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Mémoires de Richard Trigaux:
Preemière prises de conscience à
Mont de Marsan, 1967-1973

Quelques années de bonheur familial dans notre propre maison et terrain, malgré une ville hostile et arriérée. Une importante prise de conscience, au contact de la nature.

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Date de première publication: Novembre 2025

Date de derniére modification: néant

Ces textes sont un travail en cours, une entreprise de plusieurs années, aussi ils peuvent contenir des parties manquantes et des liens vers des cibles pas encore créées, je vous demande de la patience 🙂

 

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Comment nous avons échoué à Mont de Marsan

(Permalien) Écrit en Mai 2019.

Quand le temps de mon père à Béchar se terminait, il a eu des entretiens avec sa hiérarchie, pour décider où il serait muté. On lui avait proposé rien moins que la Guyane!

 

La Guyane!

 

La jungle!

Le Brésil!

Les indiens!

Les fusées!

 

et il a... refusé.

 

Oui, refusé une si fantastique opportunité.

 

Et sans même nous demander notre avis!

 

Bien sûr, tous les bons choix comme la Guyane furent rapidement pris. Il ne lui restait que Etampes, une petite ville grise dont le seul intérêt semblait d'être proche de Paris. Et Mont de Marsan, ville totalement inconnue de nous, mais dont le caractère méridional semblait plus attirant que les brumes parisiennes. Cela sentait la pinède et le Pagnol, un soleil bienvenu après l'humide Thiérache de cet été 1967.

 

Quelle erreur.

 

Mont de Marsan au lieu de la Guyane, ce fut la plus grosse occasion ratée de ma vie.

 

Après un séjour déplaisant à Reims chez ma Grand-mère maternelle (qui n'avait toujours pas de toilettes), nous nous sommes rendus à Erloy, chez ma grand-mère maternelle. Il nous fallait aussi passer à Marles, où un de mes oncles avait stocké quelques unes de nos affaires de Saint Dizier. Ce fut la dernière fois que nous avons vu tous ces endroits. Il fallait que mon père rachète une voiture, pour que nous retrouvions notre autonomie. Je me souviens de son arrivée à Erloy avec une... ID, une ID vert foncé comme l'Aronde, une version moins luxueuse de la DS, mais tout de même une voiture chère, qui affichait insolemment un train de vie que nous n'avions pas du tout. Et bien sûr avec un crédit exorbitant: nous n'avons mangé que des pâtes pendant un an. Cela n'a pas aidé à notre intégration à Mont de Marsan.

 

Nous avons pris la route pour notre nouvelle vie au début du mois d’Août, avec simplement ce que la voiture pouvait transporter, ce qui comprenait notre matériel de camping. Heureusement que nous avions ça, car nous n'avions prévenu personne, ni rien préparé.

Nous sommes arrivés dans un terrain de camping des environs de Mont de Marsan. Quand on est en vacances, le camping c'est bien. Mais quand on n'a que ça comme logement, c'est vite une horreur. Heureusement, c'était l'été. Mais le sol de pinède produisait une abondante poussière noire, se sorte que nous avions toujours l'air sales. Avec pour se laver seulement les douches et toilettes malodorantes des campings.

Heureusement cette situation nous a valu un logement en urgence, à la cité militaire (encore) Hélène Boucher, au nord de Mont de Marsan, près de l'entrée de la base aérienne, cette fois la BA118.

Nous n'avions aucun meuble, et avons du camper dans le logement, sans pouvoir acheter quoi que ce soit à cause du crédit de la voiture. Une série de cantines provenant de Béchar nous attendaient chez un garde-meuble, mais elles ne contenaient pas grand-chose d'utile: fournitures de bureau, serpillières, nos jouets, et quand même quelques ustensiles de cuisine. Ma mère a du coudre des serpillières ensemble pour faire des couvertures! Heureusement les meubles de Marles sont arrivés, je ne sais plus comment, et nous avons récupéré nos lits et nos bureaux à temps pour l'école.

J’ai donc pu me laver et m’habiller à temps pour la rentrée scolaire au Lycée Victor Duruy.

 

C'est là que nous avons vraiment compris ce qu'était Mont de Marsan, et ce qui nous y attendait.

 

(Note ajoutée en 2025: Cette partie sur Mont de Marsan et le Lycée Victor Duruy peut sembler sévère, mais elle décrit bien ce que nous avons ressenti à l’époque, face à l’hostilité gratuite de tous ces gens. Nous avons été la cible d’un racisme anti-Français systématique, bien pire que les rares incidents vécus en Algérie. Nous verrons plus loin une des causes possibles, quand j’ai suivi des cours d’occitan.)

 

 

Le lycée Victor Duruy à Mont de Marsan.

(Permalien) Écrit en Mai 2019.

Jour de rentrée 1967-68 dans la grande cour du Lycée Victor Duruy. L'appel est fait des élèves. (j'y étais seul, mes deux frères étant encore en primaire). Je vois les élèves se regrouper en files, au fur et à mesure de l'appel. Puis ces files s'ébranlent vers les salles de classe.

Et je me retrouve... seul, dans la cour! Pas appelé! Comme souvent dans ma vie, dans un large groupe c’est précisément moi qui suis repéré, singularisé, mis à part, traité spécialement ou ignoré spécialement. Mais parmi mille, Duruy bat le record.

Et apparemment personne ne s'inquiète de savoir ce qu'un élève solitaire fait là, au milieu de la cour, alors que tout le monde rentre en classe.

Avisant un bureau avec des adultes, je m’enquérais de ma situation. Ils ont alors réalisé ma présence, me regardant d'un air surpris, exactement comme si je m'étais matérialisé devant eux. L'explication officielle est qu'ils avaient paumé mon dossier. Bon, je comprend que des erreurs arrivent. Le problème est qu'ils n'étaient pas contents, comme si c'était de ma faute.

Ces brimades ne se sont pas arrêtées là. On m'a envoyé dans une classe, mais sans m'indiquer l'emploi du temps! Pendant une semaine il a fallu que j'enquête pour chaque cours, arrivant chaque fois en retard et récoltant à chaque fois des rires de plus en plus mauvais. Et personne pour me renseigner, ni profs ni élèves, personne pour m'indiquer l'emploi du temps, qu'ils avaient pourtant sous la main, à cinquante centimètres de moi, dans leurs cahiers de textes.

Ces vacheries délibérées que m'ont faites tous ces gens, sont emblématique de nombreuses autres que j'ai subi toute ma vie: sur un millier de personnes, ils m'ont instantanément identifié comme leur victime, unanimement, sans se concerter. Comme si les sociopathes et autres psychocinglés se télépathaient entre eux. Cela pose un problème, auquel je ne vois qu'une seule «explication matérielle»: probablement ont-ils des «signes» (comme les fameux «signes des femmes désirant une relation sexuelle», dont je n'ai appris l'existence qu'à 63 ans, trop tard donc mesdames, désolé mais il fallait être claires). Il serait intéressant d'étudier ces signes imputés par les sociopathes, probablement l'observation des chimpanzés aiderait-elle. Mais étant un humain, je ne pouvais pas connaître les signes des chimpanzés, ni même imaginer leur existence.

Ainsi je suis toujours celui qui est laissé de côté, celui qu'on ne voit pas, celui qu'on n'entend pas, celui qui est «le seul à ne pas être au courant» (forcément, si on fait des réunions en invitant tout le monde sauf moi). J'ai quelquefois demandé à ces gens pourquoi ils s'en prenaient à moi spécialement. Je n'ai jamais obtenu que des prétextes superficiels, qui avaient en commun de ne jamais respecter l'ordre causal: justifier leur comportement à une date donnée par des faits qui s’étaient produits plus tard. Ce dernier point semble montrer que ces gens n'étaient pas conscients de pourquoi ils avaient commencé, ni même que leur attitude était anormale. Il s'agirait donc d'un processus neurologique inconscient, probablement basé sur des «signes» également inconscients.

Probablement ces «signes» sont-ils aussi ceux que «les autistes ne comprennent pas». On les accuse alors d'être des «inadaptés sociaux» (ce qui est souvent faux, j'en ai connu plusieurs). Mais je ne suis pas autiste. En fait, le véritable handicap social, ce serait plutôt d'attribuer des significations imaginaires à des «signes» qui n'en sont pas du tout, puis d'en déduire la «valeur» des gens, dans le seul but de les discriminer. Moins dangereux que la paranoïa, mais bien plus répandu que les sociopathies. Ainsi un certain nombre de gens, se prétendant «normaux», interprètent-ils certaines attitudes comme refus de se soumettre à leur petit «ordre établi» imaginaire, alors que ces attitudes ne sont même pas des signes à la base: la victime vit sa vie, simplement. J'aime bien cette théorie, qui explique la plupart des troubles sociaux, sans supposer une majorité de sociopathes. Juste que la majorité atteinte s'en remet à l'autorité des sociopathes, qu'ils considèrent comme leurs «leaders naturels». Si vous entendez cette expression qui sent le nazisme, c'est bien ce qu'elle signifie: s'en remettre à des malades psychotiques.

 

En plus, les Montois souffraient du complexe de chef lieu de canton: toute personne venant de plus de trente kilomètres était un estrannnger (prononcer d'un air dédaigneux, et avé l'accenng). Alors imaginez, arrivant d'Algérie, j'étais un Arabe pour eux. Mont de Marsan était une ville arriérée, centrée sur leurs corridas sanglantes et leur rugby. L'année de notre arrivée, les fêtes de la Madeleine avaient fait cinq morts, des saoulards qui s'étaient endormis dans la rue. Tout le reste était à l'avenant.

 

On ne s’étonnera donc pas que le lycée Victor Duruy ait été qualifié de «plus mauvais lycée de France» par Pierre Benoit («Le Roi lépreux»,1927), tandis que Le Mesge, ancien prof dans «un des lycées de France les plus infimes, les plus reculés, à Mont-de-Marsan», préférait de loin être le bibliothécaire d’Antinéa («L’Atlantide», 1919). Au Lycée de la Barga à Béchar, nous avions un prof de français passionné de Sahara qui nous a fait travailler deux passages de l’Atlantide, mais rien sur ce livre à Mont de Marsan, oooh pourquooooi???

 

(Ajouté le 18 Septembre 2021: Mont de Marsan a réuni une manif de 13000 chasseurs nostalgiques de leurs jeux sadiques (chasse d’oiseaux à la glu, enfin jugée illégale par le Conseil d’État). Que des chasseurs aient afflué de toute la France en cet endroit précis montre bien que, 54 ans après ma visite, et 102 ans après celle de Pierre Benoit, Mont de Marsan est encore une ville où des bouseux arriérés agitent des hochets grotesques pour se singulariser et se moquer du monde. On devrait leur accorder l’indépendance, avec un nom se terminant par -stan, par exemple le Marstan (Officiellement, les environs sont connus comme «le Marsan», d'où le nom de «Mont de Marsan».))

Oui, -stan. Aujourd’hui, Septembre 2021, on surveille de très près le traitement des femmes par les Talibans revenus au pouvoir en Afghanistan. Mais en 1967 à Mont de Marsan, le Lycée Victor Duruy ne… recevait que des garçons. Pour les filles, il y avait le «Lycée de jeunes filles», bien à l’écart hors de la ville. D’ou le -stan, bien mérité à mon avis. Ce n’est que l'année suivante, 1968-69, que j’ai commencé à avoir quelques camarades féminines à Duruy (probablement imposés par l’inspection d’académie). Et là je peux dire que la différence est énorme: les anomalies psychologiques comme les moqueries et les bizutages se produisent essentiellement quand il n’y a que des garçons. La corrélation est frappante: mes pires moments de ce point de vue, ont été quand j’étais dans un environnement anormal, avec seulement des garçons: l'internat religieux, Duruy, le Collège Naval, l’internat à Pau. En toute rigueur, j’ai eu aussi le problème en d’autres endroits, comme le scoutisme, mais c’était mieux encadré. L’explication qui se dessine alors est que le désir sociopathique de supériorité phallocrate sur les femmes, faute de pouvoir s’exprimer entre hommes, se transforme alors en affirmation de supériorité homosexuelle sur des hommes jugés «féminins». De là cette homosexualité rampante que j'ai observée partout, au sport, à l'armée, en internat religieux, et même à l'école primaire! Oui les bizuteurs sont des pédés, ha ha ha ha! Demandez-leur, ils confirmeront: pour eux «se faire enculer» est un signe d’infériorité sociale. Pour une femme comme pour un homme. Ils sont donc des «enculeurs», c'est à dire des pédés eux aussi. D’où ce besoin constant de rabaisser les autres, pour se rassurer sur leur propre «virilité».)

 

De 1927 à 1967, il ne s'était pas passé tant de temps, et de fait ce lycée devait encore être une sorte de poubelle à profs inclassables ailleurs: j'ai eu droit lors de ma première année à plusieurs spécimens limite cinglés. Je me souviens de Dreyer, un prof d'allemand qui ne nous a jamais rien expliqué, et surtout pas quand on emploie les déclinaisons, sabotant ainsi l'apprentissage de cette langue, qui m'a souvent manqué plus tard. Il y avait aussi Lacaze, une prof de français à qui il en manquait certainement une. Une fois elle m'avait fait un sermon en classe pour avoir employé un mot qui d'après elle n'existait pas: «fiabilité». Et bien sûr personne d'autre ne le connaissait dans toute cette classe d’arriérés! Il était pourtant déjà bien connu à l'époque, notamment dans les revues scientifiques. Pour sa décharge, Lacaze a tout de même recherché dans un dictionnaire, et a finalement trouvé ce mot. Un autre, appelé Blanc, également prof de français, mettait toujours des mauvaises notes à mes rédactions, qu'il sabrait de grands traits rouges vengeurs: «verbiage», là où visiblement mes idées positives ne lui plaisaient pas. Et à chaque fois «pas de plan», une accusation qui m'a suivi jusqu'en première, où j'ai fini par avoir «trop de plan»! Ce type était effectivement malade: de tout Malraux, il nous a lu seulement la scène de torture dans «la condition humaine», un truc traumatisant que même wikipédia n'ose pas répéter. Il y a tout de même des choses plus pédagogiques à lire dans un cours de français. J’ai entendu dire plus tard que ce prof était communiste. Pas étonnant alors que les communistes soient si détestés, si ils sont si masochistes.

Ce paragraphe ajouté en Novembre 2025: beaucoup d’élèves venaient en vélo, un véhicule qui se déglingue facilement. Un jour, un frein avant s’est détaché, bloquant la roue net. L’élève a alors basculé par-dessus le guidon, tombant au sol la tête la première. Et il est allé en classe comme ça! Une fois en cours, il s’est plaint de mal de tête, et on l’a envoyé à l’infirmerie. Là, on… lui a donné de l’aspirine! Ce sont ses parents qui ont réalisé, quand il est rentré à la maison dans cet état. Mais c’était trop tard, et il est mort peu après, à l’hôpital. Ce jeune aurait pu être moi, avec mon Solex. Duruy, c’était aussi ça.

Le lycée Victor Duruy était également un endroit très spécial, où les notes donnaient: fils de notaire 18, fils de chirurgien 17, fils de gros commerçant 14, fils de militaire (moi) 8, et tout à l'avenant. On comprend donc que j'ai redoublé ma troisième, ce qui était nécessaire de toutes façons car avec de telles brêles de profs je n'y avais presque rien appris.

Le seul point positif de cette première année à Duruy a été... l'éducation religieuse. Comme plusieurs jours après la rentrée, ils n'avaient «toujours pas» mon dossier, ils ne «savaient pas» si je voulais y aller, bien que je leur ai dit que je ne le voulais pas. Ils m'y ont donc envoyé contre mon gré. C'est là que j'ai fait connaissance de l'Abbé Barzac, et que j'ai décidé de... rester, car c'était finalement le seul endroit normal du lycée, où on parlait de fraternité, contre le racisme, bref des vraies choses, qui étaient des abstractions pour mes camarades montois débiles arriérés. J'ai donc décidé de rester à son cours, que j'ai suivi toute l'année, et ai même fréquenté son centre paroissial hors du lycée. Mais j'ai quand même du finir par lui dire que je ne croyais pas, et apparemment il l'a mal pris, ce qui a mis fin à notre relation.

