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Dumria        Chapitre 6       

 

CHAPITRE 6

Vol au-dessus du désert radioactif.

 

 

Steve Jason était invité par le colonel Orgyen à un survol en avion au-dessus de la zone radioactive interdite. Le colonel Orgyen le briefa juste avant, de la manière succincte et directe des hommes d'action. Le colonel avait l'air d'un homme propre, poli et courtois, et non pas de quelque grossier soudard. Mais il était très habile et efficace, et vous trouverez dans les prisons Tibétaines quelques-uns qui peuvent en témoigner. C'était aussi un pratiquant bouddhiste consciencieux, que son Lama considérait avec de plus en plus d'attention.

«Il y a une chose qui m'étonne, colonel. Vous savez que quand le Tibet était occupé, Sa Sainteté le 14ème Dalaï Lama avait souhaité que le Tibet soit une zone démilitarisée. Or il y a aujourd'hui une armée, petite d'accord, mais une armée tout de même. Comment cela se fait-il?

- Hé, Steve, nous, Tibétains, sommes quelque peu indisciplinés. Nous avons un très grand respect pour les Dalaï Lamas, nous tenons leurs conseils en haute estime, mais nous les suivons rarement. Ainsi, seulement quelques mois après les premières élections démocratiques, une armée tibétaine a été créée. Son but naturellement n'est pas de faire la guerre à nos puissants voisins tels que la Chine ou l'Inde, mais il y avait, particulièrement dans la région du Karakorum, des groupes de guérilla ou de religieux fanatiques qui étaient vraiment un danger pour les Tibétains et les peuples voisins. La situation s'est maintenant calmée, mais nous nous sentons toujours un devoir de protéger les Tibétains et les peuples voisins contre une possible réactivation de ces groupes.

«L'origine de l'armée tibétaine remonte à l'invasion chinoise. A cette époque, quelques Tibétains ont rejoint l'armée indienne. Sa Sainteté le Dalaï Lama n'encourageait pas cela, mais il a cependant accordé sa bénédiction et sa protection spirituelle à ces soldats tibétains. Croyez-le ou pas, il n'y eut que très peu de pertes parmi ces soldats, même si ils ont été plusieurs fois engagés sur des points chauds à cette époque. Ces soldats tibétains étaient très estimés dans l'armée indienne, et ce sont eux qui ont créé la nouvelle armée tibétaine. C'est une petite armée, mais bien entraînée et efficace.

«Nous n'avons heureusement pas eu à faire face à de grands conflits tels que les crises écologiques dans les années 2020, et la région est bien plus calme depuis que le fachisme chinois ne tente plus d'allumer des conflits ethniques ici ou là. Mais il reste des groupes religieux fanatiques qui traversent les frontières tibétaines pour échapper à la loi de leur pays, et nous avons dû nous en occuper. Il y a également des bandits dans la tradition de l'ancien Tibet, mais nous ne tenons pas du tout à préserver ce genre de traditions. C'est la raison pour laquelle nous surveillons constamment les régions désertes du nord. Autrement, nous faisons de temps à autres du maintient de la paix ou de l'humanitaire avec l'ONU. Nous aimons beaucoup ça, mais seulement quand l'enjeu est clair. Autrement c'est un cauchemar, et une fois nous avons même préféré nous retirer.

- Oui, j'ai entendu parler de cette lamentable affaire. En fait on vous demandait de protéger les coupables contre les victimes. Vous avez eu raison de vous retirer. La preuve: les problèmes ont cessé peu après.

- Hé, nous n'y sommes pas pour rien. Nous avons, disons, quelque peu préparé le terrain, juste avant de nous retirer.»

Sûrement le colonel Orgyen n'était pas un quelconque bidasse stupide. Les politiciens n'avaient pas besoin de lui donner des ordres, car il était déjà en train de faire ce qu'il fallait. C'était vraiment quelqu'un avec qui il fallait compter.

