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Les Elfes du Dauriath

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Naëreen

 

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Je suis connu dans le virtuel sous mon nom d'artiste Yichard Muni, ainsi que dans le groupe «Elf Dream» (Rêve elfique) dans MEWE, réseau social respectueux de notre vie privée, approuvé comme tel par les créateurs de l'Internet.

 

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Ce texte s'insère dans une intrigue plus vaste. Il vaut donc mieux lire d'abord «Le Baiser des Mondes», afin de ne pas gâcher la surprise.

Naëreen

Par Yichard Muni, barde elfe

 

 

(Importante note légale à la fin de ce texte)

 

Cette histoire s'est passée il y a très longtemps, bien avant que le Horiathon fut ouvert, peut-être un millier d'années avant le grand exil des Elfes. En ces temps anciens, les océans étaient plus élevés que de nos jours, et ils couvraient encore beaucoup de terres qui sont aujourd'hui habitées.

En particulier, le Shartan n'était pas encore un continent, c'était en ce temps un archipel de milliers d'îles de toutes tailles, certaines avec des volcans actifs ou éteints. Le climat était plus chaud qu'aujourd'hui, et de nombreuses îles portaient une végétation tropicale luxuriante. D'autres îles avec moins de pluie étaient plus pauvres. Parfois, seuls les pirates pouvaient y habiter, pour y cultiver de la vigne.

Les plus grandes îles étaient gouvernées par un roi, par un Marshi, ou par un conseil des marchands les plus puissants. Certaines petites îles appartenaient à un temple ou à un ordre spirituel. Les plus petites îles étaient gouvernés par un baron, ou simplement par un marchand de naissance commune. Tous ces gens étaient plus ou moins marins, surtout sur les plus petites îles qui dépendaient fortement du commerce pour leur survie.

 

Nimly vivait sur une des plus petites îles de l'océan Shartan. Sa famille s'y était établie 80 ans auparavant, après une dispute avec un seigneur plus puissant, sur une autre île. C'était une toute petite île, pas plus de 800 mètres de long, ce qui expliquait qu'elle était autrefois inhabitée. Seuls des pirates y avaient construit le château. Des pluies régulières autorisaient vergers et jardins, mais il n'y avait pas assez de place pour cultiver des céréales. À un bout de l'île était le port, avec une enceinte fortifiée entourant les quais, le château, et des pavillons pour certains fonctionnaires et clercs. A l'extérieur, des maisons de bois pour les esclaves étaient dispersés parmi les arbres et les jardins. Autour, le long des côtes, des monticules rocheux, impropre à la culture, étaient couverts de fougères. Nulle part on ne pouvait échapper an bruit de l'océan ni à la plainte des oiseaux de mer.

 

Le père de Nimly était un commerçant et un capitaine, et il était le propriétaire et le tyran de l'île. Il vivait dans le château, la seule maison de pierre avec un peu de luxe, dans l'enceinte fortifiée, à côté du port. Ainsi, Nimly avait une vie matérielle confortable, profitant des meilleures richesses disponibles en ces temps difficiles, aujourd'hui oubliés.

 

Toutefois il n'était pas heureux. D'abord, il n'avait pas de mère, même ne pas le souvenir d'une. Il ne sut jamais pourquoi, et le père ne répondit jamais à ses interrogations à ce sujet. Il rejeta même Nimly avec colère, et ainsi Nimly renonça bientôt à demander. Les autres clercs évitaient également cette discussion, prenant des airs contrariés ou faisant des remarques fatalistes, mais sans répondre à ses questions.

Deuxièmement, il n'avait pas d'amis. Le père lui parlait rarement, de sorte que toute son éducation de jeune enfant fut confiée à des serviteurs. La plupart du temps cependant, le jeune Nimly était laissé libre de flâner sur l'île. Comme tout enfant, il avait fort envie de jouer avec les autres enfants. Mais ils le rejetaient aussi, refusant de le prendre dans leurs jeux de rôle. Dans les rares cas où ils acceptaient, Nimly était vite las de leur bagarres, coups et bosses.

 

En grandissant, Nimly constata que la plupart des enfants, et pratiquement tout le monde sur l'île, étaient esclaves du père. Il lui fallu des années pour comprendre pleinement ce que cela signifiait vraiment... mais ce fut un choc quand il réalisa que lui était libre de se promener dans les vergers alentour, alors que les autres enfants devaient rester chacun dans leur endroit, et travailler toute la journée.

Certains étaient clairement en colère après lui, pour cette raison, même si aucun n'osait l'insulter ou le battre, lui, le fils du maître. D'autres ne semblaient pas être en colère... mais ils ne l'acceptaient pas non plus, pour quelque mystérieuse raison.

«Tu n'es pas comme nous» disaient-ils, sans aucun indice de ce que cela signifiait. Nimly eu du mal à comprendre... Jusqu'au jour où il dit à un copain qu'il aimait entendre le chant d'un oiseau... Immédiatement, le copain pris une fronde et visa l'oiseau... qu'il manqua heureusement. Nimly ne put éviter de pleurer, et depuis ce jour il fut appelé «celui qui aime les oiseaux» et ils se moquèrent ouvertement de lui...

«On ne t'aime pas Nimly, disaient-ils, parce que les oiseaux sont faits pour être mangés. Les aimer, c'est pas normal.

-Mais avant, vous ne m'aimiez pas non plus», répondit-il. Mais bien sûr ils éludèrent cette question.

 

Ainsi Nimly grandit, la plupart du temps seul, marchant dans les vergers, et au-delà dans la lande et les rochers, où il pouvait au moins être heureux avec soi-même et avec les malheureux bouts de nature que leur petite île avait à offrir.

Au moins, c'était beaucoup mieux que d'être bousculé par ses compagnons vulgaires et prosaïques. Et Nimly, sans s'en rendre compte, apprit ici des choses très importantes: la beauté du coucher de soleil sur la mer, le cri des oiseaux de mer, le respir inépuisable de l'océan, et la joie de l'air pur dans ses poumons ...

 

Cela aurait-il suffit à le rendre heureux? Oui, sauf qu'il était douloureusement seul.

 

Ou pire: un jour, le père de Nimly le convoqua sévèrement dans son bureau. Nimly détestait cet endroit plein de rouleaux et de tiroirs, mais totalement dépourvu de quoi que ce soit pour rendre la vie agréable. C'était le monde des affaires du père, la seule chose qui importait à ses yeux. Habituellement, Nimly allait là uniquement pour être grondé, les rares occasions où le père lui parlait. Quelques fois même il fut flagellé, et il savait que plusieurs esclaves avaient eu bien pire.

Peut-être cette fois serait différente: il y avait un autre homme assis à côté du père, que Nimly n'avait jamais vu avant. Il n'était plus très jeune, avec son ventre et sa demi-calvitie qui n'amélioraient pas l'impression de Nimly. Ses vêtements montraient quelque luxe, avec des broderies. Mais ils étaient visiblement usés, comme de quelqu'un qui avait eu quelque statut social, mais l'avait perdu. Il ne regardait pas Nimly en face, comme si cela le gênait.

«Il y a un moment que tu n'es plus un enfant maintenant, Nimly, commença le père. C'est la fin de ta vue de paresse et de tes idioties d'aimer les oiseaux.

«Règle numéro un, maintenant et à l'avenir, tu restera ici au fort, sans aller plus loin que les premiers vergers. Il faut te mettre au tracail, et apprendre le métier. Pour ça, to apprendra à écrire, calculer, et faire la comptabilité, avec Maître Eyquem ici présent.

«Il te faut aussi apprendre à naviguer, sur nos bateaux, en commançant par être mousse. Tu dois faire comme ça, si tu veux être un jour un vrai capitaine.

«Grave bien dans ton esprit que ton devoir est d'apporter une suite à notre nom de famille. Tu devras prendre le pouvoir ici quand je serai mort. Et pour cela, tu as besoin d 'une bonne éducation»

Humilié, Nimly n'écoutait ce discours que d'une seule oreille, cherchant plutôt à évaluer cet homme. Maître Eyquem regardait aussi de son côté, mais il semblait bien plus embarrassé qu'autoritaire.

 

Tout en parlant, le père mena Nimly et maître Eyquem à leur salle d'enseignement. Mais Nimly se sentait si malheureux, que son visage se tordait dans un effort pour s'empêcher de pleurer: Il était privé de nature, sa seule joie! C'était une catastrophe!

Rapidement le père s'éclipsa, et dès qu'ils furent seuls, Maître Eyquem eut l'air plus rassuré. Ils s'assirent tous deux à une table dans une salle aux murs de pierre, où un tableau d'ardoise sombre et des craies les attendaient.

Ils étaient maintenant plus en sécurité, et Maître Eyquem se relaxa, souriant en se présentant. C'était en fait un philosophe, et il avait bien d'autres choses à apprendre à Nimly que la comptabilité. Il avait été membre d'une école de philosophie, soutenue par un groupe de riches marchands dans la plus grande île du Shartan. Ceci leur permettait une vie assez confortable, dans une sorte de lycée.

Cela dura jusqu'à ce qu'un désaccord parmi les philosophes entraîna une répression brutale par les autorités, forçant Maître Eyquem à fuir. Et depuis, il gagnait sa vie modestement, comme comptable ou enseignant. Généralement, en ces temps obscurs, les philosophes n'étaient pas tenus en haute estime, et beaucoup devaient travailler, au lieu d'être soutenus pour offrir leur sagesse... (C'est comme si aujourd'hui les constructeurs de routes devaient faire la plonge dans les restaurants pour payer le goudron dont ils ont besoin pour faire des routes pour tout le monde! On aurait l'incroyable réalisation de 50m de route, comme effort militant).

 

Heure après heure, jour après jour, la douce et aimable voix de maître Eyquem gagna la sympathie de Nimly. C'était la première fois que Nimly entendait quelqu'un qui n'exprimait pas naturellement quelque moquerie ou mépris. De plus, sa compagnie se révéla vite très intéressante. C'est ainsi que Nimly commença quatre heureuses années d'études avec Maître Eyquem, et qu'ils devinrent vite des amis proches. Il lui ouvrit aussi tant d'horizons nouveaux, à propos de choses qu'il ne pouvait même pas imaginer depuis sa minuscule île.

