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Epistémologie Generale        Chapitre V-10       

 

V-10 Evolution de la conscience:  de l'animal à l'illumination spirituelle

 

La conscience animale

(Etait une partie du chapitre 45 dans la version 1)

 

La conscience animale est l'état de conscience habituelle des animaux, incapables de libre arbitre, et même d'introspection. Sans parler de méditation. Beaucoup d'humains sont encore coincés à ce stade, et on les reconnaît souvent à leurs comportements stéréotypés ou répétitifs, leurs opinions aussi absurdes que péremptoires, ou à leur incapacité à remettre en cause leurs choix fondamentaux (comme d'être délinquant, soumis, etc.). Les jeunes enfants passent aussi normalement par ce stade.

Les scientifiques toutefois ne savent reconnaître que l'incapacité à faire des raisonnements. En effet, un animal typique n'a pas les aires du raisonnement ou des concepts développés. Un exemple amusant est qu'un chien peut facilement apprendre à ouvrir une porte, mais qu'il est très difficile de les lui faire refermer. Il est tout autant capable de le faire, mais il n'a pas assez d'anticipation pour comprendre pourquoi il faut les refermer. Toutefois il ne faut pas sous-estimer les capacités des animaux les plus évolués (dauphins, éléphants, singes...) qui peuvent se montrer capables d'avoir des plans à long terme, voire de se livrer à des activités que l'on penserait spécifiquement humaines: garder les troupeaux, peindre, se garder d'un tsunami, etc.

 

On a vu au chapitre V-2 que l'apparition d'un système d'autogénération de conscience aurait comme cause initiale la manipulation d'informations abstraites ou complexes (images, situations) par des cellules spécialisées rassemblées dans un cerveau. Or ces conditions sont apparues très tôt dans l'évolution des animaux (premiers cordés, ou premiers yeux, Cambrien, 500 millions d'années). Les capacités plus «humaines» comme les sentiments primitifs (désir, peur) n'ont pas tardé à apparaître, peut-être dès les poissons à mâchoire (Silurien, 425 millions d'années) et sûrement avec les vertébrés terrestres (Carbonifère, 340 millions d'années). Donc, en ce qui concerne notre conduite à tenir face aux animaux, on a une problématique similaire à celle de l'avortement, de savoir à quel moment exactement est apparue la conscience dans l'évolution de la vie. Probablement très tôt, comme pour les bébés. Donc on peut affirmer sans trop de risque de se tromper que des animaux primitifs comme les vers ont la capacité de ressentir la douleur, des poissons ont des ébauches de sentiments (Le Commandant Cousteau et Jojo le mérou) et tout mammifère, reptile ou oiseau a la conscience de soi. Ce qui implique que tout vertébré doit avoir des droits à la vie similaires à ceux d'un enfant, tandis qu'il faut épargner la douleur à tout animal possédant au moins des yeux ou une ébauche de cerveau. Nous verrons cela plus précisément au chapitre V-2 sur le cerveau, et au chapitre VI-4 sur l'éthique

Par contre rien de tel n'apparaît chez les plantes, même celles qui sont capables de mouvement. En effet ces mouvements se produisent de manière purement mécanique, comme pour une tapette à souris. Ce qui ne signifie pas pour autant que l'on puisse disposer des plantes à notre guise, voir chapter VI-7.

La conscience psychologique.

La conscience psychologique est l'état de base de l'humain adulte sans aucune psychoéducation. Cet état se caractérise en particulier par la soumission totale aux névroses: haine ou attachement envers des opinions, des personnes ou des choses, sur des critères sans signification comme la race, le sexe, le pays, la langue, le style, etc. Un tel état de conscience est évidemment lamentable et dangereux, conduisant son porteur à créer de toutes pièces des souffrances terribles dont il est souvent la première victime, comme les guerres. Toutefois on a vu au chapitre V-3 que, contrairement à la conscience animale, cet état offre tout de même une certaine liberté d'analyse et d'introspection, qui permet à la plupart des humains de plus ou moins échapper à cette triste condition, de comprendre le monde, et d'adopter des plans ou des attitudes plus en rapport avec les enjeux de la vie en société, du but de la vie, du bonheur, etc. On trouvera donc des gens dans toutes les étapes d'évolution entre l'état de soumission aveugle aux névroses, et un état plus raffiné, qu'il est coutume de qualifier de civilisé. Une minorité va plus loin que ce qui est habituellement requis par la civilisation, vers une maîtrise spirituelle.

Il est donc difficile de classer les gens, car des membres de peuples dits «primitifs» peuvent s'avérer de fins philosophes (voir le film «les dieux sont tombés sur la tête», dont l'acteur principal, un Bushman, est vraiment comme dans le film) tandis que des idiots incapables de raisonner peuvent emmagasiner des quantités de connaissances livresques et manifester l'apparence d'une civilisation raffinée. Le cas le plus général toutefois est celui de gens qui adhèrent aux idées ambiantes et se soumettent aux coutumes en cours (une forme atténuée de «syndrome de Stockholm»). Ces gens sont souvent capables de donner des justifications raffinées à leur attitude, bien qu'ils n'aient pas le recul nécessaire pour être capables de mettre ces justifications en perspective avec d'autres motifs. Ainsi leur adhésion à l'ordre établi n'est jamais un choix réel.

La conscience psychologique dispose tout de même de capacités d'introspection et d'analyse permettant d'étudier et de comprendre la réalité (si les gens décident de s'atteler à cette tâche, chapitre V-3). C'est ce que font les scientifiques en physique et sciences de la matière, tandis que les philosophes tenteront de trouver des choses comme le sens de la vie, l'éthique, etc. Dans la mesure où ils procèdent par observation et raisonnement, ces philosophes peuvent aussi être qualifiés de scientifiques. (En toute rigueur, ce devrait être aussi le cas des psychologues et des sociologues, mais les théories matérialistes qui règnent souvent dans ces domaines leur retirent justement le statut scientifique dont ils se réclament).

Vers la spiritualité

Toutefois, toute personne qui s'engage dans cette voie se retrouve vite confrontée à deux problématiques:

1) Des notions comme le but de la vie, ou le bien et le mal, sont fondamentalement définies par la conscience (chapitre V-5)

2) Trouver ces motivations, et vivre plus en accord avec elles, nécessite d'y adapter la conscience que nous avons héritée de notre cerveau (ou de la société). Dans un premier temps, il faut éliminer les névroses génératrices d'opinions et de sentiments sans fondements (et donc de souffrance et d'erreurs). Dans un second temps, il faut développer des qualités propres à la conscience, qui lui permettent de réaliser ses buts.

 

Quand une personne s'engage dans ce chemin, alors elle peut se qualifier de spirituelle, ce qui signifie littéralement «qui cultive son esprit». Le fait d'avoir un but précis défini par la conscience elle-même distingue fondamentalement la spiritualité de la psychologie. De plus, la psychologie ne proposant pas de but, elle peut nous fournir d'excellents moyens de nous fourvoyer.

 

Les mots «religion» et «spiritualité» sont souvent employés comme synonymes. Toutefois ils ne le sont pas du tout. On peut avoir un système de croyances, ou respecter des règles d'éthique, par pur conformisme social, sans avoir de démarche spirituelle; à l'inverse on peut chercher à comprendre et transformer notre esprit sans avoir de croyances ni d'engagements religieux. C'est ce que j'ai fait dès les années 70, quand j'étais complètement athée, à l'époque des communautés en France: pour pouvoir vivre ensemble sans lois et sans se disputer, j'ai compris qu'il fallait se débarrasser de nos défauts psychologiques. Ma première réussite dans ce domaine a été de guérir de la névrose de racisme que l'on m'avait inculquée étant enfant (j'ai vécu en Algérie de 11 ans à 13 ans, juste après la guerre). Il m'a fallu plus de vingt ans, mais elle a guéri sans traces ni rechutes. Et encore, j'étais seul, livré à mes seuls moyens: avec les techniques tantriques, c'est un exercice pour débutant qui ne prend pas plus que trois mois.

Si mon choix personnel a été de m'engager dans le Bouddhisme tibétain, ce n'est pas par préférence personnelle, ni pour me donner une «identité» ou un groupe pour me caser. C'est parce que c'est aujourd'hui la méthode la plus complète disponible. Et l'engagement formel fait partie de la méthode qu'il préconise. Personnellement, je préférerais être multicarte, ce qui me permettrait de pouvoir communiquer avec tout le monde, quelle que soit la religion. Pour cette raison, je les ai toutes étudiées, ne serait-ce qu'un peu.

Une pratique spirituelle permet donc de contrôler la conscience psychologique, de manière suffisante pour garantir au minimum une vie sociale harmonieuse et un bonheur stable. (Si de nombreux gouvernement les ont encouragées, c'est bien parce qu'elles permettent un fonctionnement harmonieux de la société). Les différentes techniques d'entraînement, d'introspection et de méditation permettent de voir nos névroses et autres défauts psychologiques, et de les corriger. (Les pratiques spirituelles supérieures vont directement à la seconde étape: la création d'un corps spirituel permet de supprimer les névroses en vrac, sans avoir besoin de les identifier d'abord.)

Toutefois c'est un processus long et exposé à plusieurs dangers: matérialisme spirituel, enflure de l'égo, sectes, fanatisme, faux guides qui nous exposent au désespoir et au suicide. Bref un long voyage semé d'écueils et de marais, que la plupart entreprennent au pif, sans carte ni boussole... Pas étonnant si on voit tant de spiritualistes éparpillés le long d'un véritable Chemin de Croix, où ils avancent péniblement, de secte en bourbier, de chutes en désillusions.

 

Heureusement les techniques spirituelles peuvent faire bien mieux qu'une sorte de psychothérapie ou technique d'harmonisation sociale. On a vu au chapitre V-3 que provoquer le libre-arbitre est un exercice à portée de toute personne normale qui veut vraiment le faire. Ce libre-arbitre ouvre alors la porte au contrôle direct de la conscience psychologique par la conscience spirituelle immatérielle (le processus d'autogénération logique propre de la conscience). Non seulement cela augmente considérablement l'efficacité de toutes les techniques précédente, mais en plus cela nous fournit des informations exactes sur le domaine de la conscience: la carte et la boussole pour explorer ce domaine. C'est déjà fabuleux, mais les traditions spirituelles de toutes natures proposent bien plus: l'acquisition de capacités magiques (pouvoirs parapsychologiques) et la survie après la mort, dans des mondes paradisiaques, sortes de mondes virtuels dont nous contrôlons les conditions de vie à notre avantage. Et il est remarquable que cela arrive aussi bien dans les monastères Catholiques que dans les gompas tibétaines, les ashrams hindous ou les montagnes Taoïstes, malgré les incroyables différences de méthodes ou de conceptions métaphysiques.

 

Il existe de nombreuses techniques spirituelles, et le but de ce chapitre n'est pas de les décrire. Rappelons juste brièvement quelques unes: la pratique correcte de la méditation permet des choses aussi diverses que de corriger les névroses, d'accéder au calme mental (ou maîtrise mentale) ou d'accéder au libre arbitre. Des méditations plus difficiles, comme la Vacuité ou le Tantrisme, sont encore plus efficaces à ces fins mais elles offrent en plus d'accéder aux pouvoirs, même si ce n'est pas leur but premier.

 

Toutefois sur notre route nous allons rencontrer encore un ennemi, beaucoup plus coriace que tous les autres: notre égo. Pourquoi plus coriace? Ne sommes-nous pas équipés pour annihiler toutes les névroses, y compris l'égoïsme ou attachement à soi-même? Cela est effectivement assez facile, et on peut même développer des motivations altruistes dans la foulée. Toutefois l'égo profond a une toute autre nature qu'une simple névrose d'égoïsme, ce qui rend sa destruction bien plus difficile, et surtout cruciale. Mais d'abord, de quoi s'agit-il?

Quelle définition de l'égo?

Pour le profane, l'idée de détruire l'égo paraît souvent étrange, voire inquiétante. C'est que ce mot peut désigner des choses très différentes, selon des systèmes philosophiques multiples, parfois fantaisistes ou menteurs. Ces définitions ne parlent tout simplement pas de la même chose, et elles peuvent donc impliquer des conduites à tenir totalement opposées. D'où la nécessité de commencer par clairement définir ce dont on parle dans ce chapitre, et que nous appellerons donc «ego» dans la suite, indépendamment du sens de ce mot dans d'autres systèmes de pensée.

 

Pour le grand public, les mots «ego», «égocentrisme», «égoïsme», réfèrent simplement à une trop grand importance attachée à soi-même, au détriment des autres, de leurs intérêts ou de leurs points de vue. C'est une simple névrose, un problème psychologique comme nous en avons tous, qui peut se guérir par des méditations faciles, incluant un travail sur nos motivations dans la vie. Mais il est important de le faire, pour le succès de nos relations familiales ou sociales (chapitre V-12). Nous baserons également l'éthique (chapitre VI-2) et l'économie (chapitre VI-8) sur l'élimination de l'égocentrisme. Dans les cas d'égocentrisme fort, on parle alors de narcissisme, qui peut être un symptôme de psychose, nécessitant un traitement psychiatrique (chapitre V-13).

Dans des milieux tels que la psychologie, les intellectuels «de gauche», le Nouvel Age, les «thérapies» ou du «développement personnel», le mot «ego» est sensé se référer à la défense de soi face à des attaques, ou face à des conditionnements sociaux. Il est évidemment légitime de se défendre de toute tentative pour nous manipuler, exploiter ou voler notre énergie, et pour ce faire toute technique ou explication est la bienvenue. Surtout, chacun doit pouvoir découvrir et épanouir ses capacités, et se construire une personnalité riche, originale et heureuse, à l'aide de nombreuses méthodes, spirituelles on «non spirituelles».

Toutefois cela ne doit jamais se faire au détriment des relations sociales normales, qui doivent tenir compte des autres, de leurs intérêts et désirs légitimes. Un grave problème, dénoncé tant par les professionnels de santé que par la lutte contre les sectes, est que le «développement personnel» se fait souvent au détriment des autres: fortification de l'égocentrisme, transgression des limites sociales, assurance outrecuidante, etc. Ce risque est très réel, et j'ai effectivement connu plusieurs personnes aimables qui sont devenues arrogantes ou colériques suites à de telles «thérapies». Il est d'ailleurs intéressant de voir des faux gourous du Nouvel Age troquer les cheveux longs contre le costume-cravate, et offrir aux entreprises des «prestations» bien plus rémunératrices. Avec leurs victimes liées par la crainte du licenciement...

