Epistémologie Generale        Chapitre II-7       

 

II-7 Idéologies scientistes

 

(Etait le chapitre 17 dans la version 1)

Barjoteries «scientifiques» (3')

Alors que la rationalité (1) est un état d'esprit pragmatique qui utilise des moyens efficaces pour atteindre son but, tout en restant capable de recul critique et de remise en cause, le rationalisme (3) est une idéologie (chapitre I-9) qui ne peut admettre ce qu'elle ne contrôle pas. A ce titre elle peut être socialement dangereuse: les notions d'objectivité et de rationalité ont été transformées en une idéologie limitatrice et réductrice qui rejette tout ce qui peut être appréhendé seulement en référence à l'humain (éthique, esprit, sentiments, poésie, spiritualité...) Par exemple, le monde physique semblant sans finalité en lui même, il en est déduit que l'expérience de la conscience humaine n'en a pas non plus. Cela évacue d'emblée comme «subjective» ou «dénuée de sens» toute discussion éthique, culturelle ou de protection de l'environnement. Certains poussent même le rejet de la vie et de l'esprit jusqu'à la paranoïa. Mais curieusement il n'en est jamais déduit que les intérêts financiers qui détruisent l'environnement ou soutiennent les dictatures n'ont pas non plus la moindre finalité... C'est qu'en politique et société, les notions d'objectivité et de rationalité ne sont souvent guère plus que des arguments publicitaires, destinées à couvrir des intérêts personnels et des idéologies parfaitement irrationnelles et subjectives (dans le pire sens du terme). Ce courant rationaliste principal, souvent implicite (administrations...) s'exprime dans de nombreuses idéologies plus ou moins immorales ou antisociales:

 

Matérialisme Seule la matière est observable... matériellement, et on en déduit qu'elle seule existe, ce qui permet d'évacuer l'esprit, sa morale, ses sentiments et tout ce qui gêne les intérêts idéologiques ou financiers... pourtant tout aussi immatériels!

 

Athéisme Au nom du même matérialisme, toute transcendance, spiritualité et religion sont refusés sans examen comme «croyance» (ou, plus vicieusement, assimilée à des sectes) quelle que soit leur apport culturel ou psychologique.

Au contraire d'un sceptique, qui ne fait que pratiquer le doute Cartésien tout en reconnaissant qu'il ne sait pas si Dieu existe, un athée affirme positivement l'inexistence de Dieu et du domaine spirituel. Aussi on peut dire que, du point de vue logique/épistemologique, l'athéisme n'est qu'un système de croyance parmi d'autres, et, pour la loi, une religion parmi les autres.

Derrière le refus de Dieu se cache bien sûr l'égocentrisme, le refus de la morale et du respect des autres.

Amoralité Si l'humain n'est que matière sans esprit, il n'a pas besoin de morale. Il n'y a donc aucune objection à détruire, à polluer, à vivisectionner, sur les animaux et sur les humains aussi, quand la loi le permet. Mais pourquoi ceux qui tiennent ce genre de raisonnements ne se détruisent et vivisectionnent-ils pas eux-mêmes? Seraient-ils subjectifs? Oh c'est pas bien ça.

 

Race et gènes Identifier l'individu à sa race constitue 90% du racisme, la haine n'y entrant que pour les 10% restant. Eh oui, même si vous «respectez» les gens de race X, le seul fait de penser «les X sont...» «les X veulent...» suffit déjà à fonder Auschwitz, la haine ne servant qu'à le rendre visible. (Ceci a été vu au Chapitre I-5) Identifier l'individu à ses gènes constitue tout autant les 90% du génétisme, qui, avec la froideur rationaliste, n'a même pas besoin de 10% de haine en plus pour se muer en système d'exclusion ou d'oppression. Nous ne sommes pas des génomes, mais des personnes! Il est clair que le principal domaine d'investissement de la plupart des humains aujourd'hui est dans l'esprit (même si il ne s'agit la plupart du temps que de préoccupations très ludiques et très loin de la sainteté) et que nous échapperons bientôt à toute emprise de tel ou tel gène. Déjà je trouve beaucoup plus utile et important de transmettre à mes propres enfants des idées, de la philosophie, des sentiments, de la formation professionnelle, qui eux mêmes passent par l'apprentissage de la lecture, du calcul, de langues, toutes tâches sans aucune signification génétique, mais qui sont pourtant des objectifs prioritaires de notre société. A tel point que des enfants laissés sans éducation se retrouvent tout simplement idiots, voire handicapés. Transmettre la couleur de mes cheveux? Bah, il y a des teintures pour ça: Châtain foncé. Que seulement dix personnes ayant lu ces mots s'en inspirent pour se teindre, et ce caractère sera transmis bien plus efficacement que par mes seuls deux enfants. Récemment (Science et Avenir, Décembre 1998, page 34, Laurent Shwartz, cancérologue, Richard Lewontin, généticien) j'ai vu épingler l'Association Française contre les Myopathies, qui, avec un budget énorme provenant de moyens de propagande de masse (téléthon) déséquilibre la recherche (et l'humanitaire en général) et risque de l'engager dans un «tout génétique» dont rien ne prouve encore qu'il ne soit pas une impasse (2011: ça s'est pas arrangé...).

Quelques idioties génétiques courantes:

-Que nos gènes nous «définissent».

-Que notre clone est «un autre nous-même», ou qu'il a les mêmes intentions.

-Que nous «continuons à exister» après la mort, à travers nos descendants.

-Que les gènes peuvent transmettre des souvenirs ou des apprentissages.

