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Epistémologie Generale        Chapitre IV-6       

 

IV-6
Principe Anthropique, rebouclage logique et création

 

Important: Usage des mots «anthropisme» et «création» dans ce livre

Dans tout ce livre, à défaut d'indication contraire, «anthropisme» signifiera le sens 1 ci-dessous, le principe anthropique faible, à défaut d'argument scientifique pour imposer les sens 2 ou 3. Toutefois on ne peut pas non plus fermer la porte aux sens 2 ou 3, faute également d'arguments scientifique pour les éliminer. D'autant moins que l'on trouve des exemples clairs du sens 3 en biologie ou en société.

Egalement, ne pas confondre avec le sens utilisé par exemple en écologie ou géologie, où le mot «anthropisme» désigne le fait que la nature a été modifiée par les humains.

«Création» par contre se réfère bien à un acte intentionnel (donc posé par une entité consciente, quelle qu'elle soit, Dieu, ange, extraterrestre, etc.). La science actuelle ne favorise pas cette hypothèse, mais n'a pas non plus démontré sa fausseté. Rien ne nous interdit donc d'en discuter. Je m'oppose toutefois totalement au dogmatisme idiot qui a conduit certains états à interdire l'enseignement de théories scientifiques contredisant le créationnisme.

Le principe anthropique faible ou fort

J'ai trouvé utile d'intercaler ce chapitre plutôt métaphysique avant la justification des lois de la physique, parce que justement il pourrait être utile à cette fin.

L'anthropisme est mal vu par certains scientifiques, qui y voient une justification des vues religieuses sur la création. Toutefois, du point de vue de l'Epistémologie Générale, cela ne pose pas de problème, et si on trouvait que la haute physique justifiait le catéchisme de 1930 ou la mythologie Dogon, cela ne me ferait pas avoir des boutons, et je ne me gênerais pas pour le dire.

  

On appelle principe anthropique le fait que certaines lois de la physique, ou certains événements cosmologiques, semblent «faits pour» permettre l'existence de l'être humain. Bien entendu, certains sautent sur la conclusion «c'est la preuve que l'univers a été créé par Dieu». Sans exclure a-priori cette explication, Je me garderai toutefois de telles conclusions hâtives, car il y a plusieurs autres explications possibles.

  

Quelques cas de faits physiques qui semblent «ajustés» pour permettre l'existence de l'être humain:

-Le fait que notre univers ait trois dimensions. D'autres géométries semblent impraticables: en deux dimensions, on ne peut pas se croiser. En quatre, on ne peut pas faire de noeuds.

-Que le proton et le neutron aient presque la même masse. Si ils étaient différents, (comme le «proton» et le «neutron» de seconde et troisième génération), alors la plupart des éléments seraient instables, voire même notre univers ne contiendrait que des protons ou que des neutrons.

-L'asymétrie matière-antimatière, qui a permis à la première d'exister, an lieu de s'annihiler. De plus, elle ne s'est produite que quand on en avait besoin!

-La réaction triple alpha, basée sur une improbable coïncidence de niveaux d'énergie, et qui permet à certaines étoiles de synthétiser le carbone. Sans elle, la vie serait rare ou impossible.

D'autres faits anthropiques sont liés à la Terre et à son évolution, par exemple la météorite de Chixculub, qui a permis aux mammifères de l'emporter sur les dinosaures. Toutefois, dans ce cas, l'argument en faveur d'une action intentionnelle est plus faible, du fait qu'existent un grand nombre d'autres planètes, dont l'évolution peut être fort différente. Une théorie créationniste ne doit évidemment pas voir des preuves de vérités universelles dans des événements spécifiques à la Terre.

  

Deux versions différentes de l'anthropisme sont connues, et nous en verrons une troisième:

1) Le principe anthropique faible, selon lequel il existerait un grand nombre d'univers, aux lois physiques différentes. Nous serions alors nécessairement dans un de ceux qui permettent la vie. Dans ce cas, il n'y a rien d'étonnant à trouver des lois physiques qui semblent «prévues pour» la vie, et cela ne prouve nullement que notre univers ait été créé par une entité dotée d'intention. (Dans tous les chapitres suivants, sauf indication contraire, le mot «anthropique» se réfère toujours à ce cas).

