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Les Elfes du Dauriath

Index and Calendar

 

 

La Bataille du Horiathon

 

Le retour des Elfes dans le Dauriath

 

Un drame par Yichard Muni, barde elfe

 

Cette histoire est arrivée dans les mondes du Nyidiath et du Dauriath, les mondes des elfes et des humains, comme mes autres histoires d'elfes. Cependant elle a eu lieu bien plus récemment, au moment où les deux mondes ont été réunis, et que les elfes ont pu retourner dans le monde des humains.

A cette époque, le Nyidiath était déjà un monde moderne, avec une majorité de gouvernements démocratiques, des voitures, l'électricité, des avions, correspondant en gros au niveau technologique des années 1950 sur Terre. Il ne faudra donc pas s'étonner de voir ces choses dans une histoire d'elfes. Par contre, ce qui va étonner, c'est ce qu'ont fait les elfes pendant ce temps...

Cette histoire apporte une sorte de conclusion pour les récits précédents, et nous verrons ce que sont devenus plusieurs personnages anciens, mais à l'époque moderne aujourd'hui. De sorte qu'elle peut être considérée comme la dernière histoire de cette série. Mais je garde bien sûr la possibilité d'écrire des histoires dans l'avenir, au-delà de cette époque, si je reçois une telle source d'inspiration. Mais ce sera une seconde série, sur un ton très différent, sans violence ni mal.

Cette histoire raconte la terrible bataille de Horiathon, qui s'est produite lors de la réunification des deux mondes, et qui a tant frappé l'imagination des peuples du Nyidiath. Non pas qu'elle fut particulièrement grande ou horrible, mais elle fut une leçon si définitive aux gouvernements humains qu'ils durent enfin laisser les elfes du Nyidiath vivre leur idéal à découvert, sans plus être victimes d'intimidation, de dénigrement ou de censure. Dans les siècles suivants, cela permettrait à de plus en plus d'humains de devenir des elfes, au point de créer les premiers gouvernement elfiques en seulement deux siècles, menant le monde du Nyidiath sur la voie du bien, tout en respectant les différentes manières de vivre de ses peuples. Il faudra encore sept autres siècles pour que, quand tout le monde sera devenu elfe, arrive la «grande merveille», un magnifique événement magique mondial, engloutissant leurs deux mondes dans un bonheur et une beauté inimaginables, au-delà de tout ce que que l'on peut décrire dans un texte.

 

C'est une histoires à fils multiples, et elle est donc coupée en petits bouts. Chaque fil a sa propre couleur, pour faciliter la lecture.

 

Important: pour mieux ressentir les diverses émotions, je propose des liens vers des musiques, à écouter en lisant. Pour faciliter, ces liens sont vers Youtube, c'est à dire souvent publiés sans l'autorisation des auteurs, et sans soutient pour eux. Aussi je recommande vivement de soutenir les auteurs en achetant leurs musiques, ou en consultant leurs sites. Voir ici pour davantage de musiques et les liens vers les sites des auteurs.

 

Rencontrons-nous en vrai!

Tous les Vendredis, 12pm SLT (Attention heure d'été en France: 21h Française, 19hTU), Elf Dream Meetings et histoires,dans notre region virtuelle Daur Lysaer (Comment entrer)

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Je suis connu dans le virtuel sous mon nom d'artiste Yichard Muni, ainsi que dans le groupe «Elf Dream» (Rêve elfique) dans MEWE, réseau social respectueux de notre vie privée, approuvé comme tel par les créateurs de l'Internet.

 

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Ce texte s'insère dans une intrigue plus vaste. Il vaut donc mieux lire d'abord «Le Baiser des Mondes», afin de ne pas gâcher la surprise.

 

 

 

Jour H -120

 

« Aaaaah !

-Oh l***, fit Michele, c'est pas encore l'heure de s'lever!

-Aouh, répondit Dan, c'était encore une fois ce rêve à la k*****

-Le rêve avec les elfes? T'es naze, c'est dans l'avenir, tu risques rien aujourd'hui. Et maintenant laisse-moi dormir, g***»

Dan se recroquevilla sous les couvertures, comme si cela pouvait le protéger contre l’innommable danger rodant dans leur chambre obscure. Oui, il avait fait encore une fois ce rêve: son navire de guerre gris en acier avait franchi le noir passage du Horiathon, et pénétré dans l'océan elfique. Dan et les autres soldats étaient fiers de leur mission: libérer le Dauriath des quelques extrémistes religieux qui l'occupaient, pour y apporter la civilisation moderne, et ouvrir de nouvelles terres pour soulager la surpopulation du Nyidiath. Les extrémistes avec leurs arcs et leurs flèches n'avaient aucune chance contre les armes modernes, ils les cueilleraient comme des fleurs, la mer était bleue, le soleil brillait, les boutons d'uniformes reluisaient et tralalalala...

Seul problème, il y avait ces bruits étranges, qui semblaient émaner des mystérieuses profondeurs de l'océan du Dauriath, 900kms d'obscurité insondable. Tout d'abord, c'étaient comme de longues notes d'orgue, montant par octave, jusqu'à ce que la fréquence soit trop élevée. Pas très fort, et ils pouvaient facilement passer inaperçus dans le grondement des machines. Puis il y avait des clics, des séries de clics électroniques, comme des grillons, en plus sec. Puis à nouveau les orgues. Lui seul les remarquait, les autres continuaient à sourire, apparemment inconscients de la peur qui tordait le ventre de Dan. Ou peut-être étaient-ils comme lui, n'osant pas reconnaître la subtile menace, qui impliquait de désobéir aux ordres et de fuir avant qu'il soit trop tard.

Puis l'océan elfique s'ouvrait comme une monstrueuse fleur d'écume blanche, et en une fraction de seconde, leur fier navire de fer n'était plus qu'un nuage de débris enflammés volant dans toutes les directions. Et lui, Dan, dû subir l'agonie de son corps transpercé de grands éclats de métal. La dernière fois, c'était l'effroyable douleur de l'acier fondu, et la puanteur de la chair brûlée le suivit pendant trois jours. Une autre fois, il s'était réveillé haletant, après avoir rêvé qu'il était pris au piège dans un compartiment métallique obscur qui se remplissait d'eau froide...

 

Avec le jour, Dan se sentit mieux, même si une peur insidieuse rôdait toujours derrière ses pensées ordinaires. Il se disputa avec sa femme. Après seulement trois ans de mariage, c'était considéré comme normal. À vingt quatre ans, sa beauté s'estompait déjà avec la drogue et les soirées en boîte, c'était aussi considéré comme normal. Bon, aujourd'hui, il devait porter ses plus beaux habits: c'était le grand jour! Il devait signer un engagement de vingt ans dans la marine. Après son service militaire et un premier contrat de trois ans, il avait déjà une bonne place, quelque chose comme «Quartier-Maître», spécialisé en mécanique, et il portait son insigne avec fierté.

Ainsi, par cette journée pluvieuse, Dan, comme beaucoup d'autres, s'engagea dans la marine, en pensant au prestige et à la bonne paye, mais pas à l'avenir proche de la ré-ouverture du Horiathon et la hideuse guerre qui s'ensuivrait. Pas comme son copain Roger, qui refusa de signer à nouveau, et dû s'inscrire à l'Agence de l'Emploi, pour un avenir incertain.

 

 

 

Jour H-110

Musique: Solar Fields, When the worlds collide

http://www.youtube.com/watch?v=B_htutlLUOw

Site de l'auteur

 

Au Horiathon, le terrifiant passage vers les terres elfiques, les choses avaient peu changé. Du côté du Dauriath, la flotte d'élégants navires elfiques à voile et en bois, blancs avec des filets de couleur, encerclait toujours le passage, la même que depuis l'Exode, interdisant toujours l'accès au paradis elfique si chèrement gagné. Mais face a la puissante flotte moderne de navires de guerre d'acier des humains, son rôle n'était plus guère désormais que d'avertissement symbolique. Toutefois elle opposait toujours un obstacle moral à l'invasion planifiée: la flotte en acier aurait à les éperonner pour passer, et ce serait clairement une attaque, pas une libération pacifique comme ils voulaient le faire croire.

 

Côté humain, le nombre de navires avait doublé. Six destroyers, deux navires de soutien. Plus loin dans les ports, d'autres attendaient: porte-avions, frégates rapides, cargos. Mais surtout, des centaines de navires de colons étaient construits frénétiquement dans de grandes usines, pour transporter des personnes, des outils, des matériaux de construction, des bulldozers et des engins lourds de construction. Des centaines de milliers de colons avaient payé très cher à des sociétés d'immigration, pour être parmi les premiers à «investir» dans les meilleurs endroits sur des cartes joliment colorées du Dauriath, qui montraient de vastes étendues de terrain «vide».

Les politiciens du monde humain étaient très fiers: c'était la première action militaire du Conseil des Nations, une coalition de presque tous les pays humains, créé trente ans plus tôt pour éviter les guerres. Il n'en avait pas évité beaucoup, et donc cette première action unanime était considérée comme un grand succès. En plus, ils se vantaient que ce serait une libération pacifique, le développement du Dauriath, et ainsi de suite.

 

La vue du Horiathon était envoûtante, et les marins humains, vivement impressionnés, expliquaient leur sentiment à leurs familles ou aux journalistes. Les deux planètes, reliées entre elles par la gravitation, étaient déformées en gouttes d'eau, les deux pointes se touchant, de sorte que l'océan formait un cou, comme un sablier. Depuis deux siècles, le cou était impraticable par des navires, en raison d'un violent mascaret tout autour, causé par les courants de marée entre les deux mondes. Mais cette vague allait en diminuant, et dans quelques mois les grands navires pourraient passer, au moment du renversement de la marée. Quelques plus petits avaient déjà tenté la traversée avec succès, mais ils s'en étaient retournés sans approcher la flotte elfique.

 

Le Horiathon était un endroit sombre (en raison de l'épaisseur de l'atmosphère) où la gravitation était très faible (puisque les attractions antagonistes des deux planètes s'annulaient). Cela en faisait un endroit effrayant et peu accueillant. Mais c'était avant tout un paysage fantastique, où le sens commun perdait toute valeur. Ainsi, l'océan du Nyidiath formait un cône, comme une montagne d'eau, tandis que l'océan du Dauriath formait un autre cône d'eau noire au-dessus, descendant du ciel. S'y ajoutaient des vents violents et la foudre fréquente... De jour, la flotte des elfes apparaissait comme des taches blanches encerclant le cône du Dauriath, haut dans le ciel. Les stratèges humains savaient que les elfes avaient l'électricité à bord de leurs navires, mais ils avaient toujours des volets sur leurs fenêtres, de sorte que la nuit ils étaient totalement invisibles. Vue du côté des elfes, c'est la flotte humaine qui formait un cercle de lumières vives tournant lentement dans le ciel. Le ciel restant tout autour était gris foncé ou rouge terne, et l'océan noir avec des taches d'écume.

 

 

 

Jour H-90

Bob aussi avait des rêves terribles. Mais ils étaient différents. Il volait tranquillement en direction du Dauriath avec son bombardier, vers son objectif assigné. Mais il était étonné d'y trouver d'énormes temples et constructions. Personne ne lui avait jamais parlé de ces choses, et il ressentit violemment qu'il profanait une terre d'une incroyable puissance magique.

Tout à coup, il réalisa que son compas lui avait donné des indications totalement fausses, et qu'il était perdu, incapable de retrouver le chemin de sa base. La seule chose qu'il était encore capable de faire était de tourner autour de l'un des temples illuminés, se sentant infiniment triste et totalement incongru, admirant le paysage magnifique d'elfes, de villages heureux et de joyeuses forêts, jusqu'à ce qu'il soit à court de carburant...

En vrai, Bob avait déjà effectué plusieurs vols de reconnaissance au-dessus du Dauriath. Il savait qu'il y avait là plus que quelques anachorètes. Il avait extrapolé dans ses rapports que le nombre total de personnes vivant dans la Dauriath pourrait être de l'ordre de quatre cent millions, avec des maisons de bonne maçonnerie et une agriculture puissante. Ce n'était pas un problème d'un point de vue militaire, mais cela rendait l'affaire bien plus sale que dans les tracts de propagande: Comment justifier l'éviction de tant de gens pacifiques? Et comment «disposer» d'eux sans se faire repérer par les moralistes et les défenseurs des droits de l'homme?

Bob avait atteint l'âge où il aurait pu abandonner l'armée de l'Air Scythienne et profiter de prêts avantageux pour se lancer dans les affaires civiles. Il avait déjà été abordé par plusieurs de ses collègues, pour démarrer une entreprise d'équipement avionique. Ils insistèrent même, arguant qu'ainsi il échapperait aux dangers inconnus de cette guerre étrange. Ils avaient l'air vraiment inquiets pour lui, de sorte qu'il mit abruptement fin à la discussion.

Le problème de Bob était qu'il détestait vraiment toutes ces histoires d'elfes, de joie de vivre et de forêts merveilleuses. Ce qu'il voulait, c'était tous ces cheveux coupés, ces forêt défrichées pour les routes, et les temples auto-lumineux aplatis avant qu'un seul colon ne les voie, pour que l'invasion puisse se dérouler sans qu'aucun moraliste ne proteste ou seulement devine ce qui se passait.

En plus, il savait que plusieurs pilotes de son escadrille n'étaient jamais revenus d'au-delà de l'horizon du Dauriath. Et ça, il en fit une affaire personnelle.

 

Ses rêves s'arrêtèrent.

 

 

 

Jour H-91

Jack entra au mess des officiers, comme il avait l'habitude de faire tous les jours. Comme il était en avance, il prit une revue de la marine pour lire en attendant.

Il tomba sur un article par un psychologue, le Docteur Hort Padella, qui était bien connu à la télévision pour sa dénégation du paranormal ou des survivances religieuses.

«Nous avons eu quelques cas isolés de personnel militaire se plaignant de cauchemars à propos de leur future mission. Ceci n'est pas extraordinaire, et c'est même un phénomène courant, lors de chaque engagement. Dans le cas de la mission prévue de la libération du Dauriath, il s'y ajoute les anciennes légendes de magie et de prêtres terribles, combiné avec l'archétype inconscient des terres inexplorées où tout est possible. Ceci résulte en une excitation du système nerveux limbique, qui se met à produire des neurotransmetteurs spécifiques. Ceux-ci, à leur tour, induisent des rêves effrayants à propos de dangers imaginaires.

«Nous avons conseillé aux psychologues de l'armée ne pas à prêter attention à ces rêves. Si des membres de l'armée continuent de se plaindre, cela peut révéler des croyances sous-jacentes de mythes religieux ou d'illusions paranormales. Un traitement approprié avec des antipsychotiques peut-être indiqué. Bien sûr ces personnels doivent être isolés, afin d'éviter la propagation de rumeurs et la perte de moral chez les autres militaires, ou chez le personnel de soutien civil.»

Jack avait l'habitude de ne pas prêter attention à ses rêves. Mais il eut soudain peur, parce qu'il en avait précisément eu plusieurs de ce genre. Alors il s'avisa qu'il valait mieux les oublier, et surtout ne pas en parler à qui que ce soit.

 

 

 

Jour H-80

 

Musique:Mark Shreeve, Aurora

http://www.youtube.com/watch?v=9MYPQ7tK_TY

Site de l'auteur

 

Yson était un soldat de base, du genre qui sue et qui ahane dans la forêt, sous le poids du barda et la menace invisible de l'ennemi.

Il avait rêvé qu'il s'avançait dans la forêt du Dauriath, en pensant qu'il libérait les terres de ces sales extrémistes religieux, ouvrant le pays à la civilisation. Il marchait au rythme d'une de ces enthousiasmantes musiques de la propagande de la télévision. Tout allait bien, ces vieux schnocks de prêtres fuiraient en couinant comme des souris, il libérerait la magnifique otage blonde comme dans les films, et il rentrerait chez lui avec la reconnaissance sociale et un gros chèque de solde, voire même il obtiendrait une terre dans le Dauriath.

Tout à coup, il y eut une lumière brûlante, détonation et douleur, et la musique de télévision s'arrêta. Il était seul, incapable de bouger, sa chair déchirée et ses os brisés irrémédiablement mélangés avec la boue et la terre. Après un silence, les oiseaux avaient recommencé à chanter autour de lui, et les fleurs à être belles.

Mais ce n'était pas le pire: bientôt ils furent là.

Les elfes.

Des soldats elfes parfaitement efficaces et entraînés, avec des tenues de camouflage fonctionnelles quoique élégantes, et des armes très modernes. Ils prirent immédiatement position sur place, sans commandement apparent.

Puis elle parla.

La magnifique femme blonde.

Celle des films, qu'il aimait en secret.

Avec une voix profonde, tendre et mélodieuse...

Et elle n'était pas une otage, mais la soldate qui avait blessé Yson, en défendant ses terres légitimes. Elle avait dû couper ses cheveux magnifiques pour le combat, et Yson sentit clairement son calme reproche pour cela.

Puis ils s'étaient mis à chanter.

