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Introduction au Bouddhisme:
Une voie vers le Bonheur  3D

Les grands êtres du passé ont développé de nombreuses méthodes pour atteindre un bonheur stable, loin de toute illusion. Le Bouddhisme se distingue toutefois des dogmes religieux, en ce qu'il est une science de l'esprit, et qu'il a été testé avec succès par des générations de pratiquants. Pour cette raison, il a été adopté par de nombreuses sociétés et gouvernements.

Toutefois l'abord du Bouddhisme peut être un peu déconcertant, de par la profusion d'enseignements et de techniques, ou de par quelques idées fausses assez courantes. Cette page a donc pour but de permettre à chacun d'évaluer cette voie avant de décider de s'y engager. Elle a aussi un but de culture générale indispensable, en ce siècle de civilisation globale où la spiritualité est devenue un impératif de survie.

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Sommaire: Introduction - L'Inde du temps de Bouddha - le Bouddha - Le Petit Véhicule: Hinayana ou Theravada - Le Bouddhisme primitif - Le grand Véhicule: Mahayana - Le Véhicule Tantrique: Vajrayana - Le Bouddhisme Tibétain du Vajrayana - Le Lamrim - L'Ethique Bouddhiste - Les monuments bouddhistes - Le bouddhisme en pratique - Vrais et faux débats autour du Bouddhisme

 

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Liens sur le Bouddhisme

En ce 21eme siècle spirituel

 

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Introduction

Cette page est une petite présentation du Bouddhisme, que tout le monde peut consulter, par souci de culture générale, ou bien pour s’en faire une idée avant de décider de s’engager dans cette voie. Les bouddhistes débutants peuvent aussi y trouver une vue d’ensemble qui leur permet de situer des enseignements plus détaillés. Cette page s’adresse aussi à toutes les personnes intéressées par les alternatives sociales: les expériences communautaires des années 1970 nous ont en effet appris que seul un entraînement spirituel permet de maîtriser nos défauts de caractère et d’arriver à une vie collective harmonieuse.

 

Cette page est aussi un rappel ferme de nos libertés fondamentales de penser et d’agir, face à ceux qui «oublient» que la laïcité est une façon de vivre ensemble en toute tolérance et harmonie.

 

Certains disent que le Bouddhisme est une religion, d’autres qu’il est une philosophie, ou un art de vivre. Je dirai qu’il est surtout une méthode pour atteindre un bonheur stable, en apprenant à contrôler nos émotions inappropriées qui engendrent frustrations et mauvaises actions. Ainsi le Bouddhisme est une voie de libération, qui permet à tous les pratiquants de mieux faire face aux aléas de la vie. Ceux qui y consacrernt davantage de temps et d’efforts peuvent obtenir des états de conscience élevés: la fin de toute souffrance (Nirvana), voire l’état de Bouddha, l’épanouissement complet de tout notre potentiel humain.

 

Le bouddhisme n’est pas un corps unique et centralisé, ce qui peut parfois prêter à confusion. Aussi je présente ici les différentes écoles du bouddhisme dans les trois parties suivantes: les trois Véhicules, qui correspondent aux trois grandes étapes historiques de l’évolution du Bouddhisme. J’en profite pour introduire progressivement les principales notions, dans l'ordre approprié à leur étude et leur application. Ainsi un étudiant engagé dans une voie Bouddhiste trouvera plus facilement où se placer, ou encore un canevas où placer les enseignements détaillés des maîtres.

 

Les textes qui suivent sont écrits à partir d'enseignements et d’opinions de personnes compétentes. En cas d’erreur de ma part, c’est l’avis des maîtres bouddhistes qui fera foi. Je donne mon opinion personnelle en italique, comme ici, et la doctrine bouddhiste en caractères normaux, comme ici.

 

L’Inde du temps du Bouddha

L’Inde à l’époque du Bouddha il y a 2500 ans, était un pays où la spiritualité était déjà richement développée et hautement estimée. Le fond religieux principal, le Brahmanisme, affirmait l’existence d’une cosmogonie complexe et d'un riche panthéon sous la direction de trois dieux, représentant chacun un aspect fondamental de la vie. Il préconisait déjà une éthique basée sur le respect des autres et de la vie. Nos actions, bonnes ou mauvaises, créent notre karma, qui engendre à son tour, après notre mort, notre réincarnation dans un corps et une situation agréable ou désagréable, selon nos bonnes ou mauvaises actions. Le Bouddhisme, apparaissant dans ce contexte, a repris ces affirmation telles quelles, sans en rajouter d’autres, mais sans les supprimer.

A l’époque du Bouddha l’Inde était suffisamment riche pour pouvoir soutenir de nombreux pratiquants avancés, les Yogis, vivant dans des endroits reculés, souvent dans une communauté de pratiquants, l’ashram, sous la direction d’un maître spirituel, le Gourou. Le but des Yogis était déjà d’atteindre la libération de la souffrance, par différents exercices mentaux ou physiques, et par le renoncement à la vie ordinaire. Le Brahmanisme est toujours bien vivant aujourd’hui, et il a apporté au monde moderne la non-violence (Ahimsa) et les nombreuses méthodes de Yoga.

Le Bouddha

Le Bouddha (L’éveillé) s'appelait Siddhârta (celui par qui le bien arrive). Il était le prince du royaume des Sakya (d’où son surnom: Sakyamouni), dont la capitale était Kapilavastu. L’histoire dit qu’il a passé son enfance enfermé dans le palais de son père, qui voulait lui garantir une vie totalement heureuse, de plaisirs et d’études, tenu à l’écart de toute vision de souffrance, de maladie ou de mort. Fatalement, un jour la réalité lui apparut. Sous le choc, il décida d’y trouver une solution, et il abandonna le palais pour aller étudier et méditer auprès de maîtres hindouistes. Au bout de sept ans d’ascèses, il a obtenu l’illumination, en un lieu appelé Bodh-gayâ. Puis il revint à la vie publique, expliquant son enseignement: le Dharma, et rassemblant ses disciples. Ces disciples ont été les premiers moines et nonnes, puis les premiers pratiquant laïcs. Les premiers disciples à obtenir l’illumination à leur tour sont traditionnellement appelés les 16 Arhats (Ou 18, selon les traditions). Ils furent les premiers maîtres bouddhistes. Puis le Bouddha, à un âge avancé, fit son Parinirvâna: départ vers un paradis bouddhiste définitivement à l’abri de toute souffrance. Les notions de base du Bouddhisme ont été énoncées par le Bouddha Sakyamouni, et écrites par ses disciples directs. Elles ont constitué une avancée par rapport au cadre brahmaniste existant, sans toutefois chercher à le remettre en cause.

Le Petit Véhicule: Hinayana ou Theravada

 

Le Petit Véhicule (Hinayana ou Théravada) reprend tels quels les enseignements donnés publiquement par le Bouddha Sakyamouni, au 5eme Siècle avant JC. Il est répandu en Inde, Cambodge, Thaïlande, Vietnam, Japon, et il est représenté en Occident principalement parmi les communautés d’immigrants de ces pays. L’enseignement du Petit Véhicule concerne la recherche de notre libération individuelle. Il est contenu dans les Soutras, notamment les Trois Corbeilles (Tripitaka), des copies des sermons du Bouddha rédigées dans les années qui ont suivi sa mort. Face aux puissantes écoles modernes du Grand Véhicule et du Véhicule Tantrique, certains pourraient penser que le Petit Véhicule serait primitif ou simpliste. Mais il ne faut pas s’y tromper: l’essence du Bouddhisme est contenue dans le Petit Véhicule, et il reste la base des autres véhicules. Seules les méthodes des Tantras sont originales, mais elles concourent aux mêmes buts et fonctionnent sur les mêmes bases. Il serait donc totalement illusoire de les aborder sans la connaissance du Petit Véhicule. C’est pourquoi les maîtres commencent toujours par rappeler ces bases, et c’est aussi pourquoi cette partie est la plus longue.

 

Les Quatre Nobles Vérités

Le bouddhisme part d’un constat: le fonctionnement défectueux de nos vies, qui produit souffrances, frustrations et mort. Ce constat est résumé par l’expression Les Quatre Nobles Vérités: 1) le monde est plein de souffrance 2) cette souffrance a une cause, nos émotions perturbatrices 3) cette souffrance a une solution, le Nirvana, un état sans souffrance 4) il y a une voie qui mène à cette solution, que la pratique du bouddhisme, ou Dharma, nous propose de suivre.

Le fonctionnement défectueux de notre existence

Il faut d’abord comprendre comment fonctionne le monde, d’après les vues bouddhistes.

-La réincarnation. La conscience, au lieu de disparaître à la mort, peut renaître, se réincarner à nouveau, dans un corps de nouveau-né, sur Terre, dans des mondes matériels, ou dans des mondes paradisiaques ou infernaux. En conséquence nous avons déjà vécus un grand nombre de vies antérieures, et de nombreuses autres nous attendent.

Le Bouddhisme considère que l’on peut se réincarner dans six types d’univers, selon notre karma: les enfers (brûlants pour les haineux, glacés pour les manipulateurs), les mondes des esprits avides (où l’on subit une intense frustration), les mondes animaux (où l’on souffre sans pouvoir rien comprendre), les mondes humains (où l’on souffre de nos propres actions), les mondes des Titans (dieux jaloux, dont les plaisirs sont gâchés par une intense jalousie), le monde des dieux, enfin, où l’on a une existence magnifique et extrêmement plaisante. Ces derniers mondes semblent le meilleur choix, mais ils sont si agréables, si distrayants, que l’on en oublie toute motivation pour évoluer et faire le bien. Et quand notre bon karma s’épuise, la chute vers les mondes inférieurs est alors effroyablement douloureuse. Le meilleur choix est finalement le monde humain, dont les inconvénients sont largement contrebalancés par la possibilité d’étudier et d’évoluer, pour, en finale, échapper à tout lien karmique vers l’un ou l’autre de ces six mondes.

-Le Karma. Les conditions que nous expérimentons dans notre vie aujourd’hui sont la conséquence de nos actions passées, dans cette vie ou dans nos vies antérieures. Plus précisément nous expérimentons à notre tour ce que nous avons fait vivre aux autres. D’où la nécessité de pratiquer l’éthique et la compassion, afin d’éviter de donner de la souffrance aux autres, et, par conséquence de se garantir nos propres réincarnations dans des conditions agréables. Nous pouvons engager notre karma par des actes concrets, mais aussi par nos paroles, et même par nos pensées, que ce soit dans des rêveries intérieures ou dans notre comportement dans un jeu sur ordinateur ou dans un monde virtuel.

Un autre aspect moins connu mais plus important du karma est ce que nous appelons l’habitude: du fait que nous accomplissons une action, cela rend cette action plus facile par la suite, nous l’accomplissons plus volontiers. Par ce biais le karma peut conditionner notre esprit de manière immédiate et très forte, sans même que nous nous en rendions compte. Mais cela nous offre aussi la possibilité de transformer notre esprit de manière positive, en nous entraînant à accomplir de bonnes actions. Et cet entraînement est efficace même si nous n’agissons que par la pensée! (A condition bien sûr de ne pas négliger de pratiquer le bien envers des personnes réelles, à chaque fois que nous en avons la possibilité).

-La souffrance est provoquée par les émotions perturbatrices, aussi appelées les trois poisons (ou les cinq poisons, dans des analyses plus détaillées). L’attachement et la haine nous manipulent et faussent notre vision du monde. Elles nous font souffrir directement, en étant désagréables. Elles nous font aussi souffrir en nous faisant voir les choses d'une manière pessimiste, déformée, horrible ou terrifiante. Surtout, elles provoquent de la souffrance en nous faisant commettre des mauvaises actions, qui nous blessent ou en blessent d'autres. Même l’attachement au bien ou la haine du mal sont des pièges, qui peuvent nous mener par exemple à l’intégrisme ou à la pudibonderie. Il faut donc faire le bien et combattre le mal sans se prendre la tête, simplement parce que c’est nécessaire. La troisième grande émotion perturbatrice, l’ignorance, est l’incompréhension de la Vacuité (voir plus loin), qui nous fait commettre des mauvaises actions parce que nous ne comprenons pas les véritables enjeux de nos actes.