2) Le principe anthropique fort dit au contraire qu'il n'existerait qu'un seul univers (ou un petit nombre), dont les lois auraient été ajustées pour permettre l'apparition de la vie humaine. C'est cette fois un argument valable en faveur de la création de notre univers par une entité dotée d'intention, un «dieu». Toutefois, pour que cet argument constitue une preuve, il faudrait être sûrs qu'il n'existe aucun univers aux propriétés incompatibles avec la vie. En effet, si il y en avait, on serait dans le cas de l'anthropisme faible. Mais on ne peut pas démontrer l'absence de tels univers... Même si notre esprit tentait de s'incarner dans un tel univers, on n'y trouverait tout simplement pas de corps pour supporter cette incarnation. Bien au contraire, tant la mécanique quantique que la théorie métaphysique des processus d'autogénération logique prédisent une infinité d'autres univers, aux lois différentes, qui de plus apparaissent spontanément, sans aucune action intentionnelle. Il est donc très vraisemblable que l'on soit dans le cas de l'anthropisme faible, bien qu'on ne puisse pas non plus le démontrer de manière rigoureuse.

Le rebouclage logique

Il existe toutefois une troisième possibilité, qui pourra sembler subtile ou bizarre, mais qui me semble plausible, voire nécessaire.

On a vu au chapitre III-4 une simulation d'univers, basée sur le principe de l'absurdité créatrice vue au chapitre III-3. Dans cette simulation, une absurdité créatrice était isolée au tout début de cet univers, démarrant un processus d'autogénération logique aboutissant à la formation d'un univers logique et cohérent, sans paradoxe. Dans cet univers, le paradoxe fondateur n'était qu'une singularité placée au début de l'univers, où on pouvait l'ignorer.

On a vu a chapitre I-2 un exemple d'un tel processus, avec la Théorie des Ensembles, où les trois axiomes fondateurs, indémontrables déterminent rigoureusement toute la suite. On peut trouver d'autres exemples: un programme d'ordinateur (sans entrées) où le démarrage du programme constitue une absurdité créatrice (Le fonctionnement du logiciel ne peut expliquer son premier état).

Le paradoxe fondateur est ici confiné au début, et le développement du processus d'autogénération logique est linéaire.

(0) est la notion de temps absolu et infini, que notre esprit projette sur la réalité physique.

(1) est le paradoxe fondateur, ici représenté par une série d'implications se démontrant elles-mêmes.

(2) est l'instant zéro du Big Bang, à partir duquel le processus d'autogénération logique commence à se développer.

(3) est le déroulement du processus d'autogénération logique. Chaque flèche bleue représente une itération. Au début il n'y en a que quelques-unes, mais rapidement leur nombre devient immense. On note que le temps physique réel (la grosse flèche noire) n'apparaît que comme une conséquence du déroulement de ce processus.

(4) est l'état final du processus. Ici on a représenté un «Big Crunch», moment où l'univers entier se rassemble en un point unique. Pour le dessin, c'est plus clair, mais il semble que notre univers n'est pas du tout engagé dans cette direction. De plus, dans l'hypothèse d'une création divine, un «état final» concernerait plutôt la réalisation de critères d'ordre humains, culturels ou spirituels, qui n'ont aucune raison de correspondre à un état physique de l'univers.

 

Toutefois on peut concevoir que l'ensemble du processus d'autogénération logique soit dans la boucle. Dans ce cas, l'existence même du processus dépend d'un «état final» de ce processus, ou plus généralement de la réalisation de certains critères.

Le paradoxe fondateur reçoit ici un retour depuis l'ensemble du processus. Dans ce cas le processus d'autogénération logique est rebouclé.