 

D'une manière générale je considère que cette année 1968 a été une mauvaise année pour moi. Et ce malgré Mai 1968 et les Hippies. De toutes façons ces derniers étaient totalement inconnus à Mont de Marsan. J'ai n'ai vu qu'une seule fois un type habillé comme un Hippie. Je l'ai suivi, mais n'ai pas osé l'aborder: de près il avait l'air violent et mauvais. Il n'y avait à l'époque pas d'Internet pour donner des informations non-censurée, et nous ne connaissions de Mai 68 que les bagarres. La seule «victoire de Mai 68» visible au lycée Victor Duruy a été... le droit de fumer!!!

 

Les années suivantes, ils ont bien été obligés de me faire suivre le cours normal des classes: même en diminuant systématiquement mes notes de trois points, j'étais quand même au-dessus de la moyenne. De plus tous les profs ne se prêtaient pas à ce petit jeu malhonnête. Je me souviens de Monsieur Ruiz, prof de maths, qui rendait ses copies en commençant par les plus mauvaises notes, avec un sourire goguenard: Untel: zéééro!!! Untel: zérooo! Untel: zééérooo! Untel: un... quart! Untel: un... demi! Je riais sous cape, car je savais que je serais dans les «derniers». (Rappelons que à Béchar j'avais quand même eu plusieurs prix et accessits. Mais à Mont de Marsan ce système avait été supprimé comme «victoire de Mai 68»). Et les zéros de Monsieur Ruiz étaient justes, mathématiquement exacts, sans place pour aucune «appréciation personnelle» comme en français. Car mes camarades moqueurs étaient effectivement nuls, je l'ai su plus tard (voir à la fin de ce sous-chapitre) Leur présence au lycée venait probablement de notes de complaisance, pour les apparences, entre Montois. Mais pas de ces petits jeux avec Monsieur Ruiz.

Je me rappelle aussi de Madame Scagliola, également professeure de maths, vêtue de noir, qui criait et nous fichait la frousse. Apparemment à Paris ils n’avaient pas apprécié ses gueulantes… trop justes. D’où probablement sa mise en orbite lointaine à Mont de Marsan. Elle nous sortait des mots courants pour elle (arrivant de Paris) mais encore extraterrestres à Mont de Marsan: misogyne, masochiste, etc. Une fois dans un de ses cours, mon voisin de table s'amusait à me bourrer de coups de poings. Comme c'est pas pratique pour écrire, j'ai du finir par répliquer. Madame Scagliola a été furieuse, et j'ai du lui expliquer qu'il m'avait agressé. Le lendemain l'idiot avait un oeil au beurre noir. Pour un nul en sports, je me débrouillais pas si mal, finalement. Il m'a regardé d'un air furieux, mais sans oser rien dire: ses parents aussi avaient dû remarquer l'oeil au beurre noir, et j'imagine qu'ils ne lui avaient pas fait des compliments.

Il y avait d'autres bon profs, comme monsieur Podgi, qui nous expliquait passionnément l'Histoire. Au contraire des autres, il était très populaire. Le pauvre a du se taper plusieurs projections de «Nuit et Brouillard», une par classe, et il en a souffert. Il avait aussi dû faire l’Algérie comme soldat esclave. Il n’en parlait pas, sauf parfois quelques remarques comme «Quand on entend les abeilles (balles) on se cache derrière une pièce un franc», exprimant ainsi d’une manière frappante la peur et le désespoir des soldats.

Et aussi Monsieur Carrère, prof d'anglais (Pas sûr de l'orthographe, désolé), qui habitait dans la même entrée que nous à la cité Hélène Boucher. Je me souviens de cet homme discret, remontant l'allée en portant son attaché-case de prof. Mais l'année d'après il a disparu... embauché comme traducteur à l'ONU à New York! Sûr qu'il était mieux là-bas qu'à Mont de Marsan. Bonne carrière dans le vrai monde, Monsieur Carrère.

Monsieur Jordan, professeur d’histoire et géographie, était souvent moqué, bien qu’il ne le méritait pas. Il était gentil et dévoué, mais totalement dépourvu d’humour, aussi même les piques innocentes le mettaient en pétard. Alors il s’en prenait beaucoup, et pas que des innocentes. Les lycéens l’avaient surnommé «Maupoux», une altération de «Maupéou», un ministre de Louis XV, et ils utilisaient ce nom uniquement, au point que les nouveaux croyaient que c’était son vrai nom. Ainsi, chaque nouveau devenait un missile contre lui!

 

Il y a deux choses qui ont toutefois forcé le Lycée Victor Duruy à changer leur regard sur moi.

La première a été une rédaction «décrivez votre loisir préféré» J'ai parlé de radiocommande. Je venais juste de construire un émetteur et un récepteur. Rien d'extraordinaire, quelques soudures sur un plan tout fait. Mais c'était si au-dessus du rugby et des corridas qu'ils m'ont pris pour un génie, comme ce psychologue de Nancy. C'est fou ce qu'un peu de technologie impressionne les sauvages.

La seconde a été les tests psychotechniques. D'après ma mère, j'aurais «juste» eu la meilleure note jamais enregistrée dans toute l'histoire du lycée Victor Duruy (en 1969), avec plus de 100. Ce que je ne considère pas comme un exploit, vu le niveau. Mais ça les a impressionnés. A l'occasion de ces tests, les autres élèves ont été étonnés de voir l'inspecteur d'académie me tutoyer. Ce qui s'explique très simplement: il était aussi le directeur des Eclaireurs de Mont de Marsan. J'ai eu aussi connaissance des résultats d'autres élèves à ces tests: tous les arrogants bizuteurs avaient des notes lamentables, tendant asymptotiquement vers zéro. Merci donc à qui a commis cette indiscrétion: elle a beaucoup contribué à me donner confiance en moi, voire à simplement me maintenir en vie, dans un monde gravement malade qui me renvoyait systématiquement une image distordue et enlaidie de ma personne.

 

 

Les éclaireurs

(Permalien) Écrit en Juillet 2019.

Comme à Béchar, j'ai été aux éclaireurs, sortes de scouts, mais laïcs (ce qui me convenait mieux, encore que la différence ne soit pas énorme) Au début, j'y étais sans mes frères. Sur la fin, Serge m'y a rejoint, encore que nous n'avons pas eu souvent l'occasion d'y être ensemble. Pascal, lui, a échappé à Mont de Marsan, pour le Prytanée militaire, à La Flèche. Il n'en était pas très heureux, mais il a pris à coeur de participer à leur groupe scout.

La personne qui organisait les éclaireurs était Monsieur Bridon, l'inspecteur d'académie vu plus haut. Je garde de lui l'image d'un homme sympathique, affable et très dévoué aux enfants. Les problèmes ne sont pas venus de lui, mais du fait qu’il était seul à animer trente jeunes, sans aide ni hiérarchie intermédiaire.

Pendant ces quatre ans, il s'est passé beaucoup de choses aux éclaireurs de Mont de Marsan (foulard jaune à bordure rouge). Nous avons changé deux fois de local, fait deux camps d'été et d'innombrables sorties dans les environs de Mont de Marsan, incluant des sorties kayak et spéléo. L'équipe elle-même a changé, certains la quittant, et d'autres y entrant. Sur la fin, notre local était un ancien octroi place du Sablar, qui a été démoli peu après. Le contenu a changé lui aussi, depuis une ambiance typiquement scoute avec tout le folklore associé, jusqu'à des soirées de danse entre adolescents.

Malgré quelques cas, l'ambiance était plus positive qu'au Lycée Victor Duruy, avec la majorité de mes camarades se comportant normalement.

Parmi les «cas»: Didier, de notre âge, un chahuteur bruyant et sans profondeur, capable de traiter une copine de nazie simplement parce qu'elle avait un nom allemand, jusqu'à la faire pleurer. Son jeune frère était un petit con égocentrique et coléreux, du genre qui, dans la tente, tirait toutes les couvertures à lui, même si il était au milieu. Mais le pire était Laurent, un pré-délinquant pour qui la vie se résumait en bagarres et en vols. Il était suffisamment inconscient de son grand corps dégingandé pour, en gesticulant, heurter une marmite bouillante avec son cul pointu, ce qui lui a valu de belles brûlures. Et enfin deux frères, dont l'un était surnommé Méduse, un nom qui lui allait bien, d'une créature perfide et informe, que je retrouverai un peu plus tard à Bordeaux. Sa spécialité à lui était de se poser en adulte et moi en petit enfant, alors que ça aurait été plutôt le contraire. Je ne le savais pas encore, mais c'était un gauchiste masochiste, je me souviens qu'il avait joué dans un spectacle où il «fallait» se sacrifier pour LA REVOLUTION.

 

Côté positif, il y avait quelques folkloriques mais pas désagréables. Je ne compte pas les «cas sociaux» plus ou moins «mentalement handicapés» comme des mauvais, ni ne les brocarde, même si ils accaparent forcément plus l’attention.

 

Mais le meilleur souvenir certainement est Alex Gaüzere. Dans toute l'équipe, il était apparemment le seul capable de venir aider quelqu'un en difficulté, comme on le verra plus loin. Il étudiait en médecine tropicale, et j'ai retrouvé sa trace depuis, avec Internet: il a fait une carrière intéressante de médecin ou de chercheur en Afrique et en Asie, dont il peut être fier. Mais je n'ai pas trouvé de contact genre facebook.

 

La Dordogne. Nous avons fait un camp d'été et plusieurs marches et explos (sorties sans supervision) dans les environs de Sarlat et Souillac, depuis un endroit situé à Saint Julien de Lampon 44°51'3.43"N 1°22'45.88"E (les maisons à l'entrée du chemin n'existaient pas encore à l'époque). Malgré les difficultés ci-dessus avec certains camarades, ce fut une fantastique expérience, où nous parcourrions les routes de campagne, et avons même dormi dans une grotte (Beaucoup de gens fantasment sur ça... mais en réalité c'est très inconfortable, froid, sale et humide, lol). La Dordogne est un pays vert, avec des roches grises arrondies cachant de nombreuses grottes et autres mystères. La vibration est grave mais pas désagréable. La musique que nous entendions cet été était «My year is a day» par «Les Irresistibles», curieusement tragique alors que les paroles ne veulent rien dire.

Un épisode rigolo s'est déroulé ici. Nous savions déjà que Yack, dit Grand Yaqu'à, était un peu balourd, surtout bombardé chef de camp. La veille de l'explo, il nous avait bien remontés: «lever cinq heure, hein, c'est pas pour les fainéants, hein, départ six heures» etc. etc. Donc le jour dit, nous nous levons à cinq heures, nous nous préparons, et arrivons au mât de camp à six heures pile... pour ne trouver personne! Réalisant que le Grand Yaqu'à s'était foutu de nous, nous avons décidé de lui rendre la pareille. Nous nous sommes alignés devant le mât, sacs au dos, et avons lancé notre cri de patrouille, qui se trouvait sérendipiteusement être «Les Dauphins, toujours... prêts!». Puis nous avons jubilé en voyant arriver tout le camp petit à petit, les yeux bouffis de sommeil, et en dernier le Grand Yaqu'à en personne, traînant la savate et mal réveillé, l'air de se demander de quoi qui se passe.

Je n'aimais pas le Grand Yaqu'à, car il avait une philosophie assez étrange: pour «devenir adulte» il fallait boire du vin. Bien sûr je refusais, et c'est peut-être pour cela que lui et ses copains me considéraient comme immature et refusaient de me totémiser (voir un peu plus loin). Mais il avait une façon vicieuse de parvenir à ses fins: il nous offrait de la sangria. C'est un truc qui ressemble à de la salade de fruit, sauf que le jus est pas bon. J'ai compris plus tard que ce jus était en fait du vin! C'est pour cela que je le considérais comme fourbe, cherchant à nous subvertir ou à nous tromper sur un truc aussi important. Et je me passais finalement fort bien de sa totémisation.

 

Font Romeu (Font Roumiou, de l'Arabe «roumi», pèlerin, généralisé pour tous les Européens, la Fontaine des Pèlerins, donc). Notre camp était à 42°30'41.36"N 2° 3'12.08"E. L'endroit est très différent de la Dordogne, plus sec et de vibration plus chaleureuse: conifères, prairies rases, roches claires anguleuses. Font Romeu est bien connu pour le four solaire d'Odeillo, que nous n'avons pourtant pas visité (pas sûr qu'il était visitable de toutes façons).

Cette fois les explos nous ont conduits jusqu'en Espagne, à Puigcerda, via Angoustrine et Bourg Madame. A l'époque, c'était encore franco qui gouvernait, et aller en Espagne avait un côté un peu inquiétant, avec la possibilité d'être arrêtés et emprisonnés, au cas où on tomberait sur des gardes civils qui s’y croiraient un peu trop (Haroun Tazieff raconte que les spéléologues qui ont mis de la fluorescéines dans le Trou du Toro avaient du procéder clandestinement, de peur d’être arrêtés). Mais les Espagnols que nous avons rencontrés se sont tous montrés gentils et prévenants. Le retour se fit par Llivia et Estavar, et de là nous avons coupé à travers les montagnes, à la boussole et à la carte, en un défi typiquement scout. Nous ne nous sommes pas trop mal débrouillés, car nous sommes tombés pile sur le four solaire d'Odeillo.

 

L'Andorre, nous avons visité ce pays à pied, depuis Envalira jusqu'à Ordino, par Andora. Ça c'était de l'explo! Une magnifique randonnée, et un orage phénoménal qui nous attendait au camp d'Ordino. Je crois que l'on connaît bien mieux un pays quand on le visite lentement, que quand on le parcours dans la vitesse et le bruit. Surtout un petit pays comme l’Andorre, que l’on peut parcourir à pied en entier!

 

La coéducation. Au camp de Font Romeu, il y avait des patrouilles de garçons et des patrouilles de filles. Bien sûr, nous ne dormions pas dans les mêmes tentes, mais toutes les activités étaient communes. Je n'avais même pas remarqué cette nouveauté, et j'ai été étonné d'apprendre que c'était une grande première, appelée co-éducation. Nous avons eu une soirée de discussion pour nous expliquer pourquoi. C'était certes bienvenu, mais je trouvais étrange qu'il faille expliquer une pratique totalement naturelle. En fait je n'avais même pas remarqué que nous brisions un tabou archi-millénaire: la dangereuse ségrégation des enfants en fonction du sexe, productrice de sexisme et de domination-soumission. Parce qu'il est NATUREL que les enfants soient ensemble. Décidément après le feu de camp inter-religieux à Béchar, j'étais toujours dans les innovations.

 

Par contre les «totémisations» n'étaient pas tendres avec les filles, qui se retrouvaient gribouillées aux markers sur tout le corps. On imagine avec de nombreux commentaires salaces ou désobligeants, dans le secret propice, après avoir consommé force sangria (salade de fruits... au vin!!). Je comprend pourquoi des gars comme le Méduse n'ont jamais voulu me totémiser... je ne les intéressais pas, lol! Heureusement, car ainsi j'ai échappé à ce qui n'était que des bizutages humiliants, sexistes, sans aucune valeur humaine ni pédagogique. Je remarque d'ailleurs que si les anciens membres (tous masculins) avaient tous un nom de totem, par contre pendant ma présence je n'ai vu que des «totémisations» de filles. La dégénérescence avait donc du se produire lors de mes débuts dans l'équipe. Apparemment la toté peut se corrompre très vite, en une seule génération de transmission.

Dans d'autres équipes d'éclaireurs ou de scouts, il y a eu des cas très graves, avec des agressions sexuelles, des tortures, des blessures et des morts. A l'époque, ces choses étaient déjà interdites chez les scouts. Aujourd'hui, selon les branches et les pays, les «totés» sont interdites, ou fortement encadrées, ou publiques, pour éviter tout dérapage. En tous cas j'espère que ce que j'ai vu à Mont de Marsan ne se reproduira jamais.

