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Epistémologie Generale        Chapitre I-3       

 

Chapitre I-3 La logique Aristotélicienne...

Et les autres.

 

(Permalien)

Préambule

(Permalien) (Paragraphe Ajouté, le 3 Novembre 2017) Les données de ce chapitre ne sont pas «nouvelles» (A part la logique floue, tout est connu depuis au moins mille ans). Elles ne sont pas non plus «ésotériques», même si certaines ont été développées dans des contextes spirituels (ultimement toutes l’ont été). Elles ne sont même pas «spéculatives»: toutes ont fait largement leurs preuves dans leur domaine d’application. Simplement une sélection a été faite par notre monde moderne, de la seule logique Aristotélicienne, appelée «LA logique», car elle sert le mieux son état d’esprit très particulier de stratégies égocentriques, au contraire des logiques plus inclusives qui favorisent unité et collaboration. Cette sélection s’est trouvée aussi favoriser la science physique, d’où les progrès fulgurants dans ce domaine. Toutefois le but de ce livre est une science universelle, capable de libérer l’Humanité de ses conflits, tout comme la science physique a pu la libérer du travail ou des maladies. Il nous faut donc commencer par retirer toute oeillère, surtout à un niveau aussi fondamental que le raisonnement lui-même. Faute de quoi des pans entiers de la réalité nous paraîtront absurdes voire inexistants, sans même que nous ayons conscience que cela vient de nos propres limitations mentales. Ceci est le but de cette première partie.

 

(Paragraphe Ajouté le 7 Novembre 2017) Je tiens à préciser que j'ai étudié les logiques Aristotéliciennes, analogiques ou floues à la faculté, ou lors de mes activités professionnelles. J'ai également étudié les logiques non-Aristotéliciennes selon les vues de plusieurs courants spirituels, auprès des plus grands maîtres, avant de les méditer de nombreuses années. Dans ces conditions, je pense que j'étais bien placé pour offrir dans ces chapitres les données les plus pertinentes, exactes et complètes que possible, libres des habituelles fausses interprétations.

 

Je ne sais s'il existera un jour une théorie complète décrivant toutes les logiques possibles, et permettant en particulier de découvrir systématiquement celles qui seraient encore inconnues. Les deux choix que je cite ne seraient peut-être même pas suffisants. Par contre on connaît plusieurs autres logiques, basées sur des choix différents, et différente de la logique Aristotélicienne (appelée parfois Cartésienne, mais il vaut mieux éviter ce nom qui réfère plutôt à la méthode. Voir chapitre II-6). Passons-les en revue.

Logique Aristotélicienne:

(Permalien) Rappelons que cette logique concerne 1) Des objets parfaitement séparés les uns des autres  2) Dont on peut dire sans nuance ni ambiguïté si telle ou telle de leur propriété est vraie ou fausse. (Par exemple vivant ou mort) L'ensemble des raisonnements, concepts et méthodes qui en découlent forment les mathématiques. En électronique, c'est le calcul digital.

Logique Graduée:

(Permalien) Dans le cas d'objets qui ne satisfont que «plus ou moins» à un critère, on obtient des propositions plus ou moins vraies ou fausses (ce qui s'exprime par un pourcentage: un réservoir plus ou moins plein). En électronique, c'est le calcul analogique.

Logique Probabiliste:

(Permalien) Comme précédemment, mais cette fois le pourcentage n'exprime pas une mesure, mais une probabilité d'avoir totalement vrai ou totalement faux. En électronique, ceci a pu être appelé logique stochastique, et quand j'étais étudiant j'ai vu passer une tentative pour faire des circuits intégrés de calcul selon ce principe (La sortie de chaque porte fournissait aléatoirement des zéros ou des uns, le signal étant représenté par la moyenne. Des portes ET OU ordinaires permettaient alors de faire des additions, multiplications, etc.).

Logique floue:

(Permalien) Une proposition approximativement vraie ou fausse mène à cette logique, due à l'Iranien (note 1) Lofti Zadeh, dont la souplesse lui a valu une percée remarquée dans l'industrie. (Par exemple, pour la conduite automatique d'un métro: «C'est plutôt le moment de freiner».) La logique floue utilise des seuils variables pour déterminer à partir de quel moment une valeur peut être considérée comme vraie et déclencher une action. Malgré son nom elle n'a rien d'imprécis, et elle se montre souvent la plus efficace pour la conduite souple et adaptative de véhicules, de processus industriels...