Aguerri par des années de réflexion, maître Eyquem n'était pas naïf. Ce n'était probablement pas la première fois qu'il travaillait à éduquer le fils d'un père stupide, et il se montra vite expert dans l'art de passer d'une conversation intéressante à un calcul ennuyeux, quand le père faisait soudain irruption dans la pièce. Il trouvait aussi toutes sortes de prétextes pour aller dehors, et même dans le petit lopin de nature que Nimly aimait tant.

Rapidement, Nimly fut fou de lui. Mais c'était aussi de l'excellente pédagogie: Nimly, sa curiosité piquée, posait lui-même des questions impliquant de la lecture, du calcul, etc. Seul la gestion commerciale restait difficile à avaler, mais Maître Eyquem l'introduisait avec des histoires et des aventures... Ce qui fait que, sans même s'en rendre compte, Nimly devint vite plus instruit que ce père entêté!

 

De ce fait, toutefois, il augmentait la distance avec ses compagnons vulgaires et stupides... Quand Nimly était amené aux docks pour des travaux pratiques, on se moquait tout le temps de lui... pas ouvertement, car cela aurait été puni, mais d'une manière tout de même douloureuse. Ils suggéraient qu'il était un privilégié, un intellectuel, mais il savait que ce n'était pas la vraie raison. Les choses empirèrent même quand il trouva des erreurs évidentes dans la comptabilité... Heureusement il ne réalisa pas que ces erreurs étaient en fait des falsifications par un des comptables! Sur une si petite île, où la nourriture était méticuleusement contrôlée, détourner une seule miche de pain n'avait pas de prix...

 

Tant fit Maître Eyquem, que de nombreuses connivences subtiles s'établirent petit à petit entre lui et Nimly. Il y avait beaucoup de choses dont ils ne pouvaient pas discuter ouvertement, dans la promiscuité malsaine du fort, où yeux et oreilles les épiaient constamment, prêts à les dénoncer. Par exemple, «Ton père a dit...» ou «Mon père dirait...», loin d'être une marque de respect et d'obéissance, était en fait un moyen de signifier qu'ils n'étaient pas d'accord avec le père! Et pour être sûrs d'être toujours en sécurité, ils procédaient ainsi même quand ils étaient sûrs d'être seuls. Quelquefois un simple sourire indiquait qu'il ne fallait pas comprendre quelque chose littéralement...

Rarement ils pouvaient aller dans la lande, et c'était leurs seuls moments de sécurité, loin de la maison du père. Le bruit de l'océan cachait à quiconque leurs murmures, et personne pouvait s'approcher sans être remarqué. Tout de même, Maître Eyquem installa une sorte de gnomon rudimentaire, en faisant des gestes d'enseignement, alors qu'ils parlaient de choses totalement différentes.

Il n'était toutefois pas facile à Maître Eyquem d'assumer une relation totalement réciproque: il ne pouvait tout simplement pas faire complètement confiance à Nimly. Comme tous ceux qui ont eu à se cacher d'une persécution, il se protégeait instinctivement de tout le monde. En plus, il savait que les adolescents changent souvent d'idées, quand ils sont en age de disposer du pouvoir à leur tour... Il en avait vu tant, juste à ce moment, endosser les idées qu'ils critiquaient deux ans plus tôt... Ainsi, quand Nimly disait qu'il s'opposait à l'esclavage, ou qu'il aimait les oiseaux, Maître Eyquem avait l'habitude de répondre quelque chose du genre «ton père dirait...» C'était une façon de dire que lui, Maître Eyquem, approuvait Nimly, mais qu'il n'était pas libre de le dire. Mais aussi, c'était une façon pour lui d'éviter de dire des choses textuellement, qui pourraient être utilisées contre lui plus tard! Ce jeu compliqué était celui de deux belles âmes échouées dans un monde cruel, et n'osant pas croire à leur bonheur...

 

Généralement, une bonne éducation comprend une formation manuelle. Ainsi, Nimly apprit aussi la voile. À cette fin, il monta sur les trois petits bateaux de bois gris à voiles triangulaires brunes, cabotant les îles voisines du Shartan, pour échanger des céréales contre des fruits. C'est ainsi qu'ils pouvaient vivre sur leur île minuscule.

A bord des petits navires, il apprit le rudiment de la navigation. Mais aussi, il était plus ouvertement moqué et brutalisé, car il n'y avait personne pour dénoncer les coupables. C'est ce qu'ils appelaient «apprendre à vivre»! La seule chose qui lui fut épargnée, grâce à la position du père, fut la coutume de violer tous les jeunes garçons sur le bateau.

Uni avec le vent et le ciel, il aimait beaucoup la voile, et il passait parfois des heures à regarder les vagues, sentant le vent et les embruns, observant les poissons et les dauphins, jusqu'à ce que quelqu'un commence à se moquer de lui ou à le réprimander.

Il avait alors tout le temps d'imaginer comment la vie pourrait être, sans moqueries ni stupidité... Mais cela ne fit qu'élargir le fossé avec ses compagnons, surtout qu'il ne voyait que trop bien toutes les occasions qu'ils manquaient.

 

Conformément à la tradition de l'île, ils allaient aussi dans l'océan profond, pour du commerce triangulaire de tissus rares, d'or ou d'épices, dans des pays lointains. Pour cela, ils avaient un bateau de plus grande taille, qui avait fière allure avec ses deux mâts, ses voiles blanches carrées, et un château arrière peint, muni de fenêtres et de lanternes. Il était vieux, mais il avait été récemment calfaté de neuf, ce qui lui permettrait de rendre encore de nombreux services. C'était la fierté du père, et le principal bien de leur famille. Le père ne manquait jamais de raconter comment ce navire avait été récupéré d'une bande de pirates, par le grand-père de Nimly, à l'aide d'un tonneau de vin empoisonné et de quelques combats vicieux pour finir de convaincre les pirates restants.

 

Sans attendre la fin de ses études, Nimly fut enrôlé dans un de ces voyages, avec le père et le philosophe. Les marins faisaient aussi office de gardes, car en ces temps les pirates étaient communs.

Toute la première partie du voyage se déroula bien, et ils visitèrent plusieurs ports exotiques.

Vers la fin du jour, après leur quart, Maître Eyquem expliquait nombre de points d'histoire ou de géographie, sur les grands royaumes au-delà du Shartan. Mais Nimly n'était presque jamais autorisé à terre, il lui fallait rester à bord. Il ne pouvait que contempler montagnes et bâtiments depuis le bateau. Seulement à quelques rares occasions il fut autorisé à suivre le père sur les marchés, après de nombreux avertissements sur le danger d'être enlevé, pris en otage, ou simplement mis en esclavage.

Ornant les quais, de larges bâtiments étaient visibles, et au-delà, de merveilleux temples, te grands arbres et des jardins suspendus. La nuit, Nimly pouvait entendre de la musique et des chants, qui l'émurent étrangement, sans qu'il comprenne pourquoi.

Tous ces ports actifs connaissaient une agitation permanente, d'une foule de gens avec d'étranges vêtements et des couleurs de peau variées, apportant toutes sortes de marchandises rares, qui s'accumulaient dans les cales, en échanges d'armes, d'huile végétale ou de bois dur du Shartan. De riches marchands montaient à bord, discutaient dans d'étranges langages, marchandant pendant des heures tout en buvant du thé avec le père.

Hélas, à chaque fois qu'ils chargeaient ou déchargeaient quelque chose, ils voyaient des porteurs maigres, vêtus seulement de pagnes crasseux... Nimly était assis au côté du père, qui lui expliquait la comptabilité et les négociations. Mais en réalité, Nimly était triste de découvrir que l'esclavage était si répandu, au point que la plupart des gens dans le monde devaient supporter un dur labeur et des ordres abusifs de la part de maîtres insensibles... Les rares fois qu'il sortait, il trouvait aussi des rues boueuses et des odeurs de toilettes émanant de taudis, entre les merveilleux bâtiments... Ainsi ce monde mêlait inextricablement merveille et laideur, bonheur et tristesse...

Or, dans le dernier port qu'ils visitèrent, Borong Gündür, ils rencontrèrent quelque chose de différent!

Un matin, un élégant navire blanc vint s'amarrer juste derrière le leur, le long du quai... Et pour la première fois, Nimly vit des elfes! Et depuis la fenêtre de sa cabine dans le château arrière, Nimly avait vue sur leur pont! Ils contrastaient vivement avec eux, joliment vêtus de couleurs claires, parlant calmement et gentiment, au contraire de tous ces hommes rudes aux voix dures et paroles grossières...

Si les elfes étaient souvent des artisans, ceux-ci étaient plutôt des orfèvres, échangeant des bijoux contre toutes sortes de denrées dont ils avaient besoin. Le Père avertit Nimly que les elfes sont très efficaces dans le commerce, parce qu'ils utilisent la magie. Ce qui était faux, ils ne faisaient qu'appliquer habilement les méthodes commerciales de base, bien au-delà de la compréhension de cet homme obtus: L'énorme valeur ajoutée entre l'or brut et les joyaux permettait aux elfes de soutenir un train de vie très confortable, sans avoir besoin de faire des entorses à leur mode de vie habituel dans la beauté et la poésie. Qui plus est, les productions elfiques étaient souvent très demandées et surévaluées, car beaucoup de gens croyaient qu'elles avaient des pouvoirs magiques, ou qu'elles étaient des charmes de chance.

 

A une occasion, quelques Elfes vinrent sur le bateau de Nimly; pour échanger des joyaux contre des teintures et du bois dur. Mais le père commença aussitôt à avertir Nimly du danger d'avoir affaire aux elfes, qui étaient, comme tout le monde disait, des créatures traîtresses utilisant la magie et l'enchantement pour séduire et tromper les honnêtes gens. Les négociations furent brèves, car les elfes ont l'habitude d'être francs, sans paroles inutiles. Et ils vinrent rapidement apporter leur marchandise et prendre leur bois... qu'ils portèrent eux-mêmes, sans utiliser d'esclaves! Ils avaient juste des tuniques simples de tissus solide, ce qui se comprend. Quant ils s'en allèrent, ils dirent au-revoir à tout le monde, et l'un d'eux regarda Nimly droit dans les yeux... Nimly manqua un battement de coeur...

 

Durant les négociations, Nimly n'était pas autorisé à commenter, tandis que Maître Eyquem restait silencieux, sa façon à lui de signifier qu'il n'était pas d'accord avec le père.

