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Epistémologie Generale        Chapitre V-14       

 

V-14 Le fonctionnement du cerveau

 

Contrairement à un ordinateur, le cerveau n'a pas d'unité centrale qui coordonnerait les activités des diverses parties. On peut certes penser que le cortex frontal (qui est en simplifiant notre «ego neuronal» décidant de nos pensées, comme vu au chapitre V-10) jouerait le rôle de chef d'orchestre, activant ou inhibant les différents centres. Il n'en est rien, et la meilleure preuve en est que ces parties peuvent fonctionner sans lui, provoquant des états de consciences différents (rêve, méditation) ou dégradés (handicaps mentaux, drogues). Mais dans aucun de ces cas la conscience ne s'arrête d'avoir différents types d'expériences. Alors que si on ferme le principal processeur d'un ordinateur, tout s'arrête.

De plus il faut savoir que le cerveau a, comme les ordinateurs, une gestion de l'énergie: le flux de sang augmente dans une aire du cerveau en fonctionnement, et diminue dans une aire inutilisée. Plusieurs appareils d'exploration du cerveau, comme la tomographie à émission de positrons, utilisent cet effet. Mais on peut voir ce système fonctionner sans appareil, par exemple en se consacrant à un jeu intellectuel simpliste (réussites, démineur, etc.): quand la partie s'arrête, on a envie de continuer. C'est l'effet de l'énergétisation de l'aire du raisonnement. C'est l'exemple le plus évident, mais à peu près toutes les aires de la vie de la conscience produisent cet effet. Les conséquences sont importantes: lors de la maturation du cerveau, l'utilisation répétée de certaines aires va entraîner leur développement, alors que les aires non-sollicitées resteront en retrait. Par la suite, l'utilisation des aires développées paraîtra plus facile, et la personne utilisera plus facilement les facultés de l'esprit correspondantes, tandis que les facultés sous-développées lui paraîtront difficiles ou déplaisantes. Ce processus peut à lui seul expliquer une large variété de personnalités, voire de troubles psychologiques, sans aucun déterminant génétique ni social.

Ce fonctionnement en centres indépendants sans chef d'orchestre a des conséquences importantes sur la façon dont les personnes utilisent les nombreuses ressources de leur cerveau. Selon leurs premières expériences, les gens trouveront plus faciles d'utiliser certaines fonctions plutôt que d'autres. Par la suite, elles se spécialisent, au point que les personnes âgées peuvent avoir leurs artères cervicales sclérosées et ne plus avoir le choix. Sans aller aussi loin, une aire du cerveau associée à un sentiment d'échec ou de difficulté sera moins sollicitée, voire abandonnée, par rapport à une aire «facile». C'est ce qui arrive par exemple dans l'échec scolaire, comme on le verra au chapitre V-15 sur l'éducation.

Ainsi chaque personne se bâtit un cerveau différent, et s'investit différemment dans le monde de l'esprit (idées, sentiments, activités, etc.). Ces spécialisations sont des traits de personnalité plus profonds et plus radicaux que les goûts ou les tendances de caractère. Bien plus que ces derniers elles détermineront les choix de la personne, comme par exemple l'activité. En fait cela déterminera si la personne est plutôt intellectuelle, artiste, sentimentale, manuelle, curieuse, casanière, etc. Et ceci en toute indépendance de ses opinions politiques ou religieuses, qui sont causés par ses goûts ou par ses névroses.

Comme preuve, on a vu au chapitre V-7 que la lobotomie produisaient des résultats différents d'une personne à l'autre, alors qu'elle détruisait toujours les mêmes parties du cerveau. Ces résultats différents s'expliquent très bien selon que la personne utilisait ces parties ou non.

