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Une année terrible de bizutage et harcèlement, pendant laquelle je ne lâche pourtant pas la barre. Succès scolaire, et séjour à Hendaye
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Date de première publication: Novembre 2025
Date de derniére modification: néant
Ces textes sont un travail en cours, une entreprise de plusieurs années, aussi ils peuvent contenir des parties manquantes et des liens vers des cibles pas encore créées, je vous demande de la patience 🙂
(Permalien) Écrit en Novembre 2019.
Le problème quand on vit dans un environnement anormal, est que, si on n'y prend pas garde, il finit par apparaître normal. Ou bien, accepter de se comporter comme un idiot est le prix à payer pour finalement avoir des relations avec les autres idiots. Un horrible chantage, qui érode insidieusement nos limites morales. J'imagine que beaucoup cèdent sans même s'en rendre compte, faute d'avoir de telles limites, justement. Pour moi qui avait un sens moral normal, le processus a juste pris davantage de temps, par petites étapes: plaisanteries pornos, se moquer des «mauvais» profs, drague lourdingue des copines... Disons le, je ne suis pas fier de cette période. J'étais «intégré», mais toutes mes prises de conscience pour un monde meilleur restaient de la pure théorie, dont je ne pouvais même pas parler à qui que ce soit dans ce monde glauque de conventions artificielles, sans profondeur ni émotions. Bien sûr je n'étais plus la cible de moqueries, mais à ce prix, à quoi bon ?
Bon, je n'ai rien fait de vraiment mal, mais mes parents ont bien remarqué que mes résultats scolaires baissaient. Ou bien que l'ambiance pourrie de Duruy déteignait sur moi.
Et, puisque mon frère Pascal était déjà au Prytanée de La Flèche, ils ont pensé que je pourrais y aller aussi. (J'ignore pourquoi ils l'ont mis lui à La Flèche, et pas Serge ni moi. Probablement pour qu'il ne subisse pas l'influence désastreuse de Duruy dès son entrée en 6eme).
Je passais donc le concours, à la caserne Bosquet à Mont de Marsan (aujourd'hui disparue). Et j'ai obtenu, non pas le Prytanée, mais le Collège Naval, à Brest. Ce qui revient à peu près au même.
Je ne suis pas mécontent de ce résultat, qui me plaçait tout de même parmi les meilleurs élèves de Duruy. Une chose qui ne paraissait pas, de par mes notes. For probablement j'étais toujours systématiquement saqué de trois ou quatre points, et j'aurais été obligé de redoubler ma classe de première, au lieu d'entrer en terminale au Collège Naval. Même «intégré», un estrannnger reste un estrannnger. Je comprend par quoi passent les femmes, les Arabes et les Noirs aujourd'hui, pour avoir vécu la même chose: même quand ils ne sont plus en bute à l'hostilité ouverte, ils continuent tout de même à être silencieusement «oubliés» ou «dépréciés».
Une autre chose que je ne remarquais pas à l'époque, a été mes difficultés chroniques à me concentrer, qui m'ont suivi toute ma vie et coûté tant de problèmes et d'occasions manquées. Par contraste, j'avais des moments d'extrême lucidité, où tout me paraît facile et intéressant, y compris des énoncés de maths difficiles comme le concours des meilleurs élèves de France. Mais ces brefs moments ne réparaient pas les dégâts malheureusement. Ce problème m'a suivi toute ma vie, et j'ai longtemps pensé que ces difficultés étaient normales. En fait, elles le sont probablement, et de fait aucun médecin n'a jamais pu m'aider. Mais pour des personnes sans motivation pour un monde meilleur, elles se traduisent par de la paresse, ou par de la stupidité. A l'opposé, des personnes avec une forte motivation égotique semblent ne pas avoir ce problème, ce qui leur permet de «réussir» (c'est à dire de détruire leur vraie vie, en fait).
Une autre difficulté est que mes motivations pour un monde meilleur étaient incompatibles avec l'armée. Mais étant seul à les ressentir, il était difficile d'objecter. Comme de beaucoup d'autres choses à l'époque, il m'a fallu faire avec. C'est hélas le lot de toutes les personnes normales isolées dans une société arriérée. Je considérais tout de même cette expérience comme une opportunité d'avoir une bien meilleure scolarité qu'à Duruy.
