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Epistémologie Generale        Chapitre V-2       

 

V-2 Relation entre la conscience et le cerveau

 

(était le chapitre 42 dans la version 1)

La véritable définition scientifique de la conscience

Une «véritable définition scientifique» n'est pas une «explication matérielle» improuvée, c'est une description de ce qu'est vraiment la chose. Ainsi la définition de l'électricité ne peut se réduire à rien de mécanique. La définition d'un nombre ne peut même pas être rapportée à quoi que ce soit de matériel. Similairement, la conscience ne peut se réduire à rien de physique. On ne peut la décrire qu'avec son propre vocabulaire, avec ses propres références.

(Le fait que l'on ne puisse pas observer directement la conscience des autres, mais seulement ses manifestations matérielles, n'est pas un argument pour dire qu'elle n'existe pas. La même chose vaut pour l'électricité: on ne peut pas non plus observer directement l'électricité, seulement ses effets mécaniques ou thermiques. Mais personne n'invoque le rasoir d'Occam pour dire que l'électricité n'existe pas, ou Popper pour dire que l'électricité est de la linguistique)

 

La conscience est le fait que nous nous rendions compte du monde, que nous ressentions sensation, émotions, plaisir et souffrance. Toutes choses qui n'ont aucun sens matériel, mais qui constituent la trame de chaque conscience, à chaque instant. Ces mots n'ont aucun sens en physique, ils sont spécifique à la conscience, que par contre ils décrivent parfaitement. Par conséquent, cette définition est tout à fait suffisante comme définition scientifique de la conscience, sans avoir à se référer à des phénomènes physiques qui ne la concernent pas. Cette définition est compréhensible pour nous êtres humains. Et il n'y en a pas besoin d'autres, parce que les observateurs, c'est aussi nous!

Des définitions dans le style «acquisition et traitement d'information», malgré le vocabulaire «scientifique» ronflant, ne sont pas des définitions scientifiques de la conscience: elles ne permettent pas de savoir ce que c'est, elles ne permettent même pas de différencier un poète d'une console de jeux vidéo, également capable de traitement d'information.

 

La conscience est quelque chose d'unique dans tout l'univers, irréductible à quoi que ce soit de physique.

 

Beaucoup a été fait pour tenter de réduire la conscience au fonctionnement des neurones. Mais ce fonctionnement ne fait que rendre possible certaines capacités de la conscience, comme la vision. Il n'y a pas de «centre de la conscience» dans le cerveau. De nombreux circuits nerveux ne produisent pas d'éléments de la conscience, et un ordinateur n'est pas conscient, même quant il imite le cerveau.

Toutefois, à la différence de l'électricité que l'on ne peut observer qu'indirectement (et que l'on ne peut donc décrire que par ses effets mécaniques), nous pouvons observer directement notre propre conscience (si ce n'est celle des autres), exactement comme nous pouvons observer directement une construction mathématique. Il en est ainsi parce que la conscience est justement ce qui observe! Cela a été décrit au chapitre II-3, et est le fondement de l'Epistémologie Générale décrite dans la seconde partie, qui a pour but d'appréhender scientifiquement le domaine de la conscience, avec les adaptations nécessaires de la méthode scientifique.

Le fait que l'on ne puisse observer que notre propre conscience, et non pas celle des autres, complique l'Epistémologie Générale, par rapport à l'épistémologie matérialiste. Toutefois ce n'est pas un obstacle fondamental, et la spiritualité a trouvé des solutions depuis des millénaires. De plus, il serait vraiment extraordinaire que «moi seul» soit conscient (solipsisme), et pas les milliards d'autres qui ont pourtant le même cerveau. Donc toute conclusion sur la nature et le fonctionnement de notre propre conscience peut valablement se généraliser à toutes les autres. La seule chose qui diffère d'une personne à l'autre est le contenu de cette conscience (goûts, opinions, etc.).

De plus, la troisième partie sur la métaphysique propose d'expliquer comment la conscience peut exister, sans la ramener à quoi que ce soit de physique.

Armés de cette définition, et de ces précieux outils, nous pouvons maintenant aborder de manière exacte et détaillée l'étude scientifique de la conscience.

L'hypothèse de la réduction neuronale

Le fait que les activités ordinaires (non-parapsychologiques) de la conscience correspondent a des activités des neurones a conduit à l'hypothèse comme quoi cette activité des neurones suffirait à elle seule à rendre compte de tous les aspects de la conscience. La neurologie et les sciences cognitives étudient la conscience selon cette hypothèse, qui est encore l'hypothèse standard de la science classique (2012). Et, il faut le dire, elles sont très pertinentes à explorer tous ces mécanismes neuronaux, éludant «juste» la question de savoir comment cette activité neuronale mène à l'expérience d'être conscient.

Quelques scientifiques reconnaissent tout de même que cette explication est insuffisante, et décrivent la conscience comme une «propriété émergente» irréductible au seul fonctionnement des neurones, tout en étant supportée par eux. Mais, faute de cadre théorique sur la nature de la conscience, ces réflexions restent vagues ou anecdotiques. Vous allez découvrir un tel cadre théorique dans quelques paragraphes, capable de mener à une étude scientifique réaliste de la conscience.

On peut effectivement explorer en détail comment les signaux des organes des sens se propagent dans le cerveau, par exemple depuis l'oeil jusqu'à l'aire de la vision, pour arriver à la vision d'un objet. De là, on peut explorer toutes les connexions qui partent de cette aire, et analyser comment la vision d'un objet conduit à un réflexe, à un sentiment, etc. Les instruments modernes permettent de visualiser ces signaux qui se propagent, et on pourra bientôt tout analyser neurone par neurone, et connaître le cerveau dans les moindres recoins. Une perspective à la fois enthousiasmante et terrifiante: guérir et libérer, ou au contraire torturer et asservir sans espoir de sortie...

