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Lokouten        Chapitre 9       

 

Chapitre 9
Jour J moins trois

 

 

Sur le campus de Palomas, régnait une inquiétude fébrile mais impuissante. La sphère noire n'était plus qu'à trois jours de la Terre, et personne dans l'équipe de Rolf n'avait encore la moindre idée de ce dont il s'agissait. Seul Sangyé Tcheugyal gardait son humeur sereine, ainsi que son épouse Yonten Dreulma.

Tcheugyal avait fini par l'informer de ce dont il retournait, et elle surprit toute l'équipe en leur parlant soudain en un bon allemand. Pendant une demi-journée, elle parut comme un ange descendu sur Terre, parlant familièrement avec les ingénieurs, consolant ici un deuil, guérissant là quelque trouble psychologique ou angoisse. Puis elle reprit sa distance, n'apparaissant plus que de temps à autres. Elle ne prenait même pas ses repas avec le groupe, Tcheugyal les lui portait lui-même. Tous regrettèrent la brièveté de cet épisode de vie divine, mais ils savaient aussi qu'il ne pouvait pas se prolonger sans mettre en danger la délicate concentration de Yonten Dreulma.

Elle avait tout de même pris une heure ou deux pour apparaître à Steve et lui parler dans cet anglais un peu déformé qu'elle avait appris au Tibet et en Inde. Même sans savoir, elle sentit que Steve souffrait d'une perte, et elle sut l'écouter et trouver les mots justes pour guérir son chagrin. De fait, il se sentit ensuite beaucoup plus optimiste, plus actif, en tout cas sans plus ces bouffées de dépression qui le prenaient depuis de Liu avait commencé d'être malade.

Entre temps, Rolf et ses ingénieurs avaient tenté de contacter les différents groupes de personnes capables de reproduire des phénomènes psychophysiques. Ce qui avait commencé par une simple consultation de listes de liens sur Internet se révéla vite une enquête fastidieuse: toutes les pistes se perdaient, les personnes qu'ils trouvaient ne répondaient pas aux courriels, ou n'acceptaient que des rencontres physiques, loin de la Californie, en Europe ou en Asie. Organiser de tels voyages prendrait encore plusieurs jours. Ces gens semblaient mettre des obstacles volontairement, et même la prestigieuse entête de Shédroup Ling ne semblait pas les motiver davantage. Pourtant il s'agissait souvent d'anciens élèves... De toutes façons personne ne tenait à parler de psychophysique sur Internet, même dans des messages codés, car le risque d'interception était trop grand. Aussi, à trois jours de l'échéance, personne d'autre que l'équipe de Rolf Gensher ne semblait avoir comprit qu'un événement grave était imminent. Même l'équipe d'Enken sur Dumria ne pouvait aider, car ils n'étaient en fait pas plus avancés que l'équipe de Californie.

Même l'unité de psychophysique de Shédroup Ling à Lhassa se montra peu empressée à collaborer. Rolf se rendit compte à cette occasion que les travaux de ce laboratoire semblaient stagner depuis plus de dix ans. Après de brillantes avancées sur les lois statistiques qui régissaient les scénarios des phénomènes, les différents professeurs s'étaient ensuite contentés d'enseigner leurs résultats à un petit nombre d'élèves de divers pays, ainsi qu'à un nombre plus conséquent de Lamas et de yogis de diverses religions. Les seuls progrès publiés étaient un approfondissement de la connaissance du fonctionnement du «moteur onirique»© qui animait les expériences, et faisait s'enchaîner les scènes du rêve. Mais rien sur ce qui causait l'apparition des textures psychiques elles-mêmes. Pourtant différentes hypothèses avaient été débattues des années plus tôt, dans des colloques auxquels Rolf lui-même avait participé. Des expériences avaient certainement été tentées, mais plus rien de vraiment nouveau n'était sorti depuis lors du laboratoire de psychophysique de Shédroup Ling. Plusieurs membres éminents en avaient même démissionné, pour se consacrer à des retraites religieuses ou à d'autres activités apparemment sans aucun rapport avec la psychophysique. C'était comme si un tabou s'était installé sur ces phénomène, qui n'était pas sans rappeler les censures rétrogrades du 20eme siècle.

Rolf se mit en colère quand il découvrit que des professeurs et des chercheurs de sa propre université faisaient en sorte de ne pas lui communiquer leurs découvertes. Puis il se rendit compte que leur attitude ne différait pas, en fait, de celle des autres laboratoires dans le monde: tous ceux qui s'étaient plongés dans ce domaine devenaient rapidement silencieux. Ils consacraient du temps à la recherche, produisant des résultats statistiques ou neurologiques sur les conditions favorisant le phénomène, mais aucune découverte majeure. Puis, au bout de quelques années, ils semblaient se désintéresser du sujet, quittant l'université pour s'adonner à des activités spirituelles, médicales, artistiques, voire politiques. Activités où, par contre, ils réussissaient remarquablement bien, même si ils n'avaient pas reçu de formation ni de moyens financiers. Une bonne proportion disparaissait même sans laisser de traces!

Et lui, Rolf Gensher, absorbé qu'il était par son double rôle de directeur, eh bien il ne s'était rendu compte de rien, il était resté sur la touche, il n'était pas au courant de ce qui se passait dans ce domaine qui pourtant le passionnait.

Puis Rolf réalisa que Tcheugyal était souvent intervenu dans l'unité de psychophysique de Lhassa, et qu'il l'avait fait encore récemment. Il savait certainement des choses que lui ignorait. Alors il décida de convoquer une nouvelle réunion, ou cette fois il demanderait à Tcheugyal de s'expliquer. Après tout, le maître tantrique, qui avait réalisé plus d'une dizaine de FAE connues, avait certainement des choses à dire.

 

 

Ce jour-là à Palomas, la pluie avait lavé le ciel, et le bleu immaculé contrastait merveilleusement avec l'ocre lumineux du désert. Des fleurs de cactus aux couleurs riantes constellaient les creux, et les roches rougeâtres semblaient si proches qu'on aurait pu les toucher de la main. Pourtant Steve et Ulrike Meinster se rendirent vite compte que ce petit massif rocailleux était en fait à des kilomètres, et la fatigue commençait à se faire sentir dans leurs jambes quand ils atteignirent l'étrange rocher sculpté par le vent. A leur surprise, des gens campaient là, dans un petit creux que l'on découvrait seulement au dernier moment. Une tribu d'Indiens était installée dans une demi-douzaine de caravanes et de maisons mobiles, pour on ne sait quelle raison, dans ce coin perdu de désert, sans même un point d'eau.

En 2102 on ne risquait certes plus de recevoir des flèches en approchant d'un campement Indien, mais les Natifs d'Amérique avaient d'autres moyens plus subtils de faire ressentir au visiteur inattendu l'inopportunité de sa présence. Et il se trouvait que Steve et Ulrike débouchaient à quelques mètres seulement du camp. Steve avait appris le salut traditionnel de Gus Anvil, le chef de la cafétéria de Shédroup Ling, excursionniste passionné qui connaissait tous les recoins du désert comme sa poche. Gus, vêtu en cow-boy comme à son habitude, avait enseigné le salut à Steve et Ulrike, «au cas où», mais il s'était bien gardé de leur dire que le «cas où» se présenterait le jour même...