Pour information, la totémisation s'inspire (en théorie) des cérémonies de passage de certains Indiens d'Amérique. Normalement elle consiste en des épreuves où il faut démontrer savoir, débrouillardise, maîtrise de soi, etc. au termes desquelles on est admis dans le groupe d'âge supérieur, avec attribution d'un nom de totem. Pour les Indiens animistes, c'était aussi une initiation spirituelle, où la personne entrait en communion avec une divinité. Mais dans le scoutisme, qu'il soit religieux ou laïque, le nom de totem s'est vite réduit à un simple surnom plus ou moins caricatural, tandis que «épreuve» est régulièrement compris comme «bizutage» voire «ordalie». De la viennent les nombreux problèmes. Qui en plus tendent toujours à réapparaître, malgré les clarifications. D'où l'interdiction finale.

 

Le kayak était une des activités phare du groupe éclé de Mont de Marsan, et de nos amis de Dax (foulard vert à bord noir). Il y avait même un atelier de fabrication des dits kayaks, en fibre de verre et polyuréthane. Je n'ai fait qu'une seule sortie avec eux, une descente de l'Adour de Grenade à Dax. Rien de vraiment difficile, mais je n'ai jamais recommencé: chacun pagayait pour lui, ce qui fait que pendant presque toute la sortie je me retrouvais seul, au plus total mépris de la sécurité, risquant de me perdre, de m'engager dans des cascades trop difficiles, sans personne pour m'aider en cas de pépin. A un moment le fameux Méduse a voulu me forcer dans une gouttière d'eau rugissante, mais après une telle démonstration d'irresponsabilité on comprendra que je n'avais pas du tout confiance en lui. Mais le pire fut, à un arrêt, quand un autre a délibérément poussé mon kayak hors de ma portée, alors que tout le monde s'éloignait. Heureusement Alex vérifiait les arrières, et il a ramené mon kayak. Sans lui, je serais resté sur le bord. C'était dans une ville où j'aurais pu me retrouver, mais j'imagine que eux auraient eu des ennuis avec les flics, lol. Ce fut donc la fin de mes activités de kayak, sauf une seule fois à Mugron où il existait un parcours aménagé, où j'ai pu m'initier à mon rythme, sans être forcé par un bizuteur.

 

La spéléologie, dans les Landes, à Lucbardez et Bargues (Nom Wisigoth, 44° 0'1.65"N 0°25'11.82"O). Vous serez étonnés d'entendre parler de spéléo dans les Landes, pays sableux. En fait, il y a parfois des molasses, avec des couches de calcaire formées par évaporation (A ne pas confondre avec l’alios, aussi formé par évaporation, mais ferrugineux). L'endroit a même un anticlinal caché, l’anticlinal de Roquefort, qui a relevé des couches de roches plus anciennes presque à la surface. Il arrive donc que des ruisseaux souterrains se forment sur la face inférieure de ces minces couches calcaires. La grotte que nous recherchions était connue sous le nom de grotte de Mame, et on disait que les femmes en quête de fertilité venaient lécher les stalagmites (sans doute suite à une blague d'un curé salace). Je ne pense pas que ce fut celle-là que nous avons explorée, car l'accès se faisait par une galerie étroite, à quatre pattes, puis par une chatière. De l'intérieur, on ne voyait même pas la sortie, cachée sous une banquette de pierre! En fait toute l'affaire était plus dangereuse que nous le pensions, car la mince couche calcaire était effondrée, et la grotte était une cloche de fontis en molasse.

Lors de ma première sortie à cette grotte, nous en étions encore à dégager la chatière obturée à l'argile. Il fallait donc creuser, et ceux qui suivaient (moi) devaient dégager les déblais produits. Il y avait donc le fameux Méduse en tête, Alex, et moi derrière pelletant les déblais vers l'extérieur. Quand Méduse est sorti, il s'est soudain exclamé «mais où est passé le tas de terre», sans penser que ma présence ait eu quoi que ce soit à voir avec le travail accompli. Je ne sais pas si Alex lui a expliqué. Pas moi en tous cas, sachant déjà d'expérience que à ce degré d'idiotie, il n'y a pas grand-chose à faire.

Par contre j'aimais bien Alex, qui m'a emmené plusieurs fois à Lucbardez sur sa moto. Jamais de ce genre de problèmes idiots avec Alex, qui était toujours serviable et de bonne humeur. De toute mon enfance, ce fut certainement la meilleure rencontre. Dommage que nous nous soyons perdus de vue. Mais à l'époque il n'y avait pas Internet pour rester en contact: quand on était physiquement séparés, on ne se voyait plus, point. J'ai tout de même retrouvé sa trace grâce à Internet: il a accompli une carrière de recherche en médecine tropicale, qui l'a souvent amené en Afrique et en Asie. Mais je n'ai pas trouvé de contact.

 

Mon départ de Mont de Marsan pour Brest allait mettre une fin définitive à toute forme de scoutisme (mais pas à la spéléo, nous verrons plus loin). Mais mon frère Pascal s'est fortement impliqué dans les scouts du Prytanée. Comme il peignait déjà pas mal, il leur a fait cadeau d'une vaste fresque dans leur local!

 

Les romans «Signe de piste». Il y a eu un petit scandale peu glorieux ici. J'avais lu deux romans de la collection «Signe de Piste», une série de livres «éducatifs» «pour scouts», que mon frère Pascal ramenait des scouts du Prytanée. Ils avaient apparemment tous en commun de mettre en scène des adolescents amoureux, auxquels à notre âge nous nous identifions fortement. Problème, l'auteur en faisait toujours mourir un des deux à la fin, ce qui, avec la forte identification, produisait un choc émotionnel aussi brutal que de perdre notre amoureux en vrai!! A tel point que quand je suis repassé au Boniort en 1985, j'ai retrouvé le livre maudit, et j'ai fait un rituel pour me débarrasser de ce sentiment inutile. J'ai appris plus tard la honteuse raison de cette cruauté: la maison d'édition «Signe de Piste» était en fait d'extrême droite, d'où le sadisme de ces gens, capables de mettre des livres aussi épouvantables entre les mains d'adolescents sans méfiance, sachant pertinemment la souffrance et le traumatisme durable qui en résulteraient. Bon, ils ne sont pas les seuls, la plupart des séries «d'espionnage» bien connues ne sont qu'un prétexte indigent à aligner viols, tortures et commentaires racistes. Mais «Signe de Piste» ont été les seuls à le faire pour les enfants.

 

On retrouvera plus loin Méduse, dans une extrême gauche toute aussi cruelle et stupide.

 

 

Le sport

(Permalien) Écrit en Janvier 2020.

Après l'intermède de Béchar, je retrouvais à Duruy ce sport scolaire plat et ennuyeux, que j'avais connu à Saint Dizier.

Même si vous aimez le sport, vous n'aimerez pas ce que l'on appelle «sport» à l'école. En fait, on n'en fait pas. On regarde les autres s'entraîner. Exemple typique, le saut en hauteur: en théorie on fait la queue, et chacun passe à son tour. En pratique, comme il y a deux directions de départ, il y a toujours une brute qui s’impose sur l'autre piste. Et quand on a des lunettes, on ne prend pas le risque d'une collision avec un idiot inconscient! Trois sauts en hauteur par séance d'une heure, c'est pas un gros entraînement. Et après cette heure à attendre, on est noté. Bon, j'imagine qu'on était sensé s'entraîner à la maison, mais sans matériel, et après les devoirs?

Je peux montrer un exemple précis où l'éducation physique de l'école est inappropriée, voire dangereuse: allongé sur le dos, à faire des «ciseaux» avec les jambes, pour faire les abdominaux. Excellent exercice, mais le problème est que l'éducation physique scolaire suppose que nous sommes tous déjà costauds: cet exercice est alors facile et productif. Mais si on n'est pas costaud, alors les reins se soulèvent, et la colonne vertébrale souffre. J'ai trouvé bien plus tard la façon correcte de faire cet exercice: commencer avec les jambes dressées, et les abaisser petit à petit tant qu'on peut empêcher les reins de se soulever. Mais si on faisait ça à l'école on se faisait réprimander: il «fallait» avoir les jambes basses, même si cela blessait notre dos. Je soupçonne fort les professeurs d'éducation physique de n'avoir aucune connaissance médicale (Confirmation à Pau, où on voisinait avec une école de moniteurs sportifs)

 

Une fois, on m'a fait sauter par dessus la longueur d'un cheval d'arçon. Mais comme je n'avais pas assez de force pour cet exercice, ma main est restée coincée sous moi... ce qui aurait pu me faire arriver au sol la tête la première, sans pouvoir me rattraper! Une autre fois un prof particulièrement barjot a fait jouer une classe à lancer et rattraper des ballons. Sauf que ce n'étaient pas des ballons, mais des poids à lancer, en fer... un «exercice» qui a valu une clavicule brisée à une receveuse!

 

Bien sûr nous jouions au foute, et surtout au rugby, la religion des Montois. La première séance, comme nous n'avions pas vraiment fait de foute à Béchar, j'ai demandé à ce qu'on m'explique les règles de ce jeu. La réaction du prof comme de mes camarades a été assez curieuse, et probablement unique à Mont de Marsan: ils étaient étonnés, et un peu atterrés, que je ne connaisse pas les règles du foute. Mais AUCUN n'a pensé à m'expliquer! Ils avaient tant intériorisé la notion que nous ne changeons pas, qu'ils semblaient penser que l'on ne peut pas apprendre, même quelque chose d'aussi simple que les règles du foute. Que faisaient-ils au lycée, alors.

Bien sûr lors des parties, ils ne me faisaient jamais de passe, car «je ne savais pas jouer». Pour un sport d'équipe, c'est pas vraiment le bon état d'esprit, lol! Une fois qu'un ballon est arrivé dans mon secteur, j'ai couru par-dessus, et l'ai frappé du talon, pour le soustraire à un adversaire, sans faire un en-avant (j'avais déduit cette règle de ce que je voyais). Ils étaient extrêmement étonnés!!

Le rugby est un animal différent, où l'on m'a aussi demandé de jouer sans me dire les règles. Et sans lunettes, ce qui n'est pas idéal pour comprendre la partie. Le rugby est un sport bien plus brutal, où l'on gagnerait à utiliser des protections comme dans le football américain. Et l'homoxexualité que j'avais connue à Saint Dizier était de retour: il fallait se doucher nus ensemble!!! Ce que j'ai refusé. Je me suis donc fait arroser entièrement, tout habillé. J'ai retrouvé plus tard cette homosexualité presque assumée dans les vestiaires au Collège Naval, avec des réflexions sur l'allure de mes fesses, présent tout le monde.

 

En attendant, se posait un autre problème: porter des maillots de foute puants, non lavés. C'est par ce répugnant rituel que les fouteux et les rugbymanes se transmettent leurs horribles odeurs d'aisselles, qui font partie de leur culture: pour eux le corps doit être sale et porno. Et c'est effectivement à ce moment que j'ai commencé à sentir mauvais, et que j'ai du supporter ces odeurs infectes pendant des années, sans savoir pourquoi, ni comment m’en débarrasser. Bien sûr on nous fait culpabiliser que nous sommes «sales» et qu’il faut donc nous doucher plusieurs fois par jour. Mais les odeurs reviennent toujours en quelques heures, voire moins. J'ai finalement compris que ce n'était pas mon corps qui sentait, mais des bactéries, contractées lors de ces rituels d'échanges de maillots infectés puants. Il était alors simple de me défaire de ces flores bactériennes malsaines: désinfecter les aisselles à l'alcool. Je retrouvais alors l'odeur naturelle chaude et plus discrète. Depuis ce temps, j'ai peu d'odeurs corporelles, seulement les naturelles. Et si les mauvaises réapparaissent, je sais comment m'en débarrasser.

 

Ajouté en 2021: Je crois que le sport est le domaine où les médias et les politiciens sont les plus décalés par rapport à la réalité. J’ai bien remarqué qu’ils donnent au sport une place primordiale dans la société, plus que la politique, la spiritualité ou l’écologie réunis. A les en croire, tout le monde va au ski, tout le monde regarde le foute à la télé, tout le monde va au tennis le dimanche. Il faut dire qu’ils y mettent la gomme: un des premiers bâtiments publics bâtis dans une ville est toujours le stade, ou au moins un gymnase, des courts de tennis. Sans compter les remarques pétainistes comme quoi les jeunes feraient mieux de s’amuser avec un cerceau que d’aller sur Internet... Si les pétainistes ont été élevés comme ça, on comprend qu’ils étaient idiots.

En fait, le sport, comme les jeux vidéo, a une fonction politique et spirituelle bien précise: accaparer la conscience des gens, afin qu’ils ne pensent pas aux vrais questions politiques, sociales, spirituelles. En effet, quelqu’un capable de se laisser sucer son temps de conscience par des activités aussi insensées que le tennis, ou le foute à la télé, se disqualifie forcément pour donner le moindre sens ou utilité à sa vie. Tout autant que les gens passant des heures dans des jeux vidéo sans esprit genre Démineur ou Tétris.

De plus ces sports ont un contenu idéologique bien trop visible: combat entre équipes (préparation à la guerre), compétition (préparation au capitalisme), ségrégation des sexes (oui, ça!!). Chez les gens qui ne pensent pas, ces schémas s’impriment naturellement et inconsciemment dans leur cerveau. Et ils guident alors leurs pensées et émotions, dans les situations réelles de la vie. On comprend alors pourquoi les centres spirituels refusent unanimement toute installation sportive.

En réalité, de toute ma vie, j’ai rencontré très peu de gens qui s’intéressaient à un quelconque sport. Une dizaine en tout! Cela n’étonnera pas en ce qui concerne les milieux spirituels ou écolos. Mais j’en ai également rencontré très peu dans les milieux plus ordinaires, au travail, dans le virtuel, etc. Le ski, par exemple. A en croire la télé, tout le monde va au ski pendant les vacances de Février. Dans la réalité, je n’ai rencontré des skieurs que deux fois dans toute ma vie. Une fois, en faisant du stop, une autre fois des connaissances de ma mère qui se sont tuées en faisant du hors piste. Ces choses-là existent donc bien dans la réalité, mais en fait très peu de gens meurent comme ça.

En ce qui concerne être en forme, bricolage, marche ou jardin font aussi bien l’affaire. Et j’ai connu bien plus de gens qui faisaient de la rando, ou des arts martiaux, que n’importe quel autre sport. Encore que la rando est difficile aujourd’hui, nécessitant de longs trajets en voiture, ce qui impose de revenir au point de départ (pas de rando «utile» donc). Personnellement, de par mes activités méditatives ou informatiques, je serais plutôt un sédentaire, viande à infarctus d’après les médecins. Pourtant je suis en bonne santé et sans problème de cet ordre. Peut-être que la méditation compte pour le coeur, a moins que ce soient les multiples orgasmes chaque jour, ha ha ha! Ou les 7000 pas de marche quotidienne réglementaire de l’OMS, tout de même. Selon des études scientifiques récentes (article et papier), très peu suffirait en fait, quelques minutes par jour, du moment que l’on fait battre le coeur.

 

(Ajouté en 2025: Ce qui précède est des souvenirs, de ce que je ressentais à l’époque, d’un sport élitiste conçu comme un système d’humiliation. Aujourd’hui je dois modérer mon propos en signalant que le véritable esprit sportif a souvent inspiré de grandes choses. Ainsi, quant l’apartheid d’Afrique du Sud est tombé, je me souviens d’un journaliste interviewant Albert Ferrasse, alors président de la Fédération Française de Rugby: «Alors nous avons gagné», ce à quoi Ferrasse a répondu «C’est leur victoire, d’avoir su résoudre ce problème». C’est d’un niveau totalement autre que la sélection par les corps que j’ai connue! Ainsi, je n’ai rien contre un sport qui reviendrait à ses fondamentaux grecs, où à un esprit collectif.)