Mais analysons plus en détail comment cette aire de la vision est organisée: des faisceaux de fibres arrivent de l'oeil, et se répartissent sur la surface extérieure du cortex appelée aire de la vision (on dit qu'elles se projettent). De là, elles excitent plusieurs couches de neurones, qui ont chacune une fonction bien précise: analyser les couleurs, les mouvements, les traits, les formes, les distances, reconnaître les objets familiers... Le cortex visuel dispose ainsi d'une fantastique puissance de calcul, qui lui permet par exemple d'apprendre en quelques minutes à reconnaître les feuilles de carottes sauvages des carottes cultivées que l'on est en train de désherber... ou de casser en un clin d'oeil les algorithmes visuels de camouflage des serpents! (leurs motifs d'écailles). Enfin, de cette aire de la vision partent de nombreuses fibres qui emportent les résultats de ces analyses, vers les centres de la motivation, des réflexes, des émotions... Par exemple, on voit un feu rouge... on freine. On voit un serpent, on a peur. La même chose vaut aussi pour les autres sens, qui ont chacun une aire du cortex (la matière grise). Ainsi l'aire du toucher dessine un «homoncule cortical» à la surface du cerveau, où sont rassemblées les unités logiques de traitement des sensations du corps.

Tout cela rend compte avec une précision fantastique d'une quantité de fonctions et caractéristiques de la vision, de l'ouïe, des mouvements, etc. La neurologie n'a pas encore pénétré dans le «cortex supérieur», probablement le plus complexe, où siègent les intentions et les décisions. Mais ce n'est qu'une question de temps avant qu'elle y arrive. (On aura sans doute besoin de développer certaines branches des mathématiques pour y comprendre quelque chose, comme les algorithmes d'élaboration de plans d'action complexes)

 

C'est comme cela que les sciences cognitives expliquent l'acquisition d'information (cognition) par le cerveau. Toutefois rien de tout cela n'indique comment on «se rend compte», comment on est conscient de ces informations. Il n'y a pas de «centre de la conscience» dans le cerveau, où convergeraient d'énormes quantité de fibres nerveuses venant de toutes les aires sensorielles. On constate seulement que certaines aires, quand elles sont actives, produisent des expériences de conscience, et d'autres non. Par exemple le cervelet, organe très complexe, orchestre les mouvements du corps de manière totalement automatique et inconsciente, à partir de directives très succinctes provenant du cortex frontal. Même certains neurones de la vision travaillent de manière silencieuse. De plus, chaque circuit nerveux impliqué dans la conscience produit ses propres expériences de consciences, et elles seules: les neurones des formes nous font voir les formes, les neurones des couleurs nous font voir les couleurs, les neurones des sons nous font entendre une musique ou une alarme... Sans que rien ne distingue ces neurones des autres, ni n'indique pourquoi ils produisent cette expérience, et celle-là seulement. Pire encore, la plasticité des circuits neuronaux permet de réaffecter des neurones, et donc de créer une nouvelle relation avec la conscience. Ce phénomène est connu pour les mouvements (ce qui permet à certains paralytiques de bouger à nouveau) mais il existe aussi pour toutes les autres activités du cerveau... comme on l'a vu avec l'exemple des carottes ci-dessus.

Je suis personnellement une illustration vivante du fait que certaines activités du cerveau sont inconscientes: je suis capable de taper un texte rapidement, sans me tromper ni chercher les touches, bien que... je ne connaisse pas par coeur les emplacements des touches du clavier!

Bref, pour un électronicien comme moi, le cerveau me fait penser à un gigantesque centre de calcul, avec des rangées d'armoires informatiques et de large torons de câbles les reliant... mais on n'y voit nulle part de clavier ni d'écran pour l'opérateur! Cette fantastique organisation contient nombre de circuits et de processeurs, qui traitent et préparent les informations, celles qui seront utilisées automatiquement pour l'élaboration de réflexes ou de sentiments. Puis, on ne sait comment, la conscience prélève ces informations, en certains points du circuit soigneusement choisis, où elles sont les plus pertinentes, généralement dans les aires de projection. Par exemple, elle prend les images redressées, préparées et optimisées dans l'aire de projection de la vision, et nous n'avons même pas accès aux images brutes, inversées et distordues! Au contraire, l'algorithme de détection des serpents fonctionne probablement avec l'image brute, mais la conscience n'a accès qu'à son résultat, et au sentiment réflexe qu'il produit.

Toutefois rien de spécial ne se passe en ces points du circuit, qui indiquerait comment le signal présent là provoque l'expérience de conscience correspondante. La seule chose que les sciences cognitives aient trouvé est que les expériences de conscience ne se produisent que quand les neurones correspondants sont actifs, ce qui est assez logique. Mais elles n'ont pas trouvé pourquoi cela se produit avec certains neurones et pas avec d'autres (et jamais avec un processeur électronique). Cette «discrimination» sans cause matérielle me semble un des meilleurs arguments actuellement disponibles pour dire que quelque chose d'autre est en jeu. Cela va même plus loin: chaque neurone ne produit qu'une seule sorte d'expérience de conscience, en fonction uniquement de la signification du signal, sans que les neurologues n'aient trouvé ce qui distingue ces neurones des autres, ou entre eux: un neurone de la vision ressemble désespérément à un neurone auditif... Pire, on a (en simplifiant) un neurone par note musicale différente... mais ils sont tous identiques! Comment ressent-on des notes différentes, alors?

 

La seule explication logique de cette situation est que c'est la conscience elle-même qui impute une signification pertinente à ces signaux nerveux, en fonction de leur pertinence, afin de servir les seuls besoins de cette conscience. Ce qui implique que la conscience «sait» ce qu'ils représentent, en fonction de leur connexions avec les organes des sens, ou avec les autres circuits du cerveau. Par exemple chaque neurone auditif est connecté à une cellule de l'oreille sensible à une fréquence donnée: la conscience, qui n'a pas accès à l'oreille elle-même, connaît tout de même cette relation entre le neurone et la fréquence.

 

L'idée qui vient à ce moment, et que l'on commence à voir exprimée avec prudence dans les revues scientifiques, par exemple par des gens comme David Chalmers, est qu'il y a «quelque chose» en plus, que la conscience ne peut se réduire à la structure matérielle qui la porte, ni à son fonctionnement. Mais, pour cela, il faut que la conscience ait des capacités propres, des structures et un fonctionnement, au lieu d'être un simple «écran de cinéma» passif. Ce dont l'hypothèse de la réduction neuronale ne peut pas rendre compte. Voyons donc comment cela peut arriver.

L'hypothèse de l'autogénération logique de la conscience.

