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Les plančtes manquantes        Chapitre 6       

 

 

Chapitre 6

Le 24 Mai 2081 au matin.

Jean Delcourt, exobiologiste, Union Européenne.

Questions et réponses (annulé).

 

 

Steve, comme tout le monde, était de plus en plus troublé de voir les représentants de l'ONU monter sur scène à la place de Jean et de son équipe.

Pour être franc, les annonces très directes de la veille avaient provoqué une vaste panique tout autour du monde. Il y avait eu tout d'abord l'interprétation incroyable de certains journaux, affirmant que la Terre allait disparaître dans quelques jours, avec une étrange catastrophe sur le point de se produire. Les dégâts étaient limités, car l'annonce de Jean avait été faite en direct devant des millions de gens dans presque tous les pays du monde. Mais les hommes d'affaires, les militaires, les officiels des gouvernements et les voyous populistes étaient rarement intéressés par l'astronomie, et ils n'entendirent que la version phantasmatique, à laquelle ils ajoutèrent immédiatement leurs propres phantasmes.

D'abord, toutes les bourses d'Europe, d'Afrique et d'Amérique s'effondrèrent immédiatement, à un niveau incroyable jamais vu depuis la grande crise écologique des années 2020. Les places asiatiques étaient sur le point de faire la même chose au moment précis où allait démarrer la session de questions-réponse. Ensuite, l'ONU et tous les gouvernements des principaux pays convoquèrent des réunions d'urgence pour gérer cette affaire. Steve se demanda ce qu'ils pouvaient bien gérer, sans savoir ce qu'il y avait à gérer. Mais ils gérèrent, et trouvèrent immédiatement de quoi gérer: des millions de personnes fuyaient les villes, vers la campagne, vers les centres spatiaux, dans l'espoir d'éviter... d'éviter quoi?

Steve pensait que ces réactions étaient tout à fait futiles, car tous ces gens ignoraient quel était le danger, si danger il y avait vraiment. Jean n'avait certainement pas prévu de telles réactions absurdes, mais il n'était pas très fautif... Ce qui par contre agaçait profondément Steve était de voir ces gens en costume noir remplacer les scientifiques dans cette conférence qui n'était pas leur domaine. Qu'ils soient présents, OK, mais qu'ils s'immiscent, non. Steve n'était pas seul à penser ça, et ses collègues étaient également en train de discuter à ce sujet. Liu avec ses coéquipiers chinois, Erzeran en persan, Amédée dans sa langue africaine, Octavo en brésilien, mais il n'était pas difficile de deviner ce qu'ils disaient. Un ingénieur américain résuma pour Steve l'opinion commune: «Qu'est-ce que c'est que ce bordel? Qu'est-ce que ces gusses font là à la place de Jean Delcourt?

Comme l'heure de commencer la session approchait, Angéla Dexter s'apprêta à monter sur scène, suivie de Tcheugyal. Mais on le lui interdit, et avec colère elle demanda des explications sur cette intrusion. Tcheugyal s'éclipsa vivement.

Malgré un fort bruit de foule, un des officiels, un fonctionnaire de haut rang de l'ONU, déjà impliqué dans des négociations sur plusieurs problèmes, commença à parler.

«Mesdames et messieurs, nous avons aujourd'hui à faire face à un problème très grave. Pour cette raison, nous avons pris l'initiative de prendre la direction de cette conférence et des recherches sur...» mais il lui fut impossible à continuer, avec les cris de protestation, et Angéla criant «ceci est illégal, vous n'avez pas le droit, ceci est une conférence scientifique, vous ne pouvez pas...» Steve se sentit fier de son ancienne étudiante.

L'orateur parvint à ajouter: «S'il vous plaît, ne réagissez pas d'une manière affective et irrationnelle et...» mais il fut immédiatement couvert par les cris de colère et les huées, y compris de Steve, qui était depuis longtemps dégoûté par ce genre de méthodes de manipulation mentale tordues, rejetées depuis des dizaines d'années par tous les scientifiques, mais toujours largement employées par quelques politiciens malhonnêtes pour manipuler les gens ordinaires.

«Il n'y a aucune autre manière de continuer cette conférence depuis l'assassinat de Jean Delcourt...»

...

...

Il y eut un silence soudain avec cette incroyable nouvelle.

