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Epistémologie Particulière        Chapitre 3       

 

 

TROISIEME PARTIE
METAPHYSIQUE

 

III-1 Application des deux parties Précédentes:
La métaphysique

Tenter de comprendre comment l’univers matériel fonctionne est la physique, et tenter de comprendre pourquoi ou comment il est apparu est la métaphysique.

Mais, en pratique, la métaphysique permet surtout d’appréhender les objets et phénomènes non matériels, tels que la conscience, la morale, etc. et trouver leurs relations avec les objets physiques.

 

La science traditionnelle prétend ne pas faire de métaphysique. Pourtant si, elle en fait, comme tout système explicatif du monde. Son principe métaphysique de base est:

«La matière existe de manière absolue, et elle seule».

Cette affirmation gratuite évacue de la recherche tout ce qui touche à la conscience ou au bonheur, et en particulier la morale et le respect des personnes. C’est très commode quand il s’agit de détruire la nature et la beauté pour y faire passer des autoroutes. C’est pourquoi le milieu des affaires soutient cette science et ce discours «sérieux» et «rationnel», qui laissent toute opposition incapable de seulement trouver des mots pour s’exprimer.

Cette position métaphysique prive aussi la science traditionnelle de toute possibilité d’expliquer l’existence du monde, par exemple ce qui aurait provoqué le Big bang.

 

Bien entendu, nous prendrons la précaution, dans toute cette partie, de ne jamais partir de «principes métaphysiques» «déjà connus» et posés a priori. Nous ne partirons que de la logique, qui est, comme on l'a vu dans la première partie, la façon qu'ont de se relier entre eux les objets que l'on considère.

 

Il faut aussi nous rappeler que nous ne pouvons pas tester directement une affirmation métaphysique, faute d’accès à ce domaine. Le seul moyen de voir si elle est vraie est de voir si ses implications dans nos vies mènent à quelque chose de cohérent, utile et complet.

III-2 Les nombres imaginaires:
Faire une maison qui existe avec des briques qui n'existent pas

Les nombres imaginaires sont des nombres dont le carré serait négatif. De tels nombres n’existent pas. Pourtant on les note, ils interviennent dans les équations, sous la forme du nombre imaginaire i. Et ils sont très utiles pour une large variété de problèmes mathématiques, qui ont aussi de très nombreuses applications concrètes: les nombres imaginaires régissent tout dans la technique.

 

Ce qui est intéressant de retenir ici c'est que l'on a bâtit toute une théorie qui existe et qui donne des résultats très concrets, à partir d'un objet, i, d'une base qui n'existe pas, mais dont on fait comme si il était là. Et en plus on en a profité sans vergogne pour lui imaginer les propriétés qui nous arrangent. Un objet réel nous impose forcément ses propriétés, qualités ou défauts. Mais cet objet imaginaire, lui, ne pouvait pas se défendre, puisqu'il n'existe pas. Alors on l'a défini de la manière qui nous arrange le plus, pour nos petites combines.

Deux premiers principes de métaphysique

Cet exemple mathématique illustre notre premier principe de métaphysique: quand un objet nous impose sa présence et ses propriétés, on dit qu’il existe. Sinon, on dit qu’il n’existe pas.

 

Toutefois le présupposé matérialiste dit que les objets abstraits «n’ont pas le même degré d’existence». Justement si. C’est notre second principe métaphysique: les faits abstraits ont le même degré d’existence que les faits physiques. La seule différence est qu’ils n’apparaissent pas à nos organes des sens.

III-3 L'absurdité créatrice

Raisonnement

Ce qui me paraît le plus juste de dire, à propos de i, base des nombres imaginaires, est qu’il résulte de l’usage judicieux d’un paradoxe: bien qu’il n’existe pas, il s’est avéré fort utile de faire comme si il existait, à l’aide d’un axiome spécial.

Ce procédé est assez général en mathématique, à commencer par la célèbre théorie des ensembles (chapitre I-2), dont le second et le troisième axiome ne sont là que pour résoudre des paradoxes et rendre la théorie utilisable en pratique.

Evidemment, les mathématiciens n’aiment pas présenter les choses de cette façon, depuis qu’ils se sont lancés dans leur quête d’un système parfait expliquant toute chose de manière univoque. Pourtant des démonstrations de l’impossibilité d’un tel système ont été apportées à plusieurs reprises au début du 20eme siècle, en particulier le théorème d'incomplétude de Gödel.

Mais rappelons que la réalité ne s'est jamais laissée arrêter par un paradoxe. Quand elle en rencontre un, elle profite de cette liberté pour faire ce qu'elle veut. Cette boutade n’est pas gratuite: elle signifie que quand une loi de la nature n'est plus logiquement déterminée (par exemple quand elle mène à un paradoxe logique, ou à des valeurs infinies) alors d'autres lois habituellement cachées, inhibées, vont prendre le devant de la scène et déterminer ce qui va se passer. La réalité ne s’arrête jamais d’exister.

Et cela ne concerne pas que les mathématiques, les théories physiques sont toutes des systèmes d'axiomes, ainsi que tous les systèmes religieux, philosophiques, métaphysiques, éthiques, sociaux, politiques, économiques, industriels, ludiques, agricoles... Autrement dit il faut s'attendre à trouver des paradoxes, des énoncés indécidables, des contradictions, dans tous les aspects de nos vies.

Mais il n’y a rien de foncièrement mauvais à cette situation: on peut mettre un paradoxe à profit pour modifier n’importe quelle théorie d’une manière qui nous arrange. C’est ce que j’appelle le paradoxe créateur, ou l’absurdité fondatrice, un concept clé pour la suite.

En effet, en plus d’avoir des applications pratiques fort utiles pour nous, ce procédé intervient aussi naturellement, dans la façon même dont la réalité se crée, y compris la réalité physique. Il en est ainsi parce que la physique obéit à des lois logiques, que l’on peut décrire à l’aide d’un système axiomatique. Si ce système axiomatique a des indéterminations logiques, voire des paradoxes, cela n’empêche pourtant pas la réalité physique de continuer à exister ou à fonctionner: elle réifie l’un des deux termes du paradoxe, ou elle trouve d’autres lois permettant de tourner la difficulté. Un paradoxe n’a jamais empêché le monde de tourner.

Définition de l’existence d’un système axiomatique

En conclusion de ces raisonnements, nous donnerons une définition de l'existence d'un système axiomatique qui sera une des bases les plus importantes pour la suite:

 

1) Un système axiomatique, quel qu'il soit, existe quand cette existence n'engendre pas de contradiction logique interne (paradoxe, indécidabilité...)

 

2) Tout système axiomatique contient forcément des contradictions internes

 

3) Les règles 1 et 2 étant contradictoires, alors, pour qu'un système axiomatique puisse exister, il faut toujours accepter (règle 2) quelques contradictions fondatrices (des exceptions à la règle 1) et leur assigner arbitrairement une valeur. Mais une fois cette condition remplie, les règles logiques doivent ensuite être respectées strictement.

 

On remarquera que ces trois énoncés se plient eux même aux règles qu'ils définissent!

 

Cette définition est équivalente au premier principe de métaphysique du chapitre III-2, en plus détaillée, pour les systèmes axiomatiques.

 

On en conclut, à propos des objets logiques individuels que contient ce système axiomatique:

 

4) Dans un système axiomatique, un objet individuel, quel qu'il soit, n'existe que si cette existence n'engendre pas de contradiction logique dans son système (paradoxe, indécidabilité...). (A l'exception bien sûr des objets concernés par le paradoxe fondateur du système. Le nombre imaginaire i est un exemple d’un tel objet impliqué dans un paradoxe fondateur)

 

Si on a un choix quasi absolu des axiomes de départ, si on a un certain choix de valeurs à assigner à certaines propositions pour lever les contradictions fondatrices, on n'a par contre plus aucun choix sur leurs implications:

 

5) A partir d'un jeu d'axiomes et de valeurs aux contradictions fondatrices, notre système axiomatique est totalement et rigoureusement déterminé, jusqu'à un nombre infini d’inférences logiques! On ne peut que l'explorer, mais plus le modifier.

 

On peut alors voir en quoi choisir arbitrairement une des deux valeurs indécidables dans une contradiction peut être fondateur de quelque chose, avec des exemples «illogiques» comme la théorie des ensembles ou le calcul avec i.

III-4 Univers de nib

Certains penseront que les considérations logiques précédentes ne les concernent pas, et que le monde concret existe, lui, de toute façon, puisqu'il est matériel, qu'on peut le voir, qu'on peut le toucher, et même le modifier. L'observer, en termes scientifiques. Y vivre, en termes plus communs, mais tout aussi valables et bien plus agréables.

Voire.

 

Si on veut bâtir une théorie métaphysique ultime, ou même une théorie physique, qui prétende expliquer pourquoi le monde existe, il ne faut pas partir de quelque chose qui existe déjà, sinon se pose aussitôt la question: et votre truc, là, à partir duquel vous prétendez tout expliquer, comment est-il apparu, lui, au départ?

 

On va imaginer quelque chose qui n'existe pas. Comme le nombre i du calcul imaginaire. Comme ça, au moins, personne n'ira nous demander comment c'est apparu au départ: ça n'est tout simplement jamais apparu.

