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Les Années Noires,
devoir de mémoire

Introduction

Bientôt ils seront morts, tous ceux qui ont connu «ça», et si on ne note pas leurs mémoires, si on ne les écoute pas, si on n'y prend pas garde, alors nous n'aurons plus rien de vivant à opposer aux discours mensongers des tarés négationnistes ou des nostalgiques de l'horreur. D'où le devoir de noter et de publier ces souvenirs, que j'accomplis ici.

 

Pour ne pas que ça recommence.

 

Ceci est le témoignage de ma propre mère, que j'ai noté tel quel, sans en changer une lettre. Il dérangera tous ceux qui veulent nous faire croire que la guerre est une chose normale et noble. Il dérangera aussi ceux qui veulent nous faire croire qu'il y a toujours d'un côté les méchants et d'autres les gentils. En 1940 il y avait aussi des gens de coeur forcés de porter les mauvais uniformes. En 1944 et 45, il y avait déjà des «victimes collatérales»...

 

Voici donc le témoignage de ma mère, qui a rencontré la guerre à l'âge de cinq ans, en commençant par la fuite, l'exode, la fatigue, la crasse et la faim, comme des millions de personnes aujourd'hui au Darfour.

 

 

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Mon Grand-père et ma Grand-mère

Mon Grand-père et ma Grand-Mère, en 1935. Dans le témoignage de ma mère Geneviève qui suit, ils sont «Maman» et «Papa». Ce couple fortement uni a été brisé par la guerre. Tous deux sont aujourd'hui décédés.

 

Le témoignage de ma mère:
LES ANNEES NOIRES

 

Le souvenir le plus fort date du début du mois de Mai 1940.

Assises sur la troisième marche de l'escalier menant aux chambres à coucher, ma soeur aînée et moi-même nous nous habillons «en dimanche», jolie petite robe rose cousue par maman, socquettes blanches et souliers vernis noirs, les cheveux bien coiffés ornés d'un ruban!

Je suis heureuse, car je me fais belle, ma soeur est grognon, ce n'est pas grave, c'est son caractère!...

 

Quelques jours auparavant, mon père a enterré, au pied du poirier, dans le jardin derrière la maison, une lessiveuse emplie des papiers et des choses précieuses de la maison.

 

L'atmosphère, dans cette maison, est tendue, nerveuse, anxieuse.

 

IL FAUT PARTIR!!!!!

 

Papa est grave, très grave! L'usine PANHARD, fabrique de voitures, dans laquelle il travaille comme chef d'atelier, a fermé ses portes. Tout est bouclé, partout!

 

Tous les voisins partent.

 

Agée de cinq ans, la gravité de la situation m'échappe! Rien ne me perturbe, puisque je suis habillée en dimanche!!!!!


Nous devons partir en deux groupes; MOI, je suis dans les petits, je pars dans le premier groupe. Une voiture arrive, dedans, nous embarquons: le chauffeur, (je n'ai jamais su qui il était) ma grand-mère NINI, mère à maman, à l'avant, et à l'arrière, moi, Pierre et Jacqueline,

Deux enfants plus jeunes que moi, avec le gros chien berger allemand BOBY, et la cage à oiseaux à Nini!

 

Remettez vous dans le contexte de l'année 1940, voyez une voiture PANHARD de l'époque!

 

Dans cet équipage, nous allons chez le grand père PAUL, le père à papa; nous l'adorons tous! Grand père est garde forestier, sa maison est au milieu d'une grande forêt, à proximité d'un étang.

 

C'EST L'EXODE!!!!!

 

Arrivée chez pépère Paul, la voiture repart immédiatement! Après un bonjour rapide, je me précipite au grenier, empli de foin parfumé, des plantes aromatiques, suivie du chien.

La chaleur, la fatigue, le bonheur, couchée dans le foin, je m'endors.

 

Des cris, des appels affolés me réveillent: Geneviève, Geneviève, où es-tu?

Les yeux gonflés par cette sieste improvisée, je descend, insouciante, et je reçois une raclée de ma mère, fantastique! Elle était douée pour ce genre de sport.

Où étais-tu? On te croyait perdue, tombée dans le puit, enlevée par des hommes... etc. etc.

Maman s'est défoulée sur moi de cette tension compréhensible... Compréhensible pour elle, pas pour moi!

Donc, le deuxième groupe est arrivé: Papa, Maman -enceinte de trois mois- Jacques, Bernard, Daniel, Michel et Micheline, les cinq grands, épuisés par vingt kilomètres à pieds, par une chaleur assez forte, pour un mois de Mai!

Pour moi, à part la fessée mémorable, la vie est belle: il y a une balançoire, une grande, et quel plaisir d'aller jusqu'à l'étang, patauger, taquiner les poissons, avec mes frères, puisque grand père l'a interdit.

 

Trois jours, quatre jours, la jolie robe rose a perdu de sa fraîcheur! Et les socquettes blanches aussi!

Et il faut partir. Partir sur les routes.

 

EXODE!

