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Epistémologie Generale        Chapitre II-4       

 

II-4 L'Epistémologie Générale©

 

(Chapitre 15 dans la version 1)

 

Pourquoi changer une méthode scientifique qui a largement fait ses preuves? On va simplement rectifier l'erreur que nous avons mentionnée: Alors que l'épistémologie scientifique classique (dont le champ est restreint à la matière) se réduit à la seule preuve et observation matérielle, l'Epistémologie Générale© que je propose, généralise la notion de preuve et d'observation à d'autres domaines, en particulier éthiques et spirituels. On ira chercher la preuve dans le domaine que l'on étudie. En physique, on cherche une preuve matérielle. En mathématique, on cherche une preuve logique (Ceci est la position classique des mathématiciens). En spiritualité on cherche une preuve spirituelle (Dans tout ce livre, spirituel est à prendre dans le sens de: du domaine de l'esprit humain, simplement, sans forcément de références religieuses ou parapsychologiques). En éthique on cherche aussi une preuve spirituelle. Dans des domaines comme la médecine, la psychologie et la parapsychologie, il nous faudra même être pluridisciplinaires, et vérifier assertion par assertion chacune dans son domaine, matériel, spirituel... Ceci va nous permettre d'étendre la notion de science, d'objectivité et d'exactitude à tous les domaines de l'expérience humaine. Du moins dans une certaine mesure, car ces domaines ne sont pas toujours aussi précis et déterminés que la physique.

En particulier des choses comme les sentiments, les images mentales, un sens de la vie, la valeur de l'existence humaine, la beauté, la poésie, ne peuvent plus être considérées comme «du subjectif» arbitraire ou sans valeur. Ce sont maintenant des choses que l'on peut définir, dont on peut parler, sur lesquelles on peut faire des raisonnements et des affirmations exactes, dont on sera obligé de tenir compte dans la direction de nos vies personnelles, et qu'il serait dangereux d'«oublier» dans des domaines comme la politique, la société ou l'économie. (Bon, une expression comme «poésie scientifique» sera quand même du domaine du surréalisme! Mais voyez tout de même les chapitre VI-9).

Des notions du genre de celles auxquelles le Nouvel Age ou la philosophie orientale, nous ont habitué, comme les «vibrations» et autres «énergies» peuvent aussi trouver des définitions et un sens, que nous verrons au chapitre V-17.

Des choses comme l'âme, la vie après la mort, la réincarnation, «Dieu», etc. ne peuvent absolument pas être appréhendées par l'épistémologie classique, et renvoient forcément à l'Epistémologie Générale. Depuis la version 1 de ce livre, on a pu établir scientifiquement l'existence de certains phénomènes parapsychologiques tels que les NDE et les OBE. Cela nous permet maintenant d'envisager scientifiquement la vie après la mort, ou une entité que l'on pourrait appeler «Dieu». Notre Epistémologie Générale sera sans doute très utile à cette fin, mais l'influence de l'esprit sur la matière doit, par définition, être matériellement observable. Aussi nous aurons toujours besoin de l'épistémologie traditionnelle. C'est d'ailleurs elle qui a été utilisée pour la démonstration de l'existence de ces phénomènes parapsychologiques: par l'observation classique de leurs effets matériels.

 

Attention, il ne faut pas que certains s'imaginent que nous avons déjà validé tous les fatras du Nouvel Age, du spiritisme et de l'astrologie, tous les dogmes contradictoires des religions et des morales, plus l'incroyable bazar des domaines culturels. Et encore moins que nous allons donner statut de savoir scientifique à des considérations subjectives ou arbitraires.

Tout d'abord, les scientifiques classiques vont nous demander ce que nous entendons exactement par preuve spirituelle, aussi nous avons intérêt à nous poser nous-mêmes la question. Une véritable science spirituelle, une morale scientifique, une explication des phénomènes parapsychologiques, outre qu'ils ne ressembleront pas du tout aux délires de la science-fiction, (ni du Nouvel Age-fiction) ne pourront résulter que de l'application d'une méthode rigoureuse et d'une traque systématique de tout biais psychologique (idéologies, attirances...)