Mais cela ne touche pas que les «sectes»: la société «normale» voit aussi bien le matérialisme «de gauche» et le «libéralisme» de droite pousser ensemble à l'individualisme et à la déstructuration de la société, d'où l'augmentation effarante du nombre de divorces, de suicides, de parents isolés, de célibataires... Le capitalisme entretient l'individualisme comme «valeur» fondamentale, comme auto-justification du comportement loufoque de ses seigneurs, mais c'est surtout un excellent moyen d'asservir les populations. Et plus il y a d'individualistes, plus les gens normaux sont forcés de se réfugier eux aussi dans la solitude pour se protéger, au point qu'il est aujourd'hui de plus en plus difficile de vivre en couple, de gérer une association, voire même... pour un enfant, de garder des parents!! C'est un fantastique échec des idéologies matérialistes et individualistes de tout bord, un cancer sournois qui ronge nos sociétés et nos cœurs de l'intérieur... car justement, le bonheur ne peut venir que de ce que les autres nous offrent! L'individualisme est précisément le principal obstacle pour cela, car qui désirera nous offrir quelque chose, si nous n'offrons rien nous-mêmes?

Il convient donc de se garder, tant des margoulins qui proposent des «spiritualités nouvelles» que des sourires politico-médiatiques mielleux, et de ne chercher à transformer notre esprit que dans le cadre d'une démarche spirituelle sérieuse et indépendante, qui nous aidera à nous construire nous-mêmes, tout en favorisant la sensibilité aux autres, au lieu d'opposer ces deux aspects. Cet équilibre est ce qui permet aux relations sociales de fonctionner normalement, c'est à dire dans les deux sens, des autres vers nous ou de nous vers les autres. Les pratiques spirituelles de base sont très utiles à cela, en fournissant des motivations compassionnées et des moyens efficaces de contrôler nos névroses, voire de les guérir.

Une autre conclusion importante est de ne pas utiliser le mot «égo» pour désigner notre personnalité, ou la défense de celle-ci. Une telle définition est dangereuse, car elle entraîne une confusion: en spiritualité, on dit que l'on doit détruire l'égo. Avec cette fausse définition, cela signifierait qu'il faut détruire notre personnalité, ce qui est aussi faux que terrifiant.

 

En effet, en haute spiritualité, on entend parler de destruction complète de l'ego, de non-soi, d'ataraxie, de dissolution de la conscience dans le Grand Tout... Diantre! Ça ne donne pas très envie d'aller y voir...

En fait ces expressions sont le résultat de traductions approximatives de concepts souvent mal compris, diffusés dans la littérature spiritualiste du début du 20ème siècle. La réalité est toute autre: en haute spiritualité, loin de se diminuer, on se préoccupe au contraire de bâtir un fantastique corps spirituel, appelé de différent noms tels que «corps de lumière», «corps d'arc-en-ciel», «corps de Vajra», etc. à l'aide de méditation avancées, Yoga, Tantras, Vacuité. Selon les orientations spirituelles, le résultat est «appelé état de Bouddha», «illumination», «sainteté», etc. Il s'agit donc d'un état très enviable, qui se caractérise, non seulement par une gentillesse et une sagesse extrêmes, mais aussi par une totale maîtrise de notre esprit, et l'élimination de toutes les illusions tant du monde que de l'esprit. Et bien entendu, il n'y a pas perte de conscience, mais au contraire augmentation, vers des préoccupations bien plus vastes que nos seuls intérêt personnel ou désirs matériels!

Bon, on se doute que des tas de gens peuvent nous mentir en prétendant posséder un tel état: comment pourrions nous en juger, si nous ne le possédons pas nous-mêmes? Mais dans toutes les religions, des monastères Catholiques aux neiges du Tibet, il existe un test, et un seul: une personne ayant obtenu cet état manifeste des pouvoirs parapsychologiques. Miracles, odeur de sainteté, morts qui ne se décomposent pas... Pas moyen de tricher avec ça!

Ce qu'est vraiment l'égo, pourquoi il faut le détruire, et ce qui arrive quand on le fait.

Mais nous avons vu dans les chapitres précédents que le libre-arbitre, le choix du bien, la sagesse, l'amour, les pouvoirs parapsychologiques, ont tous un point en commun: d'être le résultat d'une action de la conscience sur le cerveau.

Rappelons que l'état de conscience psychologique est le résultat de la seule activité du cerveau. En effet, les neurones faisant partie du monde physique (du processus d'autogénération logique du monde physique), ils ne peuvent qu'obéir à leur propre déterminisme, c'est à dire aux lois de la physique (règle 5, chapitre III-3). Dans ces conditions, ils ne peuvent pas recevoir d'information de la conscience, et en particulier ils ne peuvent pas produire de libre-arbitre, ni de perceptions extrasensorielles. Et leur capacité à produire science, bien ou sagesse sont conditionnées à un long processus d'essais et erreurs. Mais surtout, les neurones n'étant que des objets physiques, ils ne peuvent pas influencer le monde physique autrement que par leur action physique naturelle (les muscles): pas de télékinésie ni de miracles! (Bon, d'accord, tout le monde sait ça... mais encore fallait-il l'expliquer par un raisonnement logique, et non par un dogme).

Toutefois, nous avons vu au chapitre V-3 qu'il existe des exceptions: le libre arbitre permet à la conscience de contrôler le cerveau, pour le plier aux motivations propres à la conscience (chapitre V-5). D'autres phénomènes fortuits comme les NDE et les instants de super-conscience le permettent également.

Or tout l'entraînement de la haute spiritualité (Yoga, Tantras, Vacuité) consiste essentiellement à fortifier ce contrôle: la conscience a de plus en plus de pouvoir sur le cerveau. Et, ce faisant, la personne échappe de plus en plus aux déterminismes des neurones physiques (qu'ils soient génétiques, psychologiques, ou le résultat de manipulations sociales).

Donc, au bout d'un moment, la conscience finit par prendre le dessus sur les neurones! L'activité physique des neurones est déterminé par la conscience!

Les conséquences sont multiples, et facilement observables:

-La personne ne recherche plus ce qu'est le bien, elle le sait (c'est logiquement un des tout premiers messages de la la conscience).

-La personne poursuit de plus en plus les motivations propres à la conscience, telles que l'amour, l'art, la science, etc.

-Les émotions ont moins de prise sur la personne, même si elle les ressent toujours (souvent plus fortement). Même la douleur physique perd de son pouvoir (Par contre les plaisirs peuvent augmenter: l'orgasme psychique d'un yogi de base est déjà dix fois plus fort que l'éjaculation d'un moldu!)

-Et surtout, une fois que le processus d'autogénération logique de la conscience a pris pouvoir sur le cerveau, il n'a aucune raison de limiter son influence sur le monde physique à ce seul cerveau: une personne suffisamment avancée peut alors manifester des pouvoirs parapsychologiques, d'abord de prémonition (plus faciles) puis des actions directes sur le monde physique (miracles).

 

Ainsi, toutes les caractéristiques extraordinaires et enviables de l'éveil spirituel ultime peuvent se résumer à la seule prise de pouvoir du processus d'autogénération logique de la conscience sur le processus d'autogénération logique du cerveau qui la porte. Cette condition permet alors à la personne, non seulement de manifester sans interférences les motivations propres à sa conscience (le bien), mais en plus, avec suffisamment d'entraînement, elle peut même modifier le monde physique autour d'elle. En clair, faire des miracles.

 

Je trouve absolument extraordinaire qu'une théorie aussi simple que celle de l'autogénération logique, qui ne diffère de la science classique que par deux phrases (les deux principes métaphysiques du chapitre III-2), permette de rendre compte logiquement aussi bien ce qui se passe dans les temples de la haute physique (mécanique quantique, créations de domaines, catégories de particules...) que dans les laboratoires de la haute spiritualité (Définition du bien, sens de la vie, sainteté, miracles) et bien d'autres choses.

 

Mais revenons à notre égo.

 

A la lumière de ce qui précède, je donne cette définition de l'égo neuronal: l'égo est tout simplement l'activité des circuits du cerveau qui produisent nos motivations, mobiles, désirs, plans d'action. Le cortex supérieur, disent les neurologues. Pour parler comme les informaticiens, c'est le moteur d'inférences du cerveau! Bien évidement, tant qu'il est seul au gouvernail, il ne peut y avoir d'autres commandant, et surtout il n'y a personne pour indiquer où le navire doit aller!

(Attention que le mot «égo» dans tout ce qui suit se réfère précisément à cette définition, et aucune autre! Pour éviter les confusions, je parle «d'égo neuronal». Pour la névrose, je parle de «névrose égocentrique». Pour la personnalité, je parle de personnalité, au lieu de semer la confusion avec de la novlangue pas cher)

Toutefois, cet égo neuronal n'étant qu'un phénomène purement physique, il n'a normalement aucun accès aux données intrinsèques de la conscience: le bien le mal, le bonheur, la souffrance, ou les motivations vues au chapitre V-5. C'est la raison pour laquelle l'égo des gens produit, au sein de chaque individu, des traits de personnalité désirables ou malheureux, au hasard, et souvent contradictoires. C'est aussi la raison pour laquelle il peut nous faire agir contre notre intérêt (comme irriter un conjoint, se droguer, ou ignorer le changement climatique) et qu'il peut même nous faire incroyablement souffrir, de nos propres mains! Evidemment, pour un phénomène physique, c'est facile, puisque ce n'est pas lui qui souffre!

On se doute qu'il produit l'égocentrisme. Mais son influence est bien plus vaste, et surtout bien plus subtile: Même si le cerveau décide de devenir altruiste, c'est encore l'égo neuronal qui organise cet altruisme! On a alors par exemple des individus qui font des gestes altruistes, mais qui contrôlent la façon dont ils sont reçus... Une scène malheureusement courante chez les hommes d'église et certains humanitaires, et qui est à l'origine de nombreuses souffrances. Ainsi l'égo neuronal prend toujours le pouvoir sur notre pensée, quelles que soient nos motivations. On comprend donc pourquoi il fait vraiment lui faire un sort, à cet égo, et pourquoi seuls ceux qui l'ont totalement détruit sont appelés des saints.

En conséquence, on peut définir l'éveil spirituel comme un processus de prise de pouvoir de la conscience sur cet égo neuronal (sur le cerveau) qui va s'accompagner d'une réforme progressive mais profonde de l'individu, sa façon d'appréhender le monde, ses motivations, pour les rendre plus conformes aux motivations de la conscience, au détriment des motivations névrotiques, psychologiques, génétiques.

C'est donc une transformation qui est intrinsèquement bénéfique, qui sert toujours nôtre intérêt, et aussi celui des autres, même si le résultat peut être très différent d'une personne à l'autre (On ne devient pas forcément un Gandhi).

Toutefois cette prise de pouvoir va encore plus loin que le changement de personnalité, car ce contrôle produit divers phénomènes parapsychologiques utiles à notre activité altruiste. Elle génère également le corps spirituel que nous auront après notre mort, nous assurant de conditions agréables à ce moment, au lieu d'atterrir dans des mondes désagréables ou sinistres.

 

Mais l'égo ne va pas céder les commandes si facilement. Il va même se défendre, le bougre, comme on va le voir.

La résistance de l'égo

Pourquoi n'est-ce pas facile? Tout simplement parce que l'égo est présent en permanence, gouvernant la moindre de nos pensées, alors que la conscience n'agit que de manière évanescente, intermittente, rare.

Il faut comprendre comment il fonctionne. C'est la partie du cerveau qui organise nos intentions et nos actions, le cortex frontal (en simplifiant). Chez l'animal, une émotion va susciter le désir d'atteindre un certain but, et produire des actions en conséquence: se déplacer, attaquer, fuir. Chez l'humain, on a le même processus, mais en plus complexe: une expérience de vie, émotion, rencontre, lecture, nous fait adhérer à une opinion, à une religion, à une façon de voir le monde. Cela peut impliquer des plans sur des années, comme par exemple étudier pour avoir un métier. Et, avec notre projet en tête, nous allons, jour après jour, organiser et exécuter des quantités d'actions, en fonction de ce projet. Nous pouvons certes changer de projet (changer de philosophie, de religion, etc.) mais il faut pour cela des faits majeurs dans notre environnement (mariage, rencontres...)

Le cortex frontal du cerveau contient des milliers de circuits capables de prendre des décisions et d'organiser des plans d'action en conséquence. C'est même lui qui produit toutes nos pensées, d'instant en instant, nos sentiments, nos réactions. Toutefois notre égo neuronal n'est pas «une autre personne» avec des intentions différentes des nôtres. On peut donc le contrôler, avec des techniques de méditation appropriées.

On peut tenter la comparaison avec «l'inconscient» des psychanalystes, du fait que c'est lui qui organise nos réactions émotionnelles et prend toutes nos décisions sans que nous nous en rendions compte. Toutefois les psychanalystes parent leur «inconscient» de vertus magiques dont il est bien incapable: l'égo neuronal n'est qu'un logiciel, il n'a ni intention, ni plans, ni conscience. Il n'est pas un manipulateur diabolique, ni un obsédé sexuel, ni un réservoir inépuisable de saletés cachées que nous ne pourrions pas voir, alors que nos ennemis le pourraient très facilement!

On comprend donc qu'un des tous premiers exercices, dans tous les courants spirituels, est de canaliser ce flux permanent de pensées, notre bavardage intérieur, par la méditation, le silence intérieur, la récitation de prières, versets, mantras, etc.

Mais on comprend aussi que c'est une tâche quasi impossible: quand nous désirons nous engager dans un entraînement spirituel, alors notre égo s'empare de cette nouvelle motivation, et c'est lui qui va organiser notre entraînement, réciter les mantras, attendre des résultats, et se mettre en colère parce qu'ils n'arrivent pas! L'égo peut même vouloir organiser sa propre destruction, mais c'est justement la seule chose qu'il ne peut pas faire, d'où l'échec assuré de toute démarche égotique pour atteindre l'éveil.