Enfin, beaucoup pensent encore que les élèves au Prytanée et autres écoles militaires sont des engagés: c'est faux. Même si nous portions un uniforme, nous restions des civils, pas des engagés. Ça ne comptait même pas comme service militaire.
(Permalien) Écrit en Novembre 2019.
Dès ma première minute dans les lieux, je compris ce qui m'attendait: remarques hautaines à haute voix, mines méprisantes. Question bizutages et moqueries, c'était Duruy au carré. J'ai passé là la pire année de ma vie, de ce point de vue. (Ceci est un souvenir d'époque. Les conditions peuvent être différentes aujourd'hui. Mais je n'irai pas tester, lol)
Certes nous avions des bons profs (sauf celui de Philo, qui me donnait systématiquement des mauvaises notes. Il s'est déclaré «surpris» que j'ai eu finalement 14 au bac en philo. Mais bon désolé, je ne me souviens de rien de son flot continu de discours sans aucune structure. Dommage, pour une matière passionnante, et dont, je ne le savais pas encore, j'aurais fort besoin ensuite.)
Je me souviens en particulier du prof de sciences, dont je ne me rappelle pas le nom, désolé. Il était sympa et il expliquait bien les choses. Je n'ai jamais eu de difficultés à suivre ses cours. J'ai donc pu, d'un point de vue strictement scolaire, passer une excellente année, et obtenir un bac science avec mention. J'ai toujours un cahier de brouillon de cette époque, où j'avais noté le plus possible de formules de physique de base, qui m'ont plusieurs fois servi. Bon aujourd'hui avec Internet et ChatGPT, il ne vaut plus que comme souvenir, lol
Mais je n'ai eu que des rares relations avec mes camarades, de par leurs moqueries constantes et systématiques. Toutefois il s'est passé une chose intéressante. J'avais en effet grandi, et pris un peu d'aplomb. De plus, cette isolation totale m'obligeait à revenir à mes fondamentaux: mon aspiration à un monde meilleur, car c'est la seule chose qui importait encore. Et pas question de me couler dans le moule comme à Duruy, même ça ils ne l'acceptaient pas. Ainsi, tentant de me comporter normalement malgré tout, j'ai plusieurs fois forcé mes camarades malades à se comporter normalement eux aussi. Ils me l'ont dit à la fin de l'année «tu nous a plusieurs fois surpris». Ou encore «dommage qu'il ait fallu une tête de Turc». Oui, dommage en effet qu'il vous ait fallu une tête de Turc. On aurait pu passer une année fantastique ensemble, voyez ce qui suit.
Il y avait tout de même des personnalités intéressantes, avec qui échanger normalement.
Silva était fan de karaté. Il donnait même des leçons informelles. Nous avons eu plusieurs discussions avec lui sur ce sujet. La musique qui reste associée avec lui dans ma mémoire: «The Boxer» de Simon et Garfunkel. C'est un des rares que j'aie revus plus tard.
Jarod «le débile», comme il se surnommait lui-même, était un punk avant la lettre. Je l'ai d'ailleurs revu plus tard à Toulouse, comme un des premiers vrais punks. Et que débilait-il? Non-violence et Ahimsa. A l'époque je n'avais pas vraiment réalisé ce que ces mots signifiaient, ni leur lien avec mon propre engagement. Mais on apprend dans le Bouddhisme que certains mots provoquent la Libération, simplement de les entendre. Cela doit être le cas pour ces deux-là. Jarod avait tenté de faire un bulletin des élèves, auquel j'ai participé en offrant un labyrinthe et une première page d'une bédé... sans suite, puisque je ne suis pas revenu l'année suivante. Bon, et de la bédé sur des pages ronéotées, c'est pas génial, lol
Il y avait un de la famille De La Bollardière dans notre classe, qui nous commentait les débats télévisés en cours à l'époque, entre le Général De La Bollardière et massu, pour ou contre la torture en Algérie. Oui, cela a été «débattu», comme si c'était un choix démocratique légitime, ou une sorte de jeu télévisé. Il n'y a qu'à la télé qu'on voit des «débats» comme ça. Je ne sais pas ce qui en a été tiré par les médias, mais en tous cas les généraux putchistes et tortionnaires ont tous été amnistiés, alors que De La Bollardière, évincé pour s'être opposé à la torture, ne l'a jamais été. Vous n'avez pas de quoi être fiers, messieurs.