 

Bon, disons ces nibs©, rien en langage familier, ils n'existent pas, il n'ont pas de forme, pas de couleur, pas de définition. La seule propriété qu'on va leur reconnaître est d'être faits de telle façon qu'ils vont parfaitement servir à notre démonstration. Nous n'aurons pas d'autre base que ce paradoxe fondateur!

Ces nibs ont le même statut existentiel que le i des nombres imaginaires: ils n’existent pas, mais faire comme si ils existaient va nous permettre des choses très intéressantes. En plus, comme ils n’existent pas, ils ne peuvent pas nous imposer leurs propriétés, qualités ou défauts, et on peut les charger d’une quantité arbitraire de propriétés utiles pour nos projets.

 

Aucun nib ne fait d'objection; continuons donc.

 

Bon, on va en prendre deux, de nibs. On va dire que ces deux ont une relation X. Peu importe quelle relation: qu'ils sont égaux, ou différents, qu'il y en a un de plus grand que l'autre, ou de plus bête, comme vous voudrez. Eh, mais cette relation existe, elle. Ce ne sont pas les mathématiciens qui me contrediront: à partir de i qui n'existe pas, on les a surpris la main dans le sac en train de construire tout un monde de calculs qui existent, et qui ont même des applications techniques très importantes. i n'existe pas, mais l'égalité i+i=2i existe, et elle est même vraie.

Bon, d'accord, cette relation X n'existe que comme relation logique, elle n'existe pas matériellement, concrètement. Mais cela nous suffira.

On va dire qu'un petit groupe de nibs et leurs relations entre eux sont faites de telle façon que leurs descriptions forment les axiomes d'un système logique. Les déductions logiques à partir du premier groupe de nibs en forment un second groupe: chacun des nibs du premier groupe engendre 2 nibs d'un second groupe. Puis selon le même procédé, les deux nibs du second groupe en engendrent trois dans un troisième groupe, puis ces trois en engendrent quatre dans un quatrième groupe, et ainsi de suite. On pourrait représenter les relations de filiation dans un graphique, selon une arborescence:

Les nibs fondateurs, par exemple les 3 au centre, ont généré un second groupe, puis un troisième, puis un quatrième... qui correspondent à autant de couches concentriques, comme les cernes de croissance d'un arbre. Après un très grand nombre d'étapes, des millions ou des milliards, les couches individuelles sont indiscernables, et, si l'on prend la précaution de mettre les couches successives les unes au dessus des autres, le diagramme prend la forme d'un bol, où les couches successives sont parallèles au bord. Avec le nombre de couches, le bol grandit sans cesse, par ajout de couches successives le long du bord. Pour bien montrer cette croissance, on a représenté en pointillé une couche à additionner après un nombre d'étapes environ 5% plus grand.

Voilà typiquement une construction mathématique bien absconse et dénuée de toute application pratique, me direz-vous. Tout de même ces deux longues flèches marquées «espace» et la courte marquée «temps», à quoi peuvent-elles bien rimer?

C'est que, si vous reprenez le premier diagramme, on remarque que les couches se succèdent dans un certain ordre. Par exemple les numéros de couche finissant par zéro se succéderont régulièrement, alors que les carrés deviendront de plus en plus rares. Cela peut se comparer à un «temps» qui s'écoule, où des événements se produisent régulièrement ou selon des intervalles différents. Cet «écoulement du temps» se fait selon la flèche, dans le dessin du bol. De même, au sein d'une couche donnée, les nibs ont une relation de voisinage plus ou moins poussée, qui permet de dire que certains sont proches ou éloignés d'autres, au sens où par exemple deux mots sont proches ou éloignés dans le classement alphabétique. Cela peut se comparer à une «distance». Dans les deux figures, cette «distance» était représentée le long d'une ligne, ce qui correspond à un «espace» à une dimension (la ligne courbe où se trouvent les deux grandes flèches). On aurait aussi bien pu choisir les propriétés des nibs de telle façon que cet «espace» soit à deux, voire trois dimensions, ou toute autre valeur, mais on n'aurait pas pu dessiner le diagramme correspondant, car il serait en quatre dimensions. Cet «espace» à trois dimensions ressemble déjà curieusement au nôtre, et ce diagramme en forme de bol est couramment utilisé en cosmologie: le point d'origine correspond au Big Bang, et l'augmentation progressive du diamètre à l'expansion de l'univers.

 

Signalons aussi aux lecteurs non-mathématiciens que les mathématiques évoquent couramment de tels diagrammes impliquant une notion d'«espace», correspondant à notre notion intuitive de l'espace. On trouve même des homologues mathématiques parfaits de l'espace-temps. Il n'y a donc rien de nouveau dans cet espace de nibs que nous proposons, si ce n'est de lui donner la forme en bol d'un diagramme d'univers.

Pour le moment on en est à une analogie mathématique avec notre espace-temps, curieuse mais sans intérêt réel. On peut toutefois aller plus loin dans cette notion d'«espace» et de «temps», en supposant que les nibs ont des propriétés qui se transmettent d'une couche à la suivante selon certaines règles. Par exemple dans une couche, la majorité des nibs ont la propriété 0 (point noir) et certains portent la propriété M (point blanc), qui se transmet obligatoirement à un seul nib de la couche suivante. Mais à chaque nouvelle couche, la propriété M est décalée d'une certaine distance, constante, par rapport à la couche précédente. En plus, si un autre nib de type M se trouve à proximité, la zone de réapparition de la propriété est modifiée, de façon à ce que les nibs de type M se fuient. On a parfaitement le droit de voir les choses ainsi, sans supposer que l'ensemble des couches soit soumis à un temps qui s'écoule, puisque les causes de tout ce qui se passe dans une couche donnée sont entièrement contenues dans la couche précédente, et chaque couche contient les causes de tout ce qui se passe dans la couche suivante.

Dans cette figure, la relation de cause à effet va de gauche à droite, et la notion d'«espace» est verticale. On voit l'équivalent d'une «particule» (en haut à gauche) se déplacer rapidement vers le bas. Elle rencontre une autre «particule» immobile (milieu à gauche). Les deux «particules» se «heurtent» (ou plus exactement elles se repoussent par une «force» d'autant plus grande qu'elles sont proches) Celle du haut est stoppée, et elle a communiqué toute sa «vitesse» à celle du bas.

Ceci ressemble très étrangement à la figure suivante, qui représente la collision de deux électrons dans notre propre univers physique:

Il semble que cette fois on ait créé un équivalent mathématique beaucoup plus réaliste de notre univers, qui lui aussi apparaît à la suite d'un «Big Bang», qui est constitué d'un «espace» ou s'écoule un «temps». Si on considère seulement les couches successives de nibs, notre «temps» n'était au plus qu'une simple numérotation des couches, par ordre de génération. Mais maintenant ce qui se passe dans une couche est la cause directe de ce qui va se passer dans la suivante. Chaque couche détermine la suivante. On a des particules qui se comportent, des phénomènes qui se produisent. Exactement comme en physique, puisque toute la mécanique peut se ramener à l'étude du mouvement de particules, pour lesquelles ce qui se passe à un instant donné est la cause directe et unique de ce qui arrive à l'instant suivant. On peut donc légitimement parler de «temps», car il obéit aux mêmes lois et fonctionne de la même façon que notre temps physique. On reparlera de cette étonnante définition du temps un peu plus loin au chapitre IV-3.

Et notre «univers» mathématique, avec son «temps», connaît une phase d'expansion, contient des «particules» qui vont se comporter à la manière des particules matérielles. On peut compliquer les propriétés arbitraires que nous donnons aux nibs: il peut alors apparaître plusieurs sortes de «particules», dont le comportement sera celui des quarks, électrons, photons, neutrinos... Et là dedans, il va se former des «gaz», des «étoiles», des «galaxies», des «planètes», et, les mêmes causes produisant les mêmes effets, on y retrouvera une «évolution» qui donnera des «êtres vivants» et même l'équivalent mathématique de «scientifiques», qui auront sans doute des questions très réelles à nous poser.

 

On peut légitimement se demander jusqu'où on peut pousser la comparaison entre notre univers «physique», «réel», «matériel», et cet «univers» de nibs, «abstrait», «imaginaire», formé uniquement de relations logiques entre des éléments, les nibs, qui n'existent pas, mais qu'on a affublés d'une quantité arbitraire de propriétés ad-hoc.

De toutes façons, cet univers de nibs existe, au sens où nous avons dit que des systèmes logiques existent, au chapitre III-3 précédent. Ainsi cette façon de créer un univers se qualifie comme une véritable explication métaphysique.

Mais cet univers de nibs existe t-il au sens de notre expérience quotidienne concrète de l'existence? Bien sûr, nous mêmes nous ne pouvons le voir, mais qu’en est-il de ses «habitants»? Ne sont-ils que des apparences, des chiffres dans un ordinateur, ou bien peuvent-ils effectivement expérimenter comme nous conscience et sensation de réalité? La réponse de la science classique est «non», et de toutes façons il serait naïf de répondre «oui» sans examiner d’abord ce que signifient exactement des mots comme «concret» ou «observable».