Cette prise de pouvoir de notre égo sur notre vie spirituelle est responsable de phénomènes tels que l'arrogance du nouveau disciple, qui va vouloir convertir tous les autres avant même d'être instruit lui-même. C'est aussi lui qui anime les fondateurs de sectes et de théories conspirationnistes: suite à une première expérience spirituelle, ils se font «leur vérité», mais leur égo enflé est ensuite incapable de se remettre en cause lors d'autres révélations complémentaires. C'est encore notre égo qui nous fait trouver le temple et les enseignements si attrayants qu'il focalise toute notre énergie dessus, jusqu'à ce que d'autres expériences nous les fassent trouver ennuyeux, et notre pratique quotidienne une corvée. Beaucoup de disciples abandonnent alors: l'égo a gagné. Une victoire qui n'a d'ailleurs aucun sens, puisque l'égo n'est pas «quelqu'un» qui profiterait de sa victoire, il n'est qu'un processus inconscient, un logiciel.

Les Musulmans appellent le diable «le chuchoteur», parce qu'il n'a aucun pouvoir, seulement de nous suggérer des mauvaises actions. Pour l'égo, c'est le contraire: on pourrait l'appeler «le muet» parce qu'il ne nous parle jamais. Par contre, il a tout pouvoir sur nos émotions, nos opinions, nos intentions, nos projets, nos désirs, et la moindre de nos images intérieures. Il nous connaît bien mieux que nous-mêmes, toutes nos faiblesses, tous nos désirs secrets. On comprend donc la difficulté à s'en affranchir. On ne le peut d'ailleurs pas, tant que la conscience non-physique ne prend pas le dessus.

Toutefois, il existe de nombreuses techniques pour le contrôler à ce moment: toutes les voies spirituelles comprennent des pratiques de création et d'entretien de notre motivation (amour d'autrui, recherche de la sagesse). Il est en effet relativement facile de donner à notre égo des motivations correctes à mettre en oeuvre, et de l'embaucher dans des rôles spirituels (Juste, disciple, moine, yogi...). Là, au moins, il travaille pour nous, au lieu de contre nous.

Et même si on n'est pas «dans une religion», on peut toujours le placer dans des rôle de bon époux, bon parent, bon citoyen, écolo, humanitaire, etc. Au moins, là, il ne nous fera pas ruiner notre propre vie!

 

On comprend alors pourquoi, dans le film «Little Bouddha», le Bouddha appelle son égo «architecte». Le dialogue (évidemment allégorique) vaut son pesant de tsampa, et je le transcris tel quel:

(Après que le Bouddha eut vaincu les tentation et converti la colère en sérénité, son égo lui apparaît comme un reflet exactement identique à lui-même. Et l'égo dit:)

L'égo: Toi qui va là où jamais encore nul n'a osé aller, puis-je t'appeler mon dieu?

Bouddha: Architecte!

Bouddha: Enfin je te rencontre!

Bouddha: Tu ne reconstruira pas ta demeure

(L'égo commence à faire une sale tête)

L'égo: Mais regarde-moi, je suis ta demeure

L'égo: et toi tu vis en moi

Bouddha: Oh seigneur de mon égo

Bouddha: Tu es pure illusion

Bouddha: Tu n'as aucune existence

Bouddha: Ta Terre en témoigne (et il fait son fameux geste de toucher le sol)

(L'ego n'est plus capable de maintenir aucune illusion, et il revient à sa trogne intrinsèque de Mara, le seigneur des illusions, avant de se dissiper, comme toute illusion.)

 

Pour quelqu'un qui n'y connaît rien, ces paroles paraissent hautement incompréhensibles et fantaisistes. Elle sont pourtant exactement conforme au canon bouddhiste, et elles s'expliquent parfaitement à la lumière de ce chapitre:

L'égo est appelé «architecte», parce que c'est lui qui a construit toute la personnalité neuronale du Bouddha, la «demeure» dans laquelle vivait sa conscience, et dont les personnes ordinaires ne peuvent se passer. Mais quand on recherche l'éveil, toute la personnalité psychique déménage vers une autre demeure, entièrement dans le domaine de la conscience, où elle aura de bien meilleurs meubles et un palais sans limite! La personnalité neuronale n'apparaît alors plus comme une demeure, mais comme une prison. Et qui plus est, une prison aux murs lépreux, pleine de vieux trucs gris, de fauteuils défoncés et de mauvais souvenirs. D'où l'intérêt à ce que l'ego cesse de «construire cette demeure» (une chose qu'il sait faire très vite, il suffit d'un instant d'inattention, pour se retrouver à nouveau avec des opinions, des névroses, etc.) Mais l'égo veut continuer à exister à tout prix, même si pour cela il doit devenir esclave! (Sa première répartie dans le dialogue)

Et le moyen de se débarrasser de l'égo? De reconnaître qu'il n'a pas d'existence intrinsèque! C'est à dire de ne plus prêter attention à tout son bavardage, idées, sentiments, etc. par lesquels il tente de garder la première place, face à la conscience. Il nous faut reconnaître que ce n'est PAS NOUS! Notre véritable personnalité, c'est notre conscience immatérielle, pas le logiciel du cerveau.

Pof, licencié, l'égo. Et sans indemnités. A la poubelle, comme le plâtre d'un blessé une fois guéri. Et je vous garanti que quand ça nous arrive, on n'a pas envie de garder le plâtre en relique! Il a fait partie de nous pendant de longs mois, il nous a soutenu tout en nous faisant souffrir... Mais maintenant nous sommes libres d'aller gambader dans le pré, alors basta le plâtre.

 

Penser que l'égo n'est «pas nous» pourra semble bizarre, puisque, justement, c'est lui qui nous cuisine tout ce que nous pensons être «nous». C'est pourtant bien ainsi qu'il faut penser, et j'ai eu la chance de m'en rendre compte très jeune, encore enfant, alors qu'une grande majorité ne le comprend jamais:

J'étais à l'époque pour la modernité, et par conséquent pour les trains électriques et contre les trains à vapeur, le genre d'idées naïves qu'on a quand on est enfant. Lisant le livre de Pierre Clostermann «Le Grand cirque», je fus horrifié par le sort horrible des conducteurs de locomotives à vapeur touchées par des tirs Alliés. S'éleva alors dans ma tête cette idée «c'est bien fait pour eux, ils n'avaient qu'à pas avoir des locomotives à vapeur». L'absurde d'une telle proposition m'apparut immédiatement, et, depuis, je me méfie toujours des idées «évidentes» qui apparaissent ainsi dans notre esprit, même si j'ai mis longtemps à comprendre d'où elles viennent et ce que cela signifie.

Hmmm, et beaucoup de politiciens feraient bien d'en prendre de la graine, avant d'affirmer que tous les problèmes viennent d'une seule race ou catégorie sociale...

 

La destruction de l'égo est probablement à l'origine de diverses expressions bizarres ou inquiétantes utilisées dans la littérature spirituelle du début du 20eme siècle: «dissolution de la personnalité», «surrendering» (littéralement, «se rendre», comme quand on perd un combat). La méditation à ce state consiste en effet à abandonner l'obéissance aux injonctions de l'égo neuronal, et y préférer les données de la conscience spirituelle. Quand ce processus commence, on peut effectivement ressentir l'impression d'une perte, d'abandonner notre personnalité, de se laisser aller à quelque chose d'inconnu et évanescent. C'est à ce moment qu'il faut «se rendre» et accepter le processus, en ne le considérant pas comme une menace ou une perte, mais au contraire comme une libération, une arrivée dans un monde bien plus vaste, la découverte d'un nouveau «moi» angélique et merveilleux. Ce n'est pas «nous» qui nous nous rendons et nous nous soumettons, c'est l'égo neuronal! Et le vaincoeur, le maître, c'est «nous» la conscience spirituelle!

 

Mais revenons à notre souci: si c'est notre égo qui construit notre personnalité, notre «demeure» comme dit le Bouddha, n'est-il pas dangereux de s'en débarrasser?

Ne pas détruire l'égo trop tôt

Toute la question est de savoir quand on le fait.

Chez l'humain ordinaire, où la conscience n'a pas de pouvoir, (ou rarement, comme des instants de super-conscience), il n'y a tout simplement pas de choix: notre égo neuronal (dans le sens défini ci-dessus) est la seule chose qui nous définit. Notre cerveau seul va définir nos sentiments, nos idées, nos goûts, nos intentions, nos plans. C'est le rôle principalement du cortex frontal, mais aussi d'autres parties du cerveau qui vont déterminer nos goûts, notre sensibilité, notre orientation sexuelle (chapitre VI-5), etc. Des contingences de la vie telles que des rencontres avec d'autres personnes, ou avec des religions, des philosophies, vont aussi déterminer nos opinions, nos attirances, voire des relations telles que l'amitié, l'amour, ou être un disciple.

C'est ainsi que toute notre personnalité se construit... Et on ne peut d'ailleurs pas faire autrement! Renoncer à notre égo neuronal à ce moment nous priverait de beaucoup d'opportunités. D'où l'intérêt de toujours continuer l'épanouissement de cette personnalité, tant que nous n'avons pas atteint le stade où notre conscience prend le contrôle de cette construction. Toutes les voies spirituelles sérieuses y encouragent d'ailleurs: apprendre des expériences dans le monde, et n'envisagent les retraites que temporairement, ou aux étapes finales.

On peut se demander ce qui arriverait si on détruisait l'égo trop tôt. Certaines religions affirment que nous pouvons nous réincarner, et poursuivre notre évolution jusqu'à ce que nous atteignons l'éveil spirituel. Toutefois, même si on a des indications comme quoi la réincarnation existe, par contre on n'a aucune preuve que tout le monde se réincarne. Les NDE semblent même plutôt prouver le contraire: malgré la brièveté de l'expérience, les personnes construisent rapidement un fort attachement à leur nouvelle condition dans le monde spirituel, et regrettent de retrouver le monde physique! Donc il semble que les NDE, et la mort en général, en inactivant radicalement l'égo neuronal, forcent les personnes à ne se servir que de leur conscience, et que ce processus devient probablement irréversible en peu de temps.

On a certes alors un accès bien plus direct au monde de la conscience (la «lumière» des NDE, qui nous apprend tant de choses), mais rien ne dit que l'on puisse encore se construire une personnalité originale dans ce monde! Et j'ai pas envie de me retrouver en un de ces angelots à fesses roses, tous identiques et tous soumis!

Pire, cette conscience, qui, à ce stade, imite parfaitement la conscience neuronale, va alors emporter toutes ses névroses et fausses opinions dans le monde spirituel! Et elle ne pourra pas y apporter CE QU'ELLE N'A PAS APPRIS. Quand on voit la naïveté des adeptes du Nouvel Age, le fanatisme encore si fréquent dans les anciennes religions, ou l'ignorance crasse qui frappe tant d'athées, on est atterré à l'idée que ces personnalités incomplètes, immatures, se retrouvent dans un monde spirituel sans rien pour se créer une personnalité harmonieuse!!! Et les conséquences risquent d'être bien pires que sur Terre: ces mondes spirituels étant des projections de notre propre esprit, on a donc toutes chances de se retrouver dans des mondes très désagréables, voire infernaux! Et sans aucun moyen d'évoluer pour en sortir!

On peut toujours supposer que ces personnalités immatures trouveront là-haut des gentils enseignants qui leur permettront de compléter leur personnalité et de la purifier des tendances malheureuses. Mais justement, on suppose, dans un domaine d'où aucun journaliste n'est jamais revenu nous décrire ce qu'il a vu. Même si on peut évoluer dans les mondes spirituels, ce pourrait être beaucoup plus long et beaucoup plus difficile que dans le monde physique. Dans le monde physique, au moins, on a ce cerveau fantastique, qui nous permet de réfléchir et de prendre rapidement de la distance par rapport à nos opinions et émotions, et reconnaître une hallucination de la réalité. Même si ce cerveau ne fournit pas un modèle absolu, ce n'en est pas moins l'outil le plus puissant connu, et de loin, qui permet d'approcher la vérité par un processus d'essais et erreurs. Il permet de travailler, d'apprendre. Alors que les mondes de l'esprit pourraient n'être qu'une sorte de rêve, où les mêmes scènes se répéteraient indéfiniment sans que nous puissions jamais prendre le recul nécessaire pour contrôler cette expérience.

 

L'investissement par la conscience de son nouveau monde a un modèle assez connu: celui de l'investissement d'un monde virtuel par une personne physique. Beaucoup de gens cachent alors des traits défavorables: grand âge, handicap. Certains modifient des trait de personnalité plus ordinaires: race, taille, espèce, etc. s'investissant alors dans des personnages de pixies, de créatures fabuleuses. Certains changent de sexe, ou vivent dans le virtuel un penchant homosexuel qu'ils ne souhaitent pas essayer dans le monde physique. Bien sûr, investir un monde virtuel ne permet pas de changer notre psychologie, mais on peut supposer que si les gens pouvaient, beaucoup élimineraient aussi leurs traits de personnalité déplaisants. C'est même sûr, quand on voit le nombre d'adeptes des mondes virtuels qui spécifient «pas de psychodrame» dans leur profil!

 

Une comparaison très parlante du rôle de l'égo est avec le moule d'une statue de bronze. Ce moule est réalisé en matériaux humbles (argile et crottin de cheval, pour les cloches de cathédrale!), fragiles en non durables. Mais au fur et à mesure de sa fabrication, il va pourtant prendre une valeur considérable, de travail accumulé, et aussi du savoir-faire de l'artiste: si le moule est détruit à ce moment, personne d'autre ne peut le refaire. Par contre, une fois que le bronze y est coulé, alors toute cette valeur est transférée immédiatement au métal, et le moule, si précieux quelques heures auparavant, devient une gangue gênante, qui sera impitoyablement détruite et éliminée. Idéalement, la statue doit sortir parfaite du moule, mais on comprend que des retouches de détail puissent encore être nécessaires à ce stade.