 

Sur la base aérienne tibétaine de Djigdjé Dragyal étaient basés plusieurs avions télécommandés, et des avions de reconnaissance habités, dont la fonction était principalement de surveiller une vaste zone de prairies et de déserts, de montagnes et de gorges, et de contrôler divers groupes plus ou moins hors la loi tibétaine. Il y avait d'innocents ermites, des bandits et des braconniers moins innocents, et des groupes fanatiques franchement dangereux. La zone radioactive interdite était maintenant une réserve de vie sauvage, mais elle était également interdite aux bergers nomades, une interdiction souvent difficile à faire comprendre.

L'avion télécommandé avait une allure étrange. C'était comme un morceau d'aile, avec le profil classique d'une aile, pas plus large que longue, de sorte que vu de dessus il était carré, approximativement de deux mètres de large. Aux deux extrémités il y avait des ailerons verticaux prolongés par les stabilisateurs verticaux. Dessus, une fente s'ouvrait sur toute la largeur, pour aspirer l'air. Cet air était ensuite éjecté par une autre fente, tout au long du bord de fuite de l'aile. Il en résultait une machine très silencieuse, très économe en carburant, capable de voler presque une journée, surtout avec l'aide des photopiles qui couvraient sa face supérieure. La face inférieure était peinte en gris clair, pour ne pas être repérée facilement dans le ciel bleu, et la construction en feuilles et tiges de plastique le rendait très léger et difficile à détecter avec un radar. De puissantes caméras infrarouges lui permettaient de détecter des personnes depuis une haute altitude, d'où il passait complètement inaperçu. Il y avait également une catapulte montée sur un camion et un fourgon de réception radio, permettant un lancement et des opérations mobiles.

Quand Steve vit l'avion qui l'emporterait, il pensa d'abord que c'était juste un avion télécommandé un peu plus grand. Il ressemblait beaucoup à l'autre, à peine plus large, environ trois mètres, moins que deux voitures côte à côte, et seulement cinquante centimètres d'épaisseur. La seule différence était la forme globale, vue de dessus, hexagonale au lieu de carrée. Il semblait vraiment trop petit pour emporter une personne, et il était si léger que deux pouvaient le porter. Le système d'aspiration d'air sur la face supérieure était plus sophistiqué, une grille avec des séries de trous de diverses tailles. Il y avait une sorte de carlingue au milieu, dépassant à peine l'épaisseur globale, comme si ça avait été un avion miniature. Steve dut se faufiler dans cet habitacle étroit où il ne pouvait que s'allonger sur le ventre, le visage contre une grande verrière qui donnait sous l'avion et en avant. Il contrôla soigneusement le système de parachute!

Quand le petit avion décolla, il y eut d'abord l'accélération de la catapulte, et puis une terrifiante sensation d'être suspendu dans le ciel, comme si il n'y avait pas d'avion. Ce dernier bondissait et oscillait avec le vent, comme un jouet très léger. Mais un jouet capable d'accélérer à presque la vitesse du son en une demi-minute. Steve eut un fort vertige, ne voyant que la terre loin dessous, au lieu d'être assis dans une chaise sur un plancher comme dans un avion ordinaire.

Puis il reprit contrôle de lui-même. Certains en étaient incapables, et étaient sérieusement malades. Heureusement le pilotage était très facile, avec seulement un petit manche et un puissant pilote automatique assurant toutes les tâches de stabilisation et de commande de vol. Ainsi n'importe qui pouvait l'utiliser sans formation. Les rebonds étaient vraiment effrayants, donnant l'impression que l'avion tombait ou allait se retourner, mais tout était sous contrôle électronique, et il n'y avait aucun danger réel. Il y avait également en permanence la télécommande et un lien radio constant avec le colonel Orgyen. On n'entendait aucun bruit de moteur, comme dans un planeur, de sorte que Steve se demanda quel genre de moteur c'était, peut-être un moteur sonique. En fait, une fois surmonté le vertige, c'était plutôt agréable de piloter cette machine, cela donnait même le sentiment d'être libre comme oiseau, et Steve prit plaisir à sentir l'avion se balancer seulement quand il déplaçait son bras.

Les moyens d'observation étaient également très sophistiqués. La verrière était en fait un écran permettant l'observation normale, mais également capable de devenir opaque, pour montrer l'image vue par une puissante caméra grossissante, exactement comme quand on regardait par la verrière. Ces caméras fonctionnaient aussi bien en lumière visible que dans l'infrarouge, ce qui leur permettait de fonctionner la nuit.