-Que les gens veulent transmettre leurs gènes (la plupart ne savent même pas ce que c'est, sans parler des animaux, hihihi)

-Que les gens avec les mêmes gènes sont nos amis (et comment sait-on qu'ils ont les mêmes gènes?)

-Etc.

 

Réductionnisme psychologique Ici on s'occupe d'«expliquer» l'esprit en termes de neurones, de programmation génétique ou similaire à l'informatique. Ceci permet encore une fois d'évacuer toute référence morale ou compassionnée: «Si vous échouez dans votre vie ou votre bonheur, c'est que vous n'avez pas le bon programme, tant pis pour vous, personne ne vous plaindra car la notion de souffrance n'a pas de sens matériel.» Mais, tout de même, ceux qui tiennent ce genre de discours gardent encore beaucoup de compassion pour... eux-mêmes, et pour leurs intérêts financiers personnels! Ils ont leurs villas, leurs serviteurs, leurs caves pleines de vins fins, dans une région à l'écart des centrales nucléaires... et si vous leur faites bobo, ils ne le supporteront pas, ils crieront que ça fait mal, ils appelleront leurs médecins, leurs avocats... Ah! Subjectivisme...

 

Théories économiques matérialistes Les partisans de ces théories savent faire de très grandes économies, puisqu'ils ne tiennent pas compte des besoins immatériels «subjectifs» de l'humain (calme, poésie, compagnie...) ce qui permet de satisfaire sans obstacles les besoins subjectifs (pouvoir, luxe, gloriole) de leur propre esprit! Voir chapitre 59 pour une véritable économie scientifique.

 

«Liberté individuelle» Cette notion, bonne en soi, est parfois utilisé de manière particulièrement perverse, en prétendant que les gens «vont demander à bénéficier» de toutes les barjoteries rationalistes (bébés éprouvette, tripotages génétiques, etc.) au nom de leur liberté inaliénable, et qu'il faudra les laisser faire à tout prix. Et surtout sans s'occuper des conséquences sur la liberté des générations futures: ce ne sont que des autres.

 

Positivisme Sans rentre dans des débats compliqués, on peut dire que à l'origine le positivisme avait pour but de baser la connaissance sur l'observation. Toutefois il s'agissait toujours d'observation matérielle, c'est à dire que l'erreur de base de la science matérialiste n'était pas résolue. Aujourd'hui ce mot désigne souvent l'idée perverse que seul existe ce qui peut être matériellement observé. Eh, le rêve que j'ai fait cette nuit, sous prétexte que vous-mêmes ne pouvez pas l'observer, n'existerait pas, même en tant que rêve? Redescendez, les gars, vos yeux ne sont pas le centre de l'univers. Cette critique du positivisme est assez fréquente chez les scientifiques, et nous en verrons un aspect particulier au chapitre 53 à propos du droit.

L'histoire du positivisme est assez compliquée, parce que les mêmes choses ont été présentées ou ré-interprétées avec des significations opposées. En gros, Auguste Comte, digne fils de son époque, s'est attaché à donner une interprétation systématique du monde, associée à une vision d'une société idéale, car il pensait que le raisonnement permettrait de résoudre tous les problèmes et désaccords. Mais il était matérialiste, et de toute façon nous avons vu au chapitre I-9 qu'on ne peut expliquer le monde à l'aide d'un système conceptuel unique. Un jour Auguste Comte découvrit l'amour, en la personne de Clotilde de Vaux, qu'il ne put malheureusement jamais épouser. Cette mésaventure lui fit toutefois comprendre que l'être humain n'a pas que des besoins matériels. Il entreprit alors de réécrire son système en prenant l'amour comme nouvelle base. Mais il était trop tard, ses disciples le traitèrent de fou, car ils étaient incapables d'accepter l'amour. Ainsi, à l'encontre de la dernière volonté de Comte, ils déconnectèrent l'appareil logique/épistémologique du positivisme des réalités humaines fondamentales, ce qui le désignait pour servir de «justification» aux grandes utopies totalitaires du 20eme siècle: marxisme, nazisme, capitalisme, scientisme, technocratie.

Béhaviorisme La base de cette pseudoscience, tenue par certains comme vérité révélée, serait que l'esprit humain étant inobservable (matériellement!), on ne peut qu'observer ce qui y rentre (stimulus) et ce qui en sort (réactions). (Noter le vocabulaire volontairement mécaniste). Cette présentation vicieuse induit l'idée, implicite mais forte, qu'un système nerveux quel qu'il soit (y compris le cerveau humain) ne fait que réagir à l'environnement, et est donc dépourvu de toute motivation, désir ou finalité propre. En tout cas elle mène au résultat d'exclure du champ de l'observation précisément ce que les matérialistes ou les amoraux ne veulent pas voir, ce en quoi elle est parfaitement non-scientifique. A mon avis, cette théorie est parfaitement exacte... dans un seul cas: ceux qui la défendent, qui ne doivent vraiment rien avoir dans la tête, pour ne même pas se rendre compte que eux-mêmes ont des désirs, des motivations, des peurs. Masos? Je pense que cet exemple (et le suivant) illustre tout à fait l'inconvénient que nous avons signalé à propos de la recherche avec le système des USA: que certaines «théories scientifiques» seraient financées et diffusées par des groupes fachistes ou satanistes, à travers des fondations-écran (2011: on en a maintenant la preuve formelle, avec les climatosceptiques).