On aura bien sûr compris que le moule représente l'égo neuronal, et la statue la conscience immatérielle: le premier est indispensable à la construction d'une conscience structurée, évoluée et surtout originale. Mais une fois cela fait, ce moule doit obligatoirement être détruit, sinon il étouffe la statue! Pourtant, le détruire trop tôt serait une catastrophe: la statue serait incomplète, malformée, avec de mauvaises proportions. La rectifier demanderait alors bien plus de travail ou de temps que de terminer le moule, et des outils bien plus puissants! On comprend donc que l'on a tout intérêt à vivre aussi longtemps que l'on peut, et à tirer le maximum d'expériences et d'évolution de cette vie. Même ceux qui atteignent l'éveil suprême durant leur vie ne se suicident pas, car il y a toujours des choses à apprendre, des expériences à gagner. Simplement, à ce stade, les acquisitions vont directement à la conscience spirituelle.

 

Pour résumer, je pense que toute personne devrait avoir deux objectifs dans sa vie:

1) Développer sa personnalité «ordinaire» (apprendre, explorer, mais aussi guérir névroses et psychoses)

2) Rechercher l'éveil spirituel et développer sa personnalité spirituelle (son corps spirituel).

Chez l'humain ordinaire, ces deux objectifs ne sont nullement incompatibles. Le second ne passe avant le premier qu'aux stades ultimes (avec des choses comme des retraites, etc.) Les voies spirituelles demandent de toutes façons de ne pas négliger 1), et même si on choisit la vie monastique, cela n'empêche pas d'étudier, de lire, et de cultiver des relations harmonieuses avec les compagnons de monastère.

Si on meurt avant d'avoir accompli 2), on a toujours 1) de gagné, ce qui nous assurera déjà des conditions plus intéressantes dans l'après vie.

Le cas le plus navrant est celui des enfants qui meurent jeune, parfois avant même de naître, sans avoir eu la chance de développer ne serait-ce que les bases de 1). Ceci nous conduit à un important point éthique: de nous assurer bien sûr que les enfants ne meurent pas, mais surtout qu'ils bénéficient tous le plus tôt possible d'une ouverture à toutes les connaissances disponibles. La non-dualité entre 1) et 2) conduit à un autre point d'éthique important: les pratiquants d'une voie spirituelle ne doivent pas se désintéresser su monde. C'est aussi une des raisons pour laquelle aucune voie spirituelle correcte ne nous demande de nous suicider.

La non-dualité entre égo neuronal et conscience spirituelle.

L'opposition entre l'égo neuronal et la conscience spirituelle n'est qu'un cas particulier de l'opposition entre le corps physique et l'esprit, ou entre le monde physique et les mondes spirituels. Cette opposition entre l'esprit et la matière est connue sous le nom de Manichéisme (note 86), et elle a fait pas mal de dégâts dans l'Histoire. Et de fait, s'attacher névrotiquement (chapitre V-12) à n'importe lequel des deux termes de cette opposition expose à de graves dangers. S'attacher à l'esprit expose aux sectes, intégrisme, puritanisme, dépression, solitude, suicide, etc. S'attacher au côté matériel expose au matérialisme, l'immoralité, la pornographie, l'alcoolisme, etc.

 

L'attitude juste demande d'accepter cette non-dualité (Chapitre I-3)

Et en particulier d'accepter des nuances essentielles:

1) Bien que cette opposition se manifeste dans la vie (et qu'il soit indispensable d'en tenir compte sérieusement dans la conduite de nos vies, sous peine de graves ennuis)

2) Il faut tout simplement l'ignorer dans notre pratique spirituelle (visualisations, prières, etc.).

 

C'est le non-attachement au corps (et aux intérêts matériels infantiles) qui protège la conscience de l'asservissement par l'égo neuronal. Mais le rejet du corps ne le peut, car le rejet est tout autant un attachement, juste de signe opposé (d'où le danger des pratiques de mortification).

 

Les Tantras vont même plus loin, en méditant notre corps physique comme non-duel avec notre corps spirituel, et même le monde physique comme non-duel avec le Mandala (paradis spirituel visualisé). Juste que, dans les Tantras, c'est bien l'esprit qui dirige la barque, le cerveau n'étant que son outil, sa pâte à modeler.

 

Il faut se rappeler en effet que le cerveau est non seulement un fantastique outil qui permet de raisonner, visualiser, travailler, aimer, etc. Mais c'est aussi un fantastique algorithme auto-générateur qui a engendré toute notre personnalité: nos goûts, nos capacités, nos amitiés, etc. Ainsi, l'image du moule et de la statue ne s'applique donc pas au moment de se débarrasser du cerveau, puisqu'il n'arrête jamais de nous construire et de nous rendre service. Le moment idéal pour se débarrasser du cerveau est donc clairement: le plus tard possible. C'est à dire, en clair, attendre la mort naturelle, sans aucunement chercher à la faire venir plus vite.

Le lieutenant de l'égo: l'attachement aux apparences

L'attachement aux apparences est aussi une tendance lourde de notre esprit: s'intéresser immédiatement à toute entrée sensorielle, au point qu'elle obnubile tout autre élément de notre expérience de conscience. Cette saisie, comme on l'appelle aussi, est si violente et si rapide que nous avons à peine le temps de nous rendre compte de son action: un bruit, une image, une douleur, nous apparaît instantanément comme «la réalité», et qui plus est une réalité dans laquelle nous sommes totalement et exclusivement immergé, sans moyen de prendre du recul. Nous ne pouvons même pas nous dégager des expériences les plus répugnantes ou atroces que le monde physique peut nous offrir! La conscience préfère les plus horribles douleurs, plutôt que le vide!!

En toute rigueur, des personnes qui ont échappé à une situation atroce ou absurde, rapportent parfois avoir ressenti un sentiment d'irréalité. C'est un bon début, mais c'est tout de même plus confortable de cultiver ce sentiment au chaud sur un coussin de méditation, que dans un incendie ou un champ de bataille.

Un bon moyen de se rendre compte du fonctionnement de la saisie est de la regarder fonctionner quand nous regardons un film: non seulement nous nous identifions au personnage (même si c'est un bandit, nous voulons le voir échapper à la police!) mais en plus nous souhaitons intensément savoir «comment ça finit», même si le film est ennuyeux ou horrible. C'est ce même attachement qui nous fait nous impliquer si profondément dans le monde, même si ce monde nous impose de travailler quarante ans dans le même bureau ou d'endurer les horreurs de la guerre.

 

L'attachement aux apparences est si profondément implanté dans la conscience qu'il en devient une propriété de base. Ainsi, il peut nous poursuivre au delà de la mort (et même dans des expériences temporaires comme les NDE et les RR3). Notre nouvelle condition nous apparaît alors très vite comme «la réalité», comme le rapportent les expérienceurs de NDE. Il semble que ce soit une propriété invétérée de la conscience, que de toujours vouloir «regarder un film», le changement de monde n'étant pour elle qu'un changement de film. Toutefois le danger est de bâtir un attachement pour un mauvais film: on se retrouve alors dans un monde désagréable, voire un enfer. Il n'existe guère de donnée scientifiques modernes sur ce thème, hormis quelques NDE négatives (qu'il faudrait donc étudier dans cette optique). Mais le Livre des Morts Tibétains décrit ce processus en détail, et comment l'attachement peut se faire si rapidement pour le premier monde rencontré au hasard. Il met particulièrement en garde contre la terrible attraction d'une «grotte chaude» (un utérus), un piège qui va nous forcer à renaître, même si c'est dans un utérus de porc! Un très «sale» tour assurément, dont pourtant notre propre conscience est la seule responsable.

Le Bardo Thödöl détaille aussi un état intermédiaire, appelé le Bardo du Devenir, qui sert justement d'aiguillage. Il décrit comment la moindre vision se «réifie» au point de prendre une intensité absolue, exquise ou douloureuse. On retrouve ce processus dans les paralysie du sommeil (les soi-disant histoires d'abduction extraterrestres qui ont terrorisé des millions de personnes) ou dans les hallucinations psychiatriques (il suffit d'avoir entendu hurler un aliéné pour comprendre à quel point il est accaparé par son hallucination).

 

L'antidote de l'attachement aux apparences est de considérer les apparences matérielles comme illusoires, à cultiver le détachement à leur sujet, voire un sentiment d'irréalité. Le Bouddhisme propose aussi la vacuité bouddhiste. Pour la pratique tantrique, bâtir le corps spirituel nécessite impérativement de pouvoir y transférer nos énergies corporelles physiques, ce qui se fait en changeant la cible de l'attachement. C'est comme cela que procèdent les visualisations tantriques: au lieu de fantasmer sur notre corps physique, on le fait sur la visualisation de notre corps spirituel. Le Jaïnisme propose une vue encore plus extrême: la moindre expérience physique produit l'attachement au monde, dont seule des pratiques radicales peuvent alors nous sauver.

Toutefois la plupart d'entre nous passeront la mort sans avoir significativement diminué l'attachement aux apparences. Les bouddhistes disent alors que les paradis les plus accessibles offrent des apparences similaires à celles du monde physique (en mieux, quand même), alors que les paradis les plus élevés offrent une jouissance sans apparences. Toutefois je me demande si s'investir dans une expérience avec des apparences serait justement une propriété fondamentale de la conscience, qu'il faudrait maîtriser, mais pas détruire.

 

L'égo a aussi de nombreux sergents, administrateurs et barbouzes à son service.

Un des plus collants est l'attachement à un but, à obtenir un résultat. Dans le monde physique, il peut nous faire persévérer dans des voies sans issues. Dans la méditation, son action est moins visible, mais bien pire: il s'oppose systématiquement à tout résultat profond. En effet, ces résultats n'arrivent que quand la conscience neuronale est arrêtée. Or celle-ci tend, par sa nature même, à s'emparer de tout résultat, de toute sensation. Elle tend donc à redémarrer à chaque fois qu'il se passe quelque chose d'intéressant, ce qui bien évidemment supprime les conditions même pour qu'un quelconque résultat puisse continuer à se produire, ou se reproduire plus tard. Et le méditant qui cherche désespérément des pouvoirs parapsychologiques perd totalement son temps. C'est la raison pour laquelle les maîtres demandent de ne pas s'attacher à des résultats, de ne même pas les rechercher! J'y ajouterai une sensation de soulagement d'être libéré de tout but, juste comme on médite le détachement des apparences.

Une autre raison serait que l'attachement se traduirait en frustration dans le monde spirituel: on n'obtiendrait pas ce qu'on désire. Au contraire, craindre une chose nous l'apporte. La façon correcte d'obtenir une chose serait d'affirmer positivement son existence, mais d'une façon totalement détachée.

 

Ajouté un peu plus tard: J'hésitais à décrire ce problème, pensant qu'il ne se manifesterait qu'à un niveau assez avancé. Mais à peine quelques jours après je m'aperçois que c'est le «matérialisme spirituel» de Chögyam Trungpa, qu'il considérait comme un obstacle majeur pour les étudiants occidentaux, quand l'ego tente de gérer la spiritualité, alors que le but premier de la spiritualité est de l'éliminer. Rinpoché y voit même trois «seigneurs du matérialisme»: l'attachement aux apparences et au confort, l'attachement aux paroles et systèmes d'idées (doctrines, etc.) et la conscience de soi. Et l'égo neuronal recherche précisément ces choses, et cherche à gérer toutes nos activités.

Cette expérience traditionnelle par un grand méditant recoupe parfaitement la théorie de l'égo neuronal et de la conscience spirituelle. Seule clarification, la conscience ne disparaît pas avec l'égo (si elle disparaissait, ce ne serait pas un éveil, mais une mort), mais la conscience neuronale est remplacée par la conscience spirituelle, avec ces propres buts:

Quand et comment se débarrasser de l'égo

En fait on ne peut pas vraiment s'en débarrasser.

Seule la mort y met fin, quand cesse de fonctionner le processus matériel qui crée l'égo. Mais alors cette fin est radicale, et souvent très surprenante, comme on l'observe dans les NDE. C'est aussi la raison pour laquelle le Bouddhisme, le Jaïnisme et l'Hindouisme placent le Parinirvana au moment de la mort.

 

Si on ne peut pas l'éliminer, on peut par contre contrôler l'égo. Au début, c'est une attention de tous les instants, car il ne lui faut qu'une fraction de seconde pour reconstruire ses névroses, haines, motivations personnelles et autres plans foireux. Seule une longue pratique de certaines méditations spécifiques permettent de s'habituer à ne voir qu'illusion et danger dans ce jaillissement permanent, et de ne plus y prêter attention.

 

En fait il peut même s'établir une collaboration: la conscience spirituelle n'a pas vraiment de plan ni d'intention (au début), se contentant de donner une orientation générale, que l'égo neuronal soumis va transformer en intentions et activités. Mais il aura toujours tendance à vouloir diriger les choses lui-même. Si il y arrive, alors la conscience spirituelle décroche, pour se protéger. Et l'égo neuronal flippe à mort, de ne plus avoir ce merveilleux jouet à sa disposition.

Le symptôme le plus pertinent de cette étape serait: on obtient des effets parapsychologiques, mais UNE SEULE FOIS. Plus on essaye, plus ça devient difficile, au point de complètement détraquer notre méditation ou notre motivation. On sent comme une force impérieuse obscure qui nous contrecarre systématiquement, on peut même être déprimés, voire physiquement malade. Les yogis traditionnels disent que des démons les attaquent, et c'est à peu près aussi angoissant. Cet effet se produirait lorsque l'égo neuronal singe la méditation. Il peut le faire très bien, jusqu'à imiter les états plus élevés. Mais sa simple présence interdit tout résultat à ces états, ou seulement la première fois.

Le matérialisme spirituel peut aussi être dangereux en créant des fausses motivations dans notre vie, en plus de ruiner notre spiritualité.

Mais il faut bien comprendre qu'à ce stade, la conscience spirituelle a les moyens de se défendre, et qu'elle fera tout pour bloquer l'égo neuronal, ce qui peut aller jusqu'à des maladies graves ou la mort.