Nous avons vu dans le chapitre III-8 qu'un processus d'autogénération logique peut très bien engendrer une suite d'éléments de l'expérience de conscience, images, sons, émotions, idées, intentions, dès qu'une règle logique est capable d'unir un tel élément avec le suivant, en une série. Le résultat est alors «une conscience», qui est consciente de tous ces éléments, avec même l'apparence d'un temps propre, dans lequel cette succession d'éléments se déroule. Toutefois un processus d'autogénération logique est autonome, il ne possède pas d'entrées d'information. Le résultat est donc équivalent à un rêve (ou des états de conscience similaires, comme la paralysies du sommeil, les RR4 ou certaines NDE). Et effectivement, le déroulement d'un rêve se produit selon des lois logiques dont certaines peuvent être strictes, comme on le verra au chapitre V-8.

Toutefois ceci ne décrit pas l'état de conscience ordinaire. La conscience incarnée dans le cerveau peut effectivement rêver, quand les voies sensorielles sont fermées. Mais dans l'état de conscience ordinaire, dit éveillé, la conscience reçoit en permanence des informations sur le monde physique, par le biais des neurones qui s'excitent quand ils reçoivent de telles informations. Je dirais même que la conscience se précipite littéralement sur toute entrée sensorielle, au point que l'immersion dans le monde physique constitue la totalité de la vie de la plupart des personnes. Mais cela vaut aussi pour notre rêve ordinaire, qui correspond à une activité intense des neurones des différentes aires sensorielles du cerveau, connectées en boucle sans informations extérieures. Ce sont encore nos neurones qui déterminent nos rêves!

 

Il est alors clair que les deux processus d'autogénération logique doivent communiquer, celui du monde physique (le cerveau) et celui de la conscience, bien qu'ils semblent de nature totalement différente.

L'hypothèse de la conscience «collant» au cerveau

Nous postulons ici que la loi d'autogénération logique de la conscience incarnée dans un cerveau est:

A chaque instant, la conscience contient un élément de conscience correspondant à l'activité d'une sélection de neurones. Par exemple si l'aire de la vision contient des impulsions nerveuses codant pour une image, alors la conscience contient cette image. (en langage ordinaire, nous voyons l'image présentée par les neurones dans l'aire de la vision)

 

Ainsi il y a un flux d'information du processus d'autogénération du monde physique, vers celui de la conscience, qui détermine le contenu de cette dernière: Le processus d'autogénération logique de la conscience ramasse les informations dans le cerveau, dans les endroits pertinents, afin de donner une expérience de conscience organisée et simple. Par exemple, seule l'image exacte à la fin de la chaîne de traitement de la vision est utilisée, nous n'avons pas accès à l'image distordue en amont. Enfin, nous voyons bien une image, et non pas un tableau de chiffres! En effet, une image est une chose qui n'a aucun sens en physique, qui ne peut exister que dans une conscience.

Une preuve de ceci est visible par les personnes qui doivent porter de fortes lunettes: celles-ci déforment le champ de vision, ce qui est gênant quand on les met pour la première fois. Toutefois on s'y habitue en quelques jours, au point que cette distorsion devient invisible. Ainsi la conscience s'adapte de façon à obtenir l'information la plus pertinente à partir d'une information distordue, au besoin en changeant sa relation avec les neurones.

Voici qui explique la sélection arbitraire des activités de neurones qui seront traduites en expériences de conscience. Je dirais même que cette explication est nécessaire. En effet, si l'on considère l'aire de projection de la sensibilité de la peau, elle forme une image du corps, dite homoncule cortical. Mais cette image est grossièrement déformée: les différentes parties ne sont pas en proportion. De plus cette image est sur une surface pliée (la surface du cerveau, avec ses lobes et ses sillons). Pourtant nous percevons bien notre corps avec sa forme réelle et ses proportions exactes. Il en va de même de l'aire de la vision, qui est pliée en plusieurs lobes. Nous percevons pourtant des images plates. Ainsi il est clair que l'emplacement physique des neurones ne joue aucun rôle, mais que leurs connexions et leurs fonctions sont par contre parfaitement pertinents. Et c'est la loi d'autogénération de la conscience qui attribue à chaque neurone la sensation correspondante, par exemple une note musicale différente à chacun des neurones de l'aire auditive, en fonction de la fréquence à laquelle il réagit. Et cette attribution est arbitraire, tout en étant logique et très organisée: ainsi, la conscience perçoit bien une graduation progressive des notes, même si les neurones correspondants ne sont pas physiquement alignés, et qu'en plus ils sont tous identiques. Aucun fait matériel n'explique pourquoi il en est ainsi, qu'est-ce qui attribue la hauteur du son à chaque neurone.

Ceci pourrait être une limitation fondamentale à la «lecture des pensées» dans le cerveau à l'aide d'appareils analysant l'activité des neurones individuels. Ainsi rien ne prouve que des neurones contigus dans l'aire de la vision correspondent à des pixels contigus dans l'image. Les résultats déjà obtenus dans ce sens semblent même plutôt prouver le contraire! Quant à savoir ce qu'une personne pense en lisant ses images mentales, nous verrons au chapitre V-8 que ces images ne sont vraisemblablement pas «en pixels», mais plutôt «vectorielles», ce qui rend toute tentative d'interprétation impossible. Quant à vraiment connaître les opinions ou intentions d'une personne, il faudrait pour cela analyser le cortex supérieur. Mais le problème risque d'être encore plus ardu: rien n'indique quelle est la relation entre un neurone donné et une intention donnée, et cette relation a même de fortes chances d'être différente d'une personne à l'autre. Sans oublier que rien n'oblige la personne à penser à ses intentions quand elle est dans l'analyseur... Ainsi Big Brother a du souci à se faire, ce qui nous rassurera plutôt, nous gens normaux.