Avec des voix si tendres et si belles, que Yson sentit tout de suite qu'il s'était totalement trompé dans toute sa vie: le vrai bonheur et le sens de la vie étaient ici, avec ces gens magnifiques qui s'aimaient aussi tendrement que des conjoints, dans ce coin perdu de forêt. Et lui, Yson, n'était PAS ADMIS dans ce royaume de beauté, de bonté et de bonheur. A cause de son comportement violent et ignorant.

Etre ainsi retranché du sens même de l'univers était un bien pire chagrin que l'agonie de son corps écrasé.

 

Yson s'éveilla de ce rêve terrible, suant et haletant.

 

Il ne fit ce rêve qu'une seule fois, mais cela le secoua tant qu'il envisagea sérieusement de démissionner de l'armée. Cependant, il fit l'erreur de demander l'avis d'un psychologue de l'armée, qui lui embrouilla l'esprit de beaux discours proférés d'un ton menaçant... de sorte qu'il n'osa plus penser à ce rêve.

 

 

 

Jour H-55

«Responsable de la communication: Halo, alpha alpha zoulou, vous m'entendez?

-Avion: (parasites) Oui je vous entend toujours, 3 sur 5. Nous longeons l'horizon du Dauriath, mais sans le dépasser. Nous ne voyons rien d'inhabituel pour l'instant. Juste il semble qu'il y ait plus de (parasites) ici.

-Responsable de la communication : s'il vous plaît répétez: plus de quoi?

-Avion: Répétez s'il vous plaît?

-Responsable de la communication: que voyez-vous d'inhabituel?

-Avion: Ah (statique) plus de bâtiments, ou plus grands.

-Responsable de la communication: Aucune idée de l'utilisation de ces bâtiments plus grands?

-Avion: pas de cette altitude. J'essaye de prendre des images avec le télescope, mais... (parasites)

-Responsable de la communication: mais quoi?

-Avion: Ce que je vois est... oh ben dis donc, eh, ça...

-Récepteur radio: WOOUHOOWOOUHOOWOOUHOO SCHRIEKSCHRIEKSCHRIEKSCHRIEK WOOUHOOWOOUHOOWOOUHOO SCHRIEKSCHRIEKSCHRIEKSCHRIEK

-Responsable de la communication: v***, brouillés!

-Second de la communication: Ah les n*** ils ont brouillé notre transmission radio!

-Responsable de la communication: Eh, j'ai perdu la fréquence porteuse!

-Commandant Mission: Eh ben, c'est plus la peine d'attendre qu'alpha alpha zoulou revienne, maintenant...

-Second de la communication: ils savent parfaitement ce que nous faisons!

-Responsable de la communication: Cette affaire de la Dauriath ne sera pas aussi simple que dans les films...

-Second de la communication: et comme d'habitude, ce sera à nous l'armée de dissiper les illusions des politiciens»

 

 

 

Jour H-120

 

Musique: Stellardrone, The Divine Cosmos

http://www.youtube.com/watch?v=Qw6KEyPBAbQ

Radio de l'auteur

 

«Oh, Dick, ton télescope n'est pas confisqué?

-Eh non, je l'avais à la maison pour la réparation, quand la police a perquisitionné le club d'astronomie. Ils ont pris le 200mm, le 380mm avec le Barlow et toutes les caméras, mais pas le gros 550mm!

-Boudiou, 550, c'est un des plus gros télescopes amateur de tout le Nyidiath!

-A t'on idée de pourquoi ils ont confisqué tout le matériel des astronomes amateurs? Nous n'avons rein fait mal... Nous ne sommes plus en démocratie?

-Ben, je pense que c'est à cause des histoires du Dauriath.

-Ah, l***, tout est accaparé par cette affaire. Mon oncle est allé à une vente aux enchères pour un lot là-haut. Il a grimpé jusqu'à 40 000 Ors avant d'abandonner. A la fin, c'est arrivé à 87 000 Ors, pour juste un terrain de 6 hectares!

-Oh la chèvre! C'est plus cher qu'un terrain en ville! C'est la nouvelle folie, de payer des sommes ahurissantes pour un bout de terrain, sans même savoir si c'est sur terre ou dans l'océan!

-La fièvre de Dauriath...

-Ne répétez pas, parce que c'est interdit d'utiliser des télescopes, surtout pour ça, fit Dick.

-Pour quoi faire?

-Pour le Dauriath. On dit que l'observation du Dauriath au télescope montre les dieux. C'est pour ça que tous les télescopes amateurs sont interdits maintenant, et les données des astronomes professionnels ne sont pas publiées.

-Interdit? C'est comme dans l'ancien temps, où les religions interdisaient d'utiliser les télescopes, parce qu'ils ne montraient pas les dieux.

-Haha, opinons opposées mais même esprit intégriste.

-Et toi, tu as... ben... essayé?

-En quelque sorte.

-On ne répétera pas.

-Eh bien, tout d'abord, le jour on ne voit pas grand-chose. Aucun bâtiment n'est visibles à une telle distance, mais beaucoup de champs, de prairies, des cultures et de nombreux petits ports.

-Phieeeeew, ils sont plus que quelques milliers.

-La nuit, par contre, en infra-rouge, c'est une autre histoire.

-Oh, tu as essayé ça?

-Oui, j'ai monté la caméra infra-rouge de Harvey sur le grand télescope 550. Je n'ai pas pu prendre beaucoup de photographies, malheureusement, parce que les films infra-rouge sont de plus en plus durs à trouver.

-Brûlés par la fièvre Dauriath, je parie.

-Sans doute. Cette image présente de nombreux villages. Chaque étoile est un village. Mais notez que l'énergie libérée est faible, quelques centaines de watts par maison, pas beaucoup plus que la chaleur humaine. Ils sont probablement bien isolés, pour éviter d'être trop visibles.

-Phiewww

-Et c'est comme ça sur chaque continent. Il y a aussi des lumières de teinte pastel dans certains endroits. Je n'ai aucune idée de ce que c'est, juste qu'elles brillent toute la nuit. C'est peut-être les dieux.

-Des lumières pastel? Mais c'est quoi?

-Au moins c'est beau. On est sûrs que c'est les elfes, ha ha ha!

-Oui, c'est clair, ils semblent incapables de faire des trucs moches. Mais c'est pas le mieux.

-Quoi d'autre?

-Les bateaux. Regardez ceux-ci.

-Eh, ces feux sont beaucoup plus lumineux.

-Oui, plusieurs mégawatts chacun. C'est des vrais gros navires, pas des voiles sur des planches. Et alignées comme dans une formation militaire. Si ils sortent ça pour défendre le Horiathon, nos vieux navires obsolètes sont mal barrés.

-Macaniche!

-Quand j'ai repéré cette flotte, j'ai attendu le jour pour en avoir une image en lumière visible. Mais...

-Mais?

-Quand j'ai regardé à nouveau le matin, ils n'étaient PAS LA. Rien en lumière visible, juste de l'eau.

-???

-!!!

-Uuuuhhh...Ça fout la frousse. Qu'est-ce qu'ils fichent là-haut?

-Je ne sais pas, juste que je n'irais pas les embêter. Et vous ne m'avez jamais entendu. Vous ne savez rien sur le 550, et de toutes façons maintenant que j'ai plus de films, je l'ai enterré. Mais je pense que ce serait bien de faire passer le message, parce qu'il va bientôt y avoir des illusions qui vont se casser les dents sur des dures réalités.»

 

 

 

Caim regardait la télévision, comme d'habitude, tandis que son épouse préparait le dîner à la cuisine. Ce soir-là il y avait un débat sur la démocratie, avec des représentants des ambassades Elfiques.

«TV: Une des grandes préoccupations de nos gouvernements est l'absence de démocratie dans les terres de Dauriath, et même dans les petits pays elfiques du Nyidiath.

-Ambassadeur elfe: en effet, nous n'avons pas votre démocratie formelle et procédurale. Ce que nous avons est

-TV, interrompant: qui protège les droits des minorités dans vos pays? Nous avons des lois et des comités pour cela.

-Ambassadeur elfe: nous n'avons pas besoin de ces lois, parce que toute opinion dans l'esprit des elfes fait partie d'une harmonie qui

-TV, interrompant: nous avons des lois et des quotas garantissent des droits des communautés enregistrées. Les plus grandes ont des représentants au parlement et dans diverses institutions de l'état. Que se passe-t-il dans un pays elfique si une communauté revendique ses droits?

-Ambassadeur elfe: cela n'est pas nécessaire, parce que chaque communauté a déjà sa place dans l'harmonie commune. Cela fonctionne très bien parce que le

-TV, interrompant: Ainsi ces communautés n'ont aucun droit légal. Vous comprenez que c'est une grande source de préoccupation, et nous pouvons nous sentir fondés de défendre les droits des personnes dans le Dauriath. Qu'advient-il de vos prisonniers dans le Dauriath?

-Ambassadeur elfe: Les dernières personnes à être entrée sans autorisation dans le Dauriath l'on fait il y a 200 ans, avant que le Horiathon ne se ferme. Nous les avons toujours bien traitées. Depuis, elles sont mortes de mort naturelle, et

-TV, interrompant: Eh bien, nous avons beaucoup entendu parler d'otages récemment. Quelles sont les conditions pour leur libération?

-Ambassadeur elfe: cher Monsieur, ces otages sont dans vos films, pas dans nos terres. Vous seuls pouvez les libérer de là!

-TV (un court silence, puis:) je ne comprend pas...

-Ambassadeur elfe: vos gouvernements ne nous ont fourni aucune liste de personnes entrées sans autorisation dans nos terres (large sourire).

 

Caim, en colère: K******* elfes, ils mentent comme ils respirent. Il faut vraiment que j'y aille et que je me batte. Trois semaines maintenant, avant de passer à l'action. Jilian, la bouffe est prête?»

 

Jilian devait être patiente avec ce mari grossier et son union ratée. Elle avait eu des rêves elle aussi, et elle savait exactement ce qui allait se passer. Dans trois semaines, Caim rejoindrait son corps d'armée. Dans quatre semaines (l'ultimatum du Conseil des Nations aux elfes, pour rendre tous les otages), il serait parachuté sur les plus proches îles elfiques du Dauriath. Et seulement quelques minutes après, elle serait une veuve de guerre, avec une bonne pension et libre de consacrer sa vie à des choses plus intéressantes que de laver ses slips.

Le plus gros problème pour l'instant, était qu'il la voulait enceinte avant son départ, afin de «le continuer» si il était tué. Mais elle avait arrangé les choses avec son médecin, pour lui faire croire et arrêter ses assauts continuels.

 

 

 

Jour H-10

 

Musique: Kitaro, Koi

http://www.youtube.com/watch?v=9fXLFc-flzE

 

Morav avait amené pour la première fois sa famille dans l'immense hangar où le grand navire «Vanguard XII» était en construction. Des lumières jaunâtres descendaient du plafond obscur de poutrelles d'acier, résonnant de bruits métalliques, d'appels et de machines. Le chargement les cales avait commencé, bien que le navire ne fut pas encore lancé. Mais la réouverture du Horiathon était dans seulement dix jours: tous les concurrents devraient alors se précipiter, avant que les parcelles non occupées ne soient prises par d'autres.

Morav avait fièrement montré sa carte de colon aux gardes, et ils avaient été autorisés à monter dans le bateau, par un étroit couloir métallique et des passages rouillés. A l'intérieur, ils avaient une petite cabine où il leur faudrait vivre tous les cinq pour les deux semaines du trajet. Elle était encore en métal brut, et Morav avait apporté la peinture, comme beaucoup d'autres colons, tandis que sa femme Gurney avait apporté des rideaux et d'autres accessoires de ménage.

Ils prirent possession de leur cabine avec les ooohs et les aaaah enthousiaste des colons prêts à découvrir une nouvelle terre et à y démarrer une nouvelle entreprise.

Mais une des premières choses que Morav fit, fut d'afficher au mur de fer la carte de l'endroit où ils allaient se rendre. C'était une petite péninsule de 20km de long, appelée Abaquité (personne ne savait d'où venaient ces noms, et aucun n'avait pris la peine de demander). Elle avait été subdivisée en carrés de 256 mètres de large, et de couleurs différentes: rouge pour les plus chers, puis orange, jaune et vert pour les moins chers. Certains carrés bleus étaient encore disponibles, les gris étaient réservés pour les immeubles collectifs, et les violets pour les parcs. Morav cercla fièrement sa parcelle orange avec un marqueur. Il y avait une route prévue juste à côté, ce qui la rendait apte à recevoir une usine, et même à louer une partie à des arrivants plus tardifs, de sorte qu'il n'aurait en faits pas à travailler.

Les enfants contemplaient la carte avec des sentiments mitigés.

Thress, l'aîné, remarqua immédiatement un détail étrange:

«Pourquoi n'y a t-il pas d'indication de relief? Collines, prés ou rochers?» En effet, le littoral compliqué indiquait plutôt un endroit rocheux. Mais il n'y n'avait aucun moyen de savoir comment était la terre à l'intérieur, plate, vallonnée, voire montagneuse et inutilisable à quoi que ce soit. La société d'immigration avait seulement tracé des lignes droites partout, tandis que les designers et les paysagistes avaient placés ici et là des carrés violets pour des parcs et de la verdure.

«Et si les elfes ne nous laissent pas venir?» demanda Nick, le plus jeune, parlant encore maladroitement.

-Oncle Tatoon va les tuer avec sa mitraillette», répondit Schmee, la fille.

Sans prêter attention à une remarque aussi terrible dans la bouche d'un enfant, Morav discutait avec Gurney: «je pense que le meilleur endroit pour mettre notre maison est ici, juste à côté de la route, au milieu du côté de la parcelle. Ça va faire une façade symétrique avec un mur. Tout au bout sera l'accès pour les locataires.

 

Morav voyait déjà son lot rempli d'entreprises, payant pour sa maison de luxe. Mais il ignorait que, précisément à l'endroit qu'il désignait de son doigt, se trouvait une magnifique clairière dans la forêt, ornée de plantes grimpantes fleuries et d'herbes, enchantées par les chants de milliers d'oiseaux réverbérant sous la canopée. Ils ne gazouillaient pas au hasard, mais en formant des choeurs et des solos, par groupes ou en alternant par espèce, créant une somptueuse symphonie pastorale qui ne stoppait ni ne se répétait jamais. Une merveilleuse elfe aux cheveux noir de jais, Amasheen, était assise en méditation, profitant de l'énergie pure de la nature vivante autour d'elle. Il lui fallait attendre avant de reprendre sa marche, car un groupe de biches sauvages passait à proximité, et elle ne voulait pas les déranger. A l'entour, que Morav avait payé une somme indécente, poussaient de grands arbres ombrageant de féeriques grottes de verdure, percées çà et là de rayons de soleil où les insectes volants semblaient des étoiles. Dans une autre clairière, se nichait une petite maison au toit de chaume. Ses murs faisaient des bosses et des blocs ressemblant beaucoup aux roches environnantes, et recouverts des mêmes mousses et fougères, de sorte que cette maison semblait une partie naturelle du paysage forestier. À l'intérieur, les murs étaient peints de tons mauve pastel, avec beaucoup de beaux tissus colorés et de fleurs séchées, formant des alcôves. C'était bien chauffé et bien à l'abri de la pluie, avec tout l'équipement d'une maison moderne et une toile d'étanchéité d'excellente qualité sous le chaume. C'était le nid de méditation qu'Amasheen partageait avec Alazaër, son mari aimé.

Ils savaient parfaitement que le Horiathon devait rouvrir dans quelques jours. Ils avaient aussi entendu parler des carrés que l'appât du gain avait tracé à travers leur terre merveilleuse, qu'ils nommaient Amaootoo, le pays de l'oiseau noir ootoo qui chante pour l'âme. Mais, pour être franc, cela ne les préoccupait guère. Ils n'y pensaient même pas. Ils avaient dûment exécutés les différentes tâches que le conseil de guerre leur avait demandé, et après ils étaient retournés en toute confiance à leur douce méditation, en alternance avec les cultures et la construction au village proche. Même le jour H n'était pas spécial, juste que c'était une journée de méditation dans le temple du village, à se tenir prêt pour certaines choses qui leur seraient demandées. Amasheen pensa que ce serait bien de faire cuire des biscuits pour cette occasion.

 

Pourquoi une telle confiance? Ce n'était pourtant pas de l'inconscience: de toute évidence ils savaient des chose cruciales que Morav et les autres colons ne soupçonnaient même pas.

 

 

 

Jour H, midi moins 30 minutes.

La flotte de Conseil Mondial était alignée, prête à intervenir, avec l'ultimatum expirant dans 30 minutes.

Dan était autorisé sur le pont de son destroyer, le Barth, pour l'exercice de ses fonctions techniques. D'ici, il pouvait admirer le superbe paysage du Horiathon. A ce moment, l'océan noir avait sa forme habituelle d'un énorme sablier. Comme si la météo voulait les encourager, il n'y avait presque pas de vagues, et même une pâle lueur de soleil rouge se faufilait entre les énormes nuages noirs, allumant des stries rouges d'écume, ce qui rendait le vide à l'entour encore plus sombre, comme un ciel de nuit. Le Nyidiath formait le bas du sablier, le sommet d'un énorme cône, avec l'horizon bien en-dessous de sa position habituelle, disparaissant dans la brume sombre. Au-dessus, le Dauriath formait un cône semblable, mais pendant du ciel.