 

Et nous partons, tout le monde à pieds, cette fois ci, à la campagne, chez une tante, Blanche, une soeur à maman, et oncle Edmond. Oncle Edmond est riche, très très riche: Mes vaches, Mes vignes, Mes terres, Mes vaches... La maison, elle, n'est pas riche! L'escalier en bois est déglingué, la vaisselle inexistante, on fait caca sur le tas de fumier, et tout le reste à l'avenant! Tante Blanche traie les vaches, nettoie les étables, s'occupe du jardin, de ses quatre enfants!

Dans cette maison, c'est le régal! Du lait, du vrai lait, encore tout chaud, tout mousseux de la traite, des grands bols avant de partir à l'école! Imaginez: une école de campagne, Bergères les Vertus, avec 12 élèves et l'arrivée comme un cheveux sur la soupe, de cinq citadins, pas plus bêtes que d'autres! Jacques, le frère aîné, aide à la ferme, et Bernard, Daniel, Michel, Micheline et moi, nous allons à l'école. Ma soeur et moi, nous préférons aller patauger dans le ruisseau qui longe la propriété...

Ce fut quelques jours de «repos» avant la grande épopée. Repartis sur la route, nous sommes ramassés par une ambulance militaire, kaki avec la croix rouge... et nous nous faisons mitrailler par des avions allemands, des stukas de l'armée allemande... De toute façon, le réservoir d'essence est vide!! Nous continuons la route, à pieds, bien en rang, en file indienne, y compris notre chien, sur le bas côté de la route, et de nouveau, nous nous faisons mitrailler, sans que personne ne fût touché!

Pour continuer, nous prenons les petites routes, ou les sentiers à travers bois. Fini les «vacances», je commence à prendre conscience de ce que veut dire: Guerre! Et nous commençons à savoir ce que veut dire: AVOIR FAIM! C'est que nous ne sommes pas seuls sur les routes! Les pillards ne reculent devant rien, surtout pas devant une famille nombreuse; ce n'est pas la loi du plus fort qui gagne, c'est la loi du plus rapide ou plus voleur!

La peur, la peur viscérale de la guerre est entrée en moi et n'en sortira pas de sitôt! Toujours aux aguets, à trembler comme une feuille dans le vent. Et la faim... la faim! Il faut marcher, le ventre vide! Une fois, nous nous sommes arrêtés dans la cour d'une ferme! Il y a des oeufs, mais rien pour les cuire. En gober un m'a suffit! Nous dormons sur la paille fraîche!

Le lendemain soir, après des heures et des heures de marche sans savoir où aller, marcher à l'aventure, sans but, sans horizon à la tombée de la nuit, nous cherchons notre chien. Il ne vient pas! Il ne répond pas à nos appels. BOBY, mon copain! Le lendemain matin, au petit jour, alors que nous reprenons la route, près d'un feu encore fumant, nous y trouvons la fourrure du chien: il a servi de repas à des affamés! BOBY, mon copain. Je ne pense surtout pas à me plaindre, les parents ont autre chose à faire que de me consoler.

A la guerre comme à la guerre, pas le temps de s'apitoyer!

Nous avançons, routes après routes, sentiers après sentiers! Papa trouve un landau de bébé abandonné! Quel soulagement d'y mettre les deux plus petits enfants. Dormir à la belle étoile, les parents veillent à tout de rôle.

Il fait un temps magnifique, un soleil radieux, chaud! Il semble vouloir nous réconforter de notre infortune.

Toujours la course, la fuite, pour aller nulle part!

 

Nous n'avons pas de nouvelles de l'avancée de l'armée allemande. Pas de contact! Avancer! Avancer, marcher, marcher.

 

Un soir, nous arrivons, exténués, dans la cour d'une maison de maître abandonnée, il y a des cassis, bien mûrs, il me semble. Et je mange, je mange et je mange des cassis! Et j'ai été malade, malade! Je vomis, je vomis, je vomis des cassis! Et je cacate des cassis, je cacate liquide!

Peut-être y avait il à manger dans cette maison, nous y sommes restés deux jours? Peut-être avons-nous mangé un de ces lapins qui couraient en liberté dans la cour? Et des légumes!

 

Partis de Reims, nous descendons vers le sud, vers rien de précis.

Les futures récoltes de blé brûlent.

Bernard trouve un vélo le long d'un mur, il pensait être moins fatigué, mais il n'avait pas la force de pédaler!

Il y a de plus en plus de monde sur les routes, des gens hargneux, hostiles!

Des maisons brûlent, d'autres sont en ruines;

Puis une odeur de pourriture, de corps en décomposition nous alarme. C'est le corps d'un homme, d'un militaire, allemand, sans aucun doute un déserteur abattu sur place.

La «guerre» n'est pas loin! Essayons de l'éviter! Nous arrivons à Clairvaux. L'armée allemande y est arrivée avant nous, quelques heures seulement!

Ma soeur et moi, nous nous précipitons dans une salle de classe d'une école, il y a un grand tableau, je veux y écrire. Ma mère hurle: VIENS ICI! Je viens, et en me retournant, je vois, empilés dans le fond de la pièce, un tas de morts, de cadavres, encore tout frais, empilés comme des sacs de patates!