 

Sociobiologie Quand cette «théorie» est apparue pour la première fois dans les revues de vulgarisation scientifique, elle était présentée comme une avancée majeure et une explication définitive de tout, que tous les biologistes applaudissaient en choeur. Il était expliqué que le comportement de tout être vivant est complètement et totalement déterminé par une seule motivation: transmettre ses gènes à ses descendants. Il était donné des idioties monstrueuses comme illustrations, par exemple qu'une femme violée ne résiste que pour éprouver les gènes de son agresseur! Cela était clairement l'oeuvre de quelque manipulateur en sous-main, ou spiritosceptique, et la réaction réelle des scientifiques était plus nuancée et souvent embarrassée.

Bon, bien sûr, les gènes existent, et ils doivent avoir quelque influence observable sur notre esprit, puisqu'ils construisent le câblage du cerveau. Mais il est évident que la motivation principale de tout être vivant est de vivre, et, s'il a des sentiments, d'être heureux. Certains aujourd'hui se font encore appeler sociobiologistes, par exemple dans l'étude des insectes sociaux, où des hormones sont échangées entre les individus, modifiant leur biologie. Mais d'une manière générale, l'influence des gènes dans la vie quotidienne des êtres est faible. Il y a quelques exceptions, comme le désir sexuel, et encore, ce désir sexuel est contrôlé par bien des préoccupations non-génétiques, telles que la recherche de la beauté, qui a conduit bien des espèces vers des formes non-Darwiniennes. On a aussi des bactéries qui augmentent leur taux de mutation, pour modifier leurs gènes. D'une manière générale, les enjeux de l'évolution de l'humanité aujourd'hui sont la culture, la connaissance, la liberté, le bonheur, la spiritualité, toutes choses qui n'ont aucun sens génétique et qui dépassent de loin les buts des gènes. Même si il est nécessaire de transmettre des gènes pour cela, ces gènes ne sont que des moyens, pas nos dieux.

 

Darwinisme extrémiste Il n'est pas question de rejeter ici le Darwinisme comme théorie scientifique valable et porteuse de fruits intéressants, mais seulement son utilisation bien trop fréquente comme justification du matérialisme ou de l'athéisme.

La dispute actuelle «Darwinisme contre créationnisme» n'est pas un vrai débat, c'est un piège pour la science, préparé par des religieux fondamentalistes et les médias populistes, de manière très similaire aux climatosceptiques et autres manipulations. Répondre en défendant le matérialisme et l'athéisme fut une grosse erreur, qui a fait de ce débat une dispute entre deux idéologies (chapitre I-9), qui ne peut produire aucun résultat ni convaincre qui que ce soit... comme c'est arrivé.

La science devrait attaquer, au lieu de se retrancher sur le terrain pourri du matérialisme. Attaquer en acceptant de poser les questions pour lesquelles on n'a pas encore de réponse. Par exemple, beaucoup de points sont encore mal compris dans l'évolution, en particulier le rôle du désir sexuel et de la recherche du bonheur, qui, même chez les animaux, a souvent produit des résultats en contradiction avec la théorie de l'adaptation. Ce genre de choses, avec des faits comme l'anthropisme ( chapitre IV-6), suggèrent fortement que notre univers «a un but» ou «est dirigé». Pourtant il n'apparaît jamais aucun indice visible montrant que «quelque chose» ou «quelqu'un» soit réellement intervenu à aucun moment. C'est un vrai mystère, que aujourd'hui ni la science ni la religion ne peuvent prétendre expliquer. L'hypothèse que je propose, quoique simple dans son principe, est compliquée à expliquer, et sa présentation est étalée tout le long de ce livre, principalement aux chapitre IV-6, chapitre 39, chapitre 43 et chapitre 64.

 

Psychologie évolutioniste. (Modifié en 2012).

En 2011, j'avais présenté ici une critique assez sévère de cette théorie, l'accusant de n'être qu'une continuation du béhaviourisme. En fait, en fonction d'informations plus récentes, je suis obligé de rétracter ce propos.

La «psychologie évolutioniste» se définit comme l'«étude des traits psychologiques qui résultent de l'évolution Darwinienne du cerveau humain». Il est certes clair que l'évolution Darwinienne du cerveau ne peut concerner que l'aspect «matériel» du cerveau, les circuits neuronaux de base, la seule partie dont la construction est commandée par des gènes. Toutefois, d'après la page wikipédia, il semble que la psychologie évolutioniste ne renie pas partie acquise par l'expérience ou l'éducation. (En anglais, débat nature contre nurture). Il semble que la psychologie évolutive ait provoqué de nombreux débats intéressants, au moins dans sa critique. Mais elle n'échappe pas vraiment à la critique que je fais des sciences cognitives au chapitre V-1.

 

Science communiste et science capitaliste (Attention: risque de mourir de rire). (Ajouté en 2011) Il est extrêmement amusant de comparer ces deux pseudosciences: le Lysenkisme et le béhaviourisme. Le Lysenkisme a été un joyeux délire visant à justifier ou illustrer «scientifiquement» les valeurs sociales, collectives et matérialistes du régime soviétique. Bien entendu, aujourd'hui, les scientifiques rigolent du Lysenkisme, rejetant aussi bien la théorie fumeuse que son utilisation pour justifier des injonctions morales ou politiques. Mais je ris encore plus, car que font d'autre le béhaviourisme ou la sociobiologie, que d'inventer des pseudo-théories, ou de sélectionner les faits, pour illustrer les valeurs égocentriques, compétitives et matérialistes du capitalisme? Tout le monde sait très bien aujourd'hui, que des groupes de pression liés à l'extrême droite américaine, financés par l'industrie pétrolière ou les frères Koch, et soutenus par les médias désinformateurs du réseau Murdoch, ont créé des «fondations» ou des «think tanks» en pagaille, chargés de faire croire qu'il n'y a pas d'effet de serre. On commence à découvrir que ces magouilles existaient déjà bien avant, pour soutenir les pseudosciences ci-dessus, l'éducation compétitive, l'ultra-libéralisme, l'intégrisme religieux, les restrictions budgétaires sadomazo, les théories conspirationistes, l'anti-écologie, l'antiscience, etc. La situation est donc parfaitement symétrique avec celle du régime soviétique, et toute aussi ridicule et méprisable. Juste que les occidentaux voient moins volontiers la poutre dans l'oeil capitaliste que la poutre dans l'oeil soviétique!