 

Eh bien allons donc voir ceux qui emploient ces mots, et demandons-leur ce qu'ils entendent par là.

III-5 La matière et l'univers existent-ils?

Qu'entend t-on par exister? Que voulons-nous dire quand nous disons que l'univers existe, que nous existons? La réponse, du scientifique le plus érudit à l'homme de la rue le plus naïf, est toujours la même: cet univers, cette matière, on peut les voir, les toucher, les manipuler. Les observer, précisent le scientiste et le scientifique d'un air entendu. C'est cela que l'on entend quand on dit que notre univers «existe», qu'il est «concret». L'univers des nibs, lui, ne peut être vu ni touché; il est «abstrait», «imaginaire».

Mais que se passe t-il exactement quand on la touche du doigt, cette matière ? Quand il y a contact entre un objet et le doigt, qui est aussi un objet matériel, formé lui aussi d'atomes et de molécules. De toute évidence, les atomes de la surface du doigt vont entrer en contact avec ceux de la surface de l'objet, qui vont opposer une résistance. Cette résistance déforme légèrement le doigt, et les terminaisons nerveuses sensitives vont détecter cette déformation, et envoyer un message nerveux vers le cerveau: on sent le contact. Bonne vieille explication physique du 19eme siècle, de notre monde concret, observable et touchable.

Bon, mais au niveau des atomes, que se passe t-il quand deux atomes se touchent? On peut dire, en simplifiant, que ce sont les électrons périphériques de chacun des atomes qui vont se toucher. Et l'homme de la rue naïf répond: «bien sûr, les électrons sont des billes de matières qui se touchent. Le contact s'explique comme ça, puisque c'est de la matière». Là le scientifique n'est plus d'accord: comment, on explique brillamment la matière en disant qu'elle est formée d'atomes et d'électrons, pour finir lamentablement par dire que ces électrons sont eux-mêmes des billes de matière! Mais alors c'est quoi la matière? Le scientifique répond d'une voix douce, approuvé par le scientiste: «un électron est formé d'une onde de probabilité et de champs électromagnétiques. Il n'y a pas de «bille», pas de surface solide, pas même de forme: juste une petite brume floue de probabilité, centrée sur un point qui n'a aucune propriété particulière. Les électrons obéissent au principe d'exclusion de Pauli qui dit (en simplifiant) que deux électrons ne peuvent pas occuper exactement le même endroit. Quand deux électrons se rencontrent, il s'exerce donc une force répulsive (un champ électrique) d'autant plus élevée qu'ils sont près l'un de l'autre. Il n'y a rien qui «se touche», seulement des champs électriques qui varient avec la distance, et qui sont capables de repousser un électron quand il en rencontre un autre.»

Ah, on avance. Mais une onde de probabilité, un champ électromagnétique, c'est quoi? Bien, une probabilité, c'est un pourcentage, un nombre. L'onde de probabilité c'est un pourcentage qui varie selon le lieu et le temps. Une probabilité que l'électron se manifeste ou non. Un champ électromagnétique? C'est un truc qui fait dévier les électrons quand ils passent dedans, en obéissant à certaines lois mathématiques. Désolé, on ne possède pas d'autre définition! Même à la faculté! Pire, quelqu'un remarque que le champ électromagnétique n'est au fond rien d'autre qu'une loi mathématique décrivant comment les électrons s'influencent mutuellement, et comment ils sont eux-mêmes constitués. Exactement comme la loi mathématique qui régissait le point de réapparition des nibs à la couche suivante. Rien de plus.

Mais la physique moderne a rencontré des phénomènes encore bien pires: On peut faire des interférences entre électrons, comme si ils étaient de la lumière immatérielle. Ou les superpositions d'états quantiques: un atome se trouvant simultanément en deux endroits différents! Ou des électrons qui se dématérialisent, se changent en rayons gamma, puis se rematérialisent un peu plus loin.

Le scientiste et le scientifique expliquent en choeur que tant qu'on se raccroche à des visions du genre de la bille de matière, on ne peut absolument pas comprendre comment les particules se comportent réellement dans ce genre d'expériences. La physique la plus avancée dit qu’il vaut bien mieux considérer des ondes de probabilité de présence, des champs, et compagnie, sans chercher à savoir «ce que c'est», car personne ne le sait. Ainsi, la physique la plus avancée, dite mécanique quantique (école de Copenhague), n’a pas trouvé «quelque chose» qui serait ultimement la matière, dont seraient formés les électrons, quarks, etc. et qui expliquerait que notre monde soit «concret» au lieu d’un espace vectoriel «abstrait». Et plus la science creuse, plus cette vision s’éloigne, et plus l’univers des particules (dont nous sommes faits) devient «abstrait», formé uniquement de relations mathématiques... Même l’espace et le temps, fondements de nos vies, ne seraient que des constructions mathématiques...

 

Mais alors, qu’est-ce qui ferait donc que notre univers serait «concret» et que l'univers des nibs serait «abstrait»?

 

Et si on allait jusqu'au bout de ce raisonnement, en cessant de supposer que la matière serait «quelque chose» de forcément insaisissable et mystérieux, qui ferait magiquement que notre monde «existerait», et pas les autres? Que la matière, ultimement, est tout aussi immatérielle que des lois logiques? Une fois libéré de nos habituelles imputations et conceptions, on ne peut rien trouver qui différencie notre univers de celui des nibs, ni qui le rende plus «concret».

 

Ok, admettons que notre univers, espace et temps, aie ultimement une nature complètement «abstraite», qu’il soit lui aussi un univers de nibs. Mais le combat n’est pas encore gagné. Il reste en effet deux questions primordiales:

1) Si la matière, et même l’espace et le temps, ont finalement une nature si «abstraite» (note 41), comment se fait-il que nous en ayons une si intense sensation d'existence «concrète», au lieu de la percevoir comme une sorte de rêve évanescent, ou de ne pas la percevoir du tout, comme les espaces vectoriels des mathématiques ou les paradis des religieux?

2) Et justement, si nous percevons celui-ci, pourquoi ne percevons-nous pas les autres?

 

La relation mathématique «abstraite» du principe d'exclusion de Pauli, amène deux électrons «abstraits» à ne pas se superposer. Cela fait que les particules de la surface du doigt et celles de l'objet touché se repoussent avec une certaine force; cette force se transmet à l'extrémité du doigt toute entière, et la déforme légèrement; cette déformation engendre des mécanismes neurochimiques dans les cellules spécialisées de la détection du toucher; ces cellules engendrent un message codé qui se propage le long d'un nerf sensitif jusque vers le cerveau, où elle est décodée et identifiée dans des aires de la sensibilité. De là, selon des processus que la science actuelle ne sait pas encore expliquer, elle aboutit à une expérience de conscience: la sensation de contact, quand on touche un objet du doigt. On a voulu la toucher, cette matière, et comme d'habitude on la sent. Elle n'est ultimement rien du tout, elle n'est que relation logique, information, relation mathématique, et pourtant il y a un cerveau, guère mieux loti, simple ensemble de probabilités de présence d'électrons et de champs mathématiques, mais ce cerveau a l’expérience de conscience de la sensation de contact. Et on pourrait faire les mêmes raisonnements avec tous les autres sens.

 

Voilà donc la réponse à la première question: la conscience, les sensations concrètes, et la sensation de réalité, sont une propriété de l'organisation générale du corps humain et du cerveau. Ils découlent seulement de cette organisation et de sa structure, et ils peuvent fonctionner sans aucun besoin de ce «quelque chose de mystérieux et insaisissable qui rend magiquement les choses matérielles et réelles».

Dans le langage courant, nous sentons que notre monde est réel, concret, observable, et qu’on peut en profiter, même s'il n’est finalement formé que de choses mathématiques abstraites, parce que nos corps et nos cerveaux sont formés de la même chose que ce monde!

Dans le langage de la méthode scientifique, notre monde est observable, car nous y avons des organes sensoriels, qui ont la même constitution que les objets observés. Cela leur permet d'interagir avec ces objets, et de transmettre des informations à notre conscience.

 

Dans le raisonnement inverse, si il n’y n'avait pas de doigt matériel relié à ce cerveau par un nerf, on ne pourrait rien sentir du tout, et on ne pourrait tirer aucune conclusion sur l'existence ou la non-existence de notre matière! Il en va de même pour les autres espaces en nombre infinis prédits par les théories quantiques du Big Bang, les paradis et les enfers des religieux, et même pour notre univers de nibs. Il est tout à fait inutile d'essayer de les percevoir avec nos organes matériels des sens, puisque ces organes des sens ne se trouvent pas dans ces espaces. Il ne peut donc en provenir aucune information, et partant nous n’en avons aucune expérience sensorielle. Mais cela n’implique en aucune façon que ces univers n’existent pas: ils peuvent exister en tant que systèmes mathématiques.