 

Il y a des explosions, des mitraillages, plus ou moins loin.

Les militaires envahisseurs sont heureux, ils ont gagné encore une étape, sans mal, il faut le dire. Ils nous donnent des boules de pain de seigle, moisies, mais une fois le moisi retiré, il y a encore de quoi manger.

Les huit enfants, nous restons groupés, collés les uns aux autres comme les grains d'une grappe de raisin. Papa demande, essaie de se faire comprendre: à manger!

-Non, Non, pas manger, vous rentrer à maison, vous rentrer à maison.

Inutile d'aller plus loin. Nous nous dirigeons vers la gare pour rentrer à maison!

 

Et c'est le retour! Entassés dans des wagons à bestiaux, nous faisons connaissance avec la promiscuité, les PUCES, Sales, affamés, fatigués, elles trouvent ici tout ce qui leur faut pour être heureuses. Les places sont chères dans les trains, et nous, en arrivant à dix personnes, nous ne sommes pas bienvenus. Papa ne laisse pas faire. Et nous montons, nous rentrons

Un arrêt, papa descend chercher de quoi manger, nous descendons tous, heureusement, car le train repart aussitôt. Papa revient avec un carton de cinquante kilos de sucre en morceau: «J'ai trouvé une dame-jeanne de gniole, j'ai eu ça en échange» Et toujours cette odeur de mort qui nous poursuit!

Les ponts ont été dynamités, pour essayer de ralentir l'avance des envahisseurs. Nous arrivons, en train, dans ces fameux wagons à bestiaux, sans portes, à traverser une rivière sur un pont qui a été dynamité! Il n'y a plus que les rails. La rivière me semble énorme, loin, loin en bas, le train avance au pas. La moindre accélération, le moindre choc, et nous nous retrouvons tous à l'eau, en bas. Il y a un troupeau de moutons qui boit, à côté de moutons morts. Quelles puanteurs! Et ces puanteurs de nos corps, pas lavés depuis des jours, des vêtements guenilles, et les gens qui urinent dans le wagon.

 

Je n'aime pas la guerre, je n'aimerai jamais la guerre! Je hais les armées, les militaires.

 

Une ou deux fois, nous nous sommes arrêtés pour nous reposer, à l'air libre, une nuit!

Le retour a été plus rapide que l'aller!

Nous remontons vers Reims, nous recommençons à marcher, encore soixante kilomètres, plus que quelques kilomètres, voilà le boulevard... la maison!

 

La maison, le refuge, à boire, à manger... dormir!

 

Ma soeur Micheline se précipite en courant, ressort aussi vite:

-Maman, Maman, le père Noël est passé!

Evidemment, ça pouvait donner l'illusion à un enfant, à première vue!

Le père Noël est passé, il a tout emporté!

Il reste une table ronde (pas à nous) recouverte d'un drap blanc (comme à Noël) un buffet avec dedans un caleçon, et dans les chambres, juste les bois, ou fers, de lit! Même la lessiveuse au trésor a disparue!

 

Ca ne fait rien, on peu s'asseoir, on est chez nous!

S'occuper de trouver de la nourriture, c'est le job à papa, avec le frère Jacques!

La vie s'organise, tant bien que mal, mais il y a intérêt à se tenir tranquille! L'atmosphère n'est pas au beau fixe.

L'armée allemande arrive à Reims.

Des entrepôts sont ouverts. La nourriture est donnée au compte gouttes.

Un soir, un motocycliste en uniforme allemand s'arrête au coin de notre rue! Il distribue quelques gâteries aux enfants!

Papa intervient, et l'homme, un militaire, de répondre:

-Moi, pas allemand, moi autrichien, autrichien pas vouloir faire la guerre, obligé par Allemagne.

Il reviendra plus ou moins régulièrement, puis, un jour, il n'est plus revenu!

 

Fin 1940, début 1941 nous vivons sur nos réserves de santé! 1942, je commence à entendre parler: prisonniers, stalags, camps de concentration, déportés, STO...

 

1942 est une année à retenir!

Mon oncle Jean est fait prisonnier, il part en Allemagne!

Mon frère aîné profite de la naïveté et de la faiblesse de sa petite soeur, moi.

Quelques mois plus tard, il quitte la maison, il est placé dans une ferme, à Prouilly, 20 kilomètres de Reims, motif donné: étudiant, quinze ans et demie, il doit quitter la maison pour ne pas partir en STO!

La tante Denise, soeur à Maman, femme de l'oncle Jean, déporté, se trouve un amant: un officier allemand, Schultsé!

Mon frère Bernard obtient le certificat d'études, tout de suite, le directeur de l'école le fait entrer aux Goulet-Turpin (une chaîne de magasins d'alimentation). C'est du travail, de l'argent qui rentre à la maison.

 

Papa a réussi à trouver un emploi, à l'entretien des extérieurs de la cité où nous vivons.