La flotte du Conseil Mondial comportait six grands navires destroyers, tout près du Horiathon. Une seconde ligne de vingt grands transporteurs de troupes attendait juste un peu plus loin, puis les porte-avions et les navires de soutien logistique s'alignaient, remplissant l'océan jusqu'à l'horizon, plus des dizaines de navires de colons prêts à se précipiter dans les terres libérées, sur les talons de la marine. Le navire de Dan était grand, avec de nombreux canons, bien qu'il ne visse pas comment ceux-ci pourraient être utilisées contre de maigres anachorètes vivant dans des huttes de paille. Tout le monde se doutait bien qu'il y aurait davantage que ces derniers à combattre, mais quoi que puissent aligner les elfes, Dan était sûr qu'ils gagneraient dans tous les cas. Les films de propagande avait brouillé les esprits bien plus loin que ce que leurs concepteurs avaient prévu: tout le monde pensait qu'ils auraient à lutter contre une armée elfique du Moyen Age... même l'état-major militaire en était venu à croire ces mensonges! Certains lieutenants de l'aviation avaient bien averti qu'il y avait plus, mais ils avaient été évincés...

Côté elfes, le matin avait vu une surprise inattendue: la flotte elfique de navires en bois avait disparu au cours de la nuit. Ils n'opposaient même plus la barrière morale d'avoir à les éperonner pour passer. Ainsi, l'océan du Dauriath était vide et apparemment libre d'accès. Cela fit bien rire les marins humains: les elfes, voyant leur sort scellé, s'étaient enfuis lâchement. Les journalistes se moquaient dans les médias, disant qu'après tout, les elfes s'étaient rendu compte qu'ils ne faisaient pas le poids, et qu'ils s'étaient enfuis loin dans leurs montagnes pour tenter de sauver leurs vies. Certains spectacles télévisés ridiculisaient même les représentants elfiques disant que l'interdiction d'accès était toujours en vigueur, et que tout intrus mettait sa vie en danger grave.

Pendant ce temps, le Horiathon était resté tel que lui-même. Comme la matinée s'écoulait, le mascaret s'affaiblissait, passant d'un petit rouleau à un train de petites vagues autour du col, qui se réduisaient désormais à quelques lignes d'écume. Le passage était devenu possible tout le temps pour leurs grands navires. En plus, leurs puissants moteurs rendraient le passage rapide, réduisant les risques éventuels à presque zéro.

 

La seule chose qui troublait Dan était des sons étranges, qui semblaient émaner des mystérieuses profondeurs de l'océan du Dauriath, 900kms d'obscurité insondable. Tout d'abord, c'était comme de longues notes d'orgue, montant par octave, jusqu'à ce que la hauteur soit trop élevée. Pas très fort, et ils pouvaient même passer inaperçus avec le grondement des machines. Puis il y avait des clics, des séries de clics électroniques, comme des grillons, mais en plus dur. Ensuite, les orgues à nouveau. Seulement lui semblait les remarquer, son chef d'équipe ne semblait pas les entendre. Ou peut-être était-il comme lui, n'osant ne pas reconnaître la menace subtile, qui impliquerait de désobéir aux ordres et de fuir avant qu'il ne soit trop tard. Il était déjà trop tard de toutes façons: comment pourraient ils fuir, au milieu de l'océan?

Puis Dan se rendit compte qu'il avait déjà entendu ces sons, dans plusieurs rêves, il y a quelque mois. Étonné, il pointa le Dauriath du doigt, faisant le geste d'écouter avec l'autre main. Mais son chef ne fit que lui froncer les sourcils, et il lui tourna le dos pour regarder autre chose. Ils étaient probablement les seuls à entendre, les autres étant tous à l'intérieur, dans le bruit des machines.

 

L'heure fatidique approchait, et la tension grandissait. Le grondement des machines monta en volume et en hauteur, tandis que les rubans de fumée volaient en spirales autour du cou du Horiathon. C'était une scène vraiment magnifique, surtout avec l'excitation de l'attaque imminente.

Les haut-parleurs du navire se mirent à diffuser un discours pour monter le moral des troupes. De là où il était, Dan en manquait la plupart, mais il put capter quelques mots: «action ... ultimatum a passé sans résultats ... gloire ... prêt à servir ... libérer ... honneur». D'autres haut-parleurs y faisaient écho sur les autres navires.

 

A midi, le Estonan commença à aller de l'avant, avec l'hymne glorieux du Conseil Mondial jouant dans chaque haut-parleur. Le chef de Dan souriait, en regardant le navire: «Va-y, Esty, vas-y!» Un autre chef les rejoignit, expliquant comme il était fier et confiant d'aller demander la libération de tous les otages.

 

La proue de l'Estonan s'engagea sur la surface courbée de l'eau. Ce n'était pas si facile que prévu, car, dans l'apesanteur, le col du Horiathon se mit à osciller, avec l'Estonan arrivant à la verticale de leur point de vue. Mais après dix minutes de manoeuvres, il le fit!

Bientôt le Estonan pendait de l'océan du Dauriath, qui formait comme un ciel au-dessus d'eux. Des cris et des applaudissements saluèrent l'exploit, tandis que le Grizzli se mettait en position de passer à son tour. Ensuite ce serait le tour du navire de Dan, le Barth.

 

Ils étaient tous à regarder vers le haut, vers l'Estonan, qui accélérait maintenant pour laisser la place pour les suivants. La fumée s'enroulait tout autour du Horiathon, avec les cris et l'excitation de tous les marins. Les haut-parleurs informaient sur le succès des opérations.

Mais Dan n'applaudissait pas: il prit soudain conscience des sons étranges, qu'il n'arrivait plus à circonscrire dans un recoin sa conscience. Et la peur commença à déchirer ses entrailles. Les motifs avaient changé, en une série aléatoire de notes d'orgue et un crissement de grillon, rapide et régulier. C'était aussi plus fort, et émanant clairement du Dauriath au-dessus d'eux. Les marins dans l'Estonan ne pouvaient pas le manquer, même à l'intérieur de leur navire.

 

Puis quelque chose d'étrange se passa, très vite, comme si le Dauriath entier était un gigantesque œil clignant brusquement.

L'eau devenait blanche d'écume.

Cela commença au loin, en s'approchant très rapidement, de sorte que la mémoire de Dan a enregistré un cercle noir entouré de blanc, diminuant très vite.

Il était centré sur l'Estonan.

Quand le cercle arriva sur l'Estonan, l'océan elfique s'ouvrit en une monstrueuse fleur d'écume blanche, illuminée de flammes oranges et d'explosions à l'intérieur. Et en une fraction de seconde, le fier navire de fer n'était plus qu'un nuage d'éclats enflammés volant dans toutes les directions.

 

Pendant quelques instants, Dan, et probablement les officiers, pensèrent tout d'abord que cette catastrophe silencieuse était une sorte d'hallucination. Mais ce n'en était pas une: le bang énorme de l'explosion balaya le reste de la flotte, tournant les eaux en gris, tandis que des éclats d'acier et des pièces de machinerie formaient des traînées de fumée dans le ciel. Bientôt, ils retombèrent en pluie tout autour, éclaboussant dans l'eau, ou cognant bruyamment contre les boucliers et les ponts du Barth.

 

La seconde pensée des amiraux fut probablement que l'Estonan avait explosé suite à quelque défaillance technique. Le Grizzli était déjà au-delà du Horiathon, et il ne stoppa pas sa manœuvre. Le Barth commençait à s'aligner à son tour. Les haut-parleurs observaient maintenant un silence angoissant.

 

Le Grizzly était maintenant bien avancé dans l'océan du Dauriath, et Dan sentit le Bart tanguer fortement, tout en s'engageant dans le Horiathon. Dans l'océan du Dauriath, là où fut l'Estonan, l'eau bouillonnait et écumait encore. Les sons d'orgue étaient maintenant remplacés par une stridulation sèche et rapide, assez forte pour être remarquée par tout le monde.

 

Puis ça recommença: en un clin de œil gigantesque, le Dauriath vira au blanc, et le Grizzly fut instantanément pris dans une énorme colonne d'écume, parsemée d'explosions de munitions et de fumée noire du carburant. Comme le Barth était plus près, le bang fut encore plus fort et plus net, et Dan eut mal aux oreilles. Il perçut aussi clairement une sorte de cri sec et puissant, comme si quelque Dieu océanique des profondeurs hurlait à leur sacrilège d'amener l'acier et la violence dans l'océan elfique.

 

Et Dan vit que son navire était maintenant le prochain en ligne...

 

Mais cette fois, les amiraux comprirent qu'ils étaient confrontés à une arme totalement supérieure, qui rendait l'ensemble de leur projet absolument impossible. Le Barth vira sec dans le cou de Horiathon, gîtant tellement que l'eau balaya le pont d'un côté à l'autre. Pendant quelques minutes, dans les menaçantes stridulations, il se battit pour retrouver une position normale du côté du Nyidiath.

 

Plus tard dans le mess des marins, les visages défaits et les regards battus firent une fin de journée franchement décourageante. Mais surtout, ils se demandaient tous ce qui s'était passé. Les rares témoins, comme Dan, racontaient des histoires étranges de vagues supersoniques et de cris terrifiants. La seule chose qu'ils savaient avec certitude était que deux de leurs navires avaient été entièrement broyés en menus morceaux par la violence du phénomène. Même toutes les munitions explosant ensemble ne pouvaient faire cela, mais une force irrésistible, venue de l'eau. Pour ne pas arranger les choses, les officiers était muets, et les haut-parleurs du navire ne donnaient aucune information.

 

Après trois heures de concertation, les navires du Conseil Mondial se dispersèrent lentement, suivis par les navires des colons. Dans la soirée, plus un seul bateau n'était visible autour du Horiathon. Mais les sons d'orgue étaient toujours là, gardiens attentifs interdisant encore le passage pour de nombreux siècles, à n'importe quel envahisseur non autorisé.

 

 

 

Jour H, midi 30 minutes

 

Bob pilotait son avion bombardier à travers l'immense espace entre les deux mondes. En tant que pilote de guerre chevronné, il aimait ce champ de bataille à trois dimensions, de 2000kms. Ses munitions: napalm. Son objectif assigné: des centaines de villages elfiques. Après, les commandos allaient atterrir, passer les maisons au bulldozer et disposer des corps, afin que les colons ne soupçonne même pas que ce lieu était autrefois habité. Comme on s'en doute, Bob n'avait pas été choisi au hasard pour cette sale besogne. Il était connu dans l'aviation Scythienne pour sa haine des elfes et son manque général de moralité.

 

12 heures de vol de la base à la cible, et retour, pour son Escadre de 80 avions. Alors qu'ils étaient en route, d'autres escadrons décolleraient à leur tour, transportant d'autres bombes, des parachutistes et des équipements. La noria infernale durerait pendant des semaines: tout devait être terminé et toutes traces effacées, avant que les premiers bateaux de colons atteignent la terre.

 

12 heures c'est un peu ennuyeux, surtout qu'ils avaient du se lever très tôt (6 heures avant l'ultimatum officiel). Ses oreilles étaient engourdies par le bruit des moteurs et des hélices. Tout autour d'eux n'était que brume grise, à droite, à gauche, au dessus, au dessous. Même l'écran du radar était vide. Ils étaient dans les hautes couches nuageuses de l'Uvol, le vaste cyclone qui entoure en permanence le Horiathon, à 1000kms de n'importe quelle surface solide. Au début, ils plaisantaient entre pilotes, mais maintenant ils étaient entrés dans la zone de silence radio. Alors Bob commençait à s'ennuyer et même à être distrait.

 

TANG TANG TWING CLANG

 

Bob connaissait bien ce bruit de duralumin brisé, résonnant dans toute la cellule de l'avion: il avait été touché par des balles.

Mais d'où venaient-elles? Bob essaya de regarder partout où il le pouvait, il ne voyait rien dans la brume, sauf les plus proches avions de son escadrille.

Puis il discerna un petit aéronef sans hélices, un avion à réaction! Il se glissa rapidement entre Bob et son plus proche équipier, et Bob put estimer sa taille: pas plus de quatre mètres de long! Sans aucun poste de pilotage visible. Il en vit un autre faisant feu, et plusieurs autres encore zigzaguant autour, ou arrivant derrière eux, agiles et agaçants comme des moustiques.

«Dispersion!» ordonna le chef d'escouade à la radio. Bob s'engagea immédiatement dans un virage raide à gauche, et il se retrouva bientôt seul. Mais tout n'était pas bon pour les autres, car il vit un morceau de métal passer en spiralant.

 

TANK TANG

 

Le bruit venait de derrière. En supposant que l'étrange avion le suivait, il tourna brusquement, encaissant 4 g, la limite avant de briser son propre avion. Pendant une seconde, il vit le mystérieux chasseur passer à sa droite. Puis il fut seul à nouveau, son radar ne montrant que l'Escadrille dispersée tout autour comme un essaim d'abeilles. Dans la brume, il n'avait aucun moyen de savoir où était son poursuivant, et il pensa un instant qu'il était en sûreté.

 

Les balles n'étaient pas grosses, et elles avaient peu de chances d'infliger des dégâts graves à son avion. Mais elles étaient tirées avec une précision incroyable, par rafales de deux ou trois, et seulement quand elles pouvaient atteindre leur cible à coup sûr. Avec une forme de lutte aussi économique, cet attaquant pouvait le harceler pendant des heures, une chose que Bob ne pouvait pas se permettre.

 

TANG TANG TAKLANG

 

Weeep weeep weeep pression d'huile basse dans le réservoir hydraulique 2.

 

Cette fois il grimpa en chandelle, afin d'annuler sa vitesse et d'être capable de tourner sur lui-même et faire face à l'ennemi. Manœuvre classique dans le combat aérien, mais inefficace ici, de par la faible gravité du Horiathon. Même son radar était presque inutile: conçu pour fonctionner en atmosphère normale, il ne pouvait pas montrer des cibles dans un espace à trois dimensions, et les autres membres de l'escadrille apparaissant et disparaissant aléatoirement de son écran. Et probablement il ne montrait même pas les avions ennemis furtifs. Bob se mit donc à voler au hasard, pour éviter d'être aligné par l'un d'entre eux. En vain: il en vit encore un le dépassant rapidement sur sa gauche, puis être à nouveau englouti dans la brume. C'était comme si il poursuivait les fantômes! Sans pilotes... Bob était vraiment perplexe!

 

Ce qu'il ne savait pas, c'est que les scientifiques elfes n'avaient pas perdu de temps en sept siècles, sachant qu'ils seraient attaqués dès que le Horiathon serait ouvert. Et, en cette époque où les humains créaient leurs premiers ordinateurs en circuits imprimés, les elfes avaient déjà de puissants microprocesseurs, fabriqués dans leurs usines secrètes au-delà de l'horizon du Dauriath... Bob était poursuivi par un chasseur électronique implacable, qui le voyait en infrarouge à travers les nuages, jamais fatigué ni distrait, calculant chaque tir en une milliseconde, et capables d'encaisser quatre fois plus de g que lui. Il n'avait pas besoin d'être gros: l'issue du combat était certaine.

 

TANK TANK TANK TANK

 

Cette fois, une énorme flamme sortit de son aile gauche: réservoir de carburant percé. Heureusement, c'était le supplémentaire, sous son aile, de sorte qu'il suffisait de l'éjecter pour éteindre l'incendie. Mais maintenant, il savait qu'il ne reviendrait jamais à sa base.

 

Cette terrifiante machine ne visait pas l'habitacle, comme pour tenter d'épargner sa vie. Chacun de ses petits impacts ne faisait que des dégâts mineurs, mais elle était en train de lentement et méthodiquement détruire son avion. Un bref aperçu d'une traînée de fumée noire indiqua à Bob que la lutte était déjà perdue pour un autre membre de l'équipe. Ou peut-être que c'était son propre réservoir: Bob était maintenant totalement désorienté, avec tous ses virages sauvages, sans rien voir d'autre que des points fugaces sur son écran radar. Les films de science-fiction s'étaient trompés: le psychisme humain est incapable d'un vrai combat en trois dimensions sans aucun repère.

 

Il y eut un moment de silence, où Bob put espérer qu'il avait réussi à échapper à son poursuivant. Il avait compris que, en apesanteur, il n'avait pas besoin de vitesse pour rester en vol. Donc il s'arrangea pour laisser mourir sa vitesse, ce qui le rendait capable de de tourner plus vite, juste en jouant sur les gaz de ses moteurs, et faire face à toute attaque. Il pouvait même laisser son avion tourner sur lui-même et voir tout autour.