-L’état d'esprit résultant de ces causes est le Samsara. C’est la condition défectueuse qu’expérimentent les gens qui subissent leur karma et sont liés à ses conséquences néfastes, à cause de leurs préjugés, leurs conditionnements, leurs émotions perturbatrices. Dans le Samsara, on subit sans contrôle une suite infinie de joies éphémères et de frustrations fondamentales, de réincarnation tantôt agréables tantôt déplaisantes, au hasard de nos actions, selon qu’elles s’avèrent bonnes ou mauvaises. Certaines personnes voient le Samsara comme un lieu agréable, où l’on jouit de toutes sortes de plaisirs. Mais cette vue est une profonde illusion, car le Samsara nous fait payer très cher ces miettes de bonheur. Les plaisirs du Samsara sont comme l’appât d’un piège, ou comme le dernier vœu qu’offre le bourreau au condamné: quel plaisir y trouver, quand on sait qu’une souffrance extrême va suivre immédiatement? Le Samsara est une situation très anormale et très peu enviable, et seule l’habitude nous le fait paraître comme «la norme».

-La façon dont notre conscience est liée au Samsara et à la souffrance est traditionnellement décrite par les douze liens interdépendants.

-L’impermanence est la condition de tout ce qui est dans le Samsara: condamné à disparaître, à mourir. Méditer sur l’impermanence aide à atteindre le détachement nécessaire à l’obtention de l’état d’Ahrat (voir plus loin).

La cessation de la souffrance

-Le Nirvana, aussi appelé extinction (de la souffrance) est un état de félicité inconditionnelle, qu’aucune cause ne peut plus jamais briser ni ternir, car nous sommes libérés des effets de notre karma, qu’ils soient positifs ou négatifs. Il est important de comprendre que Samsara et Nirvana ne sont pas des endroits différents dans l'univers, ni une quelconque opposition matériel/spirituel. Ce sont deux fonctionnements différents de notre esprit, qui créeront des expériences de vie différentes, où que l'on soit. Seulement au moment de la mort, ils nous projetteront vers des renaissances en des lieux différents. Toute la préoccupation du Petit Véhicule est donc de transformer notre esprit pour se Libérer du Samsara et de ses souffrances, pour obtenir l’état de Nirvana. C’est pour cela que l’on dit que le Bouddhisme est une voie de libération, et que son résultat est une obtention de différents états:

-Un Ahrat est un être qui a compris la Vacuité (voir plus loin), et qui, par conséquent, a obtenu le Nirvana. (La définition précise varie selon les Véhicules). On dit aussi atteindre la libération. L’Ahrat ne peut plus retomber dans aucune forme d’illusionnement du Samsara. Un Ahrat obtient aussi les pouvoirs communs (parapsychologiques) et les pouvoirs suprêmes (compréhension du fonctionnement du monde, du karma, etc.). On trouve aussi les termes de shravaka ou pratyekabouddhas, qui sont des degrés divers dans la compréhension, mais les significations de ces mots varie d’une école à l’autre.

-Un Boddhisattva est un être qui a renoncé à toute recherche égotique du bonheur et qui se consacre sans réserves au bonheur de tous les autres êtres sensibles. Cette notion est plus importante dans le Grand Véhicule.

-Un Bouddha est à la fois un Boddhisattva et un Ahrat. On dit aussi qu’il a atteint l’éveil, ou encore qu’il a atteint l’illumination. C’est le plus haut degré d’évolution que reconnaît le Bouddhisme.

-Un Aria est quelqu'un qui a obtenu une compréhension non-conceptuelle (non-intellectuelle) de la doctrine.

Comme il est difficile de devenir un Bouddha, la mort peut nous surprendre avant. Dans ce cas on peut être admis dans un des 33 paradis bouddhistes, ou terres pures, qui nous mettent définitivement à l’abri de toute souffrance. Certains ressemblent à la Terre et sont faciles à atteindre, d’autres sont plus ésotériques (sans formes corporelles), selon notre évolution. Les rituels bouddhistes qui suivent la mort ont pour fonction de guider le défunt dans un de ces paradis, ou au moins qu’il aie une réincarnation favorable à son évolution.

 

Certains n'accepteront pas des idés telles que la survie après la mort, ou l'obtention de pouvoirs parapsychologiques. Toutefois, sans aller aussi loin, on peut déjà être très heureux de rencontrer des pratiquants Bouddhistes ordinaires que l’application de l’éthique et l’entraînement aux six Paramitas ont rendus nettement plus agréables à fréquenter! Même si cela était le seul résultat du Bouddhisme, cela en ferait déjà une voie très utile et très précieuse!

 

Aperçu de la conscience bouddhiste

Un bouddhiste cherche essentiellement à développer deux aspects de sa conscience, qui seront à la base de son expérience de vie:

La compassion, ou amour est le fait de se sentir concerné par la souffrance ou le bonheur d’autrui, comme si il s’agissait du nôtre. Car tous les êtres sensibles ont le même droit au bonheur. C’est la même chose que l’amour Christique. Ce peut être une compréhension intellectuelle ou une émotion ressentie. Il peut être mis en pratique selon différent degrés, selon nos possibilités et les situations: faire quelques dons, avoir des engagements politiques ou sociaux, jusqu’à y consacrer toutes nos possibilités. Mais dans tous les cas la compassion nécessite d’examiner nos comportements et nos valeurs, et de les modifier en conséquence, afin de ne plus créer de souffrance. La pratique de la compassion peut aussi se faire par l’éthique, par des vœux, des engagements, etc. Dans les traditions du Bouddhisme, cet amour peut prendre des formes pragmatiques, par exemple en admettant la légitime défense. Mais certains pratiquants l'appliquent aussi abruptement, en faisant abstraction de leur propre intérêt, voire de leur propre vie. Ce qui est perdu au niveau d’une vie est alors regagné au centuple pour leur évolution. L’équanimité est le fait, important, d’accorder notre amour à tous les êtres sans distinction, et ne plus les considérer comme proches ou distants, amis ou ennemis, etc. (en particulier sur des critères inappropriés, comme la religion, la race, le sexe, la nationalité, les cheveux, etc.). L’intégration complète de la compassion inconditionnelle dans le fonctionnement de notre esprit fait de nous un Boddhisattva.

La Vacuité est la juste façon de voir comment fonctionne la réalité. Il est impossible de donner une explication claire de la Vacuité à des personnes qui n’ont pas au moins compris la non-dualité des contraires: en effet on définit la Vacuité comme «la non dualité entre le fait que les choses apparaissent à nos sens, et le fait qu’elles n’ont pas d’existence propre» (Sa sainteté Sakya Trinzin). Pour la doctrine bouddhiste, rien n’existe de manière absolue, toute chose a son existence conditionnée par des causes et d’autres éléments, ce qui est appelé l’interdépendance. On ne peut dire que les choses existent de manière absolue (éternalisme), mais il ne s’agit pas non plus de dire que les choses n’existent pas (nihilisme), ni qu’elles n’existeraient que dans notre conscience (solipsisme), ni aucune autre vue partielle ou frustrante. Cette absence d’existence absolue, même pour la matière, est au fond une fantastique bonne nouvelle, puisque rien n'est jamais définitivement perdu, et nos rêves les plus fous deviennent possibles. Des possibilités infinies nous sont offertes, comme de continuer à être conscient après la mort du corps physique, dans des mondes de pur bonheur. La méditation sur la Vacuité consiste à considérer la réalité comme un rêve, que nous partageons pourtant avec nos semblables. A ce propos, le Bouddhisme reconnaît la réalité relative, celle que nous connaissons, avec ses lois et ses enjeux, et la réalité absolue, comme quoi la précédente n’a ultimement aucune existence, aucun enjeu réel, comme un jeu vidéo. Cette façon de voir nous permet d’assumer nos responsabilités dans le monde, mais sans nous y faire piéger, en nous aménageant une porte de sortie, une voie vers la libération. Toutefois ces méditations ne peuvent se faire que sous la direction d’un maître, car les incompréhensions peuvent avoir de graves conséquences. Intégrer la compréhension juste de la Vacuité dans le fonctionnement notre esprit fait de nous un Arhat.

Egalement, un développement même très partiel de ces deux qualités nous permet de bien mieux saisir les enjeux vraiment importants de la vie, sans toutefois en faire un sujet de tension ou de trouble en nous (Nous évitons ainsi les deux extrêmes de l’indolence ou de l’intégrisme).

Les Bouddhistes encouragent aussi les autres qualités humaines telles que les arts, la science, l’éducation. Les pratiquants bouddhistes qui ont fait un effort réel de transformation de leur esprit sont des gens agréables, faciles à vivre, tolérants, avec un sens de l’humour développé. Ces qualités leur permettent de faire efficacement face même à des situations difficiles ou pénibles.

Une caractéristique moins connue mais très importante de la pensée Bouddhiste est aussi la notion de Juste Milieu: souvent les choses ne sont pas tranchées en tout ou rien, il faut alors utiliser une logique graduée, des approches progressives, non seulement dans la méditation proprement dite, mais aussi dans la façon d'aborder la vie, voire les conflits. Ceci permet au Bouddhisme, bien plus que la non-violence, de s'insérer harmonieusement dans les diverses sociétés, et d'être fortement immunisé contre les déviations sectaires, radicales ou intégristes.

Comment y arriver: l’octuple sentier.

Toutefois il ne suffit pas de le dire pour le faire: pour transformer notre esprit, il ne suffit pas de changer d’opinion ou de «devenir bouddhiste». Un changement effectif ne peut résulter que d’un patient processus d’apprentissage et de méditation, car notre karma ne peut se modifier instantanément. Selon les écoles ou les lignées, de nombreuses méthodes et pratiques sont alors proposées pour s’habituer graduellement à fonctionner de manière différente, et faire de notre esprit un instrument divin de bonheur, au lieu d’un nid de frustrations. Les explications de ces pratiques sont l’enseignement, ou Dharma, qui est dispensé par un Maître qualifié, soit qu’il ait lui même atteint l’illumination, soit qu’il en ait étudié le processus en détails.

-La Prise de Refuge est une cérémonie formelle d’entrée dans le Bouddhisme, l’équivalent du baptême chrétien. Mais la signification en est que l’on prend refuge (contre la souffrance) en le (les) Bouddha, le Dharma (l’enseignement) et la Sangha (la communauté des pratiquants). C’est notre première action et notre premier engagement dans la voie. A cette occasion, on prend les vœux de Pratimoksha (ou de pratiquant laïque): ne pas tuer, ne pas mentir, ne pas voler, ne pas avoir d’inconduites sexuelles, ne pas se droguer.

Quelques remarques sur la prise de refuge: le refuge pris dans une école bouddhiste donnée est valable dans toutes les autres. Le fait de prendre refuge ne nous oblige pas à abandonner une autre religion. Mais il est tout de même recommandé de ne pas mélanger des enseignements religieux d’origines différentes. Notons aussi que de nombreuses pratiques du Petit Véhicule peuvent se faire sans avoir pris formellement refuge. Il sera toujours bienvenu de les pratiquer même si on ne désire pas s’engager formellement dans le Bouddhisme. Mais la prise de refuge devient obligatoire pour s'engager dans les Tantras.

-On devient un disciple quand on accepte de recevoir l’enseignement, pour le pratiquer et atteindre l’illumination. Les disciples qui ont accompli tout l’enseignement peuvent devenir maîtres à leur tour; cette activité de transmission continuelle de maître à disciple est appelée tourner la roue du Dharma. Une lignée de maîtres authentiques est la seule garante de la préservation d’un enseignement authentique.

-L’octuple sentier résume l’attitude du pratiquant, qui, même quand il ne médite pas, cherche continuellement à habituer son esprit à fonctionner différemment. Pour cela une attention de chaque instant est nécessaire dans tous les aspects de la vie, un style d’attention et d’action résumé en huit points: La compréhension juste est que, par notre karma, nous sommes seuls responsables de nos souffrances et de leur élimination. La pensée juste veille aussi à l'éthique, et à soulager les souffrances des autres (c’est la voie des Bodhisattvas). La parole juste veille à aider les autres à comprendre, en toute bienveillance et sans mensonge. L'action juste est conforme à la compassion et à l’éthique pure, qui permet de convaincre les autres (Ce qui s’appelle témoigner dans le Christianisme). Les moyens d'existence justes, au niveau professionnel ou social, restent honnêtes. L'effort juste veille constamment à se changer soi même, sans compétition ni repli sur soi. L'attention juste maintient le calme mental et la vision de la voie sans les laisser nous échapper à un seul instant. La concentration juste est la stabilité dans la méditation, sans laxisme ni excitation, pour arriver à l'équanimité: ne plus être perturbé par les émotions, ni négatives ni positives.