Steve et Ulrike bafouillèrent maladroitement le salut au vieil Indien qui semblait garder l'entrée du camp. Il ne répondit pas; d'ailleurs il semblait seul dans le camp à ce moment, juste quelques bruits de ménage et une douce mélopée indiquaient la présence d'autres personnes dans les caravanes. Le vieillard toisa Steve et Ulrike, d'un regard qui semblait légèrement condescendant; puis, toujours sans rien dire, il tourna la tête vers le rocher. Steve et Ulrike s'aperçurent à ce moment que plusieurs Indiens et Indiennes étaient assis à son pied, dans une attitude de prière.

Ils firent encore quelques pas dans cette direction, mais ils ne pouvaient pas approcher plus sans perturber l'attention. Ils se tinrent ainsi, debout, tentant de comprendre le sens de cette cérémonie. Certainement les Indiens devaient cultiver une sorte de communion avec la vie de la nature, en ce lieu particulièrement propice. Le rocher rougeâtre, aux formes compliquées, évoquait, selon la façon dont on le regardait, un visage humain austère, ou plusieurs formes animales d'expressions variées. Steve et Ulrike ressentirent alors pleinement la vibration âpre et chaude du désert minéral, et l'espace de quelques minutes ils ne firent qu'un avec la tribu. Quelques enfants sortirent d'une des maisons mobiles, mais leurs rires ne perturbaient pas du tout cette communion.

Au bout d'un quart d'heure, Steve et Ulrike s'en retournèrent, croisant le visage impénétrable du vieux et les regard étonnés des enfants. Mais cette fois ils se sentaient parfaitement à leur place.

 

 

Une demi-heure avant la réunion de Palomas arriva à l'improviste une petite voiture de location, avec trois personnes, un couple français et un jeune homme qui était leur fils. Si le couple était d'aspect assez ordinaire, le jeune homme, Jérôme Heraert, se distinguait tout de suite par sa barbe et ses cheveux à la Jésus, et aussi par son exubérance et sa spontanéité. Ils demandèrent à voir Rolf, qui les connaissait: c'étaient d'anciens amis de Hervé Elzécher. Ils faisaient partie d'un de ces groupes de recherche en psychophysique que Rolf avait vainement tenté de contacter. Aux courriels de Rolf, ils avaient répondu qu'ils n'avaient plus d'activité dans ce domaine, sauf de se consacrer à un groupe de prière pour des malades, tandis que Jérôme faisait des études en médecine. Rolf ne put s'empêcher de manifester un peu d'agacement, mais il comprit qu'il n'avait pas d'autre choix que de les accepter tels quels à sa réunion.

Un message enfantin arriva de Lhassa, indiquant que, dans le jardin de Florencia, la petite fille d'une amie de Rolf, le potiron avait encore grossi. Rolf savait ce que cela signifiait: la sphère noire s'était encore rapprochée.

 

«Vu le problème auquel nous sommes confrontés aujourd'hui, il était urgent de rassembler toutes nos connaissances en psychophysique» déclara Rolf en préambule à sa réunion, dans un petit gymnase vert céladon qui ouvrait sur un patio avec des fleurs, des chants d'oiseaux et une fontaine. Ils se réunissaient dans le dojo de karaté, assis sur des coussins ou à même le tatami, car au moins ils étaient sûrs qu'il n'y avait là aucun ordinateur ni aucun micro susceptible de se connecter au réseau en cours de discussion. Cette nouvelle réunion accueillait la même équipe que nous avons déjà vue ensemble, plus les Heraert et deux enseignants de l'unité de psychophysique de Lhassa, qui n'avaient accepté de venir que sur ordre exprès de Rolf.

«Or il semble qu'il est très difficile de faire le point sur ce sujet. Aucun de nos invités n'est venu, mis à par vous, Monsieur et Madame Heraert, qui êtes arrivés à la hâte. Même mes propres chercheurs de l'unité de psychophysique de Lhassa sont absents de cette réunion, à l'exception du très vénérable Lama Sangyé Tcheugyal (Ce dernier fit une moue de surprise, en entendant ces flatteries) et de deux enseignants subalternes. Tcheugyal, vous avez vous-mêmes encore récemment assisté à des sessions à l'unité de psychophysique, dont pourtant aucun résultat réellement nouveau n'est sorti depuis près de huit ans, malgré les moyens financiers privilégiés dont je l'ai dotée. Pourtant diverses rumeurs font état de découvertes importantes dans ce domaine, mais qu'aucune publication ne confirme jamais. Tcheugyal, pouvez-vous faire ici le point, de savoir où nous en sommes réellement?»

 

Il y eut un silence. Puis la réponse de Sangyé Tcheugyal vint, laconique:

«Je suis désolé, mais je ne peux pas».

Il y eut cette fois un silence vraiment embarrassé, tandis que les regards se tournaient vers Rolf. Avant que celui-ci ne perde la face, Tcheugyal commença à s'expliquer:

«Rolf, vous devez savoir pourquoi. Vous mêmes poursuivez vos propres expériences dans le plus grand secret, allant jusqu'à les faire réaliser sur Dumria» Les Heraert regardèrent soudain Rolf, surpris. Les rumeurs parlaient bien d'expériences secrètes de la KRG, en Sibérie ou au Pérou, mais sur Dumria, personne n'y avait pensé. C'était surtout très surprenant de la part des Dumriens, de se prêter ainsi à des cachoteries de Terriens.

«C'est que... répondit Rolf, comme vous le savez, ces recherches sont dangereuses...

-Hé, nous le savons tous très bien, reprit Tcheugyal. La psychophysique est un domaine aux application plus incroyables encore que la plus haute technologie, et donc encore plus effroyablement dangereuses. La divulgation de certaines données pourrait être utilisée à des fins maléfiques, ou détruire les personnes qui s'en serviraient maladroitement.

«Ce serait si facile de faire le mal avec seulement le dixième de ce que nous savons. Quelle incroyable force de manipulation, que de pouvoir surgir dans la pensée d'autrui, et de la changer, sans même qu'il s'en aperçoive! Ce ne serait même pas la première fois qu'un dictateur essaie de se servir de la parapsychologie. Cela a été tenté sérieusement aux USA et en URSS, et il est assez connu que hitler était entiché d'occultisme, s'entourant de voyants d'opérette et de pseudo-mages. Vous imaginez ce qui se serait passé si il avait pu en enrôler d'authentiques? Nous mêmes, au Tibet, nous savons très bien que des procédés de magie noire ont été employés contre nous par les hordes barbares de mao ze dong, même si ils se disaient matérialistes. Sinon, comment auraient-ils pu violer le Pays des Tantras?