 

Jean était leur collègue depuis si longtemps, et l'esprit même de cette affaire de planètes manquantes. Ils auraient été bien incapables d'imaginer aucune raison pour l'assassiner. Quelle que soit la réalité, il faut la connaître, afin de savoir comment agir. Jean était certainement celui qui connaissait le plus la vérité, et éliminer sa connaissance était certainement la façon la plus irrationnelle de se comporter.

Mais pire que tout, qu'un acte aussi horrible ait pu être perpétré dans un colloque scientifique, presque sous leurs yeux, au coeur de ce paisible pays de Madagascar, avait vraiment quelque chose d'effarant, de honteux. Ces politiciens faisaient des mines très désolées, mais le discours qui suivait n'avait vraiment rien de compatissant:

«Il fallait d'abord demander notre permission avant de dévoiler votre découverte. Vous voyez maintenant les conséquences de votre irresponsabilité: une énorme crise financière, la panique dans le monde, les armées en alerte...»

Le bruit dans la salle recommença: personne ne se sentait coupable de ces réactions, qui n'étaient pas les leurs, qu'ils n'avaient même pas imaginées. Même en supposant que leur découverte était alarmante, il n'y avait aucune raison d'y rajouter des troubles sociaux ou financiers. Pour les scientifiques les plus âgés, c'était seulement un mauvais remake de la politique rétrograde d'avant les années 2020: éliminer ceux qui montrent les problèmes, afin d'«éviter la panique». Cette politique de l'autruche, suivie des années 1970 aux années 2020, était, ils ne le savaient tous que trop, la cause principale des désastres écologiques auxquels ils avaient eu à faire face, et de toute façon un comportement complètement criminel, irresponsable et irrationnel.

«La première chose à faire est d'identifier clairement le danger. Et la seconde chose à faire est de prendre les mesures appropriées pour faire face à ce danger.

«Il est bien évident que des planètes civilisées ont été détruites, mais nous ne savons pas comment c'est arrivé. Pour cette raison, nous devons réorienter la recherche scientifique afin de trouver des détails qui indiqueraient ce qui se serait produit. Peut-être une nouvelle découverte scientifique a été la cause de cette destruction. Vous savez que nous avons de justesse échappé à la destruction écologique de la Terre, par effet de serre et libération des chlatrates océaniques. Quelque problème imprévu a pu se produire, comme l'a remarqué votre brillant collègue Steve Jason.»

Steve n'apprécia guère ce compliment hypocrite. Il y avait dans ce discours tous les procédés de manipulation qu'il aurait aimé ne plus jamais entendre chez les politiciens. Il se rendait également compte que ces politiciens (les mêmes?) qui étaient l'obstacle principal aux réformes écologiques avant la crise des années 2020-2030 prenaient maintenant prétexte de cette écologie pour encore et à nouveau imposer leurs vues, et pour commander aux peuples du monde, comme à l'armée.

«Vous devez maintenant examiner en détail les bibliothèques des Centauriens, afin de trouver quel était leur niveau scientifique exact au moment de la catastrophe, au lieu de chercher leurs croyances religieuses et...»

Cheik Abbas Abdullah, un ministre d'Arabie, toujours vêtu de son blanc costume arabe traditionnel, et bien connu pour ses vues souvent intransigeantes, se leva soudainement pour crier, couvrant même les haut-parleurs sa forte voix mâle:

«Et si c'était Dieu qui prend les planètes quand elles sont purifiées du mal?»

Tout le monde sourit et rit, mais pour des raisons très différentes. Les orateurs et les officiels eurent un douloureux sourire de commisération et de pitié. La plupart des religieux trouvèrent naturellement l'idée très plaisante, et Steve pouvait entendre le rire clair d'Erzeran. Même les non-religieux comme Steve trouvèrent très drôle la confrontation de la foi honnête avec le rationalisme hypocrite. Le rire rugissant de Cheik Abbas Abdullah pouvait être vraiment à l'aise: L'Arabie avait été assez intelligente pour investir massivement dans l'énergie solaire dans ses vastes déserts, à une époque où les pays riches mettaient toujours en prison les activistes anti-effet de serre. Et quand vint l'interdiction du pétrole et du charbon fossiles, ils devinrent immédiatement propriétaires d'un quasi-monopole sur l'essence solaire... tout en dirigeant plusieurs grandes banques dans le monde, ainsi que de grandes écoles islamiques aux Etats-Unis. Aussi les politiciens tordus avaient beaucoup de raisons de détester Cheik Abbas... et aussi beaucoup de raisons de lui faire des grands sourires hypocrites.