 

A ce stade, il est temps de se mettre à la pratique du «surrendering» (abandon, reddition): nous (toujours comme égo neuronal à ce point) nous abandonnons à la lumière qui descend sur nous à ce moment (notre conscience spirituelle, que certains appellerons «Dieu»), abandonnant tout désir, et même toute volonté ou intention, laissant la lumière gérer les choses entièrement par elle-même. On n'attend même pas que quelque chose se passe! À ce stade, les choses peuvent se produire spontanément, mais elles s'arrêtent dès que l'ego neuronal est alerté. C'est donc lui-même qui nous dit ce qu'il ne faut pas faire!

 

Ainsi, nous ne larguons pas l'égo neuronal en pressant sur un bouton de largage, mais au contraire en arrêtant de nous crisper frénétiquement sur le bouton de maintient de l'égo neuronal!

 

Je pense que c'est ce processus progressif de domptage de l'égo qui est appelé dans le Bouddhisme les 13 étapes du sentier des Boddhisattvas, symbolisé par les 13 anneaux du stupa (le nombre exact varie selon les traditions). Les textes traditionnels décrivent les errements de plus en plus subtils du pratiquant, au fur et à mesure qu'il déjoue les ruses de l'égo pour garder le pouvoir sur la conscience spirituelle. Quand le pratiquant contrôle totalement l'égo, il est alors appelé un Arhat, et il est prêt à obtenir le Nirvana. La tradition dit qu'il obtient aussi des pouvoirs parapsychologiques, ce que la théorie de l'autogénération logique prévoit aussi.

En attendant, se passent de nombreuses années où la conscience spirituelle peut apprendre à se servir de l'égo neuronal, et de toutes les fantastiques ressources qu'il contient. Avec prudence, car chacune de ces occasions offre à l'égo un moyen de contrôler à nouveau la conscience spirituelle.

 

Contrôler l'égo neuronal est un processus à long terme. Ainsi j'ai eu des signes dès mes premières séances de méditation, mais je n'ai pu les reproduire volontairement qu'après 30 ans, bien des efforts et bien des erreurs.

les démons

Les démons sont le plus souvent considérés comme des entités maléfiques. Pour éviter toute ambiguïté, il vaut mieux réserver le mot «démon» à ce seul cas.

La théorie de l'autogénération logique ne prévoit pas l'existence d'entités spirituelles qui seraient des principes du mal. En effet, bien et mal ne sont définis que par rapport à la conscience, donc des principes du bien ou du mal ne peuvent pas exister en dehors de la conscience.

Cela est au fond extrêmement rassurant: il n'y a ni mal absolu, ni mal nécessaire, ni mal inévitable.

Par contre le neurologie moderne montre que la notion de diable ou de démons est une excellente allégorie des différents conditionnements névrotiques ou neurologiques qui nous poussent à commettre des actions au conséquences douloureuses pour les autres (crimes...) ou pour nous (drogues...). Si ces démons-là n'existent pas en dehors de notre cerveau, ils n'en sont pas moins aussi dangereux que tous les démons de la Bible. Et, bien poilus et cornus, tapis en permanence tout près de nous dans les replis obscurs de notre cerveau, ils sont toujours prêts à nous attaquer: il suffit d'une pensée non-maîtrisée, ou d'un simple désir, pour les invoquer, comme dans un rituel satanique. Et immédiatement ils arrivent, et ils allument les feux du désir, de la peur ou de la colère, poussant à des actions génératrices de souffrance. Heureusement, un simple regard Zen suffit à les faire taire. Mais gare à qui ne maîtrise pas ses émotions, il sera ballotté de crime en crime, ou, si il est honnête, torturé par des désirs qu'il ne peut pas satisfaire. On en passe tous par là, je crois. Et l'accès à la haute spiritualité implique obligatoirement des confrontations, des moments où il faudra en découdre, parfois de manière épique comme dans un film, pour éradiquer ces désirs incontrôlés.

 

En toute rigueur, des consciences spirituelles (désincarnées) maléfiques peuvent exister, qui pourraient donc correspondre à la définition d'un démon. L'exemple le mieux documenté est Shugden, un ex-«protecteur» de l'école Guelougpa du bouddhisme tibétain, qui a en fait poussé à une forme d'intégrisme contre les autres écoles, avec même un cas récent de meurtre rituel. De graves disputes s'en sont suivies, et se poursuivent aujourd'hui. Il a fallu que le Dalaï Lama, directeur de l'école Guelougpa, interdise le culte de cette entité (qui reste toutefois pratiqué par la secte «nouvelle tradition kadampa»). En effet la seule attitude efficace contre ce genre d'entité est de les ignorer. Bien qu'il n'y ait pas d'accord entre les érudits, l'origine la plus souvent proposée pour cette entité serait un lama du 17eme siècle mort dans des conditions troubles, à un mauvais moment de son évolution.

Toutefois, dès qu'on lit un peu à propos des démons, on s'aperçoit vite qu'en fait de nombreuses divinités anciennes ont été «démonisées» dans l'Ancien Testament ou par l'église catholique. A l'inverse de nombreux cultes ont «angélisé» des entités ambiguës ou maléfiques. L'exemple le plus connu est satan (qui a toujours été considéré comme une entité fondamentalement maléfique), que l'église a affublé d'une apparence de faune (neutre ou bénéfique), afin de discréditer les cultes de la nature. Certains tentent alors de le «réhabiliter», mais dans le processus justifient aussi le mal attribué à satan. Il faut être clair: on ne peut pas à la fois demander la liberté de culte et promouvoir le mal! Les wiccans ne s'y sont pas trompés, qui représentent leur faune avec des bois de cerfs au lieu des traditionnelles cornes de bouc, afin de ne pas côtoyer le satanisme, ni prêter le flanc à de telles accusations.

D'une manière générale, on peut considérer toutes sortes d'entités. Qu'elles existent ou non, toute adoration crée un lien spirituel avec la dite entité, ou avec l'activité ou la vibration qu'elle représente. Même les noms ont leur importance: ainsi «satan» est grillé, bien trop associé au mal. D'autres noms, autrefois associés à la lumière (lucifer) sont aussi grillés. Ce qui est important est de s'associer avec le bien, avec la sagesse et avec les hautes vibrations (chapitre V-17). Sinon, le risque est d'éveiller le désir pour des actions créatrices de souffrance. Pire, on pourrait se retrouver après notre mort dans des situations aussi déplaisantes que l'enfer catholique, même si ce dernier n'existe pas en tant que tel.

Vide mental et vacuité

Quand le bouddhisme parle de vacuité, il s'agit essentiellement d'une conception métaphysique, expliquant la façon dont le monde fonctionne, d'une manière assez similaire à la théorie de l'autogénération logique que je propose.

Toutefois, cette vacuité joue aussi un rôle important dans la méditation bouddhiste, et on retrouve des méthodes similaires dans presque toutes les voies spirituelles, généralement sous le nom de vide mental. Bien entendu, il ne s'agit pas de «dissoudre la conscience» ou d'autres interprétations sadomaso, mais d'arrêter toute pensée d'origine neurologique, pour accéder à la conscience spirituelle pure.

Cet état est assez difficile à obtenir, parce que justement on l'attend, on utilise des techniques, et si jamais il se produit, on s'extasie, on l'évalue, on cherche à en tirer parti. Or toutes ces activités sont justement des activités du cortex supérieur, qui ne veut pas s'arrêter et voudrait même investir le domaine de la conscience spirituelle si il le pouvait. Et en faisant cela, précisément, le cortex supérieur (l'égo neuronal) stoppe l'expérience. D'où la brièveté et l'élusivité de l'expérience, quand elle se produit, de par ce constant «grasping» (saisie) par l'égo neuronal.

Pour cela, la méthode souvent préconisée: d'abord guetter «le vide entre deux pensées», puis appliquer la non-action (chapitre I-3) à notre propre pensée, afin que cet état puisse persister. (Ainsi la non-action n'est pas utile qu'en politique, c'est aussi une méthode spirituelle puissante). On ne doit donc pas chercher à profiter de cet état, ou tenter de le contrôler. De telles tentatives au contraire le rendent plus difficile à obtenir.

Le processus est long et difficile, il demande une pratique assidue pendant des années. Toutefois il est payant, car il donne accès à notre véritable conscience spirituelle, sans dépendre d'événements rares (NDE) ou de pratiques dangereuses (drogues), ni renoncer à quoi que ce soit d'essentiel dans notre vie. On peut l'accomplir même au cours d'une vie professionnelle ou familiale intense, pourvu que l'on se ménage un espace personnel d'une ou deux demi-heures par jour, et que l'on soit discret sur cette pratique, afin que personne ne puisse voler notre énergie (chapitre V-17).

Si la méthode ne paye pas de mine, par contre les résultats se remarquent. En effet l'accès à la conscience spirituelle peut non seulement déblayer radicalement toutes nos névroses, mais son action peut avoir aussi des effets physiques, comme on va le voir à la fin de ce chapitre.

La haute spiritualité

Si la spiritualité ordinaire consiste à éliminer nos défauts psychologiques et à se construire une personnalité harmonieuse en rapport avec les objectifs de notre conscience, on peut définir la haute spiritualité comme les moyens d'échapper à l'égo neuronal, voire aux déterminismes du monde matériel. Le moyen le plus fréquent est de se construire un «corps spirituel» dans le monde de la conscience.

Un tel objectif nécessite des méthodes plus puissantes (mais qui peuvent aussi servir à la spiritualité ordinaire, où elles sont bien plus efficaces). Ces méthodes sont usuellement appelées Yogas ou Tantras, et elles visent à détruire l'attachement à l'égo neuronal, ou son lieutenant l'attachement aux apparences.

Les trois méthodes préférées semblent être la méditation sur la vacuité (dans le Bouddhisme, méditation sur le caractère illusoire des choses, qui peut prendre des aspects comme le contrôle des rêves), le yoga de la Kundalini (les Tantras de l'énergie) ou de se visualiser comme une déité (le Yidam) dotée d'un corps merveilleux et de toutes les qualités spirituelles désirables.

Le yoga de la Kundalini transfère le plaisir (le plus souvent sexuel, mais d'autres sont possibles) depuis le corps physique vers le corps spirituel. Un pratiquant débutant peut ainsi ressentir le plaisir sexuel dans n'importe lequel de ses chakras (organes visualisés dans le corps spirituel, chapitre V-17), tandis qu'un pratiquant confirmé n'a même plus besoin de l'orgasme physique pour ce faire (ce qui peut réserver quelques surprises, quand on ne maîtrise pas encore le processus et que la chose se déclenche spontanément!).

Ces méthodes sont bien entendu vouées à l'échec pour qui ne maîtrise pas son désir sexuel, et dangereuses pour qui ne maîtrise pas l'attachement aux opinions: le risque est alors de prendre nos fantasmes sexuels pour des lois de l'univers auxquelles tout le monde devrait se plier. Ceci peut facilement nous pousser à des actes criminels.

Le but est ainsi de faire vivre le corps spirituel. Ce faisant, devant la force supérieure des sensations nouvelles, la conscience ira spontanément s'investir dans le monde de l'esprit, et abandonnera son attachement atavique aux activités du cerveau. La tradition dit que la Kundalini brûle l'attachement à l'égo et l'attachement aux apparences. Elle peut même brûler toutes nos névroses et traumatismes, jusqu'à nos fantasmes sexuels. Ce qui est remarquable est que ce processus est entièrement automatique, une fois qu'on a suffisamment développé le corps spirituel.

 

Ceci est la vue du tantrisme oriental, mais faut-il le rappeler, le Christianisme a aussi produit des saints dotés de pouvoirs parapsychologiques, sans ces méthodes, ce qui montre bien qu'il en existe toute une variété, même si la mécanique sous-jacente est la même.

On cite souvent Sainte Thérèse d'Avila et sa communion «sexuelle» avec Dieu. Il semble que son expérience ressemble beaucoup à celle des yogis, et elle est de toutes façons assez facile à reproduire pour un Yogi oriental (la seule différence, technique, serait qu'elle a considéré «Dieu» comme son Yidam, mais cela ne change pas le fonctionnement de la méthode). Mais la plupart des saints Chrétiens ne mentionnent pas le plaisir sexuel, attribuant plutôt leur béatitude à un sentiment d'amour universel, à la vision le la beauté du paradis, ou à une intense dévotion (le sentiment de confiance avec la vie, appelée «foi en Dieu» par les Chrétiens, ou «Bhakti Yoga» en Inde), etc. Personnellement j'ajouterais à la liste la grande beauté ou la vibration (Chapitre V-17) élevée des mondes spirituels, en comparaison les trivialités du monde physique. C'est en tout cas ce que j'essaie d'offrir avec mes histoires d'elfes.

Ainsi, l'idée la plus générale qui émerge est que ce sont le plaisir et les sentiments positifs qui construisent la conscience spirituelle et émancipent le processus d'autogénération logique de la conscience du processus physique du cerveau. C'est au fond le même processus que celui qui a créé la conscience neuronale. Quoi d'étonnant à cela, puisque aller vers le plaisir est la propriété la plus fondamentale de la conscience, qui suffit à la caractériser elle seule face à tout autre phénomène. Par contre le sexe physique lui-même ne joue pas de rôle particulier pour la conscience, et il n'est utilisé dans le yoga que comme méthode facile pour produire du plaisir. Les Chrétiens en particulier utilisent d'autres sources de plaisir, tandis que les moines tantriques bouddhistes n'utilisent que des visualisations.

Et le processus peut être très rapide, pour peu que la conscience neuronale soit inactivée: c'est, semble t-il, ce qui arrive lors des NDE, où des personnes ordinaires, confrontées soudain à la pureté et l'intensité des sensations du monde spirituel, s'investissent dedans en quelques minutes, au point de regretter de revenir dans le monde physique (sensation de remettre des vêtements boueux, ou colère contre le médecin réanimateur). Il semble qu'un processus d'éveil spirituel soit entamé, certes très incomplet, mais permettant tout de même à la conscience d'envoyer ses messages essentiels au cerveau, sur la valeur de l'amour, le respect de la vie, etc. Ce processus modifie donc les motivations fondamentales de la personne, et elle garde ces motivations nouvelles même quand elle est revenue à la conscience neuronale.