Steve dut attendre une heure pour arriver sur la zone. Il en profita pour observer le plateau tibétain, couvert d'herbe verte, de collines et de petites montagnes. Ces étendues étaient tout sauf désertes, et Steve vit beaucoup d'animaux sauvages, de rivières, de nombreuses tentes et du bétail de nomades, de petites maisons de pierres et de planches, des maisons-container, (note), des stupas, des cairns de Mani (note), des drapeaux de prière, des roches peintes (note), et d'autres choses encore qu'il ne put identifier. Cette paisible vision de nature et de vertes prairies donna soudain à Steve une nostalgie sensuelle d'une petite maison nichée dans un vallon fleuri, avec quelques personnes qu'il aimait. Cela ressemblait beaucoup à l'ancien Tibet, sauf qu'une nouvelle manière très populaire d'habiter ces étendues était maintenant des véhicules tout-terrain de tailles diverses, avec de gigantesques pneus, obligatoires pour éviter d'abîmer l'herbe avec les passages répétés, et aussi de gros silencieux pour ne pas déranger l'immense silence du plateau. Cela donnait une allure très particulière à ces véhicules, également très populaires en Mongolie et exportés dans d'autres pays aux vastes prairies vierges, jusqu'au Pérou. Certains étaient simplement peints en vert neutre, pour se fondre dans le paysage, mais d'autres au contraire étaient brillamment colorés et lourdement ornés de motifs religieux, dans la tradition des camions Tata.

Le soleil était bas sur l'horizon quand Steve arriva sur la zone radioactive interdite. Il n'y avait aucune limite visible, sauf que les objets façonnés étaient bien plus rares. Mais il ne s'attendait pas à ce qu'il vit. Sur une immense étendue plate, il y avait de vastes champs vert foncé, avec par-ci par là de petites maisons, et même des villages, avec des jardins. «Orgyen? Qu'est-ce que c'est? Je croyais que cultiver était interdit, ici, et il y a plein de monde.

- Ce sont les nyelwé tharkhen.

- Les quoi?

- Revenus de l'enfer, en Tibétain. Ils sont environ trois cents maintenant, réincarnations d'anciens colons et criminels chinois, qui ont participé à la pollution de la zone, ou à d'autres atrocités. Il leur a été donné le choix: rester en enfer, ou revenir pour nettoyer. Ainsi ils ont pris renaissance au Tibet ou en Chine, et ils sont venus ici, renonçant à avoir des enfants par la stérilisation, et ils meurent souvent de leucémie.

- C'est incroyable, et même effrayant. Qui les reconnaît comme des nyelwa tharkhen? Sans preuve vérifiable, ce n'est pas juste.

- Il n'y a aucune injustice. Ils savent d'eux-mêmes qu'ils sont des nyelwa tharkhen. Souvent ils souffrent déjà de maladies génétiques, ou ils sont très laids. Personne ne les y oblige. Au contraire quand quelqu'un dit qu'il est un nyelwa tharkhen, on lui demande de passer des examens psychologiques, pour s'assurer qu'il ne dit pas cela par folie. Sinon, il est ainsi «reconnu» comme nyelwa tharkhen. Mais certains vont directement sur la zone et ils échappent à ce contrôle. Ils sont considérés avec un grand respect par tout le monde, comme modèle de vraie motivation pour la libération de l'esprit, en dépit de leurs grandes souffrances. Certains ont demandé à entrer dans des centres de retraite quand ils devenaient trop malades pour travailler, et ils ont pu obtenir quelques réalisations. On considère souvent que, même si leur vie est dure, ils ont beaucoup de chance d'avoir cette réincarnation: autrement ils souffriraient des centaines de milliers d'années dans le feu de l'enfer.

- Stupéfiant! Il faut vraiment aller au Tibet pour voir des choses pareilles. Et personne ne l'a interdit?

- Naturellement il y a eu des discussions, au Tibet et à l'étranger, principalement avec les ONG de défense des droits de l'homme. Mais les nyelwa tharkhen eux-mêmes ont refusé d'être «protégés». Pour eux c'est être un nyelwa tharkhen ou rien.

- Et que cultivent-ils?