 

Qu'en est-il alors des mouvements, des intentions de la conscience en vue d'agir sur le monde? L'hypothèse de ce sous-chapitre en rend aussi parfaitement compte: nos idées, pensées, émotions, résulteraient aussi d'activités de neurones (du moins dans la conscience ordinaire). Des neurones qui codent pour des intentions, définissent des plans d'actions, etc. et commandent aux neurones moteurs, au cervelet, qui vont alors organiser et exécuter ces actions ou paroles. Et, tout comme l'activité des neurones sensoriels est perçue comme des sensations par la conscience, l'activité des neurones du cortex supérieur sera perçue par la conscience comme «nos» idées, réflexions, intentions, etc. L'activité des neurones du système limbique (en simplifiant) produira, elle, les émotions, que nous ressentirons alors comme «nos» émotions. Le processus est le même qu'avec les organes des sens: la conscience pique le signal à un endroit pertinent, et produit l'expérience de conscience correspondante, idée, intention, sentiment...

Ainsi la conscience est bien une structure complexe, contenant de nombreuses imputations, chacune sur l'activité d'un groupe de neurones spécifiques.

 

Ces imputations existent chacune comme un canal d'information, ou passerelle (gateway), entre un groupe spécifique de neurones dans le monde physique, et la conscience où ils créent chacun une expérience de conscience spécifique (image, sentiment, note musicale, idée, intention...). Ces connexions sont constantes à court terme, bien que la conscience puisse les modifier à plus long terme.

 

Cette hypothèse explique parfaitement comment la conscience, une entité forcément non-physique, peut se manifester (à ses propres yeux) à partir d'une entité physique, le cerveau.

 

Et aussi comment elle reste «collée» à ce cerveau: elle perçoit les informations contenues dans le cerveau (arrivant des organes des sens, ou produites par le cerveau lui-même: images mentales, émotions, idées...), mais aussi les sentiments, les idées, les intentions, produits par les neurones eux-mêmes, qu'elle perçoit comme «mes sentiments», ou «mes intentions». Nous verrons au chapitre V-10 le grave problème qui en résulte.

 

Pour changer cette relation, il faudrait modifier la loi d'autogénération logique, ce qui ne peut pas arriver spontanément. Ainsi on a bien cette relation entre une conscience unique et un cerveau unique, qui explique aussi trois des propriétés de la conscience:

-De ne percevoir le monde que par les organes des sens d'un seul corps (incluant la «perception» des idées et sentiments produits par le cerveau qui est dans ce corps)

-Que deux consciences différentes ne communiquent pas entre elles.

-Sa capacité à former une «personnalité» définie, une unité complète qui inclut toutes les capacités que ce cerveau a développé. On pourrait même dire que toute la complexité d'une conscience ne résulte que du cerveau qui la porte! La conscience et toutes ses caractéristiques sont générées par le cerveau!

L'origine logique du processus

Comment un système d'autogénération logique a t-il pu apparaître autrement qu'à partir d'une «graine» originelle, comme ceux que nous avons vu précédemment? (Big Bang, paradoxe fondateur, etc.). Comment sa définition même peut-elle comprendre des informations d'un autre système de nature totalement différente?

C'est qu'il n'y a justement pas de différence de nature entre un processus matériel et un processus spirituel. Seuls les éléments qu'ils contiennent sont différents. Il n'y a donc pas d'impossibilité fondamentale à une relation logique entre les deux, du moment qu'une loi d'autogénération quelle qu'elle soit le permet. En particulier si des éléments d'un système engendrent d'autres éléments, avec leur propre loi, alors ces seconds éléments peuvent continuer selon leur propre système, tout en recevant toujours des informations des premiers. De nombreux systèmes physiques sont dans ce cas: certaines particules composées (phonons, solitons, «trous» semiconducteurs, paires de Cooper, etc.) ou encore un logiciel qui fonctionne dans un ordinateur. La conscience neuronale serait juste cela.

Les scientifiques appellent ceci une propriété émergente (qu'ils proposent comme solution du dilemme entre le libre-arbitre et la matérialité du cerveau). Considérant la règle 6 du chapitre III-3, je parlerais plutôt d'un embranchement d'un système d'autogénération vers un autre («Forking» en anglais). (Emergence forte, où le nouveau système peut se comporter indépendamment de l'ancien). Cette situation d'embranchement explique, sans rien nécessiter d'autre, que la branche puisse continuer de recevoir des informations du tronc.

L'exemple le plus fameux est dans les théories mathématiques, si l'on considère des choses comme les polynômes, ou les nombres complexes, comme des systèmes embranchés sur celui des nombre réels. Et effectivement, ces choses continuent de recevoir de l'information des nombres réels, tout en étant capables de se comporter indépendamment. Comme la conscience n'a pas un statut «moins existant» que les nombres (chapitre III-2), le même raisonnement s'y applique aussi.

Toutefois l'idée de système embranché est plus forte que l'idée de propriété émergente: un système embranché peut continuer par lui-même, alors qu'une propriété émergente a toujours besoin de son substrat.

Nous verrons dans les chapitres suivants comment de l'information peut aussi circuler dans l'autre sens (libre arbitre, parapsychologie), voire comment le système de la conscience continuer seul (NDE, après vie), en particulier quand le tronc cesse de lui envoyer des informations (mort).

Ces faits nous placent franchement dans le cas de l'embranchement, plutôt que de la propriété émergente.

L'apparition de la conscience le long de l'évolution.

Selon les bases métaphysiques de l'Epistémologie Générale (Chapitre III-1), il n'y a pas d'obstacle à ce que cette conscience puisse exister sans être matérielle. Toutefois son apparition pose problème: comment un processus l'autogénération physique peut-il donner un processus d'autogénération non physique?

 

On a vu, règle 6 du chapitre III-3, qu'un indéterminisme dans un système d'autogénération peut mener à une bifurcation de celui-ci. Puis, au chapitre IV-9, nous avons vu comment cette règle peut mener à l'apparition de lois physiques nouvelles (des «domaines» d'espace avec des lois de la physique différentes). Qui plus est, cette apparition de lois nouvelles se produit spontanément, et elle ne résulte que des conditions physiques régnant au moment où cela se produit, dès que conditions contiennent un paradoxe ou un paramètre indéfini.

La seule différence est que la conscience n'est pas un domaine d'espace avec une physique différente, mais un processus d'autogénération logique indépendant, de nature différente, unissant les éléments de l'expérience de conscience, qui se développe en dehors du processus du monde physique, tout en restant relié à lui par les sens (recevant de l'information de lui par les organes des sens, et généralement par l'activité des neurones).

