais que l'extrême droite qu'ils prétendent combattre. Ainsi on peut imaginer que ce ressentiment diffus contre la société va pousser les gens dans diverses directions négatives, selon leurs affinités: contestation, délinquance, gauchisme, fachisme, drogue, extrémisme religieux, nihilisme...

 

En particulier les jeunes Arabes ou Noirs sont plus durement touchés par la démission des adultes autour d'eux. En effet, au Moyen Orient ou en Afrique, toute la société participe à l'éducation des enfants, alors qu'en Europe ou en Amérique toute ingérence de ce type est mal vue, et peut même mener à un procès. Les jeunes Arabes vont donc devoir chercher les limites beaucoup trop loin, face à des adultes démissionnaires qui esquivent leurs responsabilités. Ce simple fait suffit à expliquer les taux de délinquance plus élevés parmi les enfants d'immigrés. Mais ce n'est pas une conséquence de leur race: si on les inversait, ce seraient les blancs qui deviendraient délinquants. Des recherches scientifiques ont même été faites, et elles confirment ce scénario.

 

Bien entendu les organisations extrémistes ou terroristes recrutent facilement dans ces conditions. Mais elles ne sont pas la cause primaire, seulement une infection opportuniste qui se développe sur un terrain déjà profondément malade.

 

Ce ressentiment diffus envers la société ne se traduit pas forcément par l'adhésion à tel ou tel courant qui prétend la réformer. Cela peut mener à une révolte plus subtile: le refus des règles de la morale, ou le manque de confiance envers les élites («tous pourris»), menant à des attitudes comme le capitalisme outrancier, le cynisme et les magouilles, le chacun pour soi, le populisme, le conspirationnisme, etc.

 

 

Le Vert-Bois, «cité sensible»

(Permalien) Écrit en Septembre 2016.

Aujourd'hui 2016 le Vert-bois militaire de Saint Dizier est connu comme une «cité sensible», expression hautement euphémistique pour désigner une ZADA (Zone A Délinquance Autorisée), une zone de non-droit, abandonnée par les pouvoirs publics, régie par des bandes fascistes, racistes et sexistes, qui peuvent impunément brûler les voitures, gribouiller les murs, trafiquer de la drogue, commettre des agressions, «tenir les murs» (rester de longues heures oisivement adossés dans les entrées, au point de laisser chacun son auréole de crasse, si si je l'ai vu) et depuis peu fournir des membres à des groupes de barjots exotiques comme le DAESH.

Pourtant, quand nous vivions au Vert-bois (jusqu'en 1964, donc), c'était un quartier tranquille, où nos parents nous laissaient nous promener, parfois loin (en vélo) sans surveillance ni avertissements particuliers. Je n'ai aucun souvenir de lieux à ne pas fréquenter, ni de groupes ou bandes qui auraient fait leur loi à la place de la police. Drogue, viol, racket, trafics, étaient des choses dont nous n'avions même pas idée. Sans parler des tags et des feux de voiture, qui n'existaient tout simplement pas. Et même la police, on ne l'y voyait jamais: il n'y avait tout simplement pas besoin d'eux, dans un monde d'adultes responsables.

«Pourtant», en 1964 il y avait déjà au Vert-Bois des immigrés, d'Indochine, de Madagascar, et même un arrivage massif de harkis d’Algérie, évacués en 1962. Ma mère m'a souvent parlé d'une de ses amies Algérienne, qui, je me souviens très bien, lui a appris à faire le couscous, en 1963-64, donc (C'est ainsi qu'elle a hérité du don «seules les Arabes font bien le coucous»!). Ma mère m'a aussi dit que je m'étais fait une copine appelée Leila, et que j'aimais bien ce nom original. Mais je ne me souviens pas de cette Leila. Ces présences ne posaient absolument aucune sorte de problème, ni même n'éveillaient la notion que ces gens seraient «différents». Tout au plus nous regardions «les chinois» avec curiosité, de par leur exotisme supposé. Mais personne n'avait idée de traiter ces gens différemment. En effet, pour qu'il y ait du racisme, il ne suffit pas qu'il y ait des races: il faut des racistes. Par contre si il y a des racistes mais pas de races, alors il y a quand même du racisme, contre les blonds, les gauchers, les parisiens, les Belges, les porteurs de lunettes, les femmes au volant, les longs nez, ou n'importe quoi.