Il est important de comprendre que l’on n’est pas bouddhiste au temple, et n’importe quoi ailleurs: l’entraînement de l’esprit se fait sur le base de la vie quotidienne dans tous ses aspects, personnels, familiaux, sociaux, professionnels, artistiques, etc. C'est la raison pour laquelle l'injonction faite par certains de ne pratiquer que «en privé» équivaut en fait à une interdiction pure et simple.

-Les six Paramitas (perfections) sont à la fois six méthodes et six qualités à développer pour être un bon pratiquant: la générosité, l'éthique, la patience, l’effort enthousiaste à la pratique, la concentration de la pensée et la Sagesse, ou compréhension de la façon dont les choses existent (Vacuité). Les différentes écoles ou traditions privilégient différentes Paramitas, mais toutes sont indispensables.

-La méditation est un état où l’esprit, au lieu de divaguer à n’importe quel pensée ou rêverie, est concentré sur une seule pensée. C'est une non-dualité entre être à la fois ferme (se ramener constamment à l’objet de méditation) et relaxé (ne pas forcer, ne pas culpabiliser ni se fâcher en cas d’échec). Il existe de nombreuses sortes de méditation, selon l’objet sur lequel on se concentre, ou selon le but recherché.

-Le Yoga, ou plutôt les méthodes de Yoga, sont des méthodes qui aident l’esprit à évoluer et à se libérer du Samsara. Ces méthodes sont basées sur des exercices corporels (le Hatha Yoga, les postures), sur les énergies, sur le comportement (éthique), la dévotion, les rituels, etc. Il existe des Yogas plus puissants, propres au Véhicule tantrique. Mais tous les véhicules demandent de pratiquer le Karma Yoga, qui consiste à aider dans des activités bénéfiques, humbles ou importantes.

-La Boddhichita ou esprit d’éveil (prononcer boditchita) est notre motivation à la pratique. On dit que c’est la Boddhichita qui nous donne l’énergie d’avancer, d’accomplir les pratiques, et d’obtenir des résultats. Il y a deux types de Boddhichita: La Boddhichita relative nous donne envie d’aider les êtres (ou au minimum d’obtenir notre propre libération), et la Boddhichita absolue nous donne envie de comprendre la nature des choses, ou Vacuité. Ces motivations sont à la base du Bouddhisme, qui n’en reconnaît pas d’autres. Les deux Boddhichitas nous permettent d’accomplir les deux accumulations de mérite:

-Le mérite. Ce mot, mal compris, fait peur, comme d’une discrimination qui s’exercerait contre nous à un niveau ésotérique. Le mérite est en réalité la masse de bonnes actions que nous devons accumuler en vue d’annuler notre mauvais karma et d’obtenir les états supérieurs d’Ahrat ou de Bouddha. Nous seuls le contrôlons, il est sous notre propre responsabilité. Cela peut se comparer à un entraînement qui nous permet de réussir une épreuve sportive, ou à du carburant dont nous remplissons nos réservoirs en vue d’accomplir le voyage et d’arriver à une destination précise. Les pratiquants recherchent toutes les occasions de créer du mérite, par des actions concrètes (dons, aide aux malades…) ou abstraites (réciter des mantras, tourner autour d’un stoupa...). Ces actions peuvent sembler futiles à un esprit rationaliste, comme de sauver une fourmi qui se noie dans un verre d’eau, mais pour le Bouddhisme elles ont toutes une valeur et elles contribuent toutes à l’accumulation. En effet, l'état d'esprit de sauver des fourmis peut se montrer plus efficace, pour l'accumulation de mérite, que l'action d'envoyer de l'argent à une organisation humanitaire. Le Bouddhisme reconnaît les deux accumulations de mérite: celle liées à l’éthique ou à la compassion, qui permet d’avancer vers l’état de Boddhisattva, et celles liées à la compréhension de la Vacuité, qui permettent d’avancer vers l’état d’Ahrat. Mais elles sont en fait inséparables.

Moines et nonnes

-Un moine ou une nonne est une personne qui a décidé de rompre avec la vie ordinaire (Célibat, pas de plaisirs mondains, plus de possessions personnelles…) et à se consacrer entièrement à la pratique. Pour cela elle prend les vœux monastiques, qui garantissent une vie aussi dégagée que possible des obstacles mondains. La Sangha, ou communauté monastique, comprend différents niveaux de vœux monastiques, suivant les écoles ou les traditions. Certaines traditions, notamment le Petit Véhicule ou le Zen, privilégient les vœux monastiques, d’autres non. Il n’y a aucune obligation à devenir moine ou nonne, c’est une affaire de disposition personnelle. Il y a de grands avantages à s’engager dans la voie monastique. Mais il faut bien réfléchir avant, car les exigences peuvent en rebuter beaucoup: chasteté, éloignement de la vie sociale, renoncement à la liberté individuelle, obéissance à la hiérarchie. On a certes la possibilité de rendre nos vœux, mais cela pose d’autres problèmes. Dans des pays comme le Tibet, il était facile d’être moine, et c’était souvent la seule façon de recevoir une éducation. Mais le monde moderne et ses sollicitations rendent la chose bien plus difficile, d’autant plus que les monastères y sont encore très rares. De toutes façons il vaut infiniment mieux un bon moine, qui le reste toute sa vie, que des dizaines de moines qui défroquent au bout d’un an ou deux. Si vous êtes tentés, passez d’abord un an ou plus dans un monastère, en vivant comme les moines et respectant les voeux. Ainsi vous verrez si cela est vraiment votre affaire.

Le Bouddhisme primitif

 

A la mort du Bouddha, ses reliques ont été dispersées dans les cinq grands pays bouddhistes de l’époque (Elles sont aujourd’hui partiellement rassemblées dans le cadre du Projet Maitreya). Les disciples s’organisèrent autour d’un patriarche, en communautés monastiques, se retransmettant l’enseignement de disciples en disciples. De nombreux sermons du Bouddha furent consignés par écrit: les Soutras. Le Bouddhisme connut dans les siècles avant Jésus Christ une période de grande expansion jusqu’en Extrême Orient, de par l’efficacité fort visible de la doctrine, mais aussi par l’aide de l’empereur Ashoka qui réunifia l’Inde et tenta de faire du Bouddhisme la religion officielle. Le Bouddhisme primitif a eu aussi des contacts avec la Grèce, par les armées d’Alexandre le Grand. (J'ai aussi vu mentionner des ambassades d’Ashoka en Grèce, ou un centre Bouddhiste qui aurait fonctionné à Alexandrie, en Egypte, et que le Christ pourrait avoir visité.) L’image traditionnelle du Bouddha, avec son profil grec caractéristique, est née de cette antique rencontre entre la culture indienne et la culture grecque, quelquefois appelée la culture du Gandhara. Les premiers monuments bouddhistes, les Stoupas, sont des évolutions de monuments hindous plus anciens (on peut remonter jusqu’aux tumulus préhistoriques) qui ont pris leur forme moderne dès les premiers siècles après le Christ.

Le grand Véhicule: Mahayana

A l’époque du Christ, le Bouddhisme du Petit Véhicule est devenu la religion principale de nombreux pays, même si il n’a pas pu supplanter le Brahmanisme en Inde, sa patrie d’origine. Mais c’est quand même en Inde que se sont épanouies les grandes université monastiques telles que Nalanda, qui resteront jusqu’à leur destruction en 1199 la prestigieuse référence de tout le monde bouddhiste, comparable en taille et en niveau d’étude avec nos modernes universités scientifiques. Ces universités furent le lieu de la formation de nombreux grands maîtres et yogis, mais aussi de puissants laboratoires d’étude et de réflexion philosophique.

C’est dans cette ambiance de réflexion spirituelle et métaphysique que sont apparus le Grand Véhicule (Ou Mahayana) et le Véhicule Tantrique (Ou Vajrayana). Cette apparition a été progressive, avec l’évolution de la doctrine bouddhiste en de nombreuses écoles de pensée, et la mise à disposition de différents Tantras échelonnée jusqu’au 11eme siècle. Toutefois le tournant décisif vers le Grand véhicule a été au 2eme siècle la rédaction du Madhyamika par le grand maître bouddhiste Nagarjuna. Le Madhyamika (littéralement «voie du Milieu») compte parmi les plus importants et plus complexes traités de philosophie de tous les temps. Il s’occupe principalement de la Vacuité, de manière bien plus profonde que les Sutras laissés par les disciples du Bouddha. Mais la différence la plus importante avec le Petit Véhicule est que le Grand Véhicule ne recherche plus la libération pour soi seul. Le Grand Véhicule pratique exclusivement la voie des Boddhistatvas: rechercher notre libération et illumination, mais dans le seul but d’aider les autres. Les pratiques personnelles du Petit Véhicule sont toujours là, mais elles ne sont plus qu’une étape nécessaire, un instrument dans une perspective beaucoup plus large: comment devenir capable d’aimer les autres.

La plus importante pratique propre au Grand Véhicule est la prise des vœux de Boddhisattva, qui nous engage sur la voie altruiste. Ces vœux protègent notre motivation et notre attitude altruiste face aux autres.

L’apparition du Grand Véhicule a parfois été mal perçue, et l’affaire aurait pu tourner au schisme sans la sagesse des maîtres des deux véhicules qui ont préféré faire de cette différence une source de richesse spirituelle et de liberté de pratique. Le Grand Véhicule, avant d'être éradiqué d’Inde lors des invasions du 12eme siècle, s’est développé dans les Himalayas, en Chine, au Vietnam et au Japon. De nos jours on le trouve au Tibet, Népal, Bhoutan, Chine, Mongolie, Vietnam, Japon.

Le Zen

Le nom du Zen vient du sanscrit «Dhyâna» (la concentration, une des six Paramitas) par le chinois Chan. Le Bouddhisme Chan a été introduit en Chine au 5eme siècle, par Bodhidharma, un grand maître de l’université de Nalanda, qui a commencé à enseigner au monastère de Shaolin (Celui qui allait devenir plus tard le berceau des arts martiaux). En fait d’autres lignées bouddhistes chinoises existaient déjà, et le Bouddhisme Chan a incorporé des éléments du Taoïsme. Il a survécu aux vicissitudes de la politique chinoise grâce à son pragmatisme (les moines Chan refusant de vivre de la mendicité, pour travailler eux-mêmes). Il aurait pu devenir le Bouddhisme du Tibet au 8eme siècle, mais le roi tibétain Tsong Tsen Gampo lui a préféré le Bouddhisme Tantrique de Gourou Rinpoché, dans un débat resté célèbre. Plus tard, en Chine, le Chan s’est retrouvé en concurrence avec le Bouddhisme Tibétain, mais cela ne l’a pas fait régresser.

C’est aux 12eme et 13eme siècle que le Chan chinois essaime au Japon, où il prend le nom de Zen, plus le vocabulaire et la culture japonaise que nous lui connaissons actuellement. Le Zen japonais est très épuré par rapport au Chan, notamment des éléments taoïstes. Le Zen n’a pas non plus incorporé les aspects tantriques ou magiques du Vajrayana. Le maître Taizen Deshimaru a commencé à enseigner en Occident dans la seconde moitié du 20eme siècle, et les écoles Zen s’épanouissent aujourd’hui, malgré la difficulté de cette voie abrupte et l’exigence de discipline des monastères.

Le Zen japonais d’aujourd’hui met l’accent sur la concentration pure, dénuée de tout artifice. Son originalité est de penser que l’illumination se produit brusquement, suite à un événement pouvant être très anodin. Le Zen met également l’accent sur la discipline et le dépouillement, tandis que ses maîtres savent se montrer très directs, parfois même cassants. Finalement «être Zen» est très différent du cliché populaire, et il est remarquable qu’une école aussi exigeante et aussi peu gratifiante connaisse une grande expansion en Occident. Témoin de nos grands besoins spirituels…

Le Véhicule Tantrique: Vajrayana

D’après ses adeptes, le Tantrisme existait probablement depuis des millénaires avant le Bouddhisme. Ce n’est pas en soi une religion, mais un ensemble de méthodes, indépendances des religions, dans lesquelles il se fond. Ainsi il existe un tantrisme bouddhiste, un hindouiste, un chinois (Taoïsme) et même un musulman (Soufisme). Une hypothèse personnelle, non prouvée mais tentante, est que le Tantrisme serait en fait le descendant des Ecoles de Mystère grecques antiques, comme les Mystères d'Eleusis, les cultes de Cybèle ou d’Orphée, arrivés en Asie au 5eme siècle avant Jésus Christ grâce aux armées d’Alexandre le Grand. Ces écoles auraient évolué au contact des pratiques de Yoga Hindouiste et Bouddhiste, dans la région de l’actuel Cachemire et Afghanistan, où de nombreux Tantras placent leurs origines (l’Orgyen des Tibétains). Il est historiquement bien connu que des Grecs ont vécu en Afghanistan et Cachemire au moins jusqu’à l’islamisation au 12eme siècle.