«Le satanisme, les sectes, pourraient tenter d'utiliser ces moyens. Regardez ce qu'elles font déjà par les méthodes archi-connues de la pensée créatrice, ou de la prière, détournés à des fins malhonnêtes? Imaginez-vous ce que cela donnerait si des adeptes de satan arrivaient à imposer leurs noires vibrations dans nos esprits à tous?

«Bon, on a quand même une protection: si, dans le monde matériel, il est possible de faire le mal sans en subir de conséquences, par contre dans le monde psychique, ce que nous rencontrons, l'environnement où nous vivons, sont le reflet de notre esprit, de nos actes. Un haineux, un pervers ou un manipulateur qui utiliserait des moyens de manipulation psychophysique se retrouverait vite confronté à d'effroyables souffrances, bien pires que de brûler vif et pendant bien plus longtemps. C'est une protection, mais insuffisante: un point commun entre tous les pervers est qu'ils vivent dans «leur réalité», se croyant toujours plus forts que les autres, de remarquables exceptions aux lois de l'univers. Ainsi il est sûr que de telles personnes tenteraient d'utiliser ces méthodes malgré tous les avertissements qu'elles auraient reçus. Ça ne durerait jamais bien longtemps, mais si peu que cela durerait, cela pourrait mener à des catastrophes, et faire énormément de victimes.

«Même pour les individus sincères, avoir accès à certaines choses serait pire que la drogue. Le plus terrible piège du développement spirituel, c'est de ressentir le bonheur et la paix du Paradis, alors que l'on est encore imprégné de problèmes et de troubles psychologiques, dans une vie de travail, de bruit, de déceptions et de tristesse. Pour la plupart des gens cette situation entraînerait une frustration si énorme, que nous sombrerions immédiatement dans la plus noire dépression. En effet quelle torture plus machiavélique que de regarder à travers la porte du Paradis, alors que nous avons encore devant nous des années de grisaille, de bureau, de HLM, de divorce, de solitude, de vieillesse? Les gens qui ont vécu cela, Rolf, en parlent comme pire que l'enfer; ils avaient l'impression que l'univers entier et Dieu lui-même n'étaient qu'une immense moquerie, qu'ils étaient définitivement exclus du bonheur et de la vraie vie, ou que tout n'était que mensonge ou illusion. Certains se sont même révoltés, devenant fachistes ou terroristes, de la pire sorte, ceux qui n'ont plus rien à perdre, même pas leur salut dans l'au delà.

«Même quand on a déjà une certaine avance sur la voie, on reste encore très fragile vis à vis de certaines agressions, et c'est une des raisons essentielles qui font que les disciples travaillent en secret. Chez nous, au Tibet, et partout où fleurissent les Tantras, tout ce qui touche à la pratique tantrique des disciples est traditionnellement tenu pour hyper-secret, et en particulier les expériences que les disciples pourraient avoir en relation avec les mondes de l'esprit. Ce serait dangereux pour le disciple d'en parler, car ils s'exposeraient aux jalousies et agressions des êtres simples. Mais aussi, et surtout, ce serait très dangereux pour les personnes non préparées à comprendre réellement ces choses, et qui pourraient les interpréter complètement de travers. Aujourd'hui, la situation n'a guère changé, même si ces expériences sont plus diversifiées que les visions religieuses de l'ancien Tibet.

«Mais le pire danger à propos d'inspirations ou de visions religieuses, c'est quand l'égo s'en empare : il en fait alors des révélations absolues, des dogmes, et c'est ainsi que sont apparues presque toutes les sectes et les groupes fanatiques.

«Voyez-vous, Rolf, même avec mes FAE (note 27), il y a des choses que je ne peux pas faire pour mes disciples. Des FAE, j'en ai déjà fait plus de cent (murmures dans l'assistance) mais je ne suis jamais parvenu à faire atteindre la libération complète a aucun des bénéficiaires. Bon, j'y suis mieux arrivé avec mon épouse, mais c'est uniquement parce qu'elle avait déjà trente ans de pratique assidue derrière elle. Pour les autres, tous les autres, j'ai résolu des problèmes, dénoué des obstacles, mais il leur reste quand même à accomplir l'essentiel du trajet eux-mêmes. Certains se sont même contentés de vivoter simplement une vie honnête sans chercher à avancer davantage, comme ce fameux Tégal (note 20).

«L'essentiel du travail spirituel est un effort personnel incontournable. Il s'agit d'identifier et de dénouer patiemment tous nos problèmes. Il s'agit surtout de sortir de l'infantilisme spirituel, où on demande tout aux autres, au Gourou ou à Dieu, où nous refusons les épreuves et pleurons devant les obstacles comme un enfant frustré de bonbons. Il s'agit de mûrir, petit à petit, de devenir adulte, de devenir chacun notre propre centre, notre propre source de motivation, notre propre énergie. Il s'agit d'accepter les efforts et les douleurs en adulte, sans les aggraver par des chialeries ou par des colères.

«Un vrai yogi, Rolf, est capable de renoncer une seconde avant l'éjaculation, sans ressentir de frustration. Et pas seulement une fois: à chaque fois. Un Bodhisattva, lui, est prêt à descendre en enfer si il peut y sauver quelqu'un. Même moi que tout le monde appelle Rinpoché je ne peux pas affirmer en être capable.

«La psychophysique, c'est comme le sexe. C'est privé, pas public. Et c'est pour les adultes seulement. Et quand je dis adulte, ça veut dire capable de maîtriser sa psychologie, pas seulement avoir 18 ans. Si on n'est pas adulte, on s'y brûle.

«Alors seulement quand nous sommes équilibrés et adultes nous avançons. Alors seulement les méthodes rapides deviennent profitables, au lieu d'agir comme une drogue, comme une fuite, comme un refus des obstacles à franchir. Ainsi, quand je fais des FAE, je ne fais que dénouer des obstacles qui bloquent la personne. Je ne fais pas tout le boulot pour elle, ni ne lui impose des choix qu'elle n'aurait pas faits. Ainsi pour Tégal, je lui ai dénoué son refus de la vie, mais je n'ai rien fait pour l'obliger à prendre une voie spirituelle. C'est à lui de faire ce choix.

«Même les FAE, qui sont considérées comme une incroyable bénédiction, deviendraient un immense danger si on tentait de les utiliser pour je ne sais quelle entreprise de normalisation spirituelle. Nous bloquerions l'évolution de la société, encore bien plus radicalement que l'intégrisme catholique a bloqué l'évolution de l'occident pendant quinze siècles.

«Alors les experts en psychophysique forment effectivement un réseau secret, où il est très difficile d'entrer. Ils ne communiquent que de vive voix, ne notent même pas leurs adresses sur leurs agendas, ne prononcent jamais en public les noms d'autres membres, ils ne se rencontrent que rarement, dans des lieux secrets, et enfin ils vivent une vie apparemment ordinaire, où rien ne permet de les reconnaître.

«Et alors oui, nous avons fait des découvertes très intéressantes dans votre unité de recherche en psychophysique. L'argent de votre dotation a été très bien dépensé, et d'une manière que vous approuveriez très certainement. Mais il n'y a pas à en parler dans cette réunion.