Pire, ça ne sera pas du tout aussi simple que pour la science physique, car les preuves spirituelles sur lesquelles nous allons baser nos études ne sont pas des objets que l'on peut poser sur une paillasse et exhiber devant un amphithéâtre d'étudiants ou à la télé. Ce seront des aspects de notre esprit, que nous ne pouvons observer et percevoir qu'à travers le voile de notre propre biais psychologique personnel. Autrement dit notre propre esprit sera notre objet expérimental, mais aussi et surtout notre unique instrument d'observation. Et quand on voit la complexité, la subtilité, la sophistication, l'incroyable précision des instruments d'observation de la physique, le travail et la compétence extrême que demande leur maniement, on ne peut qu'être appelé à quelque modestie en y comparant nos esprits grossièrement englués de gangue psychologique et empêtrés de préjugés idéologiques, qu'il faudra pourtant bien soumettre aux mêmes incontournables exigences. Eh oui, dans l'éprouvette l'esprit, sous le microscope pour voir ses rouages les plus intimes, dans l'acide pour dissoudre les préjugés, sur le bec Bunsen pour brûler le biais psychologique, relié à la haute tension de l'exigence, transpercé par les neutrons des remises en questions! Sûr, on va s'amuser...

La notion de preuve matérielle «objective» (reproductible, collective...) de la science physique classique permet de contourner les effets du biais psychologique avec une assez bonne efficacité, puisque aucune erreur ni fraude n'a jamais pu s'installer durablement dans ces domaines de la physique et de l'observation de l'univers matériel (note 13). Mais dans les domaines de l'esprit nous n'avons pas cette possibilité d'éluder les effets du biais psychologique, puisqu'il est attaché à l'instrument d'observation lui-même!

 

Aussi la principale difficulté de l'Epistémologie Générale, par rapport à l'épistémologie classique, ne sera pas tant l'observation de l'esprit, mais bien le biais psychologique. Il faudra alors bien l'E-LI-MI-NER! (Ou au moins dans un premier temps en compenser les effets, ou faire confiance à des gens plus avancés que nous).

Cela est possible, puisque des gens l'ont déjà fait. Mais il est évident que cela demande:

- Un choix délibéré. Seules des personnes ayant fait ce choix peuvent prétendre être dans l'épistémologie Générale.

- Un entraînement de l'esprit, ce qui implique un effort soutenu pendant un certain nombre d'années.

La première condition est préalable, mais les deux sont indispensables. Le résultat n'est obtenu que graduellement.

Méthodologies de l'Epistémologie Générale

Voyons à quoi pourrait ressembler cette épistémologie généralisée, en comparaison avec la méthodologie traditionnelle que nous avons vue au chapitre II-1.

 

-La notion de preuve spirituelle. (Ou de n'importe quel domaine immatériel...) (Rappelons encore que dans tout ce livre «spirituel» signifie «du domaine de l'esprit humain» selon notre expérience quotidienne de cet esprit, sans forcément renvoyer aux religions ou à la parapsychologie, ni non plus exclure a priori ces domaines) Une preuve est un objet observable, ou le déroulement observable d'un phénomène, qui se comporte comme une théorie le prédit. Seulement ici il s'agira d'observer un objet ou un phénomène qui est du domaine de la conscience. La preuve spirituelle d'une théorie sera donc une expérience de conscience. Tout l'art sera donc de provoquer une expérience de conscience pertinente, et d'en tirer les bonnes conclusions. Cela ne sera jamais aussi compliqué qu'une expérience de physique nucléaire, mais ça ne sera quand même pas simpliste...

 

- La notion d'observation est similairement transposée: comme en physique, c'est la conscience qui observe, mais au lieu d'observer des objets extérieurs, elle observe cette fois ses propres structures, des objets intérieurs.