Une «certaine» analyse associe les problèmes des cités aux «immigrés», autre expression hypocritement euphémistique pour désigner les Arabes. Dans le cas du Vert-bois, les Arabes donc (désolé, mais ayant la conscience tranquille sur le racisme, je n'ai pas besoin d'euphémismes pour m'acheter la dite bonne conscience avec un langage contourné spécial) ont constitué un des plus important regroupements en France dès 1966 (surtout des harkis évacués d'Algérie). Mais le Vert-bois n'a commencé à devenir une «cité sensible» que vingt ans plus tard, dans les années 1980, c'est à dire avec les mouvements réactionnaires crado-punks. Des raisonnements similaires semblent valables pour la plupart des «cités sensibles» en France: les bandes fachistes ne sont apparues qu'après 1980, suite au crado-punkisme et au rejet des idéaux positifs des années 1960 et 1970. Personnellement je n'ai commencé à voir les pelades hideuses (tempes rasées) et les vibrations délétères des bandes de trafiquants de drogue que vers 1985. Il est donc clair que c’est relié à l’idéologie, pas à la race.

Que les bandes fachistes recrutent en partie des jeunes Arabes ne résulte donc pas de la race, mais de l'habituel effet de ghetto, chez des immigrés culturellement et économiquement défavorisée, et en plus privée de leurs repères éducatifs traditionnels: dans n'importe quel pays du Moyen Orient, les agissements des bandes les enverraient directement en prison, et beaucoup de gens qui sont allés en des endroits comme Téhéran ou Ryad en parlent comme des lieux où l'on est en sécurité dans la rue. A Béchar en Algérie, nos parents nous laissaient sortir, et je ne me suis jamais senti en danger, malgré le ressentiment que l'on attendrait de la guerre toute récente. Idem à Katmandou, je ne me sentait pas en danger, sauf les bandes maoistes d'extrême-droite qui patrouillaient les rues en certains endroits. Sans parler de Thimpu, où en 1994 la délinquance était inconnue, et la marijuana poussait naturellement par tonnes dans les jardins publics sans que personne n'y touche.

On a souvent aussi accusé le système de cités lui-même, d'être «concentrationnaire». Dans les années 1970 il y avait même un mot: le «Sarcellisme», du nom d'une cité dite des Sarcelles. Et encore, il s'agissait plus de mal-être que d'idéologie fachiste délibérée comme les bandes actuelles. Cette analyse est plus pertinente, mais dans le cas du Vert-bois il faut savoir qu'il était dès le début bien plus humain que la grise et étroite cité de Sarcelles: bâtiments plus espacés, nombreux arbres, espaces verts, marché, lieux sportifs et culturels, églises, scouts, bordé par une forêt, etc. De plus il a été en amélioration constante: si le bâti a culminé vers 1970, un pourcentage appréciable des «barres» a été détruite depuis, surtout là où elles étaient trop rapprochées. Donc, là aussi, la date de 1980 ne renvoie pas à une caractéristique particulière du Vert-bois, ni de ses habitants, mais bien à l'arrivée des idéologies crado-punk qui sont encore aujourd'hui la base idéologique des bandes fachistes des cités.

 

Ajouté en Août 2025: Il a été récemment rappelé (source perdue, désolé) que le problème des bandes des cités s’était déjà posé au 19eme siècle. Toutefois il ne s’agissait pas «d’Arabes», mais de Français «de souche», dont les parents avaient migré en ville avec l’exode rural. Ce qui tend à démontrer que la délinquance des bandes n’a rien à voir avec la race, mais plutôt avec certains jeunes qui refusent d’accepter un monde nouveau pour eux.

 

 

 

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