En 1941, ma soeur fête son anniversaire, et je questionne (j'ai 6 ans et demi)

-Maman, est ce que j'aurai aussi 8 ans aujourd'hui?

-Non

-Maman, est ce que j'aurai bientôt 6 ans?

-Non!!!!

-Maman, est ce que

Je ne continue pas ma phrase, je reçois une magistrale paire de gifles!

-Ce n'est pas comme ça qu'on élève des enfants. Quand j'aurai des enfants, je ne les élèverai pas comme tu nous élèves.

 

Dans ma petite tête d'enfant, il y a longtemps que j'avais remarqué qua ma soeur était de loin la préférée.

 

Le directeur des usines Panhard vient trouver mon père:

-Voulez vous revenir travailler à l'usine?

-Non.

-Vous seriez bien payé, comme contremaître!

-Pour fabriquer quoi?

-Des armes pour l'armée allemande!

-NON! Je ne veux pas collaborer!

C'est sans appel!

En 1942, Grand Père Paul est mort!

Fin 1942, j'ai eu 8 ANS! Mais mon anniversaire n'a pas été fêté, il y a longtemps que tous les magasins étaient vides

Maman ne pardonnera jamais à papa d'avoir refusé ce travail; l'ambiance familiale, jusque là très compact, se dégrade. Maman nous dit du mal de papa.

Moi, j'aime bien papa, je me mets à avoir un peu de rancoeur contre maman!

Après, la vie devient très dure; l'hiver 1942 a été particulièrement froid. Nous, les plus «petits» Michel, Micheline, Moi, Pierre et Jacqueline, nous avons dormi dans la chambre des parents, en bas, en travers d'un lit. Ghislain, né en 1940 avait un lit bien douillet. Les grands, Bernard et Daniel, dormaient ensemble, en haut. Les années d'après, nous étions trop grands, nous dormions tous en haut, sans chauffage, avec de la glace épaisse sur les vitres.

Pas de bois, pas de charbon, juste ce qu'il fallait pour maman, à la cuisine, et un poêle dans la salle à manger. 

Je crois que c'est à ce moment là que nous avons eu les tickets de rationnement!

Nous faisons connaissance avec les topinambours et les rutabagas!

A partir de l'âge de treize ans, il nous était attribué des tickets pour un quart de litre de vin... Enfin, de liquide âpre et piquant nommé vin. Bien sur, les «petits» nous n'en buvions pas, c'était réservé aux «grands» aux garçons. Mais ce qui était bon, c'est quand maman mélangeait du vin et de l'eau, moitié-moitié, et du sucre, on trempait du pain dedans, ça nous faisait un repas «frais».

A Prouilly, nous allions chercher des pommes de terre, je devrais dire: glaner, derrière la ramasseuse, nous pouvions prendre ce qui n'était pas récolté! Vingt kilomètres à pieds le matin, vingt kilomètres à pieds le soir!

Et nous allions glaner le blé, chacun devait s'y mettre. Après: battre, ventiler, moudre, tamiser, et faire le pain! Le son servait à faire de la pâtée pour les canards et les lapins.

 

Mal nourris, mal lavés, mal couchés, juste couverts avec des draps, distribués en 1941, la vermine trouvait un magnifique terrain pour s'épanouir: puces, poux, punaises, gales, morves, nous avons goûté à tout! Plus de chaussures dans le commerce ou pas d'argent pour en acheter. Nous sommes chaussés de galoches à semelles de bois. Le dessus, heureusement solide, a connu plusieurs semelles. C'est mon père qui ressemelait, les chaussures. Il était très habile de ses mains et de sa tête.

Le marché noir était florissant!

Papa, antimilitariste, était aussi antitrafic et antitrafiquant!

 

Je me souviens d'un jour où, tout heureux, papa est renté avec un sac de trente kilos de carottes. Nous partions à l'école le matin en mangeant une carotte.

Je me souviens, j'allais chez le boucher chercher des os, pour faire la soupe aux os! Ca avait un peu de goût!

 

Passons sur les engelures, les crises d'urticaires, les diarrhées pratiquement permanentes, suite à la peur viscérale! Passons sur mes robes «neuves» faites dans deux vieilles à ma soeur, les galoches à semelles de bois, les pieds nus dans les galoches; il y a de quoi remplir un livre! Et les tickets de rationnement, au marché noir! Le «café»? De l'orge grillé! Les repas du soir avec un oignon! Au magasin où nous allions faire nos courses, il y a deux jeunes filles qui nous servent. Elles sont bien grosses, bien grasses, bien maquillées, avec du vernis aux ongles, et quand elles servent le beurre qui arrive par mottes de vingt kilos, on retrouve des écailles de vernis dans le beurre!

JE N'AIME PAS LE BEURRE

 

Je ne sais plus à quel moment les bombardements ont repris, les batailles dans le ciel entre stukas et les spitfires! Je vous dis, la peur au ventre permanente! Les alertes, ces sirènes qui vrillent les oreilles et dont le ton est volontairement choisi pour semer la panique!

