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Epistémologie Generale        Chapitre III-11       

 

III-11 Chacun a t-il sa vérité?

 

 

(Permalien)(Etait le chapitre 29 dans la version 1)

 

Vérité tout court

(Permalien) Les univers (physiques ou psychiques) prédits par notre théorie apparaissent comme «tangibles», «concrets», «observables», à un observateur immergé dans l'un d'entre eux, relié à lui par des organes des sens.

On serait donc tenté de penser qu'un univers donné existe relativement aux observateurs qu'il contient. Toutefois, si l'on se place d'un point de vue absolu, indépendant d'un univers donné, tout système logique, cohérent dans le sens défini au chapitre III-3, capable d'autogénérer quelque chose de similaire à un espace et un temps, existe en tant que système logique. Tous les univers possibles devraient donc exister, seuls n'existent pas ceux qui sont logiquement incohérents (ou les systèmes logiques ne pouvant pas générer de temps ni d'espace, qui ne sont donc pas des «univers»).

Il est toutefois difficile de prédire lesquels existent effectivement, et ce qu'ils contiennent. En effet, des choix de type «absurdité créatrice» peuvent conditionner leur existence, ou leur évolution. Nous ne savons pas le rôle que pourrait jouer un éventuel Dieu créateur, qu'il soit un personnage ou une entité métaphysique plus abstraite. Leur contenu peut aussi différer selon des choix propres à leur loi d'autogénération, comme par exemple notre hasard quantique, ou le fonctionnement du moteur onirique dans les univers psychiques comme le Bardo du devenir. Seule une exploration permettrait de le savoir. Il semble impossible de concevoir un moyen physique qui permette de visiter tous les univers. Un moyen psychique permettrait au moins d'explorer ceux qui contiennent des êtres conscients.

 

Vérité personnelle?

(Permalien) Avant de clore cette partie, signalons que depuis quelques années, un certain nombre de penseurs d'horizon divers, scientifiques du sérail ou plus contestataires, tentent de relativiser la notion de réalité, en faisant remarquer que selon les organes des sens dont on dispose, ou selon notre façon de «questionner» le monde et d'interpréter nos observations, alors nous n'aurions pas la même perception de ce monde.

Il est en effet évident qu'un synchrotron offre au physicien l'accès à une réalité insoupçonnée, mais qu'il est une horreur aux yeux du poète, qui se régale de mots et de sensations dénués de sens en physique. Il existe donc bien différentes façons de percevoir le monde.

Cependant, certains sautent allègrement le pas et disent «chacun sa réalité». Comme vu plus haut, cette expression est, au mieux, un abus de langage. Il faudrait dire «chacun sa perception», car ces perceptions différentes concernent de toute façon les mêmes objets extérieurs! On ferait même encore mieux de dire qu'il existe différentes visions du monde, car ces visions ne sont pas forcément liées indissolublement à telle ou telle personnalité: On peut être à la fois scientifique et poète, comme moi, et il y a bien de quoi rire quand on entend dire que de telles visions ne peuvent communiquer! Ces visions sont partageables. Simple affaire de communication, de vivre dans la réalité, ne pas se couper de ce que font les autres, de partager cette si précieuse expérience de la vie et de ses facettes en nombre infini. Un obstacle un peu plus sérieux est le fait de ne pas avoir les mêmes concepts de base, les mêmes systèmes axiomatiques, voire pas les mêmes logiques (au sens du chapitre I-3) pour appréhender le monde. Mais cela ne tient pas non plus: n'importe quel intellect normal a la capacité d'explorer n'importe quel système de pensée autre que le sien, comme je l'explique au chapitre I-9. C'est même un enrichissement constant, qui paie largement des peines et des embûches d'un tel chemin, et qui donne une bien plus grande valeur à notre vie individuelle comme à ce que l'on peut offrir aux autres.

Ayant moi-même tenté de percevoir le monde comme d'autres le perçoivent, je n'ai pas trouvé d'obstacle fondamental à un tel partage, et ne peut admettre la vue (au fond, raciste) comme quoi des gens seraient si foncièrement différents des autres humains qu'ils ne pourraient jamais partager leur façon de voir et d'interpréter le monde: les gens qui répandent de telles théories le font parce qu'ils refusent les autres! Je suis tout à fait capable de m'enthousiasmer pour le travail sur le synchrotron tout en écoutant les oiseaux chanter sur le toit. La seule chose que je sois incapable de partager est le plaisir de faire du mal. Il faut dire que je ne fais pas trop d'efforts pour cela... je déteste de ne pas pouvoir partager un domaine de conscience avec des gens spécialisé dans le leur, parce que ces gens se sont mis volontairement des oeillères qui leur cachent tous les autres. Mais ce n'est pas «mon» problème «personnel». J'aime les scientifiques, mais quel dommage d'être seulement scientifique. Idem avec les poètes, et aussi avec les écologistes, avec les naturistes, avec les végétariens, les bouddhistes, etc. quel dommage de se murer toute une vie durant dans une seule perspective. Debout! Le monde est vaste! Ce partage des différentes cultures, des différentes visions, est une des plus passionnantes expériences humaines!

 

On n'atteint les problèmes réels et sérieux qu'entre gens qui n'ont pas les mêmes conceptions de base de la vie, par exemple ceux qui accordent une valeur à l'être humain et ceux qui lui dénient cette valeur. Alors dire «Chacun sa réalité» devient franchement coupable, surtout quand on en arrive à des «chacun sa vérité» en morale, en politique ou même en physique. C'est renier toute notion de réalité objective, toute notion de science, mais aussi toute notion de respect de la personne humaine. Ceci n'est pas ma théorie, car dans ma théorie différents observateurs plongés dans le même univers perçoivent la même chose: chaque univers a son objectivité interne (celle que les physiciens perçoivent quand ils observent la matière, ou celle que des journalistes ou des policiers recherchent quand ils démêlent une affaire compliquée). Quel que soit son statut existentiel global, absolu ou relatif, notre univers est objectif du point de vue de ses habitants individuels, au contraire du rêve ou du Bardo du devenir qui sont des expériences individuelles, subjectives. Dénier ainsi toute notion de réalité interindividuelle dans notre monde n'est qu'un procédé de manipulation mentale, hélas commun dans les «enseignements» du «Nouvel Age» et des sectes. C'est surtout se soustraire commodément à la nécessité de respecter autrui et l'éthique, c'est renier que nous avons tous à partager ensemble une vie et une expérience commune dans cet univers matériel. Plutôt que d'avoir «ma vérité», je préfère de fort loin vivre dans la vérité de tout le monde, qui n'est certes pas toujours ce que j'aimerais, mais au moins on y rencontre d'autres êtres humains.

 

 

 

 

 

 

 

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