Le dernier bloc d’un calculateur en logique floue est le défuzzificateur. Sa fonction est d’évaluer une proposition Aristotélicienne à partir de propositions en logique floue. L’exemple souvent cité par les mathématiciens est de démarrer une pompe en fonction de prédictions imprécises sur le remplissage d’un réservoir. C’est un concept important, qui peut se généraliser à toutes les autres logiques non-Aristotéliciennes. Par exemple dans la dialectique accusation-défense du tribunal, le juge doit produire une condamnation chiffrée, à partir de données non-formalisables, comme une circonstance atténuante, une situation confuse, etc. Dans le cas d’une logique graduée ou probabiliste, un homme d’affaire décidera d’effectuer une transaction ou non, en fonction de critères intuitifs, comme la confiance qu’il accorde à l’autre personne, etc.

 

Ajouté en Aout 2018: ici une page professionnelle parlant explicitement de fonction d'appartenance pour un calcul en logique floue. Ceci est cohérent avec ma présentation basée sur le critère d'appartenance de la Théorie des Ensembles.

Sur les logiques non-Aristotéliciennes

(Permalien) On peut représenter ces différentes logiques par des diagrammes, qui décrivent sur un plan les lieux des différents états possibles d'une proposition. La Logique Aristotélicienne n'a que deux points possibles. Les lieux des logiques graduées sont répartis de différentes manières sur un segment de droite reliant les deux points précédents.

Diagrammes des différents types de logique: Aristotélicienne, graduée, probabilistique, floue

Les logiques graduées, probabilistes ou floues sont basées sur des alternatives au second choix, puisque la notion de véracité ou de fausseté est ici progressive. Elles s'appliquent à des objets où le critère d'appartenance (pour garder la formulation de la Théorie des Ensembles) varie progressivement au lieu de prendre deux valeurs exclusives. Mais dans ce cas on peut se ramener à la logique Aristotélicienne, sitôt que l'on introduit dans cette dernière la notion de nombre rationnel (ou réel) qui décrit la graduation. D'ailleurs logique floue et logique graduée sont émulées par des microprocesseurs et calculateurs tout à fait Aristotéliciens. Nous verrons toutefois des cas où les logiques floues ou graduées ne peuvent être réduites à la logique Aristotélicienne, quand elle concerne des objets non-mesurables.

Existe t-il une logique qui serait une alternative au premier choix, tout en pouvant se ramener à la logique aristotélicienne? Ce serait bien utile et pratique, dans nombre de domaines où il faut manipuler des concepts complexes ou des représentations de la réalité concrète que l'on ne peut aisément mettre en catégories. Par exemple il faut souvent classer des objets en catégories, ce qui se fait habituellement selon des structures arborescentes. Par exemple entreprises, associations, groupes présentant un intérêt écologique... ont chacun une branche. Mais alors où classez-vous une entreprise de produits écologiques? Dans la branche entreprise ou dans la branche écologie? Si on considère une arborescence, on devrait mettre deux sous-branches, ce qui aboutit à des difficultés considérables lors d'une recherche, puisque les bonnes réponses ne sont pas toutes au même endroit. Mais si on admet que deux branches peuvent avoir une sous-branche en commun, alors ça marche. En poussant ce raisonnement jusqu'au bout, on aboutit non plus à une arborescence, mais à une structure en réseau, dénuée de tout centre ou hiérarchie, où les objets sont connectés par définitions voisines dans un espace à x dimensions. Existe t-il des bases de données informatiques qui fonctionnent ainsi? Ce cas évoque un premier choix où les objets ne sont pas clairement distincts les uns des autres. Toutefois il semble que l'on puisse encore se ramener à la logique Aristotélicienne en utilisant une définition complexe des objets selon plusieurs critères ensemblistes ou numériques.

 

 

Par contre dans les exemples qui vont suivre il semble qu'il faille abandonner toute référence à la logique Aristotélicienne ou aux mathématiques qui en découlent. Ce que j'essaie d'apporter de nouveau au schmilblick c'est de toujours considérer ces nouveaux cas comme des logiques à part entière, des logiques non-Aristotéliciennes tout aussi valides que la logique Aristotélicienne ou la logique floue, mais qui s'appliquent à des objets aux propriétés différentes (choix 1 ou 2 au début de ce chapitre, voire 3, 4...), des objets non-Aristotéliciens. Mais les procédés qui seront indiqués plus loin permettent toujours de faire des raisonnements et des prédictions utilisables en pratique, c'est pourquoi j'affirme que nous pouvons toujours les appeler des logiques.