On note des implications logiques supplémentaires:

(5) est une implication logique depuis l'état final vers le paradoxe fondateur, qui valide celui-ci en lui attribuant une valeur arbitraire. A la différence du cas précédent, cet univers n'existe que pour une valeur donnée de ce paradoxe fondateur. Il présente donc un fort anthropisme, tant dans ses lois physiques que dans les valeurs des constantes physiques. Ce rebouclage peut par exemple forcer des lois physiques favorables à un univers cohérent, par rapport à un univers où les lois physiques ne mèneraient qu'au chaos. Par exemple la loi d'avoir un espace à trois dimensions permet à la matière de toujours interagir avec elle-même. Sans cette loi, on verrait la matière se dissiper avec le temps, chaque particule disparaissant dans sa propre dimension. Un tel univers, quoique logiquement possible, ne permet toutefois pas l'apparition de la vie. Donc il ne peut y exister d'être vivant capable de l'observer scientifiquement, ni même de le ressentir comme «concret». Par contre, un univers comme le nôtre, où les particules ont reçu la propriété arbitraire de se tenir toujours parfaitement dans nos trois dimension, présente une organisation cohérente, où l'interaction constante des particules mène à des structures extrêmement complexes capables d'évoluer sur de longues périodes, et donc de donner des résultats aussi extraordinaires que des êtres vivants. Ces êtres peuvent alors observer scientifiquement cet univers, et le ressentir comme «existant concrètement».

Dans les créations humaines, on peut trouver facilement des exemples de tels processus rebouclés. Le plus évident est, dans les théories mathématiques, le calcul avec les nombres complexes, qui justifie la création «absurde» du nombre i. Ce nombre i n'est pas le résultat d'un petit paradoxe local dans le monde des mathématiques, ni d'un paradoxe inutile comme «l'ensemble de tous les ensembles» (Chapitre I-2). Il a au contraire été introduit pour permettre à de vastes pans des mathématiques d'exister. l'«univers» de nos théories mathématiques est donc anthropique au sens fort... et nous en sommes le «créateur».

(6) est une implication logique d'un état final vers un état intermédiaire. On a verra dans quelques lignes un exemple frappant, avec le vol des oiseaux.

(7) est une intervention directe, intentionnelle, par un Créateur qui cherche à pousser les choses vers un état final donné. A l'encontre de ce que disent les créationnistes, ni la physique, ni la biologie n'ont observé de telles actions. Par contre de nombreuses personnes plus ou moins spirituelles ont observé des «coups de pouce» physiquement impossibles, tels que des inspirations, des rêves prémonitoires, des rencontres, etc.

 

 

 

Une telle chose est-elle possible dans le cas d'un univers physique? Oui, d'après la théorie du processus d'autogénération logique (qui s'applique à notre univers physique). Mais si notre univers est effectivement dans ce cas, alors il faut s'attendre à certaines conséquences observables. Par exemple certaines lois physiques résulteraient d'une telle situation, et nous verrons le cas des incertitudes de Heisenberg au chapitre IV-7. Suivant. l'anthropisme peut aussi s'expliquer de cette façon, si on admet que les lois physiques seraient sélectionnées en fonction de certains critères, ou d'un certain résultat final. Que la sélection soit intentionnelle ou naturelle, d'ailleurs.

Cela nous fait donc une troisième version de l'anthropisme:

3) Le rebouclage logique (l'apparition de notre univers est conditionnée par son évolution) prédit que certaines lois physiques pourraient être «ajustées» de façon à obtenir une évolution cohérente, voire un certain résultat. Par exemple, si nos particules ne se tenaient pas strictement dans nos trois dimensions d'espace, alors elles s'évaporeraient ailleurs (on verrait de la matière disparaître sans retour, en violation des principes de conservation). La loi physique «les particules restent strictement dans l'espace tridimensionnel» serait impérative, parce que, sans elle, notre univers serait logiquement incohérent, et donc il n'existerait pas du tout.

Ce cas peut aussi concerner l'évolution de la vie, donnant l'apparence d'un «grand dessein» créationniste. Toutefois ce cas ne doit pas être confondu avec le principe anthropique fort 2), qui fait obligatoirement appel à une création divine. Le rebouclage logique 3) ne fait pas nécessairement appel à un Dieu créateur, comme on va le voir dans l'exemple suivant:

  

Un excellent exemple de rebouclage logique est l'apparition du vol des oiseaux. Historiquement, les croyants créationnistes avaient opposé ce cas aux scientifiques Darwiniens, car l'apparition des oiseaux nécessitait la modification simultanée de nombreux gènes, une chose impossible d'après la théorie de l'adaptation sélective (à la base de la théorie Darwinienne de l'évolution), pour laquelle les gènes ne sont modifiés que un à un. Toutefois, aujourd'hui on sait aujourd'hui beaucoup mieux comment les choses se sont passées:

-Certains dinosaures auraient fait évoluer leurs écailles en plumes, pour des raisons d'adaptation thermique.