 

Mais que se passerai-il si, dans un univers de nibs, l’évolution du contenu menait à l’apparition d’une structure comparable à nos corps et nos cerveaux? Les mêmes causes produisant les mêmes effets, ou encore, cet univers de nibs n’ayant RIEN qui le différencie de notre univers «matériel», alors une structure comparable à notre cerveau, qui se trouverait placée dans un de ces univers, connectée à l'équivalent d'organes des sens, comparables aux nôtres ou différents, serait TOUT AUTANT CONSCIENTE QUE NOUS, puisque c'est LA STRUCTURE QUI ENGENDRE LA CONSCIENCE. Et peu importe «de quoi» cette structure est faite: «matière», relations logiques «abstraites», «énergie divine» ou quoi que ce soit d'autre: le résultat est le même. Notre univers n’a rien de magique qui ferait que lui seul «existerait», serait «matériel», et aucun autre. Cette conscience percevrait son univers aussi naturellement et spontanément que nous percevons le nôtre, et aurait à son sujet exactement la même sensation de réalité «matérielle» absolue que nous. Mais elle y serait réciproquement totalement incapable de percevoir le nôtre, et c'est notre monde qui lui paraîtrait «abstrait» (note 41) à son tour.

 

Pourquoi en est-il ainsi? Parce que chacun, dans son propre univers, dispose d'organes des sens qui sont des structures existant dans un univers donné, et qui ne peuvent donc réagir qu'à la «matière» (quelle qu'elle soit) qui est contenue dans leur propre univers. Il en va ainsi pour tous les organes des sens et la perception de la réalité «concrète». Il en va également ainsi pour la conscience, quelle que soit son origine. Il en va encore de même avec les instruments de mesure scientifique, qui ne perçoivent notre univers que parce que eux aussi sont formés de particules justement de cet univers-là. Tous sont atteints du même biais physique©. Eh oui, nos organes des sens et nos instruments scientifiques sont atteints d'un biais physique! Ceci fait que la physique, qui se considère volontiers comme la plus exacte et objective des sciences, est en fait quelque chose d'effroyablement subjectif: la subjectivité d'univers! Une incroyable illusion, l'universocentrisme©, fait croire que notre univers est le seul à exister! Et ceci simplement parce que nous avons des organes des sens seulement dans ce seul univers! Alors les autres univers sont simplement inaccessibles à nos perceptions, comme l'est un objet situé derrière l'horizon.

Cette illusion n'a heureusement pas empêché de faire de la physique exacte dans notre univers, mais elle a masqué à la science matérialiste le fait que peuvent exister à l'infini d'autres univers, issus de causes complètement différentes, et même des univers auto-existants comme cet exemple de nibs que nous avons étudiés, issus d’un paradoxe. Il y a toutefois une certaine reconnaissance scientifique des univers alternatifs aujourd’hui, par exemple à propos du vide quantique qui créerait beaucoup d’autres univers dans d’autres Big Bangs.

Toutefois le positivisme (chapitre II-7) affirme toujours que ces mondes n'existent pas, puisque nous ne pouvons les observer avec nos sens matériels. Cette affirmation est précisément le coeur de l'erreur de la science moderne: avoir confondu «réel» avec «matériellement observable» (ou «existant» avec «matériel»). Ces deux notions ne se trouvent coïncider qu'en physique, science de la matière. C’est c'est pour ça que la science moderne n'est vraiment bonne que dans ce domaine, et mauvaise ou nulle dans tous les autres.

 

 

Toutefois cela va bien plus loin que la seule physique: la dictature implacable de la «réalité matérielle» absolue n’existe pas.

Il est vrai que réaliser que tout ce à quoi l'on croit n'est qu'une sorte d'illusion, de rêve, peut être très choquant pour certaines personnes. Mais personnellement, je l'ai ressenti comme une fantastique liberté, de réaliser qu'une infinité de mondes et de modes d'existence peuvent exister, sans plus dépendre de la tyrannie absolue ni des interdits définitifs d'une «matière» toute puissante.

Cela ouvre d’immenses possibilités sur le sens de la vie, que nous évoquerons un peu plus loin, dans la sixième partie sur la société. Parce que, en perdant son absurde existence absolue, notre univers gagne en signification. En effet, cette libération ouvre de fantastiques possibilités de vie dans d’autres mondes. Ne serait-ce pas cela qui est aperçu par les expérienceurs de NDE ou de RR3? Est-il possible d’être définitivement heureux dans d’autres mondes après notre mort? En tous cas nous avons maintenant un cadre théorique rationnel pour l’étude de ces phénomènes, ainsi que pour l’établissement d’une éthique qui soit basée sur la conscience et ses besoins. Tout cela sera étudié dans les cinquième, sixième et septième parties.

III-6 Les mode d'existence

En conclusion au chapitre précédent, nous postulerons les points suivants, qui seront notre hypothèse par la suite, et une des principales idées de ce livre.

Il est à noter que aucun postulat ne peut être «démontré» de manière absolue, comme on pourrait démontrer un théorème mathématique. Toutefois nous pouvons choisir de nouveaux postulats qui tiennent mieux compte des faits connus. En physique, ces nouveaux postulats ne changeront pas les résultats connus, mais nous verrons que dans d’autres domaines ils expliquent bien plus de choses que le postulat matérialiste.

 

1) La matière et tous ses comportements sont simplement les résultats de relations logiques et mathématiques, dont le jeu suffit à créer toute la complexité du monde matériel. Il n'ont pas plus d'existence que des interactions logiques. Il n'est nul besoin de supposer que ni la matière, ni l'espace, ni le temps, seraient générés par «quelque chose» de particulier que l'on n'aurait pas encore trouvé, et sans lequel l'existence resterait un mystère.

Il est important de tenir ce nouveau paradigme présent à l'esprit, car, dans toute la suite, on comprendra implicitement les choses de cette façon, et nous parlerons par exemple de faits réels tels que la matière ou la conscience comme ETANT des relations logiques, au contraire des parties précédentes où nous faisions une claire distinction entre la réalité matérielle et les constructions logiques que notre esprit crée pour la comprendre. Maintenant ces relations logiques sont la base même de la réalité matérielle.

 

2) Notre univers matériel n'a aucun statut existentiel particulier; d'autres univers peuvent exister, au sens logique> et mathématique du mot, tel que défini au chapitre III-3. Ces univers peuvent avoir des lois physiques analogues au nôtre, ou différentes. Les éventuels êtres vivants peuplant de tels univers peuvent y avoir des sens analogues aux nôtres, ou différents.

 

3) Toute structure analogue au cerveau humain, ou au moins disposant des mêmes fonctionnalités, existant dans quelque univers que ce soit, peut supporter la conscience et l'intégralité des expériences de conscience, exactement de la même façon que notre cerveau le fait dans notre univers. Ceci est vrai aussi bien dans l'hypothèse de réduction matérielle qu'avec l'hypothèse d'une âme ou autre principe conscient immatériel dont ce cerveau serait investi.

 

4) Des organes des sens, qui sont des structures existant dans un univers donné, peuvent parfaitement produire des expériences sensorielles, en rapport avec des phénomènes de cet univers particulier, exactement comme ils le font dans notre propre univers. Il en découle qu'une conscience connectée à un univers donné par des organes sensoriels situés dans cet univers, éprouve une sensation de réalité concrète pour cet univers, et pour celui-là seulement. On peut donc dire que tout univers existant mathématiquement (selon la définition donné à la fin du chapitre III-3) existe aussi concrètement pour ses éventuels occupants, dans le sens où nous disons habituellement que notre univers existe concrètement (que nous en éprouvons une sensation d'existence concrète).

 

5) Tout observateur disposant d'organes sensoriels ou d'instruments scientifiques, qui sont des structures existant dans un univers donné, peut observer cet univers et en découvrir les lois, au sens qu'ont ces mots dans la physique moderne. Il peut également y vivre et en jouir, au sens qu'ont ces mots dans notre vie courante. Par contre tout observateur ne disposant que d'organes sensoriels ou d'instruments scientifiques existant dans son propre univers, ne peut absolument pas les utiliser pour explorer d'autres univers. Ces autres univers lui paraissent alors «abstraits», et il ne peut tirer aucune conclusion sur leur existence, leur non-existence, leur contenu ni leurs propriétés. (Au moins une de mes affirmations qui est confirmée par l'expérience!)

 

6) Dans les espaces mathématiques (Théorie des Ensembles, structure d'«espace» des ensembles de nombres, jeux mathématiques d'images fractales note 21...) à partir d'une «graine» initiale que l'on est libre de choisir, tout le contenu est ensuite complètement déterminé logiquement. Il en va exactement de même dans un univers physique, pour les mêmes raisons logiques: à partir d'un point de départ (singularité du Big Bang) où ont lieu des choix arbitraires (position des premières particules, paramètres libres des lois physiques...) la suite est complètement déterminée, étape par étape (dans certaines limites: hasard quantique, dépendance sensitive aux conditions initiales note 52). Nous appellerons maintenant processus d'autogénération logique© cette façon qu’à la réalité de se générer étape par étape, selon des lois logiques, pour former une série d’éléments ou de contenu, l’histoire de cet univers.