Communion:

(Permalien) Sans prétendre épuiser ce vaste sujet, disons ici que la notion de communion s'applique manifestement à des objets que notre conceptualisation habituelle considère comme distincts, mais qui sont différentes faces d'une même chose. Ils ne satisfont plus le premier choix. Le cas le plus typique est celui de la communion Chrétienne entre Dieu et l'individu. (Rappelons qu'il ne s'agit pas dans une discussion sur la logique de prendre parti sur l'existence ou la non-existence de Dieu, ni sur les différentes conceptions des mystiques chrétiens. Je discute simplement une de ces conceptions du point de vue de la logique.) Cette conception semble mener à un paradoxe: Dieu est unique et indivisible, et en même temps il existe dans un très grand nombre d'individus. Ce que je dis ici c'est que ce paradoxe ne provient pas de la réalité, mais du fait que nous projetons dessus l'idée, l'a priori que Dieu et l'âme de chaque individu sont forcément des objets séparés et indépendants, qui obéissent forcément au choix 1 habituel. Rien ne prouve que tous les objets et aspects de la réalité soient effectivement indépendants et clairement séparés les uns des autres, et il est inutile de piquer notre crise ni de les cacher sous le tapis si un jour on en trouve qui ne le sont pas. Et qui «communiquent mystérieusement» sans «moyen matériel» d'échanger des informations. La mécanique quantique nous en fournit quelques beaux exemples, que les physiciens appellent non-localité, et il est dommage d'avoir attendu soixante ans pour commencer à en parler. (Il nous faudra tout de même attendre encore un peu, jusqu'à la quatrième partie de ce livre, sur la physique)

Non-dualité:

(Permalien) La notion de non-dualité est plus délicate à saisir. L'exemple le plus connu est celui de la non-dualité entre une particule et son onde en physique. Personnellement ma première approche de la non-dualité a été par le Hatha Yoga, où, pour tenir une posture, il y a à la fois activité (certains muscles travaillent) et relaxation (immobilité de la posture, relâchement systématiques des muscles qui ne servent pas à la tenir). Ici encore, cette contradiction n'est qu'une apparence, qui provient du fait que notre esprit conceptuel décrète a priori que l'activité et la relaxation sont contraires et donc s'excluent mutuellement, comme des ennemis qui ne peuvent tenir ensemble le même terrain. C'est particulièrement le cas dans les idéologies typiquement occidentales de la compétition, du travail, de l'efficacité... En fait si on accepte simplement que ces deux «contraires» peuvent exister simultanément, voire collaborer, alors le problème disparaît, le mal de tête aussi et l'esprit peut se relaxer à son tour. De nombreuses notions très importantes en découlent, indispensables pour comprendre l'apport Oriental à la civilisation mondiale: non-violence, non-action (note 44), non-soi... Ces notions, qui violent totalement le choix 1 en unissant des objets apparemment différents ou incompatibles, ne sont pas «difficiles» ni «abstraites» ni «hautement ésotériques», elles sont très faciles à comprendre une fois qu'on accepte sans plus chercher à «comprendre comment les contraires ne s'excluent pas». Mais si on cherche à faire rentrer ces idées de force dans des propositions Aristotéliciennes, en excluant forcément un des termes, alors on aboutit à de grossiers contresens, par exemple la non-action serait de ne rien faire, le non-soi serait la fin de la conscience, la vacuité (chapitre V-10) le néant...

Notons que ce vocabulaire est parfois mal défini, et que quelques auteurs emploient le mot «dualité»  pour exprimer cette notion de non-séparation, au contraire de ce qui est fait ici. Notamment dans la littérature scientifique, avec la «dualité onde-particule» (Les particules élémentaires nous apparaissent tantôt sous l'apparence d'objets ponctuels, tantôt sous forme d'ondes, selon le type d'expérience). Sachez-le pour éviter les contresens. Nous avons suivi ici la pratique majoritaire, que le dictionnaire confirme vaguement, et qui me paraît la plus logique: dans «la non-dualité onde-particule», il n'y a qu'un seul objet réel, c'est seulement notre compréhension imparfaite qui nous fait voir deux aspects différents. Il faut aussi remarquer que l'expression «non-...» dans «non-action» (note 44), «non-soi» ou «non-existant» (dans la Vacuité) est plutôt piégeux, car une personne non avertie la prendra forcément pour une simple négation, ce qui est tout de même l'usage standard de ce «non-...». Espérons qu'une nouvelle expression spéciale, plus claire, y mettra bon ordre. Je verrais bien par exemple «action non-duelle» ou «action non-égocentrique», où cette fois le «non-» est bien un «non» Aristotélicien standard.