Les drogues agissent en forçant un de ces choix, au détriment de notre liberté de choix, justement. Les drogues du type du tabac, par exemple (excitants, cocaïne) favorisent les activités de raisonnement au détriment des sentiments ou de la méditation. C'est par excellence la drogue des sociopathes (ce qui ne veut pas dire que tous les fumeurs soient sociopathes), et la raison pour laquelle les dictatures l'imposent, et même autrefois l'armée distribuait des cigarettes gratuites aux soldats. Au contraire, à l'époque des hippies, il a été dit que la marijuana, et même le LSD, favorisaient la sensibilité esthétique et l'ouverture d'esprit. Si cela était vrai, aujourd'hui on aurait des artistes et des Gandhi dans les «quartiers sensibles», au lieu de brûleurs de voitures. En tous cas ceux qui pensent avoir eu des effets positifs devraient vérifier qu'ils n'écoutaient pas au même moment des musiques du genre de «Close to the Edge» (Yes) ou «Moondawn» (Klaus Shulze) dont l'effet hautement psychédélique est facilement vérifiable, sans les dangers de drogues. Une pratique spirituelle bien comprise produit aussi des effets très positifs, sans les dangers, le coût ni la dépendance des drogues (voir aussi chapitre V-7).

 

Puisque le cerveau est bâti par des gènes, on peut s'attendre à ce que des défauts génétiques entraînent différentes déficiences (le daltonisme est un exemple flagrant). Sur cette base, la neurologie a consacré des efforts importants à rechercher des causes génétiques aux différents troubles ou handicaps mentaux, (psychoses, schizophrénie, autisme, dyslexie...). Toutefois les neurologues ne sont pas arrivés à associer beaucoup de mutations à des troubles du cerveau clairement définis et identifiables.

Selon le modèle décrit ci-dessus, cela n'est pas étonnant, si les personnes font chacune leur choix des facultés du cerveau à développer et utiliser. Ainsi des défauts génétiques réels peuvent passer inaperçus, si la personne n'utilise pas le centre lésé, ou si elle arrive à compenser d'une autre façon. Au contraire une maladie avérée peut n'avoir aucune base génétique, si elle résulte de la seule réticence de la personne de s'investir dans ce domaine. D'où la difficulté à établir des liens entres troubles mentaux et gènes avec seulement des corrélations statistiques.

Mais il ne faudrait pas pour autant conclure à l'absence d'un tel lien: il faut continuer les recherches, mais en tenant compte de ce qui précède. Par exemple une mutation génétique devrait se traduire par une différence du câblage des circuits nerveux (peu ont été identifiées jusqu'à présent), même si cette différence ne se traduit pas par des traits de personnalité statistiquement identifiables. Mais d'autres gènes doivent nécessairement coder pour le fonctionnement électrochimique des neurones, soit d'une manière générale pour tous les neurones, soit pour certains neurones ou neuromédiateurs précis. Des déficiences de ces gènes pourraient alors conduire à des troubles neurologiques identifiables, qui a leur tour pourraient favoriser des troubles psychiatriques.

 

Même les découvertes sur le cerveau d'Einstein sont trompeuses: le développement de son aire du raisonnement peut résulter de la seule utilisation qu'il en a fait dans sa vie, sans aucune prédisposition génétique. L'enfance d'Einstein a été plutôt grise, à l'exception de son père qui l'a initié aux techniques électriques, et d'un ami de la famille qui lui a appris à aimer les sciences. Par contre il n'aimait pas l'école qui lui demandait d'apprendre par coeur sans comprendre. Ainsi il a pu préférer très jeune s'investir dans le monde de la réflexion scientifique, et donc développer l'aire correspondante au delà de la moyenne. Il m'est arrivé la même chose, mais c'est plutôt l'imagination que j'ai développé, et qui me permet d'écrire mes histoires.

 

Enfin, nous avons vu au chapitre V-3 que des anomalies meurologiques ou psychiatriques pourraient résulter de l'activité de parasites comme la toxoplasmose. Mais même dans ce cas, les considérations ci-dessus restent valables: on ne pourrait pas associer linéairement la présence d'une bactérie ou d'une toxine avec un trouble clairement caractérisable, de par la fantastique capacité du cerveau à s'adapter à ses propres défauts et à bâtir des personnalités différentes.