Mais il y a une différence entre le domaine physique et le domaine spirituel. En physique, une expérience est une chose extérieure, à laquelle on assiste; en spiritualité une expérience est une situation dans laquelle notre être tout entier se trouve impliqué, une chose que l'on vit, que l'on ressent. En physique on peut faire confiance à quelques expériences dans quelques laboratoires. Mais on ne peut observer une expérience de conscience que en soi-même! Ceci implique que, pour être réellement convaincante, une expérience spirituelle doit pouvoir être répétée par chacun (Le Bouddha disait «Ne croyez surtout pas ce que je dis, essayez de voir par vous mêmes si cela est vrai»). Par contre, tout le monde peut avoir l'expérience de conscience, sans dépendre d'une institution ou de moyens financiers.

Une autre différence est que nous ne pouvons (chacun de nous personnellement) réussir cette expérience de conscience que si notre biais psychologique personnel ne la perturbe pas trop ni n'en voile le résultat. C'est pourquoi ce biais ne peut être éludé comme en physique, mais qu'il doit être supprimé au moins en partie. Les conditions à remplir pour que l'expérience réussisse sont, tout comme en physique, des conditions expérimentales qui doivent être décrites dans le protocole expérimental, qui décrit les qualités que l'expérimentateur doit satisfaire, tout comme dans une expérience de physique ou de chimie. Au lieu de parler d'un expérimentateur qui manipule une expérience de physique, je propose le terme d'expérienceur (inspiré de l'anglais «experiencer») qui observe les réactions de son propre esprit soumis à des conditions données.

Il faut bien comprendre ces exigences, sur la base d'exemples: comment une émotion inappropriée peut elle cacher ou voiler un résultat? Testons l'affirmation comme quoi pratiquer la charité avec les autres nous rend heureux en premier. Essayons: faisons un don à une association humanitaire. Et observons le résultat quand nous recevons en retour une photo d'un petit gamin Africain qui vous regarde timidement, nous son bienfaiteur! Ce regard emporte la conviction aussi fortement que d'observer une réaction chimique explosive! Mais si on souffre d'un biais psychologique tel que de manquer d'empathie ou d'être raciste, l'expérience ne marche pas! C'est exactement comme si, dans une expérience de physique, un faussaire coupait le courant ou masquait le cadran du résultat. Si on fait cela en physique, c'est une fraude, qui peut même nous conduire en prison. Et c'est tout autant une fraude dans le domaine de la conscience. Juste c'est plus difficile à éviter.

Un autre exemple expliquant comment un préjugé peut empêcher une expérience de fonctionner, est l'assertion comme quoi la relaxation de l'esprit tend à atténuer les tensions psychologiques, stress et angoisses. Pour vérifier cette assertion, il nous faudra apprendre à nous relaxer physiquement, puis mentalement (entraînement). Il nous faudra aussi être capables d'évaluer notre état de stress ou d'angoisse avec une certaine objectivité (maîtrise du biais psychologique). Il n'est par contre pas nécessaire de savoir léviter ou d'être un saint. Une fois les conditions remplies, alors le résultat apparaît si simple et si évident à l'expérienceur, qu'il emporte la conviction immédiate et inébranlable, exactement comme l'observation de nos propres yeux d'un phénomène physique emporte la conviction, dans une expérience de physique. Mais, a l'inverse de ce qui se passe en physique, un «observateur» extérieur à notre expérience sur l'esprit ne voit rien et se trouve réduit à faire des analyses, des statistiques... Il ne comprend pas plus qu'un aveugle tentant de ressentir la beauté d'un arc-en-ciel. Bien que j'avais une allergie aux choses religieuses, j'ai un jour décidé de mettre ce sentiment de côté, afin de tester objectivement l'expérience de la relaxation, et faire ce qu'on m'indiquait de faire. Si j'avais continué à faire «mon opinion» de mon sentiment précédent, je serais resté des heures sur mon coussin de relaxation, en pensant que j'était idiot de faire des trucs religieux comme ça, et l'expérience n'aurait tout simplement pas eu lieu! Cette expérience, et quelques autres, bien que totalement dépourvues de tout effet parapsychologique spectaculaire, avait des implications suffisamment importantes pour changer ma vie et me réorienter vers l'exploration de la spiritualité.