(Ajouté en 2025: Et à propos des notes scolaires, noter les progrès, la compréhension, au lieu des performances absolues sur lesquelles nous sommes forcément inégaux. Autre suggestion, il serait physiquement bien plus profitable de faire cinq minutes de gym à chaque récréation, au lieu d’heures dans des stades à regarder les autres jouer.)

 

 

Musique ou dessin?

(Permalien) Écrit en Mai 2019.

Une autre chose que je n'ai pas apprécié à Duruy fut que l'on nous imposait de choisir entre deux matières facultatives: musique ou dessin. J'aurais bien pris les deux, mais ils étaient à la même heure!!! Un détail d'organisation qui aurait pu s'arranger facilement, puisque nous alternions avec une autre classe. Mais ma demande s'est heurtée à l'habituel «c'est comme ça».

Je ne regrette pas le choix que j'ai fait: dessin. Toutefois musique m'aurait aussi été très utile. J'ai essayé plusieurs fois de créer des musiques, notamment pour illustrer ma bédé des likpas. Mais il me manque toujours les bases de composition: exprimer les émotions, et créer des lignes mélodiques avec leurs variations. Certes aujourd'hui je peux utiliser un logiciel puissant comme Reason de PropellerHead. Avec ça, on écrit la portée et le logiciel joue. On n'a donc plus besoin de s’entraîner au doigté des instruments. Mais cela ne dispense pas de créer des mélodies qui tiennent la route!

 

 

Les musiques des années 1970

(Permalien) Écrit en Mai 2019.

Mont de Marsan nous a vu avec un «transistor», une radio transistorisée qui remplaçait avantageusement la radio à tubes que nous avions seulement trois ans plus tôt à Saint Dizier (j'ignore ce qu'elle est devenue). Ces «transistors» étaient surtout bien moins chers que les postes à tubes, plus petits, et portatifs. Pour la musique, la modulation de fréquence offrait enfin une meilleure qualité que la modulation d’amplitude des années 1940, sans parasites ni sifflements ennuyeux. Ainsi les transistors mobiles ont été un meilleur vecteur de culture que les vieux postes à tubes fixes dans le salon. C'est comme cela que les nouvelles technologies ouvrent de nouvelles opportunités sociales!

Le contenu avait aussi changé, pendant notre séjour à Béchar: c'était la musique pop! Eh oui, la radio était maintenant en couleurs, et la télé n’allait pas tarder à suivre.

Mais la principale innovation des années 1970 était l'abondance de choix dans les magasins de disques. Les 33 tours et 45 tours existaient déjà avant, ainsi que les «tourne-disques», des petits crincrins en plastique bons pour la guinche. Dans les années 1970, la vraie hifi était encore chère, mais le bas de gamme permettait quand même d'écouter décemment du classique. On avait surtout un bien plus grand choix de musique, dans des styles plus variés: classique, jazz Afro-américain, pop, rock principalement. Les disques vinyles étaient accessibles, quoiqu'une véritable discothèque revenait cher.

 

Mais nous avions aussi des cours de musique au Lycée, bien sûr exclusivement centrés sur le classique. Ce qui est tout de même plus consistant que les trois minutes d’un 45 tours de musique pop (je n'en ai jamais acheté). Surtout, ça vibre plus haut! Mes premier achats de musique ont dont été un 33 tours d'orgue par Jean Sebastien Bach, suivi rapidement par la Symphonie Fantastique et le Groupe des Cinq russe. Aujourd'hui encore il m'arrive parfois d'écouter ce genre de musique, qui a gardé son pouvoir d'évocation malgré les années et les expériences sonores multiples. Toutefois le classique est resté trop conventionnel. Ainsi j'avais été déçu par Bach, et son utilisation de l'orgue, simple jeu de contrepoint n'exprimant aucun sentiment, ne valant que par la beauté des sons. Il m'a fallu attendre «Close to the edge» de Yes, «le bal des laze» de Polnareff, ou «Jerusalahim» de Solyma, pour vraiment entendre tirer tout son parti de ce fantastique instrument. Ou 2010 pour entendre un moine Prémontré bien allumé jouer Vangelis aux grandes orgues, lors de la messe des pèlerins de Compostelle, à l’Abbaye de Conques. Même si vous êtes athées, je recommande l'expérience! (Je me suis même amusé moi-même à l’orgue, La guerre des phallos 23 et La Grande odyssée de la Mère 9).

Ceci m'a vite rendu familier avec les magasins de disque de Mont de Marsan. Mais il s'est aussi avéré que ces derniers proposaient aussi de la musique pop d'un autre niveau que les petits chanteurs boutonneux de la radio: Pink Floyd, Deep Purple, Santana, etc. Pour les «45 tours», on avait les Aphrodites Childs (le futur Vangelis), ou l'inoubliable «Venus» «Hot Sand» des Shocking Blues.

En fait je partageais cette activités avec mes frères, car ils avaient à l’époque des goûts et intérêts similaires. A la fin nous avions plus de cinquante disques 33 tours, une «chaine hifi» avec un ampli construit par mes soins, et une «salle de boumes» dans l'une ou l'autre des pièces inutilisées des vieux bâtiments du Boniort. Nous faisions effectivement des parties d'enfer, littéralement: jeter de grosses brassées de fougères sèches sur le feu dans la cheminée, les flammes sortaient alors par le toit!

C'est ainsi que j'ai pris un goût certain pour la musique, préférant toutefois écouter les musiques psychédéliques seul plutôt qu'avec les copains et copines que mes frères ramenaient. En effet bien que ce fut des «copains», il restait impossible de vraiment partager quelque chose de profond. En particulier ils ne savaient pas se taire pour écouter de la musique!! Ce qui ruinait la chose.

 

Cela a mené assez loin: nous avons acheté chacun un instrument!! Une batterie pour Pascal, une guitare électrique pour Serge, et un orgue électronique pour moi. Nous formions alors un «groupe de rock», mais sans aucun sens de la composition, chacun jouant pour soi. Seul Pascal a vraiment appris à jouer de la batterie, mais il n'est pas devenu musicien, plutôt dessinateur. En fait il a eu à faire face au même dilemme que moi: dessin ou musique?

Pour ma part, l'orgue m'a permis de retrouver les bases des accords. En effet je remarquais vite que certaines combinaisons de touches produisaient des sons agréables, alors que d'autres produisaient des sons étranges ou désagréables. Ce n'est que plus tard que j'ai su que cela s'appelait l'accord parfait. Je ne devais me séparer de cet orgue que longtemps après: après ces années d'humidité, les contacts étaient devenus crachotant. Aujourd'hui un logiciel comme Reason permet de jouer et de composer simultanément.

A cette époque, suite à mes prises de consciences nouvelles, je remettait tout en cause avec l'enthousiasme des débutants. Aussi je pensais que les bases de l'harmonie apprises à l'école étaient arbitraires, ou au moins pas uniques. Mais comment le savoir, si tous les claviers sont divisés en douze demi-tons? Je n'ai eu la réponse que un peu plus tard, à l'IUT de Bordeaux. Réponse intéressante, du point de vue spirituel.

 

Plus tard, les années 1970 m’ont vu à Toulouse, avec une chaîne hifi et plus d’une cinquantaine de disques, Pink Floyd, Deep Purple, Santana, et d’autres additions plus tardives comme Gong, Klaus Schulze, Kraftwerk, Jean Michel Jarre, Yes (Close to the edge et Tales from a topographic ocean), qui préfiguraient déjà le Nouvel Age des années 1980. Mais les années 70 vieillissantes amenèrent une baisse de vibration annonciatrice de la vague punk: AC/DC, etc.

 

Ajouté en Février 2024: les années 1960-70 ont vu un phénomène remarquable, qui ne s'est pas vraiment reproduit depuis: la conjonction entre la musique «de la société» et le progrès social. Typiquement ce fut ce que l'on a appelé la musique pop, avec plusieurs variantes, depuis les Beatles jusqu'au hard rock. Mais dès les années 1980, une profonde dissociation s'est produite, entre le punk réactionnaire imposé par la société, et le Nouvel Age libre. La beauté de ce dernier, sans parler de ses constantes allusions à la spiritualité, l'ont fait brutalement censurer. Un début de reconnexion s'est produit en 1990, mais il a été étouffé en quelques mois. Passé les années 2000, avec l'Internet, la musique a éclaté en tellement de styles et de moyens de diffusion, que l'on ne peut plus parler d'une telle division: chacun peut explorer de vastes portions du paysage musical, avec notamment les très efficaces algorithmes de YouTube. Dans ces conditions, n’écouter que de la musique sans vibration dans la télévision est un choix personnel, pas le résultat d'une censure par la société.

 

 

L'électronique

(Permalien) Écrit en Janvier 2020.

Je continuais à m'intéresser à l'électronique. Mes premières réalisations ont été avec un jeu «Le petit électronicien». Aujourd'hui, il est de bon ton de dénigrer ce genre de jeux pédagogiques, censurés dans les magasins et même sur Amazon. Ce sont pourtant de fantastiques moyens de s'approprier un domaine technique, et d'apporter aux enfants connaissances théoriques, tours de mains technique, et énergie pour apprendre. A côté de ça, n'importe quel jeu vidéo de baston a l'air d'un truc pour crétins gesticulants. De plus ce n'était en fait pas un jouet, mais de vrais composants, permettant de faire de vrais circuits (sans soudure). Pendant longtemps je les ai gardés, ou je les ai utilisés à de vraies réalisations. Si vos enfants s'intéressent, le mieux est de leur acheter de vrais composants, et des «planches à pain», connecteurs sans soudure (breadboards). Mais souder n'est pas si difficile, je savais le faire dès 16 ans.

 

Il n'y avais toutefois qu'un seul magasin d'électronique à Mont de Marsan, où je n'allais que contraint et forcé, car ils se moquaient des clients. Je me demande comment ils faisaient pour en garder, probablement parce qu'ils étaient les seuls. Mais bon, ils étaient même pas capables de m'indiquer le brochage d'un potar... Je devais donc obtenir des composants autrement, je ne me rappelle plus comment. Mais déjà mon père en avait apporté pas mal.

 

Ma première réalisation «en soudure» a été un petit ensemble émetteur récepteur de radiocommande. Oh, un schéma tout fait, avec des composants à commander à l'auteur. (Lefébure, je ne me rappelle plus du prénom, auteur de plusieurs livres comprenant de nombreux circuits pour amateurs). C'est cet appareil simplissime qui avait épaté mes profs de Duruy. Dans mon idée, il aurait servi à faire une maquette de notre maison.

Puis sont venus les amplis pour la «salle de boume» au Boniort. Là j'ai du commander un kit pour le circuit imprimé, mais je me suis débrouillé tout seul pour brancher tous les composants à l'entour, plus une télécommande qui mettait l'ampli en route quand nous démarrions la platine. Tout cela marchait très bien.

 

C'est à l'occasion de la fabrication de cet ampli que j'ai commencé à m'entraîner à la sérénité, comme on le verra plus loin à propos de mes premières prises de conscience.

 

 

Le Boniort

(Permalien) Écrit en Janvier 2020.

Comme la plupart des familles, nous rêvions d'avoir «notre maison». En fait l'idée était en l'air depuis plusieurs années déjà: A Saint Dizier, lorsque mon père était déjà à Béchar, je lui envoyais des dessins de «notre maison», pour qu'il choisisse. Comme il avait monté en grade (Adjudant-chef, le plus haut grade sous-officier), et qu'il avait gagné des annuités grâce à ses quatre ans à Béchar, ce projet devenait possible. Encore que Mont de Marsan la xénophobe n'était pas le choix le plus judicieux pour cela.

Pendant des mois, nous sortions presque chaque weekend pour aller voir des maisons à vendre, entourées d'un minimum de terrain. Nous en avons vues, des masures landaises! En fait, ces maisons de torchis, aujourd'hui considérées comme patrimoine, étaient vieilles, grises, humides et insalubres. Mais nous n'avions pas assez pour acheter une maison moderne, et encore moins pour faire construire! D'où cette recherche frénétique d'une perle rare.

 

Nous avons fini par la trouver, sous forme d'une maison semi-moderne en dur, probablement construite dans les années 1930 à 1950, sans toilettes ni réseaux, mais entourée de plusieurs bâtiments plus anciens «la grange» (petite) et «la vieille maison». Cette dernière était une de ces fameuses maisons gasconne typique, basse et ramassée à l'Ouest, côté qui reçoit la pluie, et haute avec un large auvent caractéristique à l'Est. Elle était toutefois laide, grise et décrépite au-delà du réparable, et de fait nous n'avons jamais cherché à y habiter ni même à la rénover.

Ce domaine était vraiment la limite de ce que nous pouvions payer, et encore il s'en est fallu de quelques heures avant que les règles des crédits changent, et que nous ne puissions plus en avoir un. Ce n'était pas le seul problème, il y avait aussi le projet de «la rocade», dont le tracé était encore entouré de flou, mais qui menaçait de couper ou isoler la propriété. Personnellement, aujourd'hui je n'achèterais rien avec une telle menace, mais à l'époque nous pensions que cette rocade était «dans l'avenir», et donc pas un problème.

L’emplacement actuel est à 43°52'16"N 0°30'36"O, mais avec la rocade et la forêt qui a poussé partout, l’aspect d’époque est complètement perdu. Il y avait un grand champ, une vigne, une prairie, deux jardins, une grande cour et plusieurs bâtiments. De grands arbres centenaires, dont un grand chêne américain et un immense pin parasol, ont été sacrifiés pour la rocade. Des lotissements existaient déjà à l’époque, mais ils ont depuis mangé les champs restants, jusqu’à la rocade.

 

Les premiers mois, nous avons du nous laver à la lessiveuse, et aller aux toilettes dehors. Nous avons travaillé d'arrache-pied pour construire une salle de bains, une cuisine, des toilettes, et une fosse septique, en plus du travail scolaire. C'est là que j'ai appris les bases de maçonnerie, qui m'ont été si utiles pour la suite, au Faitg. Et aussi d'électricité. Pendant plusieurs mois donc, il ne se passait pas un weekend sans que nous coulions un béton, et même tous les jours quand il s'est agit de faire des marches d'escalier ou des plots pour un double plancher. Le record toutefois a été une tranchée de... 450 mètres de long, pour l'adduction d'eau potable. Heureusement le sol se laissait creuser assez facilement, tantôt sableux, tantôt glaiseux. Dans le deux cas je me servais d'une pelle-bêche pour couper et enlever des mottes, ce qui permettait d'avancer assez vite sans gros efforts. Si je me rappelle bien, il ne nous a fallu que une ou deux semaines... en pleine révision du BEPC!! Un voisin agriculteur nous a aidés, en creusant un sillon avec sa charrue, sur une bonne partie du trajet. Cela évitait d'avoir à couper l'herbe, certainement la partie la plus fatigante.

Ces travaux ont toutefois révélé une pauvre réalité: cette maison avait été bâclée, construite presque sans fondations, avec seulement un rang de briques pour les murs. On comprend donc pourquoi l'ancien propriétaire s'était fait construire une villa moderne, et avait revendu le reste du terrain pour se la payer, plutôt que de rénover celle que nous avions achetée. Quant à la vieille maison gasconne, l'intérieur ressemblait plutôt à un décors pour Harry Potter, et nous n'avons jamais cherché à y habiter. Nous l'avons utilisée comme garage, comme atelier, comme salle de boumes. Après notre départ, elle s'est naturellement affalée, et en dix ou vingt ans il n'en restait qu'un monticule terreux couvert de ronces. Au moins ces choses se recyclent d’elles-mêmes.

 

Je n'ai toutefois jamais regretté cette acquisition, dont à force de labeur et d'ingéniosité nous avons finalement fait un nid confortable. En effet, l'énorme intérêt était les sept hectares de terrain! Dont trois de champs, que nous avons fait cultiver par les agriculteurs voisins. Mais le reste était des bois, une vaste airiale de chênes, et des pins. Jamais nous n'avions eu autant de nature à notre disposition!!