 

Ajouté le 11 octobre 2014: Les mécanismes expliqués dans ce chapitre ont été confirmés par une étude récente sur la schizophrénie, par le docteur C. Robert Cloninger, de l'Université de Washington à St. Louis. L'étude a entrepris une recherche systématique de gènes (nous devrions dire allèles) en comparaison avec huit types de schizophrénie. Ils n'ont trouvé aucun lien direct avec aucun gène, mais lorsqu'un parmi huit groupes de gènes (allèles) étaient présents ensemble, un type de la maladie était aussi présent, avec une probabilité de 70 % à 100 %. Clairement, on n'est plus dans les vagues corrélations, mais dans des relations précises. Cela confirme que les fonctions cérébrales sont construites par des ensembles de gènes, de sorte qu'il n'y a pas un gène par maladie. Il est encore trop tôt pour comprendre les mécanismes et les circuits contrôlés par chacun de ces gènes, mais à moins de recherche est maintenant dans la bonne direction.

Le processus d'auto-ajustement du cerveau

Comme tout organe, le cerveau est bâti par des gènes, qui donnent le plan de tous ses circuits, et définissent les différentes étapes de sa croissance et de sa maturation. Probablement une bonne partie des gènes humains dont le rôle est encore inconnu (2013) servent à ça.

Toutefois les gènes seuls ne suffisent pas à former un cerveau en bon état de marche. Pour preuve, les enfants privés de contact humain restent idiots, voire meurent. Le processus complet de maturation du cerveau comprend donc des processus d'auto-ajustement en fonctionnement, sans lesquels de nombreuses fonctions seraient tout simplement inopérantes.

Un exemple facile à comprendre est l'ajustement optique de l'oeil. L'oeil a besoin de voir sa forme ajustée avec une précision de l'ordre du micron, sinon nous serions tous myopes ou hypermétropes. Or le seul moyen pour l'oeil de «savoir» si il est bien ajusté est que le cortex visuel détecte une image floue ou nette. Ce cortex commande ensuite un mécanisme qui ajuste la forme générale de l'oeil, au fil des mois, de manière a obtenir le réglage idéal: un objet à l'infini net sur la rétine quand le cristallin est au repos. Toutefois, de nombreuses personnes sont quand même myopes. On peut y voir un défaut du processus d'auto-ajustement, qui n'aboutit pas. De nombreuses raisons sont invoquées, alimentaires, de comportement (ne vivre qu'à l'intérieur) ou génétiques (le système de contrôle n'est pas bien construit)

 

De nombreux autres ajustements de cet ordre sont aussi nécessaire à la maîtrise des gestes de toute nature. Par exemple le cervelet, qui transforme nos intentions en mouvements coordonnés de tous les muscles, doit adapter précisément ses impulsions aux buts à atteindre. Pour cela, il se sert des résultats obtenus pour se guider, par le biais de nos perceptions. C'est ce que l'on appelle une contre-réaction. Par exemple attraper un objet nécessite d'étendre le bras à une certaine distance, ni plus ni moins. D'importants ajustements du cervelet ont ainsi lieu durant la petite enfance, comme d'apprendre à marcher. Mais le cervelet garde une certaine plasticité tout au long de la vie. On peut facilement voir ce processus d'ajustement fonctionner, par exemple quand on change de voiture: les nouveaux réglages des commandes demandent un certain temps d'adaptation, jusqu'à ce que neurones et mécanique fonctionnent à nouveau en un ensemble parfait. Ces sensations montrent l'adaptation du cervelet à une nouvelle situation. Toutefois, à la différence de l'oeil, le réglage du cervelet est purement un apprentissage neuronal (chapitre V-2). Ce sont cette fois les relations entre les neurones, plus précisément les synapses (les «fils» entre les neurones) qui vont se modifier. L'apprentissage de gestes manuels aussi difficiles que de jouer du violon est le résultat des extraordinaires capacités du cervelet.

