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Dumria        Chapitre 7       

 

CHAPITRE 7

Observations inattendues mais décisives

 

 

Steve avait beaucoup de choses à dire au directeur et à son personnel, ainsi qu'à Dawa et à Sangyé Tcheugyal. En outre le colonel Orgyen lui avait confié toutes les données qu'il avait déjà enregistrées, soulagé d'enfin trouver quelqu'un qui prenait ses alertes au sérieux. Steve expliqua que l'Applied Mind Science envoyait trois types de documents:

«Un, des explications de base de «philosophie», principalement basées sur l'athéisme, le matérialisme et la réfutation de la transition spirituelle.

«Deux, des plans d'armes et des techniques de manipulation mentale.

«Trois, des textes qui ont l'air de réponses dans un débat sur la philosophie et l'opportunité d'utiliser des méthodes conflictuelles contre «les jeunes» ou «les fanatiques». Ces textes parlent également souvent de deux «versions de cerveau», la nouvelle étant considérée comme une erreur. On a du mal à comprendre ce que «version de cerveau» peut signifier, mais il semble qu'il y a deux générations de Dumriens, avec une mentalité quelque peu différente, et ainsi une compréhension différente de divers sujets, principalement dans le domaine spirituel.

«Il est maintenant sûr que la conspiration a un contact régulier, depuis peut-être des années. Il semble également qu'il y ait un conflit sur Dumria, apparemment entre une majorité d'anciens non-spirituels, et une nouvelle génération ou une minorité influente de gens intéressés par la spiritualité. Naturellement la conspiration soutient le clan anti-spirituel, en utilisant ici ouvertement des moyens criminels qu'elle ne peut pas afficher sur Terre.

«Un détail subtil mais rassurant est que la conspiration semble plaider continuellement pour utiliser de tels moyens. Ceci peut signifier que les Dumriens ne sont pas très chauds pour la guerre.

- Je les comprend.

- Pas étonnant. Ils semblent des gens très paisibles.

- Sur Terre également, nous avons trouvé des animaux, et même des civilisations comme les Crétois, qui n'étaient pas menacées, et qui ont évoluées vers un comportement paisible, confiant et sans défense. Il n'y a rien d'extraordinaire à ça, et parmi les planètes manquantes, d'autres exemples étonnants ont été trouvés. Mais généralement quand une agression se produit, de tels êtres sont une proie très facile, et ils sont rapidement détruits. J'ai vraiment très peur pour les Dumriens. Cette conspiration pourrait ruiner leur planète en quelques années, simplement en introduisant un esprit conflictuel parmi des gens incapables de gérer un conflit.

«Nous sommes exactement dans une situation où une civilisation plus forte pourrait ruiner une plus faible, comme cela s'est produit sur Terre au moment du colonialisme, particulièrement en Amérique ou au Tibet. Les valeurs étrangères agressives pourraient ruiner les valeurs traditionnelles des Dumriens en quelques années, apportant le chaos sur ce monde, et détruisant une culture sûrement très spéciale et très intéressante. Réfléchir à de tels sujets n'était plus très d'actualité, puisqu'il semblait que nous ne pourrions pas rencontrer d'extraterrestres. Mais ça avait été une préoccupation dès 1980 parmi les exobiologistes de la NASA, qui avaient conçu une déontologie à appliquer en cas de contacts extraterrestre. Nous voici maintenant dans une situation d'urgence où ce souci devient immédiat.

«Cela suffit à justifier que nous avons le droit, et même le devoir, d'arrêter cette conspiration et de gérer correctement le contact avec les Dumriens, d'une manière respectueuse de leur civilisation et de leur honneur. Je pense que nous devons même le faire très vite, et en tout premier avertir les Dumriens de cette menace.

- Oui, d'accord, Steve, répondit Tcheugyal, mais j'ai fort l'impression que ces Dumriens sont assez intelligents pour ne pas se laisser manipuler par cette minable conspiration. Oui, ils peuvent envoyer des plans de mitrailleuses, mais comment pourraient-ils eux-mêmes utiliser des mitrailleuses contre le Dumriens? Aussi ils peuvent attaquer les Dumriens seulement sur un plan philosophique, et, si je lis les textes que la conspiration envoie vers Dumria, il semble qu'ils sont souvent à cours de vrais arguments dans la discussion.