Ce déterminisme logique est à l'origine de cette sensation que notre univers physique existe de manière logique et déterminée, selon ce que l’on appelle les lois de la physique, auxquelles il obéit avec une très grande exactitude et répétabilité. Il ne fait pas ce qu’il veut. Il n'obéit pas à nos désirs personnels. Nous dirons qu'il est stable et déterminé. Un objet matériel, une fois créé, continue d'exister même si on ne pense pas à lui, même si il n'a pas de relations avec d'autres objets, tant qu'aucune cause interne ou externe ne vient pas le modifier ou le détruire. Les objets matériels ne sont pas comme les objets des rêves: on ne les voit pas apparaître, disparaître ou changer sans cause, ou selon notre humeur. Les objets physiques obéissent à des principes de conservation, de l'énergie, de la vitesse, du nombre baryonique... dont l'origine est le fait que chaque étape du système d'autogénération est logiquement contrainte de reproduire les lois et les quantités de l'étape précédente. Si ils ne le faisaient pas, alors on ne serait pas dans un système d'autogénération, et la réalité physique ne serait pas déterminée.

Cette propriété fondamentale de notre univers physique paraît si évidente que personne ne s'était jamais demandé pourquoi il en est ainsi. Ni n'avais jamais remarqué qu'on n'en avait aucune explication. En voici donc une explication possible.

Ça c’est de la métaphysique.

 

7) Plus généralement, nous assimilerons la notion d'existence physique à celle d'existence mathématique, vue au chapitre III-3: simple conséquence logique d'une suite de relations et d'implications logiques. Nous assimilerons aussi le type d'existence que nous verrons au chapitre III-8 (univers psychiques©) à la même notion d'existence mathématique. Il s'agit tout simplement de la façon dont la réalité existe, d'une manière aussi générale que l'on peut envisager. Nous pensions que les systèmes logiques existaient au sens défini au chapitre III-3, l'existence mathématique, tandis que notre univers aurait été le seul à exister «concrètement». Nous devons maintenant penser à notre univers comme à un système logique parmi d'autres, pas plus «concret» ni plus «existant» que n'importe quel autre.

 

8) Si on se pose la question: «Tel objet existe t-il?», on est obligé de se demander de quoi il est la conséquence logique, et de remonter ainsi aux axiomes et autres absurdités fondatrices qui l'ont généré (relations logiques, Big Bang ou autre). Si on considère ces axiomes comme vrais, alors l'objet qui en est une conséquence logique existe. Mais on ne peut démontrer aucun axiome de manière absolue, et à fortiori aucune absurdité fondatrice. Alors on peut seulement dire qu'un objet n'existe que relativement à des axiomes et des choix fondateurs donnés. Ceci n'est pas seulement qu'une spéculation des mathématiques: même notre perception matérielle, notre «observation scientifique» est entachée de cette erreur, de cette subjectivité: l'observateur étant la conséquence des mêmes causes que l'univers qui le contient, il en vérifie forcément l'existence, mais seulement de lui. Et le fait que l'on puisse observer l'univers dans lequel on vit n'est même pas une preuve de son existence absolue! C'est pour cela que l'on ne peut jamais parler d'existence absolue, mais seulement d'existence relativement à tel ou tel système logique ou Big Bang. A la limite, se demander si un univers «existe concrètement» revient à se demander si une conscience peut le percevoir, à l'aide d'organes des sens appropriés. Cette condition n’est toutefois pas nécessaire pour l’existence mathématique.

 

9) L'idée d'une contradiction fondatrice peut sembler accessoire, utile seulement à corriger quelques inconsistances logiques. Mais en fait son importance est fondamentale: Comme aucun axiome ne peut être basé de manière absolue, aucun système logique ne peut démarrer seul, il a toujours besoin d'une cause initiale qui ne peut être autrement que mystérieuse. La contradiction fondatrice, en démarrant le processus d’autogénération sans cause externe, rend possible une grande liberté d’existence pour différents univers, différentes réalités, et nous verrons au chapitre IV-9 que cela a d’importantes conséquences même en physique.

 

10) L'existence relative est relative à des conditions initiales données (axiomes, Big Bang...) qui ne dépendent pas de l'observateur (sauf dans le cas où il crée un univers). Il est par contre faux et malhonnête de dire que l'existence est relative à des personnes, des modes ou des opinions. C'est hélas un procédé de manipulation mentale souvent employé dans certaines sectes (qui se réclament parfois du Nouvel Age), et que l'on retrouve aussi dans certains «débats» sur la validité de la science.

 

11) On remarque enfin que l'existence et l'implication logique sont fortement reliées. Nous avions vu aux chapitre I-2 et Chapitre I-7 qu'un type ou un autre de logique «émane» d'objets qui ont telles ou telles propriétés. Ainsi, selon les objets d'origine, on aura affaire plutôt à un «univers» Aristotélicien (Théorie des Ensembles, espace des nombres...) ou à une logique plus complexe, comme pour nos lois physiques probabilistes, celles qui s'appliquent à nos particules. Ainsi les différences entre les univers proviennent en partie des lois d’autogénération (lois mathématiques ou lois physiques) et en partie du type de logique propre aux objets qui forment ces univers.

 

12) Nous voici donc avec une description fort générale de la notion d'existence, avec deux principaux modes: celui des espaces mathématiques, et celui des univers physiques. On peut toutefois envisager un troisième mode d'existence: les univers psychiques©, et plus généralement la conscience. Nous découvrirons ce troisième mode d’existence au chapitre III-8, et nous l’étudierons dans la cinquième partie sur la conscience. Comme on le devine aisément, de tels univers ne sont pas formés de «matière», mais directement d’objets de l’expérience de conscience: images, sons, sensations, émotions, pensées, etc. reliés par des lois d’autogénération et des logiques propres à ce type d’objets. Les rêves sont un exemple simple de ce troisième mode, et nous pouvons voir ces lois à l’oeuvre dans la génération de leurs scénarios. Voir le chapitre xxx.

Cette conclusion sera donc reprise plus brièvement au chapitre 43, avec les trois modes.

III-7 Vérification concrète:
si on allait y voir?

Une expérience de pensée... à ne réaliser qu'en pensée!

Ce qui suit doit être considéré comme une expérience de pensée uniquement. J’interdis quiconque de le faire pour du vrai, ou d’en faire la promotion.

 

Si d'autres univers existent, dans lesquels il est possible d'avoir des expériences de conscience, alors cela doit bien pouvoir se vérifier d'une façon ou d'une autre, même si à première vue il n'en existe pas de moyen direct.

La manip est la suivante: Dans notre univers habituel, appelé U, on attache des bâtons de dynamite autour de la tête d’un volontaire, et on les fait exploser, détruisant ainsi très proprement les structures matérielles de son cerveau, afin qu’elles ne génèrent plus d'expériences de conscience inutiles dans cette expérience. Parallèlement à cela, on a préparé un autre univers U' avec le procédé des nibs. Cet univers est goupillé de telle façon que à un instant précis de son propre temps, des éléments de l'univers U' se sont assemblée selon une structure équivalente à la structure du cerveau et du corps du volontaire dans notre univers, juste avant l’explosion. Il suffit de penser à des nibs qui ont les propriétés adéquates, et le tour est joué.

A votre avis, qu’est-ce que la conscience du volontaire va ressentir? Dans l'hypothèse la plus restrictive du réductionnisme matériel, tel que disent les scientistes, la structure du cerveau est la cause nécessaire et suffisante de la conscience du volontaire. Puisque les deux structures sont identiques, et que la seconde apparaît avec le même état qu’avait la première juste avant l’explosion, alors la seconde peut être la cause d'une expérience de conscience qui est la continuation parfaite de celle de la première, avec tout son contenu: désirs, intentions, sentiments, souvenirs... Cette conscience (du volontaire) va donc expérimenter la disparition brutale de U à ses sens et perceptions, pour voir soudain apparaître U' à la place, et y continuer sa vie ensuite, dans ce nouvel environnement qu'elle percevra dorénavant comme «réel», «concret», «objectif», le seul perceptible, où elle agira et mènera sa vie. Et U ne sera plus qu’un souvenir, un rêve, une légende, irréel, imperceptible, intestable... par manque de moyen de rapatrier de l’information de l’univers U!

 

Téléportation instantanée. Ouaaah!

 

Ce raisonnement est tout à fait valable dans le cadre le plus étroit de la science actuelle et de l'hypothèse du réductionnisme matériel.

 

Je pense qu’il est extrêmement important de comprendre que la possibilité de changer d’univers, permet d’envisager de formidables implications en termes de liberté et d'immortalité, dans un univers spécialement aménagé, qui peut être conforme à nos moindres désirs: beauté corporelle, environnement merveilleux, amis, maîtrise complète de notre existence... Cette recherche déborde donc de fort loin la seule métaphysique, pour de fantastiques application pratiques impliquant nos plus chers désirs!

 

Toutefois le procédé décrit, quoique le meilleur en théorie, présente quelques inconvénients pratiques. D'abord il vaudrait mieux être sûr que S' soit effectivement là à nous attendre... ce qui ne peut être prouvé par aucun moyen! Surtout, scientifiquement, il ne permet pas une vérification collective de la théorie. Seul le volontaire pour une aussi folle expérience en verrait le résultat, si il y en a un. Pour les autres, cela n'apporterait nulle information; ce serait un simple suicide, voire un meurtre. C'est seulement une expérience de pensée, le cas d'école le plus simple à comprendre pour un scientifique matérialiste.

Mais ça existe déjà: le Powa tibétain.