 

Ces processus jouent aussi dans l'ensemble du cerveau et de la vie psychologique: de nombreux auto-ajustements existent, concernant nos réactions, nos sentiments, etc. Par exemple on peut réagir de manière plus ou moins agressive ou conciliante envers les demandes des autres. Des réglages différents aboutiront alors à des personnalités différentes.

Toutefois, dans le monde psychologique, la contre-réaction vient des réponses des autres. Et, comme avec la myopie, de nombreuses causes peuvent fausser le résultat. Par exemple, une personne atteinte d'idéologie (chapitre I-9) interprète les réactions des autres en fonction de cette idéologie. Ces réaction lui apparaissent alors «absurdes», ou un complot, au lieu d'une défense légitime. Par exemple les bolcheviques voyaient un «bourgeois» là où il n'y avait qu'un paysan un peu plus riche que les autres. Ceci conduit d'abord l'idéologue à agresser des gens, puis ensuite à se servir de leurs réactions de défense comme prétexte pour construire de la haine envers eux (cas fréquent chez les gauchistes ou chez les intégristes). Les privilèges (noblesse, argent, force physique...) introduisent également un écran empêchant de percevoir les réactions des autres, ce qui explique très bien la plus grande prévalence chez les privilégiés d’excentricités, de complexe de supériorité ou de sans-gêne.

 

L'activité intellectuelle, par exemple l'acquisition de capacités de raisonnement ou de méditation, fonctionne aussi sur les mêmes principes.

 

Et, tout comme avec la conduite de la voiture, on peut facilement observer ces phénomènes, et en tirer profit, pour se développer une personnalité intéressante et libre. Ce que l'on fait par exemple quand on se soigne une névrose de racisme (chapitre V-12). A condition toutefois de pratiquer le minimum d'introspection nécessaire à la vie dans le monde actuel. Et c'est là que mon épistémologie générale serait bien utile à tous ces gens qui ne pensent pas à s'observer eux-mêmes, et qui se vautrent dans une psychologie ridicule qui ruine leur propre vie bien avant de ruiner celle des autres.

 

Ainsi les processus d'auto-ajustement du cerveau peuvent effectivement aboutir à des personnalités différentes, en toute indépendance des gènes. Mais ils peuvent aussi se dérégler pour diverses raisons, menant à une variété de troubles sensoriels ou psychologiques, eux aussi indépendants des gènes.

Le processus d'auto-construction du cerveau.

Une collection de processus individuels qui s'auto-ajustent, la notion est assez familière aux techniciens. De ce point de vue, la fabrication du cerveau n'est pas très différente de la fabrication d'une machine, selon des plans mécaniques précis, avec ses étapes et ses réglages successifs.

 

Toutefois le cerveau met fort probablement en jeu d'autres processus plus complexes, dits d'auto-formation: des processus qui génèrent des formes ou des structures par eux-mêmes, sans plan préalable. C'est à dire, dans le cas du cerveau, sans gènes. Les mathématiciens étudient les processus d'autoformation, mais plutôt dans des activités logiques (théorie des jeux, automates évolutifs) ou physiques (génération de formes par des processus physiques ou chimiques). L'idée de leur faire créer des circuits logiques utiles est bien plus récente, et je dirais même émergente.

 

Dans le cas du cerveau, ces processus pourraient concerner la façon dont les neurones vont se connecter logiquement entre eux pour former des systèmes complexes, qui émergent du processus d'autoformation seul, et non plus du plan génétique. Ils pourraient même concerner le placement des neurones (qui migrent souvent depuis leur lieu de formation vers leur emplacement définitif). Les processus d'auto-formation peuvent ainsi créer de toutes pièces des circuits du cerveau qu'aucune évolution ni aucun gène n'avaient prévus: méditer, exercer son libre-arbitre, lire, jouer du violon, piloter un avion, travailler en apesanteur, etc. Toutefois, ces circuits se forment à la même place pour tout le monde, ce qui montre qu'ils sont tout de même dépendants des gènes.