Le Véhicule Tantrique (Vajrayana) du Bouddhisme est apparu progressivement entre le 1er et le 12eme siècle, notamment à l’Université de Nalanda, dont les ruines révèlent d’innombrables statues à l’origine des Tantras modernes. L’apparition de nouveaux Tantras a cessé au 13eme siècle, lors de la destruction de Nalanda et des autres universités Bouddhistes d’Inde. Toutefois l’essentiel des Tantras a été préservé au Tibet, grâce à l’introduction du Bouddhisme Tantrique dans ce pays entre le 8eme et le 13eme siècle, sous la forme du Bouddhisme Tibétain (aussi appelé improprement Lamaïsme)

Une des images fausses sur les Tantras est de les assimiler à des pratiques sexuelles. En réalité de telles pratiques, réservées à certains adeptes avancés, ne sont nullement la base des Tantras, et leurs exigences rebuteraient le simple amateur de sexe.

Le Bouddhisme Tantrique fait partie du Grand Véhicule, à savoir qu’il poursuit la voie des Boddhisattvas: obtenir la réalisation de l’état de Bouddha afin d’être utile au maximum d’êtres. Toutefois les Petits et Grands véhicules sont des véhicules causaux: on cherche à créer les causes de l’éveil, en en créant progressivement le karma par la pratique de l’éthique, de la méditation, etc. (Les deux accumulations de mérite). Alors que le véhicule Tantrique est un véhicule résultant: on part directement du résultat, en se visualisant comme un Bouddha, ou comme une déité. Cela peut sembler à l’opposé des entraînements du Petit Véhicule. Il s’agit pourtant toujours de l’utilisation de la loi du karma, mais en quelque sorte à rebours, et le résultat est alors bien plus rapide qu’avec les véhicules causaux. Mais les erreurs peuvent être plus dangereuses aussi, d’où l’obligation de pratiquer sous la direction d’un maître qualifié.

Pour cette raison les pratiques proprement tantriques sont très différentes des ascèses et entraînements des deux autres véhicules, avec l’usage d’images, de mantras, de rituels, de musique, de fêtes, des histoires de magie, etc. qui sont absentes du Petit Véhicule ou du Grand Véhicule. La base des Tantras est de se visualiser comme étant une déité: le Yidam. Toutefois il serait totalement vain, et même dangereux, de se lancer dans une telle pratique sans un minimum de préparation: Il est nécessaire d’avoir compris l’enseignement du Petit Véhicule qui est toujours le fondement des pratiques, même les plus ésotériques.

Le tout premier pas dans les Tantras est de se choisir un maître (ou Lama ou Gourou), qui nous demandera de faire différentes pratiques préparatoires du Petit Véhicule. Viendront ensuite les quatre Préliminaires, puis l’initiation dans le Tantra du Yidam, et enfin la pratique tantrique proprement dite, le tout pouvant durer des années. Le choix d’un maître est une étape importante, car c’est de lui que nous recevrons les instructions, et qui aura la responsabilité de contrôler notre pratique, notre évolution, afin d’adapter ses conseils. Nous devons choisir un maître en qui nous avons totalement confiance. Parfois il en apparaît un avec lequel nous nous sentons en très forte résonance: c’est notre Lama Racine.

Un point important des Tantras est qu’il ne peut y avoir de maître autoproclamé: un maître doit avoir été instruit par un autre, on dit qu’il doit y avoir une ligné ininterrompue de maîtres depuis un grand maître réalisé (le Bouddha, ou quelques autres très grands saints ayant eu de fortes réalisations).

Chaque Tantra est un ensemble de textes, de rituels, d’instructions, de pratiques ou de yogas, avec souvent des données historiques, des compléments métaphysiques ou médicaux, etc. Il existe deux catégories de Tantras. (Quatre dans des analyses plus détaillées). Les petits Tantras, les plus anciens sont souvent les plus accessibles, comme Avalokiteshvara (Chenrezig en tibétain, dont le mantra est le célèbre Om Mani Padme Houng) Amitabha (Amida en Japonais, Adida au Vietnam) Tara, Vajrasattva (Dordjé Tchang en Tibétain). Les grands Tantras sont les plus récents, évoquant des fonds philosophiques de plus en plus complexes: Vajra Yogini, Hérouka… Enfin Kalachakra a été le dernier rendu public au 13eme siècle, alors que des intégristes venaient de détruire les grandes universités bouddhistes comme Nalanda.

Les grands Tantras demandent généralement de prendre les Vœux Tantriques, qui protègent notre pratique yoguique et notre compréhension de la Vacuité. Mais il s’agit de «vœux surprises», secrets, dont on ne prend connaissance que quand on les a pris. Ainsi, il faut une bonne motivation et une confiance absolue dans l’enseignement, ou sinon s’abstenir…

Aujourd’hui le Bouddhisme Tantrique tibétain se répand rapidement en Occident, de par la demande de nombreux adeptes.

Le Bouddhisme Tibétain du Vajrayana

Le Bouddhisme Tibétain est apparu entre le 8eme et le 13eme siècle, au fil des différentes introductions, qui sont aussi à l’origine des différentes écoles et lignées de maîtres. Après la destruction des grandes universités bouddhistes en Inde au 13eme siècle, le Tibet est devenu le seul dépositaire complet des connaissances spirituelles amassées en Inde. Puis le Bouddhisme Tibétain s’est répandu dans les Himalayas, en Mongolie et en Chine. Il a commencé à atteindre l’Europe au début du 20eme siècle (Kalmoukie, St Petersbourg), mais les dictatures communistes lui ont alors infligé de sévères destructions (Mongolie, puis Chine et Tibet) dont il se relève à peine aujourd’hui. Il est encore gravement menacé par les absurdes restrictions à la liberté religieuse en Chine et au Tibet, ou par le prosélytisme de diverses sectes américaines en Asie. Toutefois il est en train de retrouver une grande force, grâce à l'asile aimablement fourni par l'Inde, et aussi grâce à son expansion rapide en Occident.

L’histoire du Bouddhisme au Tibet est marquée par une série d’introductions:

Le Bön

(Prononcer Beune) C’était la religion du Tibet jusqu’au 8eme siècle. Il est généralement défini comme un culte chamanique de déités locales, mais certains Böns modernes parlent d’une première introduction du Bouddhisme, beaucoup plus ancienne, et venant non pas d’Inde, mais de l’actuel Cachemire. Le Bouddhisme n’a jamais cherché à éliminer le Bön, mais les deux religions se sont influencées mutuellement au point qu’il est maintenant difficile de reconnaître qui appartient à qui. Le Bön a enrichi le Bouddhisme de coutumes, de rituels de déités locales (protecteurs du Dharma, ou Tcheukyongs) et d'un style artistique unique, qui donnent sa couleur si particulière au Bouddhisme du Tibet. De son côté le Bön a intégré les pratiques bouddhistes, notamment le Dzokchen, approche de la Vacuité propre à l’école Nyingmapa.

La première introduction: les Nyingmapas.

Au 8eme siècle le roi du Tibet Tsong Tsen Gampo a invité un des plus grands érudits bouddhistes de Nalanda, Padmasambhava (Gourou Rinpoché en Tibétain), qui implanta les premiers monastères (Samyé) et créa les premières lignées de maîtres tibétains. L’histoire de Gourou Rinpoché est toute de fureur et de magie. Il a notamment caché de nombreux enseignements, les Termas, que des disciples prédestinés ont retrouvé ensuite (on en trouve encore aujourd’hui). Le terma le plus connu n’est autre que le Bardo Thödöl, le Livre des Morts Tibétains, qui décrit le monde de l’après vie d’une manière étrangement corroborée par les modernes NDE. Après Gourou Rinpoché le Bouddhisme de la première introduction a été combattu par le roi tibétain Langdarma, mais il a survécu sous la forme de l’école Nyingmapa (Les anciens) basée sur la pratique du Dzokchen (ou Mahamudra, une des approches de la Vacuité.) Gourou Rinpoché a également introduit le Bouddhisme dans l’actuel Bhoutan.

Les Sakyapas

Les Sakyapas sont apparus au 11eme siècle lors d’une introduction inspirée par un maître hindou nommé Biroupa (ou Viroupa ou Virupa). Ils enseignent un Mahamoudra sans influences Nyingmapa. Leur maître actuel est Sa Sainteté Sakya Trinzin.

 

Les Kagyupas

Les Kagyupas (transmission orale, aussi appelés Bonnets Rouges) sont issus de la seconde introduction, au 11eme siècle, par plusieurs traducteurs (Lotsawa) tibétains tels que Marpa, un disciple des maîtres Indiens Gampopa et Tilopa. Le disciple le plus connu de Marpa, Milarépa, est à l’origine de la lignée du Karmapa, le grand maître de l’école Kagyupa. Milarépa est resté un exemple très populaire de yogi mystique et ascétique, joyeux et proche du petit peuple, mais qui a pourtant enduré de grandes souffrances pour purger un karma de crimes. D’autres maîtres indiens comme Biroupa sont aussi à l’origine de certaines branches comme les Champa Kagyus. Les Kagyupas mettent l’accent sur la relation de maître à disciple et l’enseignement oral. Ils donnent une grande importance aux pratiques tantriques et magiques de toute nature.

Le Karmapa est le chef spirituel des Kagyupas. Comme de nombreux grands maîtres tibétains, c’est aussi un Tulkou, qui se réincarne toujours pour gouverner son ordre. Pour les Tibétains il s’agit donc bien toujours de la même personne, qui en est aujourd’hui à sa 17eme vie de compassion au service de tous les êtres.

 

Il a fallu encore deux siècles, jusqu’au 13eme siècle, pour que le Bouddhisme tibétain se répande partout au Tibet, construisant ses monastères jusque dans les moindres villages, et prenne la forme que nous lui connaissons aujourd’hui.

Il est remarquable, et probablement unique dans l’histoire des civilisations, qu’un peuple aille jusqu’à consacrer volontairement jusqu’à 20% de ses ressources à des fins de recherche fondamentale. Cela a payé, et tous les visiteurs du Tibet en parlent comme d’une terre magique et hautement inspirante, sans parler des trésors de sagesse et de connaissances accumulés pendant sept siècles, et maintenant disponibles dans le monde entier.

Les Guélougpas

Au 14eme siècle Tsong Khapa, critiquant certaines coutumes Kagyupa, fonde l’école Guelougpa, ou bonnets jaunes, qui reprend les doctrine des Kagyupas tout en se tenant à la discipline monastique stricte et à l’étude intellectuelle détaillée de la doctrine.

Au 17eme siècle les suzerains Mongols ont établi le chef des Guelougpas, Sa sainteté le Dalaï Lama, comme chef d’état du Tibet et de toutes les écoles du Bouddhisme tibétain, rôle qu’il a rempli jusqu’à aujourd’hui. Tout comme pour le Karmapa, les Tibétains considèrent qu’il s’agit toujours de la même personne, réincarnation successives du boddhisattva Avalokiteshvara (Tchenrezig en tibétain). Sa Sainteté remplit donc trois rôles distincts: -chef des Guelougpas, -chef du Bouddhisme tibétain, -chef d’état du Tibet. Il ne faut pas confondre ces trois rôles.

(ajouté en 2012) En 2011 Sa Sainteté a annoncé qu'il transferrait sa charge de chef d'état au gouvernement élu du Tibet.