-Eh bien Tcheugyal, effectivement ces dangers sont très réels, reprit Rolf. Et, effectivement, il n'est pas utile d'en parler ici, pas plus d'ailleurs que de parler de ce que font Monsieur et Madame Heraert en France, qui est aussi très certainement du bon travail. Et surtout pas d'en parler dans des courriers électroniques que n'importe qui peut lire avec les moyens techniques appropriés. Des courriels dont on ne sait même pas par quels pays ou quelles sociétés ils transitent.

-Je peux quand même dire, intervint Madame Heraert, que nous avons des résultats très intéressants sur la santé, avec un bon nombre de guérisons matériellement inexplicables. Mais même dans ce domaine, le plus difficile est de bien savoir ce qui est approprié pour la personne. Certaines personnes ont des expériences douloureuses, mais qui sont pour elles une occasion de purifier leurs péchés, comme nous disons nous les Chrétiens. Les dispenser de ces exercices, de ces apprentissages, serait certes plus confortable pour elles, mais sur le long terme elles souffriraient davantage, faute de réaliser les progrès nécessaires. Ainsi c'est bien comme le dit le lama Bouddhiste: les pouvoirs spirituels, même employés de grand coeur, peuvent devenir dangereux.

«Une autre donnée que Mr Tcheugyal devrait aussi connaître, est qu'il n'est pas vraiment utile de transmettre à d'autres les découvertes psychophysiques, du moins pas par des moyens matériels. En effet, de l'autre côté du miroir, de nombreuses entités spirituelles, des anges et des bienheureux, sont bien mieux placées que nous pour évaluer le niveau de chacun, et transmettre à chacun ce dont il a besoin, ce que nous appelons des inspirations dans le Christianisme, ou ce que vous appelez des connexions dans le Bouddhisme tantrique. La transmission par la parole matérielle semble certes plus facile à recevoir, mais elle est en fait bien plus difficile à interpréter correctement, de part les multiples ambiguïtés des mots. Pour toutes ces raisons, les différents groupes qui ont fait des découvertes psychophysiques, ou qui maîtrisent des pouvoirs de guérison ou de sortie hors corps, ne cherchent pas à enseigner, ils n'en parlent même pas, ou seulement à des individus strictement choisis.

«Et le plus difficile n'est pas de communiquer, mais de créer la confiance. En tout cas nous communiquons toujours de bouche à oreille, jamais par le courrier ni par des moyens électroniques. C'est pour cela que nous avons répondu de manière élusive à vos courriels, alors qu'en réalité nous avons immédiatement bouclé nos bagages pour arriver ici le plus vite possible. Si nous avons réagi aussi vite, c'est parce que la nuit précédente nous avions tous les trois rêvé de Shédroup Ling, sans nous concerter! Ainsi nous avions une indication par le monde spirituel, c'est à dire bien plus fiable que par le monde matériel. Et puis, Shédroup Ling, c'est tout de même un nom connu, qui inspire confiance. En plus, en vous rencontrant, nous avons le contact humain. Ainsi nous avons immédiatement senti que nous pouvions travailler ensemble.

-Par contre, reprit Hans Rufbach, le chef de l'équipe d'ingénieurs de la KRG, il nous faudra expliquer aux Heraert et aux membres de l'unité de Lhassa ce que nous faisons, si nous voulons que leur présence soit d'une quelconque utilité à cette réunion.

-Bien, répondit Rolf. Effectivement, nous savons maintenant pourquoi les résultats scientifiques en psychophysique ne sont pas publiés. Ou plutôt je le sais, parce que apparemment j'étais le seul à ne pas être au courant. Que voulez-vous, tenir un résultat secret est toujours frustrant pour un scientifique. Mais depuis la découverte de la bombe atomique, nous savons que cela est parfois nécessaire. Ce que vous nous décrivez est une sorte de Pugwash.

-C'est une suite officielle du Pugwash, Rolf, même si cela porte un autre nom aujourd'hui. Heureusement, cette fois, on s'y est pris à temps, avant que des cinglés utilisent nos découvertes pour faire la guerre.»

Rolf expliqua rapidement ce qui s'était passé avec les faisceaux de communication, puis avec la sphère noire qui atteindrait la Terre dans trois jours. Les Heraert écoutèrent avec attention, mais sans trop laisser paraître d'étonnement. Rolf expliqua l'hypothèse de Steve, comme quoi cet objet serait une texture psychique, ce qui les avait amené à demander l'aide des scientifiques psychophysiciens. Madame Heraert manifesta quelque inquiétude, à l'évocation de la sphère noire. Cette couleur lui paraissait maléfique, mais en fait il n'y avait pas à s'en inquiéter si elle ne résultait que de la vision tronquée du télescope quantique. Monsieur Heraert s'étonna que l'on puisse attribuer une nature spirituelle à un objet visible par un moyen matériel. Il fallut expliquer en détail la notion de texture psychique, et comment le télescope quantique arrivait, fort étrangement, à la voir. Mais cette image était en négatif, d'où la couleur noire et l'apparence sinistre.

 

Ces échanges avaient pris un petit moment, aussi ils firent une pause thé et petits gâteaux. Comme Gus Anvil amenait la collation, Steve et Ulrike le coincèrent dans un coin, à propos des Indiens. Gus éclata de rire, comme d'un bon tour. Il savait très bien que ce lieu était fréquenté quasiment en permanence par des membres d'une grande tribu. Ils se relayaient au pied du rocher qu'ils considéraient comme une sorte de point de contact avec l'Esprit. Un temple naturel. Effectivement le rocher, par sa forme tourmentée et par la vibration âpre et chaude qu'il émanait, était un lieu particulièrement propice à cette forme de communion. Il arrivait même assez souvent que certains chercheurs de Shédroup Ling se joignent aux Indiens, et Gus était l'ami de plusieurs membres de leur tribu.

«Il ne vous ont pas scalpés? Plaisanta t-il.

-Nooon, mais nous aurions pu les déranger.

-Qu'avez-vous ressenti? Que vous étiez acceptés?

-Pas au début, mais après, oui. Tout dépendait en fait de notre attitude envers la cérémonie. En touriste, nous n'aurions pas été acceptés.

-Bien capté, les gars. C'est exactement ça, ils viennent ici parce qu'ils sont sûrs qu'on ne les reluquera pas. A part nous, personne n'est au courant, et nous ne tenons pas non plus à voir des défilés de curieux ou de dingues.»

Lors de la création de Palomas, ces Indiens avaient fort étonné les chercheurs. Le lieu n'avait jamais eu le statut de réserve, mais il était quand même connu pour être considéré comme leur terre par cette tribu. Les scientifiques avaient donc pensé qu'il serait bien de demander l'autorisation des Indiens avant tout projet d'installation. Ces derniers répondirent que «vu le noble projet de Shédroup Ling» ils étaient les bienvenus en ce lieu. L'étonnant fut que cette réponse vint alors que personne ne les avait encore contactés…

 

Pendant le repas, Rolf et Tcheugyal avaient eu une petite discussion en aparté. Aussi, quand la réunion reprit, Rolf reprit la parole, pour enfin révéler aux nouveaux venus le message qu'ils avaient reçu pendant la coupure du faisceau.