 

Mais tout d'un coup il le vit à nouveau, touchant presque son aile gauche: un fuselage gris clair, à peine visible dans les nuages, avec une section en losange pour réfléchir les ondes radar, et une ouverture en forme de diamant à chaque extrémité, pour le réacteur. Ses deux petits canons noirs étaient visibles de chaque côté, à l'emplanture des ailes. Intelligence, économie, élégance, tout cela le rendait irrémédiablement elfique. Plus des rayures de couleurs vives, et des fleurs. Des fleurs, oui! C'était le coup de grâce. Furieux, bob poussa brusquement le manche pour essayer de le heurter. Mauvaise réaction, car cela lui permit de tirer à bout portant. I fallait à Bob plus d'une demi-seconde pour évaluer une situation et réagir, lui seulement deux millisecondes.

 

TANTANTANTANTANTANTAG Whooosh

 

A nouveau une lumière rouge illumina son tableau de bord, par derrière. Cette fois, c'était grave, et il n'avait pas besoin de toutes les alarmes hurlantes pour comprendre: incendie dans la soute à bombes. D'une seconde à l'autre son avion serait une boule de feu de napalm.

 

Bob dut se lever et se précipiter dans l'étroit cockpit enfumé pour atteindre la porte, aussi vite que possible. Puis il sauta. Quelques secondes plus tard, la brume s'illumina d'orange, devant lui: son avion explosait.

 

Dans un premier temps, il ne compris pas ce qui se passait. Son parachute s'était ouvert correctement, mais il ne s'était pas gonflé complètement. Il le tirait juste vaguement dans une certaine direction. Dans l'apesanteur, Bob ne tombait pas. Pas de vent, aucun moyen de savoir si il bougeait. Aucun indice de quoi que ce fut comme un dessus, dessous, gauche ou droite. La seule chose qu'il pouvait entendre était le hululement décroissant du moteur à réaction, puis le silence. Comment un dispositif électronique avait-il pu comprendre que la lutte était terminée??? Cela dépassait l'entendement de Bob.

 

Des morceaux de métal dérivèrent près de Bob, de son avion. Ou d'un autre. Dans la demi-heure qui suivit, il put encore entendre, par moment, des bourdonnement d'hélices ou des explosions. Puis ce fut le silence complet. Cette chose incroyable est arrivé: il avait perdu la bataille! Sans même avoir l'occasion de tirer une seule balle!

 

Et maintenant, dans l'apesanteur, il dérivait dans l'Uvol, le tourbillon de vents permanents encerclant le Horiathon. Il lui faudrait des jours, voire des mois, avant d'atterrir quelque part, dans l'un ou l'autre des deux mondes. Aucun moyen pour lui de savoir où il était. Aucun moyen pour quiconque de le retrouver dans un milliard de kilomètres cube de brume.

 

Bob détestait vraiment les elfes, et il a hurla des insultes tout autour, que personne n'entendrait jamais.

 

Au moins, il espérait que les autres escadrons pourraient passer et accomplir leur mission. Mais justement, ils avaient un problème encore plus grave. 

 

 

 

Jour H, 13 heures

 

Musique: Wagner, L'invocation de Albéric (Das RheinGold)

ou bien: Enya, Tempus Vernum

http://www.youtube.com/watch?v=Bc_kBtWJMvs

Site de l'auteure

 

Jilian n'avait pas allumé la télévision. Elle ne l'avait jamais fait, depuis que son mari Caim était partit pour la guerre. Elle détestait ces mauvaises nouvelles de crise économique et de guerre, le ton arrogant du présentateur, les discours racistes à peine voilées, la musique inexpressive par des écervelées à moitié nues et les jeux stupides répétitifs. Mais elle savait qu'aujourd'hui était le jour H, où l'ultimatum expirait, et que les troupes commenceraient à se répandre dans le Dauriath. Elle détestait tout ça, tout en espérant qu'il resterait encore quelques beaux endroits après toute ces destructions insensées.

 

Des cris et des gens agités dans la rue.

 

Des cris et des lamentations des voisins.

 

Ce n'étaient pas les cris de victoire, mais de désespoir et d'incrédulité. Se demandant ce qui se passait, Jilian voulut allumer la télévision.

 

Elle ne le fit jamais: quatre énormes explosions secouèrent le bâtiment sur ses fondements mêmes, et l'électricité fut coupée.

 

Jilian voulut voir par la fenêtre de la chambre à coucher, de l'autre côté du bâtiment. Et elle vit: quatre champignons de fumée ocre, parfaitement alignés, s'élevant au-dessus de la base aérienne proche. Plus de piste d'atterrissage. Plus de noria de la mort vers le Dauriath. La guerre était finie pour eux aussi. Au moins, ceux-là pouvaient se réjouir d'être encore en vie, et de revoir leurs femmes et enfants le soir même.

 

Incrédule, Jilian a reculé lentement de la fenêtre, tandis que d'autres séries d'explosions arrivaient, étouffées dans le lointain. C'était très étrange et déconcertant de voir cette guerre exotique jaillir soudainement, ici même, au beau milieu de leur quartier bourgeois bien ordonné aux pelouses bien tondues, transformant instantanément l'optimisme béat de la télévision en un cauchemar mortel pour tout le monde. Personne n'avais jamais imaginé une telle chose, que les elfes seraient en mesure de répliquer aussi vite, aussi massivement, et n'importe où ou ils voudraient. Jilian n'avait pas besoin de la télé pour comprendre que c'était désormais une guerre perdue.

 

 

 

Jour H, 13 heures

 

Musique: Dead Can Dance, Host of Seraphim

http://www.youtube.com/watch?v=xpMNXEY_tio

Site du groupe

 

Le régiment parachutistes de Yson eut aussi à affronter le harcèlement par les terribles chasseurs électroniques. Voyant la catastrophe qui se préparait, le chef d'escadrille rompit le silence radio et ordonna à la formation se disperser, et de se retrouver au «Point Pickering», le nom de code de l'une de leurs six cibles. Cette tactique fonctionna: leurs 80 avions étaient plus nombreux que les chasseurs, et ainsi 18 d'entre eux arrivèrent à différent moments sur une des plus proches îles elfiques. Là, ils larguèrent tous leurs soldats et deux cargaisons de matériel lourd. Après l'angoisse de la féroce lutte aérienne, ils étaient soulagés d'enfin sauter sur leur cible. Leur groupe avait encore assez de munitions et d'équipement lourd pour accomplir leur mission ici: détruire les cinq villages elfiques sur cette petite île.

«Phiew! On a perdu beaucoup de personnel!

-Ne vous inquiétez pas, ils ont tous du sauter au hasard, mais ils vont bien atterrir quelque part de toutes façons.

-Ça mérite une leçon. Regardez ces maisons fleuries ridicules!

-Ha ha c'est un cirque!

-Des jouets de gosses!

-Un conte pour filles!

-Ces embrasseurs d'arbres paieront pour nos camarades perdus!

-Pensez-vous qu'ils ont des otages ici?

-Peu de chances, mais ça a l'air d'un endroit important, regardez toutes ces maisons.

-Si on peut appeler ça des maisons... J'en vois une rose, une en forme de petit gâteau, ha ha ha!

-Finissons-en avec ces végétariens!»

 

Yson était aussi en colère, mais quelque chose d'autre, désagréable, commença à roder dans sa conscience, qu'il ne pouvait pas encore identifier. Il s'attendait à trouver des prisons, des casernes, ou d'autres affreux bâtiments totalitaires, donnant un motif légitime pour attaquer. Mais ce qu'il découvrait était entièrement différent des images de la propagande: d'adorables maisons habitées par des gens paisibles... Mais ce qui l'étonnait le plus, c'était que, loin de calmer ses camarades, cela leur donnait davantage de désir de tuer!

 

Bientôt, ils atterrirent dans une forêt.

 

Mais le terrain était vraiment mauvais, avec des pentes, des ravins, des rochers, un sous-bois épais rendant la marche difficile, et pire, de grands arbres qui entravaient l'atterrissage des parachutes: un bulldozer pendu à quinze mètres du sol, c'est joliment inutile. Les elfes n'ont probablement même pas essayés de l'enlever, de sorte qu'il est peut être encore là aujourd'hui. Les hommes, au moins, pouvaient couper les cordes de leurs parachute et les utiliser comme méthode improvisée pour descendre des arbres. Deux sont tombés et se sont gravement blessés.

 

Il leur fallut une heure pour se regrouper et s'orienter. Le sous-bois était épais et la marche difficile. En plus ils ne pouvaient pas crier, de sorte qu'ils ont probablement perdu quelques dizaines d'hommes à ce moment, faute de pouvoir les localiser.

 

Ils ont laissé là tout le matériel lourd et les aliments, plus les deux blessés, avant de se mettre en route sur un semblant de sentier qu'ils avaient trouvé, ne portant que les armes et les munitions, dans la direction supposée du village le plus proche. Les arbres étaient si hauts qu'ils ne pouvaient pas voir le soleil, et ils ne pouvaient compter que sur leur boussole pour trouver leur chemin. Le Dauriath n'avait pas de champ magnétique propre, mais le champ du Nyidiath le traversait, de sorte que les boussoles donnaient une information utilisable, pour qui connaissait la déclinaison magnétique du lieu.

 

Soudain, un des hommes derrière Yson eut un halètement, et il tomba sur le sol.

«Miked! Qu'est-ce qu'il y a?»

Mais ils durent vite admettre que Miked était mort, du sang plein sa poitrine. Et aucun moyen de savoir ce qui s'était passé. Probablement, il avait été touché par une balle, mais il n'avaient pas entendu de coup de feu.

«Ces x******* on des tireurs embusqués. Allons-y avant qu'ils en dégomment d'autres. J'aime pas du tout cet endroit, on est dans une sorte de vallon!

-Il faudrait nous disperser!

-négatif, les pentes autour sont trop raides. Il faut foncer à travers ce passage!»

 

La troupe se mit à courir avec difficulté à travers les branches tombées et les lianes. Le chemin était en fait le lit d'un ruisseau temporaire, rendant la marche plus difficile que prévu, avec des pièges à pied et des rochers glissants.

 

Bientôt deux autres hommes tombèrent, et encore un autre, avec un cri affreux. Ils n'entendaient qu'un faible pop de l'arme invisible utilisée contre eux, suivie de bruits de buissons froissés: leur attaquant se déplaçait rapidement après chaque tir, apparemment pas gêné par la végétation.

 

Tout à coup, il y eut une lumière brûlante, bang et douleur. Une grenade! Caim et Arlope tombèrent près de Yson, tandis que Guerard se mit jurer, probablement atteint aussi. Mais il continua. Yson était paralysé par le choc, et ses copains pensèrent probablement qu'il était mort. Sans pitié, ils prirent ses armes avec eux, et ils continuèrent à courir devant lui. Puis il entendit leur piétinement diminuer dans la broussaille. Il se retrouva seul, incapable de bouger, avec une énorme sensation de brûlure dans la poitrine, les bras et le visage. Après un silence, les oiseaux ont recommencé à chanter à nouveau autour de lui, et les fleurs à être belles.

 

Une fois tous ces violents partis, la forêt était maintenant belle et calme, avec le soleil, les feuilles et les branches faisant un vitrail lumineux au-dessus de lui. S'accoutumant au somptueux silence, il entendit le faible bruissement de milliers d'insectes volant ici et là. Et cette guerre cruelle semblait maintenant si incongrue...

Yson se rendit enfin compte qu'il avait déjà fait cette expérience... dans un rêve, qu'il avait eu quelques mois plus tôt. Il se sentait stupide, de ne pas en avoir tenu compte! Parce qu'il gisait maintenant ici, blessé, incapable, perdant son sang, affaibli par le choc et avec très peu de chances d'être secouru par qui que ce soit...

Puis une drôle de chose se passa: la douleur disparut, et il se sentit confiant et serein. Il comprit: les éclats de métal dans son corps délivraient un anesthésique... Zut, c'était vraiment une arme elfique!

Il put examiner ses blessures, et il vit qu'aucune n'était grave. Mais il saignait beaucoup, et il fallut une demi-heure pour que cela s'arrête, le laissant étourdi et faible. Toute tentative de se déplacer pourrait rouvrir ses blessures. La seule chose qu'il pouvait faire était de s'installer aussi confortablement que possible dans le sable et les feuilles. Il avait juste une gourde d'eau et quelques barres de fruits secs...

 

 

 

Jour H, 13:20.

 

Ramsey était assis au le poste de contrôle du réacteur nucléaire Progress II. Comme d'habitude il n'y avait pas grand chose à faire, juste lancer de temps à autres un regard circulaire à tous ces indicateurs et écrans, dans le chuintement de l'air conditionné et le doux sifflement des turbines depuis la salle des machines.

Pour être franc, Ramsey s'ennuyait ferme, et il n'aimait pas ces longs après-midis de service, surtout qu'il avait maintenant envie de dormir à cause de son dernier repas. Quant à cette guerre avec le Dauriath, il n'y pensait même pas. Bien qu'il espérait être un jour en mesure de construire des centrales nucléaires là-haut.

 

Tout à coup tout ennui disparut.

 

Une alarme se mit à bourdonner bruyamment, et plusieurs lumières rouges s'allumèrent.

 

Arrêt d'urgence.

 

Ramsey put clairement entendre le clang les barres de contrôle au bore tomber dans le cœur du réacteur, tandis que les cadrans montraient le flux de neutrons diminuant rapidement.

 

Une série de clics de relais électriques indiqua la déconnexion des lignes électriques, la perte de synchronisation des générateurs, et la fermeture automatique des vannes de vapeur des turbines. d'autres voyants rouges ou orange s'allumaient, tandis que des verts s'éteignaient. Le grondement de machines s'arrêta, et le sifflement des générateurs mourut dans un long glissando descendant.

 

Dans l'usine maintenant silencieuse, Ramsey entendit le twank du démarrage des pompes de refroidissement d'urgence, avec leur grincement désagréable. Il ne pouvait que regarder, terrifié et impuissant, ces indicateurs s'allumant et s'éteignant, et toute cette machinerie automatisée se comportant d'elle-même, comme si quelque démon en avait pris le contrôle. Son cœur se mit à battre follement, et il craignit le pire, cette chose appelée «excursion» qu'aucun opérateur d'installation nucléaire n'ose jamais imaginer...

 

Le chef de Ramsey entra, extrêmement agité.

 

«Par l'enfer, qu'est-ce qui se passe? Pourquoi avoir lancé la procédure d'arrêt d'urgence ?

-Je n'ai rien fait, monsieur le directeur, il n'y avait rien d'anormal, et...

-Et nous sommes déconnectés du réseau??? Comment c'est arrivé??

-Je... je... ne sais pas... et l'arrêt d'urgence s'est enclenché avant la déconnexion!

-Avant? Etes-vous sûr? Il n'y a aucune procédure automatique comme ça... les choses se sont passées dans le mauvais ordre!»

 

Plus tard: «pouvons nous redémarrer le réacteur?

-Non, monsieur, il faut au moins six heures pour cela, et en plus il est maintenant empoisonné au xénon. Il nous faut donc attendre deux jours. Et en plus on ne sait pas ce qui a déconnecté les lignes du réseau. Il faut savoir d'abord»

 

Une heure plus tard, l'air conditionné soufflait de l'air froid, et ils durent l'éteindre. Tout à coup, la salle de contrôle fut secouée par une forte détonation, des morceaux de plâtre tombèrent du plafond, les lampes se balancèrent, et tout un panneau d'indicateurs s'éteignit totalement.

 

«Qu'est-ce que... Ramsey, vérifiez le coeur! Le coeur!

-Le cœur du réacteur est sous contrôle, monsieur, la température et la pression baissent comme prévisible. C'est les transformateurs de puissance, tous les signaux sont coupés. Nous sommes sur les générateurs d'urgence seulement.

-Mais les transformateurs ne peuvent pas exploser comme ça??? Allez à l'extérieur, voir ce qui se passe... Quelle idiotie ces bâtiments sans fenêtres!»

 

 

 

Jour H, 19:58

 

Musique: Medwyn Goodall: The Last Battle

http://www.youtube.com/watch?v=RkgijsYQ8sA

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Dick et ses amis astronomes amateurs regardaient la télé, attendant les infos. Les gens savaient que les choses ne s'étaient pas passées comme prévu avec l'attaque du Horiathon, car les discours auto-congratulant s'étaient arrêtés tous ensemble dès l'heure suivante, et aucun rapport n'était parvenu depuis sur l'avancement des actions militaires. Au lieu de cela, plusieurs séries d'explosions avaient secoué les fenêtres de leur ville même, et des rumeurs de représailles visant tout le Nyidiath se propageaient très rapidement par le téléphone, créant une panique.

«Je crois que leur attaque a foiré, commença l'un.

-Attaquer les elfes était vraiment une mauvaise idée, craignit un autre. Qui sait quelle arme étrange ils ont rencontré.

-Ou encore la magie, comme dans les anciennes légendes.

-Ou une technologie que nous ne connaissons pas. Et ils se seraient faits écrabouiller!