Si on examine plus en profondeur les théories utilisées par tous ces groupes farfelus, on trouve que la «science capitaliste» se base sur la théorie de l'évolution de Darwin, qui postule une sélection des individus sous la pression de l'adaptation à l'environnement (Chic! rejeter des gens!). La «science communiste», elle, se basait sur la théorie de Lamarck, qui postule au contraire l'acquisition par les êtres, de leur vivant, de caractères transmissibles (Solidarité de classe!). Mais la symétrie semble rompue: les observations paléontologiques et la découverte de l'ADN et du système génétique, semblent assurer le triomphe de la théorie de Darwin, et l'élimination de la théorie de Lamarck. Est-ce une victoire du capitalisme? Je conseillerais à certains de ne pas se réjouir trop vite: aujourd'hui on découvre de plus en plus de faits Lamarckiens. Un exemple très agréable est l'apparition d'un nouveau canon de beauté, la minceur, qui pourrait exercer une pression évolutive considérable sur les gènes, dans un monde où la sélection naturelle n'a plus cours. Un autre, terrifiant, est l'apparition de bactéries résistantes aux antibiotiques, menaçant le monde d'une catastrophe sanitaire. Et cette résistance se transmet par des dons de gènes d'une cellule à l'autre, entre espèces différentes, c'est à dire par des processus fondamentalement Lamarckiens. Ce genre de choses pourrait expliquer de nombreux faits importants, mais restés mystérieux dans la théorie de l'évolution. Ainsi le véritable scientifique remarquera que les deux théories se complètent, au lieu de s'opposer. Si les politiciens apprenaient à en faire autant, ce serait assurément une grande évolution pour l'humanité...

 

Pessimisme rationaliste Il ne s'agit pas à proprement parler d'une idéologie, mais les insuffisances psychologiques qui mènent une personne à adopter une idéologie rationaliste mènent aussi souvent à exprimer des idées limitatives ou tristes à propos de n'importe quoi, parfois avec des justifications scientistes, mais toujours sans la moindre base scientifique, ou contre les démentis de l'expérience. Citons:

-Incommunicabilité (impossibilité de communiquer ses sentiments ou paradigmes profonds entre personnes)

-Inconnaissabilité (impossibilité de tout savoir, partagé avec d'autres idéologies. Voir aux chapitre 49 et chapitre 50)

-Pas de vie extraterrestre

-Bon, d'accord, des microbes, mais il le «peut pas» y avoir d'intelligence extraterrestre, ou elles ne «peuvent pas» éviter l'auto-destruction.

-Impossibilité de maîtriser nos problèmes psychologiques (Atterrissez les gars, on ne parle plus que de méthodes pour ça aujourd'hui, et on organisera bientôt des courses de maîtrise psychologique avec le PMU)

-On ne peut être végétarien, il manquera toujours «quelque chose» (quoi?)

-Il «faut» qu'il y ait des guerres

-Impossibilité d'arriver jamais à une société harmonieuse

-Théories sado-maso comme quoi le bonheur des uns devrait toujours résulter du sacrifice des autres (guerre économique, vivisection, «accidents» du travail, pollution, etc.)

-Etc.

 

Réductionnisme Ce concept recouvre un ensemble de situations où l'on réduit une problématique difficile à appréhender ou dérangeante (note 37) à une autre qui ne pose pas de problème (Bien entendu cette attitude ne réduit que la compréhension ou la vision, sans modifier la réalité elle même. C'est en quelque sorte une manière «scientifique» de faire la politique de l'autruche)

-Réduire à un domaine connu et «acceptable»: réduire les ovnis ou les NDE à des hallucinations, réduire l'esprit aux neurones...

- Réduire une situation complexe à des explications simplistes (souvent afin d'éluder nos responsabilités): réduire une guerre post-coloniale à un conflit ethnique, réduire le besoin d'affection à un traumatisme psychologique, réduire la contestation écologique à une «peur irrationnelle de la technique».

- Réduire une problématique graduée ou subtile à une dualité en tout ou rien: réduire une dialectique Yin-Yang ou un diagramme quadripolaire à une opposition de contraires, à une dualité Aristotélicienne (Ceci a été expliqué au Chapitre I-5)

- Réduire les habitants de deux pays en guerre à deux clans (note 63), réduire les relations entre les sexes à une question de pouvoir...

- Réduire enfin un discours nuancé, avec de nombreuses références à différents domaines, à un schéma plus simple, mais qui ne marche pas du tout pareil. Les grandes réductions scientistes sont le matérialisme, la réduction psychologique (ramener la spiritualité, les sentiments, le sens que l'on donne à sa vie... à des erreurs psychologiques) la réduction neuronale (ramener l'esprit à des phénomènes biochimiques).

Sans compter les cas, fréquents en science, où réduire une problématique complexe à une plus simple peut être parfaitement légitime, si cette simplification est un moyen de comprendre la situation complexe. Bref la notion de réduction est vaste et ne se laisse pas facilement... réduire.