Un tel sujet de discussion peut déraper très vite: plaisanteries sur les fours nazis, qui deviennent très rapidement de vraies remarques antisémites. Ce qui a valu à toutes les classes de se voir montrer le film «Nuit et Brouillard». On n'a plus entendu de plaisanteries sur ces sujets, après. (Je ne suis pas allé à cette séance. Notre Quartier-maître, me trouvant, ma demandé pourquoi je n'y était pas. Je lui ai répondu que je l'avais déjà vu. Il n'a pas commenté.)
Chevreau était le type du «bon élève à lunettes» souvent caricaturé dans les bédés. En fait c'était un gars très intelligent, mais au contraire de la caricature, il était aussi très populaire. Et il ne rentrait pas du tout dans les idioties de bizutages. Un des rares donc avec qui j'ai pu nouer amitié. Comme il habitait Brest, j'ai même pu lui rendre visite chez lui deux ou trois fois. Nous avons alors passé des après-midi dans son atelier d'électronique, à essayer des circuits, ou à discuter de choses et d'autres. C'était un excellent élève, que le Collège Naval avait présenté au concours des meilleurs élèves de France. Il m'a montré un énoncé du concours. Bien sûr chaque question me paraissait facile, mais il y en avait une trentaine, ne laissant que quelques minutes pour chaque. Mes difficultés de concentration ne m'auraient pas permis de réussir ce concours. Mais certaines personnes ont la chance d'être «overclocked», de penser plus vite, pendant longtemps, sans se fatiguer ni que leur pensée ne se mette à divaguer. Je n'ai malheureusement pas cette chance, une condition qui devait me coûter mes études, comme on le verra plus loin à Pau.
Oui, de l'électronique. Fort de mes premiers résultats à Mont de Marsan, je continuais à m'y intéresser. Par des revues, j'avais des diagrammes des premiers circuits intégrés, que je notais soigneusement afin de pouvoir les utiliser. Une tâche à laquelle Chevreau devait mettre fin de manière humoristique, en apportant un des premiers énormes databooks de Texas Instruments, qui en listait des centaines! Aussi incroyable que cela puisse paraître, je buvais cette littérature aride comme un roman. Avec l'électronique et la passion, pas de problème de concentration! J'avais même appris le fonctionnement des premiers circuits programmables, appelés depuis PAL ou ASIC. Cela devait m'aider par la suite au travail, et je fantasmais de construire un énorme réseau de train électrique. J'essayais donc de créer les schémas des nombreux circuits nécessaires.
Marine oblige, nous avions fait plusieurs sorties en voilier, sur les goélettes de l'Ecole Navalle, l'Etoile et la Belle Poule. Une activité fascinante, mais dont je n'ai pas pu profiter autant que les autres: de par leur attitude condescendante, ils ne me faisaient pas confiance. A cette occasion, j'ai commencé à comprendre comment ces gens ruinaient leur propre vie: être sur une goélette est tout de même une expérience intéressante et rare (pour nous). Alors pourquoi passer son temps à discuter de mesquineries? C'est un phénomène que j'ai pourtant observé de nombreuses fois, y compris lors de mon voyage extraordinaire au Bhoutan. C'est probablement l'indice le plus direct qu'une personne n'est pas éveillée.
Nous avons eu la chance de faire une telle sortie par grand vent, avec le bateau gîtant suffisamment pour que l'eau arrive sur le pont. Ça c'est de la voile! J'ai aimé… mais les copains ne bavardaient pas, hi hi hi!
Nous avons également fait une sortie sur une petite frégate militaire, qui effectuait un exercice de chasse au sous-marin, avec tir d'un missile. Plus visite de la salle des machines en pleine activité. Une journée passionnante pour le technicien que j'étais, même si l'idéaliste devait se tenir à l'écart. Mais au fond, c'est le lot de tous ceux qui sont forcés de participer à une guerre. Simple démonstration théorique pour moi, mais j'imagine le dilemme quand la vraie mort est de la partie.
Il y avait également un club de musique: une expérience formidable avec des musiques très inspirantes, comme Pink Floyd «echoes», Santana Abraxas, et d'autres de ce genre. Nous avions aussi un bar, avec un juke-box jouant des choses également intéressantes, comme l'inoubliable «Chicago» de Crosby Stills Nash and Young, T-rex «Get it on», ou «2525» de Zager and Evans. Mais là aussi systématiquement gâchée par les camarades qui parlaient en écoutant la musique!!! Je me souviens d'un en particulier, qui jouait aussi de la guitare. Ce simple instrument donnait soudain une toute autre dimension spirituelle à notre vie ensemble et à notre environnement. Mais il était parmi les bizuteurs, aussi ce point commun n'a débouché sur aucune relation.