 

Echappant au travail pour quelques minutes, Nimly put observer discrètement le navire elfique depuis sa fenêtre... Il avait des formes plus élégantes que les autres navires, peint en blanc rehaussé de filets de couleurs vives. Sur le pont, les Elfes parlaient joyeusement, échangeant des blagues dans leur langue mélodieuse. Et il y avait des dames elfes aussi... Elles descendaient rarement sur la terre ferme, car c'était dangereux pour elles. Alors, elles parlaient et riaient sur le pont de leur navire, cachées du quai par un grand rideau. Mais, de son surplomb, Nimly put les voir... Il entendit à plusieurs reprises appeler «Naëreen», un nom qui sonnait si mélodieusement à ses oreilles... et une superbe jeune dame répondait «ee» (habituellement avec deux notes, comme «i-i»), qui signifiait probablement «oui» dans leur langue. Elle portait une tunique blanche brillant au soleil, et de superbes cheveux d'or lumineux, comme éthérés... La plupart du temps, au lieu de marcher, elle sautillait allègrement quand quelqu'un l'appelait, comme un enfant qui joue, comme si son corps n'avait pas de poids. Mais soudain, elle tourna la tête vers Nimly, sentant probablement sa présence. Elle devint timide, lui envoyant un bonjour de la main, avec un merveilleux sourire, avant de rentrer dans la cabine. Aucun autre elfe ne fut plus visible ce jour-là. Rêve brisé …

 

Le soir, une fois au lit, Nimly avait sa fenêtre légèrement ouverte. Les elfes n'étaient plus visibles, mais une lumière chaleureuse émanait d'une écoutille, avec des rires et des voix. Ces rires étaient différents des rires moqueurs auxquels il était habitué, éveillant joie et contentement... et rendant Nimly heureux! A plusieurs occasions, il entendit clairement une voix et un éclat de rire, et il était sûr que c'était Naëreen...

Et les elfes peuvent aussi être incroyablement unis: toutes les voix stoppèrent ensemble, sans concertation apparente, et un chant démarra... Probablement c'était Naëreen, il n'était pas sûr... mais cette voix pure et mélodieuse le transporta... Il était dans un autre monde, un monde de beauté et de gentillesse... une merveilleuse émotions commença à se répandre dans son ventre et son corps tout entier... Il eut un violent désir d'être avec les Elfes, avec cette merveilleuse créature capable de produire un tel effet avec sa seule voix!

Vivement, des bruits de pas envahirent le couloir, et la porte de Nimly s'ouvrit à la volée. Le père entra, l'air effrayé: «Nimly! Tu ne dois pas entendre ces chants! Les elfes sont des magiciens, et ils vont te soumettre à leur enchantement! Tu les regrettera toute ta vie!»

Essoufflé, le père, qui pour une fois n'avait pas l'air en colère, semblait plutôt effrayé pour son fils, comme s'il y avait un réel danger... Et Nimly, inexpérimenté, eut soudainement peur: si l'émotion qu'il ressentait était l'enchantement des Elfes? «Enchantement» ne signifie t-il pas «être sous l'influence d'un chant»? Il les regretterait à jamais... il les regrettait déjà. Effrayé et incertain, il suivit le père vers une autre cabine, d'où le chant n'était plus audible.

Nimly repensa souvent à ce moment, plus tard: il lui aurait suffit de se laisser glisser du pont de leur bateau, et, à l'aide de quelque flotteur, nager vers le bateau des elfes, et s'y cacher... Mais dès le lendemain matin, c'était trop tard: ils quittèrent le port tôt, et les mâts du navire elfique disparurent derrière les jetées... Bientôt, ils ne virent plus que le merveilleux paysage d'élégants minarets ocres de Borong Gündür, émergeant de la brume matinale rose et mauve... puis ces derniers disparurent à leur tour, tandis que leur bateau prenait de vitesse vers le grand large. Nimly avait confusément l'impression que le père avait brisé quelque chose, que cet enchantement elfique n'était pas quelque chose de mauvais, mais une ouverture vers une autre vie, un monde de gaité, de beauté et de joie, où harcèlement et moquerie étaient totalement inconnus... Quand la vue des côtes s'estompa, Nimly commença à ressentir un amer regret... Était-ce vraiment quelque magie maléfique, ou tout simplement la merveille qu'il avait manqué? Le silence obstiné de Maître Eyquem était difficile à comprendre …

Le voyage de retour fut plus difficile, car le père avait décidé de prendre un raccourci: passer près du Horiathon, le lieu dangereux et obscur où le Dauriath, le monde dans le ciel, touche presque le monde d'ici, le Nyidiath.

Ainsi, ils pensaient gagner deux ou trois semaines de navigation... mais ils prenaient également un risque sérieux, car le Horiathon est un endroit dangereux, où il est particulièrement difficile de garder un cap.

Mais le père de Nimly était très confiant dans sa capacité à garder son cap même dans l'obscurité sans soleil du Horiathon, et de battre leurs concurrents... Plus tard, il confia son secret à Nimly: une étrange pierre attachée à un flotteur dans une bassine d'eau, se déplaçait de manière de montrer le nord... Le père pensait que c'était de la magie, et il faisait le rituel de Marna, la déesse de la chance et des voyageurs, avant de mettre le flotteur dans la bassine, comme si il faisait une séance de divination. Il disait souvent que la pierre ne l'avait jamais trahi, pensant qu'il avait une protection spéciale personnelle de Marna, qui, comme chacun sait, refuse habituellement d'aider les commerçants.

Le vaste océan entourant le Horiathon avait de forts vents permanents, de sorte qu'il était facile et rapide d'y voyager. Mais l'approche du Horiathon montre des choses étranges: des vagues énormes et lentes, tout objet qui devient très léger, l'horizon étrangement déformé, et une tempête permanente...

Ils manquèrent de chance avec le vent, et ils approchèrent beaucoup plus que désiré... de plus, en ces temps, les navires ne pouvaient pas naviguer contre le vent, et ils eurent du mal à échapper à la spirale de vents imprévisibles autour du Horiathon... Ils furent vite pris dans la tempête centrale! Ce n'est vraiment pas une bonne idée que d'invoquer Marna à des fins commerciales!

 

Mais cette erreur leur permit de voir la foudre perpétuelle!

Imaginez un éclair, mais qui ne s'arrêterait jamais, dans la pénombre jaunâtre du Horiation (parfois aussi sombre que la nuit), se tordant, craquant, s'arrêtant une seconde, juste pour réapparaître un peu plus loin...

Dans cette aveuglant scintillement, les nuages étaient visibles au-dessus, formant des murs circulaires en mouvement rapide, un terrifiant entonnoir s'élevant des dizaines de kilomètres au dessus... où ils pouvaient apercevoir le Dauriath, qui ressemblait à une porte liquide tout en haut de l'entonnoir!

La foudre permanente sautait entre les deux mondes...

Le bruit était assourdissant, dans tous les registres entre les violents craquements et les plus sourds grondements...

Par moments, une plus grande vague se soulevait en un point, et les masses d'eau semblaient aspirées par l'entonnoir, glissant doucement vers le haut... il leur fallait environ un quart d'heure pour faire tout le trajet et atterrir sur le Dauriath, éclaboussant sa surface de blanc. Pour ces gens sans aucune connaissance d'astronomie, il était très difficile de comprendre comment l'eau pouvait se tenir au-dessus de leur tête sans tomber, et encore plus s'élever... Alors ils pensaient et ressentaient vraiment comme si cet endroit était une démonstration démoniaque, craignant de voir le dieu infernal Niszun jaillir de la foudre et les enlever vers le Dauriath!

Ils tournèrent follement dans cette énorme tornade, pendant sept heures... Quand ils réussirent à s'échapper, il faisait nuit, le gréement était endommagé, et l'équipage épuisé. Mais ils avaient réussi leur pari, d'arriver dix jours avant leurs plus proches concurrents!

 

Tant qu'ils étaient à bord, Nimly et Maître Eyquem ne pouvait pas parler librement, de sorte qu'ils devaient se tenir à l'écriture et au calcul, tandis que le père expliquait de nombreuses astuces de commerce... Mais une fois de retour sur leur île, le philosophe et Nimly purent à nouveau se rencontrer dans des lieux plus sûrs. Bien qu'ils étaient de plus en plus méfiants, se sentant espionnés.

Nimly posa beaucoup de questions, et il a fallu des semaines à Maître Eyquem pour répondre à toutes. Nimly commença à se renseigner sur les pays qu'ils avaient visités, le Horiathon, et d'autres choses. Mais bien sûr, il aborda rapidement les Elfes... Maître Eyquem devint un peu réticent à répondre...

Il expliqua que les Elfes étaient comme les humains, mais avec un grand amour de la vie... Ils étaient des artistes, vivant dans de beaux endroits, en se respectant mutuellement beaucoup. En outre, ils possédaient une grande sagesse et des pouvoirs magiques, ce qui fait que la plupart des gens les craignaient.

«Est-ce que les Elfes se moquent les uns les autres?» Interrogea Nimly.

-Non, ils ne font jamais ça» répondit lentement Maître Eyquem.

Nimly se sentit prodigieusement intéressé...

Mais Maître Eyquem était de moins en moins à l'aise, la respiration haletante. Nimly, tout à son enthousiasme, ne pouvait pas deviner le combat intérieur de cet homme, déchiré entre son amour de la vérité et la crainte de la répression... qui n'était pas à prendre à la légère: quelques semaines plus tôt, le père avait fait torturer et tuer un esclave, pour une erreur mineure. Mais le philosophe trouva encore le courage de répondre:

«Ils ne font jamais ça. Intimidation ou moquerie sont des choses qu'ils ignorent totalement. Ils ont toujours le respect et l'amour de l'autre.

-Est-ce qu'ils tuent les oiseaux?

-Non, non plus. En faits, ils ne mangent même pas de viande du tout. Le soi-disant besoin de manger de la viande est une invention, un simple prétexte pour justifier un monde de peur, de souffrance et de meurtre».

Nimly réfléchit silencieusement... Puis:

«Savez-vous pourquoi les autres me harcèlent spécialement? Est-ce parce que je suis le fils de mon père?