 

Nous sommes entrés cette fois résolument dans un domaine où la logique Aristotélicienne n'est plus d'aucun secours. En effet on a cette fois affaire à des objets qui sont non-mesurables: sensations, tendances politiques, goûts, etc. On ne peut donner un formalisme Aristotélicien à la non-dualité; on ne peut l'expliquer au tableau ni la «démontrer» à des étudiants assis dans un amphi. Il faut l'expérimenter intérieurement, et c'est pour cela que ces connaissances sont transmises non par des discours, mais par des exercices, des situations à expérimenter, comme le Hatha Yoga (qui est donc bien une heuristique (note 2), et non une gymnastique) et beaucoup d'autres disciplines similaires. Il est absolument indispensable, pour comprendre les logiques non-Aristotéliciennes données ici, de ne pas essayer de les «analyser» en tentant de les ramener à des dualités Aristotéliciennes. Mais il est aussi indispensable d'acquérir un minimum d'expérience de la méditation (note 3) dans des cours appropriés. Je suppose dans la suite de ce livre que le lecteur aura un minimum de compréhension dans ces domaines, qui font de toutes façons partie du bagage intellectuel de l'honnête homme intégré en ce début de troisième millénaire, et rejette d'avance comme inepte toute critique qui ne serait pas fondée sur une «analyse» sans avoir acquis les nécessaires capacités méditatives.

Le lecteur scientifique ou occidental ne pourra manquer de s'étonner que je fasse appel à des éléments d'une culture particulière, pour ces nouvelles logiques, alors qu'il considère la logique Aristotélicienne comme universelle. C'est qu'il y a ici un effet de perspective: au lecteur oriental, ce sont la non-dualité et la dialectique Yin-Yang (que nous allons voir juste après) qui apparaissent tout autant universels, et la logique Aristotélicienne une curieuse invention occidentale. Eh oui, c'est symétrique. Alors que penser? Que la réalité se comporte différemment selon que c'est un occidental ou un oriental qui pense à elle? Que non point, et je m'offusque d'avance contre toute tentative d'interprétation selon ce genre de relativisme culturel. Simplement, les différentes cultures de notre planète ont évolué en explorant différents aspects de l'expérience de la vie. L'Occident utilitariste a découvert la logique Aristotélicienne qui gouverne la physique et la finance; l'Orient a préféré découvrir les logiques non-duelles qui gouvernent plutôt la vie en société et la vie intérieure. Il n'y a en fait aucune opposition entre les deux, mais simplement complémentarité. Comme on l'a vu avec le premier axiome de la Théorie des Ensembles au chapitre I-2, un premier choix différent s'applique simplement à des objets différents. Il n'y a donc rien d'étonnant à ce que différents aspects de la vie utilisent des logiques différentes, nous avons juste à accepter ce fait. Ce qui est important de comprendre maintenant, c'est que toutes les logiques que nous étudions ici permettent de faire des raisonnements sur des objets ou des faits, et de découvrir des objets ou des faits qui nous étaient inconnus. Cela correspond donc toujours bien à la définition de la logique vue au chapitre I-1.

Mais alors, si on ne peut calculer un
résultat non-Aristotélicien, comment fait-on?

(Permalien) Quand on effectue un raisonnement Aristotélicien, par exemple un calcul, on réalise une série d'opérations élémentaires, ET, OU, DONC... en retenant les résultats intermédiaires dans notre mémoire. C'est ce que l'on appelle raisonner. C'est aussi la façon dont fonctionne un ordinateur, avec ses instructions et ses registres de mémoire. Un ordinateur peut aussi utiliser des nombres pour manier des logiques graduées, et même la logique floue. Pour ce faire, le problème doit pouvoir être être mis en formules, sur lesquelles on sait faire raisonnements et des calculs. Des problèmes pouvant être résolus de cette façon sont dits formalisables.

Mais quand les objets sur lesquels on raisonne sont non-mesurables, par exemple des sensations, ou des orientations politiques, cela n'est plus possible. Les faits et les problèmes dans cette situation ne peuvent pas être mis en formules, ils sont non-formalisables. La question légitime est alors: d'où viennent les résultats non-Aristotéliciens, si on ne peut les calculer?

La réponse à cette importante question est heureusement et naturellement simple: Il se trouve que le cerveau humain possède cette faculté, de par son fonctionnement même, très différent de celui d'un ordinateur: il est basé sur les réseaux de neurones. Et ces réseaux sont précisément capables d'intégrer un grand nombre de variables et d'obtenir une réponse en une seule opération! Un exemple simple est la reconnaissance de lettres, avec des neurones artificiels: par exemple chaque pixel de l'image est connecté à un neurone artificiel. Quand on démarre, toutes les sorties sont à zéro. Mais les neurones interagissent l'un sur l'autre, et rapidement les sorties diffèrent, jusqu'à donner par exemple le code ASCII de la lettre, en une seule opération, très brève. Mais le plus incroyable est que le réseau neuronal peut être programmé pour reconnaître différente lettres! C'est cette faculté qui permet au cerveau d'accomplir des activités incroyablement complexes, comme marcher, sans que nous ayons à faire de calculs pour cela, et sans même y penser. Par exemple conduire un vélo demande de résoudre des équations différentielles du troisième ordre... pourtant nous le faisons avec une incroyable facilité, sans même soupçonner cette complexité!