- Des plantes qui concentrent la radioactivité. Ces plantes sont séchées, brûlées, et leurs cendres lavées. Au début c'était impossible, à cause du polluant principal, le césium. Mais maintenant le césium est bien affaibli, et les radionuclides les plus dangereux sont le strontium et le plutonium. Ce processus est assez efficace, car la cendre lavée est assez concentrée pour être traitée dans les usines, pour le stockage. Mais seulement un petit pourcentage de toute la radioactivité est absorbé par les plantes, et seulement dans les endroits qui se prêtent à la culture. Il faudra peut-être un siècle pour épuiser la radioactivité par ce moyen.

«Et encore ici c'est relativement facile. Dans la montagne de Toneyélé, ou à Nagchoukha, il y a des usines souterraines pleines de plutonium et le diable sait quoi encore. Même là les nyelwa tharkhen n'y vont pas, ils disent que c'est pire que l'enfer. Si ils y vont, c'est seulement quand ils savent qu'ils sont déjà sur le point de mourir. Certains se rappellent la disposition des lieux, de par leur vie précédente, où ils avaient travaillé là. Eux seuls ont permis de savoir ce qu'il y avait exactement dans ces lieux. Et c'est épouvantable. C'était vraiment une entreprise de destruction démente. Une fois il y a eu un accident affreux: un homme portant une barre de plutonium a glissé et est tombé sur un autre qui portait également du plutonium: Tous deux ont vu le feu nucléaire bleu dans leurs yeux, tandis que les containers de plutonium chauffaient instantanément au rouge ardent. Ils sont morts quelques minutes après, leur chair se détachant de leurs os comme si elle avait été bouillie.

«Dès que le Tibet et la Chine ont été libres, les pays voisins se sont empressés de nettoyer les zones polluées. Les vents propageaient les poussières radioactives jusque qu'à Beijing, tandis que la pluie lessivait la pollution dans les principales ressources en eau de la Chine et de l'Asie du Sud-Est: le Houang Ho, le Yang Tsé Kyang et le Mékong. Donc il y a eu une aide internationale. Au début, c'était difficile, car le césium empêchait de rester sur place. Il y a eu des tentatives pour goudronner les zones polluées, mais c'était cher, avec seulement des résultats à court terme. Maintenant la culture des plantes est plus facile, mais toujours très chère, pour seulement un résultat à long terme. Aussi les nyelwa tharkhen sont vraiment bienvenus. Ils travaillent gratuitement, ne demandant que la nourriture et les outils.

«Steve, vous approchez maintenant du point. Il n'y a plus aucune culture, car le climat est plus sec.

- Exact. Le sol est maintenant nu, avec seulement des traces de véhicules ici et là.

- Encore des restes de l'invasion chinoise. Dans le désert ces traces peuvent rester des siècles. Nous enclenchons le pilote automatique, et lançons le plan de vol spécial. Les tirs successifs du lidar sont espacés de seulement cinq mètres, et ils se déplacent de balayage au balayage, de sorte que votre avion a très peu d'espace pour se couler entre eux. Seul le pilote automatique peut l'y guider. Pensez que les rayons laser passent à seulement cinquante centimètres de vos ailerons. Ce n'est pas dangereux, mais si vous êtes touché ils vous repèrent et ils cachent tout».

Steve ne pensait pas. Comme le petit avion s'engageait automatiquement dans le mode de survol spécial, il tentait de voir en avant, vers l'endroit. Il sentit une sorte d'excitation, et son coeur accéléra. Il y avait des bandits sur le lieu, mais c'était avant tout le premier point de contact extraterrestre.

Le paysage était relativement plat, couvert de plaques d'herbe brune séparées par des traces d'érosion. Steve comprit qu'il y avait là autrefois de vertes prairies, avec des bergers, des troupeaux, et une abondance d'animaux sauvages. Mais la radioactivité avait brûlé l'herbe qui était devenue brune, et elle était restée comme cela depuis tout ce temps, plus d'un siècle après. La pluie et le vent avaient érodé la terre découverte, emportant la poussière radioactive dans les fleuves, et de là dans les champs et dans la nourriture chinoise. Inflexible loi du Karma...