-Non» répondit Maître Eyquem sans hésitation. Puis, avec difficulté: «Ils vous harcèlent parce que vous êtes capable de vivre par vous-même, au lieu de suivre un modèle. Ils le sentent, et ils veulent détruire cette chose qu'ils ne peuvent pas contrôler. Leurs esprits sont trop compliquées pour comprendre les choses simples, et leurs cœurs ont des replis obscurs craignant la lumière. Alors quand ils voient votre beauté intérieure, ils ressentent un désir maladif de l'étouffer. C'est aussi la raison pour laquelle ils tuent les oiseaux et coupent les fleurs».

 

Quelques jours plus tard, le philosophe fut gravement malade. Nimly ne fut autorisée à le voir qu'une seule fois, et pendant peu de temps. Il était pâle et travaillé par les affres d'une terrible douleur au ventre.

Mais quand Maître Eyquem vit Nimly, il réussi à sourire et à dire: «Les philosophes ne craignent pas le poison, parce que le poison n'a pas le pouvoir de rendre leurs enseignements faux». Le comptable qui surveillait Nimly lui demanda immédiatement de sortir.

Le philosophe mourut cette nuit là, et il n'y eut guère de cérémonies funéraires. Le père fit rapidement comme si il n'avait jamais existé, faisant juste allusion une ou deux fois au «problème» qu'il avait eu avec lui.

 

Alors Nimly était maintenant seul, ou pire, parce que le père le retenait constamment pour lui parler de commerce. Nimly en savait déjà plus que lui, mais il n'était pas autorisé à répondre. Ainsi il ne pouvait que se tenir debout et écouter, même quand le père avait visiblement tort. Pire, Nimly n'avait plus personne à qui parler maintenant, et il était de plus en plus malheureux, passant le plus clair de son temps dans ces bâtiments de pierres froides, avec ces gens ne parlant que de commerce…

 

La nuit, il rêvait de plus en plus souvent d'elfes appelant «Naëreeen... Naëreeen! »Et une silhouette d'or brillant et de lumière blanche répondait «Eee-eee» en sautant joyeusement. Elle était si belle et si heureuse, que, à chaque fois, Nimly ressentait un bien-être chaleureux emplissant tout son corps... D'autres fois, il marchait dans sa lande, et soudain elle était là, brillante comme la neige fraîche, en lui souriant, et chantant pour lui... Et puis, Nimly se réveillait, se retrouvant tout seul dans ce lieu sombre et triste…

 

Il eut plusieurs occasions de s'échapper, en cabotant autour des îlots voisins avec les trois petits bateaux. Mais en fait, il n'osa pas: les gens y ressemblaient tant à ceux de sa propre île... et, une fois là, il ne pouvait pas aller plus loin! Les rares fois où il entendit parler d'elfes, ils étaient au loin, et les gens ne les voulaient pas plus près...

Mais que pouvait-il faire? Il pensa bien à s'échapper à cette île, et peut-être rejoindre les elfes... Mais comment? Comment pouvait-il seulement les trouver, ou même demander son chemin, dans un monde où, on lui avait dit, la plupart des gens se méfient des elfes, et au mieux, se gardaient bien de se mêler de leurs affaires? Maître Eyquem lui avait aussi expliqué -et il était une source fiable- qu'un jeune homme errant dans le monde s'exposait à un grand danger, d'être pris comme esclave par la première personne qu'il rencontrerait, et passer une courte vie à travailler jusqu'à l'épuisement... Pire encore, il pourrait être pris dans une sorte de harem, ou dans un groupe de pirates... Les pirates n'étaient-ils pas de sortes de harceleurs, bien pire que ceux qu'il avait ici?

Il avait clairement besoin d'un navire, pour sa quête! Mais comment pourrait-il naviguer seul, même avec une simple voile triangulaire? Il connaissait maintenant assez la voile pour être admis à la barre, et même donner des ordres aux autres marins. Mais de toutes façons, ces petits navires nécessitaient au moins trois personnes pour les manoeuvrer. Qui l'aiderait à poursuivre son rêve?

Peut-être la solution était d'attendre que le père lui permette d'être capitaine... Mais même si il pouvait commander l'un des petits bateaux, ils donnaient accès uniquement aux petites îles alentour: peu de chances d'y rencontrer des elfes. Il lui fallait le grand navire, pour naviguer dans tout l'océan du Horiathon! Mais il y avait peu de chances que le père abandonne son commandement avant sa mort, ce qui n'arriverait que dans des dizaines d'années... Comment supporter un tel ennui si longtemps?

 

Ses rêves arrivaient moins souvent, mais sans vraiment desserrer leur emprise: il continuait à la voir, parfois... Il arrivait dans un port, et le navire elfique était là, avec elle debout sur le pont, qui l'attendait...

Il pensa qu'il pourrait réussir à s'échapper dans un port, lors d'un voyage avec le grand navire. Mais le père avait décidé de ne pas l'emmener dans ces voyages, afin qu'il puisse s'occuper des affaires quand il était absent! Quand le prendrait-il à nouveau dans le grand navire? Dans un mois? Dans dix ans?

 

Une année de plus passa, où les choses allaient de pire en pire. Il était enfermé dans l'enceinte autour du port et de la maison du père, et forcé de rester avec les esclaves et les comptables.

Ils n'osaient plus être ouvertement arrogants ou moqueurs envers lui. Nimly remarqua plutôt de la peur, du fait qu'il était l'héritier du père, et qu'il serait le maître un jour. Ainsi ils avaient fini par comprendre que se moquer de lui n'était probablement pas une bonne idée... Mais ils avaient une façon terrible de l'ignorer, ne parlant que de travail, se taisant quand il entrait, et prenant un ton froid quand ils ne pouvaient pas éviter de parler avec lui.

 

Un jour, le père convoqua Nimly dans son bureau. «Il est temps de te marier, commença t-il. Tu es mon héritier, et tu prendras la direction de mon commerce quand je mourrai. Mais à ton tour, tu devras avoir ton propre héritier, de sorte que notre nom de famille continue à exister. Mais attention de ne pas confier son éducation à un philosophe, pour ne pas avoir à nouveau ces problèmes».

Cette exigence de se marier inquiéta d'abord Nimly. Puis il se demanda si les femmes ne seraient pas meilleures que les hommes... Il ne voyait que rarement des filles de son âge, car elles étaient la plupart du temps confinées dans une cour entourée de murs. Mais vite il ressentit un grand trouble... Naëreen! Comment pourrait-il épouser quelqu'un d'autre? Il compris que son attirance pour elle n'était pas qu'un rêve, c'était sa vie! Il voulait l'épouser elle!

Alors que faire?

Pendant plusieurs jours, Nimly se tourmenta l'esprit... Lui fallait-il accepter une vraie femme, ou poursuivre un rêve qu'il pourrait ne jamais atteindre? Il rêva qu'il entrait dans la cour murée des jeunes filles... et il y trouvait Naëreen! Mais aussi, autre chose le frappa, d'autant plus fort qu'il ne l'avait pas encore remarqué: en admettant que, par une chance extraordinaire, il la retrouve, quelque part au-delà du vaste océan, l'aimerait-elle aussi? Elle s'était juste montrée timide quand elle l'avait repéré, et probablement elle n'avait même pas vu son visage... peut-être ne se rappellerait-elle même pas de lui!

Heureusement, au travail, la conversation allait quelquefois sur les Elfes, qui étaient des partenaires commerciaux réguliers du père. Nimly introduisit habilement l'idée des mariages d'affaires avec les Elfes... Il avait aussi une certaine expérience des allusions innocentes, qu'il tenait de maître Eyquem. Mais l'un des comptables (le moins harceleur) répondit immédiatement: «Les elfes et les humains sont deux races différentes, qui ne peuvent pas se marier ensemble. En plus, les Elfes tuent quiconque s'approche de leurs femmes». Nimly dû sortir immédiatement, sous un prétexte quelconque. Il ne put éviter de pleurer, une fois dans sa chambre. Donc tout cela n'était qu'un rêve impossible... Peut-être les Elfes l'avaient-ils vraiment enchanté, après tout, avec leurs chants, afin de le rendre éternellement malheureux!

Son Rêve de la nuit suivante semblait confirmer cette conclusion: Il vit Naëreen, s'estompant comme une brume... Mais la tristesse était encore dans son cœur le matin quand il se réveilla. Ainsi, dans la matinée, il pensa que, bon, il valait mieux se décider pour une vraie femme... Après tout, il y avait des hommes bons, comme Maître Eyquem... Donc, il y avait peut-être aussi des femmes bonnes? Il n'avait pratiquement aucune expérience des jeunes femmes, car elles étaient tout le temps enfermées dans une autre partie de l'enceinte, faisant la cuisine et la couture. Il savait juste qu'elles faisaient des broderies merveilleuses, que le père vendait à un prix élevé. Mais il ne les avait jamais entendu rire, juste, parfois, se quereller bruyamment... Alors quoi? Peut-être il y avait-il une contrepartie féminine de lui-même, attendant un mari qui ne se moquerait pas d'elle?

 

Un grand bal fut organisé, où huit jeunes filles furent invitées, afin qu'il puisse choisir l'une d'elles. On lui expliqua qu'une était d'une «meilleure famille», et mieux vêtue, afin qu'il puisse la reconnaître, et la choisir. Les autres étaient encore acceptables, mais des moindres choix. A la limite, Nimly pouvait presque deviner le nom de l'épouse prévue... tout cela n'était qu'un simulacre.

 

Le bal se passa bien, et Nimly tomba sous le charme de ces sourires et aimables paroles. Cependant, il devina quelques gloussements et remarques à voix basse...

Il était si débutant avec les femmes que, heureusement, le désir sensuel n'avait pas encore assez de force pour l'aveugler. Mais il savait ce qu'il voulait: une femme avec un bon cœur comme lui, qui saurait le comprendre! C'est la seule chose qui pourrait effacer le souvenir obsédant de Naëreen et de son amour impossible... Alors il demanda à avoir des entretiens privés avec chacune d'elle, à leur tour. Le père accepta à contrecœur, comme s'il pressentait le gâchis total qui en résulterait...

 

 

La première entrevue commença bien, avec la dame (le choix imposé) faisant des gestes élégants destinés à le séduire, en répétant des phrases toutes faites...

Mais Nimly posa des questions précises, sur les oiseaux, la gentillesse, les moqueries, les esclaves... Inutile de préciser, seulement quelques minutes après c'était un échec complet, la dame paniquant, marmonnant des ooohs et des aaahs, et incapable de répondre d'une manière sensée à aucune de ces questions... bien que son propre bonheur fut en jeu!