La situation du Tibet aujourd’hui

On peut placer l’apogée du Tibet entre les 14eme et 17eme siècle. Au 19eme siècle, le mouvement Rimé s’attaque au sectarisme qui s’était installé entre les écoles. En 1913 le Dalaï Lama proclame la fin de la suzeraineté chinoise et l’indépendance du Tibet. Un protectorat anglais très théorique ne change pas essentiellement cette situation. Dès les années 1930, des communistes chinois se réfugient au Tibet, pour fuir les atrocités des nationalistes. L’invasion chinoise de 1949 est d’abord bien accueillie, car le communisme est ressenti par beaucoup de Tibétains comme une occasion de mettre l’altruisme bouddhiste en pratique dans la vie sociale, et d’en finir avec certaines pratiques féodales. Toutefois l’armée populaire devient très vire exigeante, brutale et anti-spirituelle, provoquant la révolte des Tibétains qui culmine en 1959, par les émeutes de Lhassa et la fuite de Sa Sainteté le Dalaï Lama, accompagné de nombreux maîtres. Les sommets du sadisme et de l’horreur sont atteints dans les années 1960 avec la «révolution culturelle», où des bandes de jeunes fascistes déboussolés, les Gardes Rouges, commettent d’inimaginable atrocités, avec la destruction systématique et gratuite d’un patrimoine spirituel et artistique unique. Depuis le Tibet survit entre la terreur et la soumission, entre deux tentatives pour le «rééduquer» en important tous les vices modernes, jeux d’argent, tabac, prostitution, musique de pacotille... Noyés par un flot continu de colons chinois et d’entreprises étrangères, les Tibétains ont du endurer le racisme, les camps de concentration, la torture, le harcèlement moral, les meurtres, les enlèvements d’enfants, les avortements et stérilisations forcés, etc. Ces excès semblent aller en s’atténuant avec le temps, mais le fond du problème n’est pas du tout résolu, et il ne pourra l’être sans le gouvernement chinois.

Cette situation pose un énorme problème au Bouddhisme tibétain, privé de ses bases, de son sol. De nombreux textes, lignées et enseignements ont été sauvés de justesse, parfois recopiés de mémoire, et ils ne survivent aujourd’hui que chez un petit nombre de maîtres, ou dans quelques bibliothèques, à la merci d’un changement politique en Inde, voire d’un simple accident de la route qui détruirait un maître ou un manuscrit unique. La culture Tibétaine ne survit que par un petit nombre de réfugiés, qui n’ont pas le droit de posséder la terre ni de fonder une entreprise, décimés par la tuberculose, dispersés dans des camps où tout est à recréer, dépendants de l’aide humanitaire de nombreuses associations... Malgré ces difficultés, les Tibétains en exil, loin de tout assistanat, s’organisent, fondent des écoles pour leurs enfants, rebâtissent leurs monastères et leurs universités, allant même jusqu’à élire un parlement en exil et à se donner un gouvernement démocratique!

Toutefois les Lamas ont aussi su tirer le bon parti de cette situation: sortis de leur isolationnisme, confrontés à des mentalités différentes, les voilà qui répandent le Bouddhisme Tibétain dans le monde, s’adaptant au monde moderne ou aux mentalités de divers pays. De ce fait le Bouddhisme Tibétain, et aussi les autres écoles de Bouddhisme, se répandent dans le monde à une allure fulgurante. Ceci peut inciter à l’optimisme, mais il faut quand même savoir que, historiquement, un à deux siècles ont toujours été nécessaires pour implanter sérieusement et durablement le Bouddhisme dans un pays. Le meilleur indicateur de succès étant le nombre de monastères.

Le Bhoutan

A l’exception de l’école Guélougpa qui ne s’y est jamais implantée, le Bouddhisme tibétain a survécu intact au royaume du Bhoutan, probablement le seul pays au monde à n’avoir jamais été colonisé par qui que ce soit. Ce pays est resté replié sur lui-même jusque vers 1968, ce qui fait qu’il a gardé une grande fraîcheur culturelle. Son adaptation rapide mais critique au monde moderne en fait maintenant un partenaire important de la communauté bouddhiste mondiale et un modèle de développement durable, qui commence à influer sur ses grands voisins asiatiques. Aujourd’hui le Bhoutan est engagé sur la voie de la création d’un gouvernement démocratique, et il promeut le respect de l’écologie et le «bonheur national brut» au lieu du produit national brut. Le pacifique Bhoutan a même eu récemment l’occasion de participer de manière honnête et efficace à la lutte contre le terrorisme, en expulsant manu militari des groupes armés qui squattaient ses parcs naturels.

Le Bouddhisme Tibétain en Occident aujourd’hui

L’invasion du Tibet et la tentative pour éradiquer sa spiritualité ont eu une conséquence inattendue: beaucoup de maîtres en exil ont pu se déplacer en Occident et y fonder de nombreux centres. En général ces centres sont florissants et ils se multiplient, ce qui fait qu’il est maintenant facile d’accéder à des enseignements complets et détaillés. On commence aussi à trouver des centres partout où la liberté le permet, pays de l’Est, Afrique et Amérique du Sud. Toutefois on est encore loin de l’apparition d’un bouddhisme occidental ou mondial. Les enseignements, les maîtres et les communautés monastiques sont encore très dépendants de l’exil en Inde, qui offre encore les meilleures conditions pour les études approfondies, la vie monastique et les retraites.

Oracles, magie, Rinpochés et Tulkous.

Beaucoup de pratiques tibétaines sont basées sur la magie, par exemple l’invocation de déités protectrices (Mahakala est la plus connue) ou d’esprits protecteurs de l’enseignement (tcheukyongs). Les oracles que l’on voit dans les films «Little Bouddha» ou «Kundun» existent réellement, et on leur doit de nombreuses prédictions vérifiées. Un Tulkou est un maître qui, par compassion, a repris volontairement une forme humaine (réincarnation) pour pouvoir continuer d’enseigner. Un Rinpoché («grand précieux») est aussi un maître réalisé, souvent avec toute une histoire de renaissances successives comme Tulkou.

Le Lamrim

Un Lamrim, ou Voie Progressive (Lo Djong pour les Kagyupas, Lamdré pour les Sakyapas) est un condensé de l’enseignement Bouddhiste, vu sous l’angle des différentes étapes que doit accomplir un pratiquant. Ainsi chacun peut se situer, la pratique dans laquelle il s’est engagé, et l’école dont il fait partie. Dans ce sens cette page est un Lamrim. On comprend l’importance du Lamrim, essentiellement pour les personnes qui découvrent le Bouddhisme.

Recycler l’énergie du mal en énergie de motivation

Mais le Bouddhisme propose aussi une manière pragmatique et efficace de faire face aux difficultés et souffrances de la vie, et la façon de les aborder, en rapport avec notre pratique. Cette approche est généralement expliquée dans les Lamrims, qui donnent aussi des instructions sur la façon de s’engager dans les pratiques, en fonction de notre situation personnelle. D’après le Bouddhisme, toute difficulté, obstacle ou souffrance qui nous arrive est la conséquence de notre karma, et donc de nos mauvaises actions passées. Tenter d’éluder ces difficultés ne fait que les reporter à plus tard, en pire. La seule solution est alors, à chaque fois que nous souffrons, de commencer à méditer sur la vraie cause du problème (nos actions passées) et, de là, au seul vrai remède (la pratique spirituelle en général, ou celle que notre maître nous a donnée à faire). Ainsi la souffrance nous sert de rappel de conscience, et nous pouvons facilement transformer l'énergie destructrice de la colère ou de la peur en motivation pour accomplir les pratiques, qui seules peuvent nous amener une protection définitivement contre les situations pénibles. En somme nous acceptons le défi que pose cette épreuve, au lieu de se taper la tête au mur inutilement. Cela permet aussi de nous consacrer plus efficacement aux activités nécessaires dans le monde pour résoudre le problème. Cette méditation est très efficace pour renforcer notre motivation à la pratique, mais elle réduit aussi grandement notre souffrance due à la situation. La souffrance, au lieu de nous détruire, nous sert alors de carburant pour méditer, pour nous construire. Souvent la situation elle-même peut s’en trouver objectivement améliorée.

J’appelle cela le «judo spirituel», car, comme dans l’art martial, nous utilisons la force de l’adversaire pour le faire tomber. Cela est aussi parfois appelé «l’acceptation du mal», mais a mon avis cette expression prête à de graves confusions.

Il est à noter que l’on retrouve la même pratique dans le Christianisme (et donc aussi dans le Judaïsme et l’Islam), où on appelle cela «accepter de porter sa croix». Toutefois, cette idée est bien trop souvent dévoyée en une forme de masochisme puritain. En réalité il s’agit bien de la même chose: en acceptant de relever le défi des épreuves, alors elles deviennent un rappel de conscience et un outil de libération. Ce genre de convergence pointue entre des courants de pensée si différents montre bien qu’ils parlent profondément de la même chose.

Eventuellement un Chrétien pourrait objecter que nous n'avons pas eu de vies antérieures. Cette difficulté a été contournée avec la notion de péché originel, une faute commise des milliers d'années avant notre naissance, mais dont, pour quelque raison peu claire, nous porterions tous la responsabilité. Je pense qu'il est plus juste, et tout aussi efficace, de dire que, même si nous n'avons pas effectivement commis de péché dans notre passé, nous sommes tout de même nés avec un esprit pécheur, c'est à dire un esprit imparfait, ignorant, égocentrique, susceptible de fauter. Alors il ne faut pas s'étonner qu'il nous arrive des ennuis, et surtout que la responsabilité d'y remédier incombe à nous seuls. Une fois cela posé, le judo spirituel peut fonctionner de la même façon que dans le cadre bouddhiste. En somme, pour les Bouddhistes, nous sommes des voitures d'occasion qui passent les tests du contrôle technique, alors que pour les Chrétiens nous sommes des voitures neuves qui passent les tests de sortie d'usine.

L’Ethique Bouddhiste

L’éthique Bouddhiste est connue essentiellement pour sa non-violence, le respect de la vie, la paix. Plus généralement, elle reprend en gros les mêmes règles que les autres religions, basées sur le respect des autres, le respect de la vie et la tempérance. Ne pas tuer, ne pas voler, ne pas mentir, ne pas se droguer et pas d’inconduite sexuelle sont les cinq vœux de Pratimoksha que l’on reçoit lors de la prise de refuge, cérémonie très simple après laquelle on devient membre de la communauté bouddhiste. A partir de là, le Bouddhisme a des réponses traditionnelles plus détaillées sur tous les problèmes qui peuvent se poser dans la vie.

L’éthique bouddhiste est souvent considérée comme la plus tolérante, la plus moderne, la plus adaptative, car elle laisse effectivement nombre de libertés, et prévoit toujours des «cas où», ou bien des moyens de rattraper les fautes. Toutefois cette apparente liberté d’interprétation de doit pas nous tromper. L’éthique bouddhiste n’est certes pas une collection de tabous ni une table des lois à appliquer sans réfléchir, mais elle est tout de même un appel à la réflexion et à la responsabilité, face aux conséquences de nos actions sur les autres ou sur la vie en général. Elle comprend que l’on puisse trouver des cas où une motivation juste permet des actions normalement interdites, ou le contraire. Mais son objectif est fondamentalement le même que toutes les autres éthiques, et ses obligations toutes aussi impérieuses.

Une incompréhension très courante est de se croire autorisé à faire n’importe quoi, du moment qu’une prière permet de «transmuter» le résultat. Cette attitude fausse et hypocrite risque de coûter bien plus cher que de faire le mal sans honte. Dans tous les cas notre karma sera juge, et il est totalement insensible aux justifications vaseuses comme aux passe-droits arbitraires. Ceux qui vivent avec nous sont aussi juges, car ils seront heureux ou ils souffriront en fonction de nos actes, pas de nos prétextes.

Les monuments bouddhistes

Le monument bouddhiste le plus courant est le stupa (prononcer stoupa, ou tcheuten en tibétain, parfois chorten). Il est généralement constitué d’une base carrée, surmontée d’un dôme et d’une flèche ornée d’anneaux et d’autres éléments au sommet. Le stupa symbolise l’esprit du Bouddha, et ses différents étages, les étapes pour parvenir à la bouddhéité. Une pratique courante est de marcher autour du stupa (circumambulation) en pensant qu’il est l’esprit du Bouddha.

L’autre monument bouddhiste important est le temple (Lhakhang en tibétain, dojo pour le Zen, pagode dans différent autres pays) généralement carré et surmonté d’une toiture évoquant les pagodes. Il contient toujours un autel avec une statue du Bouddha Sakyamuni, ou d’un autre bouddha, ou d’une déité tantrique (qui est aussi un Bouddha). Selon les écoles et les traditions, on y trouve diverses décorations symboliques. On y rentre pieds nus, en signe de respect, après s’être prosterné trois fois. On y fait des offrandes symboliques sur l’autel, et des cérémonies (Pujas). Les grands temples sont souvent en forme de mandala, qui évoque une demeure divine.