- Espérons-le.

- Rinpoché, répondit respectueusement Dawa, vous avez raison, mais rappelez-vous que dans les aventures coloniales en Gaule, en Amérique, en Afrique, en Chine, au Tibet, le premier impact destructeur sur ces peuples était généralement à un niveau philosophique: valeurs sociales, religion, reconnaissance sociale et le reste. Les moyens militaires ne venaient que après, pour prendre facilement des sociétés déjà ruinées de l'intérieur, des peuples qui avaient déjà perdu leur confiance en eux, qui n'avaient même plus envie de se défendre. Sans parler de la Chine où l'opium a fait presque tout le travail, de sorte que l'armée anglaise n'a eu qu'à rentrer avec peu de combat. A tel point que, à la fin du 20ème siècle, quand des ethnologues découvraient encore quelques tribus inconnues en Papouasie ou en Amazonie, ils s'en approchaient avec précaution, sans montrer d'objets façonnés technologiques ni se mêler à leur vie. Pour éviter de tels problèmes, les exobiologistes ont depuis longtemps étudié des protocoles de contact au cas où nous découvririons une civilisation extraterrestre. Malheureusement nous ne pouvons plus les utiliser maintenant, puisqu'un contact sauvage a déjà eu lieu.

- Pourquoi les Dumriens n'auraient-ils pas également conçu de tels protocoles de contact? Il est clair qu'ils sont aussi très intelligents, dans le royaume des dieux. C'est peut-être la raison pour laquelle ils continuent à envoyer le premier message de contact sur leur émetteur, ne semblant répondre à la conspiration que de temps en temps. Ils attendent toujours le vrai contact».

 

Le directeur Hervé Elzécher demanda ensuite à Dawa Dhondup ce qu'il avait observé.

«J'ai continué mon étude des villages Dumriens. D'abord j'ai contrôlé qu'il y a seulement des villages, et jamais de villes. Ces villages sont souvent construits autour d'une usine ou d'un laboratoire scientifique. Mais j'ai trouvé un cas spécial: un village pour enfants.

- Ah!

- Ainsi ils ont des enfants!

- Oui ils en ont. Mais c'est plutôt étrange. Au milieu de cet endroit, il y a un bâtiment qui ressemble à un laboratoire scientifique, ou à un laboratoire de biologie. Juste à côté, quelque chose qui ressemble à un hôpital, avec des femmes enceintes près d'accoucher dans des chambres très confortables et très belles, et également des salles de naissance. Puis, autour de ce bâtiment, dispersées dans un très beau jardin avec des arbres et des fleurs, il y a de petites maisons, où les femmes vivent avec leurs bébés. Plus loin il y a deux ou trois villages avec des écoles et des salles de jeu, et trois fois plus d'adultes que d'enfants, tous travaillant à rendre la vie des enfants très agréable et passionnante. Je n'ai pas trouvé d'adolescents sur place, mais ils sont peut-être ailleurs, ou dispersés parmi les adultes.

«Tout cela indique qu'ils n'ont peut-être que seulement un enfant pour plusieurs milliers d'adultes. Ceci peut simplement signifier que les Dumriens ont une vie très longue. Ainsi ils n'ont pas besoin de faire beaucoup d'enfants. Mais ils le font alors très soigneusement, et ils s'occupent beaucoup de leurs enfants.

«J'ai fait également deux tours de recherche de quelque émetteur clandestin sur Dumria. Si ils emploient l'émetteur principal que nous connaissons déjà pour répondre à la conspiration, ils ne l'utilisent pas très souvent. Au moins ils ne répondent pas systématiquement à tous les messages de la conspiration. Les messages de la conspiration que le colonel Orgyen a enregistrés mentionnent pourtant de telles réponses des Dumriens, mais nous ne les avons pas observés en train d'envoyer une réponse. Ce n'est pas étonnant, car nous n'avons pas observé cet émetteur plus de quelques heures depuis que nous l'avons découvert!»