 

Une telle division radicale d'un système d'autogénération logique en plusieurs (fourche, ou «forking») reste dans les conséquences permises par la règle 6, elle même conséquence des règles des systèmes axiomatiques. On en a de nombreux exemples dans les théories mathématiques, où la «création» d'une entité nouvelle (par exemple la notion de vecteur, ou le nombre i) crée une branche nouvelle aux mathématiques, évoluant indépendamment de la précédente, tout en restant basées sur cette précédente. On trouve même chez certaines théories mathématiques les mêmes propriétés que la conscience: Un vecteur est, pour un nombre simple, «matériellement inobservable», tout comme la conscience l'est à un instrument matériel. Par contre les vecteurs «perçoivent» très bien les nombres. Cela ne veut pas dire que les vecteurs n'existent pas, ou qu'ils sont contre les religions, cela signifie simplement que de l'information passe des nombres vers les vecteurs, et pas l'inverse (on peut définir les vecteurs à partir des nombres, mais pas définir les nombres à partir des vecteurs). Que la conscience ait pu apparaître dans des cerveaux matériels est précisément le même type d'événement logique. Cet événement pourrait fournir une définition rigoureuse d'une «propriété émergente».

 

 

Ainsi, on peut valablement supposer que la conscience serait apparue au fur et à mesure que des cerveaux de plus en plus complexes sont apparus, avec l'évolution de la vie. Et chaque type d'expérience de conscience serait apparu avec les capacités neurosensorielles correspondantes: vision, ouïe, sentiments, sens du moi, intentions...

Il est toutefois difficile de dire à partir de quel moment dans l'évolution les cerveaux sont effectivement devenus capables de produire un processus d'autogénération de conscience. Cela a t-il été un événement unique et spécial, à un moment donné dans l'histoire de l'univers, ou bien cela s'est-il produit progressivement, automatiquement, au fur et à mesure que les cerveaux gagnaient des capacités? Dans le premier cas, alors il faut admettre que l'univers entier a été modifié à ce moment (et ce peut-être bien avant que la vie apparaisse sur Terre, si la conscience est apparue avant sur une autre planète). Mais je penche plutôt pour le second cas: l'apparition de la conscience serait une conséquence directe et automatique de l'existence d'un système de traitement de l'information capable de donner des représentations du monde (images, sons, sensations), des sentiments, un sens du moi, etc. susceptibles de donner les éléments correspondants dans l'expérience de conscience. Le tout est de savoir à partir de quel degré de complexité cela se produit, ou si certains éléments de l'expérience de conscience bien précis sont nécessaires pour démarrer le processus.

Des critères comme l'apparition du sens du moi ou le raisonnement Aristotélicien seraient probablement trop anthropocentriques.

Un de ces critères pourrait être la capacité à ressentir plaisir ou douleur. Au moins ce critère indique à partir de quel moment on doit respecter un être.

Mon meilleur choix serait l'alliance d'une émotion avec la conscience du corps, que l'on pourrait appeler «sensualité». C'est en tous cas ce qui est utilisé dans la haute spiritualité pour créer notre corps spirituel. Si il en est ainsi, alors on tient le créateur de la conscience.

 

Que l'on ne vienne pas me dire que ce débat serait abscons. En effet, l'idée de la conscience existant en tant qu'entité autonome a des enjeux importants: juste quand je relis ce passage (Janvier 2013) les médias font de la publicité pour une étude par le professeur Robert Arlinghaus, de l'université du Wyoming, affirmant que les poissons ne sentiraient pas la douleur, car il leur manque certains neurones du cortex, par rapport aux humains. Le bon professeur bien sûr ne manque pas d'opposer les intérêts commerciaux et «la science» au respect des êtres. Rappelez-vous, il n'y a pas si longtemps, c'est aux noirs à qui ont déniait la liberté, et même la conscience, au nom de la science. Le but de l'épistémologie générale est précisément d'en finir avec ce genre d'affirmations racistes et spécistes gratuites, au nom desquelles une quantité inimaginable de souffrance est infligée à des milliards d'êtres, pour le seul luxe égocentrique de manger de la viande.

 

Les ordinateurs actuels, digitaux et bâtis selon l'architecture de Von Neuman, sont loin de remplir ces critères. On verra plus précisément le problème de la conscience des robots au chapitre V-18.

 

Tout ceci pourrait constituer un champ de recherche scientifique à part entière... du moins pour les humains, les seuls à être capable de décrire leurs expériences de conscience.

L'apparition de la conscience à la naissance

L'idée que le cerveau créerait automatiquement la conscience, dès qu'il se met à fonctionner, est supportée par le fait que chaque nouvelle personne qui naît est automatiquement consciente. Il est certes difficile de dire à quel moment, du fait que l'on ne peut pas amener un bébé à décrire ses expériences. On en est donc réduit à observer des électroencéphalogrammes, qui ont une forme spécifique à l'état de veille (quand on est conscient). Or les enfants commencent à montrer des électroencéphalogrammes d'éveil dans les semaines précédant la naissance, et des électroencéphalogrammes de rêve bien avant. Comme il n'y a aucune raison de supposer que ces électroencéphalogrammes seraient «faux» (qu'ils auraient une signification différente de chez un adulte), alors on est obligé d'admettre que la conscience apparaît bien avant la naissance. Ceci explique la limite légale de trois mois pour l'avortement: on considère que aucune expérience de conscience ne peut avoir lieu plus tôt, le cerveau n'étant pas encore formé. (Nous verrons le problème moral de l'avortement au chapitre VI-5, et ses aspects spirituels au chapitre V-9)

Personnellement, j'ai pu constater que mes enfants manifestaient toutes les caractéristiques de la conscience, et ce dès les premières minutes. Par exemple ma fille regardait les gens et souriait, puis a fait un oh d'étonnement en produisant son premier caca. Mon fils, lui, s'est immédiatement retourné et recroquevillé en voyant les personnes malveillantes autour de lui. Il s'agit de réactions qui supposent une perception de la scè,ne, un sens du soi, et des émotions, pas de simples mouvements réflexes. Et j'ai du mal à croire que seul mes enfants auraient fait ça, et encore moins que je serais le seul à l'avoir remarqué...