 

Le mois de Mai 1944 reste aussi gravé dans mes gènes! Nous étions prévenus: il y aura des bombardements par l'aviation partant de l'Angleterre, les premier, dix, vingt, et trente Mai, le premier, je n'ai pas de souvenirs, mais le 10!!!!!

 

Reims est une ville stratégique: à la sortie immédiate, il y a une base aérienne. En ville, il y a une prison avec grand nombre de prisonniers prêts à être emmenés en Allemagne.

Il y a la gare: gare de triage

Il y a une usine à gaz.

Tous ces objectifs sont privilégiés par les bombardeurs!

 

Ce matin là, j'allais à l'école, et je devais conduire les deux petits à l'école maternelle, distante d'environ 500 mètres de mon école. A mi chemin, l'alerte sonne et en même temps que les sirènes hurlent, tombent les premières bombes. J'ai beau courir vite, ça n'empêche pas un énorme éclat de bombe de tomber à deux mètres de moi. Je suis tétanisée. Puis je me reprends, j'arrive à l'école, évidemment, la porte est verrouillée. J'ai passé tout le temps de l'alerte, seule, assise une marche d'escalier. Je n'avais pas dix ans!

C'est ce jour là que papa est pris sous un éboulement d'une tranchée; il revient à la maison avec une plaie affreuse à la jambe, sur le tibia. Cette plaie n'a jamais guérie, elle s'est transformée, avec l'âge, en ulcère.

C'est ce jour là que celui qui devait devenir mon mari des années plus tard, est pris sous le bombardement à la prison; il arrive à se sauver.

C'est ce jour là qu'une bombe est tombée sur une école à cent mètres de la prison. Les canalisations d'eau ont été rompues et les cent vingt élèves ont péris noyés dans les caves! Des enfants de mon âge, j'en connaissais quelques uns.

Nous descendions dans les caves avec des masques à gaz. Je ne sais pas si les gaz étaient toxiques, mais moi, j'étouffais avec cet engin sur le visage. Je l'écartais pour pouvoir respirer.

Après ce tragique résultat d'un bombardement, nous ne sommes plus descendus dans les caves de l'école, Nous allions dans des tranchées, de l'autre côté de la rue.

 

C'est depuis ce jour là que JE HAIS LA GUERRE!

Depuis ce temps, je ne peux plus descendre dans des caves!

 

C'est très dur de voir mon père pleurer!

 

Et ça me fait pleurer de vous l'écrire!

 

Daniel a été reçu au certificat d'études; comme Bernard, il a trouvé du travail grâce au directeur de l'école des garçons.

Un peu plus d'argent entre à la maison, ça aide pour acheter des tickets au marché noir!

 

J'entends parler des prisonniers, des camps de concentration, de déportement des juifs qui doivent porter une étoile jaune, pour être plus facilement reconnus. J'entend parler de la rafle du vel-d'hiv.

A contre temps, sans doute, ou peut-être que ma tête d'enfant n'avait pas entendu.

Père écoutait la radio, écoutait les rares informations que nous pouvions recevoir. Quand la «musique» annonçait le moment des informations, le silence était fabuleux, et nous tentions de percevoir quelques mots.

 

Père était chef d'îlot à la défense passive.

 

Ce jour du mois de juin, je n'étais pas à l'école, j'allais faire les courses pour aider maman, dans un magasin où, dès neuf heures du matin, les pipelettes, les commères du quartier se réunissaient pour parler de l'actualité.

 

J'ai eu le «privilège» d'apprendre le débarquement des troupes alliées en Normandie!

J'ai eu le «privilège» de l'apprendre à maman!

 

-Ca y est, on va encore avoir la guerre!

 

Comme si elle avait finie!

 

J'entends parler d'Oradour sur Glane: Tous les habitants ont péris brûlés vifs dans l'église du village, où les troupes allemandes, en débâcle, les ont enfermés!

 

J'entend parler du VERCORS: dans une grotte, les troupes allemandes, en débandade, fusillent à bout portant, des blessées, français et allemands, soignés par des infirmières allemandes!

 

Panique.

 

Les bombardements s'intensifient. De notre maison, le ciel étant dégagé, nous pouvons voir les bombardiers US, les superforteresses quadrimoteurs avancer en ronflant pour bombarder la base aérienne de Courcy. Quel spectacle de voir un de ces avions, qui volaient en triangle, être touché par les tirs de DCA, et exploser en plein vol!

 

Je pensais aux hommes qui étaient dedans et je ne voulais plus regarder

 

La vie est encore plus désorganisée que jamais 

Nous attendons que la ville soit libérée pensant que par un coup de baguette magique, tout allait revenir comme avant 1940. EH NON! Toujours les tickets de rationnement, et rien de mieux dans les magasins!

Papa s'est inscrit à la Défense passive, comme chef d'îlot. Alors que tout le monde devait rentrer dans les abris, lui, il sortait pour voir si tout le monde avait éteint ses lumières. Une autre forme de peur: papa dehors alors que tout le monde doit être à l'abri

Les armées «alliées» avancent, vont bientôt être «chez nous».