Un jour, ou plutôt une nuit, nous avons fait une partie de kriegspiel à cinq. Aujourd'hui, on fait ça sur ordinateur, avec une carte virtuelle dans des jeux comme Civilization. Mais à l'époque, il n'existait rien de tel. Aussi nous avions pris une carte scolaire de l'Europe, et coupé des craies en petites rondelles pour faire des pions. Enfin un dé improvisé pour tirer au sort le résultat de chaque engagement d'un pion, avec un détail d'une importance considérable pour la suite: l'attaquant a moins de chances de gagner. Puis nous avons tiré au sort des pays pour chacun (la Russie étant divisée en plusieurs, de par sa grande taille, autre détail déterminant)
Bon l'affaire commence assez mal pour moi: mes possessions en Europe sont intenables, et je me replie dans un coin, la Suède. Vieux réflexe de bizuté, lol, mais qui devait leur coûter la victoire: on ne gagne pas la guerre avec le mépris. De fait, avec une si petite base, mes camarades auraient pu m'éliminer facilement à ce moment. Mais ils avaient un biais cognitif curieux: ce qui est à l'écart ne leur parait pas important. Aussi il me laissent grignoter la Péninsule Scandinave et le Danemark, sans réagir. Par contre, pas moyen de prendre pied en Europe depuis le Danemark: ils défendent farouchement le centre. A ce moment je réalise leur biais cognitif: la Russie, à l'écart, est sans défense. J'en profite pour la prendre assez facilement, même si elle était divisée en plusieurs (pour imiter la difficulté logistique). Mais à partir de ce moment je savais que personne ne m'en sortirait plus: quiconque a tenté de prendre la Russie en vrai a échoué. Le Général Hiver était maintenant de mon côté, ou plutôt le Général Biais Cognitif! De plus j'avais maintenant de la profondeur stratégique, et une production massive, pour contrecarrer les attaques sporadiques qui me visaient. Enfin, le pipage du dé offrait une tactique simple et nette: n'attaquer que à bon escient, avec suffisamment de pions pour prendre un pays d'un seul coup. La marée de pions jaunes (les miens) commençait à inquiéter, mais apparemment pas encore assez pour leur faire cesser leurs guerres fratricides et se liguer contre moi. J'en profitais alors pour prendre toute l'Afrique du Nord (que la carte englobait). A partir de ce moment ma victoire était inéluctable, et elle s'est concrétisée vers deux heures du matin. Pas mal, finalement, pour un pacifiste: conquérir toute l'Europe et la Russie. Je suis donc le seul à pouvoir se vanter d'avoir conquis la Russie! Bon, pas en vrai, d'ac, mais si quelqu'un confond encore pacifisme avec aveuglement, je ne lui conseille pas d'essayer d'en profiter.
Nos exploits ont aussi consisté à faire le mur pour aller au bal du bac! Bien sûr c'était interdit, mais il y avait un endroit comme fait exprès pour passer la clôture: les militaires savent que les gens ont besoin de décompresser par moments. Nous avons donc planqué nos uniformes dans les buissons, et passé des vêtements civils. Un costard beige pour moi, avec une «chemise hippie» à fleurs, qui a fait rire mes camarades. Rien de tel que ce genre de fredaines pour finalement souder les gens ensemble.
Par contre le dit bal, dans une boîte de nuit, na pas été enthousiasmant: bruit, mauvaise musique, et l'inévitable bagarre. De plus, nos cheveux ras nous désignaient comme venant du Collège Naval, et les gens nous snobaient.