Un procédé beaucoup plus doux est couramment utilisés au Tibet depuis des siècles. De savoir que d'autres avaient effectivement trouvé des méthodes efficaces bien des siècles avant que je n'en prédise l'existence a été assurément un grand plaisir pour moi.

Les Tibétains ne provoquent pas la destruction de la structure matérielle du sujet. Ils ont simplement remarqué que cette structure se détruit toute seule au bout d'un certain temps. Cet événement, appelé mort, a de très nombreuses implications philosophiques sur le sens à donner à nos vies. Un des plus grands avantages du système tibétain est que, puisque la mort naturelle finit toujours par survenir, on ne prend pas de risque à essayer un transfert à ce moment-là. Bon, il faut être patient, mais en attendant les Tibétains ont remarqué que la structure matérielle de notre cerveau a d'autres usages très judicieux, comme d’accumuler le mérite moral nécessaire pour obtenir un univers U’ vraiment chouette, ce qu’on appelle un paradis.

Malgré la grande sobriété en hypothèses de la philosophie bouddhiste, l'explication technique du procédé tibétain repose sur l'existence d'un principe conscient, qui peut exister et avoir des expériences de conscience avec un support matériel ou sans ce support. Le transfert est d'ailleurs plus simple dans ce cas, puisqu'il n'est pas nécessaire que le corps d’arrivée soit rigoureusement identique au corps Terrien, et qu'il suffit de projeter le principe conscient pour obtenir le transfert. Les raisons qui nous ont poussé à admettre nous aussi ce principe conscient seront expliquées un peu plus loin, dans le chapitre III-8 et la cinquième partie sur la conscience.

Pourquoi avoir évoqué ici ce Powa propre à un système philosophique bien précis, dans une réflexion qui tente de reposer uniquement sur les bases les plus générales et profondes possibles? C'est que, si nous voulons obtenir une vérification ou une réfutation des thèses exposées ici, le plus simple est tout de même de s'adresser à ceux qui sont capables de nous donner une démonstration effective.

Ce que la science peut dire

Comme on ne peut pas recevoir d’information depuis des univers U’ ou U’’, la seule façon de vérifier leur existence est par des gens qui reviendraient de tels univers U’ or U’’.

Toutefois, une telle personne ne peut pas créer dans notre univers une structure de cerveau contenant tous ses souvenirs, même en utilisant une «machine spéciale». En effet, pour cela il faudrait transférer des informations depuis U’ vers notre univers.

La seule façon que cela arrive est donc que les personnes aient un principe conscient, capable de rassembler de l’information et de la transporter d’un univers à l’autre, comme une navette. Il est important de noter ici que cette information peut être des souvenirs conscients (images, sons, etc.) mais elle pourrait aussi être limitée à seulement des traits de personnalité.

Ainsi, un test concret (Nous savons maintenant que «concret» ne signifie que «dans notre univers U habituel », et absolument rien d’autre) consisterait donc à confronter les récits de témoins indépendants qui affirmeraient avoir visité ces paradis ou univers autres. (Il faudrait qu'ils se débrouillent pour effectivement s'y rencontrer, ou au moins visiter le même lieu).

 

Bien entendu, le bon vieux scientifique de Grand Papa répondra que tout ça est impossible et farfelu. Mais le scientifique moderne notera qu’il existe plusieurs catégories de phénomènes «inexpliqués» qui pourraient être des manifestations de telles communications entre univers, avec des résultats parfois convaincants: Réincarnations, OBE, NDE, RR3.

 

Ainsi, il semble que nous ayons des indications sérieuses que des communications inter-univers puissent arriver, même si ce n’est pas de la façon que nous attendions. On pensait à quelqu’un qui ramènerait des souvenirs d’une vie antérieure dans un autre univers, et on se retrouve avec des souvenirs «d’autres lieux» ramassés dans des épisodes particuliers où les lois ordinaires semblent ne plus s’appliquer (comme de ramener des souvenirs d’un moment où le cerveau avait une activité nulle). Ceci est une forte indication pour un principe conscient, capable d’exister et d’avoir des expériences de conscience indépendamment du cerveau. Nous allons voir sa nature possible, au prochain chapitre III-8.

 

Vérifier une telle théorie permettrait de parler des paradis comme d’un fait réel, nous obligeant à en tenir compte, et non comme d’articles de foi ou de quelque fol espoir d’échapper à une absurde destruction. Cela serait de toute évidence extrêmement utile, et nous permettrait d’organiser nos vies en conséquence: faire le nécessaire pour obtenir un tel paradis, au lieu de perdre notre temps à gesticuler pour des objets matériels, que la mort nous forcera à abandonner de toutes façons, que ma théorie soit vraie ou pas.

III-8 Généralisation:
Univers physiques
Univers psychiques
Principe conscient

Nous avons vu aux chapitres précédents qu'une vérification de nos théories sur la vie dans d'autres univers passait par des expériences où semble intervenir un principe conscient immatériel. Comme l'ont fait remarquer pertinemment les scientistes et les scientifiques, c'est bien un élément supplémentaire dont il nous faut maintenant trouver une explication différente. Voyons voyons, si on peut faire cela sans avoir besoin d’ajouter d’autres trucs ad hoc à notre théorie.

Univers physiques

Nous avons vu aux chapitres précédents qu'un univers matériel apparaît «réel» aux yeux de ses éventuels habitants, bien qu’il ne soit qu’un simple jeu de relations logiques à partir d’un nœud logique initial «absurde». Un tel processus d’autogénération logique© peut alors développer toute la complexité que peut contenir un univers comme le nôtre, y compris une évolution biologique, menant à des êtres pourvus d’un cerveau, capables d’expérimenter la conscience, les émotions, le bonheur.

Et sur cet ensemble de relations logiques, notre conscience projette nos sensations familières d’espace et de temps, et surtout cette étourdissante sensation de «réalité concrète», «d’existence», l’enchantement du monde visible, qui nous accable dès que notre conscience est connectée à nos organes des sens, le matin au réveil, et quitte son état normal, le rêve.

Par contre nous ne recevons aucune information, donc aucune sensation, des autres ensembles (autres univers). Ils nous semblent alors «abstraits», «des rêves», «inexistants». Ceci est parce que notre cerveau est formé d’éléments contenus dans cet univers, aussi il en reçoit des informations (sensations), de celui-ci mais pas des autres.

 

D’autres types d’univers physiques pourraient exister, similaires au nôtre, ou générés par des relations logiques, par exemple dans certains ensembles mathématiques, des jeux, etc. L’important à retenir ici est que tous ces univers ont le même statut existentiel, quelle que soit leur nature ou leur contenu.

Univers non-physiques

Les univers que nous avons considérés jusqu’à présent suggéraient un contenu analogue à notre matière et à notre physique. Toutefois il n’y a aucune sorte d’obligation à ce que les éléments du processus d’autogénération logique imitent la matière: ils peuvent être de toute autre nature, telle que des nombres, des objets «abstraits», des situations dans l’intrigue d’un livre, n’importe quoi.

 

Ainsi, rien n’empêche de concevoir des univers où les successions de cause et d'effets et les relations logiques de base porteraient sur des éléments de l'expérience consciente eux-mêmes: sentiments, connaissances, désirs, images, symboles, etc. au lieu d'«électrons», de «champs», de «photons»... Ces éléments de conscience existent tout autant que d’autres éléments «abstraits» reconnus par la science classique, tels que les nombres ou les structures mathématiques. Rien n’interdit donc que des univers s'autogénèrent tout comme les précédents, mais à partir d’éléments de l’expérience de conscience, pour s'organiser en un ensemble cohérent, donner naissance à la complexité, à une histoire... Et de toutes manières ils n’ont pas besoin d’exister «physiquement» pour qu’une conscience vivant dans un tel univers les perçoive comme la «réalité concrète». Appelons ceci des univers psychiques©, pour les différencier des univers physiques comme le nôtre. Mais cette différentiation est pour notre seule commodité, ces univers psychiques sont tout autant des systèmes d’autogénération logiques. Et ils ont le même statut existentiel que les autres.

 

On notera que cette expression de «univers psychique» réfère clairement à quelque chose d'immatériel, tel que le rêve ou le royaume des anges, et non pas aux phénomènes du cerveau. Afin de clairement distinguer ces derniers, j'utilise «psychique» pour ce qui est immatériel, et «psychologique» pour ce qui est matériel, créé par le cerveau. On notera qu’il n’y a pas de consensus sur l’usage de ces termes: de nombreuses personnes utilisent «psychique» pour les expériences de conscience ordinaires reliées au cerveau, ce que j'appelle psychologique. Dans ce livre j'utilise toujours «psychique» pour le domaine immatériel, et toujours «psychologique» pour les expériences en relation avec le cerveau.