-Je pense, répondit Dick, que le gouvernement aurait dû utiliser tous les télescopes qu'ils nous ont confisqués, pour chercher à savoir ce qu'ils allaient vraiment rencontrer sur le Dauriath. Mais je parie qu'ils les ont juste mis sur des étagères. Ne pas utiliser un télescope est toujours une mauvaise idée.

-J'ai essayé comme j'ai pu de parler des lumières étranges, mais peu y ont prêté attention, et la rumeur ne s'est pas propagés au-delà des cercles de pro-elfes. Les pro-guerre ont tout nié.

-Quand ces k******* de politiciens ont une idée, il n'y a aucun moyen de leur faire changer d'avis. Si un jour un dit que 2 + 2 = 5, les autres mettront deux siècles à se rendre compte que ce n'est pas vrai et deux autres pour constater que...

-Chut, c'est les infos.»

À la surprise générale, ce ne fut pas le présentateur habituel qui apparut, mais Elanar, un des ambassadeurs des elfes, celui qui avait l'habitude de faire les déclarations importantes. Et il commença immédiatement, d'une voix sévère:

 

«Chers citoyens du Nyidiath,

C'est l'ambassade elfique officielle du Dauriath qui vous parle.

Comme vous le savez probablement, les gouvernements de la plupart de vos pays ont lancé aujourd'hui une vaste attaque concertée sur nos terres du Dauriath. Cette attaque sur notre monde paisible et non-hostile n'avait aucun motif réel, basée uniquement sur des accusations fantaisistes d'otages. L'attaque comprenait plusieurs assauts concertés par mer et par air, certains d'entre eux utilisant des moyens de torture comme le napalm et les gaz neurotoxiques.

Nous trouvant dans une situation de légitime défense, nous avons donc réagi et repoussé ces agressions arbitraires, de sorte qu'aucune d'entre elles n'a atteint nos lieux de vie.

Nous pourrions nous contenter de cette victoire locale. Cependant l'histoire nous a appris que, dans le passé, ces agressions n'arrivaient jamais seules. Elles étaient toujours suivies par d'autres de plus en plus puissantes, jusqu'à ce que notre infériorité technique nous forçat à fuir, ou à être massacrés.

Nous ne laisserons donc pas cela arriver à nouveau.

Nous avons décidé de fermer votre industrie d'armement, afin que vous ne puissiez plus jamais lancer des attaques contre notre peuple innocent. Cela vous évitera aussi de vous blesser dans l'une ou l'autre de vos guerres insensées.

Nous avons aussi remarqué que votre pollution et votre surpopulation créent de graves menaces sur nos deux mondes. Nous avons trouvé des choses comme de la dioxines, des PCB, du strontium ou du plutonium dans nos lieux de plus sacrés, et cela est totalement inacceptable. Et surtout stupide, puisque ces choses sont beaucoup plus nocives pour vous les humains que pour nous les elfes.

Nous avons donc également décidé de placer votre industrie civile sous contrôle, tout en proposant un plan de paix qui sera très favorable aux peuples du Nyidiath.

Pour que tout le monde sache bien que nous ne parlons pas en l'air, nous avons neutralisé tous vos aéroports, vos centrales nucléaires et plusieurs installations d'armement. Et si nous n'avons pas de réponses claires de vos gouvernements dès demain à midi, nous sommes prêts à effacer totalement le potentiel industriel des pays concernés. Si vous n'avez pas confiance dans votre gouvernement, il est donc prudent de ne pas aller au travail demain, ni tous les autres jours jusqu'à ce qu'ils signent le traité.

 

 

Le plan de paix spécifie ceci:

-Article 1: Les habitants du Nyidiath restent libres de mener leur monde comme ils l'entendent, selon la déclaration des droits de l'homme, éventuellement lors de l'élection de gouvernements démocratiques. Cependant, il y a les exceptions suivantes:

-Article 2: Afin d'assurer la paix, l'industrie de l'armement sera immédiatement fermée, sauf quelques moyens légers à des fins de police. En particulier, tout essai nucléaire ou lancement de fusée militaire sera considéré comme acte de guerre, ce qui donnera l'autorisation aux terres elfiques d'éliminer le gouvernement concerné, sans aucun avertissement ni préavis.

-Article 3: Pour faire cesser la pollution, tout réacteur nucléaire sera immédiatement arrêté. Il est également interdit d'extraire ou d'enrichir de l'uranium et d'ouvrir des tubes de combustible usé. Ces actes seront considérées comme actes de guerre, avec les mêmes conséquences que pour un essai nucléaire. Un plan de 10 ans identifiera et contrôlera les produits chimiques nocifs, tandis qu'un plan de 15 ans arrêtera l'utilisation du charbon et le pétrole, avant que le climat ne soit modifié. L'industrie et la science des elfes offriront leur expertise à ces fins.

-Article 4: Un plan de 100 ans devra abaisser la population du Nyidiath à un niveau compatible avec les ressources de l'écologie. Les scientifiques elfes apporteront leur expertise médicale à cet effet, ainsi que pour la lutte contre les maladies.

-Article 5: Il n'y a pas de plan de déplacement de populations du Dauriath vers le Nyidiath, et le «retour des elfes» est seulement une métaphore pour le retour de la sagesse et de beauté. Cependant, nous savons que de plus en plus de personnes deviennent des Elfes dans le Nyidiath. Ces gens sont à considérer comme des citoyens ordinaires de vos pays, avec les mêmes droits, incluant le droit de se rassembler et de vivre selon les coutumes elfiques. Toute discrimination est interdite, que ce soit dans les lois ou dans les coutumes, contre les elfes ou contre qui que ce soit d'autre.

-Article 6: la liberté spirituelle doit être rétablie immédiatement, partout et pour tout le monde.»

 

Il y eut un moment de silence, tandis qu'Elanar hochait la tête. Puis, souriant doucement, il ajouta:

«Oui, il y en a un septième article non écrit. Rappelez-vous, peuples du Nyidiath, que vous avez le droit démocratique de choisir vos gouvernements et vos représentants. C'est un droit fantastique, à utiliser à bon escient. Ainsi, au lieu d'élire les plus manipulateurs, ou les plus sexy (rires), vous devriez utiliser ce droit pour choisir les plus instruits, intelligents et sages. Mais nous n'irons pas jusqu'à proposer des candidats approuvés elfiques: c'est à vous d'écouter ce qu'ils disent et de savoir lesquels sont les bons. Si vous n'êtes pas capables de le faire, vous seuls en supporterez les conséquences.»

 

Il y eut un silence dans la salle, tandis que la télé se mit a faire les grimaces des publicités. Ils étaient tous sidéré, incapable de répondre.

«Mais ces elfes sont des monstres, ils veulent nous soumettre!»

En réponse à cette affirmation, vinrent des cris de colère ou des gémissements de désespoir des voisins. Mais, comme un rappel, deux explosions retentirent quelque part au loin, et l'électricité eut un raté. De tout autour dans leur bâtiment et des plus proches, arrivaient des sons de violentes discussions, pas, claquements de portes.

 

Mais Dick eut une réaction inattendue: il ferma la télé, pris sa guitare et se mit à jouer une musique de paix bien connue.

«Hey les gars, vous ne réalisez pas que ces conditions sont en fait très avantageuses pour nous? Ils ne cherchent pas de se venger ni même à nous contrôler, alors qu'ils pourraient nous éradiquer facilement. Ils veulent juste arrêter la guerre et la pollution, et ils offrent gratuitement les moyens de le faire. C'est une aubaine et une victoire pour tout le monde. Le gouvernement n'a qu'à se réveiller et signer ce traité, afin que nous puissions récupérer nos télescopes et reprendre notre étude des étoiles binaires évoluées, vu?»

Un silence salua cette déclaration, avec des regards pensifs. Il y avait rien à argumenter de toute façon, juste de savoir quand leur gouvernement signerait le traité.

 

 

 

Jour H, très tard dans la nuit

 

«Monsieur le ministre, c'est incompréhensible.

-Est-ce une erreur de l'opérateur? Ce Ramsey ?

-Non, c'est un ingénieur très compétent, avec d'excellentes notes. En tout cas les enregistreurs ne montrent aucune action de sa part. En plus, exactement la même chose s'est passée quelques minutes plus tard dans le réacteur Progress I. Il y a plusieurs moments où des machines ont démarré ou se sont arrêtées sans cause apparente, totalement hors séquence, environ une heure avant que les transformateurs aient été détruits.

-Comment est-ce que ça a pu arriver?

-Officiellement, nous ne savons pas. Certains pensent que c'est...

-C'est quoi ?

-Err, hmm, télékinésie.

-EEEH si vous mettez ça dans votre rapport, je vous saque!

-Je comprends, monsieur. Je ne le ferai pas. Mais il faut que vous sachiez. C'est la seule explication.

-Et pourquoi ils ont utilisé la télékékésie ou je ne sais quoi, ils n'avaient qu'à démolir les réacteurs, comme ils l'ont fait avec les autres en construction!!

-Monsieur, détruire un réacteur nucléaire en fonctionnement libérerait de vastes quantités de radioactivité, tuant un grand nombre de personnes innocentes. C'est totalement inacceptable pour la philosophie elfique. N'oubliez pas que, dans toutes leurs actions, ils ont toujours soin d'épargner tout meurtre inutile.

-Ah d*** ils sont experts en communication et manipulation! Si nous continuons la lutte, nous perdrons tout soutien de l'opinion publique! Nous sommes obligés de nous soumettre leurs n****** traité!!

-Ils n'ont pas besoin de beaucoup de pouvoir pour faire ça. Il suffit de pousser l'armature d'un relais de deux millimètres... Et il semble qu'ils ont utilisé la télékinésie dans d'autres cas...

-Ne me dites pas que c'est la magie des elfes!

-Je crains que nous ne puissions pas résister... si ils peuvent arrêter un réacteur nucléaire à distance, qui sait de quoi d'autre ils sont capables.»

 

 

 

Jour H + 1

 

Musique: Medwynn Goodall, Behold the darkness (shortened)

http://www.youtube.com/watch?v=XFH2llKgFog

Site de l'auteur

 

Yson put encore entendre des bruits de lutte tout le reste de la journée, surtout des coups de feu de ses compagnons. Mais vers le soir, ils devinrent rares, pour finalement s'arrêter.

Il passa une nuit horrible, incapable de se lever ou de dormir, souffrant de froid extrême malgré la température agréable. Il avait épuisé son peu d'eau et de nourriture.

Mais le pire était les bruits. Dans son extrême faiblesse, Yson était incapable de se défendre de la peur et de l'imagination sauvage, dans ce sombre et sinistre ravin. Et la présence des deux cadavres de ses compagnons n'arrangeait rien.

Ce fut d'abord des bruits de piétinement, tout proches.

Puis un énorme reniflement.

Puis à nouveau des piétinements, à seulement quelques mètres de lui.

Dans l'obscurité absolue, il ne pouvait pas deviner quoi que ce soit... mais il vit des éclats de lumière rouge! À quatre mètres de lui!

Instantanément la morsure froide de la terreur emplit tout son corps... il était paralysé, avec rien d'autre dans son esprit que cette terreur extrême...

Les premières lueurs ternes du jour révélèrent une haute silhouette sombre, avec des sortes de cornes dressées sur la tête, et les yeux rouges clignotants! Et ça ne pouvait pas être une souche d'arbre ou quelque chose: il entendait nettement une respiration lente et profonde, avec parfois des prrrt de lèvres, ou la silhouette bougeait avec des bruits de pas et de pierres remuées.

Recevait-il la visite de quelque démon redoutable? Comme dans les films d'horreur ? Ou un monstre alien? Une chauve-souris vampire géante? Ou juste une hallucination de faiblesse? Il devrait y avoir une «explication rationnelle»... Mais essayez de penser «rationnel» avec un tiers de votre sang perdu dans le sable... Yson était tout simplement incapable de penser, juste de ressentir cette peur extrême... Il pensa bien à tirer sur la silhouette, mais il n'avait plus d'arme!

 

Musique: Michel Pépé - Les Jardins du Monde

http://www.youtube.com/watch?v=Eo8vBajYEt4

Site de l'auteur

Cette transition de musique doit être synchronisée avec le texte

 

Puis le lever du jour révéla quelque chose d'entièrement différent.

Et ridiculement simple.

 

Un cheval.

 

Il avait flippé comme un fou juste pour un simple cheval!

Dans sa vie urbaine et son imagination nourrie de films d'horreur, Yson n'avait pas su penser à quelque chose d'aussi bénin. Il n'était même pas capable de reconnaître le reniflement d'un cheval!

 

C'était un cheval magnifique, avec un poil d'un blanc pur et quelques taches gris foncé sur son museau et autour de ses yeux. Son dos était aussi légèrement pommelé de gris perle. Tout son corps était couvert de ce qui semblait être un filet de camouflage vert élégamment ajustée, ressemblant à des feuilles, le rendant presque invisible dans la forêt, tout en permettant une transpiration normale. Ses sabots portaient des plaquettes anti-bruit. Ce que Yson ne avait pas, c'est qu'il s'était posé sur une des trois îles de Milly Montagne, et qu'il se trouvait en présence d'un de ces magnifiques chevaux elfiques blancs qui, sept siècles plus tôt, avaient rendu la vie possible pour les elfes en ce lieu

 

Le cheval regardait Yson.

Il s'approcha, et lui réchauffa le visage de son souffle, avec des rrrh rrrh amicaux. C'est ainsi que Yson put voir ce qu'étaient les clignotants rouges: de petits appareils jaunes, suspendus au cou du cheval et portant la mention «secours» dans sa propre langue! Ça alors, comment avaient-ils pu savoir sa nationalité à l'avance???

Étonné, Yson prit l'un d'eux à la main, essayant de comprendre le sens de tout cela. Mais à cet instant précis, le cheval tira son cou, ce qui détacha l'appareil. Il émit un bip court et s'arrêta de clignoter. En entendant cela, le cheval sauta avec élégance par-dessus Yson, examina les deux cadavres à proximité pendant quelques secondes, et galopa au loin.

C'est seulement l'après-midi que Yson fut trouvé par un groupe de soldats elfes, monté sur le même genre de beaux chevaux blancs. Ils expliquèrent que les appareils jaunes étaient des balises radio, et que les chevaux savaient bien mieux que les elfes marcher dans les sous-bois épais et trouver les gens perdus ou blessés éparpillés dans la forêt. C'était une tâche dangereuse, car certains des parachutistes cherchaient encore à se battre. Mais les elfes ne voulaient pas de tueurs lâchés dans leur forêt, aussi ils la ratisseraient entièrement, plutôt trois fois qu'une.

 

Mais ils avaient de pires cas que lui à s'occuper, aussi ils lui donnèrent juste de la nourriture et une couverture.

Plus tard dans la soirée, une autre équipe ramassa Yson sur un cheval. Ils portaient déjà Jen, un des compagnons de Yson, qui gémissait à moitié inconscient, de quelque blessure interne grave, et Deniel, ses deux jambes cassées en tombant des arbres. Suivaient à pied deux autres soldats que Yson ne connaissait pas, les mains attachées dans le dos et les bleus sur leurs visages. Probablement ils avaient fait des difficultés lors de leur capture... Mauvais plan, car ces soldats elfiques étaient plus doués en karaté qu'en magie!

 

C'est ainsi que Yson fut admis dans l'un des villages, dans un hôpital improvisé mais bien organisé. Les habitants habituels du village avaient été évacués, de sorte que seuls les soldats l'occupaient, portant des combinaisons de camouflage fonctionnelles mais élégantes, avec même des broderies! Yson dut subir une intervention chirurgicale, et ils lui enlevèrent plusieurs éclats de grenade. Il garderait des cicatrices, dont un sur son visage, mais au moins, il n'était pas diminué ni handicapé.

 

 

 

JOUR H + 3

 

Musique:Stellardrone, Sublime first part (Open Cluster)

http://www.youtube.com/watch?v=x0mz6ZmDDNs

Radio de l'auteur

 

Bob avait trouvé comment se sortir de ce cauchemar d'apesanteur et de brume.

Il n'avait qu'à tirer son parachute inutile avec ses bras. Ainsi il cesserait de l'entraîner dans les courants aériens. Il pourrait donc tomber, même lentement, même sans pouvoir se diriger, mais au moins il atterrirait bien quelque part avant de mourir de soif ou de froid. Il trouva aussi rapidement un autre usage à son parachute: s'emmitoufler dedans, pour se protéger du froid glacial de la haute altitude.

 

Pendant deux jours et deux nuits, Bob dériva dans la brume, sans aucun moyen de savoir où il allait. Il reçut des engelures au visage et aux doigts, ses pieds étaient totalement engourdis. Il était aussi étourdi avec mal à la tête, de par les faibles concentrations en oxygène. La faim et la soif s'ajoutèrent bientôt à cette torture.

Il a vu des choses étranges, comme des nuages colorés et savoureux. Probablement certaines bactéries restaient assez longtemps dans les nuages pour pouvoir s'y reproduire. D'autres fois il vit une série d'étranges sphères blanches brillantes dérivant devant lui, qui s’avérèrent être d'énormes grêlons de deux mètres, d'une des nombreuses tempêtes du Horiathon. Heureusement aucun d'eux n'atteind jamais le sol.