Alors appréhender une non-dualité ne demande aucune autre faculté mentale que pour faire du vélo. La meilleure comparaison est avec le tir instinctif: les policiers entraînés à faire cela ne disposent pas de qualités intellectuelles supérieures, ni de pouvoirs tantriques mystérieux. Pourtant, dans des situations d'urgence où on n'a pas le temps de raisonner ou calculer, ils sont capables de décider de la conduite à suivre, et d'exécuter une action suffisamment précise pour qu'on leur confie des armes mortelles, en toute sécurité pour les innocents qui se trouvent juste à côté de la cible. Les résultats non-Aristotéliciens que nous allons étudier maintenant sont produits de la même façon. L'état d'esprit qui permet de les obtenir est appelé la méditation, et c'est simplement un état où l'on cesse de faire des raisonnements Aristotéliciens, ce qui permet aux réseaux neuronaux de se mettre spontannément à fonctionner de leur manière naturelle.

Il n'y a donc rien de magique, mystérieux ou «irrationnel» dans les logiques non-Aristotéliciennes, il s'agit de choses simples, courantes, qui ne nécessitent que de retirer des préjugés pour être comprises. Mais il est très heureux que le cerveau humain possède de puissantes capacités de raisonnement non-Aristotélicien, car, comme on le verra au chapitre I-4, ces facultés sont d'une importance primordiale pour la compréhension et la gestion de la société et de nos vies.

 

Mais ces logiques non-Aristotéliciennes ne peuvent plus être appréhendées par des ordinateurs classiques avec une architecture de Von Neuman.

 

Mais venons-en maintenant aux plus importants systèmes de logique non-Aristotélicienne actuellement reconnus:

La dialectique Yin-Yang:

(Permalien) Les nombreuses incompréhensions à ce sujet viennent de ce qu'il existe des définitions fantaisistes du Yin et du Yang, très répandues même en Orient. Je trouve par exemple dans un des meilleurs dictionnaires français: «Yang. Force cosmologique...» A mon avis et d'après les sources les plus sérieuses sur le sujet, il faut bien considérer le Yin et le Yang non pas comme des objets ou des «forces» qui existeraient quelque part dans le monde, mais bien comme des termes d'une logique, qui peuvent s'appliquer à des objets très divers (énergies ou autres) et qui jouent exactement le même rôle dans la dialectique Yin-Yang que le vrai et le faux dans la logique Aristotélicienne (choix 2). Toutefois, au lieu des vrai et faux, le Yin et le Yang ne s'excluent pas mutuellement; ils sont toujours simultanément présents, mais d'une manière non-duelle, chacun respectueux de l'autre et collaborant avec lui. Ils ne sont même pas un compromis (comme dans une logique graduée) où ils se priveraient mutuellement de leur force; bien au contraire chacun est magnifié et se réalise par la présence de l'autre, tout à fait à l'opposé des deux termes de la logique Aristotélicienne, qui s'éliminent mutuellement.

Il n'y a pas beaucoup de sources livresques sur la dialectique Yin Yang. Les taoïstes ont toujours été discrets et peu nombreux, ne cherchant pas l'attention du public ni les convertions de masse. Pourtant, la dialectique Yin Yang est omniprésente dans la spiritualité orientale, et souvent implicite dans la spiritualité occidentale. Le meilleur moyen aujourd'hui de l'apprendre est de méditer dans des leçons de TaïChi ou de Yoga. (En cela d'ailleurs elle ne diffère pas de la logique Aristotélicienne, qui ne nous paraît facile ou évidente que parce que nous l'avons apprise à l'école). Toutefois le lecteur pourra méditer les exemples classiques qui suivent, et s'en faire ainsi une bonne idée, tant qu'il ne cherche pas à les réduire à de l'Aristotélicien ou à les appliquer à des trucs sans rapport comme la cotation boursière.

a) Le froid Yin et le chaud Yang. L'excès dans un sens ou dans l'autre est dangereux, mais une température «idéale» et constante serait vite insipide. Le corps aime la douche fraîche après une suée, ou le sauna après les frissons. Mais si ces situations se prolongeaient elles seraient vite très désagréables, voire mortelles.