Nous pouvions donc nous y promener, bâtir des cabanes, explorer. Mais il y avait toutefois une chose que je ne pouvais pas partager avec mes frères: la découverte de la sensualité de la nature! Et ceci dès le premier printemps, nous allons le voir un peu plus loin.

Nous avions aussi créé un jardin, pris sur le champ qui commençait juste devant la maison. Le premier bêchage a été une catastrophe, la terre suintant des fluides irisés malsains, dans ce champ sableux massacré par des décennies d'agriculture chimique. Mais dès la seconde année de soins et de bêchage, terreau et vers de terre sont revenus, nous permettant d'avoir nos légumes toute l'année. Avoir un jardin est une expérience inoubliable, où l'on assiste au cycle complet d'une plante, y compris, si on sait y faire, de sa décomposition dans le sol.

Le chauffage a été un problème tout du long. Au début, il n’y avait qu’une cheminée, qui ne chauffait que la moitié de la salle de séjour. En effet, les cheminées produisent un appel d’air froid sous la porte, ce qui en fait refroidit la pièce plus qu’elle ne la chauffe. Pour y obvier, nous avons placé une entrée d’air spéciale, alimentant le foyer avec des grilles. Plus tard, nous avons construit un escalier intérieur en béton, pour remplacer l’escalier extérieur de bois, pourrissant et dangereux. Ce qui a permis de placer un poêle à fioul sous l’escalier, chauffant les chambres à l’étage par des gaines de ventilation. Comme ce n’était pas suffisant, nous avions aussi un poêle à catalyse dans la chambre. Nous ne le savions pas, mais en fait les chauffages à catalyse devraient être interdits dans les chambres et les lieux confinés. En effet, outre la sensation de jouer aux dés avec la mort, nous respirions du dioxide de carbone, et fort probablement aussi du monoxyde, pendant notre sommeil. C’est peut-être à l’origine d’une sévère dépression que j’ai eu à ce moment, et dons les séquelles continuent (fatigue, aboulie, tristesse). A moins que ce fut les produits chimiques pour «traiter» le bois de la charpente (qui n’en avait nul besoin): l’odeur toxique en est restée plusieurs années.

 

Plus tard, alors que nous les enfants nous égayions chacun dans nos vies respectives, Le Boniort est resté comme lieu de rassemblement, un rappel du bonheur que nous y avions vécu. Pas pour très longtemps malheureusement, car le divorce de mes parents et la rocade ont pris leurs taxes: la propriété a été réduite à moins de moitié, entièrement dominée par le vacarme infernal des camions. Seul mon père est resté là, jusqu'à sa mort en 1999. Pour la succession, ce reste a été mis en copropriété entre nous trois, mes frères et moi. Comme ce n’était pas gérable, mon frère Serge a finalement racheté nos parts, et il est resté le seul propriétaire. Mais il semble qu'il n'ait jamais pris soin de la maison. Je l'ai revue en 2002, inutilisable, pillée des fenêtres et du sanitaire, le toit pourrissant, au point que je n'ai pas osé monter à l'étage récupérer des affaires. Confirmant la nullité des murs et des fondations, une tranchée pour le téléphone avait fait s'effondrer un coin! Depuis, l'emplacement ne montre que des arbres sur Google Earth, aussi je suppose que la toiture a fini par s'écrouler. Ce qui signifie la fin, pour un aussi pauvre bâtiment.

 

 

L'épopée Solex.

(Permalien) Écrit en Janvier 2020.

Il est difficile de parler du Boniort sans parler du moyen que nous avons utilisé pour nous rendre au lycée, à plusieurs kilomètres, quatre fois par jour: des Solex!

Pour ceux qui ne connaissent pas, un Solex n'est même pas une mobylette. C'est un truc unique et improbable, ressemblant plutôt à un vélo, mais lourd, noir et pataud, devant le guidon duquel a été ajouté un petit moteur à deux temps, qui entraîne le pneu avant à l'aide d'un galet. Pour les amateurs de belles motos, un solex est méprisable, et même les amateurs de mobylettes le regardent avec dédain. Mais cette chose, avec sa comparse la 2CV, tous deux issus de l'état d'esprit spartiate et minimaliste durant la guerre, a été très populaire, et le deux-roues le plus utilisé pendant les années soixante: sobre comme un oiseau, increvable, facilement réparable, peu bruyant, et pouvant être conduit sans permis. Un proverbe disait, et nous l'avons vérifié, qu'avec deux Solex qui ne marchent pas, on peut en faire un qui marche. De fait, nous avons effectué pratiquement toutes les réparations nous-mêmes, y compris celles impliquant d'ouvrir la culasse du moteur.

Pour nous adolescents, c'était aussi une nouvelle forme d'autonomie: même habitant assez loin du centre ville, nous pouvions aller partout où nous voulions. Et nous en avons profité, de visiter toutes sortes d'endroits, et même nous rendre aux sorties scoutes à dix ou vingt kilomètres.

Toutefois, à partir de mon arrivée à Bordeaux et jusqu'au début du Faitg, j'ai eu une vraie mobylette Peugeot 103. Cela permettait de faire des voyages de cent kilomètres et plus, et même plusieurs jours d'autonomie en emportant une tente sur le porte-bagage. J'avais acheté une petite canadienne bleue à cette fin, et je m'en suis servi plusieurs fois lors de visites et voyages. Aujourd’hui toutefois c’est considéré comme camping sauvage, et illégal. On ne peut même plus dormir dans sa voiture, comme je l’avais souvent fait dans les années 1990. De plus, cette pratique entraîne souvent des réactions bizarres de la part des gens qui nous trouvent. A éviter donc.

 

 

Caïd notre chien

(Permalien) Écrit en Janvier 2020.

Nous l'avions récupéré à la SPA de Mont de Marsan, un lieux affreux où les éclaireurs aidaient parfois à recycler des cartons. Il avait l’air d’un berger allemand, mais qui, malade et plein de vers, n'aurait pas pu grandir dans ces conditions, et serait resté moitié de sa taille. Nous lui avons donné immédiatement du vermifuge, et il a vomi plusieurs énormes vers gris-rose, lisses et fuselés, de plus de douze centimètres de long et plus de un centimètre de diamètre (Ajouté 2025: ChatGPT dit que c’étaient des Toxocara canis, les ascaris du chien). Après cela, avec de la bonne nourriture et de l'affection, il s'est remis très vite. Sauf le premier jour où il était trop faible, nous n'avons jamais trouvé un seul excrément de lui.

Nous l'avons gardé plusieurs années, et il fut un compagnon constant, affectueux et intelligent. Je me rappelle, quand je partais promener, il suffisait que je l'appelle pour qu'il vienne avec moi, fourrageant dans les taillis à la recherche de je ne sais quoi.

Comme beaucoup de chiens, Caïd a vite appris à ouvrir les portes. Mais il est le seul qui, à ma connaissance, ait appris à les refermer. Il en a fallu du temps et des cajoleries!!

Nous avons aussi eu un autre chien noir de jai, que j'avais appelé Tostus. Il était bon à rien comme chien de garde, mais espiègle et déluré, et donc finalement attachant. Toutefois un jour il a disparu, et quand j'en ai parlé à ma mère, elle a dit «c'est comme ça, il ne faut plus penser à lui». Il est clair qu’elle ne l’aimait pas. J'espère qu'elle l'a donné, pas fait piquer. Mais elle n'en a jamais rien dit.

 

Malheureusement, après le divorce de mes parents, nous ne savions plus quoi faire de Caïd. Dans mon logement de Toulouse, avec ma mère, il était malheureux. Nous l'avons alors ramené au Boniort, avec mon père devenu triste et taciturne: Caïd ne l'aimait pas. C'est là qu'il a fini ses jours, sans vraiment d'affection. C'est pour cette raison que j'ai décidé de ne plus avoir d'animaux: dans une vie si instable, ils sont souvent les laissés pour compte. Même des plantes se sont avérées un problème. A l'exception du Faitg, où nous avions des cochons d'inde, des tourterelles et deux canes. Mais c'était une communauté, avec toujours quelqu'un sur place pour s’occuper des animaux. Nous avons aussi eu des lapins, et j’ai même une fois réussi la gageure d’attraper à mains nues un lapin qui s’était échappé, lol ils étaient vraiment pas farouches.

 

 

Premières prises de conscience

 

(Permalien) Écrit en Janvier 2020, revu en Septembre 2025.

 

Ce qui suit, bien que totalement invisible pour les autres, a eu des conséquences énormes sur ma propre vie, comme on le verra dans le prochain sous-chapitre: une décision cruciale.

 

Avant cet été 1969, j'étais un «jeune comme tous les autres», tout juste intéressé par la musique pop ou rêvant d’une gentille compagne dans une communauté Hippie. Toutefois mes premières prises de conscience spirituelles allaient tout changer, et altérer dramatiquement le cours de ma vie. Un cap irréversible avait été franchi, et rien ne serait plus comme avant. Mais je n’étais pas encore arrivé au port, comme on le verra dans les autres chapitres. En fait, sans le savoir, je m’étais engagé dans ce que l’on appelle le chemin spirituel, une série de transformations de plus en plus étonnantes et radicales, qui continue encore aujourd’hui 2025, bien plus loin que je ne l’avais imaginé.

Malheureusement, beaucoup restent coincés à divers stades du processus, et j’ai moi-même été bloqué à plusieurs reprises, par exemple lors de ma période gauchiste, ou la période nouvel Age. La raison en est que en fait il n’y a pas une, mais plusieurs prises de conscience, de différentes choses. Chacun les fera dans un ordre différent, et chacune est un défi propre, pour la comprendre et la réaliser. Heureusement on est aussi guidé. Tout va donc bien, si on capte la guidance… une fois qu’on a compris comment elle fonctionne.

 

Mais commençons par ce qui s’est passé cet été 1969.

 

1968, avec le redoublement ethnique à Duruy, avait été une année négative pour moi. Mais 1969, avec la découverte de la nature au Boniort, et mon succès au BEPC malgré le pelletage de 450 mètres de tranchée pendant les révisions, a été une année positive... bien plus que ce que je m'attendais.

En 1969, en même longtemps après jusqu’en 1990, des mots comme «prise de conscience» ou «spiritualité» étaient totalement inconnus, tandis que sectes et bigoterie religieuse faisaient une désinformation amplifiante très efficace. Toutefois, les Hippies avaient commencé d’ouvrir la brèche. Mais inutile de dire qu'à Mont de Marsan on n'avait que très peu d'information sur eux, tout juste quelques données filtraient. Bon, je me rendais déjà compte que les Hippies tentaient de démarrer quelque chose de bien, avec la beauté psychédélique et la révolution sexuelle. Centrés sur le bonheur donc, au lieu de tous les trucs mazos et pétainistes de la société majoritaire. (Pétainiste n'est pas une exagération: les pièces d'aluminium frappées de la honteuse francisque venaient tout juste de disparaître des porte-monnaies, et l'état d'esprit était encore très présent).

A l ‘époque il n’y avait pas de réseaux sociaux pour savoir de leur propre bouche ce que les gens pensaient. Ainsi, des Hippies, on ne savait pas grand-chose, et seulement de seconde main. Ce que l’on savait en gros est qu'ils vivaient dans des communautés. Toutefois, comme le disait un article que j'avais lu à l'époque (probablement dans une revue sur le rock ou sur la musique pop, genre «rock et folk»), il y avait «des disputes» dans ces communautés, et en 1969 beaucoup s'étaient déjà disloquées. Comment des gens d’accord pour rechercher le bonheur ensemble pouvaient-ils encore se disputer? C'était un total mystère pour moi.

La réponse, aujourd'hui, tout le monde la connaît:

-Beaucoup n'étaient pas sincères (les drogués, les gauchistes, et les fameux zonards, tous ces gens qui ont aussi détruit la plupart des communautés soixante-huitardes en France).

-Même pour ceux qui l'étaient, il n'est tout simplement pas facile d’éliminer nos anciens conditionnements. Un changement d'opinion ne suffit pas!! Heureusement j'ai eu la chance de comprendre cela dès le début, comme on va le voir dans quelques lignes.

 

A l'époque, faute de précédents historiques connus, on ne savait pas que changer d'opinion ne suffit pas. Depuis l’antiquité, les gens souhaitant un monde meilleur se rassemblaient ou se séparaient seulement sur la base d’opinions!!! Toutefois une petite phrase m'a mis la puce à l'oreille: certains Hippies s'entraînaient à mieux vivre ensemble. Je serais bien incapable de me rappeler où j'avais lu ça. Probablement dans une revue sur la musique pop. Mais la petite phrase a fait tilt.

J'avais bien remarqué qu'il m'arrivait de me mettre en colère, ce qui était contradictoire avec l'idée d'une meilleure société. Mais si je pouvais m'entraîner à rester calme? Mes premiers exercices, je les ai essayés alors que je câblais notre ampli pour notre salle de boumes au Boniort. Dans ce genre d'activité méticuleuse, on a vite fait de s'énerver: chercher un outil, un fil qui s'obstine à se gondoler hors de la position que l'on souhaite, etc. Ce fut donc mes premiers exercices spirituels, en écoutant Santana Abraxas ou Tina Turner. Et surprise, c'était finalement assez facile, à partir du moment où on le fait vraiment. La seule difficulté en fait est qu’il faut toujours recommencer. La réussite ne se mesure pas en totale élimination de la colère, mais en la rapidité avec laquelle on l’élimine. Idéalement, avant de dire ou faire quelque chose de mal.

En fait ce n'est même pas une nouveauté, je n’avait fait que redécouvrir ce que d’autres faisaient déjà. Ainsi, Gandhi parle des efforts qu'il a du soutenir contre ses propres colères, et de tels entraînements sont à la base de la spiritualité depuis 2500 ans ou plus.

 

Mais lors de cet été 1969, les choses allaient prendre un tour bien plus radical.

 

La cause technique a été une panne de notre radio. Un composant gros comme une tête d'allumette, un minuscule condo qui faisait le grand écart entre deux circuits imprimés, assurant la transmission entre les étages FM et la partie BF.

Mais «à cause de», ou plus exactement «grâce à» cette panne, nous sommes restés tout l'été sans les «informations» sadomasochistes. Plus de crise terrifiantes, plus de meurtres sinistres, plus d'accidents atroces, plus de catastrophes, plus de dévaluation, plus de trognes de politiciens arrogants et leurs discours autoritaires ou sadiques, plus de ces barjots excités qui hurlent après un ballon, plus de guerre, plus de famine... (non pas que je recommande de vivre dans l'ignorance de ces choses, mais à quoi bon se noircir l'esprit avec, si de toutes façons on n'y peut rien).

 

Nous avons d'abord eu un magnifique printemps. Je me rappelle, j'essayais de mettre des fleurs dans mes cheveux, comme les Hippies. Mais avec (encore à l'époque) les cheveux courts, je ne ressemblais pas vraiment à un Hippie, ha ha ha!

Puis un été en famille, jouissant de la nature, et de nos diverses activités. Ce fut certainement le meilleur moment de notre famille, même mon père évitait ses colères et se comportait de manière positive, jouant au marrant. (Il faut dire que je lui avais mis les points sur les i: si il cherchait la violence, j’étais maintenant aussi fort que lui, et surtout qu’il ne s’avise pas de toucher à notre mère).

Certes Béchar avait été bien, mais nous étions maintenant des adolescents, recherchant copains et copines, et Béchar nous aurait paru étroit. Au Boniort nous pouvions courir, bricoler, entendre des oiseaux, faire des manips comme des fusées, inviter copains et copines à nos boumes, etc. Même travailler sur la maison nous faisait l'effet d'un jeu. Mont de Marsan venait d'ouvrir un des premiers supermarchés du bricolage, et nous avions tout de suite aimé cet endroit clair où se trouvaient tant de ressources (de tels lieux existaient déjà avant, mais gris, sombres, froids et masos. De la lumière et de la couleur changent tant les choses!). J'apprenais les métiers du bâtiment avec une facilité surprenante: le béton, l'électricité, la plomberie. Nous avions un mini-livre de la collection «Que sais-je», dont je n'ai pas retrouvé le titre, mais très pertinent et suffisant pour ce que nous faisions.