La deuxième nuit, davantage de vent sur son visage lui appris que son plan avait fonctionné: sa chute s'accélérait, enfin. Mais il n'avait encore aucune idée de où il se dirigeait.

 

Puis tout à coup il jaillit hors des nuages, dans le vide.

 

C'était une vision fantastique, à couper le souffle.

 

Même les astronautes de la Terre ne peuvent pas partager cette expérience.

 

Il flottait entre les deux mondes, du côté nocturne, comme si il marchait dans l'espace. Mais il y avait encore de l'air en ce lieu: avec l'impesanteur, l'atmosphère s'étendait très loin autour du Horiathon. Des nuages brillant la nuit y étaient parfois visibles.

 

Il voyait les deux mondes ensemble, comme si il était en orbite. Il était encore dans l'ombre du Nyidiath, de sorte qu'il voyait le ciel noir avec les étoiles. Du côté du Nyidiath, les lumières des grandes villes formaient une résille d'étoiles jaunes. Du côté du Dauriath, le jour naissant commençait à illuminer le bleu de l'océan, tandis que sur les terres la verdure se mettait à briller. C'était une vision ahurissante, totalement silencieuse dans le froid glacial.

La venue du jour remplaça le ciel étoilé par l'indigo plus familier des hautes altitudes, tandis que le soleil révélait les plaines ocres du Nyidiath et les villes. La vue n'était plus spatiale, mais toujours magnifique. Autour du Horiathon, les nuages formaient à ce moment une sorte de pile de crêpes, parfois appelé le Hoob, en plus de l'habituel Uvol autour du cou. Y regarder révélait des gouffres obscurs vertigineux entre les nuages épais de centaines de kilomètres. Plus tard, le soleil vint éclairer directement dans les abîmes, révélant des arcs-en-ciel et des brumes rouges. C'était une vue si somptueuse, si magnifique, que même l'impitoyable Bob ressenti l'émotion: la beauté de leurs deux mondes, leurs lieux de vie, unis par un incroyable tour d'astrophysique.

 

Il marchait pieds nus dans l'espace, en quelque sorte, sans besoin d'aucune protection.

 

Bob ne pouvait pas s'empêcher de contempler cette scène incroyable, que très peu avaient vue avant lui, depuis les premiers avions seulement trente ans auparavant.

 

Peu? Trente ans? Bob reçut rapidement une leçon d'humilité. Un son lui parvint. Quelque chose qu'il ne se serait jamais attendu à entendre en ce lieu.

 

Des oies.

 

Oui, un troupeau d'oies, qui passait près de lui, dans leur éternel voyage d'un monde à l'autre. Les oiseaux étaient dans leur élément, ici. C'était leur monde, et ils parcouraient librement ces espaces immenses depuis des dizaines de milliers d'années. Et ils maîtrisaient parfaitement les trois dimensions. Bob ne connaissait les oies que rôties. Il les découvrait dans leur vraie nature de maîtres de l'air et l'espace.

 

Bien que le vent fut maintenant fort autour de lui, il n'avait encore aucune perception de son mouvement, dans cette immensité d'espace. Mais au fil de la journée, il vit qu'il s'approchait du Dauriath. Il fut tenté d'utiliser son parachute, mais cela le ferait à nouveau dériver pour des jours. Aucun moyen d'éviter le Dauriath ou de diriger son cours, de toute façon. Au milieu de la journée, il fut près du sol. Il retrouva à nouveau toutes les sensations du parachutisme, vitesse de l'air, haut et bas, avec le Nyidiath se noyant dans le bleu du ciel au-dessus, et le sol se précipitant vers lui. Il laissa soigneusement son parachute se déployer, jusqu'à ce qu'il ressente le choc libérateur dans son harnais.

 

Il se retrouva accroché au-dessus d'un charmant paysage de collines et d'anciens cratères, essentiellement couvert de forêts, parsemé de champs et de villages. Il n'y a pas de routes visibles, ni d'usines.

 

 

 

Comme il approchait du sol, Bob vit plus de détails. De belles maisons aux toits de tuile, ornées de buissons fleuris et de jardins entourés de murs de pierres sèches ou de clôtures couvertes de lierre. De petits champs étaient séparés par des haies fleuries ou des arbres fruitiers. Ici et là se tenaient des chauffe-eau solaires ou des panneaux solaires, mais Bob ignorait ce que c'était. Petit à petit, comme il s'approchait lentement du paradis elfique, la merveilleuse symphonie des oiseaux lui apparut, tandis que l'air chaud transportait des parfums de fleurs et de nature. C'était une telle vision émouvante de bonheur que même le cœur mauvais de Bob faillit encore une fois.

 

Il atterrit dans un verger à quelques dizaines de mètres d'une grande maison. Les oiseaux chantaient, les grillons stridulaient, et les parfums des fruits étaient voluptueux. Des jeux et rires d'enfants parvenaient de la maison. Tout cela émanait un bonheur si puissant et une telle beauté que Bob se sentit déplacé. Hésitant, il se mis en marche lentement vers la maison, tout en se tenant caché d'elle.

 

Tout à coup, il se trouva pile devant un autel de plein air!

Imaginez une sorte de demi rotonde, appuyée contre des murs de pierres sèches incurvés, toute ornée de fleurs et de vignes. La statue était noire de peau, et Bob ne sut pas la reconnaître. Une assiette à ses pieds contenait des offrandes, fruits et petits gâteaux.

Des signes religieux ostentatoires! Cela mit instantanément Bob en rage. Il donna des coups de pied dans la statue et les assiettes, puis jeta ses deux jours de couches de pilote sur les débris. Puis il se rappela sa mission. Il était ici pour détruire tout ça, et libérer le pays de ces elfes chevelus, de leur beauté irréaliste et de leurs idioties religieuses, afin que les colons sérieux puissent construire des villes et des usines. En tout cas si ils l'attrapaient, ils le tueraient sûrement. Aussi il lui fallait en tuer le plus possible avant. Il pris son revolver d'ordonnance en main et se dirigea vers la maison.

 

* Il aurait dû remarquer que les rires avaient cessé *

 

Il entra dans la maison. Personne. Pas de grilles, pas de verrous, pas de volets, ces mecs étaient vraiment confiants. La salle était entièrement revêtue de bois brun chaud, marqueterie et sculptures, formant des confortables recoins, alcôves et encadrements de fenêtres, orné de filets de pourpre vif ou de cuivre. Le sol était couvert de carreaux de bonne qualité, alternance d'ocre rouge et d'ocre jaune dans un complexe motif de Penrose. Table et chaises étaient de menuiserie élaborée, et le tout éclairé de lampes électriques en cuivre. La scène montrait un repas interrompu, avec les assiettes à moitié vides et une casserole fumante. Une niche abritait un ordinateur domestique, mais Bob ne savait pas ce que c'était. Des livres et jouets pour enfants étaient éparpillés ici et là.

 

Bob renversa la table, envoyant la vaisselle s'écraser au sol dans un tintamarre.

 

Il y eut des bruits à l'étage, et un jeune enfant qui pleurait. On poussa précipitamment des meubles lourds.

 

OK, pensa t-il. Ils avaient pressenti sa présence par quelque moyen. Mais cela ne leur vaudrait que quelques minutes de vie en plus.

 

Il monta l'escalier lentement, en frappant les marches bruyamment, comme dans les films d'horreur.

 

Puis il trouva une porte fermée. Il essaya de le pousser, mais elle était probablement bloqué par des meubles. Il entendit le murmure d'une voix et des pas derrière. Il tira un coup de feu à travers la porte, sans résultat apparent. C'était inutile.

 

Mais il avait une meilleure idée.

 

De retour au rez de chaussée, il trouva rapidement ce qu'il lui fallait: une petite hache, du bois de chauffage et un briquet.

 

Il laissa échapper un gros rire menaçant, comme dans les films, et il retourna au salon, se préparant à incendier la maison, avec ses habitants retranchés à l'étage supérieur.

 

* Il aurait dû s'apercevoir que plus aucun bruit ne s'entendait dans toute la maison *

 

Il était occupé à couper les meubles et à déchirer des livres pour démarrer un feu, son briquet et son revolver sur le sol près de lui.

 

Des pas.

 

Il saisit son revolver, son briquet en main, prêt à allumer le feu.

 

Quatre elfes.

 

«Monsieur, qu'est-ce que vous faites? Demanda le premier, d'un ton de commandement.

 

-Hahahaha» répondit Bob, avec le rire de psychopathe des films. Puis il visa le premier de son revolver. Il ne pouvait pas les rater, leur compte était bon.

 

Mais quelque chose de fort inattendu se produisit.

 

Il perdit totalement toute volonté.

 

Il tomba à plat sur le sol comme une poupée de chiffon. Le coup de revolver partit, mais il finit dans un panneau de bois.

 

Les elfes s'approchèrent rapidement, saisirent le revolver, attachèrent ses mains et ses pieds avec une corde, puis ils tirèrent ses quatre membres dans son dos, pour les attacher ensemble.

 

Bob retrouva à nouveau sa volonté, et il a lança des cris de rage. Mais c'était trop tard: la corde était solide, et les elfes connaissaient les nœuds sûrs.

 

 

Puis il se rendit compte de ce qui s'était passé: les elfes avaient retrouvé leurs pouvoirs magiques! Pas les terribles pouvoirs de guerre d'autrefois, mais des méthodes pacifiques et élégantes, comme la suppression de sa volonté, en le paralysant. Ils ne le firent que pendant deux minutes, mais cela suffit. Très probablement aussi, ils avaient senti sa présence bien avant qu'il atterrisse. Et de toute façon il était stupide: une si grande maison avait plusieurs escaliers, de sorte qu'ils s'étaient tous échappés par les autres.

 

Les habitants revenaient dans la salle commune, par groupes de deux ou trois. C'était une grande famille, quatre couples unis pour avoir des enfants ensemble, plus quelques amis, frères et grand-parents qui partageaint leur expérience. Ils firent des oohs et des aaahs quand ils découvrirent leur mobilier démoli et la tentative pour provoquer un incendie. Un des enfants, le visage baigné de larmes, s'écria «Lia shrashey eia Tatah» (tu as déchiré mon livre de Tatah), agitant son livre mutilé de coloriage d'enfant. D'autres prenaient des photographies du paradis dévasté, qui seraient à coup sûr sur tous les écrans de TV du Nyidiath ce soir.

 

Puis ils le portèrent dans une autre pièce. Ils le posèrent sur un tapis et s'assirent tous ensemble autour de lui. Des voix autoritaire parvenaient toujours de la première salle.

 

Ils discutaient en langue elfique, mais lorsque tout fut réglé ils s'arrêtèrent. Les quatre maîtres entrèrent. Bob sut qu'ils ne le tueraient pas, ne le tortureraient pas. Mais ce serait peut-être pire...

 

«Nous sommes désolés, monsieur, commença le premier, tandis qu'un autre traduisait pour la grande famille, mais nous avions promis avant votre attaque que tout acte de guerre dans nos terres serait puni selon les mêmes lois que vous utilisez pour punir les actes criminels. (Traduction).

«En plus, vos actes haineux contre des non-combattants et des enfants sont arrivés plus de 40 heures après que votre Conseil des Nations ait signé le Traité de Reddition et de Contrition (traduction)»

C'était un coup incroyable pour Bob: ainsi ils avaient perdu la guerre, presque sans combat?

«Oui monsieur, avant d'attaquer vous auriez dû demander si la guerre était toujours en cours» un norme éclat de rire salua cette traduction, et même les quatre maîtres ne purent éviter de sourire. Mais bientôt le premier reprit la parole:

«Heureusement, monsieur, vos actes insensés n'ont fait aucune victime. Cela vous épargnera sans doute une longue peine de prison. Mais avant de vous transférer à notre tribunal, nous voulons vous offrir l'occasion de comprendre et de regretter votre comportement (traduction)».

 

Tout à coup, ils prirent tous des airs graves, rectifiant leurs positions. En moins d'une minute, l'atmosphère fut tendue de concentration. Même les plus jeunes enfants prirent une posture de méditation parfaite, avec le sérieux naïf de leur âge.

 

Bob commença à se sentir soulagé: ils ne pouvaient rien lui faire juste en restant assis, priant et faisant des rituels.

 

Du moins c'est ce qu'il crut...

 

Car soudain, le fantastique amour de la vie des elfes fut dans son cœur, l'émerveillement d'habiter un endroit si beau, plus tous les détails, l'amour du conjoint, la douce confiance des enfants, le sentiment d'accomplissement des anciens... C'était si fort qu'il ne put éviter un gémissement... La symphonie des oiseaux bouleversait son cœur, et le moindre bruit, comme le craquement d'une chaise, une soupe qui mijote, avait sa pleine charge de merveilleux souvenirs, ou évoquait simplement la présence d'un être cher... Et lui, au milieu de tout ce bonheur et de toute cette beauté, de teintes pastel et de parfums, il réalisa qu'il avait l'air d'un gros excrément, avec sa combinaison de cuir brun et sa haine de la vie... La honte atteignit un niveau insupportable, et ses dents grincèrent.

 

«Arrêtez s'il vous plaît» fit le maître, et l'incroyable révélation s'interrompit. Ils prirent tous des poses plus décontractés, s'enquérant de ses réactions de leurs yeux.

«Monsieur, nous vous avons offert de ressentir les choses comme nous les ressentons, afin que vous connaissiez la vérité et que vous soyez en mesure de mener votre vie en conséquence (traduction). Cependant, nul n'a le droit de vous imposer un quelconque sentiment permanent, de sorte que nous ne recommencerons pas, et vous êtes désormais le seul responsable de changer votre vie vers un meilleur comportement. Que décidez-vous? (traduction)»

 

Phieww pensa Bob, il s'en était fallu de peu. Mais au moins ils ne recommencerait pas cette chose incroyable. Il pourrait récupérer ses propres sentiments et faire son propre choix. Les autres gardaient le silence, sachant qu'il avait besoin de quelque temps.

 

Ainsi, Bob a fait son choix en toute liberté. Mais il a fait le mauvais choix... C'est, hélas, le prix de la liberté.

«Non je ne regrette pas» se vanta t-il.

 

Toute la grande famille montra sa déception. Bob voulut argumenter, ou dire des choses blessantes. Mais les quatre maîtres se levèrent simplement, et partirent, sans manifester aucune émotion. Sans traducteur, le dépit de Bob était inutile.

 

En plus d'être mauvais, il se sentait stupide. Il savait qu'il avait fait le mauvais choix, comme un ivrogne qui sait qu'il ne devrait pas boire. Mais il n'avait aucun contrôle sur lui-même. L'orgueil était son maître.

 

Echec épique.

 

Rejeté comme un étron, au seuil du paradis.

 

Ils le laissèrent sur son tapis, et ils se mirent à nettoyer son gâchis, tous ensemble, sans commandement apparent. Une mère prit un grand soin de récupérer toutes les pages du livre de Tatah, visiblement la chose la plus importante de toute l'affaire. Ils avaient une façon bouleversante de l'ignorer totalement, sauf les jeunes enfants qui le boudaient ou le regardaient comme quelque étrange monstre surnaturel.

Ils mirent en marche l'ordinateur de la maison, et Bob put entendre Alpen, le notoirement raciste président de la République Bubacarienne, expliquant comment son pays rejoignait le Traité de Reddition et de Contrition. Il allait bientôt prendre des mesures pour libérer tous les elfes emprisonnés et permettre leur libre circulation et l'égalité de leurs droits. Ce filou présenta même ces décisions comme si elles étaient de sa propre initiative! Puis il fut remplacé par une douce musique elfique, et bientôt les rires de bonheur reprirent, dans la maison de la grande famille. Les choses furent à nouveau comme elles doivent toujours être.

 

Plus tard, ils le mirent dans une cellule improvisée, de sorte qu'ils purent le délier et lui permettre de boire, de manger et de prendre soin de son corps.

 

«Monsieur, nous allons vous envoyer au tribunal dès que possible», lui dit l'elfe chargée de le surveiller.

-Combien de temps cela prendra-t-il avant le procès?» demanda-t-il, craignant de devoir attendre des années dans quelque prison pourrie.

«Oh, Désolé, mais il vous faudra probablement patienter plus d'une semaine pour ça. Il nous faut créer un tribunal, parce que nous n'en avons pas ici. Nous n'en avons pas besoin, vous comprenez.»

 

C'était le coup final. Cette fois, Bob décida de se taire complètement.

 

 

 

Jour H + 6

 

Musique: Stellar Drone, Open Cluster

http://www.youtube.com/watch?v=x0mz6ZmDDNs

Radio de l'auteur

Ou bien: Deuter, Temple of silence

http://www.youtube.com/watch?v=-DO09VDTPyQ

Editions «Le Souffle d'or»

 

Le Conseil des Nations avait signé le traité au jour H + 1, sans aucun commentaire. D'autres discussions réglèrent les détails, de sorte que tous les pays impliqués dans la guerre le signèrent les jours suivants. Certains petits pays non impliqués dans la guerre ne l'ont jamais formellement signé, mais il fut toujours considéré comme s'appliquant à tous.