 

La science utilitariste. Beaucoup de gens tentent de justifier les colossaux budgets scientifiques par leur utilité ou retombées technologiques. Sans aller jusqu'à dire que cette attitude serait fausse, on peut tout de même remarquer qu'elle est une justification, face à une mauvaise critique de la science par des ignorants, ou par des économistes à courte vue. Je pense qu'il faut au contraire reconnaître franchement que certaines recherches n'ont pas d'autre «utilité» que de faire partie du jeu gratuit de la conscience qui explore l'univers, et que donc le coût élevé est à la hauteur de l'enjeu, lui aussi élevé! N'ayons pas honte d'être scientifique! Une vraie critique des budgets scientifiques épinglera plutôt les sommes énormes absorbées par certains développements «idéologiques» peu productifs (ITER, stations spatiales, sous-marins supersoniques...) quand de nombreuse petites recherches pourtant très utiles sont négligées (production d'énergie par thermochimie, contraception masculine, plantes résistantes aux maladies...)

 

Science punk Je propose ce curieux néologisme pour désigner une tendance assez tardive du mouvement crado-punk, qui s'immisce aussi dans les sciences, pour proposer des théories assez loufoques mais suffisamment cohérentes pour que les spécialistes ne puissent pas les réfuter, voire les acceptent. Espérons que cette tendance, qui s'esquisse aujourd'hui (1999) ne fera que suivre le déclin lent mais général du mouvement crado-punk. Citons par exemple le «warp drive», l'idée de déformer l'espace autour d'un vaisseau spatial pour aller plus vite que la lumière, comme un surfeur qui soufflerait sur l'océan pour créer sa propre vague. (Ajouté en 2011:) Citons aussi le retour des idées de Velikovsky à propos de planètes qui se baladent et se tamponnent, juste au bon moment pour expliquer quelque détail de composition isotopique incompris.

 

Explications Pseudoscientifiques présentées comme étant «la science»

(Ajouté en 2012) L'archétype de ce type de manipulations a été présenté par Patrice van Eersel, au chapitre I-4 de son livre «La Source noire» sur les NDE. Il nous parle de Ronald Siegel, un psychiatre spécialiste des drogues et hallucinations, qui est surtout connu pour son «explication» des NDE, comme un «feu d'artifice de neuromédiateurs»: le cerveau à l'agonie produirait en masse des neuromédiateurs, tels que les endorphines, qui engendreraient des hallucinations, des sentiments de béatitude, etc. Patrice aimait plutôt cette idée (on était encore à la mode des drogues psychédélique, et pas encore dans le renouveau spirituel), mais quand il demanda des explications plus précises au docteur Siegel, ce dernier lui répondit alors qu'il «supposait» seulement que les choses se passaient ainsi, mais qu'il n'avait fait aucune expérience, aucune étude, même pas rencontré d'expérienceurs de NDE! Pressé de questions, le bon docteur finit par se justifier par une diatribe contre «l'irrationnel» qui, selon lui, serait en train de pervertir la science...

Cette explication ne tient de toutes façons pas debout: aucune théorie, ni surtout aucune expérience ou étude, ne permet de dire que la mort imminente provoque une production de neuromédiateurs, ni qu'ils auraient cet effet. Pourtant cette «explication» est depuis brandie systématiquement par tous les rationalistes, y compris sur les pages wikipédia, pour casser tous nos espoirs et dire qu'il n'y a ni parapsychologie ni survie après la mort. Ainsi on a clairement une explication pseudo-scientifique totalement improuvée, mais quand même présentée comme «la science», voire «la raison», pour faire passer des idées qui n'ont rien de scientifique, ni même de raisonnable.

Mais il y a de nombreux autres cas:

-Les phénomènes lumineux inexpliqués de Hessdalen seraient causés par l'inflammation de scandium, un métal présent localement. Seul ennui, ce métal n'existe pas dans la nature sous forme métallique, mais sous forme de silicates, c'est à dire totalement ininflammable, comme du sable ordinaire. Cette explication est donc clairement pseudoscientifique, voire une manipulation délibérée uniquement destinée à berner le grand public ignorant. Pourtant on la retrouve partout, y compris sur le même site Internet que sa dénégation!

-Lors de l'affaire des feux de Séron (une affaire trouble impliquant une centaine de départs de feux dans une ferme, où on a un temps suspecté un phénomène parapsychologique) des journalistes ont «expliqué» que les agriculteurs utilisaient «couramment» du phosphore et du sodium, des substances hautement incendiaires. Mensonge, basé sur la confusion des mots: les agriculteurs n'utilisent pas du phosphore, mais des phosphates, et du sel (Chlorure de sodium), des substance totalement ininflammables (sinon les fermes seraient toutes classées Seveso!). Et pour éteindre les feux, on a utilisé de l'aqua simplex, peut-être.

-Les barjots climatosceptiques ont écrit que la fonte des glaces ne pouvaient faire monter le niveau des océans, puisque le volume des glaces flottantes de la banquise donneront le même volume d'eau une fois fondue. Le raisonnement semble un astucieux camouflet à la face des scientifiques. Sauf un petit détail, qui le retourne contre ses auteurs: ce raisonnement ne vaut que pour les glaces flottantes, pas pour les glaces continentales. Ainsi on peut calculer que la fonte des glaces du Groenland feraient monter le niveau de l'océan de trois mètres (suffisamment pour noyer tous nos ports et plusieurs centrales nucléaires), tandis que la fonte de l’Antarctique le ferait monter de 60 mètres (ce qui entraînerait une famine de milliards de personnes). Il est également connu que la fin de la dernière glaciation l'a fait monter d'environ 120 mètres, ce qui explique que l'on retrouve des sites préhistoriques sous la mer (Grotte Cosquier, Dogger Bank)

 

Utilisation «astrologique» de la science et des études scientifiques (Ajouté en 2012).