Nous étions en fait pratiquement interdits de boîte, et j'ai plusieurs fois été visé par des brimades anti-militaristes, en pleine ville à Brest (On comprendra pourquoi, en se rappelant que à l'époque l'armée c'était l'Algérie et la gégène). Me trouver ainsi assimilé au mauvais côté a été une expérience humiliante, mais intéressante: une démonstration claire que les brimades et les agressions (façon gauchiste entres autres) engendrent du ressentiment, ce qui va au contraire du but recherché: les victimes se mettent à haïr les «bons», ce qui les enferre dans leur erreur. Mais qui est vraiment le «bon» dans ce cas, le brimeur «bien intentionné», ou le brimé forcé de porter le mauvais uniforme? Rappelons-nous: le karma marche avec nos actions, pas avec nos justifications. Je me rappelle toujours de ma mère racontant l'histoire de Shultz, ce soldat Allemand en moto, qui ne «voulait pas faire la guerre», et qui apportait chaque jour quelques friandises aux enfants affamés.
Une autre chose qui aurait pu mal tourner a été une sortie, également secrète, dans les souterrains allemands sous le Collège Naval. Nous savions que c'était dangereux: deux élèves du Prytanée étaient morts quelques mois plus tôt, en faisant exactement la même chose que nous. Leur tunnel a été envahi de gaz, d'origine non spécifiée (probablement des obus ou explosifs abandonnés qui auraient détonné spontanément, ou encore des fermentations). Le premier à descendre est tombé, et le second venu lui porter secours est tombé également. Cela aurait pu nous arriver aussi, et nous y pensions. Nous avons ainsi parcouru des tunnels taillés dans le schiste, et découvert plusieurs bunkers, à peu près tels que les Allemand les avaient laissés, avec même encore les murs peints, juste vidés de tout meuble ou détails embarrassants. Ces tunnels descendaient jusqu'à la base en bas, derrière le grand abri à sous marins, également construit par les Allemands.
Ça par contre la direction du Collège Naval n'a pas apprécié. Nous n'avons pas eu de punition ni même de convocations, mais quelques jours plus tard le passage que nous avions utilisé a été muré.
Un des épisodes les plus embarrassants a été une tentative de bizutage homosexuel, normalement interdit par la direction, mais qui était quand même couramment pratiqué comme la «signature» des sociopathes du Collège Naval. Cela consistait à arracher le slip et tirant horizontalement de plusieurs direction à la fois, le faire «éclater» en somme. Avec risque évident d'émasculation! (J'avais déjà vu un début d'étranglement aux Eclaireurs, par des crétins inconscients qui rigolaient en tirant sur une corde où un camarade était emmêlé. Peu de gens se rendent compte de la force de plusieurs personnes tirant ensemble, le camarade aurait pu facilement être décapité) De plus, quand on a des lunettes, on comprend vite que l'option de moindre risque est de ne rien faire: un éclat de verre dans l'oeil et notre vie est fichue. Les crétins m'ont donc bloqué dans un coin (aucun que je connaissais). Après quelques banderilles émotionnelles, ils sont venus à leur fait. Ils ont allongés leurs mains vers moi, afin de me faire subir le bizutage en question. Là il s'est passé quelque chose d'intéressant: comme je ne réagissait pas, ils se sont tous dégonflés! Un résultats déjà assez surprenant, mais en plus synchronisé à la fraction de seconde, comme si ils s'étaient concertés par télépathie. J'avais déjà vu cela avec les bizuteurs du Lycée Duruy: cette impression de télépathie entre sociomalades, probablement due à ce qu'ils réagissent inconsciemment à des «signaux»: des attitudes que nous avons, sans nous douter de l'interprétation qu'ils en font. J'ai retiré de l'épisode davantage de confiance en moi, et cette bande ne m'a plus agressé.
J'ai eu quand même droit à une surveillance pour le reste de l'année, pour des «accusations» de masturbation, qui sont montées jusqu'à notre capitaine... tous ces gens avaient clairement un sérieux problème avec le sexe. Pourtant à l'époque je ne me masturbais pas, et surtout pas dans un dortoir pleins d'yeux pornos et malveillants.
La drogue: le tabac était autorisé au Collège Naval, à peu près partout, y compris dans les dortoirs! Avec l'effet que j'avais déjà observé à Saint Dizier: cette odeur était considérée comme normale, et notre odorat s'auto-anesthésiait, de sorte qu'on ne la sentait plus. Par contre 24 personnes transpirant dans un dortoir se sentait, et on nous a plusieurs fois demandé «d'aérer». Une vieille tradition remontant à la marine à voile...