La « dissolution » de la conscience

Une raison de plus pour détruire l'ego arrive juste après la mort, quand nous nous «réincarnons» dans un monde spirituel. Cette situation nécessite une connexion d'information entre notre flux de conscience (notre processus d'autogénération logique de conscience) et le processus d'autogénération logique de l'univers spirituel où nous voulons vivre. Si cette connexion ne s'établit pas, alors nous pouvons avoir des expériences très agréable, voir des gens merveilleux, etc. mais cela restera un rêve, pas une réalité objective partagée avec des personnes réelles.

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Dans le monde physique, nous percevons la «réalité objective» des objets physiques, car nos organes des sens créent des éléments de l'expérience de conscience, couleurs, images, sons, sensations, qui sont des représentations pertinentes de ce monde physique (photons, formes, vibrations, textures...). Dans un monde spirituel, fait d'éléments de l'expérience de conscience (images, couleurs...) nous avons besoin qu'un de ces éléments entre simplement dans notre flux de conscience, pour le percevoir comme «réel» et «la réalité objective». Les expérienceurs de NDE ou de RR4 rapportent que cela fonctionne très bien, ressentant même leurs expériences comme «plus réelles» que le monde physique. Je peux même confirmer personnellement que les visions de paralysie du sommeil sont très réalistes, très vivantes, incluant le contact, la sensualité, etc. (Mais curieusement je n'ai jamais eu d'odeurs).

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Toutefois, cette situation présente une difficulté logique: dans une chaîne de causes à effets (processus d'autogénération logique), un élément ne peut pas être la conséquence de deux causes logiques différentes, une dans le monde et une dans notre conscience.

 

Il existe plusieurs solutions pour cela :

 

-Nous percevons les éléments de l'univers spirituel, mais sans possibilité de les modifier (leur cause n'est pas dans notre conscience). Au début, cela peut être une expérience très agréable, mais je parie qu'elle deviendra vite lassante, et même une torture. Pour cette raison, les maîtres spirituels avertissent parfois des dangers d'une méditation statique, citant des exemples de personnes prises au piège dans des univers d'une solidité de diamant, de leur propre création (enfers de Vajra). Curieusement, j'ai trouvé exactement la même histoire dans une bande dessinée (le Scrameustache), avec le druide Gouldache, emprisonné dans son propre cercle de protection incassable.

-Tout l'univers obéit à notre propre conscience. Très agréable certes, mais pour les autres personnes qui vivraient là, cette situation se ramènera vite au cas précédent. On devine alors que nos gentils jouets fuiront rapidement pour des endroits plus intéressants, tout en nous laissant quelques apparences de tamagotchis spirituels pour jouer avec.

-Le cas plus probable, est que nous avons une sorte de «mélange quantique» des deux influences, de sorte que chaque objet obéira plus ou moins à notre conscience, à la conscience d'autres personnes, ou à la «physique» de cet univers, juste comme dans le monde physique une particule a une probabilité quantique d'obéir à un champ à laquelle elle est soumise, plutôt qu'à un autre. Et cette influence se produira sous la forme «d'événements quantiques» plus ou moins aléatoires, où notre conscience modifie «magiquement» des objets de notre entourage. Mais nous ne parvenons pas toujours à le faire, à cause de la part aléatoire. Ce qui laisse la possibilité aux autres d'agir. Ces univers sont intéressants, car nous partageons une expérience avec de véritables autres personnes, tout en conservant notre propre libre arbitre, notre propre espace de vie et notre propre espace privé de pensée. En outre, dans ces univers, nous avons des «pouvoirs magiques», qui peuvent se manifester comme un «champ» limité. Ce «champ» pourrait même apparaître comme des flammes ou des rayons de lumière, comme dans les jeux vidéo.

 

Mais, dans ce cas, un «mélange» est un paramètre qui est fixé de manière arbitraire. Nous avons déjà trouvé de tels paramètres arbitraires dans le monde physique, comme l'intensité des différentes forces, les masses des quarks, etc. qui sont fixés à l'occasion d'événements spéciaux (résolution du paradoxe, chapitre III-3 ou «brisure de symétrie», chapitre IV-9). Ces paramètres arbitraires sont alors obligés de continuer inchangés (chapitre III-3 règle 5) et de devenir des «lois de la physique» impossibles à briser. De même, on peut deviner que des univers spirituels ont divers paramètres fixés arbitrairement lorsqu'ils sont créés, ou à l'occasion de grands événements qui se produisent juste après cette création. Et en effet, les traditions spirituelles disent que des êtres illuminés peuvent créer des univers et y recevoir leurs disciples, afin qu'ils soient dans un paradis. L'événement fixant les paramètres doit probablement se produire lorsque la personne illuminée fait son parinirvana, tandis que le «mélange quantique» d'influences serait défini plus tard lorsque chaque disciple rejoint l'univers. Toutefois essayer de savoir comment ces événements se passent exactement est aujourd'hui (2014) bien trop spéculatif pour que l'on puisse en dire quoi que ce soit d'utile. Très probablement les «commandes» pour ce faire ne sont accessibles et compréhensibles que dans l'après-vie.

 

À la rigueur, il se pourrait même que ce «mélange quantique» ne soit pas nul dans notre monde physique. Les personnes bénéficiant d'une valeur non nulle jouiraient alors de «pouvoirs magiques», qui se produiraient de deux façons :

-Des influences diffuses de probabilités biaisées, sans événement particulier, que nous observons dans la méditation, ou comme dans l'expérience PEAR.

-Certains événements «quantiques» plus forts, mais plus difficile à produire, et de toute façon pas par notre ego neuronal. Bien sûr la probabilité de tels événements serait considérablement plus forte lorsqu'il y a un «champ» de certains enjeux cruciaux de la conscience: naissance, mort, empêcher un accident, prière de guérison, grande prière interreligieuse, etc.

 

Cette idée de mélanger des éléments de notre propre conscience, ou d'autres consciences, avec des objets dans l'univers spirituel, est très probablement ce qui a conduit à des expressions telles que la «dissolution de la conscience» (qui n'est pas sa destruction, mais une portée plus large et plus intéressante, non limitée à soi). Cela a des conséquences pratiques importantes sur la façon dont nous devons méditer pour préparer notre après-vie: nous méditons que nous ne sommes pas un ego auquel obéissent des objets (ce qui mène à un échec certain, puisque notre ego neuronal est un phénomène matériel, totalement lié par les lois de la physique, et condamné à disparaître à notre mort). Au lieu de cela, nous méditons qu'il y a un flux de la conscience qui englobe nous, les objets et les autres personnes, dans lesquelles nous jouons seulement un rôle... d'accord, une partie de l'histoire, mais pas tout, les autres ont aussi leur rôle, et nous ne contrôlons pas le résultat global. Cette directive se trouve par exemple dans le Tantra de Kalachacra, où le texte dit de méditer notre chambre comme étant le Mandala, même si c'est un taudis ou une prison. Les disciples ne prêtent habituellement guère attention à ce genre de directives, qui n'y voient qu'une sorte de description poétique. Mais c'est l'un des éléments cruciaux des Tantras. La mécanique des Tantra est comme la mécanique automobile: elle a besoin de toutes les pièces pour fonctionner, même une pièce secondaire qui manque peut la rendre inutilisable.

Et bien sûr, la contribution de chaque participant doit être belle et proposé d'une manière non conflictuelles. Les idées de «s'exprimer» ou «d'avoir notre propre vérité», que nous trouvons souvent dans le nouvel Age et dans la société ordinaire, entraîneraient un univers spirituel dans le chaos en quelques minutes. Comme ils le font dans n'importe quel groupe de personnes dans ce monde. Désolé, mais le paradis ne peut être que pour ceux qui sont en mesure de le garder en paradis. Ceux qui n'en sont pas capables doivent d'apprendre.

L'explication scientifique des phénomènes parapsychologiques accompagnant l'éveil spirituel.

Aujourd'hui, la psychologie moderne est prête à reconnaître les bienfaits de la méditation sur l'équilibre psychologique, la maîtrise du stress, une vie sociale plus harmonieuse, etc. Ce qui, soit dit en passant, engage politiciens, sociologues, juges et travailleurs sociaux à encourager ces pratiques, et les mets en faute professionnelle si ils les dénigrent.

Toutefois il ne s'agit là que d'effets qui peuvent s'expliquer par le fonctionnement des neurones. Aller plus loin nécessite d'étudier les phénomènes parapsychologiques, miracles, odeurs de sainteté, corps qui ne se décomposent pas, etc. Aujourd'hui, l'existence d'au moins certains phénomènes parapsychologiques est scientifiquement démontrée (Un «détail» qui semble avoir échappé à la majorité des scientifiques actuels, mais c'est là leur problème, et je ne vois pas en quoi cela devrait limiter notre vision de la réalité). On peut donc admettre la possibilité des phénomènes qui sont sensés résulter de l'éveil spirituel.

Toutefois il n'y a pas beaucoup de données d'observation disponibles, et les rares récits semblent remonter à plusieurs siècles!

Quand je parle de «corps qui ne se décomposent pas», je parle de corps qui restent intacts et dégagent une odeur agréable, pas de momies! Une momie est horrible et sent mauvais. Par exemple j'ai vu passer un jour l'histoire d'un yogi tibétain qui se serait laissé mourir en méditant en position du lotus, et se serait ainsi momifié vivant. Outre que le résultat semble sortir d'un film d'épouvante, je ne vois pas le but spirituel d'une pratique aussi scabreuse.

L'histoire la plus saisissante que j'aie vu passer est celle de Sainte Roseline, décédée en 1329. Cinq ans après, son corps est déterré intact, émettant une forte odeur de rose, tandis que ses yeux ont gardé tout leur éclat, semblant encore vivants. Bon, les archives religieuses ou locales fourmillent de ce genre d'histoires, totalement invérifiables. Sauf que, trois siècles plus tard, en 1660, Antoine Vallot, médecin personnel de Louis XIV, fasciné par l'aspect toujours vivant des yeux de la sainte, crève le gauche: de l'humeur vitrée s'en échappe! Bien sûr, après cet outrage, tout miracle cessera, le corps se momifiera, et de larges parties sont aujourd'hui détruites et remodelées en cire. Mais l'oeil droit est encore remarquablement conservé, sauf l'iris qui a noirci ou s'est rétracté (image ici). Le corps et les yeux sont toujours visibles aujourd'hui à la chapelle de la Celle-Roubaud, près de Les-Arcs-en-Provence, dans le Var. Ce qui est intéressant dans ce cas est qu'un œil encore humide n'était certainement pas momifié, et qu'il aurait donc du se décomposer ou se dessécher depuis longtemps (trois siècles après la mort!). Qui plus est, avec le témoignage quasi-scientifique du docteur, on n'est plus dans la légende, mais dans l'histoire factuelle.

Au Tibet à nouveau, il existait une cinquantaine de ces corps, et il est intéressant de remarquer qu'une des premières préoccupations des fachistes gardes rouges a été de les rechercher et de les désacraliser systématiquement, probablement parce que c'était une preuve bien trop visible de leur ignorance matérialiste.

 

Un argument assez spécieux contre les miracles est qu'ils ne semblent se produire que dans le passé, mais plus aujourd'hui. Sous-entendu, c'est parce qu'ils seraient légendaires. Cet argument ne vaut toutefois pas pour des événements rares: il y a peu de chances pour les observer de notre vivant, et donc ils nous apparaissent toujours passés. Un exemple flagrant est la chute de météorites: Il y a 64 millions d'années, l'impact de Chixculub (250kms) modifiait le climat de la planète et éliminait les dinosaures. Il y a 14 millions d'années, le Ries ne fait plus que 25kms de diamètre. Il y a cinquante mille ans, le Meteor Crater peine à dépasser le kilomètre, tandis qu'en 1992, la météorite de New York n'était plus capable que d'abîmer une voiture. On trouve même ici une «corrélation statistique» flagrante comme quoi le diamètre des cratères va en diminuant avec le temps, pour s'annuler précisément aujourd'hui! Bien sûr cet effet n'est qu'une illusion, un biais d'observation, du au fait que des événements très rares n'ont que peu de chances d'arriver aujourd'hui, alors qu'en faits la probabilité qu'ils se produisent est totalement indépendante du temps. On aura compris que des miracles extraordinaires mais rares, sont aussi dans ce cas: il y a peu de chances qu'ils arrivent précisément aujourd'hui, mais cette absence ne prouve pas leur inexistence.

 

En effet, malgré ces objections, de telles choses continuent effectivement de se passer aujourd'hui. Ainsi, un maître tibétain que j'ai connu, Gueshe Djampal Gyamtso, mort en 2007 à son centre de Pomaia en Italie, est resté assis en lotus sans se décomposer pendant une semaine après la mort clinique, et a même choisi la date de son départ! Au dire d'un témoin fiable que je connais, la météo a même salué l'événement (ce qui devrait se traduire de manière physiquement vérifiable par une anomalie inexpliquée dans les archives météo) Les tibétains appellent cet état le Toukdam, et ils l'interprètent comme un état intermédiaire entre la vie et la mort: bien que le corps ait cessé toute fonction vitale, il reste frais sans se décomposer (ni se momifier!). Ce n'est que quand la conscience le quitte que la décomposition naturelle commence (ou le corps s'auto-momifie). Ces manifestations, et d'autres, démontrent que la personne a totalement pris le contrôle de sa conscience.

 

Toutefois, de nombreuses personnes sont aujourd'hui engagées dans des démarches spirituelles avancées qui devraient les amener à produire de tels résultats. Rien qu'en Inde, leur nombre a été estimé à une dizaine de milliers. Même en admettant que peu y arrivent effectivement, on devrait donc observer des cas chaque année.

C'est qu'on a ici une difficulté, qui gêne considérablement la vérification scientifique de l'existence de ces phénomènes: les gens susceptibles de les produire évitent la publicité, et font même vœu de ne pas faire état de leurs pouvoirs. Par exemple, les vœux de Bodhisattva du Bouddhisme demandent explicitement de ne pas faire état de tels pouvoirs, et donc de ne pas les utiliser en public (quelques exceptions spécifiques sont tout de même prévues). J'avais à une époque une copine carmélite qui me racontait qu'un souci similaire existe aussi dans les monastères catholiques: une personne qui se vante de ses réalisations ne peut être considérée comme sainte.