 

Le fonctionnement du processus d'autoformation serait assez simple: certains messages neuronaux correspondent à du «plaisir» et d'autres à de la «douleur» (Dans ce chapitre, on ne considère que la conscience neurologique, qui résulte de la seule activité des neurones). Le message «plaisir» provoque alors le renforcement des synapses qui l'ont provoqué, et le message «douleur» leur affaiblissement. Ainsi, il est bien connu comment des sensations plaisantes ou douloureuses peuvent créer de toutes pièces des réflexes physiques, ou des névroses d'attachement ou de répulsion, selon des processus neurologiques amplement étudiés.

 

A cette fin, les centres du plaisir et de la douleur vont «étiqueter» chaque sensation comme «agréable» ou comme «douloureuse». (Autrefois on disait que c'était le rôle du système limbique, et je garde ce nom par facilité. Mais les connaissances actuelles plus fines ne correspondent plus vraiment aux divisions anatomiques). Mais sur quoi vont-ils se baser pour effectuer les connexions nerveuses nécessaires? Bon, il y a des bases génétiques, qui font arriver directement les fibres nerveuses de la peau dans les centres adéquates, plaisir ou douleur. A ce niveau, les erreurs sont rares, preuve que ces fonctions sont câblées «en dur» par des gènes.

Nous avons également de nombreux systèmes de détection des divers dangers (animaux dangereux, chute, attaque, excréments, etc.) ou de choses utiles (nourriture, corps, fleurs, etc.). Ces systèmes fonctionnent également assez bien, mais on constate des facultés d'adaptation (nourriture) ou des variations (goûts, fantasmes sexuels, phobies). Ces «ratés» ont une cause très «technique»: il vaut mieux par exemple prendre un bâton pour un serpent, et sursauter pour rien, que l'erreur inverse: prendre un serpent pour un bâton, et mourir. Le problème est qu'un centre nerveux capable de ne jamais se tromper serait bien plus complexe, sans pour autant apporter davantage de protection. Ainsi l'évolution n'a jamais cherché à nous protéger des faux positifs, et nos centres nerveux ont un pourcentage de ratés, de sensations mal étiquetées. (Nous verrons au chapitre VI-5 que c'est ce qui produit aussi les variantes sexuelles). Ces circuits ont une partie «logicielle», apprise. Plus précisément, ils ont besoin d'un peu d'expériences pratiques pour ajuster leur fonctionnement. Par exemple manger une certaine cuisine étant enfant développera le goût de cette cuisine, alors que d'autres la trouveront dégoûtante.

 

On reste toutefois là dans un simple ajustage de fonctions qui sont programmées génétiquement. Ces ajustages sont eux-mêmes assez «durs», dans ce sens qu'on ne peut les modifier une fois effectués. (On ne peut pas changer d'orientation sexuelle, ou on garde le besoin de la nourriture de notre enfance). Mais d'autres parties du cerveau vont beaucoup plus loin: elles ont par principe besoin d'expériences de vie pour exister ou se construire, pas seulement pour s'ajuster.

 

Certaines parties du cerveau ne sont pas que de simples collections de réflexes en parallèle, comme le cervelet, mais des systèmes complexes, avec de nombreuses interactions et contre-réactions internes. Le plus important de ces centres, le cortex frontal, est, comme nous l'avons vu au chapitre V-10, notre «égo neuronal», c'est à dire le moteur d'inférence de la pensée, qui va produire l'enchaînement des pensées, intentions, désirs et émotions (chez la personne non-psychoéduquée). En particulier, il va produire toute l'imagerie intérieure, le cinéma qui se déroule en permanence dans notre tête, avec les pensées, sentiments ou émotions associées.