-De petits dinosaures agiles auraient appris à grimper aux arbres.

-Ils auraient appris à sauter, puis à contrôler leur saut avec leurs plumes.

-Leurs quatre membres auraient alors évolués en quatre ailes (de tels fossiles sont connus)

-Ils auraient appris à battre leurs ailes. Pour des raisons d'efficacité, leurs membres se seraient alors spécialisés en deux ailes et deux pattes.

-Enfin les différentes étapes intermédiaires, moins viables que les oiseaux, ont été éliminées. Sans doute n'ont-elles jamais été nombreuses, ou n'ont-elles existé que dans de petites niches écologiques en marge, ce qui explique qu'on n'en retrouve que peu de traces. Ainsi les oiseaux donnent l'impression d'être apparus ex nihilo, sans causes visibles, comme si ils avaient été soudain créés de la main de Dieu.

On a donc bien un processus progressif d'évolution Darwinienne, qui a incorporé progressivement la complexité «impossible» du vol, sans aucun acte de création divine. Et non seulement cette chose «impossible» a fonctionné, mais en plus cela s'est produit plusieurs fois: insectes, ptérosaures, oiseaux, chauves-souris, poissons volants, et il est même encore en action aujourd'hui, juste sous nos yeux: les écureuils planeurs, preuve s'il en est de la facilité déconcertante de ce processus «impossible».

Et tout cela n'est arrivé que grâce à la seule possibilité logique du vol, une fantastique utopie biologique, qui semblait pourtant impossible à réaliser! Pensons en effet à toutes les adaptations nécessaires, allègement du squelette, création de nouveaux muscles, de circuits neuronaux complexes...

  

On pourrait dire que: rebouclage logique = absurdité créatrice + évolution Darwinienne. Il combine donc la puissance des deux, en une fantastique force de création! Et il ne se contente pas de créer quelques petits trucs ici ou là, il peut créer des structures et organisations complexes, qui seraient inaccessible à une simple évolution Darwinienne linéaire. En effet, un processus de simple adaptation opportuniste ne peut pas produire de sauts qualitatifs tels que l'apparition des oiseaux, car il éliminerait plutôt les étapes intermédiaires bizarres, bien avant qu'elles ne mènent à un quelconque résultat intéressant. Il lui faut forcément un guide, que le rebouclage logique fournit. Ainsi l'ensemble des deux devient un moteur à utopie, doté d'une incroyable capacité à créer toute chose que l'on puisse imaginer, et au delà.

  

Si l'on revient à la physique, il ne faudrait pas non plus s'étonner que certaines lois physiques puissent avoir été sélectionnées par des rebouclages logiques, du style «si l'univers était comme ceci, alors il serait incohérent». De telles conditions réduisent probablement le nombre d'univers possibles, ou de lois physiques possibles. De telles conditions d'ordre logique posent probablement des contraintes très fortes sur les lois physiques de notre monde, de manière à avoir permis l'évolution d'êtres vivants comme nous. Ainsi, le principe anthropique, loin d'être une bizarrerie agaçante, devient un instrument à explorer la physique.

  

Une remarque est qu'il ne faut pas confondre le rebouclage logique avec un voyage dans le temps. Le rebouclage se produit certes du futur vers le passé, mais il ne s'agit que d'une implication logique, d'une nécessité logique, pas d'une action physique, ni même d'un transfert d'information. Tous les événements qui se produisent dans la partie physique de la boucle (celle qui va dans le sens normal du temps) sont des événements physiques ordinaires, sans rien de surnaturel, sans «vaisseaux temporels», sans apparition d'anges ni de magie. Dans le cas du vol des oiseaux, seule la possibilité théorique du vol a guidé les événements, en poussant violemment la sélection Darwinienne dans la bonne direction, à l'encontre même du principe d'adaptation qui aurait dû au contraire éliminer impitoyablement tous les les êtres intermédiaires bizarres tels que dinosaures-écureuils ou les oiseaux à quatre ailes. La seule adaptation Darwinienne n'aurait jamais permis l'apparition des oiseaux. Une comparaison amusante serait de dire que le rebouclage logique est révolutionnaire, alors que l'adaptation Darwinienne est réactionnaire. Et, tout comme en politique, une véritable évolution ne peut résulter que d'une dialectique Yin-Yang entre les deux (chapitre I-4)!