 

Le trimpon lança ensuite la discussion sur le sujet des groupes de la conspiration au Tibet. Il avait également apporté un livre électronique avec ses propres données.

«Nos services ont déjà repéré divers groupes ou endroits suspects, qui s'affichent parfois ouvertement anti-spirituels, mais qui se cachent le plus souvent sous une apparence bénigne. Mais nous les avons repérés comme fournisseurs de moyens de propagande ou diverses preuves indirectes. Peut-être y en a t-il d'autres.

- Nos données de Shédroup Ling montrent environ vingt endroits au Tibet impliqués dans le mouvement «anti-suicide», dit le directeur. Et les vôtres, trimpon la?

- Pas aussi précises, mais à peu près le même nombre.

- Il semble que nos données se recoupent pour une dizaine d'entre eux. Ceci suggère qu'environ trente autres pourraient exister. Pourquoi ne pas observer ces endroits? Heee...

- Avec des avions? Difficile, nous ne pouvons pas voir à l'intérieur des maisons.

- Hem.

- Ho, directeur, à quoi pensez-vous?»

Il y avait un tabou énorme. Utiliser ces méthodes à des fins d'espionnage ou de police était tout simplement beaucoup trop facile. Et trop injuste, vis à vis des droits de l'homme. Imaginez que quelqu'un puisse vous regarder tout le temps, partout où vous êtes, même à la maison, même sous terre, sans aucun moyen de l'éviter, et même pas de le savoir. Il y avait un tabou énorme sur cette idée, qui était largement considérée comme un moyen malhonnête, une tentation vers la dictature absolue.

«Utiliser le télescope quantique pour examiner ces endroits?» conclut Tcheugyal, qui ne s'était jamais encombré l'esprit d'aucun tabou.

- Oui... C'est un cas très spécial, répondit le trimpon. Je... donnerai l'autorisation. Mais naturellement, ce sera sous la direction d'un officier de police. Et seulement à cette occasion. Dawa la, je réquisitionne votre télescope. Et vous. C'est une question que nous avons déjà discutée au ministère de la justice. Toutes les conditions sont remplies. Il ne s'agit pas d'un enlèvement ordinaire. Nous pourrions arrêter quelques sous-fifres tout de suite, mais si nous ne frappons pas immédiatement l'organisation en entier, elle s'échappera et se cachera quelque part ailleurs, juste pour nous jouer d'autres sales tours à l'avenir. Sans compter avec le mal qu'ils font peut-être déjà sur l'autre planète. C'est une menace majeure contre la civilisation. Pas la nôtre, mais une civilisation tout de même. Allez-y, Dawa la, et ne culpabilisez pas.»

Le trimpon avait été très direct. Dawa eut d'abord l'air abasourdi, mais il réagit très vite. Il envoya un message au personnel de télescope. Il pouvait le débrancher du réseau et établir un lien direct entre le site du télescope et Shédroup Ling, mais ce n'était pas totalement sûr, même dans l'intranet de Shédroup Ling. Ainsi ils devaient aller sur le site du télescope lui-même. Une demi-heure plus tard, un hélicoptère de police embarqua tout le monde, amenant déjà deux officiers de police en uniformes et bérets bleu foncé. Moins de deux heures après l'ordre du trimpon, ils étaient sur le site du télescope. Il n'y avait là que quelques petits bâtiments de style tibétain, remplis d'ordinateurs. Un chevalement de mine était également visible, qui avait la forme d'une simple tour blanche couverte d'un toit traditionnel. Steve imagina la plongée vertigineuse de plus d'un kilomètre au coeur de la montagne, vers la machine colossale dans sa caverne. Mais maintenant que les essais étaient presque terminés, personne n'était plus admis en bas.

Ils s'installèrent tous dans la salle de contrôle. Dawa déconnecta le télescope du réseau, en simulant un test de transmission avec des données factices. Il commuta le système de guidage du télescope dans le mode d'étude géologique, celui qui permettait d'espionner sur Terre. Il ne pouvait être lancé qu'avec plusieurs mots de passe détenus seulement par les magistrats et les officiers de police, les deux étant nécessaires pour éviter les abus. Le trimpon Rigzin Dordjé Phala et un des officiers de police s'assirent tour à tour devant l'écran d'ordinateur pour entrer leurs mots de passe. Puis, le coeur battant et les joues brûlantes, Dawa commença à entrer les coordonnées du premier lieu suspect.