Les déportations n'ont pas arrêtées, pas encore!

Puis les choses avancent, nous ne vivons qu'avec cette pensée: la fin de la guerre, la fin de la guerre! BIENTOT!

 

Fin décembre 1945 est né le dixième enfant: GERARD!

 

Reims est libéré! Les maisons en ruine ne se comptent plus. Les dégâts sont considérables. L'armée allemande est en débandade, mais résiste.

Il faut attendre 1945 pour que l'armistice soit signée! A Reims, au lycée Jolicoeur.

 

C'est en 1945, que nous entendons parler de HIROSHIMA, et, peu de temps après, de NAGASAKI!

 

Est-ce qu'une seule bombe qui tue en quelques secondes, 150 000 personnes, n'est pas une arme de DESTRUCTION MASSIVE?

Aux dernières nouvelles venant du Japon, il y a eu 300 000 morts!

 

A ONZE ANS? Je mesure un mètre dix.

 

Que vous dire des armées de libération?

 

Tante Denise a été rasée, comme beaucoup de femmes qui avaient eues des amants allemands

 

L'armée allemande était disciplinée, élégante, propre dans nos rues.

Les GI par contre donnent l'impression d'être des collégiens en colonie de vacances!

Mâchonnant du chewing gomme, les pouces des mains passés dans les passants des ceintures de pantalon, la démarche chaloupée, les rires gras au passage des filles: HELLO, MADEMOISELLE, ZIGZIG? Ce qui veut dire, en clair, viens coucher avec moi!

Le terrain de décharge des déchets se fait maintenant au Pont Saint Thierry, avec les nouveaux arrivés, c'est un convoi continu de décharge. Les garçons vont fouiller les détritus, dans l'espoir de trouver de quoi manger!

Un camp américain s'est installé pas loin de notre maison, cinq cent mètres, environ, délimité par des grillages de deux mètres de haut, avec des miradors pour pouvoir surveiller que personne n'entre en fraude pour voler.

Nous allions voir ce camp, c'était notre télévision. Il y avait des prisonniers allemands, en treillis kakikaka, avec, peint au dos, un énorme PW. On ne pouvait vraiment pas les confondre avec des coccinelles!

Pourquoi allions nous voir ce camp? Parce que, pratiquement tous les jours, un militaire, sans doute pas le plus futé, avec une hachette, fendait des caisses entières de boîtes de conserves, lait concentré sucré, corned beef, jus de fruits, périmés du jour, c'est-à-dire que le 22 il détruisait toutes les conserves datées du 22. Et nous, les gosses, nous dansions une danse du ventre affamé, dans l'espoir qu'un peu de lait coulerait en dehors du grillage et que nous pourrions en manger.

 

Jamais, jamais, jamais, nous n'avons eu la moindre miette.

Cet homme faisait le travail pour lequel il était payé!

 

Les armées arrivent en Allemagne, libèrent ce qui était libérable comme prisonniers.
L'oncle Jean est revenu.

 

Et là, c'est l'horreur des découvertes: les camps de concentration, les camps d'extermination des juifs.

 

N'oubliez pas! DACHAU et AUSCHWITZ.

 

Je pense que tous les responsables, dirigeants les guerres, OU QUE CE SOIT, devraient être mis aux premières lignes, les guerres ne dureraient pas longtemps!

 

Des trains entiers de survivants arrivent à Reims. Comme l'école où nous allons est la plus proche de la gare, il est demandé aux garçons d'aller accueillir les rapatriés! Ce jour là, mon frère n'a pas voulu y aller. J'y suis allée à se place, à sa demande.

Imaginez, des wagons entiers d'hommes, que la peau sur les os, couchés moribonds, lavés, rasés de frais, vêtus des fameux pyjamas rayés noir et blanc, des squelettes avec des yeux mobiles, ils n'avaient qu'une idée, qu'un espoir: revoir la France et quand on leur disait: ça y est, vous êtes en France, ils s'éteignaient, ils mouraient.

J'ai assisté à ça, je n'avais pas douze ans!

 

LAISSEZ MOI HAIR LA GUERRE! ET TOUS CES GENS QUI FABRIQUENT DES ARMES POUR TUER! ILS PENSENT ETRE LES MAITRES DU MONDE PAR LA TUERIE! CE NE SONT QUE DES MALADES MENTAUX, RACISTES, SECTAIRES ET DEGENERES!

 

Les armées des états unis sont restées longtemps en France, sans jamais rien faire pour remonter le pays. Elles étaient devenues une armée d'occupation. C'est le Général de Gaulle qui leur a demandé de partir, ou de payer leur dette de guerre en OR!

 

Qui a osé dire, il n'y a pas longtemps, un mois, peut-être que l'occupation allemande n'a pas été aussi difficile qu'on veut bien le dire? Monsieur LE PEN -il n'est pas le seul- L'occupation allemande n'a pas été très difficile pour les collaborateurs, les trafiquants, les dénonciateurs et les femmes qui se prostituaient.