Le point de contact était occupé par des préfabriqués, des camions, et des appareillages scientifiques de diverses sortes. La vision infrarouge montrait le puissant faisceau lidar, de sorte que Steve le repéra facilement, caché dans un vieux container rouillé, et tirant par une petite ouverture dans le toit de ce container. D'autres containers montraient des ouvertures semblables, et ils pouvaient cacher divers autres dispositifs. Ce n'était certainement pas un endroit agréable, avec seulement l'herbe brûlée au ras du sol, un vent glacial permanent, de la boue, de la rouille, aucune fleur et un silence mortel. Ces gens n'avaient qu'un petit bar et la télé pour supporter leur ennui.

Au milieu se tenait un grand mât, portant des antennes et des appareils radio et météo, son ombre s'étendant maintenant au loin avec le coucher du soleil. En haut, une petite bâche couvrait peut-être le projecteur. Au pied du mât, il y avait une ligne de grandes boîtes, ressemblant à des plateaux d'échantillonnage pour la poussière, mais pouvant aussi très bien convenir pour cacher l'écran en dessous. A l'endroit où il pourrait se dérouler, l'herbe brune montrait des traces, très visibles avec l'allongement des ombres. Deux treuils étaient également visibles, bien placés pour rouler rapidement l'écran. Mais le jour il ne pouvait pas être utilisé, ce qui expliquait que les Dumriens avaient placé le leur en orbite, dans une salle obscure.

«Difficile de deviner ce qu'ils font depuis l'avion. Mais si les Dumriens observent aussi un endroit aussi laid, je me demande ce qu'ils en pensent. Ce n'est pas précisément leur culture. Ça alors! Ils entassent leurs ordures dans un coin! Ce n'est pas très scientifique.

- L'écran est visible seulement la nuit. Habituellement ils commencent leur trafic quand la nuit est assez noire. C'est dans environ une heure. Ça va toujours bien, Steve?

- Oui, parfaitement bien. Sauf que pisser dans une couche-culotte c'est pas génial.

- Haha! Désolé, Steve. Il n'y a pas de place pour les toilettes dans cet avion. Ce n'est pas un avion de croisière!

- Non, ce n'en est pas un, mais ça vaut quand même vraiment le coup d'y monter. Dans aucun avion de ligne on a une aussi belle vue».

Le survol s'acheva, et, en attendant, Orgyen envoya l'avion pour une mission de routine. Steve mis en route la vision infrarouge, car le jour était devenu trop faible. Maintenant le paysage était complètement différent, incroyablement plat et sableux, avec pour seules traces humaines quelques pistes. Peut-être certaines de ces fines pistes pédestres dataient de l'époque des caravanes de la Route de la Soie. Steve pouvait entendre la ligne fine de violon de «Dans les steppes de l'Asie centrale» de Borodine.

Soudain surgit une vision incroyable: les immenses usines solaires, avec leurs hauts mâts portant les fours, et leurs champs infinis de miroirs, alignés jusqu'à l'horizon, produisant le pétrole solaire à partir du soleil, de l'eau et du gaz carbonique de l'air. Ça avait été la solution élégante pour remplacer le pétrole fossile par un carburant sans effet de serre, et cela sans avoir à transformer toute l'industrie. Il y avait des villages pour les ouvriers, joyeusement illuminés, avec des arbres, des théâtres, de beaux lhakangs (temples bouddhistes) dans le style tibétain ou chinois, de petites églises et mosquées. Ces installations étaient incroyablement vastes, et les unités s'alignaient sur des dizaines de kilomètres. Le dispositif de base en était, sur les mâts, le convertisseur thermique, dont le brevet avait fait la fortune de l'université Shédroup Ling. Leur production était principalement exportée vers la Chine et l'Inde, avec une dérivation vers Irkoutsk par la Mongolie. C'était maintenant le principal revenu du Tibet, qui lui offrait un niveau de vie et d'éducation très acceptable.

Puis il y eut une chaîne de montagnes, toujours désertes, mais avec quelques oasis cachés dans les vallées. On y trouvait quelques maisons et habitants, cultivant surtout des fruits. Mais c'était également un endroit difficile à surveiller, et Steve repéra deux fois des groupes de cavaliers suspects. Orgyen enregistra soigneusement leurs images.