-Les psychopathes étant incapables de considérer leur propre esprit, sont immédiatement exclus de toute recherche spirituelle, avec leurs variants les idéologistes, intégristes, fachistes, etc. Eux et leurs affirmations doivent être interdits dans la science de l'esprit.

-La majorité de névropathes peut comprendre les résultats, mais peut avoir des difficultés à réussir certaines expériences. Ils ne peuvent donc être une source de connaissance fiable, et la résolution d'au moins certaines névroses sera un préliminaire obligé pour devenir un scientifique dans le domaine de l'esprit.

-La minorité de personnes psychologiquement normales risque encore de s'emberlificoter dans les systèmes conceptuels, comme expliqué au chapitre I-9.

 

- La reproductibilité des expériences. Une expérience de conscience ne peut être considérée comme authentique que si elle est effectivement reproduite par plusieurs expériences, et surtout moi-même ne dois l'accepter que si moi je puis la reproduire moi-même, en suivant les conditions expérimentales prescrites. Sinon, elle reste spéculative. Non-testable autrement que de le vivre soi-même. Contrairement à une expérience de physique, qui n'a besoin d'être faite qu'un petit nombre de fois, par des physiciens qualifiés, l'expérience de conscience devra être reproduite par un bien plus grand nombre de personnes, qui comprendront des spécialistes aussi bien que des gens ordinaires, afin de montrer son efficacité. Elles devront aussi être testées dans une grande variété de domaines ou de cultures.

Il faut prendre garde ici à ce que la réalité de l'esprit n'est pas toujours définie de manière univoque comme l'est la réalité physique, qu'elle peut être mise en concepts de plusieurs façons différentes (chapitre I-9).

Il faut aussi être conscient que des tierces personnes peuvent induire en nous des expériences de conscience biaisées, de différentes façons plus ou moins déloyales. (Ce qui bien sûr ressort toujours du biais psychologique, mais d'origine sociale cette fois). Il faut se méfier par exemple de l'hypnose et d'autres procédés susceptibles d'induire des faux souvenirs, et rejeter toute expérience provenant de sectes (note 15 et note 48) ou de groupes fanatiques, ne pas lire leurs textes, ne même pas consulter leurs sites Internet pleins de virus idéologiques©. Des croyances erronées mais partagées par un grand nombre de personnes peuvent induire des expériences intérieures partagées par ces nombreuses personnes, mais qui ne sont pas forcément l'expression de réalités (voir par exemple les différentes interprétations de la lumière vue dans les NDE (chapitre V-9). Cela peut donc devenir compliqué, mais ça ne nous fait pas peur, car c'est tout de même plus simple qu'un cyclotron.

Un cas important que l'on verra au chapter II-8, à propos de l'étude MANTRA, est la notion de test en double aveugle étendue à un test en triple aveugle, pour éviter les interferences de personnes étrangères à l'expérience.

 

-Le témoignage collectif n'est pas transposable tel quel dans des domaines où les expériences sont surtout intérieures. Mais ce n'est pas trop gênant, car ces expériences peuvent être reproduites par autant de personnes que nécessaire, au contraire des coûteuses expériences de physique ou de médecine. Toutefois on pourra user de vérifications collectives stricto sensu dans les expériences de groupe ou de relations sociales, ou dans des expériences qui supposent une communication non-matérielle entre personnes (prémonition, télépathie, sortie du corps...). Ces expériences sont d'ailleurs sensées avoir des effets matériellement observables et donc relèvent au moins en partie de l'épistémologie classique, ou l'on peut faire appel sans restriction au témoignage collectif.