 

Pour dire, aussi, que DEUX ANS après la signature de l'armistice, signée à Reims, un avion militaire US a pris la rue de Courcelles en enfilade, à hauteur des maisons et a mitraillé l'intérieur des maisons, par les fenêtres, ouvertes au beau temps.

 

GENEVIEVE GANDOIN, LE 31 OCTOBRE 2005

 

Il me revient:

 

Hiver 1944, le VERCORS, l'armée allemande, en déroute, annule je ne sais combien de personnes blessées, dans une grotte, français, allemands, soignés par des infirmières allemandes.
Oradour sur Glane: tous les habitants sont rassemblés dans l'église di village, l'armée allemande y met le feu: pas un seul rescapé!

Je ne sais plus quelle année, l'aviation japonaise bombarde la base aéronavale de Pearl Harbor, à Hawaï, base de l'armée américaine.

Que je n'oublie pas: les résistants! Ils ont fait du bon travail, malgré les risques qu'ils encouraient. En ce temps là, les hommes (les femmes et les enfants) qui voulaient et travaillaient pour la libération de l'envahisseur, on les appelait des «résistants». Maintenant, dans d'autres pays, occupés eux aussi, on les appelle des terroristes!

Et que je n'oublie pas: HOROSHIMA et NAGASAKI: annulées par des bombes atomiques US Est-ce que une arme qui tue 150 000 personnes en quelques secondes n'est pas une arme de destruction massive.

Depuis quelques jours, je remange des topinambours.

 

Je me souviens: avoir mangé du «lapin» en plein hiver, alors qu'il n'y avait rien pour les nourrir, les clapiers étaient vides. MAIS, nous n'avons plus jamais revu un magnifique CHAT NOIR, bien gros. Ce jour là, maman et mon frère DANIEL n'ont pas mangé de lapin, et mon frère JACQUES a été frustré, ce lapin-chat n'avait pas de tête.

 

Ne pas oublier non plus: le couvre feux! Les ampoules électriques devaient être peintes en bleu, de façon à ne pas laisser filtrer de lumière à l'extérieur.

 

Et aussi, entre la date du débarquement et la date de l'armistice, les armées allemandes envoyaient des V1 sur LONDRES, et des avions anglais arrivaient à déstabiliser ces engins en les faisant basculer en vol, en glissant l'aile de l'avion sous l'aileron du V1.

 

Et encore, et encore: les nombreux convois militaires de l'armée des EU sillonnant les rues de la ville. Pourquoi? Il fallait bien utiliser tous ces hommes.

 

Revu et corrigé (comme je peux) le 10 Août 2007. Geneviève GANDOIN.

Suite...

Né en 1953, je n'ai pas connu la guerre, dont les effets délétères, notamment les restrictions alimentaires, se sont fait sentir jusque vers 1950. Par contre je me souviens très bien des convois américains sur les routes, des pièces de monnaie en aluminium frappées de la honteuse francisque, et aussi de choses comme le «pont tonnerre» (Un pont en bois provisoire vers Vitry le François) qui nous faisait bien rire, nous les gamins, car nous ne savions pas. Jusque vers 1960, on voyait encore des maisons en ruine, il y en avait une à côté de chez ma grand-mère, je garde un souvenir horrifié de ce tas de poutres carbonisées et de pierres noircies par le feu. Je n'avais pas besoin de voir ce qui s'était passé, mon imagination suffisait. Alors depuis ce temps, je pense comme ma mère: tous ceux qui font les guerres, en vivent ou en parlent comme d'une chose normale, tous ceux-là sont à enfermer comme malades psychiatriques dangereux. Et aujourd'hui les psychiatres commencent aussi à se ranger à cet avis.

 

J'aimerais faire quelques remarques sur ce témoignage brut. Tout d'abord on note que les restrictions alimentaires ne s'adressaient pas à tous: on voyait bien des gens gros et gras en pleine occupation, et même Dutour n'avait pas pensé au coup des écailles de verni à ongles dans son «au bon beurre». Et, pour les victimes de l'exode, il n'y avait que des wagons à bestiaux, comme si les wagons ordinaires avaient soudain disparu!! Surtout il y avait des bras pour fabriquer du vin pour les enfants de treize ans, et pas pour planter du blé! Ce genre de choses, plus le coup du camp américain qui liquide ses conserves en pleine famine, montre bien que la famine a été au moins en partie orchestrée, qu'on aurait pu éviter certaines choses. Une autre remarque est le côté idéologique ridicule de faire faire des carrés de 10cm de couverture pour les prisonniers (militaires français capturés à la débâcle en 1940). Cela ressemble beaucoup à certaines «propagandes pour des bonnes causes» dont on nous rebat les oreilles aujourd'hui pour cacher des problèmes plus sérieux, ou pour empêcher les gens d'agir réellement.

 

Un autre point extrêmement grave a été le refus inhumain d'écouter les survivants, en particulier ceux des camps de concentration, qui en avaient pourtant un besoin vital. Mais il leur fallait «se taire», ne plus parler «de ça». Car la barbarie extraordinaire des camps nazis renvoie à tant d'autres barbaries plus ordinaires, plus quotidiennes: harcèlement moral, racisme, égocentrisme, indifférence, divorces automatiques, etc. Tant que tout cela ne sera pas solutionné, il y aura encore des guerres et des camps.