On dit que le bouddhisme ne prospère que là où il y a des moines, d’où le nombre de monastères (Gompa en tibétain) dans tous les pays bouddhistes. Mais on trouve aussi des écoles et des centres de retraite.

Le bouddhisme en pratique

Pourquoi s’engager sur la voie Bouddhiste?

Une personne qui se sent attirée par le Bouddhisme doit tout d’abord réfléchir à sa motivation. Le but du Bouddhisme est d’assurer notre bonheur personnel, et celui des autres. Mais cela nécessite un sérieux travail sur soi, et donc un engagement à long terme. Il vaut mieux ne pas prendre cet engagement du tout, que de le prendre avec une motivation faible ou fausse, juste pour abandonner plus tard.

Une autre règle de base est que le bouddhisme interdit tout prosélytisme. Une conséquence directe sur vous, est que personne ne vous proposera d’adhérer à quoi que ce soit. Ce sera toujours à vous de demander, de faire le premier pas, et ce à toutes les étapes.

Si on a déjà une religion, il n’est pas nécessaire de l’abandonner. Au contraire, dans le contexte mondial actuel, les Occidentaux ont tout intérêt à faire revivre leurs propres traditions, chrétiennes notamment. Certaines conceptions métaphysiques d’autres religions sont incompatibles avec celles du Bouddhisme, mais cela ne doit pas nous arrêter dans notre pratique altruiste ni dans notre comportement. Par contre, si l’éthique de notre première religion est incompatible avec celle du Bouddhisme, alors il faut se demander si l’on n’est pas dans une secte ou un groupe fanatique.

Enfin il est important de comprendre que le Bouddhisme n’est pas un club ni une sorte de clan où l'on se reconnaîtrait entre amis, où l'on se distinguerait des autres. Toute motivation de ce genre mène vite à de gros problèmes, et de toutes façons à l'échec.

La pratique Bouddhiste n’a pas davantage pour fonction de nous conforter dans nos habitudes ou préjugés, mais au contraire de les casser. L’efficacité d’un pratiquant se mesure aux améliorations et transformations de son esprit. Souvent, hélas, des gens s’engagent dans le Bouddhisme, deviennent moines ou nonnes, font des pratiques élevées, pour juste abandonner quand ils se retrouvent incapables d’assumer les remises en cause que cela implique, et en font une question d’amour propre ou d’idéologie. C’est triste, mais c’est ce qui attend tous ceux qui tentent d’utiliser le Bouddhisme dans leurs jeux d’ego.

Nos premiers enseignements

On peut, avant de s’engager, lire des livres, ou discuter avec des gens. Mais il faut faire attention de bien s’adresser à des livres bouddhistes et à de vrais adeptes, sinon les risques de fausses interprétations sont nombreux. Le mieux est de fréquenter centres et monastères, qui offrent souvent des boutiques, des librairies, et où l’on peut discuter, assister à des enseignements, rencontrer des gens.

Les premiers enseignements aident à se familiariser avec les pratiques bouddhistes, notamment la méditation, qui diffère un peu des méditations enseignées dans d’autres voies.

Fréquenter différents centres et groupes bouddhistes aide à trouver la pratique ou le maître qui nous convient. Ce peut être aussi l’occasion de rencontrer des gens sympathiques, de se faire des amis. Un contact désagréable indique un problème, généralement avec des personnes. Le dénigrement des autres écoles du Bouddhisme indique une secte.

Souvent un premier contact avec un temple coloré, ou avec des pratiques inconnues, peut provoquer un grand enthousiasme, ou au contraire mettre mal à l’aise. Ces deux attitudes sont également fausses, il faut juger les pratiques d’après l’effet qu’elles auront sur notre esprit, sur la tranquillité qu’elles nous apporteront, l’amour qu’elles développeront en nous.

Notre premier engagement formel: la prise de refuge.

La prise de refuge est une petite cérémonie, que nous choisirons publique ou privée. Je ne la décris pas, laissant la surprise à chacun. Personne ne vous demandera de prendre refuge, il faut demander vous-mêmes le refuge à un maître, qui en général vous l’accordera volontiers.

Auprès d’un maître bouddhiste (un Lama, si il est Tibétain) on prend refuge contre la souffrance, en les Trois Joyaux: le Bouddha (les Bouddhas, les êtres qui ont atteint l’éveil) le Dharma (l’enseignement, les textes, les explications, les pratiques) et le Sangha (Dans ce cas tous les êtres qui pratiquent l’enseignement. Mais en général le terme «Sangha» désigne la seule communauté monastique).

On prend l’engagement de pratiquer la voie bouddhiste, jusque au moins la libération ou état d’Arhat.

On prend aussi les vœux de Pratimoksha, ou les cinq préceptes de l’éthique:

-Ne pas tuer

-Ne pas voler

-Ne pas mentir

-Ne pas avoir d’inconduites sexuelles (D'après la tradition Bouddhiste, toute activité autre que la pénétration vaginale entre un homme et une femme mariés. Mais des interprétations plus modernes ne considèrent que ce qui «génère de la souffrance»: tromperie, abandon, viol, pédophilie, etc. tout en proscrivant les discriminations en fonction de l'orientation sexuelle)

-Ne pas prendre de substances intoxicantes (drogues légales ou illégales, tabac, alcool, etc.)

Quand on a pris refuge, on est considéré comme un Bouddhiste. Le refuge pris dans une tradition bouddhiste est valable pour toutes les autres. Le refuge et les vœux de Pratimoksha sont pris jusqu’à la mort. Ils ne peuvent être rendus. On ne voit d’ailleurs pas pourquoi on les rendrait, à moins d’avoir l’intention de pratiquer des crimes.

L’entraînement du Petit Véhicule, ou les préliminaires communs

A ce stade on peut avoir de nombreuses pratiques différentes, essayer divers enseignements, différents maîtres. Mais il vaut quand même mieux écouter les enseignements détaillés des pratiques que l’on va entreprendre, ainsi que les conseils personnalisés d’un maître.

-La concentration (Shiné, Dhyâna, ou Zen): s’habituer à maintenir notre esprit fixé sur un objet de concentration.

-L’éthique, ou Karma Yoga: s’habituer au respect d’autrui, à la générosité.

-Tong Len, une pratique basée sur la respiration, où l’on se visualise à la place d’autrui pour comprendre ses souffrances.

-La dévotion ou Bhakti Yoga: les rituels, la vénération des images, etc.

-Les pratiques de purification

-Les prosternations, excellentes pour briser l’orgueil et le cholestérol.

-Les retraites, occasions de se recentrer ou de se consacrer à la pratique loin des soucis de la vie ordinaire.

-Devenir moine ou nonne, si l’on ressent que là est notre place.

Les études

Tout le monde a intérêt à étudier les pratiques qu’il a choisies, dans les stages d’enseignements prévus pour cela. On a aussi intérêt à étudier des enseignements synthétiques, comme le Lamrim des Guelougpas, le Lo Jong des Kagyupas, ou le Lam Dré des Sakyapas. Ceci nous donne une vue d’ensemble de la voie, dont cette page s’est inspirée.

Certains disciples pourront s’engager dans des études plus approfondies, comme en faculté. Sept ans d'études peuvent les amener à devenir Guéshé, maître en doctrine bouddhiste. Ils pourront alors enseigner à leur tour. Cela est très important dans le contexte occidental actuel, encore bien trop dépendant des maîtres tibétains. Sept ans de retraite supplémentaires permettent de devenir Lama, ce qui nous rend capable de retransmettre la lignée.

D’autres pourront étudier pour devenir traducteurs, ou servir dans les centres, qui ont d’énormes besoins d’aide bénévole.

S’installer pour pratiquer

Même cela est codé précisément dans les écritures: choisir un endroit calme, à l’abri de l’agitation du monde, avoir un moyen de subsistance honnête… Si l’on est riche et célibataire, aucun problème, on peut même se payer une retraite dans un centre. L’ennui c’est que nous avons souvent des obligations (enfants, travail…) que l’on ne peut pas laisser tomber. Faut-il attendre un moment plus favorable? Non, bien au contraire le meilleur moment pour commencer est toujours «tout de suite». Faire ce que l’on peut quand l’on peut, et ne pas oublier la dédicace de nos difficultés à notre accumulation de mérite. Une pratique dans des conditions difficiles peut sembler vaine, et prendre plus de temps, mais l’accumulation de mérite est supérieure. Et les difficultés sont là pour nous rappeler que sans pratique les choses seront de pire en pire. Dans les cas extrêmes où nous avons à faire face à l’hostilité de notre entourage, on peut pratiquer discrètement, sans dire ce que nous faisons ni montrer d’objets religieux. Mais à mon avis il n’est pas interdit de se séparer de gens hostiles, tant que nous ne faisons pas des choses graves comme abandonner des enfants. D’une manière générale, on reconnaît nos amis à ce qu’ils augmentent notre motivation, et nos ennemis à ce qu’ils nous découragent ou placent des obstacles. Sans aller chercher des situations extrêmes, chaque occasion de la vie, même petite, est toujours une occasion d’aider quelqu’un, de comprendre quelque chose, de réaliser un détail de l’enseignement, une bribe de Vacuité. Ainsi nous pratiquons tout le temps, pas seulement dans le temple, nous pratiquons au travail, dans le bus, avec nos enfants… Ainsi nous avançons, même lentement, mais le résultat sera toujours mille fois mieux que de ne rien faire.

Notre première envie de tout laisser tomber…

Une fois passé l’attrait de la nouveauté, ou suite à un incident, une dispute, une réprimande, la pratique nous paraît soudain ennuyeuse, inutile, vide de sens. De tels moments arrivent inévitablement, et c’est là que beaucoup abandonnent, parfois en claquant la porte ou en émettant des jugements négatifs. Les causes apparentes peuvent en être des rencontres avec des bouddhistes pas sympathiques, ou bien on a vu des choses pas nettes dans un centre. Mais la cause profonde, authentique, la cause sur laquelle nous devons travailler, c’est le refus de notre esprit de se laisser transformer, le refus de notre égocentrisme de lâcher prise, de laisser les commandes à un processus extérieur. Nous ressentons alors la pratique bouddhiste comme une chose qui nous vole du temps de vie, une croyance inutile, voire comme un danger.

Ce genre de passage indique qu’il est temps de retravailler notre motivation profonde. Même si nous sommes dans les grands Tantras, il nous faut alors redescendre à la base, aux Quatre Nobles Vérités. Le Bouddhisme a pour but de nous transformer, d’éliminer les tendances malheureuses en nous, telles que l’égoïsme, le repli sur soi, le désir de dominer ou gérer les autres. A nous de ne pas nous laisser avoir par ces tendances. A nous de comprendre quand nous faisons un bête contre-transfert psychologique.

En de tels moments, certains pensent que finalement le Bouddhisme n'est pas leur voie, qu'une autre leur conviendrait mieux. Cela peut être exact, mais il ne faut pas oublier que les difficultés que nous n'avons pu résoudre dans le Bouddhisme sont en fait dans notre propre esprit, et que donc elles nous suivront partout où nous irons, qu'il nous faudra les résoudre dans toute autre voie, peut-être avec encore plus d'effort.

De tels moments de doute sont en fait l'occasion de pratiquer le recyclage de la souffrance en motivation, vu plus haut.

Quand on a fait l’effort nécessaire pour franchir de tels caps désagréables, nous constatons souvent des avancées significatives, des compréhensions nouvelles.

Personnellement je pense que seule une personne capable de dépasser ces obstacles égotiques peut se dire spirituelle.

L’entrée dans les Tantras: Se choisir un maître (un Lama)

Pour les stades suivants, il est obligatoire d'avoir un maître qui nous guide en permanence, de manière personnalisée. Ce choix est personnel, il est une question d’affinité, de ressenti. Ce peut être un grand maître comme un Lama inconnu, un homme ou une femme, un moine ou un laïc. Mais il vaut mieux choisir quelqu’un que l’on pourra facilement contacter, rencontrer physiquement, qui pourra nous guider de manière rapprochée, sur plusieurs années. Un maître avec qui l’on a une forte affinité, comme un membre de notre famille, est notre Lama Racine. Si on n’a pas de Lama racine, on peut choisir celui que nous ressentons le mieux.

D'une manière générale notre Lama est responsable de notre évolution. Pour cela il est demandé de lui obéir, comme on le ferait d'un professeur. Cela implique que nous lui fassions grandement confiance, sinon il vaut mieux s'abstenir. Toutefois cette obéissance concerne surtout la pratique, ou l'éthique. Des conseils concernant notre vie personnelle sont plus susceptibles de poser problème.