«Le message indiquait précisément le nom de toutes les personnes ici présentes, y compris les nouveaux venus: la famille Heraert et nos collègues de l'unité de psychophysique de Lhassa.

«Cette liste n'est pas due au hasard, et, en ce qui concernent le personnel de la KRG, elle correspond exactement aux ingénieurs qui participent au Projet Kouten.»

Rolf eut un petit trémolo dans la voix en prononçant ce nom pour la première fois devant d'autres personnes.

«Les rumeurs sont justes, et c'est au Projet Kouten auxquelles elles font allusion. Mais nous en avons soigneusement effacé toute trace matérielle sur Terre, et nous avons demandé à un groupe de jeu de Dumria de faire les expériences dans le plus grand secret.

-Ils ont accepté? fit Steve, étonné.

-Oui, quand nous leur avons expliqué pourquoi. Vous savez, Steve, Dumria n'est pas «l'autre camp», ce n'est surtout pas un clan uni «les Dumriens» comme on l'entend encore trop souvent sur Terre. C'est une civilisation sans autorité centrale ni activités imposées, infiniment libre et très diversifiée, avec de nombreuses cultures et des groupes aux préoccupations parfois fort différentes. Si ils avaient l'esprit de clan comme nous, ils seraient encore plus divisés: il y aurait plus de quatre-vingt mille pays sur Dumria! Aussi il ne faut pas du tout s'étonner que des Dumriens puissent entreprendre des activités dans le secret absolu même vis à vis de leurs propres complanétriotes. Ils le font même très couramment dans leurs jeux, entre eux, et certains mondes imaginaires dumriens n'admettent de nouveaux membres qu'après des années d'initiations complexes. Leur seul souci en acceptant notre demande était de ne rien faire de mal.

«C'est un projet de robotique, donc à première vue cela n'a rien à voir avec la psychophysique. Mais on y arrive vite, si on pense qu'une des grandes questions de la robotique a été, dès le début du 21eme siècle, de savoir si un robot, un cerveau électronique artificiel, pouvait être conscient.

«Pour les personnes qui ont une approche plutôt spirituelle, la réponse semble évidemment non. Mais pour ceux qui ont une approche plus matérialiste, en fait c'est une question fort délicate, et une question dont les implications interpellent le spiritualiste.

«Dans toutes les religions on considère que la conscience ne résulte pas du corps physique, donc pas du cerveau, mais d'une âme, d'un souffle divin, d'un principe conscient, existant avant même ce cerveau. Les concepts varient selon les voies spirituelles, mais toutes les voies ont en commun de considérer la conscience comme une entité immatérielle, qui se sert du cerveau, mais n'est pas réductible à lui. Cette entité peut même continuer à exister après la mort du cerveau, pour vivre dans des mondes spirituels des expériences d'un autre type que celles de l'incarnation dans un corps physique.

«Pour la science matérialiste telle qu'elle a évolué depuis le 17eme siècle jusqu'à nos jours, la conscience a toujours été un sujet épineux, car aucun phénomène matériel ne permettait de l'appréhender. Au 19eme siècle et au 20eme, c'était carrément un sujet tabou, hérétique. Les gens à cette époque appelaient ça l'«irrationnel», et il ne faisait pas bon en parler! Un scientifique qui l'aurait abordé était sûr d'avoir sa carrière sabotée. Mais la science ne pouvait pas indéfiniment vivre avec des œillères. Devant la puissance des faits, la seconde moitié du 20eme siècle cherchait plutôt à évacuer la conscience, en la réduisant à des processus de traitement d'information dans le cerveau matériel, comme pour le trop fameux béhaviourisme. Cette incroyable pseudoscience évacuait la conscience et tout son contenu comme «inobservable», se contentant d'examiner la «réponse» à des «stimulis», exactement comme si nous n'étions que des machines à réagir, sans aucun contenu, sans aucune motivation propre!!

«A la fin du 20eme siècle, les sciences neurologiques et cognitives ont dû admettre qu'elles ne pouvaient comprendre le fonctionnement des circuits nerveux qu'en relation avec le contenu conscient correspondant. Qu'elles ont donc bien dû observer, malgré l'anathème des béhaviouristes. Ainsi petit à petit elles se sont intéressés au contenu de la conscience, tout en s'empressant de le déprécier comme «subjectif». Ce n'est que avec l'Epistémologie Générale que la conscience a enfin été considérée comme un fait au même titre que les faits matériels.

«Aux tout débuts de la neurologie, on n'avait pas d'autres moyens d'observation que chez les victimes d'amputations médicales du cerveau, ou chez les opérés à cerveau ouvert que l'on stimulait avec des électrodes. C'était barbare et très imprécis, mais ainsi on avait déjà pu dresser la carte des grandes régions du cerveau et de leurs fonctions. Plus tard est venue la tomographie par émission de positrons, qui permettait de détecter les zones du cerveau activées lors de l'exécution d'une activité de conscience donnée. Avec ce système on a pu commencer à faire de la véritable science, et parler de relation entre les expériences de conscience et le cerveau. Toutefois le matériel était encore cher, la précision limitée au centimètre. Cela, plus la nécessité d'ingérer des isotopes radio-actifs, limitait considérablement le nombre et la durée des études, au seul profit des grandes institutions scientifiques. De plus, à cause des terribles idéologies dominantes en cette fin de vingtième siècle, les financements ne s'intéressait qu'aux fonctions logiques, sensorielles ou motrices du cerveau; les capacités artistiques, sensuelles on méditatives étaient ignorées.

«La machine qui a pu faire réellement décoller l'étude du cerveau a été le scanner à résonance magnéto-nucléaire, d'abord utilisé en radiologie. L'utilisation de la résonance quadripolaire a permis de s'affranchir du puissant champ magnétique, et donc de construire des machines légères, voire transportables. De plus ces appareils sont totalement inoffensifs, même pendant de longues durées. La précision est vite descendue à une fraction de millimètre. Enfin la sensibilité de ces machines leur permet de détecter, non seulement l'activité électrique du cerveau, mais aussi son activité chimique, neuromédiateur par neuromédiateur, et même neurone par neurone. Mais un avantage complètement imprévu de ces machines fut que, non seulement les grandes institutions scientifiques ont pu étudier le cerveau en détail, mais aussi des groupes amateurs purent-ils entreprendre leurs propres recherches, sans être limités par des dogmes ou des tabous scientistes. L'université Shédroup Ling a procédé ainsi à ses débuts, quand elle n'était encore qu'un club de chercheurs «alternatifs» sans aucun statut reconnu. Mais, pendant que la science officielle cherchait à améliorer l'apprentissage ou les réflexes, Shédroup Ling découvrait les connexions nerveuses manquant aux narcissiques pervers et proposait un traitement, permettant ainsi d'éviter une somme incroyable de souffrances, de drames ou de divorces.