 

-La notion récente de vérifiabilité est transposable avec certaines précautions. «Dieu est blond» n'est pas plus vérifiable avec l'Epistémologie Générale qu'avec l'ancienne, car personne ne peut obtenir une image de Dieu, entité forcément immatérielle pour Qui de tels attributs n'ont aucun sens. «Les habitants des Pléiades sont de grands sages» n'est toujours pas plus vérifiable, mais maintenant «j'ai reçu des enseignements spirituels des Pléiades par télépathie» l'est! Numérotez vos abatis, escrocs et affabulateurs: Si une personne prétend être connectée télépathiquement avec une autre planète, alors d'autres doivent pouvoir aussi le faire, histoire de voir si ils captent bien la même chose! Il est surtout possible de tester ces enseignements spirituels, pour voir à quoi ils mènent. Si leurs effets ne se produisent qu'en présence d'une personne unique, si ils ne peuvent être interprétés que par elle, si ils n'apportent aucun soulagement ni progrès réel à ses adeptes, alors... Héhé, on a droit déjà à une première retombée technologique de la recherche fondamentale en épistémologie: le moyen d'aller casser la figure aux sectes (note 15 et note 48) et affabulations pseudo-mystiques sur leur propre terrain. Et je ne me priverai pas de l'utiliser. En ce qui me concerne personnellement, ce sera certes une vengeance, mais si utile aux autres.

Les possibilités de test semblent plus étroites dans le domaine spirituel que dans le domaine physique, mais elles restent suffisantes, car centrées précisément sur l'essentiel. Et elles sont à la portée de tous. Contrairement à la physique.

 

-Les institutions et le contrôle par les pairs semblent transposables, mais leur fonctionnement sera forcément différent. Les pairs ne peuvent se contenter de vérifier que les affirmations d'un chercheur ne sont pas faussées par son biais psychologique, ils devront veiller à ce que ce chercheur soit lui même débarrassé de ce biais. Ce qui est possible, mais beaucoup moins simple. En effet, on ne peut s'engager dans la science spirituelle du bout des lèvres, ou pour faire une belle carrière, comme le font certains physiciens dans leur domaine: c'est tout notre être qui est concerné, qui va devenir l'instrument d'observation, et que nous devons donc purifier en conséquence, si nous voulons observer autre chose que nos phantasmes. Ceci va forcément transformer profondément notre vision du monde, de la vie, notre psychologie, notre caractère, nos désirs, nos motivations, nos relations avec les autres, avec l'argent... Nous deviendrons une autre personne, avec une autre personnalité, d'autres idées, d'autres sentiments, et plus nous nous engagerons, plus nous serons différents, et plus le désir de changer encore augmentera. Rassurons-nous: ces changements seront bénéfiques, pour nous et pour les autres, même si ce n'est pas toujours de façon apparente. Ce sera un processus de guérison, de croissance, d'évolution, qui sera tout bénéfice pour tout le monde, et pour nous en premier. Toutefois on ne peut forcer une personne à entrer dans un tel processus: on n'a ni le droit, ni les moyens. Pour cette raison, seules les personnes ayant fait ce choix pourront s'engager dans les études, qu'elles poursuivront en même temps que le processus de transformation. Seulement quand les deux seront achevés, alors ces personnes pourront enseigner et faire de la recherche.

Alors, le contrôle par les pairs, au lieu que ce soit des personnes instruites qui contrôlent les raisonnements et méthodes, ce seront des personnes déjà transformées, déjà débarrassées du biais psychologique, qui seront seules aptes à contrôler dans quelle mesure nous le sommes aussi. Une telle chose existe déjà dans les traditions spirituelles. par exemple, les Lamas Tibétains ont un tel système de reconnaissance par les pairs (examens scolaires et lignées de transmission de maître à disciple). Les psychanalystes ont aussi découvert ce point épistémologique, et il faut avoir déjà effectué sa propre analyse pour exercer cette profession. Ah si les juges, les journalistes, les économistes et les politiciens faisaient pareil!

 

-Le type de logique employé. En physique et en mathématique, on utilise exclusivement la logique Aristotélicienne, au point que cette logique et l'épistémologie classique sont souvent confondues et collées ensemble sous la bannière d'une «pensée rationnelle» qui exclut toutes les autres formes de pensée. Toutefois les domaines de la conscience (éthique, économie, politique, psychologie, spiritualité) sont souvent non-Aristotéliciens, voire non-conceptuels (voir au chapitre I-9). Ainsi, de toute évidence, une approche réellement rationnelle (raisonnée) est ici d'acquérir d'abord cette forme d'intelligence non-conceptuelle. C'est précisément la raison pour laquelle j'ai fait précéder cette partie sur l'épistémologie d'une première partie sur la logique, avant cette partie sur l'épistémologie.