Plus tard, il l'entendit sangloter dans le bureau du père ...

Sous le regard silencieux mais terrible du père, Nimly demanda à parler avec les autres jeunes femmes... deux, trois... avec toujours le même résultat. Puis elles échangèrent probablement entre elles, et les autres refusèrent carrément de parler avec lui! Même les «moindres familles» qui auraient pourtant obtenu une grande promotion sociale avec lui...

 

Nimly était triste, car il réalisait que, après tout, les femmes n'étaient pas meilleurs que les hommes... elles avaient seulement des manières différentes de le mépriser... et bien plus douloureuses, car il ressentait maintenant un désir croissant de se marier, mais avec une femme au bon cœur qui accepterait son propre bon coeur!

 

Quelques jours plus tard, le père convoqua à nouveau Nimly dans son bureau. Il y avait aussi une femme désagréable que Nimly avait parfois rencontré alentour.

«J'ai honte de toi, commença t-il avec colère. Tu as été incapable de choisir une de ces riches femmes avec des statuts sociaux élevés. Au lieu de ça, tu les a insultées avec tes absurdités, et personne ne veut plus de toi maintenant. Donc, ma décision est que tu épouseras Dammiel, cette dame ici présente, fille de Domron, notre chef comptable. Ce sera une bonne opportunité sociale pour elle, et au moins elle est forte, elle te mènera correctement. Car, rappelles-toi, ton devoir est d'avoir un héritier à ton tour, de sorte que notre nom de famille continue à exister. Mais mon héritage passera au dessus de ta tête, à ton fils, de sorte que mon entreprise tombe dans des mains plus responsables».

Paniqué, Nimly jeta un coup d'oeil à Dammiel... Elle avait le sourire des harceleurs! Ainsi, même les femmes pouvaient faire cela! Elle avait 25 ans, et lui seulement 15. La beauté de la jeunesse sur son visage disparaissait déjà, comme d'un fruit desséché, tandis que les affreuses rides de la tyrannie commençaient à se former. Elle se moquerait de lui constamment, et le réprimanderait tout le temps sans aucune raison, elle le ferait culpabiliser, sans jamais le laisser sortir, comme d'une personne malade. Elle n'accomplirait son «devoir conjugal» qu'une seule fois, comme d'une chose désagréable mais nécessaire, pour ne jamais lui donner de tendresse après. Il savait qu'il était inutile de dire oui ou non, ou tout autre chose, car le père avait l'habitude de ne jamais changer d'avis. Un chemin de souffrance l'attendait…

 

Pour quelque raison astrologique, le père reporta de trois mois le mariage forcé. Nimly n'avait plus que ce temps pour trouver une solution... Mais quoi? Comment sortir de cette minuscule île mortelle? Les occasions de s'échapper s'évanouissaient à peine qu'elles se présentaient... à chaque fois qu'un voyage sur un des petits bateaux était planifié, il n'y était pas autorisé!

Il avait de nouveaux rêves de Naëreen, mais, bizarrement, ils étaient très différents... Elle était triste et demandait de l'aide. Son intense lumière avait disparu, et elle portait juste des vêtements et une peau ordinaires, tandis que ses cheveux magnifiques étaient coupés, lui donnant un petit air garçonne. Mais cela ne faisait que la rendre plus proche, plus en chair, et encore plus belle… Pour la première fois, Nimly ressentait le désir sensuel!

 

Dammiel commença immédiatement à critiquer Nimly, lui parler durement, le commander, parler de sa «folie» devant tout le monde. Il était déjà sa chose, son jouet, à utiliser et tripoter constamment, à humilier en permanence...

Et par-dessus tout, elle le surveillait toute la journée, comme d'un enfant, pour s'assurer qu'il ne fasse pas de «bêtises».

 

Heureusement Nimly était de plus en plus grand et fort... il remarqua qu'il était maintenant capable d'escalader le mur d'enceinte, et de sauter au dehors, libre. Bien sûr, il ne pouvait le faire que la nuit, quand tout le monde le croyait endormi. Alors il prit immédiatement sa liberté... courant à travers les vergers, en évitant les maisons des esclaves, il se rendit à un de ses endroits de nature aimée, la plus proche du château... Il faisait sombre, car dans le Shartan le Dauriath est obscur dans la première partie de la nuit, jusqu'à tôt le matin.

 

Mais surprise!

 

Il y avait une maison, maintenant, en cet endroit! Avec de la lumière...

Passé le choc, Nimly commença à rebrousser chemin... Mais soudain il vit...

Une irréelle lumière violette à travers une des fenêtres...

Des voix joyeuses...

Des chants...

 

DES ELFES!

 

Stupéfait, Nimly resta sans oser bouger... Comment étaient-ils arrivés ici?

Puis il se souvint avoir entendu parler de «gens» échoués sur leur île... Une bien mauvaises posture pour les Elfes, certainement, d'être bloqués ici, sans aucun moyen de s'échapper ni d'avertir leurs compagnons...

 

Nimly n'osa pas s'approcher cette nuit-là. Il avait entendu trop d'histoires d'elfes tuant des gens qui les avaient approchés, ou jetant des sorts sur eux... Mais le lendemain, au travail, Nimly manqua de peu de demander d'où ces Elfes venaient, réalisant juste à temps que cette question aurait trahi son escapade nocturne.

 

Mais quelques soirs plus tard... il recommença, se rapprochant encore plus près... Il remarqua que cette maison était en fait une cabane faite de planches et de pièces de navire brisées. Ils vivaient là misérablement, mais avec toujours l'air heureux…

 

La troisième fois qu'il vint là, il commença à observer les Elfes depuis son point de vue... mais seulement quelques secondes plus tard, trois d'entre eux surgirent derrière lui: il était repéré! Par quelque tour elfique, ils avaient remarqué sa présence, et cette fois ils l'avaient attendu!

«Bonjour monsieur» dit l'un. Nimly s'attendait à ce qu'ils soient en colère, mais non, c'était dit sur un ton aimable. Il était très gêné, d'être surpris dans cette position d'espionnage... Mais les trois Elfes ne semblaient pas en colère pour cela.

«Pourquoi restez-vous là dans le froid, venez avec nous pour la soirée». C'était dit si gentiment qu'il ne pouvait qu'accepter. Il les suivit dans une maison illuminée de l'intérieur par des sortes de lampes qu'il n'avait jamais vu auparavant: certaines étaient blanches, mais d'autres brillaient de diverses couleurs de l'arc en ciel... C'était merveilleux, même avec les meubles improvisés.

Cette maison était faite de planches et poutres de navires recyclées, apparemment des débris de l'épave. Elle était meublée très sommairement, avec des voiles coupées et beaucoup de fougères séchées.

Elle était habitée par environ 30 elfes, y compris des enfants. Ils étaient vêtus de tissus usés et de matériaux recyclés. Ils étaient maigres et pauvre, mais leurs sourires et leurs yeux étaient encore bien ouverts, et ils accueillirent Nimly de grand cœur...

 

Puis soudain, Nimly la vit:

 

NAEREEN!

 

Oh, était-ce bien elle? Dans la pièce sombre, elle avait l'air si différente d'avec le soleil brillant, dans le port... elle n'était plus vêtue de blanc, mais dans les tons violacés, qui semblaient sombres ici... et oui, elle avait dû se couper ses cheveux, comme tous les autres aussi, probablement une de ces exigences absurdes du père. Pendant quelques secondes, Nimly la regarda intensément, mais elle garda timidement les yeux fixés au sol... Dans la lumière rouge sombre, elle avait l'air très sensuelle, et maintenant Nimly éprouvait toutes les nuances du désir, pas seulement la partie romantique...

 

Deux des Elfes parlaient la langue de Nimly, et ils commencèrent à l'appeler «Monsieur Nimly», d'une manière cérémonieuse... C'était donc pour ça qu'ils étaient si gentils... Ils savaient qu'il était le fils du maître de l'île... ils étaient intéressés! Cela doucha l'enthousiasme de Nimly... Mais attendez, comment pouvaient-ils savoir, ils ne l'avaient jamais vu???

«Comment allez-vous, depuis que nous nous sommes rencontrés dans le port Borong Gündür?»

Nimly senti comme une secousse électrique! Bien sûr, ils le connaissaient, c'était la tribu qu'il avait rencontré dans le port, lors du voyage avec le père! Ainsi c'était bien eux... Donc ce pouvait vraiment être... ELLE!

 

Un des elfes expliqua leur situation en quelques mots: Pris par inadvertance dans une des nombreuses petites guerres du Shartan, ils avaient été éperonné par erreur par un navire de guerre... La lourde pointe de bronze avait gravement endommagés leur bateau, tuant certains d'entre eux. Ils purent juste s'échouer sur cette île, et attendre de l'aide, mais avec peu d'espoir d'être retrouvés par leur semblables. En attendant, ils échangeaient du travail ou de l'artisanat avec le père de Nimly, pour ne gagner qu'une nourriture insuffisante... Ils demandèrent au père de Nimly d'envoyer un message, mais il retardait cette solution, pour quelque raison que lui seul connaissait.

 

Malgré cette situation peu reluisante, ils chantaient joyeusement ensemble, et ils invitèrent Nimly à se joindre à eux. Alors il s'assit sur une planche posée sur des pierres, qui faisait office de banc.

Et ainsi, il se retrouva pas loin d'ELLE...

Comme les elfes parlaient, il comprit clairement son nom: Naëreen... Il prononça, sans réaliser:

«Ainsi voici Naëreen...»

 

Elle sursauta brusquement!

Le chant stoppa, et tous les regards les fixèrent... Nimly fut soudain embarrassé comme s'il avait commis quelque horrible gaffe... et ruiné la soirée! Heureusement, il n'en était rien.

The song stopped, and everybody was now staring at them... Nimly suddenly felt embarrassed as if he did some horrible blunder... and ruined everything! Happily it was not true.

Les elfes murmuraient maintenant entre eux, et même riaient doucement... ce qui ne fit qu'embarrasser davantage Nimly: On se moquait si souvent de lui, que tout ce qui ressemblait à un rire le rendait malade! Il ne pouvait rien y faire...

Il avait peine à croire qu'ils ne se moquaient pas! Sa crainte mortelle était qu'ils se mettent à rire de lui, ou qu'il se fâchent pour quelque mystérieuse raison. Il voyait déjà son rêve elfique se dissiper, comme le matin au réveil...