Au delà des falsifications délibérées d'études, on constate ainsi de plus en plus une dégénérescence de la «vraie» science, basée sur un «ramollissement» de la méthode, l'interprétation incomplète de faits, voire de simples jeux de mots.

Le principe est simple: si on compare une moyenne statistique d'un phénomène, avec la moyenne théorique sans le phénomène (due au seul hasard), on trouve toujours une différence. Il suffit alors de ne publier que les études où la moyenne va dans le sens souhaité (biais de publication), exactement comme avec les prédictions de l'astrologie ou des faux voyants. Les rationalistes reprochent souvent aux parapsychologues d'utiliser ce procédé, mais on peut facilement le voir à l'oeuvre dans des études prétendument sérieuses, où son utilisation ne dérange pas les rationalistes. C'est le cas de nombreuses études en psychologie, économie ou sociologie.

Un exemple amusant de ce genre d'études pseudo-scientifiques prétend démontrer que «les hommes préfèrent les femmes avec des hanches larges et des poitrines plantureuses, parce qu'elles sont de meilleures mères». L'étude donne à choisir entre cinq modèles, maigre ou obèse... mais si on préfère les femmes minces mais avec une forte poitrine? Ou le contraire? Il est clair qu'une telle étude n'offre qu'un choix biaisé qui induit les réponses, ainsi que deux affirmations totalement gratuites: que les femmes larges seraient de meilleures mères (faux, les Asiatiques minces portent aussi bien) et que les hommes choisiraient les femmes uniquement en fonction de leurs qualités procréatrices (Faux, et même assez phallo).

Un autre exemple beaucoup moins amusant est l'affirmation récente que les mutilations sexuelles protègeraient du sida. Les trois études, réalisées en Afrique Noire par l'ANRS (France), le NIAID (USA) et l'UNIM (USA) ne démontrent pourtant pas cette affirmation. En effet, sur un total de 10875 hommes, divisés en deux groupes, la moitié circoncis immédiatement, et l'autre moitié après deux ans, on a 64 circoncis qui ont attrapé le sida pendant les deux ans, et 141 non-circoncis. On n'a déjà pas une protection réellement utilisable. Mais le pire est que cette différence peut s'expliquer par plusieurs biais. A première vue, ces études semblent répondre au critère scientifique d'avoir un groupe de travail et un groupe de comparaison. Toutefois les personnes savaient dans quel groupe elles étaient avant de commencer l'expérience: on était donc pas en «double aveugle» (chapitre II-1). Et, dans le domaine du sexe, de petites différences de mentalité ou de motivation peuvent mener à des comportements totalement différents, modifiant du tout au tout les risques de contamination. Par exemple, les études proposaient de nombreux avantages aux deux groupes, attirant des gens pas forcément intéressés par la mutilation. Ces personnes ont pu alors s'enfuir en apprenant qu'elles étaient dans le groupe subissant la mutilation immédiatement, ou prévoir de le faire à la fin des deux ans, pour l'éviter. Au contraire, d'autres personnes ont pu être intéressées par la circoncision, pour des raisons religieuses. Mais cette motivation s'accompagne de fidélité maritale, qui est, elle, une protection totale contre le sida! Cette question des motivations peut à elles seules expliquer les résultats différents. Ainsi, malgré les belles apparences et le prestige universitaire, on n'était clairement pas dans une vraie étude en double aveugle! Ces études ont d'ailleurs été critiquées par d'autres spécialistes, pour d'autres raisons, et si ça avait été une étude de parapsychologie, on se serait fait taper sur les doigts sévère. La publicité faite autour de ces études semble donc plutôt relever du désir de propager un fantasme sexuel, que d'un désir de promouvoir une méthode efficace (elle en l'est pas). Et il se trouve que je suis bien placé pour mesurer le fanatisme de certains à plier les autres à leurs fantasmes, ayant eu à défendre un enfant contre une tentative de mutilation sexuelle, orchestrée par un pédophile, dans laquelle pas moins de deux médecins ont fait des fausses déclarations, dont un «bio»!

 

Le conspirationisme (Ecrit en 1999, cité tel quel:) Le conspirationisme est apparu avec l'appel de Heidelberg, en 1992, qui déblatère sur l'écologie en ces termes: «A l'aube du vingt et unième siècle, nous sommes toutefois inquiets de la naissance d'une idéologie irrationnelle qui s'oppose au progrès scientifique et industriel, et qui entrave le développement économique et social. Nous soutenons qu'un État Naturel, quelquefois idéalisé par les mouvements qui ont tendance à se tourner vers le passé, n'existe pas et n'a probablement jamais existé depuis l'apparition de l'homme dans la biosphère, dans la mesure où l'humanité a toujours progressé par l'exploitation constante de la Nature pour ses besoins et non le contraire...» (Citation authentique). Un tel verbiage délirant ferait crouler de rire s'il n'avait pas été signé par plus de 4000 scientifiques, dont 70 Nobels, montrant ainsi à quel point la science peut être aisément récupérée à des fins anti-sociales, voire fachistes. Voilà ce que c'est de ne pas savoir ce qu'est une Klipah...