b) Le masculin Yang et le féminin Yin. Voici une situation où typiquement l'affrontement est forcément stérile, et le compromis ennuyeux. La danse gratuite, le jeu abondant du Yin et du Yang permet par contre à chacun de se réaliser et offre un monde de possibilités infinies dans de nombreux domaines. En Chine Taoïste la «guerre des sexes» est une métaphore poétique pour le jeu sexuel. Mais attention car il existe, même en Orient, une déviation de la dialectique Yin-Yang où le Yang est bon et fort, et le Yin mauvais et faible. Les sexistes vont se chercher de ces excuses...

c) L'autorité Yang et la liberté Yin. En éducation, supprimer un des termes produit des individus gravement déséquilibrés. (Education «bourgeoise» sans compassion ni liberté, créant des fachistes névrosés, éducation «libertaire» sans autorité ni référence, créant des individus désespérés, incapables d'aimer ni de faire quoi que ce soit de leur vie) Tout enfant a besoin d'une autorité à bon escient pour le soutenir dans sa lutte pour devenir bon, et de la vraie liberté d'être pour se trouver et se réaliser lui-même. Typiquement, quand les deux forces dialoguent, elles se tempèrent mutuellement leurs aspects négatifs, tout en se renforçant mutuellement leurs résultats constructifs. Dans le cas d'un gouvernement, l'autorité doit pouvoir s'exprimer sans entraves pour garantir les libertés publiques; la liberté doit apporter une possibilité d'amélioration sociale sans créer un chaos où elle est toujours la première à disparaître.

d) A l'inverse une erreur très fréquente est de confondre le Yin et le Yang avec le bien et le mal, ce qui pose de graves problèmes, principalement d'offrir une «justification métaphysique» au mal. La réfutation de ces déviations sera l'objet principal du chapitre I-5.

e) Si l'on considère par exemple l'acide comme Yin et le basique comme Yang, on arrive à d'intéressantes approches globales concernant le fonctionnement biochimique du corps, le jeu sympathique-parasympathique, ou de choses telles que l'alimentation ou la chimie d'un compost. De telles interprétations avaient été lancées dans les années 1970 par le Zen macrobiotique, et le plus intéressant est que les résultats obtenus semblaient correspondre avec les connaissances scientifiques traditionnelles dans ces domaines. L'approche macrobiotique avait toutefois l'immense avantage d'être beaucoup plus simple et sympathique, à comprendre comme à appliquer, pour des non-scientifiques. A ma connaissance cette exploration n'a plus lieu aujourd'hui, et c'est fort dommage pour les médecines douces où ont cours tant de théories arbitraires ou fantaisistes (Chapitre II-8).

f) Ça aide de se rappeler que les mots chinois Yin and Yang signifient respectivement ubac et adret. Ce qui traduit bien la notion de deux aspects opposés de la même chose, qui ne peuvent exister l'un sans l'autre.

 

La dialectique Yin-Yang ne peut se ramener à une simple graduation entre deux extrêmes, comme une logique progressive, qui se ramènerait à son tour à la logique Aristotélicienne. En effet il n'y a pas de «dosage» du Yin et du Yang, qui restent toujours entièrement présents tous les deux, l'un ou l'autre prenant le devant de la scène selon la situation. La relation Yin-Yang n'est pas mesurable. La dialectique Yin Yang exprime plutôt la qualité de la relation entre ces deux termes: collaboration, non-conflit et même non-compromis. Mais quand on sait ce que cela signifie, parler de dialectique Yin-Yang est suffisamment précis pour savoir ce qui peut se passer, exactement comme avec un raisonnement Aristotélicien. Cela peut même être beaucoup plus simple, dans des situations qui nécessiteraient un ensemble complexe et imparfait de règles Aristotéliciennes pour être comprises.

Ainsi on reste bien dans une démarche de raisonnement logique, qui fait juste appel à des facultés de l'esprit différentes, comme vu ci-dessus: synthétiques au lieu de analytiques, connues sous le nom d'intuition. Ces facultés se développent par la méditation, quand la logique Aristotélicienne utilise ses propres facultés et entraînements scolaires. Dire que l'une serait juste et l'autre fausse, n'est que de l'ethnocentrisme, voire du «facultocentrisme»: considérer que certaines facultés de l'esprit seraient «bonnes» et d'autres «mauvaises», comme pour les gauchers, ou pour les dyslexiques (qui sont souvent de bons artistes). Cette notion d'intuitions est souvent polluée par des fausses interprétations, aussi elle sera revue au chapitre I-8.