 

Le retour de la conscience peut se faire encore plus rapidement, par exemple après un coma, qui a vu le cerveau s'arrêter totalement (électroencéphalogramme nul). Il est assez surprenant de voir avec quelle rapidité cela peut arriver, et comment tout se remet en place sans un défaut, comme si rien ne s'était passé.

Nous verrons le cas du sommeil au chapitre V-8.

Ainsi le cerveau crée des conditions physiques telles qu'un processus d'autogénération de conscience démarre automatiquement. Il démarre même bien avant la maturation complète de ce cerveau! Très probablement il y a une interaction constante entre le cerveau et la conscience, qui permet aux deux de se former.

On peut même supposer que la règle d'autogénération logique définissant la relation entre chaque neurone et l'expérience de conscience correspondante, cette règle s'organise progressivement, au fur et à mesure de la maturation du cerveau: la conscience crée progressivement les imputations nécessaires pour percevoir le contenu du cerveau. On ne peut pas explorer ce processus sur de très jeunes enfants, mais on pourrait l'observer par exemple chez des adultes qui ont toujours été aveugles, mais qui se mettent soudain à voir. Voient-ils directement des images parfaites, ou leur faut-il s'habituer aux distorsions, comme quand on change de lunettes? Il existe peu de littérature sur ce cas, et je n'ai qu'une seule citation en tête, le cas d'un nouveau voyant tendant la main vers une poignée de fenêtre qui est pourtant à plusieurs mètres de lui. Un autre cas est celui de personnes à qui on fait porter des lunettes à prisme inversant les images: aussi étonnant que cela paraisse, on s'y habitue très vite! Sans pourtant aucune modification visible des neurones...

Il semble donc que le processus de conscience possède sa propre capacité d'adaptation, ce qui lui permet de créer sa propre relation avec les neurones, de manière pertinente et dynamique. Ceci explique très bien la précision de l'adaptation de la conscience au cerveau, et le fait que cette adaptation puisse se répéter à l'identique d'une personne à l'autre, sans aucun échange d'information entre les différentes consciences.

On peut aussi penser que notre processus de conscience se construit sur un canevas préexistant, créé au fil de millions d'années d'évolution, dans le style des archétypes de Jung. Toutefois, ce cas est difficile à distinguer du cas où ces archétypes ne résultent que du câblage brut des neurones, tel que construit par les gènes. Je ne mentionnerai donc pas davantage ces archétypes, sans toutefois en rejeter l'étude. On en verra même quelques exemples possibles, au chapitre V-16 sur l'instinct, au chapitre V-8 sur les rêves, au chapitre VI-9 sur l'art, ou au chapitre VII-3 sur les RR4.

Travaux pratiques: créez-vous un sixième sens.

Une expérience amusante, pour vous faire toucher du doigt la façon incroyable qu'a notre conscience de construire de nouvelles capacités à partir de rien, et qui plus est bien trop vite pour résulter d'une modification physique des neurones (de ce que les neurologues appellent un «apprentissage»).

En toute rigueur, développer un sixième sens demanderait de développer un nouvel organe des sens, ce que nous ne pouvons pas faire. Toutefois il existe une exception: l'ouïe humaine possède tous les appareils et circuits nécessaires pour faire fonctionner l'écholocation (repérer les obstacles par l'écho, comme les dauphins ou les chauves-souris), même si l'humain ne possède pas ce sens de manière innée.

A que cela ne tienne: allez dans un coin de montagne avec suffisamment d'écho, de préférence par temps de brouillard. Criez, et écoutez. En entendant les échos, faites la visualisation suivante: chaque écho provient d'une direction donnée, mais aussi d'une distance donnée, que l'on ressent d'après son retard. Pensez donc à la place de chaque écho dans l'espace tout autour de vous, direction et distance, y compris au dessus et au dessous de vous. Visualisez une montagne là d'où vient un écho, et du vide là d'où il n'en vient pas. Un écho sec est un rocher ou une maison. Un écho léger est un arbre ou une forêt, et ainsi de suite.

Vous constaterez que, rapidement, vous devenez capable de vous faire une représentation mentale des lieux, même par temps de brouillard, avec une précision proprement bluffante. Mais ce qui est intéressant à noter est que cette représentation n'est pas une image plate devant vous, mais une scène complète en trois dimensions, à 360 degrés tout autour de vous, y compris derrière. Par contre elle est en noir et blanc (si tant est que vous y associez des couleurs). Bien entendu l'entraînement améliorera vos capacités, au point que certains aveugles l'utilisent couramment, même en ville.

Ainsi vous avez créé de toutes pièces un sixième sens que les humains n'ont normalement pas, l'écholocation. Et cette apparition est trop rapide pour être produite par le seul apprentissage neuronal: vous avez réellement créé une nouvelle capacité de votre conscience, un nouveau type d'expérience de conscience: la représentation d'un volume en trois dimensions. Et cette capacité n'existait pas une minute avant.

Ainsi ce processus de créer un nouveau type d'expérience de conscience est donc naturel et automatique: il se produit spontanément, et pratiquement instantanément, dès que des conditions physiques adéquates sont rassemblées.

On aura tout de même besoin d'un long apprentissage neuronal pour développer cette capacité, mais cela est différent de la créer.

L'âme des religions contre «l'interprétation de Copenhague» de la conscience

(Phiuw, belle collection de super titres, lol!)

Un des crédos de base des religions est l'existence d'une «âme», qui expliquerait la conscience parce qu'elle aurait la propriété magique «d'être consciente». L'ennui, c'est que cette âme fait un élément ad hoc à expliquer, qui aurait sa propre existence métaphysique. Son apparition au début de la vie pose également un problème, que les religions «résolvent» soit par une intervention divine, soit par des réincarnations continuelles depuis un temps infini.

Seul le Bouddhisme considère la conscience comme un «agrégat» d'éléments, en une série d'instants de conscience qui s'autogénère et s'entretient par la loi de cause à effet. Cette convergence n'a rien d'étonnant: le Bouddhisme propose une théorie métaphysique très similaire à celle que je présente dans la troisième partie, aussi basée sur l'absence d'existence intrinsèque des choses, la loi de cause à effet, et les douze liens interdépendants qui lient la conscience au monde physique de manière très similaire à celle décrite tout au long de ce livre.