«Naturellement il est sûrement très intéressant d'étudier les croyances religieuses d'autres peuples des étoiles, mais le sujet de cette conférence est maintenant d'empêcher la catastrophe que (rires de Cheik Abbas, sans commentaires) je disais la catastrophe qui peut détruire notre Terre peut-être très bientôt. Nous devons maintenant réorienter les recherches dans la bibliothèque centaurienne, pour rechercher les détails scientifiques, ou peut-être des faits sociaux ou des crises, qui pourraient nous indiquer ce qui s'est produit. Notre hypothèse principale ici (après, naturellement, celle de M. Jason) est qu'une civilisation extraterrestre errante pourrait se saisir des planètes après qu'elles aient atteint un certain niveau. Nous devons maintenant parler de planètes enlevées. Ces planètes ont été détournées de leurs orbites, par des moyens encore inconnus, mais une maîtrise de l'énergie d'une étoile rendrait compte de ceci. Par exemple un vaisseau spatial très massif, ou un petit trou noir, passerait près d'une planète, et lui donnerait une impulsion afin qu'elle s'échappe de son étoile».

Seulement un lecteur de science-fiction pouvait imaginer une hypothèse aussi tarabiscotée, qui n'était pas consistante avec les faits. Si il en était ainsi, les satellites disparaîtraient également avec leurs planètes, ou seraient dispersés dans leur système stellaire. Rien de tel ne s'était produit, et les planètes avaient vraiment disparu sur place, laissant leurs satellites (naturels ou artificiels) aller sur des orbites stellaires bien précises. A entendre les murmures, Steve n'était pas le seul à penser cela. Mais essayez donc d'expliquer l'astronautique à un politicien véreux.

«Dans quel but enlever des planètes? Nous ne le savons pas, mais ceci pourrait avoir des raisons liées au niveau scientifique ou économique d'une planète, ou peut-être à des conditions climatiques spéciales créées par la pollution, comme maintenant sur notre Terre. Mais les informations principales étaient entre les mains de M. Delcourt avant qu'il ne soit poignardé à mort et...»

Le rideau derrière l'orateur ondula soudain et une voix forte hurla dans les haut-parleurs:

«Comment savez-vous que j'ai été poignardé?»

La salle fut stupéfiée avec cette apparition incroyable: Jean Delcourt jaillit de derrière le rideau, pâle et se tenant douloureusement la poitrine avec son bras gauche, mais vivant. Un des fonctionnaires de l'ONU hurla de terreur comme si il apercevait un diable.

«C'est lui. Ce type. Et lui aussi».

Des policiers malgaches noirs entrèrent soudain dans la salle, par toutes les portes, sautant sur scène. Ils interpellèrent immédiatement toute l'équipe de politiciens en costume noir, avec Jean montrant toujours deux d'entre eux de son doigt accusateur. Ce n'était pas désagréable de voir ces policiers noirs arrêter ces dirigeants blancs corrompus. Les gestionnaires malgaches de la conférence étaient avec les policiers, expliquant avec colère comment leur conférence avait été détournée. On entendit quelques cris, en particulier un très stupide «nous devions arrêter cette conspiration des religieux pour un suicide collectif». Jean demanda finalement au chef de la police la permission de faire un petit discours à tout le monde sur ce qui s'était produit.

La foule était tellement estomaquée avec ces événements précipités qu'il n'eut aucune difficulté à obtenir un certain silence.

«Chers ex-représentants de l'ONU (il y eut quelques rires, car même souffrant Jean ne perdait pas son sens de l'humour) chers représentants des gouvernements et des organismes internationaux, chers collègues, mesdames et messieurs. Ce qui s'est produit tôt ce matin est très simple: J'ai été attaqué par un groupe de trois personnes, M. Mac Cairn, M. Harrison et un quelconque fachiste local que je ne connais pas. C'était juste derrière ce bâtiment, dans le jardin de fleurs où j'ai l'habitude de pratiquer un peu de yoga tôt le matin. J'ai été poignardé deux fois avec un couteau de cuisine par le fachiste, qui a essayé d'atteindre mon coeur, afin de me tuer. Mais ce minable était en plus un maladroit: la lame était trop large pour passer entre mes côtes.

«Je n'ai plus eu qu'à jouer au mort: les yeux grands ouverts, j'ai regardé qui est venu contrôler si j'étais vraiment mort. Vous savez que j'ai un certain don pour ce genre de plaisanteries. Je n'ai eu aucun mal à berner ces idiots.