«On s'est d'ailleurs vite aperçu qu'aucun cerveau n'est identique à un autre. Bien sûr, la disposition de base des zones neuroniques et des circuits nerveux est la même pour tout le monde, encore que l'on trouve déjà des variations génétiques favorisant ou défavorisant des capacités ou des traits de personnalité. Toutefois le détail des circuits de chaque neurone n'est pas sous contrôle génétique. C'est le processus d'auto-organisation des neurones qui en est responsable. Et le chemin suivi par ce processus est unique pour chaque individu, et il dépend fortement des expériences de la petite enfance. Ce qui explique pourquoi des expériences apparemment anodines, telles qu'un geste sexuel, ou le mensonge du père noël, peut avoir des conséquences graves sur l'adulte. Surtout, le câblage détaillé des neurones est unique à chaque personne, et la même fonction peut être implantée de manière totalement différente d'une personne à l'autre. Ceci fait qu'émuler le cerveau d'une personne donnée demande en fait d'ajuster des dizaines de milliers de paramètres!

«Ainsi ces sciences neurologiques et cognitives sont allées très loin dans le décodage détaillé des circuits neuronaux et de leurs fonctions, au point d'aboutir à connaissance complète, exacte et détaillée, de tout ce qui peut se passer dans un cerveau humain. Cela s'est avéré extrêmement utile pour la santé, le développement personnel, et l'harmonisation des relations sociales.

 

«Toutefois les sciences cognitives «pures» butent encore sur des questions essentielles, telles que le libre arbitre: si les pensées d'un individu ne sont que le résultat du fonctionnement des neurones, alors comment un individu peut-il décider consciemment et volontairement de modifier ce fonctionnement, et dans ce but d'entreprendre les apprentissages nécessaires, en gardant le contrôle du processus pendant des dizaines d'années? On n'a trouvé aucun algorithme de fonctionnement du cerveau qui permettrait d'aboutir à un tel résultat. Une telle décision, une telle volonté de changer notre propre esprit, est quelque chose d'irréductible à un simple jeu de phénomènes neurologiques ou psychologiques. C'est comme si une voiture créait son propre conducteur! C'est pourtant bien ce que nous faisons depuis le 19eme siècle quand nous entreprenons une psychothérapie, ou depuis trois mille ans quand nous nous engageons dans une voie spirituelle.

«De toute façon les phénomènes tels que les NDE, les OBE et les RR3 restaient toujours complètement inaccessibles à l'approche cognitive ou neuronale. On a bien essayé d'observer les activités des neurones pendant de tels épisodes, avec des résultats très variables. Dans certains cas, on ne pouvait la différencier de l'activité ordinaire. Dans d'autres, elle était incompréhensible... sans parler des cas de NDE se produisant pendant une activité nulle!

«Que les neurones puissent produire l'intelligence, des matérialistes pouvaient encore l'envisager, mais qu'ils puissent produire des traces au sol lors d'une RR3, des guérisons, que l'on puisse se rappeler ce qu'on a entendu à des kilomètres, ou quand notre électroencéphalogramme était complètement plat, cela n'a matériellement aucun sens. A tel point que la science matérialiste classique rejeté pendant des siècles l'existence même de ces faits d'observation, pourtant constatés par des millions de gens. Tout comme au 18eme siècle elle rejetait l'existence des météorites, malgré les témoignages.

«Pour cette raison, aujourd'hui, toutes les recherches scientifiques sur la conscience partent de l'autre hypothèse: un principe conscient qui est capable de se servir du cerveau (Quand il ne se contente pas d'en subir les mécanismes). Cette hypothèse était déjà connue des scientifiques dès l'an 2000, avec des gens comme Chalmers. Mais elle ne s'est imposée que petit à petit en sciences, notamment grâce à l'Epistémologie Générale, seule capable d'appréhender des phénomènes que par principe on ne peut pas observer matériellement. Les approches cognitives ou neurologiques n'ont pas été évincées pour autant; elle se sont maintenue grâce à leurs si précieuses applications pratiques. Mais on sait aujourd'hui qu'elles n'expliquent pas le principal.

«Cette approche scientifique du principe conscient avait également l'immense avantage de faire une passerelle entre la science physique classique et le domaine millénaire des pratiques spirituelles, au point qu'aujourd'hui la frontière entre science et spiritualité s'est très largement diluée. On n'imagine même plus qu'un immense fossé les séparait aux 19eme et 20eme siècles.

 

«A partir de là, que peut-on dire de la conscience des robots? L'approche cognitive affirmait dès avant l'an 2000 qu'il suffisait de créer des circuits électroniques imitant le cerveau humain pour obtenir un robot conscient. L'approche spirituelle dit que non, pour plusieurs raisons, la principale étant qu'on ne sait pas créer un principe conscient. Beaucoup de scientifiques se sont alors demandés: Comment départager ces deux théories?

«Les scientifiques se sont vite focalisés sur cette question, qui, pensaient-ils, aurait permis de trancher des siècles de disputes sur la nature matérielle ou spirituelle de la conscience.

«De nombreuses expériences, surtout depuis les années 2030, tentèrent de détecter la conscience des robots. Grâce à la neurologie et aux sciences cognitives, on sait très bien aujourd'hui reproduire en détail l'intégralité des circuits neuronaux d'un cerveau humain, pour faire des robots qui imitent de manière saisissante le comportement d'une personne, que ce soient les «bots» qui envahissent nos mondes virtuels, ou des robots mécaniques avec des bras d'acier comme les robots démineurs de la KRG. Certains robots parfaitement humanoïdes du spectacle ou du cinéma sont capables de faire une déclaration d'amour avec toutes les mimiques, suffisamment réaliste pour séduire une personne réelle. Dans le grand public, l'idée que ces robots sont effectivement conscients est assez répandue, notamment à cause d'affirmations fort prématurées de certains idéologues scientistes, qui ont trouvé ainsi un ultime moyen de défendre le matérialisme. Vous savez qu'il y a même d'ahurissantes croyances en la survie des personnes sur Internet, grâce à des «bots» virtuels qui imitent leurs goûts et leurs comportements. Ces croyances séduisantes deviennent facilement des convictions, mais pour les véritables scientifiques, la question est beaucoup plus compliquée.

«Tout d'abord, on ne peut matériellement observer la conscience. Comment la discerner alors d'un programme inconscient qui imite si parfaitement toutes les mimiques et expressions d'un véritable être humain conscient? Il fallait alors trouver quelque chose qui soit une manifestation de la conscience elle-même, et seulement de la conscience. Le premier critère recherché fut celui d'une manifestation de libre arbitre.