Les préliminaires spéciaux

Beaucoup de gens commettent l’erreur (et j’y suis passé aussi) de vouloir s’engager directement dans les «grandes» pratiques tantriques. Cette illusion est entretenue par le fait qu’il suffit aujourd’hui de s’inscrire à un stage pour recevoir des initiations. En fait, à ce stade, les Tantras ne peuvent fonctionner, pour diverses raisons techniques ou de par l’action de plusieurs garde-fous. Il nous faut d’abord développer différentes qualités, grâce aux préliminaires communs, qui sont des pratiques du Petit Véhicule. Toutefois les préliminaires spéciaux des Tantras permettront d’achever bien plus rapidement les Deux Accumulations de mérite: l’amour ou compassion, et la compréhension de la Vacuité ou sagesse (Yéshé en Tibétain).

Les préliminaires spéciaux (on dit généralement «les préliminaires») se font uniquement sur demande d’un maître. Il s’agit des prosternations (méditation sur le refuge, l’humilité et la dévotion), des mantras de Vajrasattva (purification des karmas négatifs), des offrandes de mandala (accumulation de mérite de générosité et de sagesse) et du gourou Yoga. Les quantités sont adaptées par le Lama, selon nos capacités et nos besoins. Idéalement ceci se fait en retraite.

Faire les préliminaires est assez éprouvant, de par la durée quotidienne du travail, et les années nécessaires. On a souvent envie de laisser tomber; ils sont une épreuve qui éliminera impitoyablement touts les gens aux motivations faibles. Les préliminaires peuvent être ressentis comme un délai inutile, quand on a envie de s’engager dans le corps de la pratique Tantrique. Mais ils sont déjà cette pratique. Le reste vient facilement.

L’initiation

Traditionnellement, l’initiation Tantrique n’est conférée que à ce stade. Aujourd’hui, en Occident, les disciples à ce stade ont déjà pu recevoir quantité d’initiations sans même les avoir requises. Ceci est une situation transitoire, dans un Bouddhisme en construction.

L’initiation permet d’accéder aux pratiques Tantriques proprement dites.

Les pratiques tantriques

Nous commençons toujours les pratiques Tantriques par nous visualiser comme étant la déité choisie, en récitant son mantra: c’est la pratique du Yidam, qui peut être très agréable. Viennent ensuite différentes pratiques de Yoga, comme le Powa, le Tumo, le Yoga du rêve, le Corps Illusoire, la Claire Lumière, le Mahamoudra, qui permettront d’obtenir les stades de libération et d’illumination.

Vrais et faux débats autour du Bouddhisme

 

Cette partie ne figure évidement pas dans les présentations traditionnelles, qui offrent toujours un enseignement supposé parfait à des gens parfaitement préparés à le recevoir. La façon beaucoup plus critique dont l’enseignement est reçu en Occident au 21eme siècle appelle des commentaires qui ne sont pas dans la tradition. C’est pourquoi je propose cette partie, où je donnerai parfois mon avis personnel (en italique, comme ici), en plus de celui des maîtres (en texte normal, comme ici).

L’exotisme du Bouddhisme

Le Bouddhisme étant d'origine orientale, il n'y a rien d'étonnant à y trouver un certain exotisme, ou des décors chargés. Il s’agit de traditions authentiques, et ces décors ont une signification. Mais le Bouddhisme ne se définit pas par des décors, et des traditions comme le Zen recherchent au contraire le dépouillement. Certains centres occidentaux se passent de tout exotisme: le rôle du Bouddhisme n’est pas de nous faire devenir Tibétain ou Vietnamien.

Accusations de secte ou d'intégrisme

Parmi les différentes voies spirituelles, le Bouddhisme est largement reconnu comme une voie valable. Les psychologues, les neurologues, les sociologues et les éducateurs reconnaissent unanimement les effets positifs de la pratique bouddhiste sur la personnalité, la vie sociale, la vie familiale, l’éducation, l’intégration sociale et les troubles psychologiques. L’Histoire montre aussi clairement que le Bouddhisme a été régulièrement un facteur de paix et de tolérance partout où il a été présent et accepté. De plus le Bouddhisme, s’il ne dispose pas d’une autorité centrale comme le Catholicisme, a tout de même des instances dirigeantes fonctionnant selon un système de reconnaissance par les pairs, commun aux différentes écoles, combiné avec la transmission dans le temps par un système de lignées de maîtres et de disciples reconnus. Ce système n’empêche pas complètement l’apparition de déviances ou de sectarisme, mais elles sont alors rapidement reconnues comme telles et expulsées du Bouddhisme. Dans ces conditions, je pense que toute personne qui se méfie du Bouddhisme est, au mieux, ignorante de la réalité. Si cette méfiance persiste après une information objective, alors on a à faire à un manipulateur, un intégriste religieux, ou un intégriste athée.

Ceux qui «analysent» le Bouddhisme

Avec la mode du Bouddhisme, beaucoup de journaux publient des «analyses» par des journalistes, des psychologues, des sociologues, voire par des «spécialistes des religions». Beaucoup de ces écrits contiennent des contrevérités assez flagrantes, que même des débutants peuvent reconnaître, car elles ramènent toujours le Bouddhisme à des pensées et des enjeux mondains, ordinaires. Même quand ces analyses ne contiennent pas d'erreur, elles n'apportent pas une réelle compréhension de ce qu'est le Bouddhisme, car la recherche du bonheur ou la nécessité de transformer notre esprit échappent justement à toute analyse intellectuelle. Comme pour toute démarche intérieure, on ne peut vraiment comprendre le Bouddhisme qu'en y pénétrant, en faisant nôtre ses prémisses et ses objectifs. On notera tout de même l'excellent travail accompli par certains historiens des religions, qui a permis de retrouver ou de mieux comprendre certaines étapes du Bouddhisme.

Un Bouddhisme occidental?

Historiquement, le Bouddhisme a toujours su s'adapter aux coutumes et mentalités des peuples qu'il rencontrait, pour à chaque fois créer des méthodes et des traditions originales. Beaucoup, donc, spéculent sur l'apparition d'un Bouddhisme occidental, ou d'un Bouddhisme moderne. Cela arrivera certainement, mais il faut se rappeler que l'évolution du Bouddhisme s'est toujours mesurée en siècles: même au Tibet in a fallu 500 ans pour créer le Bouddhisme Tibétain. En Occident il ne pourra être véritablement implanté qu'avec des maîtres occidentaux, des centres de retraite et des monastères qui n'auront plus besoin de l'Inde. Il faudra probablement au moins cent ans.

Bien entendu, un Bouddhisme Occidental ou moderne développerait ses propres traditions et formes artistiques, qui pourraient être complètement originales.

Les connaissances scientifiques modernes, notamment sur le fonctionnement de l'esprit, ou la physique quantique, pourraient également apporter des éléments de compréhension très utiles, et éliminer d'anciennes croyances astrologiques ou cosmologiques. Toutefois une erreur très profonde serait de penser que l'on pourrait éliminer tout ce qui ne serait pas explicable matériellement, comme la réincarnation, et réduire le Bouddhisme à une sorte de développement personnel pour rendre le plus confortable possible notre bref séjour en ce monde, sans plus penser à la suite. Ceci ne serait clairement plus du Bouddhisme.

Le monde déconcertant des Tantras

Le domaine des Tantras apparaît parfois déconcertant, voire en contradiction avec les autres véhicules. Alors que le Petit et le Grand véhicule nous ont introduit dans un monde de mesure, d'éthique, de règles, de voeux, d’harmonie et de paix (On dit parfois «voie de la main droite»), les Tantras semblent en prendre le contre-pied: exubérance, refus des tabous, paradoxes, représentations sexuelles, déités effrayantes... (Parfois appelé «voie de la main gauche») La base des Tantras est pourtant la même que celle des deux premiers véhicules: la Boddhichita, les Paramitas, etc. Mais les véhicules non-tantriques cherchent à éviter les situations qui exacerbent les négativités (désir, colère, tristesse...) par différents moyens adaptés (chasteté monastique, vie paisible et réglée par l'éthique, retraites et gentils stages protégés...) alors que dans les Tantras, on affronte les tentations et les négativités. Les tantras semblent un monde de liberté! Il ne s'agit toutefois pas de se laisser aller à toutes les tentations et négativités, comme le ferait une personne sans démarche spirituelle (et surtout sans éthique). En effet il existe une différence fondamentale entre les activités ordinaires et les activités tantriques: lors de ces dernières on visualise toujours la Vacuité (qui est bien sûr toujours inséparable de la compassion). Ainsi on comprend que, dans la voie Tantrique, les causes d’incompréhension, d’erreur ou de déviation sont plus nombreuses, et surtout qu'elles sont bien plus dangereuses. D'où la stricte discipline qui y est en faits demandée. Si il suffisait de collectionner les conquêtes sexuelles ou de se saouler pour être un Tantrika, cela se saurait: il y aurait déjà beaucoup de Bouddhas chez nous.

Une règle impérieuse est de garder notre pratique tantrique secrète, plus intime encore que notre vie amoureuse. Des confidences intempestives, à des gens qui ne comprennent pas ce que nous faisons, peuvent entraîner des réactions dangereuses contre nous. Mais elles peuvent aussi être reçues comme des conseils à mettre en œuvre, ce qui peut également avoir de graves conséquences pour ces personnes.

Des moines mariés !!?!?

L’idée même d’être moine ou nonne exclut toute idée de mariage ou d’activité sexuelle. Cela est bien sûr vrai dans le Bouddhisme, où célibat et chasteté sont parmi les tous premiers vœux monastiques. Mais le Bouddhisme tibétain a introduit des exceptions. Ainsi certains moines sont mariés pour des raisons tantriques. Beaucoup de lamas ou certains pratiquants portent des robes similaires à celles des moines, mais sans en être. Toutefois ces exceptions ont été des sources fréquentes d’abus ou d’incompréhension, aussi la réforme de Tsong Khapa les a toutes supprimées, quand il a fondé l’école la plus récente, celle des Guélougpas. Un moine guélougpa qui veut faire des pratiques sexuelles tantriques doit d’abord rendre ses vœux. Toutefois on trouve aussi en Occident des moines guélougpas mariés! Tout simplement il s’agit de personnes qui étaient déjà mariées avant, mais qui ont désiré prendre les vœux monastiques. Cela leur a été permis sans divorcer, à condition que l’époux(se) soit d’accord, et que bien sûr les vœux soient respectés.

Bons et moins bons pratiquants

La communauté Bouddhiste, comme toute construction humaine, est imparfaite. De plus, en Occident, la plupart des pratiquants ne le sont que depuis beaucoup trop peu de temps. Il faut alors s’attendre à des déceptions si on idéalise nos camarades de stage, ou si on confond un résident de centre avec un Bouddha. Dans certains centres occidentaux, on trouve des enseignants qui ont certes des connaissances, mais pas suffisamment d’expérience, de maîtrise ou de profondeur pour donner des avis sur des sujets délicats. A mon avis, il est inévitable qu’il en soit ainsi, en ces temps de pionniers, et il faut s’attendre à ce que les Lamas resserrent les boulons plus tard. On reconnaî un bon pratiquant, à ce que la discussion avec lui nous encourage à la pratique et à la gentillesse, et élève notre motivation au lieu de nous disperser.

On peut toutefois rencontrer des problèmes beaucoup plus sérieux, quand quelques maîtres ou Lamas ont pu en arriver à des comportements que l’on attendait pas vraiment d’eux: sexualité déplacée, saoulerie, attrait de l’argent, du luxe… des fautes terribles, quand on sait que leur mauvais exemple peut briser la vocation de dizaines de débutants. Heureusement ces problèmes ne sont le fait que de quelques personnes, et leurs excès ont été discutés jusque au niveau de Sa Sainteté le Dalaï Lama. Il en est ressorti une recommandation: ne pas casser la connexion avec notre Lama, mais dénoncer les abus dont nous sommes témoins. Une recommandation de Ma Non-sainteté serait de bien choisir nos maîtres avant de s’engager.