Une démarche vraiment irrationnelle serait de faire une opposition entre «pensée rationnelle» et pensée non-conceptuelle.

Une difficulté réelle est que les langages humains actuels se prêtent très mal à une expression non-conceptuelle. Pour cette raison, recevoir un enseignement dans ce domaine est donc une affaire d'entraînement et de longue méditation. Mais je pense que c'est bien moins compliqué que les hautes mathématiques, et les enfants devraient commencer à l'apprendre à l'école.

Domaine d'application de l'Epistémologie Générale

On peut déjà avoir ici une idée de ce qu'une épistémologie spirituelle permettra ou non de faire. Il me paraît peu probable que l'on puisse donner rapidement une réponse à une question naïve telle que «Dieu existe t-il?». La réponse en sera très certainement transcendante et exprimable selon plusieurs systèmes différents, comme on l'a vu au chapitre I-9, et celle que j'ai tentée au chapitre V-6 pourra paraître assez difficile à comprendre, malgré son élégante simplicité. Par contre on peut s'attendre à ce que l'épistémologie généralisée au domaine spirituel permette d'explorer l'esprit humain (cinquième partie), de bâtir une éthique rationnelle, humaine et non-arbitraire (chapitre VI-2). Elle peut aussi nous permettre de maîtriser ce biais psychologique qui nous bloque l'accès à la connaissance, et surtout qui nous coûte tant et tant de souffrances quotidiennes. Elle pourrait enfin nous permettre de trouver un sens à notre vie, exploit dont la physique est naturellement incapable mais qui pourrait s'avérer à notre portée peut-être même dès avant la fin de ce livre (chapitre V-5). Nous verrons donc différentes tentatives d'application de cette science spirituelle dans toutes les parties suivantes.

Il est donc clair que, si elle tient ses promesses, notre Epistémologie Générale sera d'une très grande utilité, et une plus importante révolution que la démocratie ou l'électricité. On peut donc légitimement considérer toute opposition sur le fond comme un crime contre l'humanité, similaire à l'opposition à la science classique. La seule critique utile ou acceptable est celle qui permettrait de l'améliorer, ou de corriger d'éventuelles erreurs.

L'épistémologie Générale peut-elle bâtir une connaissance exacte?

Une science spirituelle ou éthique sera t-elle exacte, dans le sens où l'on entend que la physique est une science exacte, capable de mesurer des choses avec une précision incroyable? Oui, si l'on considère qu'elle permettra d'arriver à des résultats exacts et efficaces dans la vie réelle (Par exemple: «il est bien d'interdire les drogues», ou «la pratique de la non-violence permet effectivement de meilleurs relations sociales»). Mais on ne pourra certainement pas arriver à calculer ou mesurer des choses telles que les sentiments ou la conscience. Ces données ne sont pas mesurables, à cause de leur caractère non-Aristotélicien, voire transcendant (chapitre I-9), ou tout simplement incommensurable (note 72). Toutefois on pourra considérer que ces sciences nouvelles sont au moins justes et efficaces, en tout cas infiniment plus que les systèmes d'a priori dogmatiques qui fondaient la morale, la politique et les religions avant elles. Quant aux «sciences humaines», psychologie, sociologie, ethnologie, elles ont tout à gagner avec notre Epistémologie Générale. Pour être juste, elle ne sera pas une surprise totale dans ces domaines.

Il ne faudrait toutefois pas déduire de ces limitations que les sciences de la conscience seraient des sciences mineures ou moins «prestigieuses» que la physique. On pourrait vivre dans un monde sans physique, mais vivre dans un monde sans morale nous coûte très cher. J'ai autant d'admiration pour les grands scientifiques que pour les maîtres spirituels qui ont changé ma vie, et, en toute rigueur, si je devais choisir les deux personnalités les plus remarquables et influentes du 20eme siècle, je mettrais Einstein et Gandhi ex-aequo. Et encore, tous les deux déclineraient la première place au profit de l'autre...

 

 

 

 

 

 

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