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Les plančtes manquantes        Chapitre 4       

 

 

Chapitre 4

Troubles sociaux.

 

 

Steve, Liu et Tcheugyal décidèrent de prendre leur déjeuner dans un restaurant en ville. Ce n'était qu'à un quart d'heure à pied, mais ils se rendirent bientôt compte qu'ils s'étaient égarés. Ils auraient dû aller dans la direction opposée, et au lieu des agréables rues animées de la vieille ville, ils se retrouvèrent dans une banlieue sinistre.

En dépit du progrès social général en ce 21ème siècle, il existait encore de tels endroits inquiétants où des gens se rassemblaient pour partager une ambiance nocive de violence et de haine sociale. Pourtant de grands efforts avaient été faits, particulièrement sur l'emploi et la reconnaissance sociale des pauvres ou des laissés pour compte. Ces efforts avaient généralement porté leurs fruits, même dans les pays pauvres d'Afrique, qui avaient presque tous accomplis d'importants progrès sociaux.

Mais cet effort et son succès même avaient aussi clairement mis en évidence, par contraste, que la violence et les tensions sociales n'avaient pas le chômage ou la pauvreté comme seules causes. Comprendre cela n'avait pas été facile, car les nouvelles formes de fachisme se cachaient maintenant sous des discours «libertaires», par exemple une contestation des discriminations sociales, prétexte en fait pour un puissant racisme anti-blancs et sexisme anti-hétéros. Le renouveau de la spiritualité authentique avait également provoqué une réaction très forte, qui prétendait que nous pouvons faire tout ce que nous voulons, immédiatement et quelles qu'en soient les conséquences, avant le néant absolu de la mort. Ce n'était pas nouveau, puisque depuis 1980, rejeter les formes rigides et dépassées de culture était déjà un prétexte pour dénigrer les formes d'art et de culture progressistes de cette époque. Les choses allèrent jusqu'à des gouvernements favorisant ce genre de «politique de la liberté», et comme par hasard ces gouvernements furent aussi les principaux opposants aux réformes sociales et écologiques des années 2020 à 2050, et ils furent même à l'origine de quelques guerres. De toute façon, à peine au pouvoir, quasiment tous ces gouvernements avaient immédiatement tourné à des formes très classiques de fachisme autoritaire.

Ces mouvements néfastes étaient sur le déclin dans les années 2070, mais la nouvelle apparemment pessimiste de l'absence de future civilisation sur Terre les avait réactivés, sur la base d'un raisonnement simpliste: Si il n'y a aucun avenir, alors il est complètement inutile de faire des efforts pour le progrès social, et encore moins d'efforts de maîtrise de nos esprits personnels. Cette nouvelle tendance allait carrément à l'encontre de la nouvelle politique (depuis environ 2050) de la plupart des gouvernements, des organisations internationales et des Nations Unies, de favoriser les traditions spirituelles réellement libératrices, et en général les formes positives et conviviales d'art et de vie culturelle.

Naturellement la science était aussi critiquée, et cela non plus ce n'était pas du tout nouveau. Donc il fallait s'attendre à des manifestations aux environs du colloque, même ici sur cette paisible île de Madagascar, parmi ces gens aimables qui n'avaient pas d'autre ambition que de profiter simplement de la vie.

 

Ainsi Steve, Liu et Tcheugyal ne furent pas étonnés, dans ce quartier laid avec des maisons négligées et des ordures dans la rue, de rencontrer soudain une bande d'une demi-douzaine d'hommes qui les regardaient, bloquant la rue sans laisser d'issue.

Le plus agressif était un noir mince portant des slogans «anti-racisme». Il marcha droit sur Steve, le traitant de sale blanc, en brandissant un rapster. Cette arme redoutable, ressemblant à une lampe torche, était sensée «libérer l'esprit» de la victime, mais en réalité elle induisait seulement une crise d'épilepsie avec des flashes de lumière, mise à profit par l'attaquant pour faire des suggestions hypnotique ou pour crier des virus idéologiques sur un ton rythmique assez dans le genre de la musique «rap» des années 1990. Bien sûr, en réalité un tel appareil n'avait jamais libéré quiconque de quoi que ce soit, et les victimes au mieux se retrouvaient avec une sérieuse névrose ou syndrome de Stockholm.

Steve eut juste le temps de se rendre compte qu'il était en état de légitime défense, avec les premiers flashes et le bruit horrible de l'objet. Son poing jaillit droit dans le visage de l'attaquant, qui s'effondra dans la boue, crachant du sang. Steve saisit ensuite le sinistre engin, pour le briser contre un mur voisin.

Un autre type, un grand blanc costaud qui semblait le chef (Il y avait toujours des blancs partout où il y avait des problèmes en Afrique) était vêtu d'un pantalon noir collant soulignant les muscles et les parties sexuelles, dans le style des «escadrons de libération». Son visage était distordu par la stupidité, et l'effet était vraiment répugnant, à l'opposé de tout érotisme. Il marchait droit vers Liu, comme pour la violer sur place. Les veines de Steve se gonflèrent immédiatement de fureur froide, mais la fragile petite femme fit juste un petit geste qui ressemblait à un élégant pas de danse, et le voyou se retrouva également à terre, tenant son ventre à deux mains, pâle et le souffle coupé, gémissant de douleur.

Tandis que les autres bandits s'échappaient, Steve et Liu échangèrent des coups d'oeil signifiant que Liu aussi avait quelques ressources. Puis ils regardèrent Tcheugyal, et virent immédiatement que lui aussi maîtrisait complètement la situation, mais d'une manière très différente. Son agresseur était un métis mince et grand, habillé dans le «style africain» agressivement coloré du très fachiste «black party». Il brandissait une sorte de rasoir menaçant, mais il était maintenant immobile, juste à cinquante centimètres devant Tcheugyal. Ce dernier était aussi immobile, juste debout comme il était à son habitude, sans aucun geste ni mimique de défense. Puis le métis les regarda soudainement tous les trois, comme si il venait de se réveiller dans un endroit inconnu. Il abaissa lentement son bras, toujours l'air étonné, laissant son arme tomber à terre avec un visible dégoût. (Steve la saisit immédiatement).

 

Puis soudainement et sans aucune explication, Tcheugyal se retourna et commença à marcher vers la sécurité (ils avaient eu la chance d'échapper à leurs attaquants, mais ces derniers pouvaient revenir en force). Un peu plus loin, Tcheugyal regarda le métis, avec un signe d'invitation du bras. Le métis se mit à courir pour les rattraper, comme si il craignait de les perdre de vue. Juste avant le restaurant, Tcheugyal s'arrêta pour lui donner un papier et de l'argent, et le métis s'arrêta lui aussi à contrecoeur. Il regardait toujours Tcheugyal, ses lèvres tremblantes, comme si il était sur le point de pleurer. Steve se demanda bien ce que Tcheugyal avait bien pu faire à cet homme, pour modifier ainsi son comportement de manière si radicale.

Ils arrivèrent au restaurant avec seulement dix minutes de retard, comme si il ne s'était rien passé, sauf la robe longue de Liu déchirée du bas jusqu'au genou. Ça c'était vraiment érotique, pensa Steve. Liu et Steve n'osèrent poser aucune question à Tcheugyal. Ses méthodes étaient manifestement plus subtiles et plus efficaces que les leurs.

 

 

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Scénario, dessins, couleurs, réalisation: Richard Trigaux.

 

 

 

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