On pourrait même inventer un mot pour désigner les gens trop Aristotéliciens, incapables de saisir les logiques non-duelles: «Syndrome Dysintuitif Acquis» par exemple. Mais rassurons-nous, cela ne les stigmatise pas, d'ailleurs on peut compenser ce handicap en leur proposant des filières scolaires adaptées, et ils deviennent souvent de bons ingénieurs. Je serai quand même amusé de voir ceux qui ont fait un critère de sélection sociale de leurs mathématiques, se retrouver bien handicapés à leur tour dans une société qui redécouvrirait enfin la valeur de l'intuition et de la sensibilité humaine, ou qui rendrait obligatoire de pratiquer un art pour gagner décemment leur vie.

Représentation traditionnelle et adaptée en couleurs de la dialectique Yin Yang

«Vrai» et «faux» sont présentés sur une ligne verticale, parque qu'ils peuvent signifier «bien» et «mal». Au contraire, le Yin et le Yang sont neutres relativement au bien et au mal, ils ont TOUJOURS la même valeur éthique. Ainsi ils sont présentés au même niveau.

Note: Le point de couleur opposée au centre de chacune des zones symbolise le fait que la qualité opposée n'est jamais absente, mais latente, prête à s'actualiser à son tour, au contraire de ce qui se passe dans une logique progressive où la domination graduelle d'un des termes se traduit forcément par l'élimination correspondante de l'autre.

Note: La tradition représente le Yang par le blanc et le Yin par le noir (ou parfois l'inverse). Mais le noir et le blanc étant aussi utilisés pour le mal et le bien, j'ai représenté le Yang par le rouge (couleur chaude) et le Yin par le bleu (couleur froide).

 

On dit souvent que la dialectique Yin-Yang concerne la relation entre deux objets contraires, mais il serait plus juste de dire qu'elle concerne deux aspects opposés d'un même objet: masculin ou féminin sont tous les deux des sexes, chaud et froid sont tous les deux des températures... qui prennent un caractère Yin ou Yang selon les circonstances. Cette seconde formulation évite l'hypostase (note 5) comme quoi les deux objets ont des sortes d'ego en conflit (par exemple les hommes contre les femmes, la police contre la liberté...). Si il n'y a qu'un seul objet qui assume tour à tour deux aspects, alors il y a moins de prise pour cette hypostase et la qualité de la relation peut être mieux comprise. (Voir au Chapitre I-5 les cas que nous avons appelés situations réciproques, confusion d'axe, hypostases de clan). En outre cette formulation est plus cohérente avec ce que nous avons déjà dit des logiques, avec un seul objet dont la propriété 2, au lieu d'être vraie ou fausse, est Yin et Yang non-duels.

La Cabale hébraïque:

(Permalien) Eh oui, la philosophie occidentale avait aussi découvert la logique non-Aristotélicienne! Même si cela a été «oublié» depuis. La Cabale et des philosophies humanistes se sont développées aux 11eme et 12eme siècles, en Italie, Occitanie et surtout en Espagne, encore en grande partie sous domination Arabe, un age d'or des arts, de la tolérance et des sciences. L'inquisition qui a suivi n'était pas qu'un simple amusement sadique: elle cherchait à détruire ces idées qui menaçaient le dogmatisme religieux dualiste. Mais elle n'a pas pu tout détruire, car ces idées sont restées détenues par des sociétés secrètes comme les Maçons. Elles sont ressorties aux époques de la Renaissance et de la Révolution française, et elles sont à l'origine de la plupart des philosophies modernes, et même d'importantes institutions comme le tribunal, dont le plan reprend le symbolisme cabalistique des Trois Piliers que nous allons voir.

La dialectique Yin-Yang vue ci-dessus envisage le possible déséquilibre entre les deux termes. Quand cela arrive, alors l'un des deux termes de la dialectique peut avoir un effet néfaste, car il n'est plus compensé par l'autre. Cette importante notion est bien plus développée dans la Cabale hébraïque, que nous allons résumer brièvement.

 

Représentation traditionnelle de l'Arbre Séphirotique

La Cabale a évolué au 11eme siècle. Elle considère l'Arbre Séphirotique, qui est un dessin formé par dix Séphirot (Singulier Séphirah, pluriel Séphirot), qui sont des lieux où sont placées différentes qualités, aussi appelées Vertus (dans le sens de puissance). Les Séphirot sont réparties à différentes hauteurs sur Trois Piliers: la Rigueur à gauche, l'Equilibre au milieu, la Mansuétude à droite. Le sens de ces Trois Piliers est clairement une dialectique Yin-Yang, qui a apparemment été trouvée indépendamment des traditions orientales. Certaines Séphirot sont sur le Pilier de l'Equilibre, d'autres vont par paires Yin-Yang sur les Piliers extrêmes. La Séphirah la plus basse concerne les réalités matérielles et terrestres, puis en montant on va vers le spirituel jusqu'à la réalité divine ultime, dans la Séphirah la plus haute. L'arbre Séphirotique est aussi appelé Glyphe (diagramme) ou Arbre de Vie (Otz Chiim en hébreu, Sok Ching en tibétain, la coïncidence est plutôt belle)