La théorie de l'autogénération logique d'une série d'éléments de conscience rend parfaitement compte de la conscience, sans requérir aucun élément ad-hoc. De plus, la conscience auto-générée présentée dans ce chapitre ne nécessite pas d'intervention divine à chaque coin de rue pour démarrer: elle le fait spontanément, de par les seules propriétés physiques du cerveau, dès que celui-ci est en état de marche. Cette théorie de la conscience comme processus d'autogénération logique rend aussi compte de la survie après la mort, la réincarnation, et probablement bien d'autres choses, comme on le verra dans la septième partie. En effet, la règle 5 du chapitre III-3 dit que le processus d'autogénération de la conscience peut continue à tourner, même quand il ne reçoit plus d'information du cerveau. La conscience expérimente alors un état de rêve, a moins qu'elle se trouve une réincarnation pour coller après. Les faits d'observation comme les NDE ou les RR4 ne peuvent s'expliquer que avec cette théorie, qui est par contre tout à fait suffisante pour les expliquer. A contrario, la théorie de la réduction neuronale ne rend pas compte de la survie après la mort, ni a fortiori de la réincarnation, ce qui la met en difficulté face à des faits observables comme les NDE.

 

Cette absence «d'âme» sous-jacente, qui éprouverait la conscience, pourrait s'appeler «l'interprétation de Copenhague» de la conscience. En effet, cette façon de voir les choses est tout à fait similaire à celle de la Mécanique Quantique, qui refuse de voir des éléments sous-jacents à ce que l'on peut observer, éléments «cachés» qui expliqueraient pourquoi les choses existent et comment elles se comportent de cette façon.

Cette allusion à la mécanique quantique ne doit pas être confondue avec «l'hypothèse quantique de la conscience» défendue par certains scientifiques. Cette hypothèse quantique explique la conscience par des phénomènes de physique quantiques dans le cerveau. L'argument est que, tout comme les particules subatomiques, la conscience peut aussi manifester des propriétés non-locales. Par exemple, si on regarde un film, la perception de l'image et du son forment une expérience unique, alors que les aires de la vision et celle de l'audition n'ont pas de connexions directes. Mais surtout, l'hypothèse quantique paraît, aux yeux de ces scientifiques, le seul moyen d'expliquer des phénomènes comme la perception extrasensorielle à distance.

L'hypothèse que je défend ici ne fait pas appel à la physique quantique pour expliquer la conscience ou ses propriétés. D'où viennent alors les points communs avec la physique quantique? Ils viennent de ce qu'il s'agit de propriétés très générales des processus d'autogénération logique de toute nature (séries de nombres, physique quantique, programme d'ordinateur, conscience, et même univers psychiques). Nous avons en effet vu au chapitre IV-8 que de tels processus sont nécessairement quantiques, évoluant par sauts entre lesquels aucune réalité n'est définie. Ainsi il n'y a rien d'étonnant à ce que la conscience puisse elle aussi exister sans causes cachées (Interprétation de Copenhague), ou manifester des effets non-locaux, que ce soit dans le cerveau ou lors de phénomènes de perception extrasensorielle.

 

Les scientifiques classiques risquent de ne voir dans cette idée «d'interprétation de Copenhague de la conscience» qu'une comparaison déplacée, au mieux une curieuse coïncidence. Toutefois je soutiens, non seulement que c'est une propriété intrinsèque de la conscience, mais en plus qu'elle a la même cause qu'en physique. Il en est ainsi parce que c'est une propriété générale des processus d'autogénération logique (chapitre IV-8), dont les éléments existent relativement les uns aux autres, sans dépendre de quoi que ce soit de sous-jacent ou d'extérieur au processus. Ainsi la physique quantique refuse tout «support» sous-jacent aux particules physiques, tel que un «continuum» sur lesquelles elles seraient «peintes». De même, «l'interprétation de Copenhague de la conscience» fait exister les éléments de l'expérience de conscience sans aucun support d'aucune sorte: âme, monade, parcelle divine, etc.

Certes, pour les sciences de l'information ou les sciences cognitives, une image ou un son sont des phénomènes physiques qui ne peuvent exister qu'en dépendance d'un support: le son a besoin d'air, l'image d'un écran, tandis que leur représentation dans un ordinateur ou dans le cerveau nécessite des cases mémoires ou des neurones. Mais il ne s'agit là que de la représentation physique. Dans la théorie que je propose, les sensations elles mêmes (je dis bien les sensations, pas les phénomènes physiques) existent dans la conscience immatérielle, sans support, sans air, sans écran sur lequel elles seraient «peintes», exactement comme les particules de la physique existent sans aucun support sur lesquelles elles seraient «peintes». D'où le nom «d'interprétation de Copenhague», qui n'est pas une simple comparaison.

 

En clair cela signifie qu'il n'y a nul besoin de «quelque chose qui est conscient».

Tout cela explique également fort bien nombre de propriétés «inexplicables» de la conscience, comme de produire des sensations, des sentiments, des intentions, tous irréductibles à quelque phénomène physique que ce soit.

Certes la conscience psychologique ordinaire ne faisant que «coller» au cerveau, il y a une ambiguïté, puisque dans ces conditions la sensation n'apparaît que quand une représentation matérielle est activée dans le cerveau. Mais c'est dans ce cas seulement!

Mais cette propriété des éléments de l'expérience de conscience de pouvoir exister sans support matériel est extrêmement importante, puisque c'est elle qui va permettre à la conscience de continuer même après la destruction du cerveau, après la mort, ou quand ce cerveau est inactif, comme dans les NDE. Son intérêt humain est donc encore plus fantastique que son intérêt scientifique, puisque elle rend possible la vie éternelle au delà de la mort, sans plus aucune dépendance envers le monde physique. Ces propriétés de la conscience se manifestent également dans certains états de conscience naturels (chapitre V-8), et elles sont mises à profit dans les méditations avancées (chapitre V-10)

 

 

Faut-il pour cela rejeter l'interprétation «religieuse» de la conscience? Pas forcément: On peut très bien accorder les religions avec la théorie de la conscience autogénérée, si on rejette les dogmes et que l'on considère que le processus d'autogénération de la conscience EST l'âme, ou bien que l'âme des religions EST le processus d'autogénération de la conscience. En effet, ce processus d'autogénération logique d'éléments de la conscience possède toutes les propriétés de l'âme des religions, en particulier d'être immatériel, de survivre après la mort, et même d'être éternel, car rien ne peut stopper un processus d'autogénération logique une fois démarré (chapitre III-3, règle 5). On ne PEUT donc pas mourir, juste perdre notre corps. On peut alors quitter le monde physique pour un paradis, ou se réincarner, comme le décrivent les religions. La seule différence avec la vue des religions est que cette âme autogénérée ne requiers pas une intervention divine pour démarrer: le cerveau fait ça tout seul, de par ses seules propriétés physiques, dès qu'il se met à fonctionner.