Les journalistes ne donnèrent que quelques courtes descriptions des accords, avec peu de détails. Plus tard, les intellectuels ont publié plus de commentaires, allant de la perte de souveraineté à l'occasion d'une paix durable.

Mais après une semaine et trois ultimatums reportés, la République Populaire Scythienne argumentait toujours. De sorte que, un dimanche soir, une série de frappes directes soigneusement ajustées détruisirent totalement leur deux aciéries et plusieurs centrales électriques, et ils durent signer le traité à la lumière des bougies.

Dans les siècles suivants, eurent lieu plusieurs épisodes de terrorisme, mais les gouvernements les ont gérés, dans certains cas avec l'aide des conseillers elfes. Mais aucune vraie guerre ne fut plus jamais autorisée, ni même possible, faute d'armement.

 

 

C'est ainsi que toute guerre s'arrêta dans le monde de Nyidiath.

 

 

 

Jour H + 6

 

Musique: Deuter, Temple of silence

http://www.youtube.com/watch?v=-DO09VDTPyQ

Editions «Le Souffle d'or»

 

Yson fut étonné de voir les elfes blessés dans le même hôpital que les humains blessés. La seule différence de traitement était les chambres séparées. Il constata également que beaucoup de soldats elfes était en faits des femmes. La plupart des soldats humains étaient en trop mauvais état pour être dangereux, mais quelques gardes montaient tout de même une garde discrète. Maintenant que les combats avaient officiellement cessé, ils avaient abandonné leurs combinaisons de camouflage vert pour des pantalons flottants et des chemises de couleurs claires, avec seulement des insignes indiquant leur rang hiérarchique. Mais ils semblaient toujours vigilants et dangereux.

Comme leur état s'améliorait, Yson et quelques autres furent autorisés dans un jardin, toujours sous une garde discrète mais vigilante. C'est ainsi que Yson a rencontré Elsheren, une superbe elve blonde qui avait reçu une balle dans le ventre. Cela s'était produit alors qu'elle participait à une équipe de récupération, deux jours après la fin officielle de la guerre, pour tenter de contrôler les derniers combattants isolés haut dans la montagne. Elle était plus gravement blessée que lui, mais son corps d'elfe avait beaucoup plus de ressources, de sorte que sa guérison était rapide.

 

Yson apprit la terrible déroute de l'invasion humaine, et les conséquences pour les gouvernements humains. Après tout, il était content d'être encore en vie et en un seul morceau. Et en ce qui concernait la guerre, Eh bien... c'était bien mieux qu'elle fut terminée. En tout cas, la situation qu'il découvrait dans les terres elfiques montrait clairement que toute la propagande était mensongère, et que cette guerre avait un mauvais motif.

 

Et il lui fallut l'admettre: Elsheren ressemblait exactement à son rêve! Même visage, même voix, mêmes jolies inflexions... Toutefois, elle n'était pas la beauté impérieuse et inaccessible de son rêve, le regardant comme un excrément. C'était en fait une personne simple, aimant le rire et les bons moments ensemble, qui s'était portée volontaire pour protéger son île, qu'elle appelait Milly Montagne. Ils eurent de longues discussions ensemble, n'ayant rien d'autre à faire pendant que leurs corps oeuvraient à leur réparation.

Mais bientôt les autres soldats humains se mirent à regarder Yson de travers, et à lui faire des remarques hostiles. Alors les gardes elfes renvoyèrent tout le monde dans leurs chambres, ou ils emportèrent les plus valides en prison. Yson fut enfermé seul dans une des maisons environnantes.

C'était un des lieux de vie de ce village, tendrement orné de tons arc-en-ciel et de rideaux vaporeux. Les tiroirs avait été hâtivement vidés des affaires les plus personnelles, mais il restait des vêtements ou objets éparpillés, révélant la douce vie interrompue ici. Le chauffage était éteint, de sorte que la chambre lui parut froide. Mais elle était très bien isolée, et rapidement Yson s'y trouva bien. Il se demanda pourquoi il était traité différemment de ses camarades emprisonnés. Et, en entrant dans le lit profond, il ne put réprimer un peu de honte, de violer ainsi la vie privée de quelqu'un.

 

Mais tôt le lendemain matin, il fut réveillé par des voix hâtives et impérieuses. La porte s'ouvrit, et il fut emmené sur un des beaux chevaux blancs, à l'île principale de Milly Montagne (il y en avait trois, à ce qu'il comprit).

 

 

 

Jour H + 12

 

Musique: Deuter, Temple of silence

http://www.youtube.com/watch?v=-DO09VDTPyQ

Editions «Le Souffle d'or»

 

Comme elle s'y attendait, Jilian reçut le rapport sur la mort de son mari, par une simple lettre recommandée. Son régiment parachutiste en entier avait été pris en embuscade juste là où ils avaient sauté, comme si les elfes avaient su à l'avance où ils devaient arriver. La lettre poursuivait en parlant de rapatrier le corps, mais Jilian n'avait vraiment pas envie d'entendre quoi que ce soit sur le rapatriement de ce corps détesté.

 

Elle était maintenant une veuve de guerre, avec la bonne paye de son mari et plus de camions de bière à payer chaque mois. Cela faisait d'elle une femme aisée, comparée à tous les autres dans son bloc. Pas une riche, mais au moins elle n'aurait plus jamais à travailler.

 

Elle accueilli la nouvelle avec des sentiments mitigés. C'était évidemment un grand soulagement, d'être maintenant libre, et ne plus avoir à supporter ses constantes disputes et l'odeur de son corps. Mais elle se rappelait aussi comme Caim était doux au début, et leurs promesses d'une vie agréable dans une maison à la campagne. Mais il était accro aux films de guerre et aux jeux violents, et cela faisait de lui une proie facile pour la vraie propagande de guerre et les discours haineux simplistes. Jilian ressentait maintenant intensément les regrets de sa vie ratée et des espoirs brisés.

 

Ce à quoi elle ne s'attendait pas, par contre, fut l'énorme sensation de paix et de soulagement, après que toutes ces menaces de guerre aient disparu. Cela passait même avant l'humiliation des traités. La TV montra bientôt de superbes vue du Dauriath et des incroyables réalisations techniques du monde elfique, telles que les sondes spatiales d'exploration des planètes Ishtar et Foggier, les ordinateurs, Internet, les mondes virtuels et d'autres. L'Information se répandait maintenant librement, et elle montrait un avenir de paix, au lieu de destruction. Même ses voisins, qui avaient l'habitude d'avoir constamment des mots fascistes et violents contre les elfes, étaient maintenant silencieux, ou même souriants. Même les jeux d'enfants sur la pelouse étaient plus calme, plus joyeux. Un Soleil secret s'était dévoilé, tandis que les brumes noires de la guerre et de la violence se dissipaient.

 

Avant la bataille, Jilian n'avait aucun véritable projet pour sa future vie libre.

Mais maintenant, elle avait des pensées nouvelles, de voyager, de découvrir le monde, de rencontrer d'autres personnes. Sans le savoir encore, elle commençait à aspirer à une vie meilleure.

 

 

 

Jour H + 15

 

Musique: Moya Brennan (Clannad), Perfect Time

http://www.youtube.com/watch?v=2bHsZLfVg4Y

Site de l'auteure

 

Après un court trajet en bateau, Yson arriva vers midi dans un village de l'île principale de Milly Montagne.

Il dut attendre dans une salle verrouillée jusqu'au soir, avec juste un peu de nourriture. Puis à nouveau, il fut emmené à cheval plus haut dans la montagne. La nuit venue lui cachait beaucoup de choses, mais Yson put deviner plusieurs grands bâtiments avec des lumières électriques, et beaucoup de gens heureux qui vivaient ici. Quatre gardes l'accompagnaient toujours.

Enfin, ils arrivèrent dans une grande maison, toutes les fenêtres chaleureusement éclairées de l'intérieur. Il fut amené dans ce qui ressemblait à une salle d'audience circulaire. Il y avait beaucoup de gens ici, apparemment des anciens ou des clercs, assis tout autour. Certains étaient probablement des mages elfes, peut-être encore plus puissant que le pouvoir local. Il aperçut deux autres prisonniers humains. Tout le monde le regardait. Mais ce qui retint son attention fut une petite elfe assise nonchalamment sur une sorte de grand fauteuil au milieu, qui le regardait fixement avec intensité. Elle portait un simple T-shirt violet et un pantalon pratique, avec de discrètes broderies ou colliers. Ses cheveux blonds étaient en boule frisée, brillant dans la lumière chaude. Son regard avait sa propre lumière, le regardant sans ciller. Yson ne pouvait pas savoir qu'il était en présence de Milly elle-même, l'elfe qui avait créé ce pays elfique sept siècles plus tôt.

Nous nous souvenons d'elle jeune et timide, écopant les fuites et le crottin de cheval de son bateau de fortune, et atterrissant sur cette île juste avant le naufrage. Maintenant, elle était devenue une ancienne respectée et imposante, douée de pouvoirs spirituels. Et elle les utilisait, non pas pour commander au pays, mais pour servir le peuple et la vie en ce lieu. Elle n'était pas une reine ou un dirigeant imposant sa propre volonté. Au contraire, elle était la Yarmeenah de l'île, c'est à dire celle qui ressentait ses vibrations subtiles et ses désirs spirituels, pour les traduire en projets concrets et plans de construction. C'était une responsabilité bien plus élevée que la simple domination, et beaucoup plus délicate. Pour cette raison, elle était câlinée et hautement respectée, non pas comme un privilégié ou un seigneur, mais comme une amie nécessaire. Elle visitait régulièrement les endroits les plus éloignés des îles: dans les villages, on la voyait souvent, et tout le monde la connaissait.

 

Après avoir détruit toute volonté égotique, elle servait le peuple et toute les formes de vie de l'île, en hébergeant littéralement leur conscience collective, non-duelle avec sa propre conscience.

 

Quand elle fut avisée de la possibilité d'une attaque de parachutistes sur ses îles, elle organisa magistralement l'évacuation des villages et la défense des lieux, avant même l'arrivée des soldats d'élite elfiques.

 

L'interview fut courte, et Milly prononça juste quelques mots de bienvenue à Yson, lui souriant chaleureusement. Puis elle échangea avec les autres mages en langue elfique. Et Yson fut à nouveau emmené à l'extérieur, dans la nuit, qui lui parut triste et froide en comparaison de la maison de Milly et son incroyable chaleur humaine.

Il finit la nuit dans ce qui semblait une sorte de maison d'hôtes, dans une chambre avec un lit. Elle était chaleureusement meublée, mais sans effets personnels.

Le lendemain, personne ne vint lui apporter de la nourriture. Il se rendit compte que la porte n'était pas verrouillée et qu'il n'y avait pas de gardiens dans les environs, juste quelques rires joyeux venant d'une autre pièce. Mais ce n'était probablement pas conseillé de tenter de s'échapper... donc il appela. Une douce elfe vint, qui fut d'abord surprise de voir son costume militaire, qui signifiait tant de violence et de mort. Elle disparut en murmurant quelque chose, mais elle réapparut rapidement avec de meilleurs vêtements pour lui, une sorte de tunique grise légère, semblable à celles des diplomates elfiques, mais sans les cérémonieux capuchons et manches longues. Puis elle lui montra la salle de bain et la salle à manger, où un groupe mangeait joyeusement ensemble. A nouveau, un silence tomba quand il apparut, mais quelqu'un tira une chaise et un bol pour lui, avec du bon pain complet frais.

Comme personne ne parlait sa langue ici, on le laissa tranquille, libre de se promener dans le village. Les gens semblaient surpris quand ils le rencontraient, mais il ne vit aucune réaction hostile.

Mais ce fut son tour d'être surpris, quand il trouva Elsheren ici aussi. C'était son village natal!

Il n'y avait plus de gardes ici, mais des gens ordinaires, hommes, femmes et même des enfants de deux grandes familles. Ses blessures étaient en bonne voie de guérison, le laissant à nouveau valide. Mais à sa grande surprise, il n'était plus du tout considéré comme une menace, et ils le laissaient libre de se promener dans le village, dormant et prenant ses repas à l'auberge, où il ne trouva bientôt plus que des sourires chaleureux. Au début, Elsheren était la seule personne avec qui il pouvait parler, et elle commença à lui apprendre les coutumes et la langue elfique.

C'est ainsi que Yson découvrit la merveilleuse façon de vivre des elfes, et apprit à l'aimer, parmi les calmes villages de Milly Montagne. Il se mit bientôt à des activités utiles, et comme on le devine il finit par épouser Elsheren. C'est ainsi qu'il devint un elfe lui aussi, regrettant son passé de violence et de guerre. Curieusement, il trouva que plusieurs autres de ses anciens camarades parachutistes avaient fait la même chose, et ils prirent l'habitude de se rassembler pour évoquer les souvenirs de ces temps fous! Mais bientôt ils préférèrent ne plus en parler, préférant comparer comment ils avaient fini par comprendre la vie.

Mais le plus étonnant pour eux était la manière dont Milly avait pu les comprendre, et les envoyer aux bons endroits! Probablement l'amour des elfes est scellé dès le premier regard... et les anciens peuvent le voir. Et, comme Yson put le constater rapidement, c'était vrai: les humains amoureux des elfes deviennent Elfes à son tour!

 

 

 

Jour H + 30

Il fallut plus de deux mois pour que tous les débris d'avion dans les nuages du Horiathon retombent sur le sol. Les moteurs et les gros morceaux furent bien sûr les premiers à plonger dans les océans du Dauriath ou du Nyidiath, mais de grands panneaux d'aluminium furent encore trouvés 30 jours plus tard.

Quant aux milliers de pilotes et parachutistes survivants, qui flottaient dans l'apesanteur sans fin, leur sort terrible fut un gros sujet de préoccupation. Comme on le voit souvent dans les situations désespérées, les gens concentrent toute leur énergie sur le peu qu'ils peuvent encore sauver. Dans les nuages, la déshydratation est très lente, de sorte que beaucoup moururent de froid ou d'épuisement. Le plus long survivant retrouvé avait dix jours, et il était à moitié fou. Les avions chasseur robotiques ont aidé à en retrouver quelques-uns, mais plutôt par chance, car leurs radars n'étaient pas assez puissants pour détecter des corps humains dans l'immensité de brume.

 

Des règles de sécurité aérienne durent être établies de toute façon. Il fut jugé que les plus bas nuages du Horiathon ne seraient jamais sûrs, en raison de la présence d'énormes grêlons, de tornades permanentes et d'autres choses étranges comme des mousses formant parfois des fibres flottantes de centaines de mètres de long. Ainsi il fut assigné aux avions de ligne une altitude minimale de 400kms. Comme les nuages s'étendaient souvent plus haut, la plupart des vols devaient encore passer à travers. Lorsque les lignes aériennes furent ouvertes au jour H + 45, seuls des avions elfiques furent autorisées. Mais au fil des années, avec le relâchement général des tensions politiques, des compagnies humaines furent autorisées à faire fonctionner des lignes trans-monde, et à avoir des bureaux dans le Dauriath. Vu que le trafic aérien entre les deux mondes augmentait au fil du temps, c'était mieux ainsi.

 

Ces lignes aériennes firent comme si la barrière astronomique entre les deux mondes avait été supprimée. Cependant, les elfes maintinrent une stricte séparation politique: c'était leur monde, et ils avaient payé assez cher pour cela. Beaucoup de hauts responsables elfes avaient encore de vifs souvenirs de la boue de l'Exode et de la douleur des massacres. Alors ils n'autorisaient que certains humains strictement choisis à vivre dans le Dauriath. Au cours des siècles cependant, la différence entre les elfes et les humains du Nyidiath alla en diminuant, et davantage d'humains furent autorisés, jusqu'à ce que tout le monde devint elfe sept siècles après la bataille de Horiathon. À partir de ce moment, les frontières n'avaient plus de sens, et elles furent toutes officiellement supprimés, ainsi que de nombreuses autres institutions de l'ancien monde.

Ce monde incroyable de lumière, de paix, de beauté, de bonté, de liberté et de spiritualité a permis, trois autres siècles plus tard, le déploiement de la Grande Merveille, qui emporta les peuples des deux mondes réunis vers un niveau supérieur de leur évolution. Mais à ce point, les engagements de la haute spiritualité ne permettent pas de décrire cet événement fantastique, et ce qui arriva ensuite.

 

 

 

Jour H + 60

 

Après une enfance brimée, un viol et deux ans dans les sombres et froides prisons bubacariennes, Estelle n'avait pas voulu rester plus longtemps dans le monde des humains. Elle n'était même pas capable de marcher dans les rues de sa ville, sans sentir des regards hostiles dans son dos. Même en s'habillant en gris et en se coupant les cheveux, les passants devinaient qu'elle était une elfe, et les commerçants vérifiaient si elle n'avait pas volé quelque chose. Elle n'apprit les événements du Horiathon que deux semaines après qu'ils aient eu lieu, quand elle fut libérée avec la nouvelle amnistie générale. Elle fut même invitée à une cérémonie de remise d'excuses par le président Alpen, mais elle refusa. La fausse contrition de cet homme abject ne serait qu'une humiliation de plus pour elle.