«J'ai été immédiatement secouru par des étudiants et traité à l'hôpital de l'université, juste à côté, qui a fait du beau travail. Afin de confondre les coupables, j'ai dit à tout le monde que j'avais été attaqué avec un pistolet silencieux, et seulement le chirurgien connaissait la vérité. Apprenant ce qui se passait ici, j'ai juste demandé à être transporté sur place.

«Je suis désolé de ne pas pouvoir mener la discussion ici, car j'ai besoin de repos. Si je vais mieux, j'y assisterai cet après-midi, moi-même ou des collègues.

«Merci.

«Ah, j'oubliais:

«Ne les laissez pas faire leurs crises ou leur panique idiote. C'est tout simplement inutile, même si il y avait vraiment un danger.»

 

Jean fut entendu: Les bourses des pays arabes et de Russie n'ouvrirent simplement pas ce matin-là, tuant ainsi dans l'oeuf n'importe quelle panique dans cette partie du monde. En Arabie, les forces armées prirent même position dans les lieux publics, mais sans objet: personne ne se déplaça. Les chefs religieux musulmans ont même déclaré ce jour-là jour de prière, pour «éviter d'autres désordres».

 

Ce matin fut un matin de labeur pour toute l'équipe.

En l'absence en Jean Delcourt, le mari d'Angéla Dexter, John Dexter, prit la direction de l'équipe. John était un jeune homme mince avec une barbe et une moustache courtes, et en fait lui seul était Américain. Angéla était Péruvienne, et on disait d'elle qu'elle était en relation avec la renaissance de la tradition Inca. Certains disaient même qu'elle était une sorte de princesse Inca, mais elle ne commentait cela qu'à contrecoeur, et ne l'avait jamais vraiment confirmé. Steve ne s'étonnait plus de ce genre de choses, car il y avait partout dans le monde un renouveau des traditions anciennes, souvent soutenues par les gouvernements concernés, et il y avait même maintenant des ministres Indiens aux Etats-Unis (ce qui avait beaucoup étonné le monde).

John Dexter était quelqu'un de très pratique et organisé. Il avait préparé des livres électroniques contenant toutes les images de la bibliothèque de Centaurus, avec des liens hypertexte de chaque symbole vers son explication. Ainsi il donna simplement à Steve un de ces livres électroniques, et ce dernier n'eut qu'à se mettre au travail, à la recherche de toute découverte scientifique inconnue sur Terre.

Steve passa toute la matinée à chercher des images dans l'énorme livre, suivant des liens et revenant, mais il ne trouva aucun vrai progrès scientifique théorique. Il y avait naturellement plus d'avance technologique, des plans de nouvelles machines, des formules très intéressantes de matériaux supraconducteurs et de chimie fine, des explications dans la mécanique quantique et la physique, plus complète que celle qu'il connaissait, mais rien qui aurait pu mener à des découvertes vraiment inattendues en physique. Les Centauriens avaient construit des accélérateurs de particules très puissants, et Steve examina soigneusement cette section. Mais il ne trouva rien indiquant une expérience très nouvelle en cours, capable de mener à un résultat inattendu. Il constata finalement que, c'était clairement indiqué, ces machines étaient toutes arrêtées depuis des années au moment de la «transition abstraite». Au moins ce point était éclairci.

Steve comprit un détail important: du temps avait été nécessaire pour construire toutes les bibliothèques et les dessins sur la lune de Centaurus. Des dizaines d'années, peut-être des siècles. Ainsi il était très clair que les Centauriens avaient prévu la disparition de leur planète longtemps à l'avance, ce qui éliminait toutes les hypothèses du genre d'une catastrophe inattendue ou d'une attaque interstellaire.

A l'heure du déjeuner, Steve se leva de son livre électronique, fatigué et un peu découragé. Des années seraient nécessaires pour étudier toutes les images, que les télescopes quantiques continuaient à déverser au rythme dévastateur de millions par jour, et ce n'était qu'un échantillon de tout ce que contenaient les immenses bibliothèques souterraines, dont des sections entières étaient encore complètement inconnues.

Ce que Steve avait dans les mains était un produit complètement absurde de l'industrie informatique: un livre électronique contenant cent fois plus de texte qu'il ne pourrait vraiment en lire toute sa vie durant.

 

 

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Scénario, dessins, couleurs, réalisation: Richard Trigaux.

 

 

 

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