Le big bug à ce point est que toutes les pensées et expériences intérieures que ce système va produire vont arriver au système limbique, qui ne peut pas distinguer une expérience physique d'une image mentale, ni différentier les émotions associées! Le système limbique va dont étiqueter toutes nos expériences intérieures en «agréables» ou «déplaisantes». (c'est la raison pour laquelle un livre, un film, un jeu vidéo, une expérience virtuelle, une session de fantasme sexuel, peuvent avoir avoir le même effet qu'une expérience réelle, modifier notre psychologie, nos désirs, et même traumatiser aussi durement que le viol ou la torture).

Le système limbique va même, le pignouf, attacher ses jugements à des expériences qui n'en nécessitent pas du tout!

Ainsi, tandis que la conscience en formation explore toutes les facultés du cerveau, de la pensée, du raisonnement, des sentiments, de la sensualité, du corps, de la vie sociale, à chaque fois le système limbique va colorer toutes ces expériences en attirantes ou déplaisantes. Comme il ne dispose d'aucun critère pour ce faire, mais qu'il le fait toujours automatiquement, il va utiliser des critères annexes et non pertinents, comme le contexte, notre humeur du jour, la personne qui nous propose ces expériences, le tour de poitrine de la présentatrice de la télé, etc.

 

On comprend alors a quel point ce processus peut être vicieux: au lieu d'attacher son jugement «aime-n'aime pas» à la nourriture ou aux prédateurs, il va les attacher A NOS PROPRES FACULTES DU CERVEAU!

 

Et cela aura des conséquences profondes: la formation elle-même des fonctions du cerveau dépendant d'apprentissages neuronaux, eux-même contrôlés par le système limbique, ces fonctions seront développées, perverties, déformées voire supprimées, en fonctions des errements de notre bavardage intérieur au moment où nous les découvrons! Cela peut se produire pendant la petite enfance, à un âge où la conscience subit les injonctions du cerveau sans capacité d'introspection. Mais cela peut aussi se produire plus tard, par exemple à l'école: une expérience désagréable associée à une matière peut alors rendre la matière elle-même désagréable, ce qui ruine tout espoir de la maîtriser. C'est ainsi qu'on se retrouve par exemple avec la phobie des maths, qui deviendra un handicap constant par la suite. Quand nous découvrons les divers styles politiques ou activités sociales, à chaque fois le cerveau peut littéralement réprimer une de ses propres facultés! (Ou à l'inverse, créer des attirances pour des dangers ou des choses scabreuses). C'est ainsi qu'on peut se retrouver avec la compassion complètement incapable de fonctionner, ou incapable de se sortir d'une situation de soumission...

 

Ainsi, tout au long de sa vie, la conscience (neurologique dans ce cas) explore les différentes facultés de son cerveau, laissant tout au long de son passage des traces neurologiques sous forme de «aime/aime pas». Par la suite, quand une situation l'exige, elle repassera à ces endroits, et trouvera les traces précédentes. Elle tendra alors à préférer ou éviter ces endroits, enrichissant ou appauvrissant ainsi chaque faculté du cerveau. Elle pourra même construire des facultés palliatives, voire entièrement imprévues par les gènes. Par exemple, un handicapé qui apprend à peindre avec la bouche: il a construit ses propres circuits, avec son système d'auto-organisation.