Mais rien de tel n'arriva. Au lieu de cela, un chant démarra, un doux chant... Naëreen ne chantait pas, elle fixait le sol devant elle...

 

Nimly n'osait pas rester trop longtemps, craignant que quelqu'un découvre sa chambre vide. Aussi il dit bientôt au-revoir aux elfes, et se retira... Mais, regardant par-dessus de son épaule, il vit Naëreen qui le regardait... il se sentit soudain très triste de la quitter!

 

De retour dans sa chambre, il ne put dormir... Donc, il ne l'avait pas trouvée, mais, par quelque tour des dieux, c'est elle qui l'avait trouvé... Mais maintenant? A quoi s'attendre? Elle semblait si proche, maintenant, mais en même temps, beaucoup plus lointaine... Qu'avait-il à lui proposer? Que pouvait-il lui offrir? Accepterait-elle? Comment les autres elfes réagiraient-ils? Pouvait-il l'épouser simplement, ou était-ce quelque chose d'impossible, d'impensable? Toutes ces questions, qui étaient restées occultées dans le rêve, ressortaient maintenant abruptement, dans la réalité, maintenant qu'elle était là en chair: il lui fallait lui faire une proposition! Mais comment la recevrait-elle? Les autres elfes l'accepteraient-ils? Et, en admettant qu'il réussisse, où cela mènerait-il, avec ces elfes prisonniers impuissants d'une île où personne n'était disposé à les aider? Un plan se formait: quand les Elfes seraient retrouvés par leurs camarades, il fuirait avec eux... en admettant que Naëreen partage son sentiment, et que les autres elfes l'acceptent... Nimly fut soudainement pris de timidité: comment pourrait-il oser demander cela?

Un plan plus simple était de se marier ouvertement, pour mettre le père devant le fait accompli! Mais il n'avait jamais vu le père changer d'avis, et surtout pas en suivant l'avis de quelqu'un d'autre! De toutes façons, Nimly devait se taire jusqu'à ce qu'il sache à quoi s'en tenir avec les elfes... Et si ils n'étaient aimables avec lui que parce qu'il était proche de l'autorité sur cette île? Pour eux, clairement, il était le fils du père. Cela le rendait important à leurs yeux, mais ce n'était pas une recommandation... Et si tout cela n'était qu'une illusion? Si les elfes ne faisaient que jouer avec lui, comme les autres?

 

Nimly vint une seconde fois, puis une troisième, toujours se cachant la nuit... Tout alla bien, et il était si heureux d'avoir enfin des amis. Mais il se sentait toujours honteux quand ils riaient...

Il était très difficile de se cacher, sous la surveillance constante de Dammiel, du père, des gardes, des comptables, et de tous les esclaves, qui l'espionnaient constamment... Il n'avait personne en qui faire confiance! Même l'esclave le plus méprisé le dénoncerait immédiatement, pour seulement un repas!

 

Son attraction pour Naëreen augmenta même, sans qu'il n'ose prendre l'initiative... Mais les autres elfes s'en aperçurent, et la troisième fois qu'il vint, ils s'arrangèrent pour qu'ils soient assis tous deux l'un à côté de l'autre... Ils restèrent paralysés de timidité toute la soirée!

 

Cette double vie était difficile pour Nimly: il était fatigué et somnolent toute la journée, tandis que le père lui demandait toujours plus de travail. Dammiel prenait également beaucoup de temps pour lui parler de «raison», le bousculant méchamment quand il était somnolent, et trouvant toutes sortes de prétextes pour lui éviter tout repos. Elle devait se douter de quelque chose, car elle commença à rester de plus en plus tard avec lui... Les esprits vicieux peuvent être conscients de toutes sortes de détails subtils, car ils n'ont rien d'autre à faire de leur temps. Et effectivement, Nimly ne la vit jamais travailler plus que quelques minutes sans se fâcher et trouver quelque prétexte vertueux pour fourguer la responsabilité à quelqu'un d'autre. Elle avait donc tout le temps qu'elle voulait pour espionner Nimly, trouver ses points faibles, ou faire des manigances contre les autres comptables. Si Nimly avait su, il aurait remarqué qu'elle manipulait le père avec une facilité déconcertante, jouant de cet esprit enfantin comme un virtuose avec un piano. Elle était le véritable maître de l'île. Mais les esprits honnêtes ne peuvent même pas imaginer ce genre de choses…

 

A chaque fois que Nimly visitait les elfes, il restait plus longtemps et plus tard... Il savait maintenant ce que être amoureux veut dire... Mais il n'osait pas dire quoi que ce soit! Aussi ce fut Naëreen qui, à la fin, osa: elle l'embrassa passionnément, devant les autres elfes... Puis, ils restèrent immobiles, enlacés, frissonnants...

Ainsi, c'était bien vrai! Elle aussi l'aimait vraiment!

Et il pouvait se marier avec une elfe! Et les autres elfes, loin d'être en colère, lui souriaient gentiment, visiblement heureux de cette belle histoire d'amour inattendue...

Il eut peu de temps pour l'embrasser en retour, car il devait revenir vite à la forteresse du père... Une fois là, il s'endormit immédiatement. Mais pour la première fois de sa vie, il sentait qu'il comptait pour quelqu'un d'autre! Et il était heureux!

 

Le jour suivant passa comme d'habitude, sauf que personne ne lui parlait, même pas Dammiel, qui souriait d'un aire menaçant... Il put même faire une sieste l'après-midi, un trésor inattendu.

Mais à la fin de l'après-midi, Dammiel fit soudain irruption dans sa chambre, arborant un large sourire inquiétant: «Nous savons maintenant d'où vient ton problème. Mais on va s'en occuper vite. Tu seras bientôt libre, et tu nous remercieras de tout ce qu'on a fait pour toi».

Nimly commença par se demander de quoi elle parlait... C'était comme si elle était dans une histoire complètement différente... Il allait lui demander ce qu'elle voulait, mais elle s'esquiva brusquement hors de la pièce, et... verrouilla la porte de dehors! Il était prisonnier de sa propre chambre! Impossible d'ouvrir ou de briser l'épaisse porte de bois... ni de passer entre les solides barreaux de fer de la fenêtre!

Nimly sentit sa colère monter, et il éleva la voix «laissez-moi sortir»! Il tenta de crier et de prendre un ton autoritaire, mais il était si habitué aux menaces et à la soumission forcée, qu'il put juste bredouiller quelque chose d'une voix tremblante... Seul le rire de Dammiel répondit, suivi par un ricanement menaçant du père, qu'il n'avait jamais entendu avant...

Mais bientôt s'entendirent d'autres sons bien plus inquiétants, dehors... Des ordres donnés d'un ton effrayant... Auxquelles des cris et rires grossiers répondirent, et un bruit de foule en colère... Se précipitant à la fenêtre, Nimly vit une masse d'esclaves et de comptables, brandissant des gourdins et des armes improvisées, menés par les gardes, avançant vers l'endroit où étaient les elfes!

Son coeur devint fou, il se mit à battre la porte avec ses poings, criant et suppliant d'être libéré... Seuls des rires moqueurs répondirent, puis le silence...

 

Et Nimly dut assister, le coeur ravagé, au départ de la foule... Le bruit diminua... Il entendit d'autres cris: Les elfes... une fumée s'éleva dans le couchant... Ses amis et son amour étaient en train de mourir, et il était là, impuissant, enfermé dans sa propre chambre!

 

Au bout d'un moment, il entendit la foule revenir, et Dammiel ouvrit sa porte, et, avec un grand sourire sadique, lui annonçant la nouvelle...

Mais il ne l'écouta même pas, se précipitant par la porte ouverte, dans les escaliers, poussant le père, vers l'extérieur, courant vers la malheureuse maison elfique, suivi par le père furieux, Dammiel furieuse, et toute la foule se riant de lui, ou lui demandant d'être «réaliste»...

 

Mais c'était trop tard, bien trop tard: corps déchirés, visages tuméfiés, du sang et des vêtements épars, devant leur maison de fortune incendiée...

Il trouva Naëreen, son pauvre corps brisé, du sang sur ses lèvres, bien que son visage ovale parfait fut toujours serein... Il ne put que pleurer toutes ses larmes... Il perdait à jamais son bonheur, quelques heures seulement après l'avoir trouvé!

 

Mais il lui fallu regarder derrière lui... la foule s'était rassemblée à nouveau... et il était leur seul objectif, maintenant!

 

Ils étaient tous là, le père, Dammiel, les jeunes femmes qui l'avaient refusé, les gardes, les comptables, les esclaves... tous ensemble, riant de lui, lui parlant comme à un bébé, ou comme à un arriéré mental... Tous ces visages hideux, déformés par la stupidité ou la vulgarité... Et ils le «consolaient», disant qu'ils «l'aimaient», qu'ils faisaient ça «pour son bien»...

Une peur incoercible saisit Nimly... Il recula vers les flammes rouges, malgré la chaleur intolérable...

L'horrible cercle se resserra sur lui... Leur expression changea, du rire moqueur à une répugnante nuance de frustration mesquine... le père ordonna au gardes de le saisir. Nimly comprit qu'ils ne le tueraient pas... Au lieu de cela, ils l'enfermeraient pour la vie dans une petite chambre avec des fenêtres à barreaux, comme un fou, avec seulement la torture de son éternel regret à endurer... Et ça, c'était bien pire que la mort!

Des mains approchèrent... Ils pleuraient maintenant, gémissant, implorant... «Mon héritier» fit Dammiel. Mais ils ne produisaient aucune empathie, seulement un dégoût extrême, car leur chagrin ne résultait que de leurs buts égoïstes contrariés... voire même complètement simulé, comme Nimly avait pu voir à plusieurs occasions.

Nimly ne pouvait que reculer toujours plus près de la maison, qui brûlait maintenant vivement dans le crépuscule, envoyant des jets de flammèches. Il ne voyait que des mains, sur un fond sombre... Une plus arrogante le toucha, mais elle dut reculer vivement. Nimly était si dégoûté qu'il sauta et entra dans le feu! Au moins, ils ne le suivraient pas ici! Douleur et mort étaient un moindre mal que d'être pris par ces malades, et enfermé à jamais...

Il sentit le souffre rêche des flammes, que l'on sent juste avant l'extrême douleur...