Explications historiqueS

L'Exode fut une fuite massive de la population française face à l'avance de l'armée allemande, en 1940. Une raison en fut l'effondrement soudain et inattendu de toute la société française face à cette invasion ultrarapide, après des mois de «drôle de guerre» où il ne se passait apparemment rien. Une autre raison, que je tiens de mon père, fut un ensemble de rumeurs infondées comme quoi les Allemands massacraient tout le monde, comme les Uhlans avaient fait pendant la guerre 1914-18. L'exode fut accompagné de nombreux pillages des maisons vides, par des gens «ordinaires» qui se trouvaient soudain «libérés» de toute norme sociale.

 

La débâcle en 1940. Les causes de cette incroyable inefficacité de la plus puissante armée du monde à l'époque sont à rechercher du côté de la guerre 1914-18. Il est bien connu aujourd'hui que cette guerre n'a résultée que d'un accord passé entre les familles franco-allemandes d'industriels de l'armement, infiltrées dans les deux gouvernements. L'armée française, sous la direction, déjà, de pétain, avait choisi une stratégie extraordinairement inefficace de front défensif fixe, les fameuses tranchées, qui a coûté des millions de vies, alors que quelques attaques bien ciblées, ou des bombardements comme proposé à l'époque, auraient pu mettre l'industrie allemande de l'armement à genoux en quelques jours, assurant une victoire facile avec peu de pertes. La politique française d'humiliation de l'Allemagne qui s'en est suivie dans les années 1920 fut aussi une des causes majeures de la montée du nazisme. Dans les années 1930, alors que la menace apparaissait de plus en plus évidente, le maréchal pétain, chef des armées françaises, a bloqué toutes les solutions efficaces proposées par des gens comme De Gaulle, s'en tenant à son concept dépassé de front défensif, comme la Ligne Maginot, que l'armée allemande n'eut qu'à contourner, pour pénétrer librement dans un territoire où les vrais défenseurs étaient privés de tout moyen réel. Vu la politique plus qu'amicale de pétain envers le régime nazi, on peut se demander si il a agit ainsi seulement par idiotie, ou pour sciemment faciliter l'invasion.

 

Le négationnisme tend à nier les fameux camps de concentration (lieux d'extermination, mais aussi, on l'oublie trop facilement, lieux de harcèlement moral et d'amusement sadique/sexuel). Ma mère a vu les rares survivants, on ne peut donc honnêtement nier la réalité de la chose. Mais ce mouvement subversif tend aussi à nier les effroyables misères auxquelles les peuples français et européens furent confrontés: famine, peur continuelle (bombardements, prises d'otages, délation...), désorganisation et ponérisation radicale de toute la société. Et ce que ma Mère a vécu n'est rien comparé aux destructions complètes de villes (Brest, Lorient, Royan, Dresde) ou aux massacres systématiques de populations en Europe centrale.

 

La Libération a éliminé le nazisme et ses excès, mais pas d'autres choses plus discrètes. Ainsi la conférence de Yalta en 1945 a entériné le partage de l'Europe entre les Etats-Unis et le régime fachiste de staline, qui a résulté dans la guerre froide et le mur de Berlin. Mais ce partage du monde laissait aussi un large flou en Afrique et en Asie, afin d'y permettre tous les conflits insensés des années 1945 à 1980, si rémunérateurs pour les industriels de l'armement. En France on peut considérer que le fachisme n'a été vraiment éradiqué de l'armée qu'après la guerre d'Algérie, avec les purges anti-OAS en 1962. Quant à l'utilisation de la bombe atomique contre les populations civiles, les historiens reconnaissent aujourd'hui qu'elle n'avait pas de fonction militaire, puisque le Japon était déjà sur le point de se rendre. La vraie raison aurait été de se poser, déjà, en maîtres du monde, en exhibant une arme d'une puissance radicalement supérieure à toutes les autres. Calcul idiot, car il s'en est suivi aussitôt une course à la bombe et aux mines d'uranium (Europe centrale, Afrique, Tibet), qui a résulté en la situation actuelle où l'apocalypse est à la portée de n'importe quel dictateur ou riche industriel.

La Libération a tout de même eu des conséquences positives: La reconnaissance des Droits de l'Homme, la condamnation du racisme et des discriminations, et surtout l'Union Européenne dont on peut réalistement espérer qu'elle mettra définitivement fin à tous les conflits armés en Europe.

 

Ajouté en Juillet 2014: Je suis obligé d'ajouter cet avertissement ici: les politiques d'austérité budgétaire sadomasochistes recréent les conditions de détresse sociale qui prévalaient dans les années 1930, qui ont provoqué la montée du nazisme et d'autres régimes totalitaires. On assiste déjà à une remontée de ces idées, et à une haine croissante de cette Europe technocratique et destructrice de nos sociétés.