Les raisons de tels vœux ont été vues à la fin du chapitre II-9. Elles tiennent aux dangers que de telles révélations font courir aux personnes qui ne sont pas prêtes à les assumer (dangers multipliés par mille à notre époque où tout ce que l'on fait est dénigré et ridiculisé dans les médias et les forums Internet). Une autre raison (sans doute la principale pour la plupart des pratiquants) est tout simplement la difficulté à obtenir cet état: cela demande une formidable confiance en soi, que la moindre réflexion peut ruiner en un instant. Les énormes attentes des personnes face à un magicien potentiel peuvent aussi constituer pour lui un drain d'énergie considérable. On imagine enfin la honte d'un yogi, capable de produire des phénomènes en privé, mais incapable de les reproduire lors d'un test en public, sous le stress et les moqueries... Il lui faudrait probablement recommencer des années de pratique, si tant est qu'il puisse encore. Peu accepteront de courir un tel risque, et seuls quelques très grands maîtres historiques ont pu se livrer à des démonstrations publiques convaincantes.

Je conseillerais toutefois de bien ouvrir les yeux en présence de grands maîtres actuels... Si ils évitent de faire ostentation de leurs pouvoirs, ils les utilisent néanmoins de manière discrète, mais utile. Je l'ai vu plusieurs fois avec des maîtres connus. Dans un cas, la nourriture à un repas était en quantité suffisante malgré un doublement imprévu du nombre d'invités... on n'est pas loin de la multiplication des pains!

On peut aussi voir des pratiques simples comme le Powa, où même les disciples débutants peuvent produire des effets physiques observables sans ambiguïté. J'ai pu personnellement le voir dans plusieurs stages en France. Mais il faut participer, au lieu de juste regarder.

Evidemment, si on avait aujourd'hui en circulation des maîtres comme Gourou Rinpoche, au moins on rigolerait: il étalerait les réacteurs nucléaires dans les nappes de pétrole pour neutraliser les deux plaies d'un coup, ou il déplacerait les mines antipersonnel dans les cafétérias des ouvriers syndiqués qui les ont fabriquées, au lieu de les laisser mutiler des gosses pas intéressés par ce sport.

 

Toutefois ces difficultés ne sont pas de nature à rebuter la recherche scientifique, pourvu que l'on rejette toute tentative de réduction matérialiste, et que l'on respecte des précautions expérimentales particulières, également décrites au chapitre II-9. C'est tout de même infiniment plus simple que de démontrer l'existence du boson de Higgs ou d'envoyer des robots sur Mars. Et de fait, de telles expériences ont déjà pu se dérouler avec succès. Par exemple les études de Benson & Al. ou de Cromie, sur le Toumo (le «feu intérieur» des yogis, lié à la Kundalini) ont montré la réalité de la production de chaleur. Il semble que les chercheurs n'ont pas cherché à montrer que cette chaleur avait une origine parapsychologique, parlant plutôt d'augmentation du métabolisme. Mais une augmentation du métabolisme d'une telle ampleur est tout de même impossible à produire pour la conscience ordinaire: le cerveau n'a pas de commande biologiques pour la déclencher. Et surtout, le corps a des capacités thermiques limitées: sans Toumo les participants auraient vite été en hypothermie, et auraient du arrêter l'expérience d'urgence, sous peine de mourir de froid. Ce qui, a mon avis, tend à démontrer l'origine parapsychologique de la chaleur.

(Protocol in PHP note)

 

On a donc un fantastique champ de recherche qui s'ouvre, avec de belles expériences bien compliquées, une condition qui enthousiasmera tous les vrais scientifiques au lieu de les rebuter. Un champ de recherche qui utilisera à fond l'Epistémologie Générale que je décris dans la seconde partie, et les bases métaphysiques décrites au chapitre III-2. Un champ de recherche pour lequel la troisième partie de ce livre fournit un cadre théorique utilisable, où la conscience existe comme un processus d'autogénération logique indépendant du monde matériel, et donc irréductible à lui.

 

Bon, et si on ne trouve pas assez de yogis capables de produire des phénomènes? Ou pire, pas assez de scientifiques pour traduire des phénomènes évanescents en connaissance disponible pour toute la société? (Encore pire, ces expériences sont censurées, par interdiction, ou par «manque de financement»...). Il reste tout de même un moyen de tester toutes les hypothèses de ce livre: engagez-vous vous mêmes sur la voie. Ainsi vous aurez une observation totalement objective et reproductible. De plus, les conditions expérimentales requises pour cette expérience sont connues et enseignées aujourd'hui dans de nombreux livres ou centres accessibles au grand public dans tous les pays démocratiques. Depêchez-vous, la démocratie aussi est impermanente...

Pourquoi «certains» y arrivent et pas d'autres?

La rareté des hautes réalisations spirituelles a souvent conduit à l'idée qu'elles n'arriveraient qu'à des êtres d'exception, voire non-humains, et qu'il serait donc impossible à des êtres ordinaires d'y arriver. Cette erreur a plusieurs raisons.

Ne mentionnons même pas le cas où le disciple avec des motivations pipeau est découragé par des «sacrifices» comme de ne pas picoler, ha ha ha ha!

Ne mentionnons pas non plus les maîtres de carnaval qui prétendent faire des choses que vous ne pouvez pas faire, afin de se faire passer pour des êtres supérieurs. Ainsi, vous ne recevez pas de visites de Vénusiens, vous retombez toujours quand vous sautez, la drogue vous rend malade, etc. Ne vous inquiétez pas, c'est normal, et vous êtes déjà plus avancé que n'importe lequel de ces menteurs.

Plus sérieux mais toujours aussi faux, de nombreuses religions considèrent leurs modèles comme des êtres supérieurs, qu'il serait impossible d'égaler. Par exemple le catholicisme a fait de Jésus un dieu surhumain, auquel il serait orgueilleux de se comparer. Pourtant, les évangiles ne parlent que d'un être humain ordinaire, qui s'adresse aux humbles gens du peuple, et leur affirme haut et fort qu'ils peuvent tous faire comme lui. Ce qu'ils font effectivement dans les Actes des Apôtres, en reproduisant des miracles eux aussi. Les Chrétiens Arianistes (Burgondes, Vandales et Wisigoths) avaient gardé cette vue d'un Jésus humain, qui a été brutalement interdite et réprimée lors de la création de l'Empire Franc (d'où l'explication de de vaste blanc dans l'Histoire de France, pour cacher cet épisode honteux de Chrétiens massacrant d'autres Chrétiens). Toutefois cette erreur n'est absolument pas une exclusivité catholique: beaucoup de maîtres bouddhistes ont aussi une tendance assez lourde à considérer le Bouddha comme un être d'exception. Ceci est pourtant diamétralement opposé à son propre enseignement, dont la base même est que tout le monde peut devenir un Bouddha.

Il n'y a donc pas d'êtres supérieurs, seulement des êtres plus avancés, mais que nous pouvons tous rejoindre. Certains même ralentissent leurs pas pour que nous puissions les suivre...

Malheureusement aussi, les pratiquants sincères dans des pratiques valables sont souvent démotivés avant d'obtenir des résultats. Cette démotivation vient du fait qu'il existe de nombreuses confusions sur ce que l'on doit vraiment attendre des pratiques spirituelles.

Par exemple, certains adeptes de pratiques orientales s'imaginent pouvoir léviter, ce qui est, pour le moins, très difficile (Bien que la lévitation soit attestée par toutes les religions, il est difficile de vérifier les rares témoignages).

 

En effet, peu semblent se rendre compte que le but premier de tout engagement spirituel est de devenir plus fréquentable pour les autres. Ceci requiers inévitablement des techniques intérieures telles que l'examen de conscience quotidien, et un travail sur nos motivations et sur nos névroses. Et aussi, de toute évidence, des pratiques visibles aux dits autres, telles que la modestie, la gentillesse, la générosité, et le pardon.

Si on entre dans une voie spirituelle pour afficher une opinion, pour se sentir «une identité», ou pour se poser en supérieur aux autres, alors on peut faire les gestes des rituels et prononcer les textes dix fois par jour pendant cinquante ans, on est totalement sûrs qu'il ne se passera jamais rien. C'est comme si on avait une super voiture, mais qu'on ne la conduise pas: nos réalisations spirituelles ont aussi peu de chances d'arriver que notre voiture de nous conduire toute seule. On peut danser autour toute la journée, la couvrir de cierges ou réciter des incantations, elle ne démarrera même pas. Et il ne faut pas s'étonner si un paysan en Solex arrive avant nous.

 

Cet état de fait explique très bien que, malgré le grand nombre de gens qui se réclament des différentes religions, groupes, ordres, méthodes, etc. bien peu comprennent effectivement le but et le fonctionnement des outils spirituels qu'on leur offre, se contentant de les ranger avec vénération sur leur autel, leur tranchant soigneusement recouvert d'un feutre afin de ne pas blesser leur égo.

Ainsi ils deviennent des membres célèbres de leur communauté, appréciés pour leur capacité à répéter les paroles fondatrices ou à faire des rituels enthousiasmants, mais qui n'utilisent pas les outils pour transformer et améliorer leur personnalité. Quant à obtenir des résultats de l'ordre de la sainteté, il ne faut même pas y penser dans ces conditions. Même si il suffisait d'appuyer sur un bouton pour devenir un saint, ils ne le feraient pas, par crainte d'avoir à changer trop de choses dans leurs vies!

 

Toutefois, il est intéressant de noter que les résultats réels peuvent arriver précisément à n'importe qui, quelle que soit sa culture, son intelligence, son éducation, son niveau social, sa richesse. On comprend facilement que niveau social ou richesse ne jouent aucun rôle au niveau de la conscience, mais on s'attendrait à ce qu'intelligence ou éducation soient des atouts considérables. Or il n'en est rien. Jésus comme Bouddha ont pris des ignorants et des réprouvés dans leurs proches disciples, et aujourd'hui je pourrais aussi raconter des histoires de gens simples que j'ai connus, qui ont eu des trajectoires ascendantes surprenantes, souvent avec des pratiques de débutants.

La raison en est fort simple: on n'avance dans notre spiritualité que dans la mesure où on accomplit les pratiques sincèrement, réellement. Comprenons bien ce que cela signifie: modifier notre comportement envers les autres nécessite en tout premier de l'examiner objectivement, sans laisser notre jugement être influencé par notre égo, nos intérêts ou nos idéologies. Ensuite, il faut prendre les décisions appropriées. Enfin il faut se lancer dans la pratique nécessaire, pendant un temps suffisant pour qu'elle aboutisse, sans se laisser stopper par des considérations étrangères à la pratique. Mais cela ne suffit pas. Il ne faut pas se contenter de murmurer un texte: l'image mentale doit être là dans notre esprit, vivante et lumineuse, avec toute son intensité émotionnelle et sensuelle, avec les couleurs, les sensations, le plaisir. Si on chante dans une pouja tibétaine, en ne pensant qu'au texte, il ne se passera rien. Mais faire réellement la visualisation du Mandala peut, même chez un débutant complet, être une révélation esthétique et une fantastique source d'énergie.

Ainsi, une compréhension intellectuelle détaillée du processus ne le fait pas fonctionner dans notre esprit! C'est pourquoi l'intellectuel ou le savant n'ont aucun avantage. Par contre, une compréhension primaire, mais mise en œuvre au bon endroit, peut être parfaitement efficace. C'est cela qui met le simple à égalité avec l'intellectuel.

 

Personnellement, je suis encore loin de la sainteté (en tous cas je n'ai pas d'auréole pour m'éclairer quand je lis des bédés la nuit), mais je peux attester que l'on peut faire des choses beaucoup plus trapues que d'élaguer une petite névrose de racisme, comme par exemple contrôler nos fantasmes sexuels profonds. Ce ne sont certes plus des pratiques de débutant, mais ce sont tout de même des choses que tout le monde peut faire en quelques années.

Pourquoi a t-on besoin de gestes ou d'objets concrets?

Si on prend soin de nos relations avec les autres, la raison est évidente: ils voient nos actions, pas nos intentions.

 

Il semble que ce soit un peu pareil avec la Transcendance. N'ayant pas d'intellect au sens où on l'entend, il est inutile de Lui raconter nos histoires. Toutefois nos actes pourraient interférer avec Elle.

 

C'est vrai si on accomplit des pratiques abstraites ou profondes de transformation de notre propre esprit. Les maîtres demandent toujours que l'on entretienne un autel chaque jour, ou au moins des objets (sur nous si possible) ou au moins que l'on murmure les textes. C'est encore plus vrai en ce qui concerne d'autres choses (dont on n'a pas à parler en public) connues pour marcher mieux quand on les accomplit avec des objets physiques, plutôt qu'avec seulement la méditation ou la visualisation.

 

La raison en tient probablement à la vision expliquée au chapitre V-6, «le divin paradoxe», où l'on ne perçoit la Transcendance que si on se connecte à elle. En agissant physiquement en accord avec la Transcendance, on tient compte de Son existence, ce qui assure la connexion spirituelle avec Elle. Cette interférence du physique dans le spirituel semblera hérétique aux yeux du Manichéen (note 86), mais il se pourrait effectivement que cette connexion ne se produise qu'en relation avec des gestes physiques, du moment que ces derniers ont un sens pour la conscience (Il en serait ainsi parce que le paradoxe implique aussi le monde physique). Ainsi on se place dans la bonne solution du paradoxe, et nos pratiques spirituelles marchent! Comme prévu, la réalité physique se plie à la Transcendance, au moins de manière furtive (libre arbitre, instants de superconscience, rêves prémonitoires, etc.). Si, au contraire, on fait n'importe quoi, on ne se connecte qu'aléatoirement, voire plus du tout, et il ne se passe rien de particulier.

 

Il est connu depuis longtemps que l'objet rituel lui même ne joue aucun rôle (d'où l'indulgence généralisée de toutes les religions sur les fausses reliques, flacons perpétuels et autres colifichets bénis: ce n'est pas à proprement parler de la triche). Toutefois notre système sensoriel fournit des expériences de conscience plus fortes et plus stable que notre visualisation, d'où l'efficacité fortement accrue d'utiliser des objets concrets, du moment que l'on visualise (ou croit) qu'ils sont ou font ce que prévoit le rituel. Bien entendu l'objet lui-même n'a aucun pouvoir, et seule notre conscience lui donne un sens. C'est donc notre conscience qui se connecte, en fonction du sens qu'elle donne à l'objet.