Mais Nimly ne sentit rien, quand la foule le vit s'engouffrer dans le brasier... Bientôt, la maison s'écroula dans d'immenses gerbes d'étincelles. Deux heures plus tard mouraient les dernières braises.

Que le néant et l'obscurité...

Nimly ne voyait rien, ne sentait rien... il était incapable de penser, comme dans un rêve... Mais il était toujours là... Où était passé le feu? Il s'attendait à ressentir une douleur extrême... Mais il n'y avait pas de douleur, pas de feu, rien. Juste une obscurité absolue... C'était donc ça que d'être mort... Mais il était toujours là, en quelque sorte. Toujours conscient, quoique comme dans un rêve, sans le cinéma intérieur que l'on se fait toujours dans notre esprit. D'étranges sons lointains résonnaient comme dans un immense souterrain...

 

Puis ce fut la lumière.

 

Une intense lumière blanche... Et Nimly comprit que tout était parfait. Ni chagrin, ni douleur. Nul enjeu, nul besoin de se presser.

 

La première chose qu'il ressentit fut une merveilleuse émotion... comme si une superbe musique jouait des accords exquis éveillant des frissons, de langoureuses mélodies émouvant notre coeur et faisant naître des larmes de bonheur... Il n'y avait pas vraiment de son, juste cette émotion constante et infiniment changeante, comme si quelqu'un jouait des notes avec notre coeur...

 

Puis vint une lumière joyeuse, rouge chaleureux, comme le soleil à travers les paupières.

 

Puis des sons apparurent... des oiseaux... et des voix joyeuses... les sons distants devinrent proches et vivants.

 

Ouvrant les yeux, il eut besoin d'un moment pour comprendre où il était... un pré... des arbres... un soleil joyeux, mais sans l'éblouissant astre du jour...

 

Il avait quelque chose comme un corps... qu'il réussit à bouger, après quelques tentatives pour trouver comment le commander. Puis il se tint sur le coude... il était dans une prairie gaie, avec une étranges herbe floue et douce, parsemée de magnifiques fleurs violettes... Des senteurs variées et délicates, sur un fond d'air parfumé... Un ciel étrange, d'un bleu merveilleusement pur, se perdant dans une brume mauve vers l'horizon... Des arbres verts, oranges, violets... de petites maisons dorées... Les couleurs étaient toutes pures et intenses, comme dans un arc-en-ciel... et surtout, il y avait une forte, lumineuse, chaleureuse, et joyeuse vibration sensuelle, intense mais pas dérangeante!

 

ll se rendit compte que, au lieu d'une scène qui éveillerait un sentiment de joie de la beauté, c'était précisément cette vibration de joie et de beauté qui émanait ces images, cette musique inaudible!

 

Et autour de lui... il les vit... la tribu des elfes! Il y en avait quelques-uns qu'il n'avait pas remarqué avant, probablement ceux qui avaient été tués plus tôt dans la bataille. Ils étaient debout alentour, d'abord sans le voir, puis le découvrant joyeusement.

 

Et...

 

Naëreen!

 

Elle sauta vers lui, l'embrassant passionnément... dans ce monde, le contact était différent... On ne sentait pas le corps et la peau comme des objets matériels ordinaires, ils étaient plutôt faits chaleur et d'énergie... beaucoup plus intense et agréable que le sens physique du contact! En plus, elle avait un parfum subtil mais délicieux sur sa peau, et un goût merveilleusement doux sur ses lèvres... probablement lui aussi, car elle goûta ses lèvres avec une joyeuse surprise...

 

Il y avait maintenant un chant dans l'air... Le paysage avait sa musique, avec l'émotion associée... tendresse... avec une pointe d'admiration pour le puissant univers tout autour.

 

Ils n'avaient pas besoin de parler, bien qu'ils puissent le faire si ils le voulaient. La pensée de tout le monde était disponible pour tout le monde, mais ce n'était pas un problème dans ce monde d'amour, sans jugement ni moquerie. Même les appréhensions de Nimly avait disparu, et il se tenait fièrement parmi ses nouveaux amis, en étreignant affectueusement Naëreen... Dans ce monde d'amour pur et de pensée partagée, aucun malentendu ne pourrait jamais les séparer maintenant, même pas les embarrasser.

 

La tribu maintenant accueillait allègrement Nimly, et il ne pouvait s'arrêter de remercier les Elfes de l'avoir accepté parmi eux. Cette reconnaissance lui procurait un incroyable sentiment de fierté et de gratitude...

 

D'autres grandes présences se faisaient également sentir, et elles furent même visibles pendant quelques minutes. Rayonnant de lumière violette, plusieurs anciens Elfes les accueillirent dans leur nouvelle vie, émanant une incroyable sensation de bonté... Nimly comprit qu'ils étaient dans le paradis elfique de Shelenaë, la déesse mère des Elfes, que les premiers Elfes avaient établi dans le royaume de l'esprit, afin d'offrir une demeure céleste aux elfes mourants. Ce n'était donc en aucune manière une illusion ou un rêve: la conscience de Naëreen, et celle tous les autres, étaient vraiment ici avec la sienne, partageant les mêmes émotions, les mêmes images, la même expérience étrange et émouvante! Et ici, ils étaient tous à jamais dégagés de toute souffrance, et libres de s'aimer les uns les autres autant qu'ils le voulaient!

 

En plus, ils n'avaient plus besoin de manger ou d'acheter des choses... ils n'avaient qu'à s'installer quelque part et y vivre heureux, sans avoir à passer du temps à travailler ou à faire du commerce... plus de clients pour qui il faut «préserver une image», et les créations des autres étaient un plaisir, au lieu d'une menace!

 

Le seul regret de Nimly fut qu'il avait raté toutes les beautés de son ancien monde, mais cela n'était pas sans solution... On verrait plus tard.

 

Il eut également une pensée pour ses anciens compagnons sur l'île de son père... mais tout chagrin ou colère se dissipèrent instantanément... A quoi bon? Il était libre de vivre dans ce nouveau monde, et d'oublier l'ancien. Mais un des aînés Elfes remarqua le scrupule de Nimly. Il vint près de lui, et lui expliqua gentiment qu'il pouvait toujours aider ses anciens compagnons à évoluer, et à devenir les Elfes à leur tour, comme il avait fait lui-même. C'était important. Mais pas urgent... Ils verraient ça en temps voulu, si il le voulait.

 

Pour l'instant, Nimly avait à explorer sa nouvelle vie, tenant la main à Naëreen, marchant sans bouger les jambes le long d'une forêt orange phosphorescente, pleine de fleurs grimpantes mauves et d'herbe violette brumeuse, vers un village de chants joyeux... mille rires et flûtes réverbéraient étrangement dans le sous-bois... Il savait qu'une petite hutte de fougères vert-doré l'attendait, avec une couche de fleurs mauves parfumées, pour enfin aimer librement Naëreen... Oh, ça c'était urgent, ils coururent, parmi les rires aimables et tendres de toute la tribu!

 

C'était en effet le monde de l'après vie qui avait été construit il y a millénaires par Shelenaë, la fondatrice et déesse des elfes. Il avait été largement étendu depuis, pour accueillir un nombre croissant d'elfes mourant au cours des siècles. Il ressemblait beaucoup au monde matériel, bien que Nimly apprit que d'autres paradis étaient différents, ajoutés plus tard par les elfes ayant des goûts différents, ou créés par des gens d'autres mondes.

 

Comme Shelenaë l'avait voulu, les sens et les organes étaient les mêmes que dans le monde matériel, bien que considérablement améliorés et purifiés: le contact était bien meilleur et beaucoup plus émotionnel, tandis que les parfums corporels étaient toujours agréables. Egalement, on ressentait souvent plantes, herbes ou fleurs comme une brume parfumée: on pouvait passer complètement à travers, comme s'ils étaient fantômes, tout en ressentant une caresse agréable sur la peau et des parfums variés (Il y en avait une incroyable diversité, y compris des épices, de la terre ou de la sève)

 

L'endroit où la tribu est arrivée était une sorte de lieu de réception, avec des mentors prêts à les aider à s'habituer à leur nouveau mode de vie. Pour cette raison, certaines choses étaient restreintes, et cet endroit était relativement petit (quelques kilomètres, quoique les distances soient floues dans le monde de l'après-vie, comme dans un rêve).

 

Ils étaient tous arrivés avec leur apparence physique habituelle. Cependant, des mentors et des aides pouvaient adapter leurs formes corporelles, cheveux et peau, en fonction de leurs goûts. Les Elfes n'avaient en général pas grand chose à changer, car ils étaient déjà magnifiques. Mais les humains demandaient souvent davantage de guidance et de modifications. Nimly demanda de corriger quelques détails désagréables dans son visage, mais il était bien plus lui-même, après ça!

 

Ils apprirent vite à se téléporter vers d'autres emplacements, avec une méditation spéciale. Au début, c'était difficile, et ils avaient besoin de l'aide des Elfes fondateurs. La tribu fut donc envoyée à un autre endroit, qui avait été construit il y a des siècles par certains de ses aînés. Nimly resta coincé ici pendant des années, n'étant capable que d'utiliser les sessions de méditation collective, pour se déplacer avec toute la tribu. Plus tard, il réussit à se téléporter seul, et à arriver précisément là où il le voulait. Ainsi il prit un énorme plaisir à explorer tous les lieux de l'au-delà, tous d'une beauté stupéfiante, mais aussi d'une incroyable variété: palais de cristal, cathédrales de sucre en arc-en-ciel, merveilleuses forêts avec des plateformes, vallons sensuels fleuris, incroyables fleurs sous-marines...

 

Il explora aussi son ancien monde du Nyidiath, avec tant de belles ou laides places. Plus tard, il découvrit qu'il y avait beaucoup d'autres mondes dans l'univers matériel, certains étaient même beaucoup plus vieux que leur paradis, jusqu'à des milliards d'années!

 

Dans leur monde, la tribu de Naëreen avait un village de petites maisons de bois, dans un mignon jardin verdoyant au pied d'un rocher rougeâtre avec des grottes. Il était entouré d'un labyrinthe d'arbres et de petits prés, parsemé d'une incroyable variété de fleurs et de champignons colorés. D'autres tribus vivaient autour, de sorte qu'ils n'avaient pas à se téléporter pour se rendre mutuellement visite. Plus loin, d'étonnantes montagnes s'étendaient sur plusieurs centaines de kilomètres, sans vraiment d'habitants. C'étaient de pures créations de l'imagination, avec des gorges profondes, des falaises, des grottes bizarres, d'étranges créatures, des tanières magiques et des mines mystérieuses, accumulées au fil des siècles pour le simple plaisir de créer des paysages étonnants!