(Ecrit en 2008, cité tel quel:) Il faut toutefois reconnaître que les scientifiques ont réagi et identifié de texte pour ce qu'il est: un cas type de désinformation organisée. L'auteur de l'appel de Heidelberg, Michel Salomon, a d'ailleurs été associé au SEPP, une pseudo-fondation scientifique financée par... la secte Moon! D'autres faussaires anti-écologie ou anti-vie ont aussi été épinglés, tel Ragnar Rylander, condamné en justice pour avoir falsifié des études sur les effets du tabagisme passif, tout en étant payé par le cigaretier Phillip Morris. Combien de morts cet homme a-t-il sur la conscience? On sait aussi que certains grands réseaux mondiaux de médias sont servilement soumis aux «think tanks» de «carbon barons», des organisations subversives grassement payées à faire de l'anti-écologie, de l'anti-morale, de l'«éducation compétitive» et autres trucs de cinglés. Bien entendu ces gens mettent parfois en exergue des résultats scientifiques qui les arrangent, mais le plus souvent ils affichent haut et fort leur mépris de toute science.

(Je rigole, en 2011:) La conspiration des climatosceptiques, dénoncée depuis dix ans par Greenpeace, a fini par devenir beaucoup trop visible, forçant la science (et les politiques) à prendre enfin une position unifiée de dénonciation de ces manoeuvres.

«Mais, bêleront certains, je croyais que le conspirationisme, c'était un truc du Nouvel Age, dénonçant le complot extraterrestre avec les Illuminatis et le gouvernement des Etats Unis...» Oh, ça. Oui, bon. Pourquoi en parler? Pourquoi croyez-vous que ce sont les mêmes médias qui font de la pub à ces trucs, qui font aussi de la pub aux climatosceptiques? Pour que toute dénonciation de conspiration réelle soit assimilée à ces barjoteries. Ainsi les conspirations réelles, comme les climatosceptiques, sont protégées. Il y en a en particulier une autre, encore plus dangereuse, dont le nom figure pourtant régulièrement dans la liste des conspirations imaginaires... Compliqué? Eh, comme dans toute arnaque, les types qui cherchent à vous arnaquer ne veulent pas que vous les compreniez, hihihi!

Terminons ce tour d'horizon des délires sérieux en mentionnant le rôle qu'est sensé jouer le public: Le public ne doit pas être affolé, le public a des réactions irrationnelles, le public exige toujours plus de délires «scientifiques» ou technocratiques, le public ne supporte que des explications très simplettes, le public, le public... Curieux, je ne dois pas faire partie du public, ni personne que je rencontre dans la rue ou dans les magasins: la plupart des gens sont critiques vis à vis de toutes ces barjoteries, même à leur façon simple.

 

Ces théories sont généralement présentées au grand public comme étant «la science», et dépourvues d'enjeux concrets et d'intérêt pratique. Malheureusement, il n'en est rien: les grenouillages paranoïaque du genre de l'appel d'Heidelberg, la désinformation des cigarettiers ou des climatosceptiques, systématiquement magnifiés dans certains grands médias, se font toujours de manière à retarder la solution de risques mortels: nucléaire, effet de serre, OGM, POP... ce qui va à l'encontre de nos intérêts de survie les plus essentiels. Je pense que ces groupes et idéologies sont de véritables SECTES APPELANT AU SUICIDE DE L'HUMANITE. On est donc en droit de mettre ces théories scientistes et rationalistes au même niveau que les idéologies appelant au racisme ou à la haine sociale, tandis que la dénégation des problèmes écologiques rejoindrait la dénégation des camps nazis. En tout cas je ne vois pas plus irrationnel et farfelu que cette politique de l'autruche à propos des problèmes écologiques...

 

Barjoteries «douces» (4')

On peut ici épingler également quelques idéologies «naturelles» ou «écologiques», qui ont l'air plus «douces», mais qui, si elles prenaient le dessus, pourraient se montrer tout aussi dangereuses (et elles le sont déjà, dans certaines sectes). On peut dire, d'après la logique quadripolaire, que le rationalisme des vieux birbes et le Nouvel Age le plus délirant sont deux situations réciproques, c'est à dire la même chose mais peint d'une autre couleur.

 

Antiscience Dans cette théorie, tous les problèmes dus à la science viennent de ce que cette dernière serait fondamentalement mauvaise, qu'on ne pourrait l'améliorer. Toute affirmation scientifique serait forcément fausse ou déviée. Ce mot a en fait été inventé par les rationalistes, qui s'en servent pour désigner indistinctement toute attitude critique vis à vis des idéologies matérialistes dominantes.

C'est certes un de leurs phantasmes dont ils exagèrent l'importance, mais ce mouvement de pensée existe réellement de manière diffuse, et il pourrait à la faveur de crises sociales ou idéologiques s'organiser et devenir dangereux à son tour. Il est à noter que le vide laissé par la science dans de nombreux domaines, et ses dénégations intempestives (chapitre II-8), ne font qu'alimenter la prolifération de croyances, idées bizarres, sectes (note 48), fausses théories scientifiques ou affirmations spirituelles vicieuses, que la science était sensée éliminer. Ici encore, on voit des situations réciproques (3) et (4), apparemment ennemies, mais qui en réalité se renforcent mutuellement, en une synergie.

 

Chacun sa vérité C'est probablement celle que je déteste le plus, car c'est la notion même de vérité et d'objectivité qui est contestée. Le but est en fait le même que pour les rationalistes, mais dans un contexte «écolo» ou «spiritualiste»: éliminer toute notion de morale ou de respect des autres, en faveur de motivations égocentriques très personnelles: pouvoir (dans une secte), argent, viandisme, alcoolisme, j'ai même vu passer un pédophile bio-végétarien!