 

On peut donc dire que le système d'auto organisation fonctionne ainsi: le cortex frontal (notre égo neuronal, générateur aléatoire de notre bavardage intérieur) fournit des pensées et émotions, que le système limbique (notre sens du plaisir ou du déplaisir) va étiqueter, ce qui effectue alors une sélection des capacités du cortex frontal. Dans beaucoup de cas malheureusement il en résulte une impitoyable élimination de ces facultés (phobie des maths, fachisme (phobie de la vie), insensibilité, soumission, etc.) mais parfois au contraire l'épanouissement d'autres facultés à un degré très supérieur à la moyenne (don artistique, centre du raisonnement d'Einstein). C'est ainsi que le processus d'auto-organisation du cerveau développe des circuits parfois complexes ou inattendus, et que chacun d'entre nous se bricole un cerveau unique, avec ses réussites et ses défauts, sans relation directe avec les gènes qui produisent le câblage du dit cerveau.

 

Ceci explique la variété des personnalités humaines, et aussi les incroyables défauts et perversions qu'on y trouve si souvent. Exemples:

-Certaines personnes aiment la terrible morsure de l'adrénaline, et regardent des films (thrillers, épouvantes) ou prennent des risques (défis dangereux) alors que ces choses sont épouvantables pour la majorité.

-Certaines personnes aiment les sensations physiques de l'effort (essoufflement, fatigue) alors que d'autres les détestent. Les premières se vantent alors de maîtriser une «souffrance» qu'ils ne ressentent pas, alors que les autres la ressentent! Evidemment, ces autres ont de moins bons résultats sportifs...

-Certaines personnes aiment les notions abstraites des mathématiques, et y sont à l'aise. D'autres ont besoin d'images concrètes pour les comprendre, d'autres ne le peuvent pas du tout.

-Certaines personnes ont développé une sensualité raffinée et une sensibilité à toutes les beautés de la vie, alors que d'autres traversent la vie dans un monde de stratégies sans but, insensibles aux autres ou à la nature.

 

(Ajouté le 19 Septembre 2017: preuves expérimentales.

La revue scientifique française «La Recherche» du 31 Août 2017 publie un article «Tous les cerveaux sont différents». C’est une interview d’un neurochirurgien, Hugues Duffau. Son expérience en chirurgie du cerveau confirme une des thèses de ce chapitre, et même au-delà: non seulement les neurones se connectent différemment d’une personne à l’autre, comme je l'explique, mais en plus ce ne sont pas forcément les mêmes banques de neurones (les mêmes plis du cerveau) qui sont mobilisés pour une fonction donnée! Cette assignation des neurones peut même évoluer avec le temps, et reconstituer une fonction perdue suite à une opération. Ainsi, non seulement chacun peut-il se construire son propre cerveau, mais en plus un neurone donné peut-il être (en schématisant) un neurone auditif chez une personne, et un neurone visuel chez une autre. Cette proximité matérielle des fonctions, voire leur intrication au même endroit, explique certaines hallucinations, quand par exemple un son produit une sensation de couleur.

Les troubles mentaux

La névrose n'est pas un fonctionnement particulier du cerveau, c'est au contraire son état «naturel». Toutefois aucune évolution n'a préparé notre cerveau à la vie dans les sociétés humaines. Il est donc nécessaire d'y adapter notre cerveau, par la pratique psychologique ou spirituelle. Ceci mène à un état de conscience «psychoéduqué», comme vu au chapitre V-11. A défaut de ce faire, eh bien on obtient tous les désordres psychologiques que l'on voit aujourd'hui, qui eux-mêmes conduisent à tous les désordres sociaux, politiques ou économiques qui encombrent notre monde. Et que je n'entende personne se plaindre si il ne fait aucun effort de psychoéducation: il ne fait que goûter à que ce qu'il a lui-même cuisiné.

Des troubles comme l'autisme pourraient s'expliquer comme vu plus haut: Pour une raison quelconque, le système limbique a marqué les relations sociales comme «désagréables», et donc l'enfant n'aime pas s'y investir. (Ceci n'est qu'une proposition, car d'autres causes ont possibles, y compris génétiques, et le débat scientifique est loin d'être clos). La dyslexie aussi pourrait résulter d'un simple «refus», mais dans ce cas la personne s'investit dans le domaine artistique, où elle développe alors des facultés supérieures à la moyenne.