Le Bouddhisme s’interdisant tout prosélytisme (et a fortiori toute contrainte ou manipulation) sa croissance et l’adhésion de nouveaux disciples repose exclusivement sur la confiance qu’inspire l’éthique de ses participants et maîtres, et sur les résultats bien visible dans nos vies personnelles, familiales, etc. De même l’aide (ou au moins le respect) dont il a bénéficié de la part de nombreux gouvernements repose sur les bienfaits sociaux évidents qu’amène sa pratique dans une population. On comprend alors que calomnie et médisance soient les pires ennemis du Bouddhisme, qu’il s’agisse de grandes campagnes politiques ou de simples racontars entre pratiquants. Cancaner mine l’indispensable confiance entre pratiquants ou envers les maîtres. C'est donc une grande faute.

Malheureusement, «certains» médias se font régulièrement un délice d’aller fouiller dans les fonds de poubelles du Bouddhisme, pour ensuite monter en épingle tout ce qu’ils peuvent trouver de scandales petits ou gros, et faire rejaillir le blâme sur toute la communauté. Cela contribue à alimenter confusion, incompréhension et méfiance, et à donner une vision complètement fausse du Bouddhisme et de la spiritualité en général.

 

Au Tibet, les querelles d’école ont toujours été le fait d’un petit nombre de Lamas, et jamais de grands maîtres tels que le Dalaï Lama ou le Karmapa. Le 19ème siècle a même vu la naissance du mouvement Rimé (non-sectaire) qui est aujourd’hui un des instruments essentiels de la survie du Bouddhisme tibétain en exil.

A propos des «deux» réincarnations du Karmapa, le problème est apparu quand un des quatre régents, le Shamarpa, revenant sur son accord antérieur en faveur du candidat officiel Orgyen Trinley Dordjé, s'est mis à reconnaître «son» propre Karmapa: Trinley Thaye Dordjé. Tout au long de cette affaire les instances dirigeantes du Bouddhisme tibétain ont gardé une position claire, en faveur de Orgyen Trinley Dordje. Il n'y a donc pas de «division», mais tout de même un conflit réel. A cause de cela, Sa Sainteté le Dalaï Lama a expressément demandé à ce que l’affaire en reste à la tolérance et à la courtoisie, parce que, les deux candidats étant également des maîtres qualifiés, chacun doit rester libre de choisir son maître. Cette approche, à défaut de résoudre le problème à la base, a au moins le mérite d’éviter qu’il empoisonne la communauté Bouddhiste. A l’inverse, les «analyses» de nombreux médias se sont délectés à disséquer de soi-disant enjeux politiques ou financiers, histoire de faire croire, sans le dire, que les Lamas seraient finalement comme eux, intéressés uniquement d’argent et de pouvoir. Faux: ces enjeux n’existent que dans l’esprit halluciné ce ces pseudo-analystes, car la fortune du «Charitable trust» du Karmapa sera utilisée de la même façon non-égocentrique par l’un ou par l’autre des deux candidats Karmapa. Je ne serai même pas surpris si ils se concertaient.

Le culte tibétain de shugden, aussi appelé nouvelle tradition Kadampa, considère l’école Guelougpa comme la seule «pure» et les autres comme «démoniaques», idée qu’ils ont d’ailleurs présentée en occident dès le début du 20eme siècle. On leur doit des conversions forcées de monastères, parfois violentes. En exil, l’affaire est allée jusqu’à un meurtre rituel à Dharamsalah, et il n’en faut pas tant pour considérer ce groupe comme une secte intégriste, autant selon les critères tibétains que selon les crtitères modernes. «Adresser des prières à un démon pour nuire à d’autres êtres, ce n’est même pas du Bouddhisme» (Sa Sainteté le Dalaï Lama, Larzac, Septembre 2000). L’interdiction de se considérer comme disciples du Dalaï Lama est une exclusion de fait du Bouddhisme.

Différentes «sources», y compris bouddhistes, colportent massivement des rumeurs comme quoi il y aurait eu «des abus» à Dashang Kagyu Ling, le Temple des Mille Bouddhas.

L'examen objectif sur place montre une réalité fort différente. En effet, cela faisait déjà plusieurs années qu'une coterie de résidents se livraient à diverses intrigues et procès abusifs, après avoir pourri l'ambiance du centre. Ces procès ont tous abouti à un non-lieu, mais les médias xénophobes se sont bien gardé de publier ce «détail».

Mais les choses ont pris un tour encore bien plus grave quand est arrivé «Yangtsi Kalou Rinpoche», le nouveau directeur, sensé être la réincarnation du très vénéré Kalou Rinpoche. Surprise: Le jeune homme fume, carbure au whisky, passe ses nuits en boîte ou en jeux vidéo, et... critique le bouddhisme sous prétexte de le «démystifier»! Puis il chasse les maîtres du centre, en les accusant en vrac de pédophilie! Là aussi, l'enquête de gendarmerie conclut rapidement que cette accusation est une pure calomnie, et la justice ne prend même pas la peine d'ouvrir une procédure. J'ai pu constater personnellement que les enfants des maîtres sont toujours avec eux, ce qui ne serait pas le cas si il y avait eu le moindre soupçon.

Le résultat net de cette folie est que plus aucun maître réel n'accepte d'enseigner à Dashang Kagyu Ling, qui est donc virtuellement fermé. De nombreux centres annexes sont également fermés. Ce n'est d'ailleurs pas le coup d'essai de ce monsieur, puisqu'il a déjà semé la pagaille au monastère de Sonada, au point que les tibétains locaux ont retiré ses images de leurs autels.

Et bien sûr les rumeurs diffamatoires se répandent sans démenti, favorisées par le silence gêné des autorités bouddhistes. Pour un simple disciple, il est en effet «difficile de comprendre» comment une telle erreur a été possible. Il y a pourtant eu des précédents, mais jamais un «tulkou de convenance» n'était allé aussi loin dans l'incompétence et la destruction. Ma suggestion serait d'attendre qu'une réincarnation présumée ait 18 ans pour la reconnaître, et de ne pas confier cette tâche à des intérêts familiaux ou financiers. Le meilleur critère serait que la réincarnation présumée manifeste spontanément de l'intérêt pour l'enseignement ou les activités du maître décédé, au lieu de se poser en contradiction. Ainsi, même en cas d'erreur, le choix resterait bénéfique.

Quant aux disciples jaloux de leurs maîtres, c'est ce qui arrive quand un égo infantile tente de s'emparer de la spiritualité.

Voir ici le site des soutiens à Kagyu Ling et à ses maîtres, et en particulier la lettre de soutient (en) envoyée au Karmapa et à Sitou Rinpoché.

 

Des scandales de plus petites dimensions sont parfois épinglés par certains médias en Europe ou surtout aux Etats-Unis: histoires de saoulerie, maîtres abusant de jeunes et jolies disciples, malversations financières... affaires souvent présentées de manière à laisser croire que tous les maîtres bouddhistes se comportent ainsi. Ces cas sont rares, mais les conséquences sur la confiance des disciples concernés peuvent être dévastatrices. Sa Sainteté le Dalaï Lama résume toute la complexité et la gravité du problème par son indication: «dénoncer les malversations que l’on a effectivement constatées, même de notre propre maître racine, mais sans briser le lien avec lui.»

L’avis de Ma Non-sainteté serait que l’attitude juste face à ces problèmes est d’accomplir nos pratiques, de suivre les bons exemples (de loin les plus nombreux) et de laisser les problèmes à ceux qui les créent, sans laisser les mauvais exemples ni les polémiques venir troubler notre motivation.

Et puis le Bouddhisme en Occident est neuf, alors qu’il a mis plusieurs siècles à s’implanter au Tibet. Il faut parfois des dizaines d’années pour composer des équipes efficaces de bons pratiquants. La bonne nouvelle est que, malgré les adaptations et les plâtres à essuyer, le Bouddhisme en Occident se porte bien et qu’il offre un exemple édifiant et rafraîchissant.

 

Le Bouddhisme politique (Quatrième Vehicule)

Un mouvement récent est de se réclamer du Bouddhisme à des fins de lutte politique ou sociale. Ce «Bouddhisme politique» se fait même appeler «Quatrième Véhicule». En Inde, il lutte en particulier contre les castes inégalitaires, qui sont encore un problème dans ce pays. Certains proposent donc de devenir bouddhiste, car le Bouddhisme refuse les castes.

Si l'idée semble généreuse, elle cache toutefois un piège dangereux: C'est à l'esprit humain (le spirituel) de commander à nos vies (le politique, le social), et non pas le contraire. Instrumentaliser le Bouddhisme à des fins mondaines, même généreuses, risque de le dévier de ses buts, voire de déformer ses enseignements. Cela ferait peser sur lui des responsabilités qu'il ne peut pas assumer: comment les maîtres pourraient-ils enseigner en toute sérénité et indépendance, si ils ont à répondre à des accusations ou à supporter des rétorsions? Ce n'est pas leur boulot.

Bien entendu les pratiquants sont libres de s'engager dans des actions politiques, sociales ou environnementales bénéfiques, si c'est là la conséquence des idéaux de compassion qu'ils développent. Toutefois ils doivent le faire en leur nom propre, ou dans des organisations indépendantes.

Bien sûr cela vaut pour toutes les religions.

Le Bouddhisme et les autres religions

Les justes pratiquants de toutes les religions ont toujours été en bon termes entre eux, quand bien même leurs religions étaient officiellement déclarées «ennemies». Le Bouddhisme n’a jamais cherché à combattre ni à supplanter les autres religions, le syncrétisme est limité, et le prosélytisme interdit. Rien n’empêche même de garder une autre religion tout en devenant Bouddhiste. Les principes de base d’éthique et d’amour d’autrui sont les mêmes pour toutes les grandes religions. Les différences fondamentales de conceptions théologiques ou métaphysiques n’empêchent nullement de pratiquer l’éthique ou l’amour du prochain. Les différentes religions sont comme différentes cordées d’alpinistes qui cherchent à atteindre le sommet d’une même montagne: chacune a sa technique et ses atouts, mais toutes auront à résoudre les mêmes difficultés, et il n’y a qu’un seul sommet où toutes se retrouveront.

Bouddhisme, pouvoirs spirituels et science.

La science et la société moderne sont prêtes à accepter un Bouddhisme aux effets psychologiques positifs, une éthique de paix sociale, un art de vivre, une psychothérapie ou un moyen de résoudre les conflits. De nombreuses expériences de psychologie et de neurologie confirment aussi l’effet profond et positif de la méditation sur le cerveau, s’il était réellement besoin de le confirmer de cette façon :-D !! Les scientifiques sont également de plus en plus nombreux à accepter la conscience comme entité existante, et comme un objet d’étude. Mais cela ne répond pas à des questions bien plus fondamentales, telles que la survie après la mort, la réincarnation, les paradis, les pouvoirs spirituels, les Tulkous, la magie, les oracles… toutes notions que la science traditionnelle et les idéologies matérialistes refusent simplement considérer. Il est pourtant clair que la pratique Bouddhiste perdrait beaucoup de son sens sans la survie après la mort: pourquoi se soucier d’accumuler des mérites, pourquoi se soumettre à des ascèses, si nous n’avons que cette vie à profiter? Ces notions étaient unanimement acceptées comme réelles dans les pays d’Asie. Mais l’Occidental matérialiste demandera souvent des preuves visibles avant de sacrifier des années de sa vie à des retraites en vue d’une vie future qui lui paraît bien abstraite ou hypothétique. Surtout face à un Bouddhisme qui refuse la recherche délibérée des pouvoirs spirituels, considérés comme un divertissement oiseux, voire comme un piège.

 

Heureusement, partager la vie de grands maîtres Bouddhistes permet souvent d’assister à des miracles discrets, qui peuvent être suffisants pour emporter la conviction d’une personne ouverte. Les personnes qui s’engagent dans la pratique le font souvent parce qu’elles ont assisté à des phénomènes matériellement inexplicables. Mais cela s’est généralement déroulé en privé, de manière à ce que eux seuls sachent.

 

Si l’on veut malgré tout des preuves matérielles, ou si l'on veut étudier ce domaine de manière strictement scientifique, il faut alors se tourner vers les études en parapsychologie, qui ont fait d’intéressants progrès ces dernières années, avec la démonstration scientifique de l’existence réelle de ces phénomènes, et la reconnaissance de la nature véritablement immatérielle des NDE. Cette démonstration permet aujourd’hui d’envisager rationnellement la survie après la mort, et l’existence de paradis dans l’au-delà. Toutefois la science est encore loin d’une compréhension d’ensemble de ces domaines, où elle commence seulement à accumuler des observations, sans aucun cadre théorique pour les placer. J’apporte personnellement ma contribution avec mon livre «Epistémologie Générale», qui fournit un tel cadre.