J'ai eu un assez sérieux problème de santé au Collège Naval: un acné épouvantable. J'en avais avant, et j'en ai eu après. Mais au Collège Naval j'avais le visage littéralement couvert de boutons, qui ont pris des années à se résorber. Je soupçonne fortement la nourriture du Collège d'avoir contenu quelques graisses malsaines, je me souviens de certaines charcuteries qui me laissaient une sensation d'être très sale. J'ignore ce que c'était, peut-être du foie gras ou d'autres saloperies de ce genre. C'était dégueux en tous cas, avec une très mauvaise vibration. Bien entendu l'acné n'a pas facilité mes relations avec mes camarades, mais les bizutages avaient commencé bien avant.
Une autre interprétation est que j'étais allergique à l'armée, en particulier à leurs pratiques sadomaso de se couper les cheveux, raser la barbe, etc. C'est précisément à cette époque que ma barbe a commencé à pousser. Le règlement du collège autorisait une barbe fournie, mais pas d'entre-deux. J'ai donc du utiliser un rasoir électrique. Mais sur une peau boursouflée d'acné, c'était affreux... je suis donc devenu allergique au rasoir aussi! Inutile de dire que, dès ma sortie, ce rasoir n'a plus jamais servi. Je ne me suis plus jamais rasé depuis, non pas par choix, mais pour éviter tous les ennuis associés. Et tenter de cacher l'acné.
Je continuais également mes réflexions sur la mort et l'après-vie. Je pensais que définir un espace autre pourrait permettre de continuer à vivre après la mort, mais je me doutais bien qu'il ne suffisait pas d'une simple déclaration mathématique, comme l'énoncé d'un problème. Il devait y avoir besoin d'autre chose. Je pensais à un engagement émotionnel, ou à la beauté. Sans le savoir je retrouvais la base des Tantras (que j'ai du quand même étudier depuis). Voilà à quoi je pensais en me promenant dans le parc du collège, entendant faiblement mes camarades ricaner dans ma direction, et déblatérer depuis les fenêtres. Mais comment leur parler de ça?
L'écologie. C'est en 1972 (environ) que la revue Science et Vie a commencé à publier des avertissements scientifiques sur l'«environnement». «L'environnement» de la Terre est menacé par la pollution» disaient-ils. Une formule ambiguë, que je n'avais pas comprise tout de suite: «l'environnement» de la Terre ne pouvait être que la haute atmosphère ou l'exosphère, et je ne voyais pas en quoi ce qui se passait là-haut pouvait nous menacer (on ne connaissait pas encore le problème de l'ozone). Mais cette expression «environnement» a été comprise depuis comme un euphémisme pour «écologie», avec ceci de pipé qu'il garde les Humains «au centre». Pour cette raison, je dis toujours «écologie», au lieu de «environnement». C'est plus clair pour la nature des phénomènes impliqués, tout en replaçant les Humains dans leur rôle plus modeste de colocataires de la Planète, au mieux de concierges.
Toutefois le contenu des articles ne laissaient aucun doute sur la nature du problème: nos pollutions multiples et massives sont en train de détruire l'écologie de notre planète, c'est à dire, ultimement, nous. Un suicide, donc.
Ce qui fait que dès cette époque je tentais de concevoir des purificateurs d'air et des moteurs à hydrogène. Il m'a fallu attendre «juste» cinquante ans, un demi-siècle, pour voir d'autres le faire. Je croyais pourtant que c'était urgent...
Je comprenais vite que mon choix d'études scientifiques serait finalement très utile à comprendre les problèmes de l'énergie. Ce qui me renforça dans ma décision de faire Math Sup et la suite. Mon amour de la science allait trouver une application fort à propos.
Les problèmes d'yeux. En attendant, la direction du Collège Naval a bien remarqué que j'y voyais mal. En fait, j'ai passé cette année avec des verres de contacts, une nouveauté dont on nous disait grand bien. C'est vrai qu'on y voit mieux, mais ils me gênaient, me grattaient, m'empêchant de regarder en coin, déformant la perception du relief, au point que je me suis parfois cogné. Ce que mes camarades avaient aussi remarqué (il y en avait un qui pensait littéralement à voix haute). En fait le produit qui les accompagnait était allergène, je ne l'ai su que plusieurs années plus tard. J'avais donc développé une allergie aux verres de contact, qui en plus brouillaient souvent la vision avec des sécrétions graisseuses. Sans parler de la complication de ne pas pouvoir les mettre ou les enlever sans un rituel méticuleux.