 

Plus tard, Nimly apprit à construire des paysages, plantes, maisons, temples, bateaux et bien d'autres choses étranges qu'il découvrit peu à peu. Il y avait aussi des créateurs de vêtements, des concepteurs de cheveux et d'autres capables d'arranger les formes corporelles et les peaux au goût du porteur. Mais ce que Nimly et Naëreen préféraient était de créer des plantes, des roches, des jardins et de petites maisons. Construire dans l'au-delà est assez simple, car il n'y a besoin que de visualiser quelque chose, et cela devient «réel». Mais produire un résultat précis et stable exige beaucoup de concentration et d'entraînement à la méditation! Une fois entraînés, les grands bâtisseurs étaient en mesure de créer eux-mêmes des choses magiques, et même des mondes, tout comme les elfes fondateurs.

 

Un jour, alors que Nimly était encore dans le mignon jardin de la tribu, il reçut la visite... du philosophe! Il avait une apparence totalement différente de dans son ancienne vie, d'un grand Ancien mince, et il avait dû reconsidérer toute sa philosophie, qui était intéressante, mais contaminée par plusieurs erreurs subtiles. Il fut vraiment content de voir que Nimly était enfin heureux avec une merveilleuse elfe! Ils se rencontrent régulièrement depuis, et ils discutent avec passion dans le repaire mystérieux du philosophe, un lieu de connaissances et de magie, haut dans une grotte de montagne! On devine qu'il devint un Ancien bien avant Nimly... et que ses immenses connaissances furent d'une grande utilité quand les elfes purent retourner dans le Nyidiath, et que les humains eurent à reconstruire leur monde dévasté et pollué. Il a accepté de prendre à nouveau naissance en tant que scientifique elfique! Mais pour peu de temps seulement.

 

Nimly a également rencontré... sa mère! Et il comprit pourquoi elle était morte quand il était encore un bébé... c'était une triste histoire, mais maintenant l'arsenic avait perdu tout pouvoir de les séparer à nouveau. Et, bien qu'il ne se souvienne pas d'elle, elle était sa seule vraie famille: la seule personne qui l'avait aimé quand il était encore un enfant. Ils ne se rencontrèrent pas souvent, car ils étaient dans des mondes très différents. Mais chaque rencontre était un moment émouvant! En effet, dans l'au-delà, les sentiments sont plus stables, et notre mère ou notre premier amour restent pour toujours nos meilleurs souvenirs... à vivre encore et encore avec toute leur intensité! On se sent même pas la nostalgie des bonheurs disparus, car ce bonheur peut être revécu chaque fois que nous le voulons!

 

Dans le monde physique, le père de Nimly, Dammiel, les jeunes femmes et les principaux comptables, montrèrent un grand chagrin... mais ce n'était que la laide piqûre de l'ego frustré, qui ne produit aucune empathie chez nous les gens normaux. Ils jetèrent les cadavres des elfes dans l'océan, comme ils le faisaient avec leurs esclaves. Les malheureux reste de Nimly furent retrouvés et enterrés avec une grande cérémonie et plein de pleurs... comme s'ils ne l'avaient jamais détesté.

Et ensuite...

Ensuite, ils continuèrent leur vie habituelle, oubliant bientôt l'incident pour d'autres manigances, d'autres victimes. L'histoire fut ajouté à la collection d'histoires racistes anti-elfes, après avoir été étrangement déformée: les habitants de l'île dirent, et même bientôt crurent, que leur bien-aimée Nimly avait d'abord été pris au piège et poussé au suicide par les elfes, et qu'ensuite, ils les avaient tués par punition... Si jamais vous vous étiez demandé comment ces laides histoires diffamatrices sont créées.

Ces gens étaient engagés dans la voie de l'arrogance, et c'est un chemin beaucoup plus long et beaucoup plus douloureux que le chemin de l'humilité et de l'amour. Ils transportaient leur propre enfer avec eux-mêmes, partout où ils allaient, dans cette vie ou au-delà... Sauf si, parfois, des événements «imprévisibles» se produisent «comme par hasard», les forçant à ouvrir leurs cœurs aux autres, à la vie. Lorsque cela arrive, quelques Elfes dans le paradis de Shelenaë arrêtent le rituel qu'ils étaient en train de faire, et ils se sentent bien plus heureux et fiers qu'avec n'importe quelle vision paradisiaque.

 

 

Il est dit que Nimly et Naëreen envisagent de se réincarner, mais après l'époque moderne, quand ce monde sera définitivement délivré du mal. Ils ont eu leur part, et ce n'est plus leur affaire. Ils ont des choses bien plus intéressantes à construire maintenant, dans l'univers infini. Mais c'est au delà de même notre imagination la plus débridée.

 

FIN

 

 

 

 

Ce texte, d'abord improvisée lors d'une soirée bardique, a ensuite été présenté à la compétition bardique «The Power of Love» (le pouvoir de l'amour), un événement de «Elf Circle», en Mars 2011, où il a remporté le premier prix dans la catégorie histoire. Le thème était d'écrire un poème ou une histoire illustrant ou célébrant le pouvoir de l'amour. J'ai retravaillé ce texte depuis, pour l'allonger et faire une intrigue plus progressive.

Plus tard, en mars 2013, les scènes sur l'au-delà ont été étoffées, car c'était le thème de l'événement ELYSIUM dans Inworldz. Utiliser pour l'au-delà le même vocabulaire et notions que dans les mondes virtuels comme Inworldz (avec même les «fondateurs»!) n'est pas un effet gratuit. On peut considérer les mondes virtuels comme un exercice de visualisation spirituelle précieux, similaire à ceux utilisés dans les hauts Yogas et les Tantras, en préparation de notre véritable après-vie, et comme un moyen de mieux contrôler les conditions que nous connaîtront à ce moment. Il est intéressant de savoir que la toute première scène virtuelle que j'ai jamais vue était un mandala tibétain traditionnel.

Et, comme les ordinateurs ne posent aucune contrainte physique, la façon de les utiliser pour créer des paysages virtuels ressemble beaucoup à la façon dont nous construisons des mondes spirituels simplement en les visualisant. D'où l'importance cruciale de nos expérience dans le virtuel, pour notre vie après la mort.

 

Copyright Yichard Muni 2011-2013.

 

Aux textes originaux ont été ajoutés les notices de copyright suivantes:

Aux textes ont été ajoutés les notices de copyright suivantes:

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IMPORTANTE CLARIFICATION LEGALE:

J'ai entendu des gens dire que ce texte constituerait une apologie du suicide. Je rejette totalement cette idée, comme fausse et légalement diffamatoire. La raison est que, quand on soumet une personne à de telles souffrances ou menaces, que cette personne préfère une mort horrible, comme dans cette histoire, alors c'est un assassinat, pas un suicide. Et en plus un assassinat très cruel. Cet assassinat peut bien utiliser seulement des moyens psychologiques, comme le harcèlement, les moqueries ou les menaces, mais ce n'en est pas moins un assassinat pleinement constitué, que la loi et les tribunaux doivent reconnaître comme tel.

Les cause des énormes taux de suicides de jeunes, de vieux, et maintenant d'enfants, ne sont pas dans les troubles mentaux ni dans des sectes. Dans pratiquement tous les cas, la cause directe est la souffrance causée par ce monde matérialiste, égocentrique, laid, qui n'offre que des illusions aux gens, sans aucune perspective de vrai bonheur. D'autres causes communes sont les sociopathes (tous les barjots harceleurs, bizuteurs, moqueurs, racistes, ségrégationnistes...), les conséquences désastreuses des récentes restrictions économiques sadomasochistes, les musiques tristes, livres tristes, films tristes, etc.

Aucune religion ne cherche à promouvoir le suicide comme moyen de rejoindre les paradis qui sont pourtant leur principale objectif. Une des nombreuses raisons est que nous avons beaucoup de choses à apprendre dans cette vie, qui nous manqueraient une fois de l'autre côté. Et la science le confirme: les expérienceurs de NDE, bien qu'ils n'aient plus peur de la mort, ne tentent pas de se suicider, au contraire ils encouragent l'amour de la vie, et l'entraînement dans la voie de l'amour des autres.

Enfin, il y a des moyens d'utiliser les expériences douloureuses, et d'en faire des occasions d'évoluer, au lieu de les laisser nous détruire.

 

Le but d'introduire la mort du héros dans cette histoire est évidemment de montrer l'après vie, une situation à laquelle nous serons confrontés toute façon, même si nous essayons de retarder ce moment. Habituellement, romans et contes obéissent à la règle de «bien finir», où nous voyons les personnages éliminer leurs ennemis et se marier. Sinon, le livre offre au minimum un message moral ou de l'énergie pour le lecteur, comme le fait cette histoire. Les romans qui n'obéissent pas à cette règle sont tout simplement désagréables à lire, et ils sont souvent les véritables promoteurs de suicide, même si ils ne le disent pas ouvertement. Ceci n'est pas une spéculation: Je sais par des cas réels qu'un livre peut traumatiser profondément, voire tuer. Et il y a beaucoup de tels livres disponibles librement dans les bibliothèques et les supermarchés, que tout adolescent peut acheter et lire librement, sans aucun avertissement sur la menace qu'ils représentent.

Cependant, il n'y a pas de fin à la vie: même si les personnages se marient et sont heureux à la fin de leur aventure, de toutes façons ils vieilliront et mourront (dans la version moderne anti-romantique, ils auront à supporter un travail insensé, le supermarché, le chômage, et le harcèlement administratif). Alors l'habituelle belle fin n'en est pas vraiment une. La seule authentique belle fin est quand on échappe définitivement à toutes les souffrances, avec l'élimination de toutes nos névroses. Seulement après, nous pouvons mieux contrôler nos conditions de vie après la mort. D'où la nécessité de s'occuper de nos névroses, et pour cela, rester en vie aussi longtemps que nous le pouvons, car nous sommes maintenant dans le meilleur endroit pour ce faire.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Scénario, dessins, couleurs, réalisation: Richard Trigaux.

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