 

Puis l'automne est arrivé, et avec lui la rentrée, les obligations... et le poste réparé, apportant à nouveau son flot nauséabond de grises nouvelles, entre autre une dévaluation. Les gens nés depuis l'Euro ne savent pas ce qu'est une dévaluation. En fait, on ne nous a jamais dit ce que c’est, juste que tous les politiciens et les speakers de la radio sortent leurs têtes les plus sinistres, les infos font des musiques dramatiques, etc. Dans le monde étrange des médias et des politiciens, c'était bien plus grave que le conflit du Biafra, en cours au même moment, où un million de personnes étaient en train de mourir de faim. En comparaison, une dévaluation est un indécent caprice de riches, qui accaparait pourtant toute leur conscience, leur faisant fort opportunément oublier le Biafra.

 

Cet incident a commencé à me faire réaliser ce décalage entre ces discours sinistres, et la réalité ensoleillée que nous avions vécue cet été. Je me rappelais que les médias avaient menti à propos du concert d'Antoine. Se pouvait-ils qu'ils mentent tout le temps? J'étais bien forcé de le constater: leurs sinistres jeux de dévaluation n'avaient pas du tout empêché le soleil de briller, ni le blé de pousser. Ces choses masochistes étaient donc des inventions, qui n'avaient d'effet sur le monde que par les actions délibérées de ceux-là seuls qui y croient!!!

En effet, il apparaissait clair que si on retirait la croyance en l'existence de l'argent, alors pof, il n'y aurait plus de dévaluations, plus de crises!

Se pouvait-il que l'ensemble de leur système s'avère faux, de proche en proche, comme un pull qui se détricote entièrement en tirant sur un seul fil? Plus rien ne tenait: leurs obligations, leurs guerres, leurs croyances, tous les sacrifices qu'ils nous demandaient, les pays, le travail, l'argent, tout n'était qu'un jeu de rôle vide de sens, par des gens qui l'acceptaient stupidement, qui n'avaient aucun esprit pour faire mieux, ni aucun coeur pour chercher mieux. Je n'avais qu'à regarder mes camarades de Duruy: en 1969 j'étais certes dans une meilleure classe, avec des meilleurs profs, avec relativement peu de moqueries. Mais je ne pouvais pas davantage communiquer avec eux, pour parler d'autre chose que de foute ou de maquillage. Même ces «jeunes» libres et neufs, étaient déjà des vieux, aussi réacs et fermés que les beaufs de Cabu.

 

La conclusion qui s'imposait était que la plupart des gens vivent dans un monde d’illusions, qui les poussent à commettre tout un tas d'actions désordonnées et nuisibles, tant pour les autres que pour eux-mêmes. Et pour avoir une meilleure société où être heureux, il n'y a en fait rien de compliqué ni de difficile à comprendre, il suffit d'arrêter de croire en ce système idiot et masochiste, et de ne tenir compte que de la vraie vie.

 

A ce moment la chose m'apparaissait extrêmement simple. Depuis bien sûr j'ai trouvé plusieurs pièges, mais la chose reste simple à la base, et explicable en quelques minutes.

Toutefois dès que j'essayais d'expliquer un peu les choses, les réactions étaient curieuses, et surtout automatiques. En premier une sorte de oui oui qui encourageait à continuer, puis des objections (au mieux), montrant que finalement la personne comprenait la prise de conscience, mais la refusait. Ce n'est pas qu'elle ne comprenait pas, ni même qu'elle n'aimait pas la prise de conscience, mais à un moment elle refusait de la faire. Presque délibérément, en tous cas automatiquement. Exactement comme mes copains d'école maternelle, qui refusaient d'admettre que le Père Noël n'existe pas!! Évidemment, ce moment est variable d'une personne à l'autre. Un sociopathe commencera à vous contredire dès l’instant où il comprend qu'il peut être désagréable de cette façon. Mais une personne psychiatriquement normale le fera aussi, à partir du moment où elle sent son monde de croyances imaginaires menacé. D’autres encore font oui oui, et semblent d'accord, mais ils continuent à se comporter selon les injonctions du dit système, comme de parler de foute au lieu d'admirer la beauté de la vie. Dans les meilleurs cas, ils acceptent de rejeter le système, mais pour le remplacer immédiatement par un autre: c'est ce qui arrive avec les fausses alternatives comme le marxisme, le sans gluten, le conspirationnisme, les sectes, etc.

 

J'appris donc vite à garder la chose pour moi. Heureusement avant d'avoir des ennuis. Je n'ai jamais pensé que c'était moi qui était fou, mais je m’étais déjà rendu compte depuis longtemps que quelque chose ne tournait pas rond avec les autres. Leur adhésion inconditionnelle à leur douloureux système anti-vie le démontrait clairement. Aussi je renonçais assez rapidement à en parler, y compris avec ma propre famille. Ce dernier point explique que en fait j'ai quitté le Boniort dès que j'ai pu, ne revenant même plus pour les vacances (à partir de 1974). Ce Boniort aurait pu rester un point de rassemblement ou de vacances pour notre famille, mais il y manquant maintenant l’essentiel, que j’essayais de trouver ailleurs.

A l'époque il y avait peu de moyens de communication. Mais il y en avait: revues, livres. Je lisais des revues, m'intéressais. C'est ainsi que je découvris Mensa, puis la non-violence et l'écologie. Mais ce n'est pas avant d'arriver à Bordeaux que j'entrais vraiment en contact avec des gens qui dénonçaient le système... en apparence. En réalité, c’étaient des gauchistes, le piège le plus meurtrier du 20eme siècle! Il y avait ainsi plusieurs niveaux de piège entre ma prise de conscience simple, naïve, et une véritable spiritualité, qui ne fut pas avant 1992.

 

 

Une décision cruciale

(Permalien) Écrit en Janvier 2020.

Quoi qu'il en soit, c'est bien en cet été 1969 que j'ai pris une décision cruciale: de consacrer ma vie à tenter de faire comprendre à tous la prise de conscience pour un monde meilleur.

Je savais que pour cela il me faudrait renoncer à beaucoup d'autres possibilités: fonder une famille, ou des loisirs comme le modélisme ferroviaire. De toutes façons je me rendais bien compte que je ne pourrais jamais connaître un véritable bonheur dans ce monde bizarre et tordu. Mais si ce sacrifice apportait quelque chose à d'autres plus tard, alors ma vie aurait au moins été utile, faute d'être heureuse.

Aujourd'hui, cinquante ans plus tard, et malgré les déboires ultérieurs (ma période gauchiste à Bordeaux, les illusions du Faitg, et la répression des mondes virtuels), je me tiens encore à cette décision. Je me rend compte que peu feraient cela: j'ai vu tant de gens suivre une mode, et renoncer à leur aspiration dès les premières contrariétés. L'esprit humain est encore si faible.

 

Mais il y a deux choses de sûres:

1) je n'ai aucun regret, et

2) ma motivation est restée intacte.

 

Je n’aurais jamais été heureux de toutes façons, à singer ce monde absurde avec ces gens masochistes qui font tout un tas de trucs bizarres, tout en passant à travers les choses intéressantes sans les voir. Même le sexe est devenu trop compliqué! En fait, en faisant comme j’avais décidé, j’ai eu certes des moments d’intense souffrance et beaucoup de temps morts, mais globalement je pense que j’ai été plus heureux que si je n’avais rien fait. Et surtout, j’ai rencontré beaucoup plus de gens intéressants !

 

Fait intéressant, beaucoup de choses dont j'ai soupçonné l'existence se sont avérées en fait déjà connues: spiritualité, survie après la mort dans des mondes spirituels, etc. Même mon idée de se préparer à l'après-vue en visualisant un «espace vectoriel» paradisiaque est connue depuis des siècles par le Bouddhisme de la Terre Pure. Et plusieurs philosophes appris au lycée avaient déjà pavé mon chemin! De Nietzsche et son surhomme (en fait une personne psychologiquement normale, comme je l'entendais), à Diogène ou Spinoza et leur rejet du système sadomaso, je ne suis pas du tout une exception, ni même quelqu'un de remarquable: simplement un être humain normal, de mon époque, qui fait ce qu’il y a à faire, sans arrière-pensées. Et c'est bien mieux comme ça.

 

De plus j'ai eu la satisfaction de voir plusieurs prises de consciences importantes, à l'échelle de la société: écologie, spiritualité, non-violence, paix... finalement je n'étais pas du tout le seul!

 

 

Ajouté en 2025:

C’est une sensation assez étrange de vivre conscient parmi des gens qui ne le sont pas. Si peu les séparent de la vraie vie, mais on les voit toujours prendre les aiguillages dans le mauvais sens, et ils semblent ignorer les solutions les plus évidentes. Cela est particulièrement visible au cinéma ou dans les livres, où les personnages s’imposent de terribles souffrances et pertes, tout en ignorant les solutions simples et évidentes. Mais la réalité est souvent pire que la fiction.

 

Bien que ces gens soient si proches de nous, on ne peut pas communiquer avec eux, comme si une vitre invisible nous séparait. Bien sûr on peut parler, y compris de la vraie vie. Mais les paroles sont toujours bloquées avant d’atteindre le point où leur conscience ferait tilt et comprendrait la vraie vie elle aussi. Au point que, même si des extraterrestres pouvaient venir sur Terre, ils ne chercheraient probablement pas à nous aider. C’est ce que j’appelle l’hypothèse du nid de fourmi, qui pourrait à elle seule expliquer le paradoxe de Fermi. Au point que ce paradoxe jouerait même entre Humains: ceux qui sont conditionnés par le système ne voient pas ceux qui en sont libérés! La vitre invisible, transparente pour nous, est opaque pour eux. Et si parfois on arrive à les toucher, alors ils prennent ces tentatives pour des attaques terrifiantes.

 

Une autre excellente comparaison est comme si ces gens vivaient les yeux bandés: il tâtonnent, se cognent, tombent dans des trous, marchent dans le feu, suivent des faux guides, ou simplement ils restent là sans bouger, malgré tous les plaisirs à portée de main. Une personne consciente a, en quelque sorte, retiré le bandage, et elle voit les bons chemins et les objets utiles comme des évidences. Mais quand elle parle de retirer les bandages, les autres la regardent bouche bée, disant qu’elles ne comprennent pas, allant jusqu’à refuser la main qui leur montre comment retirer le bandage! Pire, il y a une zone où le sol est chauffé au rouge: les personnes aux yeux bandés trouvent toutes sortes de raison pour y pénétrer, et une fois là elles souffrent énormément, de leurs propres mains. Mais leurs illusions sont plus importantes que de mettre fin à la souffrance! On voit cela très bien dans les discours extrémistes, politiques ou religieux, où il faut supporter les pires souffrances au nom d’affirmations idéologiques.

 

Un test simple de savoir si les gens sont conscients est de les mettre dans une belle nature, ou avec une belle musique vibrante. Si ils se mettent à discuter de platitudes au lieu de jouir de la situation, vous êtes fixés.

 

Etre le seul conscient dans ces conditions est assez effrayant, et on comprend que beaucoup ne s’occupent que de sauver leur propre personne. Mais le problème est l’énorme somme de souffrance que tous les gens inconscients endurent, de leur propre création. De là la décision que j’ai prise, appelée, je ne le savais pas, la voie des Bodhisattvas.

 

Quelquefois on se demande si ce n’est pas nous qui sommes fous. Mais tout examen montre que non. Une fois une psychiatre m’a examiné au Faitg (une vacherie de Viviane), et elle a arrêté au bout de dix minutes. Bon…

Même le phénobarbital ne m’a rien fait, ha ha ha!

 

Ou bien, on se demande si nous ne sommes pas dans un solipsisme, où les autres ne sont que des mirages sans conscience (et donc sans libre-arbitre ni sensibilité), comme des personnages de jeu vidéo. Voilà qui expliquerait facilement toutes les absurdités et les souffrances du système! Des personnes inconscientes ne souffrent pas...

Curieusement, la voie des Bodhisattvas marche même dans ce cas: s’améliorer soi-même améliore alors le monde qui nous entoure. Bon je ne peux pas être totalement sûr de ne pas être dans un solipsisme, mais si vous êtes conscient vous aussi, alors vous savez que je ne suis pas dans un solipsisme.

 

Le plus grave est que certains, notamment les sociopathes, comprennent très bien la prise de conscience, mais ils la combattent activement. En effet, dans un monde conscient, ils n’auraient plus aucun pouvoir, et si ils continuaient à faire les nazes ils se retrouveraient dans des centres de retraite spirituelle solitaire. On le voit aujourd’hui 2025 avec la dictature des crétins aux USA, qui combattent ce qu’ils appellent le «wokisme», c’est à dire en fait la prise de conscience, sous prétexte des excès du mouvement woke. Eux au moins ont parfaitement compris que en 2025 la prise de conscience n’est plus le fait de quelques individus isolés faciles à ignorer, mais qu’elle est bien entrée dans la société! Il leur faut donc passer au stade suivant: la répression. (selon les quatre stades de l’acceptation d’une idée nouvelle: 1) l’ignorer 2) s’en moquer 3) la combattre 4) l’accepter)

Dès les années 1970, certains combattaient déjà la prise de conscience, bien que personne n’en parlait encore. Je me souviens d’un de mes profs d’IUT qui m’avait coincé dans un coin pour m’expliquer que la « prise de conscience» était d’accepter le capitalisme et de travailler. Probablement croyait-il savoir ce que je pensais, pour avoir lu des revues comme Charlie Hebdo ou la Gueule Ouverte, qui commençaient à tripoter ces sujets. Mais l’idiot avait tout compris de travers: la prise de conscience n’est pas de changer d’idéologie, c’est d’abandonner toute idéologie.

 

 

Bon, à ce stade, en 1969 j’ignorais totalement comment j’allais m’y prendre, rêvant plutôt de me planquer dans quelque bunker avec d’autres personnes conscientes, au cas très improbable où j’en rencontrerais. Ou bien je me plaçais à des points remarquables lors des concerts, afin de me signaler à d’autres personnes conscientes. De plus, j’étais encore dépendant de mes parents, et de leurs décisions pas toujours favorables, comme on va le voir dans la page sur Brest, Pau et Bordeaux.

 

 

Les Hippies, Mai 68, le Mouvement Communautaire en France.

(Permalien) Écrit en Juillet 2025

Je rassemble ici des choses différentes, mais qui forment quand même une continuité.

Quand on parle des Hippies, on pense à des communautés de jeunes aux cheveux longs, portant des habits colorés, pratiquant l’amour libre et les drogues psychédéliques. Cela a existé, mais en fait le mouvement des jeunes aux USA était plutôt basé sur le refus du racisme avec Luther King, ou sur la non-violence avec le refus de la guerre du Vietnam. Si l’on écoute Joan Baez, l’égérie du mouvement, on entend des paroles certes militantes, mais rien qui ressemble à de la musique psychédélique du genre de «Close to the Edge» de Yes. J ‘avais même été déçu quand je l’ai entendue! En fait le mouvement a plutôt été un idéal, certes largement partagé dans la jeunesse, mais peu allaient «jusqu’au bout» de vivre en communauté en laissant tomber complètement le système. Mais surtout le mouvement était en fait très diversifié, tant dans ses objectifs que dans les modes de vie ou la musique qu’ils écoutaient.

Par exemple les «Beatniks» étaient plutôt athées et de gauche, écoutant du rock. Très différents donc des Hippies apolitiques en recherche spirituelle.

Parlant de la gauche, et particulier de l’extrême gauche, ils ont tenté de prendre le contrôle du mouvement, comme ils le font avec tous les mouvements populaires. On a même eu des «Yippies» communistes, comme Jerry Rubin. Mais les médias lui ont donné une importance qu’il n’avait pas: si la plupart des Hippies étaient progressistes, peu se reconnaissaient dans aucune forme de politique classique, gauche comprise.