Enfin, cette implication logique du futur vers le passé ne pose pas de problème pour la physique, ni même pour la Relativité, car elle se produit en amont de la définition du temps dans l'univers. Elle ne viole donc pas la loi de cause à effet, dont le temps n'est qu'une conséquence (Chapitre IV-3). Elle constitue toutefois un cas de paradoxe logique créateur, comme vu au chapitre IV-3 à propos des boucles temporelles. C'est ce qui explique sa formidable puissance créatrice, comme vu au chapitre III-3, règle 3.

 

Il se pourrait fort que nous soyons nous-mêmes dans une telle boucle, et que cela ait des conséquences énormes sur nos vies, comme nous le verrons dans le chapitre VI-16 sur l'évolution future de l'humanité.

Un petit exemple pour comprendre comment ça marche: supposons une série de termes N. Pour une valeur de N, le terme suivant est N + a (N plus une constante a). Le premier terme N vaut une valeur b qui nous est imposée. Une fois qu'une telle série est lancée, elle se continue indéfiniment sans plus nous laisser aucun choix des valeurs.

Mais on souhaite que au bout de 10 termes de la série, N vaille 10. Il nous faut alors choisir: a = (10-b)/10. Dans le cas le plus simple, si b = 0, alors a doit valoir un, et les termes N valent 1, 2, 3... 10.

Ainsi, dans cet «univers» (à une dimension), le nombre a est une «loi physique» que les «habitants» de cet univers ne peuvent pas changer, mais qui pourtant force le résultat final à la valeur voulue par le «créateur». Et ceci sans que ce dernier ait à tricher (modifier arbitrairement une valeur de la série) en cours de route. C'est cela le rebouclage logique.

Création divine?

Ce que les traditions ont vu comme la main d'un Dieu créateur ne serait-il qu'un processus de rebouclage logique?

Faut-il en déduire que le Dieu créateur n'existe pas? Ou qu'on puisse le réduire à une sélection Darwinienne inconsciente, aveugle et souvent cruelle?

  

Les religions ne parlent pas de cela, elles parlent d'un Dieu conscient, lumineux, aimant et miséricordieux. Pour cela, nous ne pouvons considérer ici cette discussion comme close: nous verrons plus précisément la nature de Dieu au chapitre V-6.

  

Ce que l'on peut toutefois dire, dans cette partie sur la physique, est que les physiciens n'ont pas trouvé de traces claires d'actes intentionnels dans l'évolution de notre univers (ni de ses habitants). Même l'anthropisme observé ne permet pas de tirer de conclusions à ce sujet (faute de pouvoir tester (chapitre II-4) si l'on est dans le cas 1, 2 ou 3). La physique ne peut donc pas affirmer scientifiquement que notre univers a été créée par un Dieu. Faut-il y voir l'absence d'un tel dieu créateur? On ne peut pas non plus affirmer scientifiquement cette absence. L'hypothèse du Dieu créateur reste donc une hypothèse scientifique légitime, certes spéculative, mais que seules les idéologies (chapitre I-9) matérialistes condamnent.