 

Bien entendu, il se pose avec ces univers psychiques le même problème qu'avec les univers physiques: un positiviste conclurait immédiatement à leur non-existence, puisqu'«on ne peut les observer». Mais un observateur interne à un de ces univers éprouverait la même sensation de «réalité concrète» que nous qualifions naïvement d'existence. De son point de vue à lui, il existe, et c'est nous qui lui paraissons «abstraits»! Le fait qu'un univers psychique ne contienne pas de matière (atomes, particules...) ne change rien, puisque de toute façon la matière que nous percevons «objectivement» chez nous n'est qu'une apparence, propre à notre univers, qui n'engage en rien les autres univers. Si dans un univers psychique se trouvent des «objets» qui existent, ils ne sont que des images sans composantes matérielles, non formées d'atomes ou de particules, mais tout aussi «réelles» pour ses occupants que l'est notre matière à nous. Les gens qui ont visité de tels univers parlent même de «plus réels» que le monde physique! Parce que, bien sûr, on peut concevoir de tels univers qui imitent les sens que nous avons hérités de notre vie dans la matière: vue, son, toucher, goût, odorat… en bien mieux! De plus, un univers formé, en quelque sorte, de pure pensée, serait modifiable de par notre seul désir ou volonté: la magie y serait une pratique courante!

 

La relation d’un tel univers avec la conscience qui y vit est forcément différente. En effet, dans un univers physique, les éléments de la «réalité» existent en dehors de la conscience, et ne sont accessible à elle que indirectement, par les organes des sens, ou par les muscles. Mais dans un univers psychique, les éléments de cet univers (émotions, images, désirs, «objets», situations...) existent dans la conscience. Tout le contraire! Si de tels univers psychiques sont possibles, ils sont, au contraire des univers physiques, subjectifs et malléables, par rapport à la conscience individuelle qui l'expérimente. (Comme un rêve nocturne ou une rêverie diurne, où les objets obéissent plus ou moins à notre désir, alors qu'un univers physique nous paraît «objectif» et rigide: ce que nous pensons de lui ne le modifie pas).

De plus, la conscience n'y a pas besoin d'organes des sens ni de muscles pour y percevoir et agir directement. Mais ce qu'elle percevra lui semblera tout aussi réel, concret et détaillé que l'expérience dans un univers physique!

Si cette conscience connaît et maîtrise la situation, alors les apparences qu'elle percevra obéiront directement à sa volonté: les «objets» pourront léviter, apparaître, disparaître, se modifier, comme dans les contes de fée, et cela sans besoin de membres ni de muscles. Cette conscience pourra aussi percevoir directement son univers, sans besoin d'organes des sens. Elle pourra par exemple changer de place instantanément, simplement en changeant l’objet de son attention, réalisant ainsi une téléportation. Si cette conscience ne maîtrise pas la situation (c'est à dire si elle n'est pas capable de maîtriser l'enchaînement de ses pensées ni l'émergence de ses émotions, ou si elle croit que tout ce qu'elle voit est absolument réel) alors elle n'aura aucun contrôle sur les situations qu'elle percevra, qui pourront devenir absurdes, terrifiantes, douloureuses. Ceci est une expérience courante dans nos rêves, où un objet effrayant nous poursuit, alors qu’un objet désiré nous fuit. Si le contact avec cet univers psychique n'est pas franc, l'expérience semblera évanescente, élusive.

Un univers psychique est aussi soumis à la loi de cause à effet, en tant que processus d’autogénération. Donc on y aura aussi une sensation subjective d'écoulement de temps. Mais un univers psychique ne semble pas capable d'héberger un système comparable à une horloge physique (chapitre IV-3), aussi il ne semble pas possible d'y mesurer précisément de durée. Le temps y sera donc flou (au sens logique de ce mot, chapitre I-3) L'espace pourra être similairement flou (pas de plan précis des lieux, voyages instantanés sans trajet intermédiaire).

Le principe conscient

Nous avons remarqué qu'un univers psychique ne peut exister que dans une conscience. Or, une conscience a forcément un contenu: par définition, ce dont elle est consciente. Ainsi, on pourrait faire l'équation: univers psychique égale conscience individuelle! La conscience individuelle la plus banale, la nôtre, celle de notre patron ou de notre concierge, sont des univers psychiques à elles toutes seules! Simplement le contenu de nos consciences individuelles est presque exclusivement consacré aux informations rapportées par nos organes des sens, ce qui fait que nous ne percevons que la «réalité» extérieure, sans possibilité d'y échapper autre que la rêverie (sauf lors d'expériences particulières, telles que isolation sensorielle, sortie du corps, NDE, etc.). Et bien sûr les différentes consciences individuelles ne communiquent pas entre elles, puisqu’elles sont des «univers» différents, sans «organes des sens» dans la conscience des autres (Sauf là aussi des expériences particulières, communément appelées télépathie).

Bien entendu, on entend habituellement par «univers» quelque chose de très vaste, un espace avec des galaxies, des planètes, des paysages... mais dans le cas d'un «univers psychique-conscience individuelle» il faut comprendre quelque chose de beaucoup plus modeste, puisque cela ne contient que les éléments dont nous sommes conscients. Et ces éléments ne forment pas de paysage dans un espace-temps à quatre dimensions! Donc, pas de spéculations ahurissantes, je n’ai employé ici le terme «univers» que pour signaler un fonctionnement commun entre la conscience et le monde physique, qui sont pourtant deux choses très différentes. Afin de ne pas donner prise à des ambiguïtés ou des extrapolations incontrôlées, disons plutôt que la conscience est un processus d’autogénération logique, tout comme l’univers physique, mais qui fonctionne avec des éléments de l’expérience de conscience, au lieu d’éléments de la physique. Et elle a toutes les propriétés des processus d’autogénération logique.

 

Ainsi, et sans trop anticiper sur la cinquième partie sur la conscience, nous voilà avec une explication possible de la nature du principe conscient immatériel promise au chapitre III-7 précédent, et ceci sans le secours d'aucune hypothèse supplémentaire, ni d'aucun ingrédient mystérieux!

Un tel principe conscient aurait toutes les propriétés habituellement dévolues à l’âme des religions, en particulier de ne jamais s’arrêter, c’est à dire de continuer à exister (à avoir des expériences de conscience, en clair à vivre) même après la destruction (la mort) du corps physique qui l’héberge. Il pourrait aussi se réincarner, et, dans la mesure où il peut agir sur le cerveau qui le porte, il peut donc transmettre des souvenirs de vies antérieures, que ce soit dans le même univers, ou dans d’autres univers. On peut donc scientifiquement envisager l’existence de tels phénomènes, et si on les observe, on sera obligé de les accepter comme réels.

 

On pourra même l’utiliser pour tester l’existence d’autres univers, puisque cela semble le seul moyen.

Univers psychiques proprement dits

On peut aller encore un peu plus loin: des consciences ayant atteint à une maîtrise totale du processus pourraient être capables de projeter de tels univers avec tant d'efficacité que d'autres consciences pourraient en partager la vision, et y jouir des mêmes situations. Dans ce cas on peut effectivement parler d’univers psychiques au sens strict, qui prendraient même une forme d'objectivité (des témoins différents décrivent les même événements) voire de rigidité (il obéit peu à la volonté individuelle) et de persistance (le départ de certaines consciences n'arrête pas l'expérience des autres). C'est exactement ce que nous avons vu avec les paradis où le Powa nous donne accès, qui, selon les textes, sont créés et entretenus par des êtres de grande maîtrise spirituelle. Ce peut être aussi le cas de l'ensemble des paradis religieux, chrétiens et musulmans par exemple, dont on dit qu'ils sont entretenus par Dieu.

Interactions entre physique et psychique: la psychophysique

Encore plus fort: nous avons considéré les univers physiques d'un côté, et les univers psychiques de l'autre, tout en remarquant que, malgré leurs propriétés parfois opposées, ils obéissent fondamentalement aux mêmes lois. Mais cette distinction est-elle nécessaire? Pourrait-il exister des univers qui mélangeraient des éléments physiques (espace, matière, particules, champs, ou tout autre équivalent) ET des éléments psychiques (désirs, images, formes, sensations...) des univers psychophysiques©, dont les habitants expérimenteraient un monde physique analogue au nôtre, mais où toutes sortes de magies seraient possibles, comme dans les contes fantastiques les plus débridés?

Magie?

N'observerait-on pas justement dans notre univers physique des occasions particulières, où l'esprit semble manipuler la matière, et même l'espace et le temps (miracles religieux, phénomènes parapsychologiques, ovnis)? Peut-être que le simple fait que nous soyons conscients de notre univers physique suffit-il à le transformer en un univers psychique, avec toutes ses propriétés? Quel fantastique futur attend notre monde, une fois que nous aurons compris et maîtrisé le fonctionnement de nos consciences? Nos prouesses technologiques dont nous sommes si fiers aujourd’hui, paraîtront alors bien vaines…

 

Pour ne pas surchauffer vos neurones, je vous suggère d'en rester là dans cette partie; à partir de la cinquième partie sur la conscience et la relation entre l’esprit et la matière, nous tenterons de traquer tous les éléments qui nous permettront de savoir comment la conscience et la matière sont reliés, dans quelle catégorie se trouve notre univers, et ce qu'il est vraiment possible d'en faire. Ça va barder!