Cet entrisme marxiste extrinsèque a par contre beaucoup excité les politiques de droite, et des services comme la CIA et le FBI, qui se sont engagés dans des activités de harcèlement et de dénigrement, leur sinistre COINTELPRO contre les Hippies, les anti-racisme et les féministes. On était alors à l’apogée d’horreurs comme le MK-ULTRA et l’industrialisation du coups d’état facho en Amérique Latine. Ces crimes ont beaucoup contribué à la radicalisation de certains militants, mais aussi à la désorganisation du mouvement Hippie, trompé et découragé par les propagandes des deux côtés.

En plus de ces forces destructrices externes, le mouvement Hippie était miné de l’intérieur par de sérieux défauts:

-La drogue, sensée être un «raccourci spirituel», ne menait en fait qu’à un matérialisme exacerbé, rendant impossible la transformation spirituelle nécessaire pour réaliser l’idéal.

-L’idée qu’il faille tout tolérer, qui a rendu les communautés invivables

-La méconnaissance de la spiritualité, qui a conduit tant de chercheurs sincères à adhérer à des sectes.

-Le dualisme anti-société, menant à s’isoler et rejeter de bonnes choses.

Ainsi, le mouvement Hippie reste un merveilleux souvenir, mais personne ne tente plus de le réanimer. Il a de toutes façon réalisé une bonne partie de ses objectifs:

-Liberté de s’habiller comme on veut

-Liberté sexuelle, dépénalisation de la contraception (oui vous avez bien lu: c’était interdit. Quand je dis que le système est une maladie, c’est très en-dessous de la réalité)

-Progrès contre les discriminations raciales, sexuelles, etc.

-L’appropriation de la spiritualité, même si il a fallu se taper les sectes et les illusions du Nouvel Age. Aujourd’hui quiconque cherche dans ce domaine sait où chercher. On le doit en partie aux Hippies, en particulier à des Hippies à Katmandou qui ont contribué à rendre les enseignements Bouddhistes accessibles aux Occidentaux, par exemple avec la fondation du monastère de Kopan et de la FPMT.

 

Mai 1968 a été un mouvement beaucoup plus politisé et revendicatif (Qui n’a pas atteint Mont de Marsan, mais j’ai vu l’état d’esprit chez certains de mes camarades Eclaireurs). Il est largement crédité de nombreuses idées libertaires en fait dues aux Hippies, dans les pays Européens qui étaient passés à côté des vrais Hippies. Toutefois c’était bien plus un affrontement politique, fréquemment violent, entre une extrême-gauche plus ou moins informelle et une société vue comme de droite et irrémédiablement pourrie. Par exemple, à cette époque on qualifiait la pudibonderie sexuelle de «bourgeoise» voire de «Judéo-Chrétienne», on ne saurait mieux polariser une recherche de liberté qui en fait se répandait dans toutes les classes sociales, souvent chez les riches en premier.

Un aspect rarement évoqué de Mai 68 est qu’il est contemporain de la révolution «culturelle» en Chine, une frénésie sadique de massacres et de destructions, en particulier d’édifices religieux. Ces destructions ciblant la spiritualité, souvent accompagnées de grotesque mises en scènes comme de faire tuer les parents par leurs propres enfants, ont fait de la révolution «culturelle» un gigantesque rituel satanique contre les mouvements spirituels mondiaux qui servaient de fond aux Hippies et à Mai 68. On comprend que ce rituel ait provoqué de telles convulsions et violences mondiales, par des étudiants ou des ouvriers qui autrement auraient fait aboutir leurs idées de manière plus pacifique. On comprend aussi que toute spiritualité réelle se soit retirée de ces mouvements, et n’ait refait surface que des années après, 1978 ou plus, une fois la fumée des lacrymogènes retombée.

 

Le Mouvement Communautaire, ou Mouvement Marginal, a été une tentative de continuer les communautés des Hippies, comme arme politique contre la société «bourgeoise». Présenté de cette façon, on comprend vite que c’était en fait une tentative d’entrisme gauchiste dans le mouvement Hippie, bien que en 1973 ce dernier avait déjà pratiquement disparu, même aux USA. J’ai par contre pu «tester» moi-même ce mouvement dans ma période à Bordeaux en 1974, ce qui me donne autorité pour le décrire plus précisément, son idéologie, ses chèvres, ses poux. De fait, l’idéal Hippie vu à travers les filtres marxistes donnait un mélange assez improbable, par exemple la liberté sexuelle pour les femmes mais pas pour les hommes. Autre exemple, je me souviens avoir lu un manuel du bon communautaire, où il était expliqué qu’il fallait des chèvres plutôt que des vaches, car ces dernières nécessiteraient des structures plus importantes, donc plus capitalistes. C’est suite à ça que «élever des chèvres» est devenu synonyme de communauté Hippie, de retour à la nature, voire plus récemment d’écovillage. Mais je n’ai jamais entendu mentionner d’animaux dans les communautés Hippies.

 

Ajouté en Aout 2025: A l’inverse, ces gens avaient refusé le charmant livre de Jacques Massacrier «Savoir revivre», lui reprochant d’avoir été «cadre dans une entreprise». Mais en cherchant des références j’apprends (2025) que sa communauté existe toujours, à Ibiza, ainsi que sa revue Regain. Au moins lui a fait quelque chose, et il na pas abandonné dès que le vent électoral a tourné.

 

 

Le dénigrement des Hippies

(Permalien) Écrit en Juillet 2025.

Le dénigrement des Hippies fut le fait de gens qui avaient peur de devenir homosexuels. Cette peur s’est transmise contre tous les mouvements suivants: écolos, spirituels, etc. Oui je sais c’est idiot, mais c’est la seule explication logique à cette peur sadomasochiste du progrès social.

Le dénigrement des Hippies est arrivée dans une société Américaine qui était relativement unie et consensuelle depuis la seconde guerre mondiale, ou au moins ne montrait pas ouvertement de grands conflits ou clivages. Comment est-il apparu alors? On pense, comme avec les ovnis, à la propagande de la CIA et autres, aidée comme d’habitude par des marxistes, pour rendre conflictuel ce qui n’avait pas besoin de l’être.

Toutefois les scientifiques ont mis à jour une cause plus profonde, que je soupçonnait depuis longtemps. Ainsi un article sur Phys.org indique que la misogynie est la «gateway drug» qui mène à toutes les autres formes de violence et d’extrémisme. Un autre article de phys.org montre que la misogynie et le meilleur prédicteur de la violence. Encore un autre article sur Phys.org montre que misogynie et homophobie sont perçus par les perpétrateurs comme un jeu sans conséquences. Ces faits sont confirmés par mes propres expériences de bizutage à Duruy le misogyne, par leur absence à La Barga, et de nombreuses autres depuis: cette violence homosexuelle n’apparaît que quand il n’y a pas de filles.

 

Tout cela confirme une intuition que j’avais depuis longtemps: environ 20% des gens (chiffre cité dans les papiers ci-dessus, ou bien celui des «toujours mauvais» dans l’expérience de Stanley Milgram) éprouvent un besoin compulsif de rabaisser les femmes, ou de rabaisser d’autres hommes si ils n’ont pas de femmes sous la main. Bon, si il y a un homosexuel (réel ou supposé) dans le groupe, il servira automatiquement de «paratonnerre». Si il n’y en a pas, ce seraient des traits jugés «homosexuels» ou «féminins» qui désigneront leurs victimes aux yeux des malades. En ce qui me concerne, je ne fais pas de «dégaines» ni ne cherche à m’imposer ou me singulariser: cela suffisait apparemment à me faire considérer comme «homo» (bien que je ne le soie pas du tout). Ce qui explique très bien que plusieurs dizaines de ces malades aient pu instantanément me considérer comme leur cible, sans avoir besoin de se concerter. Dans le cas des surveillants et profs de Duruy, ils n’auraient jamais «perdu mon dossier», ils m’auraient identifié comme «homo» dès mon arrivée dans la cour (ou du fait que nous arrivions d’Algérie, j’ai eu des réflexions à ce sujet). Le cas le plus intéressant toutefois est celui du MLAC, que nous verrons dans une prochaine partie à Bordeaux, où c’est une femme qui m’a agressé. Apparemment, dans la hiérarchie parallèle des guenons, les sociopathes féminines veulent aussi «féminiser» des hommes pour se rassurer sur leur propre «virilité», ha ha ha!

 

Ainsi, les Hippies auraient été dénigrés simplement d’être non-violents, ce qui, vu les préjugés à l’époque, les faisait considérer comme homosexuels (les véritables critiques, drogue, liberté abusive, dualisme anti-société, étant bien moins mentionnées). Puis, avec la disparition du mouvement, cette critique s’est vite retrouvée en roue libre, faute de cible. Mais la névrose est restée: chez ces gens, la peur d’un groupe homosexuel menaçant leur faisait voir de tels groupes partout.

Ainsi, dès que des militants écolos sont apparus, ils ont rapidement été désignés comme «homosexuels», créant un racisme anti-écologie qui est aujourd’hui plus dangereux que les vrais risques comme le nucléaire, les pesticides ou le changement climatique.

Puis, dans les années 2000, et plus précisément depuis l’arrivée des premiers enfants non mutilés par le plomb tétraéthyle, c’est finalement toute la société qui est qualifiée de «woke», en un magistral retournement de paradigme ce sont les anciens «défenseurs de la société normale» qui deviennent une forme de subversion anti-sociale, avec leur extrême-droite, conspirationisme, déni climatique, racisme, homophobie, et bien sûr misogynie.

Des gens qui, rappelons-le, sont en fait des homosexuels refoulés, vivant dans la peur perpétuelle d’être reconnus pour ce qu’ils sont.

 

 

Les films sur les hippies

(Permalien) Écrit en Janvier 2020.

J'étais enthousiasmé par la sortie de films sur les Hippies! Mes camarades arriérés de Mont de Marsan allaient enfin savoir ce qui se passait dans le monde réel!! Mais là aussi, la déception fut rude: ce n'étaient pas des films d'information, mais des films d'intox.

Les chemins de Katmandou commençaient bien, avec la vision d'une jeune hippie couvrant le héros de fleurs. Mais ce n'était pas un film sur les hippies, c'était un film les dénigrant, avec des histoires de drogue, de bandits, de prostitution. Il y avait même une scène de désacralisation d’un temple, alors qu’en réalité les Hippies venaient pour la spiritualité. Film pourri. A oublier, passé la scène des fleurs. Bon, avec l’alcoolo réac Serge Gainsbourg et le compliqué Barjavel aux commandes, à quoi fallait-il s'attendre.

Ce genre de films malveillants est ce qui arrive quand des cinéastes capitalistes athées psychoprimitifs s’approprient un thème, n’allant pas plus loin que l’apparence visuelle des personnages, sans essayer de comprendre ce qu’ils sont vraiment à l’intérieur. Ils font alors un film où ils se montrent en faits eux-mêmes, leur propre mentalité, leur propre monde de violence, de conflits et de matérialisme. De là ces générations de films reproduisant les mêmes scénarios de thème en thème, où il suffit juste de remplacer les costumes pour faire le suivant: péplums, cowboys, Hippies, extraterrestres, sorcières, etc.

More, avec en plus la musique de Pink Floyd, commence également par un magnifique générique de soleil rayonnant, avec une musique envoûtante qui parle d'amour et de lumière. Mais on découvre très vite que le film est, là aussi, de bandits et de barjots qui se droguent, dans un espèce de donjon sadomaso tenu par un psychopathe ancien nazi. Rien à voir avec aucune prise de conscience. Une formidable déception.

Ces jugements paraîtront durs, et pour les modérer on peut rappeler que la drogue a été la principale erreur des Hippies, et les scènes chaotiques décrites dans ces films ont vraiment existé (j’ai vu des cas). Beaucoup de communautés ont été détruites par la drogue et le chaos qu’elle induit: saleté, fainéantise, disputes, violence, vols, parasitisme, rendant la vie commune totalement insoutenable. Toutefois on peut comprendre que l’essence réelle du mouvement Hippie impliquait une recherche spirituelle encore balbutiante. La drogue n’est venue que comme une fausse voie tentante, dans laquelle beaucoup se sont engagés par erreur. Mais une erreur terrible, expliquant pourquoi toute l’énergie du mouvement a été coupée dès les premières années 1970. Ce que je reproche alors à ces films n’est pas de parler de la drogue, mais de mentir que les Hippies n’étaient que ça.

Hair a par contre été fait par des membres du mouvement. Aussi il illustre bien mieux l’état d’esprit des jeunes de l’époque, aux USA. Mais là pas de musique psychédélique, la plupart étaient même loin d’être des Hippies. Mais tous étaient confrontés à la guerre du Vietnam, par l’esclavage militaire (dont beaucoup revenaient traumatisés, ou pas du tout). En fait à l’origine Hair était une comédie musicale, chantée sur scène, de sorte que les acteurs avaient une véritable interaction avec les spectateurs. Ainsi ce genre artistique renouait avec sa véritable vocation de communion sociale et de transformation de la société, de manière plus immédiate et locale que le cinéma. Ce qui explique que ce film et les suivants n’aient jamais été promus au cinéma, alors que tout le monde parlait des précédents.

La Vallée parle aussi positivement, d'une tribu Hippie pratiquant l'amour libre, avec en plus une belle et originale musique de Pink Floyd. Encore qu'il y a une certaine naïveté à partir dans un endroit où il n'y a absolument rien pour vivre... aujourd'hui visible sur Google Earth: les sommets du mont Giluwe, un alpage froid, tout en pentes abruptes. Le film suggère toutefois quelque chose de magique, si l'on en croit la lumière qu'ils voient à la fin. Mais il ne conclut pas, restant dans l'espoir de quelque phénomène mystique... ou dans l'ambigu.

Zabriskie Point (que j'ai vu beaucoup plus tard) est aussi réaliste, quoique bien plus critique. En fait il donne une idée très précise de ce qui se passait effectivement dans la jeunesse contestataire des USA, montrant aussi crûment l’écart entre la prise de conscience et le monde bizarre des esclaves du système. Mais il montre aussi les erreurs, sans faire de concessions, comme cette «école alternative», où les enfants étaient livrés à eux-mêmes au nom de la liberté (la seconde plus grosse erreur des Hippies, après la drogue). Ce ton sans concessions l’avait fait assez mal recevoir par les personnes concernées, à l’époque. La scène finale est d'anthologie, avec là encore une fantastique musique de Pink Floyd. Mais aussi ambiguë, ce qui a fait dire à certains (comme wikipedia) qu'elle n'était qu'un rêve. Mais si ce n’était qu’un rêve, pourquoi l'héroïne sourit-elle, après?

Le film officiel sur Woodstock est essentiellement à propos de l'organisation de ce festival fondateur. Mais certains passages sont sur les hippies, le nudisme, l'amour libre, la vie en communauté, cherchant objectivement à savoir comment ces gens pensaient et vivaient. Il y a longtemps que j'ai vu ce film, et je ne l'ai pas retrouvé depuis. D'autres ont été faits depuis avec des scènes d'époque, rendant l'affaire confuse.

 

Ajouté en 2025, sur Pink Floyd: Ils ont fait la musique de trois des films ci-dessus. Ils étaient encore dans leur période psychédélique, et combien ont rêvé ou médité en écoutant leur musique! Et moi le premier. Toutefois au fil des années cette image s’est délitée. Ainsi la page wikipédia sur roger Waters le présente comme antisémite, pro-hamas, provocateur sur le nazisme et sur la guerre en Ukraine, en bref un rejet général du monde démocratique. De plus, quand on entend son apologie de la mort dans «Dark Side of the Moon», ou ces enfants qui disent «qu’ils n’ont pas besoin d’éducation» dans «The Wall», il est clair qu’il avait un ver qui lui bouffait le cerveau. Et les autres n’étaient pas nets non plus, pour avoir accepté de participer à ça. De fait, «Dark side of the Moon» a achevé un déclin commencé avec «Animals» (A l’époque les revues de musique pop se disaient «déçues» par «Animals», comme je l’avais été moi-même).