Quand le circuit fut terminé, l'avion s'engagea dans un second survol du point de contact. Il redressa le nez et réduisit sa vitesse, afin d'avoir un plus long survol, et s'engagea à nouveau dans le plan de vol anti-lidar.

Cette fois l'écran était déroulé, étendu à côté des plateaux à poussière. Il y avait de la lumière et du monde dans les préfabriqués, et des sentinelles en faction tout autour du camp.

«Ils surveillent les alentours avec des jumelles à infrarouge et des fusils à lunettes. Soupçonneux, ces gens.

- Hé, bien, Steve. Nous n'avions pas encore vu ça».

Les messages projetés n'étaient pas visibles en infrarouge, et Steve passa en lumière visible.

«C'est bien ça: Un faisceau lumineux pourpre du projecteur, et l'écran répondant en vert par fluorescence. C'est vraiment un émetteur quantique.»

L'écran montrait des textes en anglais. Les enregistreurs se mirent en marche. Steve ne pouvait pas lire, car les pages de texte changeaient plusieurs fois par seconde. Le temps du survol, peut-être un grand livre en entier y passa, avec aussi divers diagrammes. Ces types étaient vraiment occupés avec les Dumriens.

«C'est incroyable! Que font-ils? C'est une bibliothèque entière qu'ils envoient!

- J'ai les premières pages de l'enregistrement, répondit Orgyen. C'est de la psychologie. Mais c'est plutôt étrange, plutôt pour embrouiller les esprits que pour aider. Vous savez que c'est l'Applied Mind Science qui dirige ce camp. Je n'aime pas beaucoup ces gens, et parmi les Bouddhistes ici ils sont largement considérés comme des tirtikas (note) ou une secte (note). J'ai essayé d'avertir les autorités de police, mais elles n'ont pas bougé. Aussi je continue de seulement surveiller ce camp, et essaye d'enregistrer ce que je peux de leurs discours.

- Il y a des diagrammes, maintenant, comme des dessins industriels. Mais c'est trop rapide, je ne peux pas lire.

- Une fois il y avait des plans de mitrailleuses. Je n'aime pas ce genre de psychologie. C'est vraiment effrayant. Ces types sont-ils en train de provoquer une guerre sur cette planète?

- Tout ça est vraiment très grave. Nous devons y mettre un terme rapidement. Ho, le survol est terminé, je ne peux plus rien voir maintenant. Un autre tour?

- Non, vous n'avez plus assez de carburant. Mais il y a un autre drone en route. Nous ne pouvons pas les observer tout le temps, car nous n'avons pas de budget pour cette affaire. Mais je m'arrange pour survoler ce point en allant à d'autres missions, de sorte que j'obtiens un échantillon significatif de ce qu'ils envoient. Ce n'est pas très gai, et si j'avais su plus tôt que c'était pour faire le bazar sur une autre planète, j'aurais averti tout le monde publiquement, quelles qu'en soient les conséquences.

- C'aurait été une bonne idée. Mais pour le moment ce serait très maladroit, car le réseau entier s'échapperait. Le camp serait simplement déplacé dans un autre pays, et vous n'auriez même pas de preuve.

- Oui, mais on va bientôt les coincer.

- Oui, bientôt. Nous avons beaucoup de preuves maintenant, mais pas encore assez».

L'atterrissage était certainement le moment le plus effrayant du vol: vous vous sentiez comme si votre visage allait être projeté à terre, à plus de cent kilomètres à l'heure. Mais au dernier moment le pilote automatique redressait l'avion à quarante degrés, avec la poussée presque verticale, réduisant la vitesse de sorte que l'avion pouvait se poser sur un terrain de tennis, se recevant élégamment avec quelques rebonds sur ses patins souples. Il était temps, car il ne restait que dix minutes de carburant.

Quand le personnel au sol rouvrit l'habitacle, Steve fut soulagé de ses divers inconforts, mais il était également très heureux.

Mais il avait juste le temps d'attraper un petit avion ordinaire pour revenir à Lhassa.

 

 

 

 

 

 

Dumria        Chapitre 6       

 

 

 

 

 

 

Scénario, dessins, couleurs, réalisation: Richard Trigaux.

 

 

 

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