Les dix Séphirot forment un condensé des données de l'ésotérisme hébreu. Le Glyphe est là pour exprimer de manière visuelle et immédiate leurs relations et permettre au système cabalistique de fonctionner efficacement dans notre esprit. L'évolution d'une personne, d'une civilisation ou de l'univers se fait selon une trajectoire ascendante dans le Glyphe, de Séphirah à Séphirah, qui peut être droite en suivant le Pilier central, on en divers zigzags d'une extrême à l'autre. De nombreuses situations de la vie psychologique ou spirituelle sont décrites en termes de relations ou d'influences réciproques entre Séphirot, ou de trajets dans le Glyphe. Il existe des correspondances entre les Séphirot, les trajets, l'alphabet hébraïques, les fonctions du corps et de l'esprit, les astres, les Chakras, les couleurs, etc. qui mènent fort loin au delà du cadre de ce petit rappel. Le livre où j'ai étudié la cabale est celui de Dion Fortune, « La Cabale mystique», éditions Adyar en version française. Des Glyphes similaires existaient depuis des temps immémoriaux chez les autres peuples sémitiques, et encore aujourd'hui chez des peuples sahariens comme les Targuis. Depuis quelques années on voit aussi le Glyphe ressortir chez les Berbères d'Algérie.

 

Chaque niveau dans l'arbre a une signification plutôt métaphysique que logique, en rapport avec les conceptions hébraïques.  Mais au sein d'un niveau donné, on remarque immédiatement que la relation entre la paire de Séphirot est une dialectique Yin-Yang, avec ses Trois Piliers (celui du milieu représentant l'harmonisation du Yin et du Yang, indispensable au bon fonctionnement de la dialectique). Ce que nous trouvons de nouveau ici, c'est qu'il existe aussi un arbre inversé, comme l'ombre du premier, de Séphirot noires maléfiques, appelées Qliphoth. Une Qliphah apparaît quand la force d'une Séphirah n'est pas équilibrée par sa contrepartie opposée. Si ce déséquilibre apparaît transitoirement au cours d'une évolution, le mal n'est pas grand; mais si il s'installe, alors le mal devient fort, actif et organisé. Ceci peut se comprendre en reprenant les trois exemples a, b, et c donnés pour la dialectique Yin-Yang:

a) Le chaud Yang non équilibré par le froid Yin brûle, dessèche et tue. Le Yin froid non compensé par le Yang chaud affaiblit, gèle et tue.

b) Le masculin qui ne reconnaît pas la valeur du féminin n'est qu'un vieux phallo. Il ne peut être heureux, et développe une société et des idéologies basées sur la brutalité, la domination, ou l'intellectualisation desséchante... Le féminin qui ne reconnaît pas le masculin fait la même chose, avec d'autres apparences, mais tout aussi déplaisantes. En l'absence totale de relation, c'est la survie même qui est menacée.

c) L'autorité qui n'a pas un but protecteur et compassionné donne très habituellement les vilaines dictatures et le pas beau Big Brother d'Orwell, alors que la liberté sans discipline ni respect donne les démocraties molles, les échecs magistraux des communautés de Mai 68, et le Meilleur des Mondes d'Huxley, très «libre» et plein de «fun», mais le livre finit exactement pareil que celui avec Big Brother...

Souvent les mots hébreu ont un sens abstrait ou spirituel, et un sens concret; ainsi les livres ésotériques hébreux, en particulier l'Ancien Testament de la Bible chrétienne, sont pleins de jeux de mots et de vannes, que bien sûr aucune traduction n'a retenus, ce qui rend assez tordante la vision de prélats guindés pontifiant dessus avec un sérieux mortel. Ainsi le sens concret de Qliphah est: prostituée. Ceci exprime bien l'idée d'une force brute destinée à être bénéfique, mais qui, s'exprimant en dehors du cadre prévu pour elle, devient perverse et source de souffrance.

 

Ainsi la Cabale traite explicitement les déséquilibres, que la dialectique Yin Yang orientale ne fait que déplorer.

 

Ce que l'on peut faire maintenant est de laisser de côté les considérations métaphysiques contenues dans l'arbre cabalistique, pour ne plus considérer que son aspect logique.

 

 

 

 

 

 

Epistémologie Generale        Chapitre I-3       

 

 

 

 

 

 

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