Similairement, des gestes apparemment insignifiants, comme sourire à un bébé, sauver une abeille qui se noie, allumer une bougie, donner une obole symbolique, peuvent nous connecter efficacement, si ils sont offerts de grand cœur sans calcul ni arrière-pensées. Au contraire, faire des rituels luxueux ou offrir des fortunes ne sera d'aucun effet si cela est fait dans un but égotique ou mondain.

 

Cette situation pourrait expliquer pas mal de choses, comme de voir des gens tout à fait ordinaires, apparemment sans aucune compétence spirituelle (mères de famille, soldats en Irak) connectés, et avoir des expériences comme des NDE, des instants de superconscience, des prémonitions... alors que beaucoup de spiritualistes qui ont étudié des doctrines complexes n'en ont pas (sans parler des bigots, persécuteurs, dogmatiques, intégristes, etc. tous interdits de parapsychologie). A la limite, la connexion reposerait sur des lois simples, où le niveau de connaissance spirituelle ne jouerait aucun rôle.

Les critères seraient dans le genre d'accepter en conscience la beauté du corps et de la vie. Accepter les expériences quotidiennes en pleine conscience. Ou vivre comme nous-même dans notre propre corps, au lieu de dans une convention sociale. Ou de rechercher la vérité, quelle qu'elle soit.

 

Il faut bien faire attention que d'accomplir les mauvais gestes peut aussi s'opposer activement à notre connexion... ce qui peut être dangereux, non seulement moralement, mais aussi physiquement. Ce que la plupart des gens font toutefois est d'ignorer ces choses, ce qui leur évite les plus gros ennuis, mais sans les protéger non plus.

Egalement, en ces temps de persécutions «laïques» et de chasse aux «signes ostentatoires», on évitera de laisser nos objets visibles aux nouveaux inquisiteurs. Si on les porte sur soi, il faut les laisser cachés. Si on a des enfants, on fera aussi très attention de ne rien laisser voir aux assistantes sociales: mes propres enfants ont eu de sérieux ennuis de cette façon. Mettez-donc votre autel dans une pièce à part, car ces visites ne préviennent pas... et elles arrivent même si on est honnête et correct!

 

Ces choses sont bien connues de quiconque a un peu roulé sa bosse dans le domaine des pratiques spirituelles. Les autres sont en droit de demander une façon scientifique de tester ces affirmations. Je propose une façon de faire. Toutefois elle doit être réalisée en triple aveugle, comme expliqué au chapitre II-9, ce qui impose en tout premier de ne rien publier avant.

(Protocol in PHP note)

Concepts convergents utilisés par d'autres religions et philosophies

Ce chapitre utilise principalement les concepts bouddhistes/hindouistes pour décrire la voie spirituelle. Cependant le défaut fondamental d'une conscience spirituelle dans un cerveau matériel est également apparu aux pratiquants d'autres courants spirituels. En Occident, cette idée est déjà discernable dans le zoroastrisme, mais elle a été également bien développée dans le christianisme, en particulier le catholicisme.

Le catholicisme parle souvent du «péché originel». Cette idée a l'air absurde: pour commencer, pourquoi manger une pomme serait un péché, et surtout, pourquoi serions-nous punis pour quelque chose qui a été fait des milliers d'années avant notre naissance. Il est dommage que ces histoires à la Disney aient encore cours, parce que les mystiques chrétiens ont développé des idées beaucoup plus sérieuses sur le défaut fondamental de la nature humaine: nous voulons faire le bien, mais nous n'avons pas la force de le faire, et nous retombons toujours dans les mauvaises actions. Le seul moyen d'être sauvé est de se fier à «Dieu» (ou Jésus, les saints, etc.) et de pratiquer les exercices spirituels jusqu'à ce qu'ils nous envoient leur «grâce divine». Plusieurs auteurs chrétiens ont écrit des livres précis sur l'entraînement spirituel, et ces idées ont imprégné la haute spiritualité chrétienne et conduit à de grands saints tout au long du Moyen Age, de l'Espagne au Mont Athos. Et je les vois encore bien vivantes aujourd'hui dans mes chansons préférées, «Perfect time» et «show me» de Moya Brennan et sa merveilleuse voix chuintante d'elfe chrétienne (bon, au moins on l'entendait beaucoup dans les terres elfiques de Second Life, ce qui fait que ces chansons sont mes plus chers souvenirs de ce temps).

Je pense que cette idée d'avoir besoin de recevoir la «grâce divine» (quelque chose d'extérieur au cerveau matériel, qu'il est totalement incapable de produire lui-même) est plus précis que l'idée bouddhiste (où nous recevons la «bénédiction» du gourou, qui nous permet d'accomplir la voie spirituelle), et elle correspond mieux à la vision qui découle de la théorie de l'autogénération logique: notre conscience spirituelle, naturellement lié à la Transcendance (chapitre V-7), prend le pouvoir sur le cerveau matériel. Cette prise de pouvoir n'a pas besoin de produire des effets spectaculaires (miracles, lévitation, etc.) pour atteindre efficacement l'essentiel: notre conscience cesse de considérer les impulsions amorales aléatoires du cerveau comme étant «notre volonté» ou «notre désir». (Ce que le bouddhisme appelle «abandonner la saisie à notre moi»). À ce stade, nous sommes sauvés, et quoi qu'il arrive (compromis, erreurs, défaillances humaines, mort) nous avons beaucoup plus de chances de parvenir à un univers spirituel paradisiaque, et même avec peu de chance d'atteindre la bouddhéité-sainteté au cours de cette vie.

 

Cette idée est aussi apparue dans de nombreux mouvements modernes, comme l'idéal socialiste du XIXe siècle: nous devons éliminer nos «conditionnements bourgeois» afin de nous «libérer». Cependant, ces mouvements étant matérialistes, ils étaient fondamentalement incapables d'apporter la vraie solution: faute d'influence spirituelle de la conscience, nous changeons simplement de conditionnement neurologique. (Et disons-le franchement, beaucoup de communistes ont même fait un très mauvais usage de cette idée, comme instrument de harcèlement moral). Et «changer de conditionnement» n'est pas seulement une image, mais une terrible réalité, quand on voit par exemple des «bigots du sexe», choqués par la vue de la chasteté ou de la spiritualité, qui ont transformé la joyeuse libération sexuelle des années 1960 en la révolution illusoire (chapitre I-5) fachiste que l'on voit aujourd'hui,

Nous trouvons le même défaut fondamental en psychologie, et même dans une certaine mesure dans la neurologie et la psychiatrie: elles peuvent être utiles à certaines occasions, mais aucune ne peut provoquer la descente de la conscience spirituelle. De par leur cadre théorique étriqué, elles ne peuvent même pas imaginer ce que c'est, ni comment ça se passe. Sans même parler des croyances fantaisistes de la psychanalyse.

Parmi les Hippies, ceux qui ont choisit d'utiliser les drogues n'ont pas été plus chanceux: les expériences sous drogues ressemblent beaucoup à des «expériences spirituelles»... quand on est grossièrement ignorant de ce qu'est vraiment une expérience spirituelle. Les drogues peuvent fournir des images magnifiques et de merveilleuses émotions, mais en même temps, elles durcissent les circuits neuronaux contre l'influence de la véritable conscience spirituelle, nous rendant encore plus esclave du cerveau... et des dealers.

Mérite personnel ou grâce divine?

Ajouté le 16 Juin 2016:

Certains courants spirituels considèrent que l'on obtient l'éveil spirituel par notre seul entraînement psychologique (appelé accumulation de mérite). D'autres au contraire considèrent que l'on ne peut rien obtenir sans recevoir un élément extérieur (appelé grâce divine).

En fait, les deux points de vue sont non-duels, puisque la Transcendance est elle aussi non-duelle avec notre propre conscience. On peut donc en théorie dire que n'importe qui peut atteindre n'importe quel niveau spirituel sans aucune aide extérieure, puisque n'importe quelle conscience individuelle contient déjà tout ce qu'il faut. Mais on peut aussi dire le contraire: on ne peut atteindre un niveau élevé qu'avec l'aide de «Dieu». En effet, quoi que soit «Dieu», à un moment notre conscience doit réaliser sa propre véritable nature Transcendante, au lieu de suivre les injonctions non-spirituelles des neurones. Et la non-dualité entre les deux vues fait que, en théorie, on peut aussi bien pratiquer un entraînement sans prier personne, ou au contraire seulement désirer la grâce divine. La meilleure preuve en est que les deux courants spirituels les plus opposés de ce point de vue, le Bouddhisme et le Catholicisme, ont tous les deux produit des saints manifestant des miracles au moment de leur mort.

 

Toutefois, en pratique, pour que cela fonctionne réellement, il faut soigneusement rester dans la non-dualité, et en particulier éviter les deux vues extrêmes ci-dessus: pratiquer un entraînement psychologique sans but transcendant (psychologie pure), ou espérer une grâce divine arbitraire sans faire d'effort pour améliorer nos névroses ou notre comportement. Ces deux attitudes sont aussi inefficaces et dangereuses l'une que l'autre.

Ce qui arrive dans la pratique spirituelle réelle et l'évolution réelle, est que la «grâce divine» arrive quand notre conscience y est suffisamment habituée pour la reconnaître. La seule voie est donc la non-dualité entre entraînement et grâce.

 

Les conseils d'enseignants ou de compagnons de route plus avancés sont aussi extrêmement utiles. Ils peuvent éviter des erreurs difficiles à déceler, qui peuvent faire perdre des dizaines d'années, voire conduire au fanatisme ou au suicide. Même quand ils ne nous guident pas, ils nourrissent notre motivation, par rapport au monde anormal actuel où les personnes positives sont constamment découragées ou contrecarrées.

 

Quant à des interventions divines proprement dites, je n'ai pas d'expérience personnelle de ces choses. En tous cas pas de grandes visions théâtrales comme dans la Bible. Mais les gens qui pratiquent régulièrement rapportent de nombreux rêves, ou des impressions en méditation. Peu apportent des inflexions du destin, mais leur accumulation équivaut à une guidance efficace.

Les religions du Livre attribuent ces visions à des Anges, qui sont des créatures créées par Dieu, qui ne peuvent jamais faire le mal. Les religions Orientales attribuent ces visions à des Dévas (des bienheureux, en termes catholiques), des anciens humains ordinaires qui se sont élevés à un niveau angélique de bonté et de sagesse. En pratique, il n'est pas vraiment important de savoir laquelle de ces deux vues est vraie, aussi on évitera les disputes théoriques sur le sexe des anges... car ils préfèrent la pratique, hi hi hi!

Bien entendu, ce genre de choses n'arrivent jamais aux personnes sans aucune pratique spirituelle. Donc, les Poppériens, si vous voulez tester l'existence de telles visions, voici le protocole expérimental: prenez des motivations spirituelles sincères, et entraînez-vous suffisamment pour que ces motivations deviennent des parties déterminantes de votre personnalité.

Le danger du dénigrement de la spiritualité

L'Histoire montre qu'il est assez facile de convertir des peuples de force à une nouvelle religion (Romanisation, Christianisation, Islamisation, athéisation) Toutefois il est impossible de forcer les gens à avoir une pratique spirituelle: les confessions forcées, que ce soit de l'inquisition ou des maoïstes, n'ont toujours fait que refléter les fantasmes des persécuteurs, sans jamais apporter la moindre information sur ce que pensaient réellement les victimes.

Si même la torture et la mort ne peuvent pousser les gens dans la voie de l'esprit, qu'est-ce qui les y pousse donc?

Les gens ne s'engagent dans une telle voie que si ils pensent qu'elle peut leur apporter quelque chose: bonheur, sens de la vie, meilleures relations avec les autres, vie au-delà de la mort. Et uniquement dans la mesure où ils pensent que telle ou telle pratique peut vraiment leur apporter une de ces choses.

On comprend alors qu'ils ont besoin d'avoir confiance, pour s'engager dans des pratiques qui prendront du temps chaque jour, pendant des années, pour un résultat dont ils ont seulement entendu parler, sans trop le voir.

Mais si les résultats sont visibles concrètement, vue l'importance fondamentale des enjeux de conscience, cette confiance peut alors devenir forte, et résulter en un investissement puissant. Ainsi on comprend l'influence énorme qu'ont eues dans le monde moderne des gens comme Gandhi, Mandela, Luther King, le Dalaï Lama: ils ont apporté, par leur comportement ou par leurs actions, la preuve tangible que l'on peut effectivement vivre autrement que dans la tribu de singes.

Toutefois cela ne suffit pas: les disciples qui voudront s'engager sur leurs traces devront aussi faire confiance en une multitude de maîtres spirituels, méditants, yogis, lire leurs livres, et pratiquer assidûment leurs méthodes. Cette confiance s'appelle le Samaya.

 

Briser cette confiance peut alors casser l'énergie du méditant, et l'amener à abandonner sa pratique, comme quand on casse un bourgeon.

 

C'est ce qui arrive avec les sectes, maîtres corrompus, etc.

 

Mais c'est surtout ce que font les idéologies matérialistes, la pseudo-psychologie ou la pseudo-neurologie et toutes leurs pseudo-études pseudo-scientifiques, sans oublier le harcèlement moral au quotidien (En France, la chasse au niqab, la répression des «signes ostentatoires», les discriminations de fait des cantines scolaires contre les Juifs, Musulmans, non-violents, etc.). Et ces actions ne sont pas le seul fait de politiciens de droite-gauche en costume noir sadomaso, ils sont aussi le fait, en une très instructive collusion, de gens «cools» (note 87), de «jeunes» «branchés», avec leurs romans et bandes dessinées cyniques, leurs jeux vidéo violents, rap, drogue, sexualité Sadienne (note 83), etc. D'où le grave danger de ces modes et idéologies, et la dénonciation répétée que j'en fais.

 

 

 

 

 

 

Epistémologie Generale        Chapitre V-10       

 

 

 

 

 

 

Idées, textes, dessins et réalisation: Richard Trigaux.

 

 

 

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