«Alors, depuis les années 2030, on cherche à mettre en évidence des choix de libre arbitre chez des robots, car le libre-arbitre est une propriété exclusive de la conscience. Certes on a construit des robots qui «choisissent» un comportement ou une opinion suivant un tirage au hasard, ce qui les rend imprévisibles comme de vrais êtres humains. Mais ce n'est pas du tout du libre-arbitre. Un vrai choix de libre-arbitre sera, par exemple, de vouloir faire le bien, même à l'encontre de puissants conditionnements psychologiques, ou contre nos intérêts qui nous poussent à agir autrement. Mais même cela n'est pas une preuve suffisante, car un robot aura besoin de demander d'abord quelle est la définition du bien, preuve s'il en est qu'il est fondamentalement incapable de ressentir quoi que ce soit. Et si on donne à ce robot une définition du bien: «ce qu'il faut faire», alors il se met à faire le bien, exactement comme il exécutera n'importe quelle autre instruction de programme qu'on lui donnera. Au contraire du robot, pour un être vivant, choisir de faire le bien est un ressenti profond, unique pour chacun, une expérience de conscience, une bouffée de compassion, voire une connexion avec un plan divin. Qui généralement l'amènera à rejeter toute forme de programmation, qu'elle soit d'origine sociale, psychologique ou génétique. L'effet le plus visible est que la personne se mettra à rejeter toute définition dogmatique du bien, tout en recherchant une définition authentique. Une chose que précisément aucun robot n'a jamais faite jusqu'ici.

«Alors les expériences continuent. Si aujourd'hui l'existence du libre arbitre humain est parfaitement admise par les scientifiques les plus matérialistes, rien de tel n'a jamais été clairement détecté chez les robots.

«Une autre approche qui a semblé plus prometteuse depuis les années 2050 est de tenter de détecter des phénomènes parapsychologiques produits par des robots. Comme ces phénomènes sont impossibles à produire par des seuls moyens matériels, leur apparition signe forcément la présence d'une conscience, ou au moins d'un phénomène de cet ordre. On pensait donc tenir un bon test; malheureusement ces expériences sont difficiles. Les premières expériences réussies pour détecter des phénomènes d'origine humaine, dans les années 1990, impliquaient un grand nombre d'individus pour seulement des effets statistiques faibles. Ou bien on a des phénomènes clairement visibles, mais presque impossibles à reproduire ou à étudier, comme les guérisons inexplicables. Ces difficultés sont encore plus grandes pour les robots, et la question est en fait encore débattue aujourd'hui.

«A la KRG, notre approche a été différente, et nous appelons ça familièrement entre nous la voie allemande. Puisqu'on ne peut pas créer de conscience par une approche cognitive, puisqu'on ne peut pas non plus créer de principe conscient selon une approche spirituelle, alors nous nous sommes dit que l'on pourrait par contre fort bien utiliser un principe conscient déjà existant

 

Rolf laissa à ce moment un long silence, afin de bien montrer l'importance de cette dernière déclaration. Puis:

«Un cerveau électronique imitant parfaitement toutes les fonctions d'un cerveau humain, on sait très bien le faire aujourd'hui, grâce à l'approche cognitive. Des principes conscients humains, il y en a plein, déjà plus de vingt rien que dans cette salle. La difficulté est de rendre ce cerveau électronique sensible aux commandes d'un principe conscient humain. C'est une question de psychophysique. Comment nous nous y sommes pris, je préfère ne pas le révéler ici à nos nouveaux amis, pour les raisons évoquées au début de cette réunion; mais l'essentiel à savoir est que nous y sommes arrivés: Nous avons été capables de construire (sur Dumria) un robot dans lequel une conscience humaine peut s'incarner comme elle le fait dans un corps biologique, et dans lequel elle va avoir des vraies sensations, la vision des caméras et le son des micros, et grâce auquel elle va pouvoir agir, avec des bras et des jambes mécaniques. Et tout cela non pas avec un écran et des manettes, même pas avec un exosquelette, mais exactement comme elle a l'habitude de le faire avec son propre corps de chair.»

 

Des murmures et des sifflements d'étonnement accueillirent cette explication. Si ce que disait Rolf était vrai, c'était réellement une découverte stupéfiante. Ainsi il serait possible, non plus de seulement commander un robot, mais carrément de vivre dedans, comme si il était notre propre corps! Possible pour n'importe qui de diriger d'étonnantes machines aux facultés corporelles démultipliées, comme ces gigantesques multivators utilisés par les bûcherons et les architectes, ou bien des robots explorateurs sur Mars, sur Europe... en temps réel! Encore plus incroyable, même des morts pourraient s'exprimer par le biais de ces machines! C'était un saut comparable à celui de la découverte de la réalité virtuelle, dans les années 1990, mais dans l'autre sens: une nouvelle façon de s'incarner dans le monde matériel lui-même! On pourrait explorer les autres planètes du système solaire, visiter l'intérieur du corps humain, non plus en voyant sur un écran, mais en ayant directement l'expérience de conscience d'être incarné dans ces mondes! Steve et ses compagnons eurent des brèves mais vertigineuses visions de robots aux yeux à rayons gamma capables de voir à travers les roches, ou encore d'ouvriers visitant les usines les plus dangereuses, des spéléologues ou des plongeurs au plus profonds des océans, pendant que leur corps de chair reposerait bien à l'abri à des kilomètres de là...

 

«D'où le nom du projet, reprit le directeur de la KRG. Kouten, en Tibétain, c'est littéralement un «réceptacle corporel», ce que nous appelons chez nous un médium par incorporation, une personne qui prête son corps à un oracle tel que le célèbre Netchoung. D'où le nom alternatif que nous donnons aussi à notre société: KRG, Kuten Roboten Geselschaft.

«C'est sans doute le projet les plus excitant qu'il nous ait été donné de connaître.

 

«Mais... il y a un mais, et même beaucoup de mais, reprit Rolf.

«Comme tout ce qui touche à la psychophysique, et même tout ce qui touche aux technologies avancées, il y a toujours le danger d'une utilisation abusive. Comme cela s'est passé avec la chimie, avec le nucléaire, la génétique, entraînant les terribles conséquences que nous supportons aujourd'hui. S'y ajoutent les dangers de sujétion mentale propres à la psychophysique, pires encore que les risques matériels.

«L'autre problème est que relier un principe conscient humain à un nouveau cerveau n'est pas si simple. En effet, cette conscience humaine est déjà incarnée. Même dans le sommeil, elle reste exclusivement reliée à son cerveau biologique. Elle ne peut s'en détacher que au cours d'épisodes psychophysiques particuliers, les NDE, les OBE (voyage astral), ou encore au moment de la mort. On pourrait provoquer la séparation à l'aide de drogues, ou en produisant un arrêt cardiaque réversible; mais c'est prendre de graves risques, seulement pour des résultats incertains. (Madame Heraert murmura sa désapprobation). Donc en pratique L'expérience ne peut être tentée que par des personnes qui maîtrisent la sortie du corps (OBE), ou par des personnes déjà mortes.

«Ainsi, seules les personnes ayant la capacité psychophysique de provoquer une OBE sont capables de s'incarner dans les robots kouten et de les commander.»

 

Il y eut une discussion assez longue sur les robots à commande psychique, ou les lokouten (Koutens électriques), le nom tibétain que Rolf et son équipe utilisaient plus volontiers. Les explications de Rolf avaient eu un puissant effet magnétique, et tout le monde se sentit puissamment concerné par le projet, comme d'une chose fantastique. Mais tous également s'alarmaient des possibles utilisations dangereuses. En particulier un des enseignants de Shédroup Ling remarqua qu'il n'y avait aucune possibilité de vérifier l'identité humaine réelle d'une personne qui chevauchait un lokouten, ce qui ouvrait la voie à d'innombrables tromperies.