Dawa, Steve, Tcheugyal, le directeur, le trimpon et les deux policiers s'assirent chacun devant un écran. Un village apparut, avec une croix indiquant la maison suspecte. Comme si les murs devenaient soudain transparents, toutes les salles intérieures devinrent visibles, et l'ordinateur corrigea immédiatement la perspective, de sorte qu'une vue en plan apparut.

«Rien de suspect à première vue. Mais ce ne sont sûrement pas des Tibétains.

- Ici: des armes interdites.

- Ici: un faux autel, avec plein de livres électroniques à l'intérieur» Les deux policiers avaient des yeux d'aigle!

«Merveilleux votre scope, Dawa la, et nous serons très contents de rendre une petite visite à ces gens, après. Mais pour le moment il n'y a pas ce que nous cherchons»

Steve pensa que cet instrument avait une efficacité quelque peu monstrueuse. Ils pouvaient même lire sur les lèvres des personnages, et certaines machines pouvaient voir les vibrations des cheveux, pour les traduire en sons. Dans les mains d'un dictateur, ce serait une terrifiante arme de contrôle absolu, permettant de détecter même un chuchotement n'importe où sur Terre, sans aucune parade, ni aucun moyen de savoir qui est observé ou pas.

Ils examinèrent avec succès les trente endroits suspects. Parfois rien d'anormal n'apparaissait. Ou seuls des moyens de propagande étaient visibles. Mais ils trouvèrent aussi un véritable arsenal avec du matériel d'entraînement, caché dans des souterrains. Les deux policiers fulminaient de stupéfaction et d'indignation. Une autre fois il y avait une prison, cinq cellules, dont quatre occupées par des personnes qu'ils ne purent pas identifier. Des instruments de torture étaient clairement visibles.

«Qu'est-ce que c'est que ce bazar! Mettez leurs images dans la base de données des personnes disparues. Nous devons encore attendre, mais nous ne pourrons pas rester éternellement face à ça sans rien faire.»

Enfin un ancien caravansérail isolé apparut, à deux kilomètres en retrait de la route nationale Milarépa, un témoin de l'époque glorieuse de la Route de la Soie, avec un petit dôme de mosquée au milieu.

«Une prison, encore, avec deux cellules, tous les deux occupées.

- Quelqu'un assis en lotus: Dawa, zoome!» fit Steve, excité.

Liu Wang apparut sur l'image agrandie, assise et murmurant ses mantras. Steve pleura d'émotion.

«OK, fit le policier. Et l'autre cellule? Un vieil homme, lui aussi assis en lotus. Peut-être un ermite qu'ils ont trouvé trop curieux. Dans la base de données. On a raté le dîner avec ça, mais au moins on n'est pas venus pour rien.

- Bon, c'est un point positif. Nous savons où elle est. Il nous suffit de la surveiller. Mais la libérer est une autre affaire: il y a quatre gardes armés et entraînés, plus le chef, et des munitions pour un mois. Regardez ce stock, dans la mosquée: il y a de quoi faire sauter tout le bâtiment. Que diable préparent-ils avec tout ça?

- Hé regardez dans le garage: le fourgon. Ils ont également un récepteur de nouvelles en fonction, avec le chef qui regarde. Idée d'une bonne plaisanterie: annoncer que le blocage policier des frontières est terminé. Ils montent Liu dans le fourgon, mais pas le stock de munitions. Si ils sont divisés les choses sont plus faciles.

- Et une fois Liu libérée, nous pouvons faire quelque chose pour les Dumriens.

- Bon, fit Tcheugyal d'une voix forte. C'est assez pour les attraper, mais pas pour compromettre le réseau en entier. Laissez-moi vous expliquer mon plan. Vous avez utilisé des méthodes relatives merveilleusement efficaces, mais maintenant je pourrais peut-être ajouter quelques méthodes absolues».

 

 

 

 

 

 

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Scénario, dessins, couleurs, réalisation: Richard Trigaux.

 

 

 

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