J'ajouterais qu'une affirmation simpliste telles que «chacun sa vérité» ne veut rien dire: par définition, la vérité est ce qui ne dépend pas d'une opinion personnelle. Toutefois cette affirmation est souvent jetée dans une discussion, pour éluder toute remise en cause, quand un manipulateur n'a pas de véritable argument pour démontrer que 2+2 = 5. Et le résultat habituel est que effectivement ces gens cessent de discuter, et deviennent respectueux du point de vue du manipulateur, admettant que 2+2 a le droit de faire 5. Comment? Parce que en (4') l'attachement à la liberté se fait au dépend de la recherche de la vérité (1) or (2)! Ainsi, ces gens «SENTENT» que le manipulateur a raison! C'est comme ça que le «sensitif» (4) peut être aussi dangereux que le «1984» d'Orwell, mais au nom de la liberté, comme dans le «meilleur des mondes» d'Huxley.

En ce qui me concerne, je ne m'intéresse qu'à la vérité de tout le monde, qui n'est pas toujours ce que j'aimerais, mais au moins on y rencontre d'autres gens.

J'appelle des affirmations telles que «chacun sa vérité» des virus idéologiques (chapitre xxx), parce qu'elles n'ont aucun sens en elles-mêmes, mais elles s'installent dans le système de pensée des gens, en prennent le contrôle, et se reproduisent en contaminant d'autres gens.

 

Chacun est libre de croire ce qu'il veut, toute théorie est vraie, on ne peut interdire aucune théorie.

L'attitude probablement la plus dangereuse du Nouvel Age, de l'écologie ou des médecines douces, est que chacun serait «libre» de créer et de publier n'importe quelle théorie, voire n'importe quel fatras arbitraire, et que on n'aurait aucun droit de dire que certaines théories sont fausses. Cette attitude est bien évidemment anti-scientifique, mais surtout humainement très dommageable: combien de gens perdent des années dans de fausses spiritualité, des alternatives sociales impraticables, ou ruinent leur santé dans des médecines inefficaces? Cette attitude est un frein majeur au développement tant d'une spiritualité moderne que d'une meilleure société. Il est d'ailleurs très remarquable que ces «appels à la tolérance» sont d'autant plus hargneux que l'on se rapproche de mouvements intolérants voire sectaires. Eh oui, l'intolérance brute a appris à se cacher même sous les appels à la tolérance...

 

Naturalisme Ici c'est la nature qui est déifiée, parée d'attributs divins tels que perfection, volonté supérieure impérieuse, infaillibilité... Il ne faudrait pas la perturber ni la modifier, tout ce qui est artificiel serait mauvais, les loups ne mangeraient pas les petits enfants, tout ce qui est naturel serait bon (même le vin naturel, saviez vous, ne provoquerait pas d'alcoolisme ni de cirrhose) tout ce qui est artificiel serait mauvais (une vitamine synthétique «n'a pas la même structure moléculaire»), etc.

En anglais, on utilise l'expression «Naturalistic fallacy» pour rejeter l'idée que «tout ce qui est naturel est moralement bon»

 

Relativisme Nous avons déjà vu ceci au Chapitre I-5: des valeurs de base sont opposées. Par exemple nous verrons au chapitre 62 qu'une valeur très générale, éviter de faire souffrir autrui, mène certaines personnes à devenir végétariennes. Le problème apparaît quand certains «écologistes» ou «naturistes» s'opposent à cette attitude, au nom de la liberté individuelle. C'est cela le relativisme: prendre prétexte d'une valeur authentique pour s'opposer à une autre. En réalité les valeurs authentiques ne s'opposent ni ne se contredisent jamais entre elles. C'est seulement un état d'esprit confus qui «voit» de telles contradictions, ou qui utilise ou rejette telle valeur selon qu'elle sert ou désert son intérêt personnel ou son idéologie.

 

Pot-pourri On peut encore citer en vrac sans les étudier: Opposition aux mathématiques source de tous les maux, opposition à l'écriture, la méthode globale, la médecine formée uniquement de bandits, boire son urine guérit toutes les maladies, on nous cache tout à propos de la conspiration entre les extraterrestres et les Etats-Unis, etc...

 

La seule différence avec le rationalisme dominant (3') est que (4') est dans des petits groupes, où il ne menace pas la société en entier. Mais une crise sociale pourrait le rendre dominant, avec tout autant d'effets nocifs que le rationalisme, sinon plus (sectes, intégrisme). Ce n'est pas une spéculation gratuite: j'ai rencontré pas mal de gens favorables à l'écologie ou à la spiritualité, et je butte régulièrement sur (4'), qui semble déjà imprégner de larges portions de la société. Comment, en cas de «révolution spiritualiste» ou de «révolution verte» (probablement dans les années 2020 ou 2030), la majorité ignorante pourrait-elle se protéger de ces mensonges, si l'élite ne le peut? Il faut d'abord que les mouvements écolos ou spiritualistes se nettoient eux-mêmes de ces manipulations. Sinon ils ne feront qu'un nouveau Octobre 1917.

Harmonisation

Terminons ce chapitre, où chacun s'en est pris plein la vue, en rappelant que nous ne pouvons rejeter ni la science, ni les mouvements qui la critiquent. Ne perdons jamais de vue que dans le diagramme quadripolaire, à chaque force négative correspond une force d'aspect similaire mais positive. La science la plus classique (1) est riche de résultats prodigieux, de découvertes admirables et de personnages de grande stature. Le Nouvel Age, l'écologie, les mouvements naturistes (2) sont des jaillissements de créativité et d'esprit bruts qui ne demandent qu'à s'organiser pour créer une vie incroyablement plus heureuse. Tous deux pourront s'unir en une science-conscience unique, pour peu qu'on se donne la peine d'en éliminer les gangues. Et si cette purification se faisait spontanément, sans effort, dès que les deux accepteront d'entrer en contact? Dès que leur non-dualité est comprise?

 

 

 

 

 

 

Epistémologie Generale        Chapitre II-7       

 

 

 

 

 

 

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