Une autre possibilité apparemment moins inquiétante était celle de semkouten virtuels, des «bots» commandés par une véritable conscience humaine qui s'incarneraient dans un monde virtuel, en y vivant comme avec son corps physique. Mais les mêmes problèmes de vol d'identité se posaient aussi, notamment par l'absence de tout moyen de vérifier l'identité. Le problème prenait même un tour cauchemardesque, si on pensait que les lois de tous les pays, et même l'immense majorité des gens, considéraient que l'identité d'une personne était définie par son corps. Ces personnes ne pouvaient même pas comprendre qu'une autre conscience puisse occuper un corps. Trompées, elles feraient confiance à des escrocs ou à des violeurs, et condamneraient ensuite les innocents propriétaires légitimes de ce corps.

 

Enfin Steve reprit la parole:

«Pour en revenir à la sphère noire, la question qui se pose maintenant est, me semble t-il, de savoir quel rapport il peut y avoir entre elle, son message, les lokouten, et la psychophysique.

-J'ai bien peur que nous ne le sachions toujours pas, reprit Rolf.»

 

Un silence accueillit cette conclusion pessimiste. Puis quelques murmures émergèrent.

 

«Cette sphère, Rolf, commença Tcheugyal, apparaît noire au télescope quantique, car elle est un obstacle à sa vision. Mais le télescope quantique n'est qu'un objet matériel, totalement aveugle au monde de l'esprit. Pour l'oeil de l'esprit cette sphère est extrêmement brillante». Il continua en détachant bien ses mots: «C'est un Mandala, Rolf. Une demeure divine. Il y a du monde dedans, Rolf. Et du beau monde.

-Des Elohims! Il y avait des Elohims dans mon rêve! Murmura Madame Heraert.

-Pas des divinités tibétaines, en tout cas, car je n'en reconnaît aucune. Ce n'est même pas leur style. Mais ce sont des êtres très évolués, des Boddhisattvas, voire des Bouddhas.

-Mais si c'est aussi grand qu'une planète, hésita Hans Rufbach, je me demande si... ce ne serait pas... une planète manquante?

-les habitants d'une planète manquante pourraient la déplacer à leur guise dans l'espace…

-Peut-être, nous ne pouvons pas le dire pour le moment. Ce serait fascinant, en tout cas. Peut-être viendraient-ils pour provoquer notre propre transition spirituelle?

-Mais alors pourquoi ont-ils contacté seulement le Projet Kouten?

-Ils ont peut-être quelque chose à voir avec nos robots.

-Qu'on s'en serve?

-Ou pour interdire définitivement ce genre de recherche?

-Peut-être bien, continua Steve: dans toutes les capsules temporelles laissées par les planètes manquantes, nous n'avons trouvé nulle part aucune allusion à quoi que ce soit d'approchant, et la psychophysique y est toujours traitée de manière très succincte, ou éludée par des avis de danger, comme pour le nucléaire ou la génétique. Il n'est jamais donné de méthodes pratiques, bien que la psychophysique soit pourtant au coeur du processus de transition spirituelle. Pourtant si nous sommes arrivés à créer des lokouten sur Terre, alors d'autres planètes ont aussi pu le faire depuis longtemps. A croire que ce qu'a dit Madame Heraert tout à l'heure est une loi cosmique: on n'enseigne pas la psychophysique à n'importe qui, et surtout pas à des inconnus.

-Héhé, notre secret tantrique est plus vieux que vous ne le pensiez, hein?» fit Tcheugyal en riant.

Steve termina: «Tout cela semble suggérer que des êtres vivant dans le monde spirituel ont quelque contrôle sur tous ces processus. Interdire les Lokouten pourrait être dans leurs attributions».

 

«Qui d'entre nous saurait se servir d'un lokouten?»

Cette question ramena un silence relatif. Mais Tcheugyal le rompit presque aussitôt:

«Steve, votre femme Liu Wang devrait y arriver sans trop de difficultés. Et vous pouvez la contacter.

-Liu Wang? Qui est-elle? Elle n'est pas à la réunion?» Demanda Monsieur Heraert, qui cherchait du regard dans l'assistance.

«Elle a radicalement résolu le problème de la déconnection d'avec son cerveau matériel» précisa Tcheugyal avec un petit rire, tandis que Monsieur Heraert bafouillait une excuse...

Hans Rufbach ajouta: «Nous avons ici nos trois «cobayes», Ulrike Meinster, Niels Dreyermann et Kurt Wegener. Ils se débrouillent remarquablement bien avec les modèles sur Dumria Nous avons aussi là-bas une Dumrienne de Shédroup Ling, Anahata Anatilaya, qui a fait des débuts très remarqués.

-Et je... ajouta Madame Heraert, en rougissant comme d'une chose honteuse: je... nous... il nous arrive quelquefois, mon mari et moi, d'utiliser une forme d'OBE pour incorporer des malades psychiatriques, afin de les aider, en comprenant ce qu'ils vivent. C'est assez difficile et je... c'est moi qui fait ça, tandis que mon mari garde le contact. Nous en avons guéri une vingtaine, comme ça. Un robot, ça doit quand même être plus facile qu'un aliéné, non?»

Enfin Rolf conclut:

«Tcheugyal, cela m'étonnerait fort que vous ne soyez pas capable de faire faire une FAE à un de nos lokouten.

-Une FAE non, puisqu'il n'a pas de principe conscient. Mais je vous vois venir.»

 

La réunion se termina ainsi, alors qu'à travers les fenêtres le ciel virait au bleu indigo. Ils sortirent tous, dans un brouhaha de discussions animées sur les incroyables perspectives entrevues. Au dessus de Palomas, des cirrus formaient d'immenses nappes de braise dans le soleil couchant, et un petit vent du soir amenait des jardins une douce fraîcheur, fort bienvenue après la chaleur torride du jour.

Au restaurant de l'université, Les Eraert et Tcheugyal, seuls à une petite table à l'écart, échangeaient passionnément sur leurs méthodes respectives. Rolf Gensher arriva avec Gus Anvil, pour qu'il leur prépare des chambres. «OK, boss, tout de suite, mais il faudra qu'ils fassent attention qu'il n'y ait pas un crotale dans les draps, comme la dernière fois qu'il est venu des Frenchies» plaisanta t-il, en faisant semblant de ne pas voir la mine inquiète de Madame Heraert.

«Pour combien de temps, la chambre, m'dame?

-Oh, fit Tcheugyal, vous connaissez l'enseignement bouddhiste de l'impermanence. Pourquoi faire des projets? Trois jours suffiront, car d'ici là tout peut arriver, l'accident, la mort, et même la fin du monde!

-PSSSS» fit Rolf, décidément peu porté sur l'humour du Lama.

Lokouten        Chapitre 9       

 

 

 

 

 

 

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