(Le mécanisme précédent peut effectivement apparaître comme un «refus», mais il ne s'agit pas d'une décision consciente de la personne de pousser son cerveau d'une façon plutôt que qu'une autre. Au départ, il ne s'agit que de préférences, chez un bébé qui n'a encore aucune conscience de son libre-arbitre, ni des enjeux. Plus tard, on peut parler d'un échec de la personne à regarder les choses en face, à propos des impulsions du système limbique. Son fonctionnement correspond alors à l'inconscient des psychanalystes, sauf qu'il ne contient pas de stade anal et autres freudaines (chapitre V-1). Bien entendu l'introspection permet d'observer ces mécanismes, et par ce simple fait de les déjouer)

Les maladies psychiatriques pourraient aussi s'expliquer de cette façon. En particulier les troubles sociopathiques résultent de l'incapacité de la victime de réaliser que les autres sont aussi des personnes, ou bien de l'incapacité à s'investir dans le monde des émotions. Ces états pourraient résulter d'aberrations du processus d'auto-formation du cerveau. Par exemple si la vision binoculaire ne s'établit pas, un des yeux voit ses connexions au cortex visuel supprimées. Il devient amblyope, ce qui est tout de même une lésion sérieuse (un œil est inutilisable). L'apparition d'une sociopathie pourrait arriver de manière similaire: si les émotions ou le contact avec les autres ne sont pas intégrés à la personnalité, alors des connexions sont supprimées par le processus d'autoformation, et la personne devient «amblyope du cœur» (sociopathe).

Ajouté en décembre 2014: Les psychiatres professionnels tendent à confirmer cette explication

Toutefois les troubles psychiatriques graves entraînent une aliénation, c'est à dire une incapacité à percevoir la réalité (délires, hallucinations). Pour cela, il faut des altérations du cerveau bien trop profondes pour résulter de simples préférences personnelles. La meilleure preuve en est est que des médicaments peuvent agir dessus, alors qu'aucun médicament ne peut changer nos névroses telles que nos opinions politiques ou nos désirs amoureux: on a des médicaments anti-psychotiques, mais pas de médicament anti-communisme. En raisonnant en sens inverse, les psychopathies résulteraient donc aussi d'altérations du cerveau moins étendues, mais tout de même au-delà ce ce que la personne peut corriger ou compenser. Elles pourraient résulter de traumatismes, de gènes déficients, etc.

Et le karma?

Dans l'hypothèse où l'enfant est une réincarnation dotée d'un karma (prédispositions de psychologie ou de caractère), alors ce karma pourrait effectivement contrôler la maturation du cerveau, par le mécanisme auto-formateur ci-dessus. Ainsi, il pourrait former des cerveaux très différents, à partir d'un modèle génétique unique (ou peu de variations génétiques).

Ceci a pu conduire à l'idée que certains types de personnalité pourraient résulter de la réincarnation de consciences animales, voire extraterrestres.

Une telle prédisposition suppose toutefois que la conscience désincarnée puisse influencer la conscience neurologique, par le processus décrit au chapitre V-4 pour le libre-arbitre.

La question n'est pas simple, car la plupart des gens ne montrent que peu de libre-arbitre. Toutefois la cause en est plus une série de blocages empêchant son exercice (névroses, idéologies) qu'une impossibilité fondamentale. De plus, les conditions physiques nécessaires au libre arbitre (chapitre V-4) sont présentes dès que des réseaux neuronaux se forment, c'est à dire à partir du troisième mois. Dans le silence des idéologies et des émotions, plus l'absence de sensations de l'utérus, une conscience réincarnée pourrait alors influencer bien plus facilement la conscience neurologique. Ce qui expliquerait que les enfants naissent déjà avec une personnalité, voire les phénomènes parapsychologiques discrets qui accompagnent souvent la grossesse et la naissance.

 

 

 

 

 

 

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