(Ces deux interprétation sont en fait deux systèmes axiomatiques différents approximant la même réalité, comme on l'a vu au chapitre I-9, règles 3 à 6.)

Laquelle des deux interprétation préférer: celle «de Copenhague», ou la «religieuse»? Dans une présentation scientifique, la première vaut bien mieux. Toutefois méditer selon la seconde présentation n'est pas une erreur, tant qu'on n'y ajoute pas de dogmes arbitraires ou d'éléments ad-hoc inutiles (Dans ce cas ce n'est plus ma théorie). Une personne spirituelle pourra donc préférer parler de la seconde façon. Mais, même dans une pratique spirituelle, ce serait une erreur que d'ignorer la première: la conscience étant formée d'éléments, elle peut croître et évoluer par addition de nouveaux éléments, au contraire de l'âme-monade du catéchisme naïf.

Conscience psychologique, ou influence de la conscience sur le cerveau?

La vision présenté dans ce chapitre réponds aux divers arguments présentés au début, tout en offrant des explications satisfaisantes aux mystères de la nature de la conscience, de ses causes et de ses lois.

 

Toutefois, dans cette théorie, l'information va clairement du monde physique vers la conscience, mais pas le contraire. Dans ce cas, non seulement la personne ne perçoit que les sensations que le cerveau lui présente, mais en plus ses intentions, ses idées, ses désirs, ses opinions, sont entièrement déterminés par son cerveau, et ce seul cerveau. Ses paroles ou actions sont également déterminés uniquement par le cerveau, par le fonctionnement des neurones. Même nos complexes réflexions et plans d'action ne seraient que le résultat d'algorithmes, du traitement d'information physique du cerveau, notre conscience ne faisant que ressentir ces décisions comme venant «de nous»! Et cela ferait de nous des sortes de robots neurologiques, hallucinés par les circuits nerveux, obnubilés par eux, et par eux seuls. Nos intentions, nos goûts, nos désirs, nous échapperaient totalement, déterminés par le seul fonctionnement des circuits de neurones. Nous aurions seulement l'illusion que c'est «nous» qui contrôlons, alors que seraient les neurones, et eux seuls.

Cet état de conscience est ce que j'appelle la «conscience neuronale», ou «conscience psychologique», car son contenu ne dépend que du cerveau et de ses conditionnements neurologiques ou psychologiques.

Le distingo entre les deux est un peu subtil, mais essentiel: Un conditionnement neurologique est produit par les structures matérielles du cerveau, elles-mêmes créées par les gènes constructeurs du cerveau (on peut donc aussi parler de conditionnement génétique). Un exemple est le désir sexuel pour les organes sexuels. Un conditionnement psychologique, lui, ne crée pas de neurones, mais il modifie ou conditionne le signal qui va en sortir («Apprentissage» neurologique). Il peut être produit par les expériences de la vie, par un entraînement volontaire, ou par des manipulations malveillantes.

Assurément, la conscience psychologique n'est pas une condition enviable, car elle ne nous laisse aucune liberté, seulement une illusion de liberté, alors que nous serions en fait entièrement déterminés par nos neurones, par nos gènes, par la télévision. Comme des drogués, des ivrognes ou des fous! De plus, une telle explication de la conscience est intestable en l'état: on ne peut pas la différencier de la réduction neuronale.

 

Il est clair, autant pour notre confort que pour tester cette hypothèse, que la communication en sens inverse doit aussi pouvoir se produire: de la conscience vers le cerveau. Toutefois cela est plus difficile, du fait que c'est la conscience qui est issue du cerveau, et non pas le contraire.

 

Il s'agit donc de trouver des cas où la conscience agit sur le cerveau, où le cerveau reçoit des informations de la conscience. Fort heureusement, de tels cas sont nombreux, même sans aller chercher la parapsychologie (que nous étudierons dans la septième partie). Le cas le plus visible qui ait été scientifiquement étudié est celui des NDE avec électroencéphalogramme plat, qui, à lui seul, suffit à démontrer que la conscience peut aussi exister sans le cerveau. Mais, bien que cela ait été moins remarqué, les NDE démontrent aussi totalement que la conscience peut commander au cerveau: Sans interaction de la conscience vers le cerveau, nous serions certes capables d'avoir des NDE, mais nous ne pourrions pas nous en rappeler! Mais justement, tous les souvenirs de NDE sont profondément gravés dans notre mémoire.

Il existe d'autres cas, comme les instants de super-conscience (sorte de brève NDE, lors d'un danger immédiat, mais sans atteinte corporelle), où l'on est averti d'un danger invisible. Cela m'est arrivé plusieurs fois: si quelqu'un vient me dire que c'est impossible, ma seule réponse sera le rire.

Mais plutôt que sur les NDE, nous allons nous baser sur un cas moins spectaculaire, mais dont l'importance philosophique et humaine est capitale: le libre arbitre. En effet c'est le prototype de toute interaction du processus d'autogénération logique de la conscience vers celui du cerveau, qui va permettre, d'une manière très générale, à la conscience de contrôler les neurones, et donc d'échapper à la conscience psychologique. De plus c'est le plus facile à produire, et à reproduire, même si il ne se manifeste pas de manière spectaculaire ou «parapsychologique».

 

Nous verrons plus loin, au chapitre V-10 sur l'évolution spirituelle, comment augmenter le contrôle de la conscience sur le cerveau, et où cela peut nous mener.

 

 

 

 

 

 

Epistémologie Generale        Chapitre V-2       

 

 

 

 

 

 

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