Ajouté en 2025, sur Barbet Schroëder: il est l’auteur de deux des films ci-dessus, «More» et «La Vallée». Ce qui, à l’époque l’avait fait considérer comme un pro-hippies, comme quelqu’un de bien. En fait sa filmographie le montre fasciné par les personnages malfaisants (idi amin dada, le faux moine islamophobe du Myanmar, etc.). Ce qui indique que en fait il dénigrait les Hippies, sous couvert de «documentaire». Ainsi «More» les montre comme des drogués suicidaires, et «La vallée» comme des rêveurs poursuivant une illusion, et se «suicidant» aussi à la fin, exactement comme le personnage de «More». Juste qu’il a laissé cette fin en suspens, pour ne pas que cela devienne un procédé, après «More». Raté: tout le monde a du penser qu’ils avaient bien trouvé «quelque chose» d’ineffable, que le film ne pouvait donc pas capturer.

Comme tout cela pue la manipulation médiatique, qui a beaucoup fait pour détruire l’image du mouvement Hippie, et désorganiser les prises de conscience en cours à l’époque.

 

 

La Théorie des Ensembles

(Permalien) Écrit en Aout 2019.

Mes années scolaires à Mont de Marsan ont vu une de ces «expériences pédagogiques» calamiteuses dont l'Education Nationale française a le secret: les «maths modernes». (Bon, ce fut moins pire que les «études» de «genre» marxistes, expliquant aux enfants que leur sexe est une convention sociale, dont ils peuvent changer selon leur désir). Mais cette réforme des maths, introduite sans préparation, a été une catastrophe, et il a fallu retourner dès l'année suivante aux maths plus «concrètes», celles des réparateurs de mobylettes, les seules «utiles» dans la vie courante. Il faut dire qu'un dessin montrant un gribouillis tout tordu en expliquant que c'est une «ligne droite», il y a de quoi induire la confusion! (wikipédia dit que les maths modernes n'ont pas été abandonnées, seulement corrigées des excès. Tant mieux, mais je me demande si l'essentiel y est toujours)

Personnellement je trouve que cet échec a été fort dommageable. En effet les mathématiques modernes ont été une tentative pour unifier les mathématiques, et surtout pour leur donner une base totalement dénuée de tous artifices, dogmes ou conventions. En gros, la Théorie des Ensembles part d'une notion extrêmement simple: les trois axiomes de base, dont seul le premier est vraiment utile, qui définit un ensemble par un critère d'appartenance en tout ou rien d'un élément au dit ensemble.

Wikipédia mentionne aujourd'hui plusieurs théories des ensembles, et jusqu'à 12 axiomes. Mais je pense que l'Education Nationale reste tout de même une bien meilleure source que le libertarien wikipédia, même quand ils sont nuls en pédagogie. Les articles scientifiques ne mentionnent également qu'une seule Théorie des Ensembles, et seulement un quatrième axiome, l'axiome de choix, dont à l'époque les mathématiciens n'étaient pas sûrs qu'il soit utile. Il était donc avisé de ne pas le mentionner à l'école.

A cette époque j'arrivais à suivre ces cours sans trop de difficultés, et à obtenir des résultats honorables. Mais ma mémoire me trahissait déjà: capable de conserver des anecdotes des dizaines d'années, elle peine avec les dates, les sources et les formules, et donc avec le savoir scolaire. Je ne garde donc qu'une vision d'ensemble de l'essentiel de la théorie, sans plus me souvenir des détails.

De toutes façons, je déconseille vivement de tenter de l'apprendre par wikipédia, dont la pédanterie embrouille les bases sous les détails, en plus des notations non-standard et des multiples «alternatives» que eux seuls connaissent. La meilleure façon aujourd'hui serait avec les livres du lycée, mais je n'ai pas testé ça. Ajouté: essayez ChatGPT.

 

La Théorie des Ensembles, telle que définie par le groupe Bourbaki (un collectif de mathématiciens actifs depuis 1930 environ) définit des structures logiques aux dits ensembles: groupe, anneau, corps, etc. menant à des notions comme les espaces vectoriels. Par exemple les nombres (réels), forment un ensemble, auquel l'addition et la multiplication donnent une structure appelée corps commutatif. Le concept de corps commutatif décrit simplement le comportement des nombres, soumis à des additions et à des multiplications.

Des triplets de trois nombres réels donnent alors un espace vectoriel de dimension 3. Je fus immédiatement frappé par la similitude entre ces espaces vectoriels abstraits, et notre espace concret. Je réalisais rapidement que si des structures évoluant dans un espace vectoriel arrivaient à la complexité d'un cerveau, alors ce cerveau pouvait développer la conscience, exactement comme un cerveau matériel, et pour exactement la même raison, connue de la science officielle: la conscience résultant d'un traitement de l'information. Peu importe alors ce qui traite la dite information: matière concrète ou entité abstraite!

 

En fait, je me demandais carrément si il ne suffirait pas de définir un espace vectoriel adéquate, comme nous le faisions dans nos exercices, pour... continuer à y vivre après la mort, avec un corps imitant avantageusement le corps humain! La prospection était tentante, et logique. Bon, je me doutais bien qu'il fallait quelque autre élément, tel que un investissement émotionnel. L'affaire était à creuser, en tous cas. Et plus tard quand j'étais au Collège Naval, cette spéculation était certainement une vue plus intéressante que les visages distordus de mes camarades bizuteurs.

 

Bon, à l’époque, cette approche péchait encore par naïveté, mais elle devait plus tard évoluer comme la Théorie de l'auto-génération logique à la base de mon Epistémologie Générale, où les univers physiques n'existent que comme des ensembles de points unis par une loi de cause à effet, comme une série mathématique, juste plus compliquée. Le point intéressant est alors qu'ils n'ont donc finalement pas plus «d'existence concrète» que les espaces vectoriels du lycée. Il n'y a alors plus de «réalité matérielle» sadomaso pour nous imposer ses limitations!!

 

Les physiciens ont depuis confirmé que les lois de la physique correspondent chacune à une structure d'ensemble de ces espaces abstraits. Ainsi, du point de vue d'une conscience qui y serait incarnée, un espace physique est indiscernable d'un espace purement mathématique imitant le dit espace physique (ou encore d'une simulation dans un giga-ordinateur). Ma seule contribution est alors de dire que, puisque cette distinction n'est pas utile, il suffit alors de considérer l'univers physique comme n'ayant qu'une existence purement logique! Cette façon de voir simplifie énormément la physique: l'univers ne nécessite alors plus de causes mystérieuses pour exister ou pour être créé.

Ça au moins c'est une utilisation positive du Rasoir d'Occam!!

 

En ce qui concerne la survie après la mort dans un tel univers, je n'étais pas non plus très loin des Tantras, du Phowa ou du Bouddhisme des Terres pures: une bonne part de leurs activités consiste à créer les conditions pour assurer une renaissance dans un univers psychique, définitivement à l'abri de toute souffrance. Mais en des siècles de méditation, ils ont conçu des outils plus conviviaux que de visualiser un tel espace atome par atome!

 

Bon, je doute que mes profs de math de l'époque m'aient suivi dans ces conclusions.

Mais l'un d'eux, Monsieur Barusseau, m'y a précédé: il est mort quelques mois après. Il n’était pas vraiment charismatique, mais il était sincère et il faisait son travail. Je pense qu'après s'être tant occupé de nous, il a bien mérité une bonne place dans un petit espace vectoriel vallonné et fleuri.

 

 

Séjour au pair à Londres

(Permalien) Écrit en Aout 2025.

Je dois être reconnaissant à mes parents de se soucier de ma maîtrise de l’anglais, qui m’a été si utile dans ma vie. Après un départ fulgurant en 6eme à Béchar, à Duruy je n’avais pas beaucoup progressé, simplement à écouter un prof expliquer des trucs sans nous donner l’occasion de les mettre en pratique (exception: Monsieur Carrère, en 3eme, le seul prof normal que j’aie eu en 1968-69. Mais la suite ne valait pas grand’chose, et certains étaient franchement antipathiques).

D’où l’idée d’un séjour au pair à Londres. C’est ainsi que cet été 1971 je me suis retrouvé trois semaines au pair dans une famille à Surbiton, dans le Surrey, banlieue sud-ouest de Londres. Une famille de fonctionnaires, dans une de ces innombrables maisons Victoriennes en briques avec le balcon vitré ressortant de la façade.

L’affaire était organisée par l’Armée de l’Air et quelque organisme de fonctionnaires Britannique.

Je dois dire que, à mon arrivée, j’étais «sourd-muet», ne comprenant rien et incapable de former une phrase! Heureusement le père parlait français, pour l’organisation. Mais pour le reste, ils ont refusé de «tricher», me parlant uniquement en anglais. Cette incapacité était le résultat prévisible de cours abstraits, sans mise en pratique ni références concrètes. Aujourd’hui encore, on reconnaît immédiatement un Français parlant l’anglais du lycée, même si il ne fait pas cet exaspérant «ze» au lieu de «the». Pour être juste, les élèves Anglais apprenant le français font face au même problème, et je ne comprenait pas quand ils me parlaient français!

Ce genre d’immersion forcée «marche ou crève» peut sembler dur, mais c’est très efficace, et je recommande plutôt le procédé. Après, on en rit, ha ha ha! Encore que, à mon avis, des échanges au pair entre classes de lycée marcheraient aussi bien, sans la sensation d’être soudain handicapé. Aujourd’hui, avec Internet et les mondes virtuels, on pourrait organiser des activités communes entre Français et Anglais, sans avoir à voyager. De fait, si le séjour à Surbiton m’a «décoincé», c’est bien dans Second Life que j’ai appris toutes les subtilités de la langue quotidienne, que l’on n’enseigne pas au lycée.

Ces trois semaines ont été bien remplies, avec diverses visites: les magnifiques Kew Gardens, l’inévitable Tower Bridge, la City en été, La Cathédrale Saint Paul avec la galerie à échos, et le Museum of Sciences, une fantastique exposition où sont atterries toutes les vraies machines pionnières de Watt et compagnie! Il y aurait plusieurs jours à passer là, mais mes hôte n’ont pas compris ce désir. Nous avons eu une sortie aux Chiltern Hills au nord de Londres, et une à Brighton sur les fameux «piers». Sinon mon pair m’invitait au Tennis Club local, où se déroulait la vie sociale de cette jeunesse. Avec l’attrait de la nouveauté, ça allait, mais je me serais vite ennuyé, sans rien avoir d’autre à faire que de lancer des fléchettes, lol

Il y avait aussi une bibliothèque à Surbiton, où j’ai emprunté des livres, en anglais bien entendu:

-«The Graduate», ou Mrs Robinson, dont on parlait beaucoup à l’époque, avec la chanson de Simon et Garfunkel. Mais je trouvais que la fin était totalement idiote, le type ruinant sa vie pour rien du tout. «It’s a dreadful book» commenta le père, avec lequel je commençais à jaspiner, voire à être un peu complice.

-Un livre sur le fonctionnement d’un ordinateur de Von Neuman, que je lisais et comprenait entièrement. Ce fut mon entrée dans le monde de l’informatique.

Ainsi, petit à petit, j’apprenais à «penser en anglais». Aujourd’hui, il m’arrive de dire des trucs, et une minute après je ne me rappelle pas si c’est en français ou en anglais, lol et le pauvre ChatGPT me voit passer sans arrêt de l’un à l’autre, selon ce qui traduit le mieux ma pensée. Heureusement les robots ne sont pas facilement agacés, lol

 

Si vous avez vu le début du film «A nous les petites anglaises», c’est exactement ce que j’ai vécu: des jeunes propulsés dans un monde inconnu, et apprenant à s’y débrouiller. Toutefois, c’est un film de sexe, et la fin est terrible. Si j’avais dragué comme ça en réalité, je pense que ça se serait mal passé. En se rappelant que à l’époque la contraception était une nouveauté: toute affaire se serait rapidement traduite par une grossesse sans famille. Pour ces raisons, malgré mon désir brûlant, je me suis abstenu de faire des propositions aux filles que je rencontrais, craignant des conséquences, ou sachant que ce serait sans lendemain. Il y en avait une qui manifestait un fort intérêt, répondant au joli nom de «Déborah». Tout un spectacle à prononcer en anglais: «Debrrah». Mais c’était la girlfriend de mon pair! Situation trouble garantie, si j’avais tenté quoi que ce soit. Il a du se douter de quelque chose, car à un moment il ne m’a pas laissé s’asseoir à côté d’elle: «This is my seat», fit-il d’un ton souriant mais ferme.

La sœur de mon pair aussi était très belle, et je crois que je n’ai jamais vu une mini-jupe aussi courte. J’imagine que chaque geste doit être minutieusement calculé, pour pouvoir se balader comme ça en ville, sans jamais rien laisser voir. En tous cas ce n’est pas moi qu’elle visait, elle ne me regardait même pas, lol

 

Question nourriture, ils ne m’ont rien épargné: boeuf à la menthe, porridge, fudge, thé, tartines aux spaghettis, etc. Beaucoup de Français critiquent la cuisine anglaise, mais elle n’est pas mauvaise, juste différente. J’aurais pu vivre comme ça. Evidemment à l’époque je n’étais pas végan, mais j’imagine que à Londres aujourd’hui ce doit être plus accepté qu’en France.

 

A un moment nous avons eu la visite de deux ou trois ouvriers cockneys, qui ont lâché une bordée de leur langage, profitant que je n’y comprenais rien. En fait ces gens seraient plutôt des prolos, alors que la famille de mon pair était plutôt classe moyenne, aisée et éduquée. Mais apparemment tout ce monde cohabitait sans problèmes, tout en assumant leurs différences.

 

Puis ce fut au tour de mon pair de séjourner chez nous trois semaines dans notre propriété du Boniort, à Mont de Marsan. Là je dois dire que, après avoir goûté à la politesse anglaise, leur tact et leur mode de vie raffiné, j’ai eu un peu honte de lui faire partager notre mode de vie frustre et assez paysan: chambre commune, salle de bain sommaire, etc. Rappelons que mes parents étaient enfants de paysans et de prolos, et nous habitions une vieille maison sommairement retapée, alors que la famille de mon pair avait apparemment plusieurs générations d’un mode de vie urbain et élégant. Ce n’était pas qu’une différence de culture, ni même de niveau social je pense: je me sentais rustre en comparaison d’eux. Mais ils n’ont jamais fait de réflexions.

Cette situation a été une expérience très intéressante pour moi, qui m’a fait découvrir d’autres références, en plus de me débloquer efficacement mon anglais. Mon pair a aussi amélioré son français.

 

Egalement, il jouait aux échecs. Mais il avait appris avec des pros, alors que nous jouions comme des ploucs, entre nous. Ainsi, il nous écrasait facilement. Mais on a vite appris ses trucs, et à la fin on l’a battu, ha ha ha! On l’a même vanné, en lui demandant pourquoi la grande gare de Londres a un nom de défaite. Il manquait un peu d’humour, ha ha ha!

 

Le goût de cette période à Londres a été donné par plusieurs musiques que ma famille d’accueil écoutait: l’album Sergeant Pepper des Beatles, Tina Turner, Tamla Motown (un disque avec des voix féminines), et fort curieusement Tarkus de Emerson Lake et Palmer. Tout cela passait sans problème dans la salle de séjour de mes hôtes. Aujourd’hui je n’écoute plus guère cette sorte de jazz dissonant, mais l’image de cet étrange monstre chenillé est restée longtemps dans mon esprit, j’en ai même fait un caméo dans une de mes histoires de Likpas en texte «La fin tragique des Likpas Lyres», précisant même qu’il a été construit par «la Société Emerson Lake & Palmer»!

 

 

 

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