C'est ainsi qu'elle se retrouva dans un avion elfe vers les Terres Elfiques, qui décollait pour la première fois de l'aéroport nouvellement réparée de Ashlon, la capitale de la République Bubacarienne.

Il était aussi gros qu'un Airbus A320, avec les derniers développements technologiques. Cependant il avait l'élégance elfique de par sa conception, avec une forme générale en navette, comme l'ancienne avion Lockheed Constellation. Il était entièrement peint en blanc, avec les filets de couleurs que tout le monde avait maintenant appris à respecter.

L'intérieur était conçu de manière confortable mais efficace, ce qui permettait d'étirer les jambes sous le siège avant. La plupart des sièges étaient disposées en petits salons comme dans un train. Les couleurs étaient dans les tons orange et pêche, avec quelques panneaux finement peints: ces gens avaient pris le temps de décorer leurs avions manuellement, au lieu de juste mettre des panneaux standard partout.

 

Estelle, sortant tout juste du monde anormal de la prison, et voyant des elfes pour la première fois, était totalement prise au dépourvu, encore très timide et incapable d'engager la conversation avec quelqu'un. Mais un elfe qui semblait un ancien lui offrit un siège près d'une fenêtre. Ainsi, elle put admirer le paysage à couper le souffle.

La première partie du voyage avait l'air normale, mais la vue de l'océan sous eux s'estompa dans une atmosphère de plus en plus épaisse. Puis ils perdirent toute notion de leur position dans l'espace: tout était devenu blanc tout autour, y compris dessus et dessous. Quand ils entrèrent dans les épais nuages du Horiathon, l'extérieur devint gris et sombre comme le crépuscule.

À l'intérieur de l'avion, les gens commençaient à s'amuser avec l'impesanteur, riant et faisant des vols de plus en plus longs. Estelle les regardait avec envie, mais la crainte d'être victimes de brimades était encore trop forte. Elle aurait probablement besoin d'années pour surmonter cet obstacle et être capable d'avoir des relations agréables. En plus, elle avait toujours un corps humain, et l'impesanteur la rendait malade.

 

Puis elle fronça soudain les sourcils à quelque chose à l'extérieur, comme un éclat de ciel avec une nuance de gris légèrement différente. Cela bougeait, et s'approchait.

 

Estelle comprit vite que c'était un avion, mais seulement quand il toucha leur aile d'autres passagers l'identifièrent: c'était une Chouette, un des nombreux et redoutables chasseurs robotiques qui gardait l'espace aérien du Horiathon. On les surnommait ainsi, en raison de leur aspect fantomatique, leur invisibilité radar et leur vol presque silencieux, avec juste le hululement de la turbine qui ressemblait à un appel de chouette.

Au début, Estelle pensa qu'elle allait les attaquer. Mais un avion elfe ne confondait jamais un autre avion elfe avec un ennemi. En plus, avec les traités de paix, des sommations devaient maintenant être émises avant toute action militaire.

Elle s'approcha de leur avion, au point que ses extrémités d'ailes touchaient presque les hublots. Estelle put admirer sa forme élégante de navette, sans aucune marque de fabrication, comme si elle était faite d'une seule pièce. Tout au plus quelques petites prises ou renflements faisait saillie ici ou là. Même ses canons avaient des petits clapets à leur extrémité, afin d'éviter que l'humidité constante ne rentre dans les tubes.

Et c'était vrai, elle était décorée avec des fleurs! Juste que la peinture avait l'air souillée, probablement à cause du séjour de deux mois dans les remous nuageux sales.

 

Estelle se demanda pourquoi elle s'approchait tellement. Mais elle comprit vite: un tube sortit de son ventre, et s'accrocha dans une petite saillie de leur propre aile: ravitaillement en vol! Les besoins du petit avion n'étaient pas un fardeau pour le gros avion de ligne. Voilà donc comment les Chouettes pourraient rester en vol si longtemps. Probablement, la plupart du temps, elles se laissaient juste dériver au hasard dans les nuages, chasseurs silencieux et invisibles prêts à fondre sur tout intrus.

 

Cela se produisit à deux autres reprises, avant que, tout d'un coup, ils découvrissent l'océan bleu du Dauriath, plein de soleil joyeux. Et on disait que les Chouettes n'étaient que la première de trois couches de défense aérienne. D'autres armes attendaient, toujours cachés dans la jungle profonde, les pentes abruptes ou de grandes barges sous-marines. Sans parler des dispositifs soniques mystérieux, cachés dans les profondeurs de l'océan du Dauriath, qui avaient réduit en miettes deux puissants navires, lors de la bataille navale du Horiathon. Mais le plus puissant de tout était la magie entièrement restaurée! Pour la première fois, Estelle commença à se sentir en sécurité, tout en admirant la première île elfique en vue, un bijou de vertes prairies et de rochers ocres dans un écrin bleu de mer...

 

 

 

Jour H + 65

Dans l'aéroport de Newtel (anciennement Tellutaar, mais avec le retour des elfes de plus en plus de gens reprenaient cet ancien nom), un couple d'elfes attendaient aux arrivées. Bien qu'ils n'osaient pas encore porter ouvertement robes et tuniques, ils avaient des vêtements colorés, et aucun d'eux n'avait coupé ses cheveux depuis la bataille du Horiathon. Ceux à qui ça ne plaisait pas n'avaient plus qu'à baisser le regard, maintenant.

 

Un élégant sifflement de turbine annonça le Vol Indigo, direct de Maël Ouest, une des plus proches îles du Dauriath, où un aéroport entier avait été construit en seulement cinq incroyables semaines. (En fait les terrassements avaient commencé des années avant, mais en petites parcelles ressemblant à des champs, de sorte qu'aucune observation au télescope ne devinât ce qui se passait. Les radars avaient également été installés dans un bâtiment ressemblant à un temple. Quatre jours après la bataille de Horiathon, un énorme bateau-usine était arrivé avec le béton et les machines, pour terminer le tarmac lui-même en cinq semaines).

C'était un bon avion, élégant, entièrement peint en indigo avec des lettres elfiques.

De beaux passagers commencèrent à franchir la porte de sortie, certains d'entre eux portant de merveilleux atours elfiques, d'autres des pantalons flottant et chemises plus fonctionnels, mais toujours de belles couleurs. La victoire du Horiathon avait été pour défendre la liberté, et ils utilisaient cette liberté, sans plus aucunement se soucier de tout jugement mesquin. Seuls deux diplomates portaient encore les antiques toges gris clair.

Il y avait aussi des humains parmi les passagers, soit qu'ils étaient en train de devenir des elfes, soit qu'ils fussent autorisés dans le Dauriath à quelque fin positive, comme par exemple étudier dans les universités elfiques.

 

Et tout à coup, ils furent là: Lillian et Ishtlan!

Sweetlana et son nouveau mari Merley accueillirent les deux nouveaux venus avec de joyeux ooh et aah, incapables d'attendre de les prendre dans leurs bras.

Puis ils s'exclamèrent oh comme ils avaient l'air elfiques maintenant, après deux ans dans le Dauriath. En effet, ils portaient maintenant les cheveux longs, des vêtements magnifiquement brodés, et leurs pas élégants et leur parole aisée étaient maintenant très elfiques. Ishtlan avait maintenant de longs cheveux noirs d'elfe sylvain, tandis que Lillian, qu'ils avaient connue timide, était devenue joyeuse et très sûre d'elle!

C'étaient les belles retrouvailles de quatre amis brusquement séparés deux ans auparavant, par des accusations diffamatoires. L'enquête avait été atrocement lente, jusqu'à la bataille de Horiathon, où comme par miracle tous les documents manquants furent rassemblés en quelques jours seulement, pour conduire à un rejet complet des accusations.

 

Ils grimpèrent tous les quatre dans leur petite voiture, Sweetlana au volant. Oh, ils avaient tellement de choses à se dire! Comment allait leur petite communauté depuis qu'ils étaient partis? Comment c'était, le Dauriath? De l'avoir à seulement quelques heures de vol changeait tellement les choses, alors qu'autrefois c'étaient des mois de voyage dangereux...

 

En conduisant sur l'autoroute menant hors de Tellutaar, ils contemplèrent avec une satisfaction évidente les restes du réacteur nucléaire inachevé Bretzel n° 2, le bâtiment en béton éventré montrant le cœur du réacteur basculé et les tuyauteries ravagées, déjà rouillées. Le réacteur n° 1 n'avait pu être frappé, parce qu'il contenait déjà du combustible nucléaire, mais la destruction de l'aire des transformateurs électriques avait forcé son arrêt immédiat. Des pylônes tordus et enchevêtrés étaient encore visibles, en raison du différend sur qui devrait payer pour l'enlèvement de ces restes honteux.

Ishtlan ne put éviter de commenter «Wow je n'avais pas idée que ces petites choses seraient si efficaces». Il voulut ajouter quelque chose, mais un discret contact sur sa main lui rappela qu'il y avait encore des choses dont il était dangereux de parler. Leur victoire était encore très fragile, ils devraient gagner la confiance des gens d'ici avant d'être réellement en sûreté. Et ils savaient qu'il faudrait des dizaines d'années...

 

Plus tard, ils arrivèrent à leur ferme. Leurs voisins humains les accueillirent aussi, en disant qu'ils n'avaient pas soupçonné qu'ils était des elfes, mais «au contraire» qu'ils étaient des gens aimables.

 

Ishtlan et Lillian reprirent possession de leur petite chambre, celle où ils avaient découvert l'amour quelques années plus tôt. Bien sûr l'ancienne ferme humaine leur semblait froide et nue, après ces deux années passées dans le merveilleux paradis elfique du Dauriath. Mais c'est là qu'ils avaient leur vie et leurs activités, avant d'être forcé de fuir.

 

En regardant l'ancien bureau secret, Ishtlan déclara qu'ils pourraient reprendre leur intéressantes activités ici, sans plus avoir besoin de se cacher. «J'espère que les lignes téléphoniques ici sont assez fortes pour nous connecter à l'Internet du Dauriath. Sinon, nous pouvons installer une antenne parabolique. Ce serait même encore mieux, pour parler avec nos amis du Dauriath en temps réel»

Puis il ajouta :

«J'espère que Dick et son club d'astronomie pourront bientôt récupérer leurs télescopes, afin qu'ils puissent voir nos satellites. Mais je pense qu'ils seront vraiment surpris de découvrir que nous sommes des elfes!

-Oh, je suis sûr que Dick a deviné depuis longtemps, hahaha!

-Et je ne sais pas du tout comment il a fait, mais il a DEJA récupéré son 550, hahaha!

-Dick est un mec étrange. Probablement, il ne sera jamais un elfe lui-même, mais il est parfaitement d'accord avec nous»

 

 

 

Jour H + 70

 

Musique: Stellar Drone, Open Cluster

http://www.youtube.com/watch?v=x0mz6ZmDDNs

Radio de l'auteur

 

Morav, furieux, dut se retenir de gifler la jolie jeune conseillère juridique. Il avait déjà purgé des peines de prison pour des faits similaires, et il n'avait pas envie d'y goûter encore.

 

Le jour H, ils s'attendaient tous à voir le Horiathon et à le traverser, à bord du puissant navire de colons Vanguard XII. Mais il n'y eut aucun Horiathon à l'horizon, depuis leurs cabines sans fenêtre. Le soir vint, puis un autre jour, et encore un autre. Ils n'avaient aucune idée de ce qui se passait, ni pourquoi ce retard. Trois jours passèrent, et leur poids augmenta à nouveau: ils s'éloignaient du Horiathon!

 

Demandant des explications, ils n'en eurent aucune. Ils se révoltèrent, pour constater que les portes menant vers les quartiers de l'équipage avaient été soudées. Inutile de taper à mains nues sur les épaisses parois de métal. Ils furent laissés pendant quatre autres jours sans nourriture et juste l'eau du robinet. Et la mauvaise nouvelle de la défaite du Horiathon, qui ruinait tous leurs projets.

 

Après cette épreuve, en vint une autre: ils furent tous jetés sur un quai en pleine nuit, avec leurs affaires personnelle sous la pluie, dans un pays étranger. Le Vanguard XII les quitta pour une destination inconnue, pour y être renommé et converti en cargo. Après avoir attendu 30 autres heures ici, on les emmena brutalement vers un camp de détention administrative improvisé, dans une ancienne caserne délabrée. Pendant quelques jours, il y eut des pourparlers, pour leur trouver un moyen de rapatriement. Mais ils découvrirent vite qu'ils n'étaient bienvenus nulle part: ils étaient des colons! Personne ne voulait d'eux dans ce pays, et même pas dans le leur: ils avaient pas d'emploi, pas de maison, pas d'argent, la plupart d'entre eux ayant tout vendu pour leur illusoire part de Dauriath.

 

Morav fut parmi les premiers rapatriés, après deux mois, parce qu'il avait trois enfants. Certains ont dû attendre jusqu'à cinq ans. Une fois dans sa ville natale, ils furent placés dans un hôtel. De là, il voulut faire un procès à Vanguard SARL, pour l'immense escroquerie de lui avoir vendu un terrain auquel il ne pourrait jamais accéder.

 

«Avez-vous vraiment lu le contrat que vous avez signé, monsieur? fit la jolie conseillère juridique. Il n'est écrit nulle part que vous obtiendrez la propriété de votre terrain, il mentionne seulement un moyen de transport pour y accéder. Vanguard a jamais été propriétaire de ces terres, le saviez-vous? Et malheureusement, des faits de guerre les ont empêché de s'acquitter de leur obligation de transport, ce qui rend le contrat nul. Je suis désolé, monsieur, mais vous avez très peu de chances de gagner quoi que ce soit au tribunal.

-Au moins récupérer mon argent, cria Morav.

-Je crains que cela soit impossible, répondit la conseillère juridique, souriant de manière exaspérante: Vanguard est maintenant en faillite, avec de lourdes pertes. Leurs seuls actifs étaient les navires et l'équipement lourd dans les cales. Ils ont vendu le lot complet à un prix ridicule.»

Morav ne savait que trop bien que la société Vanguard et les acheteurs étaient tenus par les mêmes investisseurs, de sorte qu'ils possédaient maintenant les 18 navires lourds sans les avoir payés. Et ils allaient les transformer en cargos très lucratifs, après avoir démonté les cabines de colons en seulement quelques jours. Mais en effet il n'y avait rien que Morav puisse faire contre un si puissant réseau d'escrocs et de complices, qui utilisaient les mêmes méthodes qu'il avait lui-même utilisées dans son ancienne entreprise. Furieux, il quitta le luxueux bureau d'aide judiciaire bien chauffé, non sans donner un coup de pied dans un pot de fleurs, répandant la terre sur le tapis de laine blanche.

 

A l'agence pour l'emploi, il ne fut guère plus chanceux: il n'avait aucune formation, et il n'était pas le premier sur la liste, avec la crise économique, et en plus la fermeture de l'industrie de l'armement et le démantèlement des armées. Il dut se contenter d'une modeste indemnité, pour pouvoir prendre soin de ses enfants.

 

Mais il reçut le coup de grâce quelques jours après, quand ils entrèrent dans leur nouveau logement dans un mauvais quartier avec un taux de délinquance élevé.

 

Les occupants précédents avaient peint les murs avec des motifs elfiques.

 

Certains étaient habiles comme d'un bon artiste, d'autres étaient enfantin, mais toujours avec un goût très sûr.

 

«Oui Monsieur, c'est un vraiment très agréable logement que vous avez obtenu. C'était une dame qui vivait ici avec ses deux enfants, des gens sympas et paisibles, et ils ont peint tout ça. C'est de l'art véritable, et nous n'avons pas eu le cœur de le recouvrir de peinture. Ils viennent de partir pour le Dauriath il y a quelques semaines, librement autorisées par l'ambassade elfique.»

 

Morav ne put que s'arracher les cheveux de rage. Il avait perdu tout son argent, il avait été interdit d'accès au Dauriath par la plus terrible défaite militaire de l'histoire, et ces gens y étaient librement admis, sans rien payer, à cause seulement de leur gentillesse et de quelques fleurs peintes...

 

Il pensa bien à tout recouvrir lui-même, mais sa femme trouva le nouveau décors «adorable»...

 

PRRRRT, fit-il.

 

Les enfants de Morav ne sont jamais devenus elfes, mais ils ont pu échapper à son influence délétère, grâce principalement à l'aide d'une école spirituelle nouvellement créée, où les enfants pauvres avaient des bourses.

 

 

 

Ceci est la fin de cette histoire, mais c'est aussi le début d'une merveilleuse ère de paix et de beauté, pour les deux mondes réunis.

 

 

 

 

 

 

Scénario, dessins, couleurs, réalisation: Richard Trigaux.

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