En effet, que se passerait-il si un être évoluée cherchait à créer un univers? On peut affirmer qu'elle ne s'y prendrait certainement pas comme une petit dictateur égotique manipulant le monde à son idée. Un petit dictateur égotique interviendrait tout le temps pour montrer son pouvoir; il poserait quantité de règles absurdes et arbitraires, puis récompenserait, punirait ou éliminerait les gens selon qu'ils lui plaisent ou non. En clair on ne verrait et on n'entendrait que lui. Au contraire, n'importe quel être un tant soit peu évoluée préférera poser des bonnes bases au départ, pour ensuite intervenir le moins possible, afin de donner à sa création ses chances d'évoluer spontanément, de réserver des surprises. Pour cela, il prévoira des processus auto-formateurs, comme le font les simulations scientifiques ou les amateurs de jeu (Simulations fractales, «jeu de la vie», etc.), afin que le résultat soit spontané et intéressant. Bien entendu, l'intérêt du jeu est proportionnel à l'originalité du résultat, et inversement proportionnel au nombre d'interventions nécessaires pour obtenir ce résultat. Tous les joueurs connaissent cette règle de non-ingérence, même les geeks autistes. Idéalement, le processus devrait pouvoir se dérouler entièrement, et atteindre le but souhaité, à partir d'un seul acte de création au départ. Si cela n'est pas possible, alors les interventions supplémentaires doivent être aussi discrètes que possible, afin de ne pas perturber les processus auto-formateurs, ni influencer sur l'originalité du résultat. En particulier, si le créateur a une vision d'amour, il voudra orienter l'évolution de son monde dans cette direction, mais sans non plus l'imposer. Il proposera donc différentes aides à ses créatures, mais qui ne seront données que discrètement, aux seules personnes concernées, afin de violer le moins possible la règle de non-ingérence.

  

Je sais que ce que je vais dire va faire très mal à certains, mais je constate que notre univers correspond exactement à la description ci-dessus:

-Le Big Bang est le seul acte physiquement inexplicable qui soit clairement visible.

-De nombreux processus automatiques ont créée une vie consciente d'une incroyable complexité et variété.

-Un sens de la vie clair apparaît immédiatement et spontanément à toute personne qui accepte de le chercher de la manière que le créateur a prévu pour (voir chapitre V-5).

-De nombreuses personnes satisfaisant certains critères spirituels font état d'aides magiques (prémonitions de danger, rencontres opportunes, expériences intérieures, etc.). Toutefois ces aides obéissent au principe d'élusivité de Méheust: elles ne sont visibles et utilisables que par la personne qui les reçoit, sans jamais se manifester de manière à «prouver leur existence» à une société qui ne veut pas d'elles. (D'où l'explication de cette loi, probablement la plus curieuse de toute la science)

Ainsi on peut scientifiquement poser l'hypothèse, non seulement que notre univers aurait bien été créé intentionnellement, mais qu'en plus il serait toujours activement entretenu. Ainsi, les religions auraient donc raison sur le fond spirituel, à défaut d'avoir pu deviner des faits paléontologiques ou cosmologiques qui ne sont pas de leurs compétences.

Bon, ça ne correspond pas exactement au catéchisme de 1930, mais c'est tout de même beaucoup plus proche de ça que de Marx ou de Sade. Qui s'en plaindra?

  

  

Deux dernières remarques sur Dieu avant de retourner à la physique pure:

Certains scientifiques recherchent une «signature de Dieu» dans les lois physiques fondamentales de notre univers, on dans de grandes structures comme le bruit de fond cosmique. J'ai une objection fondamentale: je ne vois pas pourquoi Dieu aurait mis la haute technologie comme condition pour accéder à Son message. Un tel message, si il existe, doit être accessible et décodable par tout le monde, même par une mésange. On verra au chapitre V-5 qu'un tel message existe effectivement, et qu'il est bien sûr très simple à trouver... si on accepte de regarder là où il faut, et qu'on accepte de le faire avec l'état d'esprit nécessaire. Désolé, mais Dieu, c'est lui le patron, et c'est lui qui a fixé les règles.

Enfin certains médias appellent l'hypothétique boson de Higgs la «particule de Dieu». Je ne vois tout simplement pas pourquoi, parce que cette particule, si elle existe, n'est pas plus reliée à la conscience que les autres. Elle donnerait sa masse aux autres? C'est son boulot, ok, mais cela ne la fait en rien plus spirituelle que les autres. De toutes façons, d'après la Relativité, la masse c'est de la déformation de l'espace, qui, elle-même, a consommé une certaine énergie pour se former, selon la célèbre formule E=mc2. Et si on veut relier la physique quantique et la relativité, c'est bien comme ça qu'il faut raisonner. Ainsi, un petit malin finira peut-être par remarquer cette particule, avec son mystérieux et abstrait «champ de Higgs», a les mêmes propriétés qu'un «défaut topologique» de l'espace, c'est à dire d'une déformation de l'espace, c'est à dire de la masse selon la Relativité Générale.

 

 

 

 

 

 

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