III-9 Vérifier

Le chapitre précédent est intéressant, car il pointe vers plusieurs conséquences testables de ces considérations métaphysiques autrement «très abstraites». Mieux, ces conséquences ne sont pas lointaines ou très difficiles à trouver: elles sont des phénomènes connus, qui se passent dans la vie quotidienne. Certains de ces phénomènes sont soutenus par de fortes preuves scientifiques, et de toutes façons quantité de gens les observent (ce qui m’est arrivé aussi). Aussi, étudier ces phénomènes devient le moyen scientifique de comprendre la réalité, au-delà des limitations de la physique, dans le règne de la conscience et des «univers paradis», avec quantité d’applications merveilleuses. Mais nous verrons dans la quatrième partie sur la physique que cette métaphysique est également une bonne explication de notre physique, en particulier elle explique de manière simple toutes les «bizarreries» de la mécanique quantique.

 

La toute première conséquence de la possibilité d’un principe conscient, est de fournir un cadre théorique pour l’étude de plusieurs phénomènes considérés comme hérétiques par la science classique, tels que la parapsychologie ou les ovnis. Des gens comme le PEAR Laboratory de l’université de Standford, regrettaient déjà l’absence d’un tel cadre, et la plupart des scientifiques classiques arguent que l’absence d’un tel cadre interdit l’étude «rationnelle» de ces phénomènes. Nous avons maintenant un tel cadre pour engager cette étude. Et cela a déjà une conséquence: l’adjectif «antiscientifique» va maintenant à ceux qui refuseraient toujours une telle étude.

 

Mais, en ce qui concerne la discussion en cours, la possibilité d’un principe conscient immatériel nous fournit un test sur les autres univers et sur l’ensemble de la théorie, car seul un principe conscient serait capable d’aller dans un autre univers et d’en revenir, avec ses propres souvenirs. Sans principe conscient, il paraît totalement impossible de transférer l’information nécessaire pour reconstruire un cerveau avec les souvenirs corrects (Cela vaut dans le voyage inter-univers, mais aussi dans le cas de la réincarnation). Nous verrons ces tests dans la cinquième partie sur la conscience, et la septième partie sur les phénomènes inexpliqués. Ce cadre métaphysique permet aussi de fournir des explications logiques et plausibles à ces phénomènes considérés comme «irrationnels».

 

Pour l’heure, nous avons vu que plusieurs sortes de processus d’autogénération logique semblent pouvoir exister, chacun avec sa propre façon d’interagir: les théories mathématiques, le monde physique, les programmes d'ordinateur, les simulation par ordinateur, le rêve nocturne, l’état de veille, la paralysie du sommeil, les OBE, les NDE, les instants de superconscience, les RR3, le Bardo.

Preuves?

Ainsi, la théorie métaphysique complète expliquée dans cette troisième partie permet des choses telles que des univers psychiques et un principe conscient, qui sont des processus d’auto-génération logiques sur les éléments de l’expérience de conscience. Des interactions de ces processus avec le processus d’auto-génération logique du monde physique peuvent être une bonne explication à des expériences du type NDE ou RR3. Mais aussi, cette théorie permet l’existence d’univers psychiques, que l’on pourrait rejoindre après notre mort.

Les différents phénomènes de ce chapitre ont probablement chacun leurs propres causes et modalités d’apparition. Toutefois ils impliquent tous plus ou moins des interactions phychophysiques, que l’on peut classer en cinq catégories:

1) Une ESP (perception extrasensorielle) est le passage d’information de notre univers physique vers une conscience psychique.

2) La télépathie est l’échange d’information entre deux consciences psychiques.

3) La psychokinésie (ou télékinésie) est le passage d’information de la conscience psychique vers le monde physique (ou, ce qui revient au même, quand ce dernier est modifié).

4) La téléportation serait l’échange d’information (ou d’objets) entre deux univers physiques (ou entre deux lieux éloignés de notre univers).

Il ne s’agit donc pas d’un phénomène psychique, mais il pourrait être provoqué par des causes psychiques. On ne connaît pas de tels exemples, sauf certaines histoires de «contactés» peu crédibles. La physique actuelle ne connaît que peu la téléportation.

5) La Transsubstantiation serait le transport d’un objet (le plus souvent d’un corps) du monde physique vers le monde psychique (ou vice versa) avec un changement de nature correspondant. Ce phénomène semble plus ou moins en jeu dans les RR3, et il est mentionné chez les grands méditants de tous les courants spirituels. Nous reverrons cela à propos des RR3 au chapitre 68.

Il est à noter que, pour que l’on puisse observer les deux premières interactions dans notre univers physique, la troisième doit aussi avoir lieu (la conscience psychique de l’expérienceur doit modifier le cerveau, pour qu’un souvenir y soit inscrit). C’est heureux, car cela nous permet d’utiliser les méthodes classiques, physiques, «objectives», pour observer et prouver ces phénomènes.

 

Ces phénomènes peuvent être considérés comme des preuves de ma théorie, si on parvient à démontrer qu’ils ne sont pas des rêves ou hallucinations du cerveau physique. Les NDE ont fait l’objet d’études scientifiques détaillées, dont le point final, la Dutch Study, lui ont assuré définitivement son statut de fait scientifique 100% valable et reconnu, tout en étant matériellement inexplicable. Une expérience sur les OBE, due à Charles Tart, parmi bien d’autres, a montré l’existence d’une perception extrasensorielle dans cet état. La perception extrasensorielle, la télépathie et la psychokinésie ont été confirmées par d’abondants travaux. En particulier les recherches du Pear laboratory de l’université de Princeton ont mis un point final à la démonstration de l’existence de la psychokinésie. Il est donc aujourd’hui anti-scientifique de nier la réalité des trois premiers types d’interaction. Que des expériences de conscience, quelles qu’elles soient, puissent avoir lieu quand le cerveau est arrêté, ou provoquer d’autres phénomènes physiquement impossibles, est suffisant pour nous obliger d’admettre que la conscience peut fonctionner en dehors du cerveau, selon ma théorie ou selon une autre. Exit donc le matérialisme.

 

Nous étudierons plus en détail ces phénomènes psychophysiques dans la septième partie.

III-10 Conclusion

Ainsi, non seulement les arguments épistémologiques que nous avons évoqués conduisent à considérer ces expériences intérieures comme des faits empiriques et non pas comme des divagations ou de l'«irrationnel», mais en plus nous voilà, avec les notions d'univers psychiques et de principe conscient, avec une interprétation théorique simple et rationnelle de tous les faits maudits par le scientisme: réincarnation, sortie de corps, NDE, et même les incroyables histoires d'ovnis, de pouvoirs spirituels sur la matière, où l'esprit semble se montrer capable de modifier la «réalité matérielle» elle-même, comme le prévoit l'hypothèse des univers psychophysiques. Donc absolument rien ne s'oppose à une étude scientifique de tous ces phénomènes, sans préjugés ni tentatives pour les ramener à la matière.

 

De très nombreux faits empiriques ne semblent s'expliquer que si on admet que la conscience puisse s'évader hors de la matière. Que la conscience puisse quitter son support matériel ne peut s'expliquer par l'hypothèse réductionniste des scientistes, et nécessite la grande hypothèse d'un principe conscient immatériel. Nous avons vu au chapitre III-8 précédent comment un tel principe conscient peut être constitué, et comment on est de toute façon amené à envisager son existence dans le cadre même de notre théorie métaphysique sur l'existence de l'univers. On ne peut pas affirmer naïvement que la masse de données qui nous vient de l'Inde, du Tibet, de l'occultisme Occidental ou du Nouvel Age est «vraie», faute de vérification suffisante. Mais j’affirme par contre que si on en trouve une seule vraie, alors on est obligé d'admettre l'existence d'un principe conscient immatériel, ainsi que la possibilité pour ce principe de se réincarner, voire, par un procédé analogue, de changer de planète, et même d'univers. Cela nous ouvre tout simplement la possibilité d’aller dans un paradis. Une découverte assurément formidablement plus utile que toutes nos merveilles technologiques…

Le fait que le principe conscient puisse survivre à la mort, se réincarner ou accéder à des paradis mène à des conséquences incalculables sur nos vies, en termes de bonheur et d'évolution. C'est donc une censure criminelle que de refuser d'étudier (voire de cacher ou discréditer) un domaine aussi passionnant! En particulier l'organisation de nos vies sera forcément différente, et l'ignorer peut avoir des conséquences catastrophiques, comme de nous retrouver dans un enfer, alors que l'on croyait avoir bien géré notre vie matérielle.

III-11 Chacun a t-il sa vérité?

L’existence d’un univers physique ou psychique semble indépendante d’un point de vue personnel. Toutefois, on ne peut prouver l’existence d’un univers donné, et l’explorer, que si un principe conscient peut s’y incarner et en revenir.

 

Quant à notre monde quotidien, on a certes différentes façons de le percevoir, selon notre personnalité. Toutefois rien ne nous interdit, nous personnellement, de considérer le monde de la façon dont les autres le voient. Aussi, quand on en vient à entendre qu’on a «chacun sa vérité», on entre délibérément dans la manipulation mentale, ou au moins une sacrée réduction des possibilités que ce monde nous offre.

 

Par contre il est possible de parler de vérité personnelle quand on s'avise de bâtir des univers privés, et nous verrons tout de même quelques véritables limites à la notion de réalité aux chapitre 49 et surtout chapitre 50.

 

 

 

 

 

 

Epistémologie Particulière        Chapitre 3       

 

 

 

 

 

 

Idées, textes, dessins et réalisation: Richard Trigaux.

 

 

 

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