La direction du Collège m'a donc envoyé à un ophtalmologiste militaire, pour examen. Il en est ressorti que j'étais Y5, inapte au service armé. Ce fut un sacré soulagement de savoir que j'échapperais à cette année d'esclavage militaire, une année affreuse, sans parler du risque de me retrouver dans une guerre, forcé sous menace à tuer des innocents, ou exposé à être tué moi-même. J'ai donc demandé une copie de son certificat à cet ophtalmologiste, que j'ai gardée des années dans mon portefeuille, en cas de mobilisation urgente imprévue. (C'était une bonne précaution, comme je l'ai appris plus tard: à Londres des ouvriers du métro avaient été kidnappés, sans avertissement ni même le temps de régler leurs affaires, pour aller creuser des tunnels pour la guerre)
Par contre le Collège Naval n'a plus voulu me garder pour Math Sup: même si ce n'était pas obligatoire, ils souhaitaient tout de même que je puisse m'engager dans l'armée plus tard. J'échappais donc à deux années supplémentaires de harcèlement et d'enfermement homosexuel (un problème qui me pesait aussi).
C'est donc dans un état d'esprit assez joyeux que j'ai effectué mes dernières révisions pour le baccalauréat. De plus il faisait soleil, et je «m'échappais» dans le parc du Collège, où il y avait des endroits verdoyants assez isolés, où je pouvais bûcher sans être dérangé. Certaines épreuves m'ont retenu un peu après les autres, j'ai donc connu le Collège relativement vide, ce qui le rendait bien plus supportable.
Puis, mon bac en poche, ma «chemise hippie» sur le dos, je suis finalement monté dans un train à la gare de Brest, direction mes parents à Hendaye, avec du soleil et dans un état d'esprit très positif.
(Permalien) Écrit en Novembre 2019.
Pourquoi avoir passé l'été à Hendaye? C'est que mes parents avaient décidé de tenir une épicerie de camping, pendant les deux mois d'été. C'était une franchise de la chaîne de magasins d'alimentation «Guyenne Gascogne», au «Camping des Acacias» à Hendaye plage. Là un ancien blockhaus Allemand servait de réserve fraîche, à laquelle une épicerie saisonnière avait été accolée. Cela nous faisait plusieurs heures de travail chaque jour, entre servir les clients et remplir les rayons. Toutefois nous avions quand même l'impression d'être en vacances, car les horaires nous laissaient aussi plusieurs heures pour aller à la plage ou d'autres activités. Plus un apprentissage des bases du commerce.
Ce fut donc deux mois agréables, avec les beignets abricot sur la plage, des glaces à volonté (nous en vendions), et Santana III comme musique. Nous en passions d'autres dans la boutique, Pink Floyd, Deep Purple, mais c'est Santana III qui a marqué mes souvenirs et a donné l'émotion dominante. Je n'ai jamais retrouvé le goût des beignets abricot de Hendaye.
Un truc rigolo a été que Guyenne Gascogne nous avait imposé de mettre bien en avant les «spécialités régionales»: foie gras, confit d'oie, etc. Nous les avions donc mises au premier rayon en entrant… où elles sont restées tout l'été, sans que personne n'en prenne une seule boîte. Probablement ceux qui goûtent à ces trucs répugnants et malsains n'en rachètent plus jamais. Sans compter le prix, pas vraiment en adéquation avec la clientèle ouvrière du camping. «Et que faire, dans les Landes, si on ne mange ni ne boit? Je fis, ardemment, l'un et l'autre. Mon traitement fila en foies gras, en bécasses, en vins de sable. Le résultat fut assez prompt: en moins d'un an, mes articulations se mirent à craquer comme les moyeux trop huilés d'une bicyclette qui a fourni une longue course sur une piste poussiéreuse. Une bonne crise de goutte me cloua sur mon lit» Professeur Le Mesge, dans «L'Atlantide» par Pierre Benoît.
Nous vendions également de la glace pour les campeurs. Elles nous arrivait par long pains chaque matin, et nous devions les scier en morceaux pour les distribuer. Mon père avait imaginé un système miraculeux pour accélérer la tâche: un transformateur électrique alimentant un fil en mailleshort. Mais finalement la scie allait plus vite, et chaque matin nous passions une heure ou deux à cette tâche, surtout nous les enfants.
Ajouté en 2025:
Il y avait également des anciens tunnels allemands, taillés dans le schiste, que nous allions explorer 43°22'47.57"N 1°45'20.86"W. C'était très dangereux, et il semble même que la falaise se soit effondrée depuis. Mais ces tunnels ressortaient de l'autre côté, donnant accès à l'une ou l'autre petite crique.
Ajouté en 2025:
J'ai un petit souvenir cruel ici: me promenant sur la plage, je tombais soudain sur une jeune femme si belle que j'éprouvais immédiatement un violent désir pour elle! Elle était exactement ce dont je rêvais, une magnifique blonde aux seins si gros qu'elle n'avait pas trouvé de soutient-gorge à sa taille, aussi ils tentaient de s'échapper de tous les côtés! En plus elle me regardait, mais je n'ai jamais si si c'était avec compassion ou horreur pour mon corps ravagé d'acné. Pas idéal pour flirter… En plus elle était avec ses parents, aussi je n'ai jamais osé l'aborder. J'espérais qu'elle le fasse elle-même, car je ne voulais pas lui imposer l'acné. Mais elle ne l'a pas fait. Et bien sûr je ne l'ai jamais revue… mais elle a longtemps hanté mes rêveries, comme compagne idéale.
L'affaire d'Hendaye s'est malheureusement mal terminée, avec mon père houspillant mon frère Serge au point qu'il a fugué. C'était suffisamment grave pour que ma mère décide que nous rentrions à Mont de Marsan plus tôt que prévu, laissant mon père seul au magasin. Suite à cet épisode, Serge a passé un mauvais moment, mais il s'en est finalement sorti. Mais pour ma mère c'était trop, et le divorce devenait inévitable.
(Permalien) Écrit en Novembre 2019.
Un autre épisode peu reluisant lors de cet été à Hendaye a été le scandale du talc Morhange. Ce talc contenait de l'hexachlorophène, un bactéricide, que tout le monde pensait inoffensif, et même bon pour la santé (par confusion avec la chlorophylle). Les publicités en vantaient la présence dans le dentifrice Signal, celui avec les rayures rouges (d'où il a été discrètement retiré peu après). Des études américaines venaient toutefois d'en montrer les dangers, et cet additif aurait déjà du être supprimé, et même jamais utilisé pour commencer. Mais comme d'habitude, il faut que les idiots mènent d'inutiles combats d'arrière-garde contre l'établissement de la vérité.
Ce qui s'est passé a été une erreur d'un employé, qui a confondu un fond d'hexachlorophène avec du talc. Il a ainsi été mis en vente un lot de talc Morhange empoisonné! Comme dans un cauchemar, les bébés tombaient, victimes d'encéphalites, parfois mortelles, souvent handicapantes (retards cognitifs)
Bien sûr dans ce genre de situations, il faut souvent des mois pour trouver le coupable, comme avec la thalidomide. Mais ici, la maladie touchant les nourrissons, il n'y avait pas tant de vecteurs possibles, et le coupable a été trouvé relativement rapidement.
Nous entendions ces nouvelles à la radio, comme toujours avec la radio des nouvelles d'un autre monde, sans réaliser qu'elles pouvaient nous concerner personnellement. En fait presque, il semble que le bébé des propriétaires du camping ait été assez gravement atteint. Le problème était donc à notre porte.
Nous étions donc à table, le soir, écoutant la radio sur ces nouvelles peu réjouissantes.
Quand soudain j'ai percuté.
Nous vendions du talc.
Je me suis immédiatement levé de table et suis allé voir dans le rayon: il y avait du talc Morhange! Nous avions vendu de cette saleté, sans savoir!!
Bien entendu j'ai immédiatement mis les boîtes dans un carton, sans attendre les objections de mon père, qui s'opposait déjà à l'écologie. Mais mis devant le fait accompli, il l'a fermé. Sociopathe, mais pas téméraire.
Quelques jours plus tard un policier est venu chercher les boîtes. J'ai eu la fierté de lui montrer qu'elles n'étaient plus dans le rayon. Ce fut ma première action pour l'écologie, même si à l'époque peu connaissaient déjà ce mot.
La société Morhange a été condamnée, pour imprudence grave.
Ils ont été amnistié un peu plus tard, par leurs copains du gouvernement Mitterrand «de gauche».
Mais le gouvernement Mitterrand n'a jamais amnistié les handicapés victimes de Morhange.
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